Valeur et vertu à mes lecteurs favoris,
Je suis rapide pour poster ces derniers temps, non ? (Merci à ma bêta Polka60 pour sa correction super rapide d'ailleurs!)
Je vous l'ai dit au chapitre précédent, j'avais trop hâte de vous faire lire ce nouveau chapitre donc me voilà.
Merci à Jiwalumy, drou, Colixiphicus et pcam pour votre fidélité (je mettrais des coeur si le site me laissait le faire...) Je finis de répondre à vos reviews dans la soirée.
Bonne lecture !
XVI. Point de Mire
Ginny prit une longue inspiration, les paupières closes, dans une ultime tentative pour calmer ses nerfs agités. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle croisa le regard bleu de Katrina Street-Porter qui l'observait avec amusement.
« Tu sais, moi aussi j'étais nerveuse pour mon premier Bal de l'Ellébore. » révéla sa collègue avec nostalgie.
Ginny hocha la tête sans répondre. Elle ressentait une anxiété latente à l'idée de se retrouver dans un événement d'un tel standing, entourée par le haut de la pyramide du régime. Elle craignait également que la soirée ne se déroule pas comme prévu, après avoir travaillé d'arrache-pied sur l'organisation.
Si quelqu'un lui avait annoncé trois mois plus tôt qu'elle se retrouverait dans cette situation, Ginny aurait assurément ricané au nez de cette personne. A l'époque, elle n'avait été qu'une simple vendeuse traîtresse à son sang, travaillant à temps partiel dans une apothicairerie. Il était surprenant de constater le chemin parcouru en si peu de temps.
« Tout va très bien se passer. C'est le cinquième bal que j'organise. » lui assura Katrina en fermant les yeux, tandis qu'une maquilleuse s'affairait à déposer un fard irisé sur ses paupières. « Jusqu'ici, ils ont toujours eu des succès retentissants. »
Elles se trouvaient dans un salon privé du Palais de la Chimère, le lieu mythique où se tenait le Bal de l'Ellébore chaque année. Dans une heure, les premiers invités feraient leur entrée.
Katrina avait engagé des professionnels de l'esthétique pour les préparer. Elle avait certifié qu'il s'agissait d'une dépense nécessaire dans le cadre de leur mission. Ginny lui avait adressé un regard sceptique en la voyant ajouter le maquilleur et la coiffeuse à la liste des ''dépenses professionnelles''mais elle s'était retenue de faire tout commentaire. La Gouverneure ne portait pas attention aux détails des factures de ses employés et les signait sans même y jeter un œil. Katrina ne semblait éprouver aucun scrupule à l'idée d'abuser de sa confiance.
Lorsque la sorcière termina son travail, Ginny observa son reflet à travers le miroir avec ébahissement. Elle avait presque du mal à se reconnaître. Ses longs cheveux rouges formaient désormais de grosses boucles en cascade sur ses épaules, scintillant sous l'éclairage. Son teint était lumineux et éclatant, donnant une texture parfaite à sa peau. Ses joues étaient sublimées grâce à un fard abricoté et son regard était brillant et plein d'élégance, fardé de vert émeraude. Elle n'avait jamais paru aussi sophistiquée de son existence.
« Je t'avais dit qu'ils te feraient ressembler à un million de gallions. » commenta Katrina avec satisfaction.
Elle observa son chignon plaqué sous toutes les coutures.
« Peux-tu vérifier que tout se passe bien, en bas ? » réclama-t-elle à l'attention de Ginny.
Cette dernière acquiesça et quitta la pièce d'un pas léger. Elle traversa le long corridor du premier étage et descendit les escaliers pour rejoindre les cuisines. A l'intérieur, une agitation évidente régnait. Plus d'une trentaine d'employés de service s'affairaient autour de comptoirs et fours gigantesques. Un haussement de voix attira l'attention de Ginny. Elle aperçut une femme d'un âge avancé beugler sur une jeune femme, parmi un groupe de serveurs en uniformes blancs et noirs.
« Pour l'amour de Voldemort, comment peut-on être aussi empotée ? Où vous ont-ils encore ramassée ? » rugit la femme d'un ton contrarié, dardant sur l'employée un regard empli de dédain.
Ginny grimaça intérieurement tandis que la scène faisait resurgir des souvenirs désagréables dans son esprit. Elle pouvait se revoir aux Bons Breuvages de Burke, réprimandée – ou plutôt humiliée – par son patron après une erreur. La présence de clients dans la boutique ne l'avait jamais freiné. Ces fois-là, Ginny avait gardé les poings et les lèvres fermement serrés, s'efforçant de rester silencieuse par peur de représailles, même si elle bouillonnait de l'intérieur. Après un court moment d'hésitation, Ginny décida d'intervenir.
« Tout est en ordre ? » demanda-t-elle d'une voix polie mais ferme.
Ses yeux étaient rivés sur la responsable du personnel. Cette dernière se tourna dans sa direction, prise au dépourvu par l'intervention inopinée.
« Oui, oui, bien sûr Madame. » s'empressa-t-elle de prétendre, affichant un sourire doucereux qui sonnait terriblement faux.
Cette femme l'avait vue à plusieurs reprises en compagnie de Katrina et savait donc qu'elle travaillait pour la Gouverneure. Elle aurait probablement agi différemment si elle avait su que Ginny partageait le même statut que la plupart de ces serveurs.
« Remettez-vous au travail. » ordonna la responsable d'une voix autoritaire.
