Merci beaucoup à drou, Fleur d'Ange et DI5M (contente de te revoir :-)) pour vos reviews !
III. Insubordination
Lorsque Caractacus Burke annonça à Ginny qu'ils étaient convoqués à l'Augurey Magistral, l'hôtel de Narcissa Malfoy, pour préparer les potions sur place, la jeune femme s'efforça de dissimuler sa frustration devant son employeur.
Ruth, l'adjointe de Caractacus Burke, était toujours en quarantaine chez elle, souffrant d'une éclabouille sévère. Burke voulait éviter toute contamination en raison du caractère particulièrement contagieux de la maladie. Il avait donc insisté pour que Ruth ne retourne pas à la boutique avant sa rémission complète. Ginny avait aussitôt compris ce que cela signifiait pour elle. Elle devrait aider Burke à honorer le contrat des Malfoy.
Après leur visite au manoir des Malfoy, elle était ressortie avec l'estomac noué et la gorge serrée. L'attitude de Draco Malfoy à son égard l'avait rendue mal à l'aise et la dernière chose qu'elle souhaitait, était de se retrouver dans une situation similaire.
Ginny se connaissait. Lorsqu'on la provoquait, et qu'elle était repoussée dans ses retranchements, elle ressentait le besoin vital de se défendre. Bill lui répétait souvent que son tempérament impulsif lui attirerait des ennuis graves. Pendant des années, Ginny avait chassé ses sermons d'un revers de la main. Pour la première fois de sa vie toutefois, elle devait reconnaître que son frère aîné n'avait pas tort.
Jusqu'à présent, son insolence et son indiscipline ne lui avaient pas porté préjudice. Cette fois, elle traitait avec un autre monde – bien différent de celui dans lequel elle évoluait habituellement. Ces gens avaient tous les pouvoirs dans la société. D'un seul claquement de doigts, ils pouvaient ordonner qu'on la punisse de manière exemplaire.
Lorsque Ginny entra dans l'intérieur somptueux et grandiloquent de L'Augurey Magistral, le palace des Malfoy, elle resta bouche bée devant au luxe décadent qui se présentait à elle. Un escalier imposant en marbre se dressait au milieu du hall principal, dans lequel régnait une agitation palpable. Autour d'elle, des elfes de maison et des sorciers s'affairaient, agitant leurs doigts ou leurs baguettes pour achever les dernières finitions, lustrer le mobilier brillant ou encore installer des chandeliers sur le plafond.
« Cet endroit est une véritable merveille. » commenta Burke avec frénésie aux côtés de Ginny, tandis qu'ils pénétraient dans le hall.
Ils avaient suivi une femme brune au chignon discret, qui portait une robe de sorcière formelle d'un gris anthracite et arborait un air occupé. Elle s'était présentée comme étant Allegra McGrath, l'assistante personnelle de Narcissa Malfoy. Elle était en charge de la gestion des détails logistiques pour la grande inauguration de l'Augurey Magistral.
« L'hôtel a été construit en 1798. » informa Allegra d'une voix machinale. « Le concept originel a été pensé par la plasticienne Whilelmina Bagshot et son mari Janius, un archimage de renom à l'époque. L'aile Sud de l'hôtel a été détruite dans les flammes pendant le Grand Conflit et sa propriété a été cédée au Ministère après la victoire de Lord Voldemort. La famille Malfoy l'a racheté il y a six ans et depuis, Mrs Malfoy s'est assurée de rénover l'endroit et lui rendre toute sa superbe. »
Allegra les mena à une porte attenante au fond du hall, qui ouvrait sur des escaliers menant à un sous-sol.
« L'hôtel compte 137 chambres supérieures, dont 40 suites et 15 suites de prestige. » poursuivit-elle. « Il est aussi doté d'un théâtre, de bains thermaux, et de l'une des meilleurs vues panoramique sur Londres. »
Elle prononçait ces paroles d'un ton machinal, comme si elle récitait un script préparé à destination d'un client potentiel.
« Suivez-moi. » indiqua-t-elle.
Ils pénétrèrent dans une pièce vaste où des larges chaudrons avaient été entreposés ainsi que des étagères remplies d'ingrédients et d'instruments nécessaires à la confection de potions.
« Vous pourrez travailler dans cet endroit. Tous les ingrédients que vous avez réclamés sont présents. » déclara Allegra en jetant un regard à son parchemin, raturant la ligne d'une longue liste d'un geste ferme. « Si vous avez besoin de quoi que ce soit, un elfe sera à votre entière disposition. Il vous aidera ou me contactera directement. »
« Merci Miss McGrath. Mrs Malfoy est-elle dans les alentours ? » interrogea Burke avec espoir. « J'aurais souhaité m'entretenir avec elle. »
Cet homme est tellement intéressé, pensa Ginny en secoua la tête. Burke cherchait encore une occasion de cirer les bottes de Mrs. Malfoy. L'opportunité de travailler à proximité de la famille Malfoy était inespérée pour sa boutique et sa carrière. Il était évident que Burke tenterait d'en tirer tous les avantages.
Faire affaire avec des gens aussi puissants n'était pas chose commune. Même si les Sang-Purs de premier rang comme Burke possédaient déjà un excellent statut dans la société, ils désiraient grimper l'échelle sociale et accéder aux plus hautes sphères de la hiérarchie, même si c'était seulement par association. Allegra se tourna vers Burke, lui jetant un regard sidéré - comme s'il avait posé une question stupide.
« Vous ne trouverez pas Mrs Malfoy ici. Elle a des choses plus importantes à gérer. Son fils passe de temps en temps pour superviser l'avancement du chantier, cependant. Mais je vous en prie, adressez-vous directement à moi, si vous avez besoin de quoi que ce soit. » dit-elle d'un ton autoritaire.
« Bien entendu. » s'empressa de répondre Burke, un sourire forcé apparaissant sur son visage rapetissé.
Ginny ne manqua pas l'expression déçue sur son visage. Allegra quitta finalement les lieux, les laissant seuls dans la pièce improvisée en laboratoire de potions pour l'occasion. Burke se tourna vers Ginny, retrouvant l'expression agacée qu'il lui réservait habituellement.
« Au travail. » quémanda-t-il d'un ton impatient. « Et vous avez intérêt à faire les choses correctement. »
Ils passèrent les heures suivantes à préparer les concoctions. Avec l'aide d'un elfe, Ginny était chargée d'organiser, découper, malaxer, dénoyauter et émincer les divers ingrédients afin de les placer sur le plan de travail de Burke. Cela lui permettait d'optimiser le temps passé à la préparation des potions en si grande quantité. En temps normal et pour des clients lambda, une commande de ce genre aurait été réalisée en une semaine. Pour les Malfoy, le travail serait fait en trois jours seulement.
« Que font exactement les Malfoy, M. Burke ? » demanda soudainement Ginny, s'efforçant de prendre un ton poli.
Burke leva les yeux en direction de Ginny. Il tenait un pétale de Dahlia entre ses doigts osseux et s'apprêtait à le déposer dans la concoction. Il stoppa son geste, jetant un regard blasé en direction de la jeune femme.
