If you love me, set me free.
Merci à :Sév' de m'avoir accueilli chez toi le temps d'un week-end. J'en avais besoin.
What gonna happen next ? C'est la question que je me suis posée toute ma vie. J'ai toujours pensé au futur bien plus qu'au présent. Toujours essayé de prédire ce qu'il se passerait ensuite pour savoir comment y réagir. La vie que je mène actuellement est la vision que j'avais de mon futur enfant, je n'avais pas les détails évidement mais l'idée générale et c'est ce que j'ai appliqué. J'ai réalisé cette vision à 23 ans, s'en est suivi des années d'errances à ne savoir quoi faire de moi maintenant que j'avais accompli mes objectifs. C'est étrange parce que la plupart des gens me pensent bloquée dans mon passé, en réalité, j'essaye simplement de m'en défaire, trop consciente que si je n'en comprends pas les leçons, je suis condamnée à en répéter les erreurs. Et aujourd'hui, j'essaye d'appliquer une nouvelle leçon, j'essaye d'apprendre à vivre au présent, à prendre les choses sans chercher à en comprendre les répercussions sur mon futur. Parce qu'on apprends du passé, le futur nous motive mais c'est au présent qu'on vit. Et je veux vivre.
Bonne lecture !
Wizard's Hunt
Chapitre douze
Luna
J'observe les lumières de la maison s'allumer à quelques pas de distance, m'indiquant la progression de l'occupante des lieux. Le chauffeur est reparti sans demander son reste, j'ai ajouté un généreux pourboire conscient qu'il ne trouverait certainement pas d'autres courses dans les environs à cette heure de la nuit.
Enfin, la lumière se fait derrière la porte d'entrée et Luna ouvre la porte. Son regard ensommeillé s'attarde un instant sur moi avant qu'elle ne recule pour me laisser entrer.
"Va dans le salon, je vais préparer du thé."
Elle ne s'attarde pas et je devine qu'elle n'apprécie que moyennement se faire réveiller en pleine nuit de la sorte. Je ne savais où aller et elle est la seule à qui je me sentais capable de me confier. Les évènements des dernières semaines n'arrêtent pas de me revenir en tête.
Flash décousus dont je peine à comprendre le sens exact. Je suis dépassé par les évènements sur tous les plans, alors venir ici m'a semblé une évidence. Je n'en suis plus certain alors que je patiente sur le vieux canapé de Luna mais il est un peu tard pour avoir des remords.
Après quelques minutes qui m'ont semblé interminables, elle apparaît tenant une tasse fumante et un verre d'eau glacée. Elle me flanque ce dernier d'autorité entre les mains, m'enjoignant à le boire d'un ton ne souffrant aucune réplique. J'obéis, entrevoyant la cheffe d'entreprise en elle.
Le Chicaneur sous sa direction a vraiment explosé, employant désormais des dizaines d'employés. Ca a toujours été un sujet de spéculation entre nous, la façon dont Luna s'y était pris et comment elle pouvait être au travail. Je crois que cet aperçu est amplement suffisant pour ma part.
Elle déguste son thé à petite gorgée et je n'ose l'interrompre. Je me sens comme un petit garçon pris en faute dans le bureau de la directrice. Elle fini par reposer sa tasse avec un soupir.
"Raconte, essaye de faire bref et concis."
Elle jette un coup d'œil ostensible à l'horloge sorcière. Je cherche mes mots un instant, ne souhaitant pas tester sa patience. Finalement, je me jette à l'eau, me disant que le plus direct sera le mieux.
"J'ai des sentiments pour Malfoy.
- C'est censé être un scoop ?"
Estomaqué, je l'observe reprendre son thé comme si de rien n'était. Aucune surprise ou choc dans sa voix, elle a simplement l'air lasse et fatiguée. Agacé, je rétorque :
"Pour moi oui. Pourquoi tout le monde agi comme si c'était l'évidence même ?
- Parce que ça l'est. On se demandait tous si vous le remarqueriez un jour du temps de Poudlard."