Les employés s'empressèrent de se disperser dans la pièce pour reprendre leurs tâches respectives. Ginny suivit du regard la jeune femme qu'on avait sévèrement sermonné. Elle paraissait sur le point de fondre en larmes.
Ginny traversa la pièce, manquant de se faire brûler par la poêle fumante d'un commis de cuisine, et suivit la jeune femme dans un cagibi où était entreposée une centaine de bouteilles d'hydromel.
« Tout va bien ? » lui demanda Ginny d'une voix douce, à l'abri des regards.
La jeune femme parut interloquée et jeta un regard par-dessus son épaule, comme pour vérifier si elle ne s'adressait pas à quelqu'un d'autre. Réalisant que la question lui était destinée, elle acquiesça lentement, manifestement intimidée par la présence de Ginny.
« Croyez-moi, je sais ce que c'est. D'être rabaissée par ces gens. » maugréa Ginny en croisant les bras.
La jeune femme arbora un air peu convaincu.
« Ne vous fiez pas à tout ça… » affirma Ginny, désignant d'un geste de la main son apparence apprêtée. « Je suis aussi de rang inférieur. »
Instantanément, Ginny décela un changement dans l'attitude de la jeune femme. Elle paraissait moins sur la défensive et lui lança un regard empli de reconnaissance.
« Merci pour votre aide. » dit-elle à voix basse.
« Pas de quoi. Je suis Ginevra. Mais appelez-moi Ginny. »
« Je suis Anabel… » répondit la jeune femme avec hésitation. Et vous pouvez m'appeler Ana. »
Lorsque Ginny fut de retour dans le salon où l'attendait Katrina, elle était d'humeur plus détendue. Elle entra dans une pièce attenante – un dressing vide - pour enfiler sa robe de bal. Pendant les essayages, elle avait été séduite par la superbe robe en tulle d'un rouge profond. Le col bateau laissait ses épaules dénudées et la coupe de sirène était dotée d'une légère traîne brodée. La coupe était audacieuse et mettait en valeur sa silhouette à l'aide d'une fine ceinture qui marquait sa taille. Pour une raison inconnue, la robe lui semblait encore plus époustouflante, songea-t-elle en observant son reflet dans le large miroir en merisier massif. Les dernières touches portées à son maquillage et à ses cheveux sublimaient son apparence. Elle enfila sa paire de sandales à talons hauts et se demanda comment elle parviendrait à marcher toute une soirée avec.
« Ginny, tu es époustouflante. » s'extasia Katrina en l'apercevant.
Les deux employés présents dans la pièce hochèrent la tête avec véhémence. Ginny sentit ses joues rosir mais esquissa un sourire. Elle revêtit son masque en dentelle rouge orné de perles, couvrant la partie supérieure de son visage.
Quelques instants plus tard, elle fut parcourue d'une excitation soudaine tandis qu'elle descendait le magnifique escalier du Palais de la Chimère, avec ses ions à l'anglaise et ses volutes en fer forgé. Au bas des escaliers, une animation régnait déjà parmi les invités qui se rassemblaient dans hall.
Un flashback lui traversa l'esprit. Elle se souvenait de la soirée d'inauguration de l'hôtel des Malfoy, tenue quelques mois auparavant, pendant laquelle on l'avait enfermée dans une salle étroite des heures durant, pendant que les festivités battaient leur plein. Comme les rôles avaient changé, songea-t-elle avec un mélange de satisfaction et d'amusement tandis qu'elle descendait les marches. Ce soir, elle était sous son plus beau jour, et les regards insistants qu'elle reçut à son passage ne firent que le confirmer.
Ils ignoraient qu'une sorcière de son rang était parmi eux. Elle se trouvait parmi le sommet du régime, se glissant entre eux comme une initiée. Chaque sourire avenant et regard aimable qu'elle recevait la déridait. S'ils savaient qui se cachait derrière le masque, pensa-t-elle en réprimant son rire moqueur. Ginny les dupait allègrement et la sensation était des plus grisantes.
« Allons retrouver Mrs Warrington. » intima Katrina, l'extirpant de ses pensées.
Ginny la suivit près de l'entrée de la salle de bal. Elle reconnut la gouverneure Cressida Warrington, accompagnée de son époux Casparus. Elle portait une tenue de bal d'un vert malachite, accessoirisée d'une voilette de la même couleur. C'était la première fois que Ginny la voyait sans l'un de ces chapeaux grandiloquents qu'elle affectionnait tant.
Elles durent patienter pendant plus de dix minutes pour pouvoir s'entretenir avec la Gouverneure. Une file composée de sorciers pompeux s'était formée devant elle. Ginny observa le spectacle avec sidération. On s'empressait de saluer Cressida, de se pâmer excessivement devant elle ou d'attirer son attention à l'aide de compliments exagérés.
« Des vrais lèche-bottes. » ironisa Katrina, provoquant le rire étouffé de Ginny.
« Mrs Street-Porter et Miss Weasley, je dois absolument vous féliciter pour votre travail. » congratula la Gouverneure une fois leur tour arrivé. « Vous vous êtes surpassées, cette année. »
Elle lança un clin d'œil à Ginny qui répondit par un sourire éclatant.
« Je t'avais dit de ne pas être aussi nerveuse. Beau travail. » félicita Katrina avec satisfaction tandis qu'elle prenait Ginny par le bras pour entrer dans la salle de bal.