« Décidément, vous ne connaissez rien à rien. Pauvre fille inculte. » dit-il d'un ton malveillant.
Ginny serra les dents face à son insulte mais garda résolument le silence. Elle savait qu'elle devait rester polie si elle voulait obtenir des informations. S'il y avait une chose que Caractacus Burke affectionnait davantage que d'insulter Ginny, c'était probablement d'étaler son savoir et sa culture à qui voulait l'entendre. A l'écouter, Burke était l'un des hommes les plus intelligents et sophistiqués du régime. Cela expliquait probablement son obsession à l'idée d'être remarqué par les Malfoy.
« Les Malfoy font partie des familles royales originelles. » expliqua-t-il d'un ton pète-sec, agitant sa baguette d'un geste gracieux devant l'un des chaudrons, après avoir placé le pétale à l'intérieur.
« Originelles ? » répéta Ginny, confuse. « Vous voulez dire que certaines ne le sont pas ? »
« Après la mort de notre sauveur Lord Voldemort, treize familles, dont la lignée était d'une pureté exemplaire, ont été nommées pour faire prospérer la grandeur de notre empire. Depuis, certaines d'entre elles ont gardé leur statut parmi le Coven des Treize sacrés. C'est notamment le cas des Malfoy, des Nott, des Macmillan ou encore des Black. A travers les décennies, certaines familles se sont éteintes. Pour d'autres, il a été décidé que leur lignée n'était pas ce qu'on attendait d'une famille royale, alors d'autres ont pris leur place. » expliqua Burke d'un ton formel. « Évidemment, avoir le statut d'une famille royale entraîne d'importantes responsabilités. Ces dynasties assurent le maintien de nos traditions ainsi que l'équilibre, la protection et la prospérité de notre société. Il est donc normal que les attentes soient élevées et qu'un certain standing soit de rigueur. »
Burke ajouta des graines de mandragore dans le chaudron qui émit une fumée d'un vert turquoise, faisant émaner une odeur d'eau saline dans la salle.
« Les Malfoy ont contribué à la grandeur de notre pays à travers les siècles ainsi qu'à son rayonnement. C'est pour cela que le Royaume-Uni est aujourd'hui la meilleure nation parmi les empires purifiés dans le monde. »
Ginny savait que d'autres pays possédaient des régimes similaires, dans lesquels la pureté du sang régnait en maîtresse. Elle se rappelait encore des cours d'Histoire de la Pureté reçus à Néréide. C'était notamment le cas de l'Autriche, du Brésil, du Nigeria, de l'Empire danois ou bien de la France purifiée. C'était de ce pays que Fleur, sa belle-sœur, était originaire.
Même si les déplacements vers l'étranger étaient interdits, le gouvernement autorisait parfois un afflux contrôlé d'immigration provenant de ces pays ''alliés'' pour agrandir le bassin de Sang-Purs et diversifier les unions. C'était lors de l'une de ces vagues d'intégration que Fleur Delacour s'était retrouvée en Angleterre, pour effectuer un échange scolaire à Poudlard, pour sa dernière année.
Elle était toutefois tombée amoureuse de Bill, et quelques années plus tard, son mariage avec un sorcier Traître à son Sang n'avait pas été bien perçu par son nouvel entourage. Fleur avait expliqué que la France purifiée avait des règles plus souples et que le régime n'était pas aussi restrictif et extrême que le Royaume Uni. Le statut de Traître à son sang, par exemple, n'existait pas en France. C'était pour cette raison que son union avec Bill n'avait pas autant fait jaser sa famille française. Selon leur vision des choses, Bill Weasley était un Sang-Pur.
Fleur était une femme magnifique dont la beauté et le statut avaient attiré beaucoup de convoitise dans les cercles qu'elle avait fréquenté à son arrivée au Royaume Uni. La nouvelle de son union avec un sorcier du statut de Bill en avait choqué plus d'un. Peu à peu, ces personnes s'étaient éloignées de Fleur, refusant de lui être associé.
« La dynastie Malfoy est la seconde famille la plus riche du Royaume-Uni. » expliqua Burke avec admiration. « Ils sont également détenteurs d'une majorité d'actions chez Gringotts. »
Selon Burke, la fortune des Malfoy se trouvait particulièrement dans les services financiers. Ils possédaient plusieurs entreprises de conseil, de courtage et d'assurance. Ils étaient à la tête de l'une des plus grandes entreprises du territoire, Machinations Malforescentes, estimée à plusieurs milliards de gallions.
Burke passa de longues minutes à encenser le sens des affaires de Narcissa Malfoy. En voyant les étoiles dans les yeux de Burke lorsqu'il parlait de cette dernière, Ginny aurait presque pu croire qu'il était amoureux d'elle.
L'apothicaire lui expliqua que leur famille était toutefois restreinte. Elle était composée de Lucius Malfoy, le Gouverneur actuel, son épouse Narcissa Malfoy, née Black, ainsi que leur fils unique, Draco. Le père de Lucius était toujours en vie mais il était désormais à la retraite et avait laissé tout le contrôle des opérations à son fils. Contrairement à d'autres familles, il était commun que les Malfoy n'aient qu'un seul hériter. Par la force des choses, depuis les dix dernières générations, l'héritier s'était systématiquement révélé être un mâle.
Ginny écouta les explications de Burke avec étonnement. Elle avait rapidement réalisé que les Malfoy étaient des individus puissants. Elle n'avait pourtant pas imaginé qu'ils l'étaient autant. Pendant ces quelques semaines passées à travailler aux Bons Breuvages de Burke, Ginny avait appris énormément de choses sur le régime dans lequel elle vivait. Ses emplois précédents, de basse besogne, lui avaient uniquement permis de fréquenter des sorciers de rangs inférieurs. Dans ces milieux, moins éduqués et plus modestes, la connaissance sur ces sujets était limitée, voire inexistante.
Contrairement à Hermione qui était avide de s'instruire sur tous les sujets possibles et imaginables, Ginny n'avait jamais cherché à s'éduquer sur ces thèmes. Après tout, une personne de statut inférieur avait peu d'intérêt à s'intéresser à ces problématiques. Pour Ginny, ces gens évoluaient dans un monde caché et exclusif, qui représentait un danger pour quelqu'un de son rang.
Après de longues heures passées dans le sous-sol de l'Augurey Magistral, à confectionner l'Élixir Anti-Sommeil sans aucune pause, Burke annonça finalement à Ginny qu'ils en avaient terminé pour la journée. Les premières étapes étaient terminées, et les potions devraient reposer à température ambiante pendant trente-sept heures, avant la reprise de la préparation. Ginny fut ravie de pouvoir enfin rentrer chez elle. Il était tard - Burke l'avait mandaté à plusieurs reprises pour des heures supplémentaires depuis l'absence de Ruth - et elle était épuisée. Elle était toutefois heureuse de pouvoir gagner davantage d'argent.