De mieux en mieux, ce ne sont plus les Serpentards mais tout Poudlard visiblement qui s'attendait à ce dénouement là entre nous. Génial, j'ai envie de m'enterrer de honte. Je bois mon verre d'eau d'un air boudeur, ne sachant quoi ajouter.
"J'imagine que tu ne l'as pas réalisé par hasard, raconte."
Je lui résume rapidement les évènements des dernières semaines, le Wizard's Hunt, la nuit avec Malfoy et les dernières heures avec Dean. Elle m'écoute patiemment, ne laissant rien transparaître de ses émotions. Mon récit achevé, elle repose sa tasse avec délicatesse.
"J'admets que Dean n'est clairement pas la bonne personne pour ce genre de situation mais honnêtement, Harry, tu lui plais, il te plaît, c'est quoi le problème ?
- Mais, c'est Malfoy !"
Je m'exclame, incapable de formuler une autre explication. Il ne devrait pas y avoir besoin de quoi que ce soit d'autre, non ? On s'est pourri la vie toute notre scolarité, et n'en déplaise aux autres, moi ce retournement de situation me perturbe.
"Et alors ? On n'est plus à Poudlard et les sentiments ça ne se contrôle pas.
- Donc pour toi, je devrais juste foncer et batifoler gaiement avec Malfoy ?
- J'attendrais pour en parler aux autres mais à part ça, oui."
Ses réactions me prennent de court. J'espérais qu'elle me raisonne, qu'elle me rappelle en quoi c'était une mauvaise idée mais je dois admettre que ses conseils me paraissent bien plus censé que mes actes des dernières semaines. Elle achève avec un petit sourire dans la voix :
"Au pire, qu'est ce que tu risques ? Que vous deveniez ennemi ?"
Je me sens soudain stupide de m'être fait une montagne de tout ça. On discute encore un peu, comme toujours, elle fait preuve d'une sagesse et d'un bon sens à tout épreuve. Quand elle me laisse à la porte de sa chambre d'amis un peu plus tard, je me sens beaucoup mieux.
Je ne sais toujours pas ce qu'il se passera entre Malfoy et moi, mais je ne me sens plus acculé et obligé de prendre une décision dans l'immédiat. Le temps éclaircira tout ça pour moi. A la porte, Luna se fige un instant. Me regardant droit dans les yeux, elle me lance :
"Parfois je me demande si tu n'as pas peur d'être heureux, Harry ..."
Elle secoue la tête et referme la porte sans me laisser le loisir de répondre. Je me couche mais ses derniers mots me hantent. Est-ce que j'ai peur d'être heureux ? Je ne sais pas si c'est de la peur mais force est de constater que j'ai pris la mauvaise habitude de saboter mes chances de l'être ces dernières années.
J'avais tout pour l'être avec Ginny mais au lieu de nous donner une chance, je me suis replié sur moi-même, refusant de parler et me réfugiant dans l'alcool jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus. Depuis j'ai évité toute forme d'intimité, j'ai bien eu des coups d'un soir mais je ne les revoyais jamais le lendemain.
Gia fût l'exception mais parce qu'elle n'a jamais voulu entrer dans ma vie, on se contente de se décharger ensemble de notre mal être du moment pour mieux l'oublier le lendemain. Ce n'est qu'un palliatif à un mal plus profond.
Je ne crois pas que ce soit de la peur pourtant. J'ai simplement l'impression que si je laissais quelqu'un m'approcher de trop près je l'entraînerais vers le fond avec moi. Je le contaminerais avec ma noirceur, sans chance de retour en arrière.
Alors je garde mes distances, je me tais quand on cherche à creuser et bois quand les souvenirs se font trop présent. Pour tenir les spectres de mon passé à distance. La bouteille ne me juge pas, ne demande pas pourquoi. Je ne peux ni la blesser, ni la décevoir, c'est simplement plus facile ainsi.
Mais est-ce réellement ce que je veux ? Je sais bien que non, c'est bien pour ça que je vais dans ce fichu bar. Je n'ai aucun désir d'être seul, je ne sais juste plus comment laisser les autres m'approcher. Je pensais que les choses s'arrangerait pour moi après la Guerre.