Ginny ouvrit la bouche de stupeur, admirant ses alentours avec fascination, émerveillée par le luxe ostentatoire de la décoration somptueuse, les éclats de lumière et cette féérie de couleurs. Le résultat final surpassait ses attentes.
Le Bal de l'Ellébore concluait la saison annuelle des galas londoniens et accueillait quelque 400 convives qui avaient déboursé la modique somme de 550 gallions au profit de la fondation Les Enfants de Cressida, destinée à dynamiser l'éducation magique.
Chaque année, un thème particulier était choisi pour décorer le Palais de la Chimère. Les artistes mandatés pour l'occasion avaient recréé l'atmosphère des plus beaux carnavals vénitiens. Le port du masque avait été rendu obligatoire pour accentuer le côté énigmatique du thème.
« Tu sais Ginny, tu as beaucoup de choses à gagner ce soir, si tu joues bien tes cartes. » indiqua Katrina à l'oreille de Ginny d'un ton conspirateur.
« Que veux-tu dire ? » demanda la jeune femme en lui jetant un regard déconcerté.
« Il y a beaucoup de gens bien placés. C'est l'occasion de te faire des contacts intéressants. Profites-en. » commenta Katrina à voix basse, un sourire entendu au coin des lèvres. « Ne te laisse pas freiner par ton statut. Une belle femme reste une belle femme, en dépit de son rang. »
Elle avait dit cela d'un ton entendu et Ginny détourna le regard avec gêne, n'osant pas interpréter les sous-entendus derrière ses paroles.
Elles rejoignirent la table qui leur était réservée, drapée d'une nappe en satin aux teintes rouges et argentées, à l'image du thème du jour.
Les autres membres du cabinet de la Gouverneure étaient déjà installés. A l'arrivée de Ginny, Mandy Brocklehurst ouvrit la bouche de stupeur, visiblement choquée par son apparence. Un homme l'accompagnait – sans doute son partenaire. Cormac McLaggen semblait lui aussi être venu seul et au grand étonnement de Ginny, il se pencha dans sa direction pour entamer la conversation.
Les festivités furent officiellement lancées par une apparition inattendue. La pièce fut soudainement plongée dans l'obscurité, et des cercles lumineux apparurent au plafond, descendant à quelques mètres au-dessus des convives. Des trapézistes offrirent un spectacle de voltige aérien impressionnant. Une idée de Katrina qui avait décidé d'introduire une activité originale en guise de divertissement.
Soudainement, sur la scène, un autre cercle volant illuminé apparut. Au centre se trouvait un homme que Ginny avait vu à plusieurs reprises dans la Gazette du Sorcier. Les lumières de la pièce s'allumèrent à nouveau et l'homme sauta gracieusement du cercle, sous les applaudissements de l'assemblée. Il fit une révérence grandiloquente à la foule.
« Estimés membres de notre communauté, bienvenue à cette trente-deuxième édition du Bal de l'Ellébore ! » annonça Gilderoy Lockhart, arborant un sourire éclatant aux convives.
Immédiatement, une vague de gloussements se fit entendre. Gilderoy Lockhart était une célébrité connue pour ses nombreux ouvrages relatant ses exploits héroïques. Il était le fantasme des ménagères. Ginny se souvenait d'avoir vu de nombreuses photos et d'exemplaires de ses livres chez les Diggory, la famille voisine qui les avait recueillis après l'incendie du Terrier. Mrs Diggory était une grande admiratrice de Lockhart. Ginny était impatiente de lui annoncer qu'elle s'était retrouvée dans la même pièce que sa célébrité favorite. Katrina avait même réussi à lui obtenir un autographe de Lockhart au nom de Mrs Diggory.
« Chers convives, laissez-moi vous dire quelques mots sur notre hôte, la Gouverneure Cressida Warrington. » annonça-t-il d'une voix solennelle.
Il marqua une pause et fit quelques pas sur la scène, feignant l'émotion.
« Je vous le garantis - vous aurez rarement la chance de rencontrer une personne comme Cressida Warrington. Une femme qui a profondément changé des milliers de vies. Quelqu'un d'un altruisme exemplaire qui n'hésite jamais à complètement s'oublier au profit d'une cause noble - faire de notre monde un monde meilleur. »
Il se lança dans un discours interminable vantant les mérites de la Gouverneure. Il fut affreusement long pour Ginny. Elle réalisa toutefois en jetant un regard dans la salle, que la plupart des convives semblaient pendus à ses lèvres.
« Cressida n'est pas seulement un exemple pour moi. C'est un mentor et une amie proche. Sans ses nombreux conseils avisés, je ne serais probablement pas l'homme extraordinaire qui se trouve face à vous, aujourd'hui. » continua-t-il d'un ton pompeux.
« Il ne manque jamais à l'appel. » chuchota Katrina à l'attention de Ginny en sirotant son verre d'hydromel, déridée. « C'est lui qui fait le discours d'ouverture, chaque année. »
Une salve d'applaudissements suivit son discours. Dès que Lockhart eut disparu de la scène, plusieurs dizaines de serveurs firent irruption dans la pièce, apportant des assiettes garnies de mets sophistiqués, pensés par un chef de renommée.
A son grand étonnement, Ginny s'amusa beaucoup pendant le dîner, en compagnie de Katrina, son mari - un sorcier bien plus âgé qu'elle - ainsi que Cormac qui se montra plus sociable qu'à son habitude. Même Agbert Ruthdower, le contrôleur de gestion de la Gouverneure, sembla moins coincé qu'à l'accoutumée. Seule Mandy ne prit pas part aux conversations et s'évertua à les ignorer, lançant des regards haineux à Ginny de temps à autre.