« Ne soyez pas en retard, après demain. » dit Burke d'une voix sévère après avoir placé le dernier couvercle sur un chaudron. « Nous avons encore beaucoup à faire. »
Lorsque Ginny retourna dans son appartement, elle trouva Hermione devant la cuisinière, tentant de préparer quelque chose aux fourneaux. Elle semblait toutefois plus perdue qu'autre chose. Ginny laissa échapper un petit rire en voyant son amie complètement dépassée. Hermione excellait dans une pléthore de sujets mais ses talents de cuisinière étaient inexistants. Elle sembla soulagée lorsque Ginny lui proposa de prendre le relai et préparer le dîner.
Le lendemain, pendant son jour de repos, Ginny retrouva Neville Londubat, l'un de ses meilleurs amis. Ils s'étaient liés d'amitié à Néréide pendant leur scolarité. Neville était un jeune homme discret et peu sûr de lui, fasciné par la botanique, un milieu dans lequel il avait finalement trouvé sa voie. Il semblait victime d'une malchance continuelle. A l'arrivée de Ginny, Neville lui montra sa main, recouverte d'un bandage épais.
« Je me suis foulé le poignet, encore une fois. » annonça-t-il d'une voix penaude.
« Qu'est-ce qu'on va faire de toi, Nev ? » demanda Ginny d'un ton mi-moqueur, mi-affectueux.
Pendant qu'ils marchaient sur le Chemin de Traverse, Ginny lui relata ses récentes tribulations chez l'apothicaire et sa rencontre avec les membres d'une famille royale. Neville l'observa d'un œil choqué tandis qu'elle lui expliquait sa visite dans la demeure d'un Gouverneur. Il arborait cet air apeuré qu'il affichait souvent.
« Grand-mère dit qu'il n'est pas bon pour les gens comme nous de se retrouver dans le collimateur des familles royales. » dit-il avec un frisson dans la voix, une lueur de tristesse et de crainte passant dans ses yeux bruns.
Les gens comme nous faisait référence au statut de Traîtresse à son sang de Ginny, que Neville partageait également. Il avait été élevé par sa grand-mère, Augusta Londubat, une dame âgée particulièrement castratrice et intransigeante qui avait instauré chez son petit-fils des angoisses profondes. Augusta passait son temps à critiquer Neville pour sa maladresse, sa nature trop gentille et influençable. Elle n'avait de cesse de le comparer à ses parents, des Dissidents connus du régime, qui avait été exécutés lorsque Neville n'était qu'un bambin.
En arrivant devant un poste de cheminées publiques, ils se dirigèrent vers l'âtre le plus éloigné de l'entrée. Ginny tendit quatre noises au portier.
« Le dragon aime les sports extrêmes. » chuchota Ginny à voix basse, s'assurant de ne pas être entendue par les personnes qui les entouraient.
Le portier hocha la tête, saisissant immédiatement son langage codé. Il glissa les noises dans sa poche et lui tendit en retour deux pièces.
Au premier abord, elles ressemblaient à des pièces de monnaie normales. En les observant de plus près toutefois, on pouvait remarquer qu'il ne s'agissait ni d'un gallion, d'une mornille ou d'une noise.
« Voici votre monnaie. » répondit le portier d'une voix claire.
Ginny entra dans l'âtre de la cheminée et lâcha une quantité minime de poudre de cheminette à ses pieds.
« Chemin de cratères ! » énonça-t-elle avant de disparaître dans des flammes vertes inoffensives.
Ginny atterrît sur un terrain vague mal entretenu, dans lequel des trous béants s'étalaient sur plusieurs mètres dans le sol. Quelques secondes plus tard, Neville apparut à ses côtés, manquant de glisser dans l'un des cratères. Ginny le rattrapa in-extremis par la main, lui évitant une chute dangereuse. Neville lui adressa un regard empli de reconnaissance.
Le système du faux gallion était ingénieux. Il s'agissait en réalité d'un portoloin temporaire, utilisable pour un unique voyage aller-retour vers une destination précise. Il s'activait uniquement lorsqu'on prononçait le nom de la destination en question reliée au faux gallion.
L'utilisation de la cheminée publique n'avait été qu'une couverture. En réalité, ils n'avaient pas voyagé grâce à la poudre de cheminette mais grâce au portoloin temporaire. Ils devaient utiliser ce stratagème, mis en place par les organisateurs de l'évènement auquel ils allaient assister, afin de ne pas éveiller les soupçons.
Les déplacements et les moyens de locomotion était extrêmement régulés dans le régime. La majorité du territoire terrestre du pays faisait l'objet d'un sort Anti-transplanage, apposé par le Département des Transports Magiques. Les sorciers de rangs inférieurs n'étaient de toute façon pas autorisés à obtenir un permis et la plupart d'entre eux n'avait jamais appris à transplaner - hormis les personnes qui venaient de zones récemment envahies par l'empire purifié.
Les portoloins normaux étaient également régulés par le Ministère de la Magie. La population utilisait en général le réseau de cheminées pour ses déplacements, ou les balais pour les trajets plus courts.
« Allons-y ! » lança Ginny avec excitation tandis qu'elle se frayait un chemin sur le terrain vague, s'efforçant de ne pas chuter dans l'un des cratères gigantesques.
Elle s'arrêta une fois arrivée devant un champ de protection translucide. Elle lança son faux galion dans l'air et ce dernier disparut, aspiré par le champ. Ginny fit alors un pas en avant, traversant une substance épaisse et humide, qui lui provoqua un frisson glacé. Le terrain vague avait disparu, remplacé par des piliers imposants, se dressant sur plusieurs mètres et formant des tours grisâtres. Elles étaient formées à partir de matériaux de fortune, principalement de la ferraille. La construction paraissait instable, se balançant de temps à autre vers un côté ou de l'autre, tout en provoquant un grincement bruyant. Les piliers étaient reliés entre eux par des structures en métal rouillé, sur lesquelles des centaines de gradins s'élevaient sur plusieurs niveaux, formant un stade de fortune. Contrairement à un stade de Quidditch, généralement de forme ovale, le terrain formait ici des lignes sinueuses, à la manière d'un parcours.
Les gradins étaient déjà remplis et Ginny entendit les hurlements de la foule surgir de toute part. Elle attrapa le bras valide de Neville avec enthousiasme et l'entraîna vers l'une des tours où un panneau affichant les mots ''Vente de billets'' lévitait dans le ciel.
« Deux places standards. » demanda Ginny d'un ton joyeux, lorsqu'ils furent arrivés face à une cabane délabrée qui faisait office de billetterie improvisée.
Une sorcière à la tête rasée posa deux billets sur le comptoir, mâchouillant son chewing-gum d'un air ennuyé. Un dragon était tatoué sur son crâne chauve.
« Dix gallions et quatre mornilles. » réclama-t-elle, caressant une salamandre bossue à travers sa cage, installée sur la table.
Ginny posa la moitié de la somme sur le comptoir et Neville rajouta le reste.
« Bon jeu. » lança la vendeuse en les observant à peine, trop occupée à câliner sa salamandre.
Ginny s'empara des deux billets et tendit l'un d'eux à Neville.
« Ça faisait tellement longtemps. » dit-elle d'une voix enjouée tandis qu'ils se dirigeaient vers l'entrée du terrain.