Voldemort n'était plus, j'étais enfin indépendant des Dursley, je pouvais prendre un nouveau départ. Mais les souvenirs ne cessent de m'assaillir et qu'importe à quel point je les refoule, il suffit d'un verre pour que tout remonte à la surface. Je me sens en colère, meurtri, sali et je ne sais quoi en faire.
J'ai ce foutu sentiment d'injustice qui me ronge le ventre. J'ai gagné, putain, j'ai gagné ! Alors pourquoi ai-je la sensation d'avoir perdu ?
Je me réveille étonnement en forme, les bienfaits de l'eau que Luna m'a forcé à avaler probablement. Je l'entends d'ailleurs s'agiter dans la maison, indifférente à ma présence sous son toit. Luna est encore plus discrète que moi sur sa vie privée.
Je ne saurai même pas dire si elle a fréquenté qui que ce soit dans sa vie, c'est simplement un non-sujet avec elle. Je crois qu'elle est habituée à son indépendance et n'a pas envie de faire de compromis dessus. Elle ne l'a jamais dit explicitement mais de notre groupe, elle est la seule à parfois disparaître pendant des semaines avant de réapparaître soudainement.
Bien entendu, ses responsabilités avec le Chicaneur lui prennent énormément de temps mais je crois aussi que son enfance entre un père à moitié fou de chagrin et sa mère décédée l'ont forgé. Elle a appris très jeune qu'elle ne pouvait compter que sur elle-même et à se foutre de l'avis des autres.
Elle ne rends de compte à personne sur ce qu'elle fait de son temps, vient quand elle le désire et si on sait que c'est de bon coeur quand elle le fait, elle ne se justifie jamais de ses absences. Ce n'est pas qu'elle s'en fiche, elle considère simplement que ce ne sont pas nos affaires.
Je crois que c'est justement pour ça que je me sens si à l'aise de me confier à elle, je sais qu'elle sera discrète et ne me jugera pas parce que c'est ce qu'elle attends des autres. Qu'on la laisse faire ses propres choix sans la juger. On agi bien souvent avec les autres comme on voudrait qu'ils nous traitent.
Alors je respecte son silence, elle sait que je serais là si un jour elle désire se confier. Je m'étire, jetant un œil à l'horloge. L'après-midi est déjà entamée. Je fonce sous la douche, réalisant que je n'ai pas écrit mon article de la semaine. Je n'ai pas d'horaires précis pour le rendre mais en général je l'ai toujours envoyé avant midi.
Propre, je jette un sort de nettoyage exprès sur mes vêtements. Hors de question que je les enfile dans cet état. Au rez-de-chaussée, je croise Luna qui m'informe qu'un petit déjeuner m'attends sous une cloche dans la cuisine et qu'elle a dit aux autres que j'étais malade pour expliquer mon absence au brunch ce matin.
Avant qu'elle ne reparte vaquer à ses occupations, je la prends dans mes bras, la remerciant pour tout ce qu'elle a fait pour moi.
"Tant que ça ne devient pas une habitude ..."
Elle lève les yeux au ciel avant de ma lancer un sourire éblouissant. Dans la cuisine, je découvre un petit déjeuner complet -oeufs, saucisses, haricots à la tomate, bacon et pomme de terre- maintenu chaud par un sort. Je mange avec appétit, profitant du calme.
Une fois mon repas achevé, je pars à la recherche de Luna. Je la déniche dans sa serre, s'occupant de plantes magiques. Je sais que Neville l'a aidé à aménagé celle-ci et a trouvé certaines boutures rares, ils en parlent régulièrement pendant les brunchs mais c'est la première fois que je viens ici.
De ce que j'en ai compris, c'est majoritairement un passe-temps pour elle, même si elle s'en sert aussi pour étayer certains articles du Chicaneur. Il y a peut être deux ans, elle a réussi à élaborer une potion permettant de voir les Nargols. Autant dire que plus personne n'a osé la surnommer Loufoca après ça.
Je reste un instant à l'observer, n'osant l'interrompre. Elle finit par se retourner vers moi, retirant ses gants.
"Tu t'en vas ?"