A la fin du banquet, toutes les tables disparurent au profit d'une vaste piste de danse. Un groupe de musique fit irruption sur la scène, remplaçant l'air discret qui avait accompagné le repas, et entama un morceau aux sonorités plus entraînantes.
Ginny se fit aborder à plusieurs reprises par des hommes qui la complimentèrent allégrement. D'autres insistèrent pour l'inviter à danser. Elle accepta certaines d'entre elles, plus par politesse qu'autre chose.
Ce soir, personne n'avait besoin de savoir qui elle était vraiment, songea-t-elle avec satisfaction, sentant sa confiance en elle s'accroître. Elle ne ressentait plus ce sentiment d'infériorité qui l'accompagnait généralement entre les murs du Ministère. Ce masque lui donnait un gage d'anonymat qu'elle comptait bien utiliser.
Son premier cavalier se présenta comme un responsable imminent du Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire. Elle fut toutefois bien vite ennuyée par le contenu de la conversation.
Le second était un Médicomage qui dansait horriblement mal et qui lui écrasa les pieds à deux reprises, arrachant une grimace à la jeune femme.
Le troisième, un homme d'affaires couronné de succès, passa les cinq minutes du morceau à vanter son élevage d'éruptifs, le plus rentable du pays. Ginny s'efforça de créer de la distance entre leurs visages pour éviter son postillonnage incessant.
Lorsqu'il lui proposa un rendez-vous, elle prétexta une excuse ridicule pour pouvoir prendre congé. Elle s'empressa de se frayer un chemin parmi les convives pour s'éloigner au plus vite. Elle avait vaguement considéré l'idée de Katrina de se faire des contacts, mais ces interactions la découragèrent rapidement. C'était trop lui demander.
Tandis qu'elle continuait son avancée parmi la foule, pressée de rejoindre le bar pour prendre un nouveau verre, Ginny sentit une main attraper son bras. Elle s'apprêtait à refuser poliment quand elle fut attirée dans une étreinte plus ferme et se retrouva nez à nez devant un homme en tuxedo noir. A travers le masque qu'il portait, elle vit des yeux gris qu'elle reconnut immédiatement.
Draco Malfoy.
Elle resta hébétée pendant de longues secondes. Elle se laissa faire tandis qu'il posait fermement une main sur sa taille pendant que l'autre attrapait la sienne délicatement. Pourquoi était-elle surprise ? Après tout, elle savait pertinemment qu'il faisait partie de la liste des invités.
« Ginevra. Tu m'accorderas bien une danse. » dit-il d'une voix modulée.
Son ton n'était pas une requête. Il sonnait davantage comme un ordre dont le refus n'aurait pas été admis. Ils entamèrent quelques pas de danse et Ginny ne put s'empêcher d'éprouver une gêne soudaine.
Elle avait reçu beaucoup d'attention pendant cette soirée. Des regards admiratifs, curieux, intéressés. Une partie d'elle avait ressenti une satisfaction certaine – celle d'une femme flattée de constater l'effet qu'elle provoquait. Mais rien de plus.
Pourtant, le regard de Draco Malfoy lui provoqua un sentiment qu'elle ne parvint pas à expliquer. Elle se sentit même violemment rougir et remercia Merlin du maquillage chargé qu'elle portait. Il devait probablement cacher ses joues devenues écarlates.
« Comment m'avez-vous reconnue ? » demanda-t-elle finalement, reprenant ses esprits.
« C'est vraiment la question que tu te poses ? » demanda-t-il avec dédain, arborant ce rictus sardonique qu'il affectionnait tant.
Il l'entraîna dans un mouvement plus ample, suivant le rythme de la musique, devenue plus rapide. Contrairement à ses cavaliers précédents, Draco était un danseur expérimenté. Elle devina qu'il avait reçu des cours à la vue de l'assurance et de la grâce dans tous ses mouvements, parfaitement maîtrisés. Quelqu'un de son rang était sans aucun doute habitué aux évènements de ce genre.
Sans surprise aucune, il menait la danse. Elle était bien placée pour savoir à quel point Draco Malfoy aimait avoir le contrôle. Elle se surprit toutefois à apprécier sa direction et elle se laissa entraîner par sa poigne ferme.
« Compte tenu du temps que nous avons passé ensemble dernièrement, crois-tu réellement que je ne pourrais pas te reconnaître parce que tu portes un masque ? » poursuivit-il avec un sarcasme évident.
En posant cette question, Ginny n'avait pas seulement voulu faire référence au masque. Après tout, son apparence était notablement différente, ce soir.
Elle se demanda vaguement ce qu'il pensait de ce changement drastique avant de secouer la tête pour chasser cette pensée de son esprit. Pourquoi se souciait-elle soudainement de l'opinion de Draco Malfoy au sujet de son apparence ? songea-t-elle avec sidération. Probablement les nombreux verres d'hydromel avalés pendant la soirée qui perturbaient son cerveau.
« Je suis surprise que vous m'ayez invitée à danser. » fit-elle remarquer. « Je croyais que nous ne devions pas être vus ensemble en public. Que vous ne vouliez pas susciter les soupçons. »
« J'imagine que c'est tout l'avantage de ces masques. En ce qui me concerne, j'ignore qui tu es, ce soir. » répondit-il, non sans perdre son rictus en coin.