Ginny tendit les tickets au videur, un demi-géant à l'air peu commode qui s'effaça pour les laisser entrer. Ils grimpèrent les escaliers de la tour indiquée sur leurs tickets puis s'engagèrent parmi les lignes étroites des gradins pour rejoindre des places vides. Ginny se pencha en avant, posant ses avant-bras sur la rambarde, observant le stade avec excitation.
Le Parcours de la Mort était un sport illégal qui consistait en une course rapide et effrénée contre une multitude d'obstacles. Un groupe de compétiteurs individuels luttaient pour exécuter treize tours du parcours, essayant d'éviter les pièges dangereux que le terrain ensorcelé relâchait régulièrement pour leur rendre la tâche difficile.
Il s'agissait d'un sport violent et particulièrement brutal. Il n'était pas rare que les compétiteurs se retrouvent sévèrement blessés à l'issue d'une course. Le Parcours de la Mort n'était pas autorisé par le Ministère de la Magie et les courses se faisaient donc dans l'illégalité la plus totale. Un large réseau de paris illicites s'était créé autour du jeu.
Il était considéré comme une discipline populaire et inélégante, contrairement au sport noble qu'était le Quidditch. Assister aux courses était passible d'amendes et même d'emprisonnement pour les joueurs ainsi que les organisateurs. Le son d'une voix puissante s'éleva soudainement dans l'air, jaillissant des enceintes installées un peu partout parmi les gradins. La voix venait de la tribune centrale, où le commentateur de la rencontre, un sorcier noir avec de longues dreadlocks et une robe de sorcier d'un jaune canari, avait posé sa baguette sur sa nuque.
« Amateurs de sensations fortes et cavaliers survoltés, bienvenue à une nouvelle édition du Parcours de la Mort. Mes amis, vous voulez de la violence, vous voulez de la brutalité, vous voulez du dégât ! Eh bien on dirait que vous avez frappé à la bonne cheminée ! » s'exclama-t-il de sa voix rauque et puissante.
Des hurlements s'élevèrent parmi la foule surexcitée à la suite de ces paroles.
« Aujourd'hui, sous vos yeux ébahis va se dérouler une lutte implacable. Nos héros sont plus chauds que jamais. Et ça tombe bien, car nous allons leur réserver un accueil digne de ce nom. » poursuivit le commentateur.
Il fit une pause, observant avec satisfaction la foule tandis que les supporters exprimaient leur excitation de manière tonitruante.
« Je vous rappelle la seule règle de notre jeu. » indiqua le commentateur. « L'usage direct de la magie est interdit et disqualifiable immédiatement. »
Les joueurs n'étaient autorisés qu'à utiliser la magie qu'offrait le parcours. Il était interdit de porter une baguette ou de produire de la magie directe pendant la course.
« Aujourd'hui, nous allons commencer les choses un peu différemment. » avança le commentateur, d'un air machiavélique. « Nos joueurs devront commencer la course au sol. »
Des murmures perplexes se firent entendre dans les gradins.
« Il faut toujours qu'ils en rajoutent. » commenta Neville à ses côtés en grimaçant.
La seule raison pour laquelle Neville acceptait d'assister aux courses du Parcours de la Mort était parce que Ginny l'y traînait de force. Il n'aimait pas la violence et la brutalité de la discipline. Avant que la jeune femme ne puisse répondre, la foule se fit soudainement plus bruyante. Elle aperçut une douzaine de joueurs faire irruption sur le parcours, émergeant de l'une des tours. Ils saluèrent la foule en délire.
Les joueurs étaient de véritables vedettes dans le milieu. La plupart d'entre eux étaient de statut inférieur. Seuls les Sang-Purs étaient autorisés à jouer au Quidditch de manière professionnelle. Parmi eux, Ginny reconnut Olivier Dubois, son ex petit-ami. Elle croisa les bras, les lèvres plissées, puis détourna les yeux, reposant son attention sur le commentateur. Leur dernière conversation l'avait rendu furieuse et Ginny savait désormais que l'amitié qu'ils avaient réussi à garder après leur rupture était désormais une chose du passé. Elle ignora le regard en coin de Neville.
« Avant même de commencer la course, nos joueurs devront aller récupérer leurs balais, au milieu du parcours. » annonça le commentateur avec excitation. « Évidemment, on ne le les laissera pas faire aussi… facilement. »
Il ricana d'une manière sournoise, comme s'il préparait un plan particulièrement fourbe.
« Tous les joueurs, sur la ligne de départ ! Trois, deux, un… C'est parti ! » hurla-t-il avec véhémence.
Immédiatement, les joueurs se mirent à courir pour rejoindre le stand où on avait entreposé des balais, cinq cent mètres plus loin. Au même instant, la porte d'une tour s'ouvrit à la volée, et des créatures émergèrent du trou. Elles avaient une apparence féline, le poil d'un noir de jais brillant et des yeux globuleux d'un bleu intense.
« Des Matagots. » dit Neville, aux côtés de Ginny, en grimaçant.
Ils bondirent férocement à la suite des compétiteurs, montrant des crocs à l'aspect coriace. L'un des joueurs, moins rapide que le reste du groupe, fut rattrapé rapidement par deux Matagots qui se jetèrent sur lui, déchiquetant ses vêtements avec férocité. On entendait ses cris terrifiés, même à travers le bruit de la foule en délire.
« Encore un candidat mal préparé qui ne connaît pas la définition du sprint ! » se moqua le commentateur, avec un rire gras. « A douze secondes de jeu à peine. Par Voldemort, que c'est pathétique ! »
Ses commentaires furent suivis par des hurlements de rire dans la foule.
« Cho la Flèche est la première à atteindre son balai et à s'envoler à toute vitesse. » annonça le commentateur. « Elle est suivie de près par Olivier et Angelina qui arrivent eux aussi à récupérer leurs balais. »
Cho, une jeune femme asiatique avec une longue queue de cheval noire à la pointe bleu cyan, avait pris la tête de la course. D'autres joueurs étaient encore à la traîne sur le sol, tentant d'éviter les Matagots du mieux qu'ils pouvaient. Ginny vit une joueuse faire un croche-patte à son compétiteur qui tomba face contre terre sur le sol. Immédiatement, le groupe de Matagots se jeta dans sa direction.
« Une stratégie efficace de la part de Katie. Ça apprendra à son concurrent à ne pas regarder là où il court. » ajouta le commentateur avec un ricanement moqueur.
Le reste des joueurs parvint finalement à rejoindre le stand des balais et ils se retrouvèrent à leur tour dans les airs, prêts à commencer la course.
« Eh bien, on dirait que notre purge s'est révélée fatale ! Nous avons perdu le quart des joueurs avant même qu'ils atteignent leurs balais. Que dit-on, mes amis ? «
« MINABLES ! » hurla la foule en chœur. « MINABLES ! »
« Je n'aurais pas dit mieux ! » railla le commentateur. « Cho est toujours en première position et termine son premier tour sans aucune difficulté. »
Plus les tours avançaient, plus la difficulté des obstacles amplifiait. Ils eurent droit à des flèches enflammées, des chauves-furies féroces et même à une brume hallucinogène. Cette dernière força deux joueurs à regagner le sol, hurlant à la mort d'un air paniqué, fuyant dans tous les sens comme s'ils étaient attaqués par des créatures invisibles. C'était l'un des effets de la brume qui créait des hallucinations si vivifiantes que les personnes qui la respiraient entraient dans un état d'angoisse profond, les empêchant de distinguer la réalité de leur imagination. Les deux joueurs déclarèrent forfait.