J'acquiesce et elle me demande si je suis en état de transplaner pour rentrer. Je confirme.
"Profite, Harry. Tu le mérites."
Elle me murmure à l'oreille alors qu'on se serre une dernière fois dans les bras. Je hoche la tête, ne sachant quoi ajouter. J'aimerais en être aussi certain qu'elle. Je ne lui demande pas de se taire, je sais qu'elle le fera.
Elle m'adresse un dernier signe de la main joyeux alors que je disparais dans un plop sonore. La seconde suivante, je suis devant l'ancienne maison de Sirius. J'écris l'article rapidement avant de l'envoyer directement à Sorcière Hebdo. Dean ne sera pas content mais je n'ai pas le courage de l'affronter aujourd'hui, même pour des raisons professionnelles.
Je ne m'attarde pas et transplane directement devant chez moi, pressé de retrouver mon intimité. J'ai à peine le temps de me remettre du transplanage qu'une voix m'interpelle.
"Ce n'est pas trop tôt, Potter."
Résigné, je me tourne vers celle-ci, bien que j'ai immédiatement reconnu cette voix. Impeccable dans son costume noir, Malfoy me toise. On ne croirait jamais qu'il a passé la nuit au Wizard's Hunt. Je m'apprête à lui demander ce qu'il fiche ici quand il m'interrompt.
"Il faut que nous parlions, il est plus que temps."
Je décèle une pointe de malaise dans sa voix et réalise que toute son attitude assurée n'est qu'une armure. Il est tout autant effrayé que moi parce qu'il se passe entre nous et ça lui coûte de venir jusqu'ici pour me parler mais il l'a fait quand même.
C'est cette réalisation, la vulnérabilité qui transparaît sous ses dehors parfaits qui me fait accepter. Oui, nous devons parler, il est plus que temps.
A suivre ...
Publié le 9 Septembre 2022 à 2h39.
Depuis enfant j'ai une vision particulière de l'amour. Là où la plupart des gens voient de la beauté dans l'engagement, le fait de lier deux vies, faire des compromis et sacrifices, je n'ai jamais vu qu'une prison, quelque chose qui m'empêchait d'avancer et me faisait sentir comme un animal en cage. Pour moi, si on aime quelqu'un on lui souhaite d'être libre, si on a confiance, on a aucune raison de l'empêcher d'explorer ce qu'il ressent sans barrière et il y a cent fois plus de beauté à ce que l'autre revienne vers nous après avoir fréquenté d'autres personnes qu'uniquement parce qu'il s'y est engagé.
J'ai longtemps enterré cette vision, trop consciente qu'elle différait totalement de celle qu'on nous apprends. Je la voyais comme un rêve utopique, l'expérience m'ayant appris que mes congénères aimaient les règles et les limites. J'étouffais, me sentait coupable, me condamnait d'être incapable de suivre le même chemin que les autres.
J'aime mon indépendance, j'aime être la seule maître de ma destinée, je n'ai jamais eu le désir de la construire à deux et j'avais fini par croire que c'était incompatible avec mon désir d'avoir un partenaire, quelqu'un avec qui on se soutiendrait et s'encouragerait dans le meilleur comme le pire. J'avais la sensation de vouloir le beurre et l'argent du beurre, que ça voulait dire que j'étais incapable d'aimer réellement. Et puis j'ai réalisé que c'était uniquement une vision des choses.
On a le droit de vouloir quelque chose de différent, il suffit simplement de réussir à se l'admettre, d'y croire, d'être honnête sur ce qu'on désire. De laisser une chance à notre vision de s'accomplir. Je ne dis pas que c'est simple, je ne sais toujours pas si je parviendrais à rendre ma vision réelle mais j'y crois. Et je cesse de me juger selon les critères des autres. Il s'agit de ma vie, la seule qui a le droit d'en définir les règles, c'est moi-même.
Tout comme je suis la seule à décider de quand je me décide à pondre un chapitre.
J'espère qu'il vous aura plu.
A la prochaine,
Mary
""La vie, c'est comme une musique. Il m'en reste encore l'air mais les paroles se sont envolés." Photographie.