Draco la fit tournoyer sur elle-même d'un geste assuré, et la traîne de la robe de Ginny suivit le mouvement, provoquant un tourbillon rouge autour d'elle. Après trois tours, il la saisit à nouveau par la taille. Éprise d'un léger tournis, Ginny manqua de trébucher et elle se retint à lui, pour ne pas chuter. Il dut sentir qu'elle perdait son équilibre car il resserra davantage son emprise sur elle et la rapprocha de lui.
L'odeur du parfum qu'il portait - une senteur boisée, profonde et masculine emplirent les narines de la jeune femme, aiguisant ses sens. Ils n'avaient jamais été aussi proches et elle eut tout le loisir de l'observer. Malgré leurs nombreuses interactions, et aveuglée par son mépris à son égard, Ginny n'avait jamais vraiment pris le temps de le regarder, trop occupée à alimenter leurs joutes verbales. Et même si elle se détestait pour cette pensée, elle devait admettre que Draco Malfoy était particulièrement séduisant.
Que m'arrive-t-il ? songea Ginny, saisie d'une panique brusque. Pourquoi ressentait-elle ce soudain trouble en sa compagnie ? Et pourquoi la température de son corps avait-elle augmenté ainsi en sentant la main de Draco glissé au creux de sa taille ? Le tissu de sa robe était tellement fin qu'elle pouvait presque imaginer son toucher sur sa peau nue. Elle frissonna.
Draco ne l'avait pas quittée des yeux et elle détourna les siens, n'osant pas soutenir l'intensité de ce regard. Elle avait du mal à le cerner. Il affichait rarement ses émotions et son air impassible lui donnait peu d'indices sur le contenu de ses réflexions.
Ginny, elle, était tout son contraire. Elle savait qu'il pouvait lire en elle comme dans un grimoire ouvert et elle n'était pas certaine d'apprécier cette réalité.
La dynamique du pouvoir entre eux avait toujours été très distincte. Il la surpassait sur tous les aspects et jouissait du pouvoir décisionnaire, la contraignant à un état de passivité qui ne lui plaisait guère. Elle s'était toujours vantée d'être maîtresse de sa vie et de ses actes, malgré ses circonstances dans le régime, et elle en avait assez de se sentir si inférieure face à Draco Malfoy.
Traversée par une détermination soudaine, elle décida qu'il était temps que les choses changent. Ce soir, Ginny avait l'occasion de se fondre dans la masse et d'apparaître sous un nouveau jour. Et elle comptait bien en profiter. Elle laissa son regard se déplacer autour d'eux, observant les couples qui les entouraient, avant de reporter son attention sur lui, croisant à nouveau ses yeux acier.
« Je ne pensais pas que cette soirée serait un tel succès. Mrs Warrington m'a même félicitée » révéla Ginny avec fierté. « Qu'en penses-tu ? »
Ginny l'avait délibérément tutoyé et elle attendit avidement sa réaction devant cette prise de libertés. Sans surprise, le visage de Draco resta de marbre devant sa soudaine familiarité – n'arborant aucune contrariété ou appréciation. Ginny ne s'en formalisa pas. Elle parviendrait à extirper une vraie réaction de sa part avant la fin de cette soirée. Il s'agissait désormais d'un défi personnel.
« Je commence à comprendre ce qu'on me disait. » poursuivit-elle d'une voix enjouée. « C'est vraiment l'occasion de faire des rencontres de qualité. »
Draco ne répondit pas, mais elle put voir à la lueur dans ses yeux qu'il semblait intrigué. Elle enchaîna :
« J'ai cru comprendre que l'homme avec qui je viens de discuter - Rinus van Detta – travaille au Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire. Il m'a assuré qu'il était bien placé. Tu penses que je pourrais plaider ma cause auprès de lui ? Il pourrait sans doute faire avancer mon dossier. » fit remarquer Ginny, faisant mine de réfléchir.
Elle avait posé cette question de manière innocente.
« N'oublie pas ton statut. » répliqua Draco d'une voix faussement doucereuse. « La majorité de ces gens ne voudraient pas être associés à quelqu'un de rang inférieur en public. »
Il fallait toujours qu'illui rappelle sa place dès qu'il en avait l'occasion. Il semblait même s'en délecter. Il ne réalisait probablement pas que cela ne faisait aucun effet à la jeune femme. Il ne pouvait pas la blesser avec une vérité qu'elle avait accepté depuis longtemps.
« Public ? » répéta Ginny d'un ton bien disposé. « Qui a parlé de public ? »
Draco la pencha légèrement en arrière et elle suivit le mouvement. Lorsqu'il la redressa, elle ajouta :
« Comme tu l'as dit toi-même, ces discussions se font dans l'ombre. »
Elle avait repris les termes exacts qu'il avait prononcés pendant leur dîner, à l'Augurey Magistral.
« Et je suis certaine que je trouverais un moyen ou un autre. » assura Ginny.
Elle plaqua un sourire éclatant à un couple qui dansait près d'eux avant de reporter son attention sur Draco.
« Il est drôle de réaliser que malgré leur rang, ce ne sont, au final, que des hommes. Et une belle femme reste une belle femme. » ajouta-t-elle, répétant les paroles que Katrina lui avait glissées à l'oreille, au début de la soirée.