« On dirait bien que ces incapables ont respiré trop de brume. » commenta l'homme. « Vous connaissez l'apnée, bande de bras cassés ? »
Au neuvième tour, il ne resta plus que six joueurs. C'était généralement les professionnels qui parvenaient à atteindre les rounds les plus élevés de la course. Comme d'habitude, Cho ''La Flèche'' Chang dominait la partie tandis qu'Olivier et Angelina luttaient pour la seconde place du podium.
A l'avant-dernier tour, Ginny aperçut une dizaine d'oiseaux géants se positionner sur le parcours, formant une ligne parfaite dans l'air. D'un geste synchronisé, ils agitèrent leurs ailes imposantes, créant un vent si puissant que les joueurs semblèrent dans l'incapacité d'avancer davantage. L'un d'eux fut même propulsé contre une tour et il chuta de plusieurs mètres, s'écrasant sur le sol avec un bruit sec. Son balai, lui, s'encastra entre deux morceaux de ferraille dans la tour la plus proche.
« Il semblerait que tous nos héros soient bloqués pour le moment ! » se moqua le commentateur. « Comment vont-ils se sortir de cette situation ? »
Ginny fronça les sourcils lorsqu'elle vit Cho faire marche arrière brusquement sur son balai.
« Qu'est-ce qu'elle fiche ? » hurla quelqu'un dans les gradins, à quelques mètres d'eux. « Elle va perdre sa première place ! »
Cho s'était effectivement mise à voler dans le sens inverse, et tous les autres joueurs étaient désormais devant elle. Ils peinaient toutefois à avancer face à la bourrasque puissante créée par les volatiles géants.
Ginny observa Cho avec perplexité tandis qu'elle se ruait vers la tour où le dernier éliminé avait chuté. La joueuse attrapa le manche du balai qui s'était encastré dans la tour. Elle tira violemment dessus pour le récupérer. Puis, d'un geste gracieux et habile, elle le plaça entre ses jambes, se retrouvant ainsi assise sur deux balais à la fois. Elle s'engagea à nouveau dans le sens correct de la course et cette fois, propulsée par la force des deux balais, elle sembla avancer avec davantage de facilité, moins gênée par le vent que produisait les oiseaux géants.
« DU PUR GÉNIE ! » hurla le commentateur, sa voix couvrant difficilement la foule qui s'était mise à hurler plus fort encore. « C'est ce qu'on appelle de la stratégie ! Enfin une qui en a dans le ciboulot ! »
Cho dépassa facilement les autres joueurs et bientôt, elle fonça en direction des oiseaux géants, brisant leur ligne parfaite. Les volatiles se séparèrent, disparaissant dans les airs.
Cho lâcha le second balai avec force et celui-ci vola en direction de deux joueurs, les bousculant de plein fouet. L'un d'eux chuta de son balai et exécuta une longue dégringolade en direction d'énormes blocs de roches au sol. Le second parvint à garder l'équilibre sur le balai, mais fut ralenti de manière conséquente.
« Elle est tellement géniale. » s'extasia Ginny avec admiration, des étoiles dans les yeux, tandis qu'elle observait Cho creuser la distance avec ses concurrents.
Elle adorait regarder Cho pendant les courses. Non seulement ses capacités en vol étaient hors normes, mais elle était également une fine stratège. La créativité dont elle faisait preuve à chaque fois ne cessait d'impressionner Ginny.
Sans surprise, Cho remporta la course, suivie de loin par Olivier puis par Angelina ainsi qu'un dernier joueur dont Ginny ignorait le nom. Tous les autres avaient chutés ou déclaré forfait. La foule explosa en hurlements enthousiastes pendant que Cho faisait un tour du terrain, levant un poing victorieux devant les spectateurs, sa longue queue de cheval virevoltant joyeusement à son passage.
« Encore une fois, notre star nationale, Cho la Flèche, remporte la course et se démarque de la compétition, nous offrant encore une démonstration de son talent inégalé. » déclara le commentateur avec plaisir.
Ginny et Neville applaudissaient avec véhémence, hurlant le nom de Cho en chœur, avec le reste de la foule.
Après la fin du match, Neville et Ginny décidèrent de se rendre au Chaudron Baveur, un pub populaire situé sur le Chemin de Traverse. C'était un lieu majoritairement fréquenté par les Sang-Impurs. Tom, le propriétaire, un Traître à son Sang, avait fait de son pub un endroit particulièrement rentable pour lui. Il était fortuné, ce qui n'était pas commun pour les sorciers de son rang.
Cela signifiait aussi que Tom était la cible de nombreuses tentatives d'intimidation, notamment par certains Mangemorts ou de concurrents qui n'appréciaient pas voir un pub appartenant à un sorcier inférieur prospérer autant.
Comme à chaque fin de rencontre du Parcours de la Mort, l'intérieur vaste du Chaudron Baveur était bondé. Neville et Ginny parvinrent tout de même à dénicher une table étroite, sous les escaliers menant au second étage, près des toilettes. Sur l'estrade du pub, une banshee entonnait une mélodie entraînante, sous les regards admiratifs de certains clients masculins.
Tandis qu'elle discutait avec Neville, Ginny aperçut Olivier Dubois du coin de l'œil. Il était adossé contre une colonne non loin du bar, entouré d'une bande de groupies qui tentaient d'obtenir des autographes de sa part. Ginny grimaça et ses yeux s'assombrirent à la vue de la scène. Neville suivit son regard et il esquissa un sourire en voyant qui elle regardait.
Comme s'il avait senti des regards sur lui, Olivier se tourna soudainement dans sa direction. Leurs yeux se croisèrent et Ginny détourna le regard, laissant échapper un juron vulgaire. Quelques instants plus tard, Olivier arrivait à leur hauteur, tenant deux pintes de bièraubeurres alcoolisées.
« Hey, Nev. » salua-t-il à l'attention de Neville. « Hey, Gin. »
En guise de réponse, il reçut un regard particulièrement hostile de la part de la jeune femme.
« Je vais me chercher une autre boisson. » lança soudainement Neville avec un air gêné, saisissant les signaux peu discrets d'Olivier.
Neville s'empara de sa bièraubeurre remplie à ras-bord et s'éloigna précipitamment. Ginny leva les yeux au ciel. Olivier prit sa place sur le tabouret et posa l'une des pintes devant Ginny.
« Ta préférée. Avec un quartier de citron, comme tu aimes. » ajouta-t-il, un sourire animant son visage séduisant.
Olivier était beau garçon et il en avait conscience. Son statut de vedette locale lui attirait également l'attention d'une pléthore des groupies et il ne se privait pas d'en profiter. Ginny repoussa la pinte dans sa direction et le fusilla du regard.
« Je ne veux rien de toi. » déclara-t-elle d'une voix glaciale.