La lueur qu'elle vit passer dans les yeux de Draco la fit jubiler. Elle vit le coin de ses lèvres tiquer et une lueur d'agacement apparut dans ses yeux. Elle savait qu'il était contrarié de ne plus contrôler la situation. Elle décida d'en rajouter une couche.
« Et puis… Comme notre marché semble être en suspens et qu'il n'avance pas aussi vite que je le souhaiterais, j'ai décidé d'explorer d'autres…opportunités. » acheva Ginny.
Elle avait annoncé cela d'un ton extrêmement agréable. Elle savait pertinemment que ces paroles défieraient son désir de contrôler la situation et par extension, la contrôler elle. Ginny avait toutefois réalisé qu'elle n'obtiendrait rien en étant agressive.
Elle sut qu'elle avait réussi lorsqu'elle sentit la main de Draco se crisper autour de sa taille. Elle profita du silence qui s'installa, se réjouissant intérieurement de sa victoire.
« Je n'imaginais pas que tu étais ce genre de femme, Ginevra. » commenta finalement Draco d'une voix ironique, levant un sourcil parfait qui dépassait légèrement de son masque.
Typique et cliché, songea-t-elle avec irritation. Il ne trouvait pas d'autres arguments pour la remettre à sa place alors il s'attaquait vicieusement à sa respectabilité. Un type d'attaque facile que les hommes utilisaient pour rabaisser les femmes. Cela aurait probablement fonctionné avec la plupart des femmes qu'il fréquentait - prêtes à se jeter à ses pieds et ne désirant que son approbation.
Il connaissait pourtant très mal Ginny. Elle n'était pas là pour caresser son égo surdimensionné et son opinion sur elle et ses valeurs ne lui importait guère. S'il voulait jouer à ce genre de jeu, elle était plus que disposée à le faire.
« Tu n'as aucune idée du genre de femme que je suis. » assura-t-elle. « Et crois-moi, tu serais surpris. »
Il fut pris de court par sa réponse. Il s'était sans doute attendu à ce qu'elle rougisse d'embarras et s'empresse de nier ses accusations sur sa respectabilité. Comme si l'univers était de son côté et dans un timing parfait, le groupe acheva son morceau et Ginny s'écarta de son étreinte, un sourire aimable toujours plaqué à ses lèvres devant son air déstabilisé.
Elle fit volte-face et s'éloigna de lui, un sourire triomphant sur ses lèvres. C'était l'une des rares fois où elle avait l'impression de ressortir gagnante d'un échange avec Draco Malfoy et cette sensation était jouissive. Le souvenir de son visage hébété lui provoqua une satisfaction extrême.
Pendant les heures qui suivirent, elle s'appliqua à l'ignorer complètement, sentant son regard brûlant sur elle, probablement contrarié de la tournure qu'avait prise la conversation.
Elle décida de ne plus s'en soucier, profitant des festivités qu'elle avait passé tant de temps à préparer. La scène avait fait place à un groupe plus moderne aux sonorités rock - un type de musique qu'elle n'aurait jamais imaginé entendre dans une occasion de ce genre. Elle fut surprise de voir l'assemblée se trémousser énergiquement au rythme des chansons entraînantes.
Il était tard, l'alcool avait coulé à flot et Ginny réalisa que la retenue et la bienséance du début du bal avaient désormais disparu, faisant place à une insouciance et un laisser-aller surprenant. Ginny elle-même se sentait désormais chancelante, et sa vue était légèrement trouble.
« Je vais prendre l'air. » dit-elle à l'attention de Katrina qui hocha la tête avant de se remettre à danser et à rire bruyamment.
Ginny se fraya un chemin parmi les convives ivres et joyeux, sentant sa démarche instable. Sans surprise, ses pieds la tiraillaient et elle n'avait qu'une hâte, les retirer.
Elle se dirigea vers l'extérieur de la salle de bal, accessible à partir d'un vaste balcon. Elle descendit l'escalier et trouva un muret sur lequel elle s'appuya, à l'abri des regards. Elle laissa l'air frais lui caresser le visage, soupirant de soulagement.
Que dirait Bill s'il savait où elle se trouvait ? Il aurait sans doute un infarctus, songea-t-elle avec un rire coupable. Elle-même avait du mal à croire qu'elle s'amusait autant. Qui aurait pensé qu'elle pourrait ainsi se laisser aller parmi les personnes en partie responsables de son oppression ? En temps normal, elle aurait probablement ressenti un sentiment de culpabilité. Le sentiment de trahir ses valeurs. En vérité, elle ne ressentait rien de cela.
Ginny entendit des pas se rapprocher et elle put respirer l'odeur d'un parfum entêtant. Elle n'eut pas besoin d'ouvrir les yeux pour reconnaître le porteur.
Lorsqu'elle ouvrit ses paupières et que son regard tomba sur le visage de Draco Malfoy, elle dut faire preuve de toute sa retenue pour ne pas esquisser un sourire ouvertement moqueur.
Elle n'était pas étonnée de le voir l'aborder de nouveau après leur conversation sur la piste de danse – dont il n'avait pas apprécié la conclusion. Draco Malfoy était ce genre d'individu qui avait un besoin vital de contrôler les autres. Il ne supportait probablement pas qu'une femme qu'il jugeait inférieure l'ait forcé au silence.
« Tu sais… Pour quelqu'un qui se prétend tant rebuté par les gens de mon statut, tu ne sembles pas dérangé à être vu en ma compagnie. » commenta-t-elle avec amusement.
« Ne te méprends pas sur mes intentions, Ginevra. » répondit-il de sa voix traînante.
« Je ne prétends pas les connaître. » répliqua Ginny. « Après tout, je ne suis qu'un pion dans ta partie d'échecs, n'est-ce pas ? »
Elle mourrait d'envie de savoir pourquoi il cherchait tant à obtenir des informations sur la Gouverneure Warrington. Elle savait toutefois qu'il ne divulguerait jamais ses intentions avec elle. Contre toute attente, la réponse de Ginny sembla l'amuser.
« Disons plutôt que tu es une Tour. » rectifia-t-il.
Elle lui jeta un regard confus.
« Je ne sais pas jouer aux échecs alors si tu pouvais éclairer ma lanterne. » dit-elle avec gêne.
« Les pions sont considérés comme des pièces mineures aux échecs. Les Tours sont des pièces lourdes. » informa Draco sur le ton de l'évidence, comme s'il expliquait une information basique à une enfant.
« Je devrais donc le prendre comme un compliment ? Ça signifie que je suis un atout majeur dans ton jeu. » dit-elle en levant un sourcil.
« On pourrait interpréter cela ainsi. » déclara-t-il finalement.
Cette fois, il l'observait avec un intérêt nouveau. Celui d'un homme qui appréciait ce qu'il voyait. La première réaction de Ginny fut la surprise. Elle réalisa ensuite qu'une partie d'elle en éprouvait une certaine puissance. Si elle avait appris quelque chose pendant cette soirée, c'était que l'expression assumée de sa féminité lui accordait un pouvoir certain malgré son statut inférieur. C'était comme si son aplomb avait déclenché quelque chose chez les hommes qu'elle avait croisés.
Même Draco Malfoy semblait particulièrement stimulé, lui qui était habituellement le maître de l'impassibilité. C'était comme s'il avait réalisé que Ginny pouvait être intéressante et même attirante aux yeux d'autres hommes qui avaient également la possibilité de l'aider.
Ce retournement de situation était jubilatoire. Elle avait toujours détesté cette impression de devoir l'implorer pour obtenir quoi que ce soit de sa part. Les cartes commençaient à changer de mains.
« Pourtant, à t'entendre parler tout à l'heure, tu n'as pas l'air de me tenir tant en estime. » rappela-t-elle d'une voix faussement fâchée, croisant les bras.
Il leva un sourcil, faisant mine de ne pas comprendre où Ginny voulait en venir.
« Tes sous-entendus sur le genre de femme que je suis. » répéta-t-elle en lui lançant un regard entendu, pour lui faire comprendre qu'elle voyait clair dans son jeu. « C'est tellement bas de ta part de sous-entendre que je ne suis pas respectable, que je n'ai pas de valeurs et que je m'abaisserais à tout. »
« Ce n'est pas ce que j'ai dit. » contredit-il tranquillement.
« Oh vraiment ? » lança Ginny avec sarcasme. « Je t'en prie, éclaire-moi, dans ce cas. Que voulais-tu dire ? »
« Que tu ne semblais pas être le genre de femme à manipuler tout son monde pour obtenir ses désirs. » déclara Draco, un rictus au coin des lèvres.
Elle savait qu'il mentait. Sur la piste de danse, il avait voulu la rabaisser, elle n'avait aucun doute là-dessus. Le fait qu'il tente de trouver une autre justification lui fit toutefois plaisir. Cela signifiait qu'il avait tout de même suffisamment de respect envers elle pour ne pas lui faire ombrage sur ce point. Venant de lui, il s'agissait d'un miracle.
« Malgré les grands principes que tu sembles vouloir afficher, j'ai réalisé ce soir que tu n'étais pas aussi innocente que tu veux le faire croire. » affirma-t-il d'un ton appréciateur.
Ginny fut prise au dépourvu par ses propos. Elle réalisa soudainement qu'il s'était approché au fur et à mesure de leur conversation, laissant une faible distance entre eux.
« Je sais que tu as des ambitions et que tu aspires à bien plus que tu ne le prétends. » poursuivit-il en abaissant la voix.
Ginny voulut protester, prétendre qu'il était bien loin du compte, mais elle resta silencieuse, soudainement figée par cette proximité. Elle avait reculé par réflexe et son dos rencontra le mur.
« Tu veux goûter au pouvoir et en obtenir ses avantages. C'est pour ça que tu as accepté mon marché. Parce que tu cherches plus que ce que ta vie t'offre actuellement. » assura-t-il en poursuivant son avancée.
Il lui apparut comme un prédateur qui s'approchait dangereusement de sa proie.
« N'ai-je pas raison, Ginevra ? » insista Draco. « Admets-le. »
Il s'était penché dans sa direction pour prononcer ces mots et Ginny resta immobile, son trouble refaisant surface de plein fouet. Elle semblait avoir perdu sa capacité à réfléchir convenablement. Il était désormais si proche qu'elle se demanda s'il comptait l'embrasser.
Son regard était planté dans le sien, ses battements de cœur s'étaient accélérés dans sa poitrine et elle se demanda si elle le repousserait s'il prenait l'initiative. Ginny ignorait si c'était l'atmosphère onirique et exaltante de ce bal, ou bien les grammes d'alcool qui circulaient librement dans son organisme, mais elle réalisa qu'elle ne le repousserait probablement pas. A cet instant précis, elle ressentait un désir étrange et inexplicable de sentir ses lèvres fermement pressées contre les siennes.