« Allez, Ginny. Tu vas m'en vouloir encore longtemps ? J'ai été honnête avec toi, c'est ce que tu voulais, non ? » demanda Olivier, visiblement frustré par son hostilité.
Ginny lui jeta un regard interloqué, sidérée par ce qu'elle entendait. Ils étaient sortis ensemble par intermittence pendant quatre ans. Ginny avait arrêté de compter le nombre de fois qu'ils avaient rompus avant de recoller les morceaux, à chaque fois. Finalement, lassée par leur relation mouvementée, des groupies d'Olivier ainsi que de son manque d'engagement et de sérieux envers elle, Ginny avait décidé de mettre un terme à leur relation, l'année précédente. Contrairement à leurs ruptures précédentes, qui s'étaient avérées temporaires, cette dernière avait été finale et définitive, ce que Olivier avait eu du mal à accepter. Malgré tout, ils étaient depuis restés amis et se voyaient même fréquemment. Parfois, ces rencontres se terminaient dans le lit de l'un ou de l'autre. Malgré ces quelques dérapages, Ginny avait toutefois refusé catégoriquement de reprendre une vraie relation avec Olivier.
Deux semaines plus tôt, ils s'étaient revus pour prendre un verre au Chaudron Baveur. Après avoir consommé une quantité excessive d'alcool, Ginny avait demandé à Olivier d'être honnête sur tous les écarts qu'il avait eu pendant leur relation. Il lui avait alors avoué l'avoir trompée à plusieurs reprises avec Katie Bell, une autre joueuse du Parcours de la Mort. Olivier avait probablement pensé qu'elle apprécierait son effort d'honnêteté. Cependant, Ginny était entrée dans une colère noire après cet aveu et il avait fallu que deux autres clients la retiennent pour l'empêcher de l'étriper à mains nues.
« Écoute Ginny… Tu sais que je t'aime encore. Je veux qu'on se remette ensemble et qu'on fasse table rase du passé. C'est pour ça que je t'ai dit la vérité, l'autre jour. Pour qu'on recommence une relation sur des bases saines, toi et moi. Je sais que j'ai fait des erreurs mais… »
« Des erreurs ? » répéta Ginny avec un rire dédaigneux. « Une erreur, c'est quand tu mets des vers de terre à la place des chenilles dans ta potion de Ratatinage. Quand ta baguette se retrouve entre les cuisses d'une autre femme, à plusieurs reprises, ce n'est plus de l'ordre de l'erreur, Olivier. »
« Trésor… » commença-t-il d'une voix lente, tentant visiblement de l'amadouer.
« La ferme. » l'interrompit-elle d'une voix cassante, sentant sa colère monter d'un cran supplémentaire devant ses tentatives pour l'apaiser « Je ne veux plus jamais entendre parler de toi. Tu m'oublies, compris ? Si tu essaies encore de me contacter, c'est mon frère qui viendra te voir directement. »
La menace sembla faire son effet. Olivier craignait particulièrement Bill, qui ne lui avait jamais rendu la vie facile pendant leur relation.
« Il ne sait pas encore ce que tu as fait et si tu veux que ça reste ainsi, tu as tout intérêt à me foutre la paix, Dubois. » ajouta-t-elle avant de s'éloigner, lui lançant un dernier regard empli de mépris.
Ce fut une Ginny fulminante qui retrouva Neville près du bar. Ce dernier observait la banshee la bouche ouverte, le regard rêveur. Les banshees avaient un pouvoir particulier sur la gent masculine. Lorsqu'elles chantaient, elles provoquaient des réactions excessives chez les hommes qui paraissaient prêts à tout pour leur plaire et les impressionner. Contrairement aux Vélanes, elles avaient toutefois un physique repoussant et seule leur voix leur permettait de charmer leurs proies.
« Ce type est un sacré enfoiré. » se plaignit Ginny, sidérée, ses joues rougies par la contrariété. « Je ne sais pas comment j'ai pu sortir avec lui pendant toutes ces années. J'ai vraiment perdu mon temps. »
« C'est un mec plutôt cool si on oublie le fait qu'il ne peut pas garder sa baguette dans son pantalon. » commenta Neville avec un soupir.
Ginny acquiesça. Elle devait admettre que Neville n'avait pas tort. Olivier était un type drôle et incroyablement mignon. Jamais elle ne s'était ennuyée avec lui pendant les années passées ensemble. Le fait de fréquenter un garçon plus âgé et plus expérimenté avait été terriblement excitant, surtout à ses dix-sept ans. Elle n'avait toutefois plus l'énergie et la patience pour ses comportements immatures.
« Peu importe, changeons de sujet. Je ne veux plus gâcher de la salive pour ce troll. » décréta Ginny avant de prendre une longue gorgée de sa boisson.
Elle passa une soirée agréable avec Neville tandis qu'ils se remémoraient des souvenirs particulièrement drôles de leur scolarité. Au fil des heures, comme d'habitude, l'ambiance du pub se fit plus mouvementée. Ginny reconnut Seamus Finnigan, un type qui avait aussi étudié à Néréide avec eux, monter sur une table. Il semblait complètement ivre, et manqua de trébucher, sous les regards moqueurs de son groupe d'amis.
« Voilà qu'il s'y remet. » commenta Ginny.
D'une voix horriblement fausse, Seamus entonna une chanson paillarde qui moquait le régime, et fut bientôt suivi par quelques personnes ivres dans le pub. Ginny et Neville échangèrent des regards incertains. Il était dangereux d'avoir ce genre de propos en public. Même si le pub était fréquenté exclusivement par des personnes de rang inférieur qui ne tenaient pas le régime dans leurs cœurs, on ne savait jamais réellement qui écoutait. Avouer ouvertement des convictions opposées au régime en public n'était jamais une bonne idée.
A la fin de sa chanson, Seamus reçut quelques applaudissements, ce qui sembla l'enhardir. Il termina sa boisson d'une traite et la posa sur la table, avant de lâcher un rot bruyant. Il bondit sur ses pieds puis commença à réaliser une danse traditionnelle irlandaise, faisant claquer ses chaussures sur le bois vieilli de la table. Il était tellement saoul que sa tentative ressemblait plutôt à une tentative de fuite contre des chauves-furies invisibles et dangereuses. Soudainement, d'une voix retentissante, Seamus s'écria :
« Vous savez c'que j'fais à vot' pureté, moi ? » demanda-t-il d'un ton railleur « J'lui offre mon gros python impur ! Ça la fera taire la pureté, j'vous le garantis, moi ! »
Des rires gras s'élevèrent dans le pub.
« Profonde soit la pureté ! Le Python vaincra ! » annonça-t-il en levant le poing dans l'air. « J'vous promets que quand j'lui passerai dessus, la pureté va en réclamer enc… »
Sa tirade cessa brusquement, interrompue par deux hommes qui s'étaient levés d'une table non loin de lui. L'air peu commode, ils s'approchèrent de Seamus et le saisirent violemment par les bras pour le faire descendre de la table. Il chuta sur le sol, face contre terre, et gémit de douleur. L'un des hommes l'attrapa par le col de son pull sans cérémonie et commença à le traîner en dehors du pub, sous les regards craintifs des autres clients.
Un silence de mort s'était abattu dans le Chaudron Baveur. Puis, lorsque les hommes disparurent du pub, entraînant Seamus dans leur sillage, les conversations reprirent, comme si de rien n'était. Ginny vit les compagnons de Seamus échanger des regards peu assurés. Quelques instants plus tard, ils quittèrent les lieux à toute vitesse, craignant probablement le retour des deux Mangemorts.
« Des Mangemorts en civil. » lança un homme âgé, près de Ginny. « Ils traînent de plus en plus dans l'coin, ces derniers temps. Cet imbécile va passer un sale quart d'heure. Mais je n'ai aucune peine pour lui. Franchement, comment peut-on être aussi stupide ? Les jeunes de nos jours, vraiment… »
Les Mangemorts portaient toujours un masque et ne montraient jamais leurs vrais visages. Ils utilisaient parfois du Polynectar ou d'autres méthodes pour altérer leur apparence afin de s'infiltrer discrètement parmi la population et enquêter sur les délits liés à la pureté du sang.
Lorsque Ginny et Neville quittèrent le pub, une heure plus tard, ils s'engagèrent sur le chemin sinueux et étroit menant à l'allée principale du Quartier des Embrumes. Sur la route, ils rencontrèrent le groupe d'amis de Seamus Finnigan. Ils étaient attroupés autour d'une alcôve enfoncée, murmurant à voix basse. En s'approchant d'eux, Ginny distingua une silhouette avachie sur le sol, éructant des sons gutturaux, visiblement éprise d'une douleur lancinante. Elle reconnut immédiatement Seamus, allongé sur les dalles mal entretenues de l'allée, le visage tuméfié et maculé de sang frais.
« Oh non… » gémit Neville, saisi d'un haut le cœur. « Que s'est-il passé ? »
« Ils l'ont tabassé. » expliqua un jeune homme d'une voix grave. « Et ils lui ont coupé la langue. »
Lorsque Ginny se glissa dans son lit, une heure plus tard, elle repensa au visage ensanglanté de Seamus. Ses plaisanteries lui avaient coûté le prix fort. Il était interdit d'invoquer le nom de Voldemort et du régime de manière insultante ou irrespectueuse. Le blasphème était sévèrement puni. Les Mangemorts s'étaient assurés d'empêcher Seamus de pouvoir blasphémer à l'avenir.
Cette nuit-là, Ginny rêva qu'Olivier Dubois insistait de nouveau pour qu'ils se remettent ensemble. Puis, lorsqu'il s'approcha de son visage pour tenter de l'embrasser, Ginny réalisa qu'il n'avait plus de langue. A la place de sa bouche, seul un trou béant ensanglanté était visible. Elle se réveilla en sursaut, frissonnant de dégoût au souvenir de ce rêve étrange.
La jeune femme jeta un regard à l'horloge et jura en réalisant qu'elle serait en retard si elle ne commençait pas à se préparer pour la journée. Elle devrait retourner à la boutique de Burke pour qu'ils se rendent à l'Augurey Magistral afin de poursuivre la préparation de l'Élixir Anti-Sommeil. L'inauguration de l'hôtel aurait lieu le lendemain et les potions devaient être prêtes pour la fin de journée.
En arrivant dans le hall majestueux de l'hôtel, Ginny fut surprise de constater l'avancement des travaux pendant son jour de congé. Tout semblait cette fois finalisé. A nouveau, elle fut époustouflée par la beauté de l'endroit. Lorsqu'ils passèrent devant la salle des banquets, où aurait lieu la soirée de grande ouverture, elle remarqua qu'ils avaient commencé à décorer la pièce.
Soudainement, le regard de Ginny tomba sur Draco Malfoy, en grande discussion avec l'assistante de sa mère. Elle perdit immédiatement son sourire béat. Par le caleçon de Merlin, pensa-t-elle avec frustration, détournant vivement les yeux. Elle n'avait pas pensé le revoir de nouveau. Ginny se souvint alors des paroles d'Allegra, deux jours auparavant. Selon ses dires, Malfoy fils supervisait les préparations de l'évènement.
Il était primordial qu'elle se tienne à carreaux, songea Ginny. Elle allait tout simplement l'ignorer jusqu'à la fin de la journée et éviter de se retrouver dans ses pattes. Ce ne devrait pas être si compliqué que ça, tenta-t-elle de se persuader.
C'était toutefois sans compter sa malchance habituelle. Apparemment, Malfoy avait insisté pour faire un dernier tour des opérations afin de s'assurer que tout était en ordre pour le lendemain. Il se présenta donc dans le laboratoire improvisé de potions à la fin de la journée, Allegra McGrath sur ses talons. Son regard gris perçant se posa immédiatement sur Ginny qui fit mine de se concentrer sur le chaudron face à elle.
Burke s'empressa de les accueillir pour leur faire un compte-rendu complet de l'avancement de la préparation. Il en profita pour s'extasier devant le travail de rénovation impressionnant qu'avait reçu l'hôtel, et se pâma devant le goût grandiose des Malfoy.
« Lèches-bottes professionnel. » songea Ginny avec dégoût.
Burke invita Draco à faire le tour des chaudrons pour lui montrer la progression des potions, vantant la qualité premium de son travail.
« Vos invités seront enchantés de recevoir un présent d'une telle rareté, je peux vous l'assurer. » garantit l'apothicaire d'un ton suffisant.
Draco s'approcha d'un chaudron pour jeter un œil à l'intérieur, observant la substance verdâtre avec un dédain manifeste. Soudainement, la potion éclata légèrement, et plusieurs gouttes du liquide terreux jaillirent du chaudron, atterrissant sur la chemise blanche qu'il portait, laissant une tache disgracieuse sur l'étoffe délicate.
Immédiatement, Burke se précipita vers Malfoy, se confondant en excuses et lui tendit un mouchoir immaculé. Draco le saisit d'un geste agacé et commença à nettoyer la tâche, qui ne fit que se répandre davantage sur le vêtement. Il apposa sa baguette sur la chemise, murmurant un sort du bout des lèvres. Le liquide verdâtre disparut aussitôt mais la forme de la tâche ne s'estompa pas. Avant de ne pouvoir s'en empêcher, Ginny laissa échapper un rire moqueur. Elle s'empressa de le dissimuler par un toussotement violent lorsque les regards de la pièce se rivèrent dans sa direction.
« Navrée, une mauvaise toux. » se justifia-t-elle en posant une main sur sa poitrine, le visage rouge.
Allegra McGrath et Burke semblèrent la croire car ils reportèrent leur attention sur Draco. Ce dernier garda son regard perçant rivé sur Ginny. Elle vit sa mâchoire se contracter sous l'effet de la contrariété et elle déglutit. Elle tourna les yeux hâtivement, faisant mine de s'affairer autour de ses ingrédients.
« Le venin de grapcorne est capricieux et difficile à faire disparaître. Peut-on trouver de l'huile de cournaille, quelque part ? » s'enquit Burke à l'attention d'Allegra, des gouttes de sueur perlant sur son front dégarni. « De préférence non diluée. »
« Peut-être dans les cuisines. » indiqua l'assistante. « Pouvez-vous me montrer à quoi elle ressemble, exactement ? »
Burke hocha la tête et s'empressa de suivre l'assistante en dehors de la pièce. Ginny voulut jurer mais n'en fit rien. Elle pouvait sentir le regard brûlant de Malfoy sur elle mais fit mine de ne pas le remarquer, ses yeux résolument fixés sur son chaudron débordant. Elle distingua le bruit des pas qui s'approchaient lentement d'elle.
« Quelque chose te fait rire, Weasley ? » interrogea Draco de sa voix traînante.
Même si elle ne voyait pas l'expression de son visage, le ton de sa voix était parlant. Il fulminait.
« Non, monsieur Malfoy. » assura-t-elle sans le regarder, s'efforçant de garder une intonation neutre.
« Regarde-moi quand je m'adresse à toi. » ordonna-t-il d'un ton sec, visiblement irrité par son indifférence.
Ginny releva la tête à contrecœur, croisant des yeux d'un gris profond. Elle fit de son mieux pour garder une expression impassible même si son for intérieur ne souhaitait qu'exprimer toute l'antipathie qu'elle nourrissait envers cet homme.
« Décidément, les gens de ton espèce n'ont vraiment pas de manières. » commenta-t-il d'une voix doucereuse, dardant sur elle un regard empli de mépris.
Draco observa les ingrédients posés sur le plan de travail, puis la potion qui mijotait tranquillement dans le chaudron. Il attrapa une noix découpée sur la table.
« Attention, rajouter une autre noix risque de souiller la préparation. » prévint Ginny avec appréhension, observant successivement la main de Draco et le chaudron bouillonnant.
« Oh, vraiment ? » s'enquit-il, faussement intéressé. « J'imagine que ça t'attirerait énormément de problèmes si c'était le cas. »
Le ton innocent dans sa voix n'aurait trompé personne. Draco joua avec la noix distraitement, la faisant sauter dans l'air et la rattrapant à chaque fois in-extremis avant qu'elle ne tombe dans la potion. Les yeux de Ginny suivirent ses gestes.
« Est-ce que je peux retourner à mon travail ? » demanda-t-elle alors d'une voix contrôlée.
« Évidemment. » répliqua-t-il avec dédain.
Sous les yeux ébahis de Ginny, il jeta la noix dans la potion et une fumée épaisse en émana immédiatement. Avant que Ginny ne puisse dire quoi que ce soit, la porte de la pièce s'ouvrit à nouveau, laissant entrer Burke et Allegra.
Draco exhibait un sourire à la fois méprisant et satisfait, tandis qu'il retournait vers Burke qui s'empressa d'appliquer l'huile de cournaille sur la tâche du vêtement. La chemise reprit sa couleur immaculée au bout de quelques secondes.
« Dites-moi, Burke… » commença Draco d'une voix intéressée. « Quand ces potions seront-elles prêtes, exactement ? »
« À vrai dire, elles devraient être prêtes, désormais. Nous sommes en avance pour l'évènement de demain. Comme prévu. » affirma Burke avec satisfaction, bombant le torse. « Il ne reste plus qu'à les mettre en fiole. »
« Pourriez-vous effectuer une dernière vérification de la qualité avant de les mettre en fiole ? Pour vérifier que tout est parfait. » lança vicieusement Draco, un sourire en coin sur ses lèvres minces.
« C'était prévu. » assura Burke en pinçant légèrement des lèvres, comme s'il était piqué dans son estime à l'idée qu'on puisse douter de la qualité de ses potions.
Il s'approcha des chaudrons, l'un après l'autre, pour faire les tests nécessaires, vérifiant avec attention la consistance, l'épaisseur et la couleur de chacune des préparations. Le dernier chaudron fut celui devant lequel se trouvait Ginny. Malfoy s'était également approché, observant Ginny avec un rictus mauvais qu'elle aurait voulu retirer de son visage à l'aide d'une gifle monumentale. Il voulait probablement être en première loge de son humiliation devant Burke. A la fin de son inspection, Burke s'exclama :
« Tout simplement parfaite, comme les autres. Celle-ci a même une couleur particulière, plus profonde. Je me demande si c'est dû à la qualité de l'air près de la fenêtre. » commenta Burke avec satisfaction, une lueur pensive dans ses petits yeux retroussés.
« Je crois que c'est dû à l'ajout du dernier ingrédient, Monsieur Burke. » avança Ginny, pleine de ferveur.
Du coin de l'œil, elle lança un regard vers Draco Malfoy qui avait froncé les sourcils, visiblement désarçonné par la réaction de Burke.
« Comme vous me l'avez expliqué, Monsieur Burke, la dernière noix améliore la qualité de la potion si on attend quelques minutes supplémentaires avant de l'ajouter. » indiqua Ginny en plongeant son regard dans celui de Malfoy, un sourire éclatant sur ses lèvres.
Ginny avait eu raison de miser sur le vice de Draco Malfoy et sur son désir de la saboter devant son employeur. En lui demandant expressément de ne pas faire quelque chose, elle s'était doutée qu'il le ferait uniquement pour lui attirer des problèmes. Burke lança un regard impressionné à Ginny. Il était probablement effaré qu'elle ait retenu l'un de ses nombreux enseignements, généralement partagés entre deux critiques acerbes à son égard.
« Bon travail. » dit-il d'un ton rapide, avant de se détourner pour s'emparer des fioles vides.
Ginny écarquilla les yeux, interloquée par ses paroles. Burke était habituellement avare de compliments. Cela avait probablement dû lui coûter beaucoup de fierté de prononcer ces mots. Ginny savait toutefois que sa propre réussite faisait rayonner Burke. Si son employée faisait correctement son travail, on l'attribuerait au talent du Maître de Potions.
Draco Malfoy arborait toujours un air déstabilisé, ce à quoi Ginny répondit par un sourire éclatant pour mieux le narguer. Elle savait pertinemment qu'elle jouait avec le feu mais jamais quelque chose ne lui avait semblé aussi gratifiant. Ginny était ravie de l'avoir trompé avec autant de facilité.
Une heure plus tard, ils terminèrent de mettre toutes les potions en fiole et un elfe de maison les fit disparaître d'un claquement de doigts, probablement dans endroit sûr. Malgré sa fatigue profonde et son mal de dos accablant après être restée debout toute la journée, Ginny fut heureuse de revêtir sa longue cape et se diriger vers la sortie de l'Hôtel. Enfin, pensa-t-elle avec soulagement. Elle avait survécu à ces jours en terrain ennemi. Elle ne désirait qu'une chose : s'échapper de cet environnement hostile et ne plus jamais y remettre les pieds de son existence.
Lorsqu'elle passa devant l'entrée, Ginny aperçut Draco Malfoy au pied du grand escalier de marbre. Il la suivit des yeux pendant qu'elle s'engageait derrière Burke vers la sortie. Elle remarqua une lueur particulière dans son regard gris intense et perçant. De l'admiration.
J'attends vos avis ! Dans le prochain chapitre, vous aurez un POV de Draco et un premier aperçu du monde des Treize sacrés...
A très vite,
Fearless