Draco ne l'avait pas quittée des yeux et son regard gris la fixait avec une intensité qu'elle trouva électrisante. Il était si proche de son visage que Ginny n'avait plus aucun doute sur ses intentions.
Le bruit d'un craquement lui parvint soudainement aux oreilles et Ginny sursauta. Elle s'empressa de s'écarter, éprise par une panique soudaine à l'idée d'être surprise dans une position aussi délicate avec Draco Malfoy. Elle tourna la tête vers la direction du bruit.
Malgré sa vision légèrement brouillée, Ginny reconnut immédiatement le visage d'Anabel, l'employée de service avec qui elle avait discuté quelques heures plus tôt. Cette dernière resta figée devant eux, comme si elle ne s'attendait pas à les voir ici. Elle s'empressa de prendre la direction opposée, et disparut dans la nuit.
« Je… Je dois y retourner. » balbutia Ginny à Draco avant de s'enfuir à son tour, n'osant pas le regarder dans les yeux.
Elle voulait fuir le plus loin possible. L'aurait-il embrassé si cette femme ne les avait pas interrompus ? Probablement, songea-t-elle. Et elle se serait laissée faire, réalisa-t-elle, choquée. Elle remercia Merlin pour cette intervention.
Ginny se rua à son tour vers le couloir qu'avait emprunté Anabel, menant visiblement à une entrée de service. Le souffle court, Ginny attrapa sa robe dont la traîne la gênait et la releva légèrement pour pouvoir accélérer le pas. Elle ne pouvait toutefois pas courir car ses pieds lui faisaient terriblement mal.
Dans le couloir faiblement éclairé, elle aperçut au loin la silhouette d'Anabel qui prenait un nouveau virage, disparaissant dans une direction que Ginny ne voyait pas de sa position. Elle poursuivit sa marche pendant plusieurs minutes qui lui parurent comme une éternité à cause de son ivresse. Elle décida finalement de s'arrêter et de retirer ses chaussures. Elle gémit de soulagement tandis que ses pieds nus touchaient le sol glacé.
« Merci Merlin. » pensa-t-elle avant de se remettre en route.
Où était passée cette femme ? se demanda Ginny avant de prendre un nouveau tournant. Elle ignorait pourquoi elle ressentait ce besoin pressant de justifier sa présence avec Draco Malfoy dans un coin isolé des jardins, et dans une position délicate et sans équivoque. Elle secoua la tête, tentant de ne pas y songer.
Finalement, Ginny aperçut de la lumière au loin, provenant d'une pièce étroite. Elle fronça les sourcils. Elle n'était pas certaine d'être autorisée à être dans cet endroit. Si les Aurors mandatés pour assurer la sécurité les voyaient et réalisaient leurs statuts de sang, elles auraient sans doute de sérieux problèmes. Avant d'entrer dans la pièce, Ginny s'arrêta en entendant une voix tremblante et suffoquée. La personne semblait au milieu d'une crise d'angoisse.
« Combattre le feu par le feu… La flamme du Phénix nous libérera… » put-elle distinguer, parmi des hoquets tourmentés.
Le reste des paroles était incompréhensible. Ginny n'entendait que des bribes de mots qui n'avaient aucun sens. Elle poussa finalement la porte qui grinça et ses yeux se posèrent sur Anabel, qui serrait quelque chose dans ses mains, les yeux fermés, comme si elle faisait une prière.
« Tout va bien ? » demanda Ginny avec incertitude.
Anabel ouvrit les yeux et fit un bond en arrière, visiblement paniquée. Elle jeta des regards alertés autour d'elle, visiblement très nerveuse. Puis, lorsqu'elle reconnut Ginny, un air de méchanceté et de dégoût profond apparut sur son visage. Sa soudaine hostilité interpella Ginny.
« Tout va bien ? » demanda à nouveau Ginny. « Personnellement, j'ai l'impression d'avoir un peu trop forcé sur l'hydromel. »
Elle avait lancé cela avec un rire nerveux, sur le ton de la conversation.
« Vous n'avez pas besoin de vous justifier. » répondit Anabel d'une voix glaciale. « Ce que vous faites avec ces gens ne me regardent pas. »
« Je ne vois pas de quoi vous parlez. » réfuta Ginny avec embarras.
« C'est donc ainsi que vous êtes entrée parmi eux ? » accusa Anabel, en la regardant de haut en bas, comme si elle était la pire des vermines. « Je sais le genre de femme que vous êtes. Vous devriez avoir honte de sympathiser ainsi avec l'ennemi. »
Ginny ouvrit la bouche, interloquée par la violence des mots de cette femme qu'elle ne connaissait pas à son encontre.
« Sympathiser avec l'ennemi. » répéta Ginny.
Anabel se dirigea vers la porte et lança un regard lourd de jugement et de condamnations à Ginny.
« Vous ne valez pas mieux qu'eux. » dit-elle avec mépris avant de quitter la pièce.
Ginny resta immobile pendant de longues minutes, interdite et mortifiée. Pourquoi les mots d'une inconnue la touchaient autant ? Sans doute parce qu'ils réveillaient un sentiment déjà existant en elle. Sympathisait-elle vraiment avec l'ennemi ?
Ginny s'empressa de faire marche arrière. A son grand soulagement, lorsqu'elle fut de retour sur le balcon extérieur, Draco n'était plus présent.
Elle revêtit ses talons hauts et retrouva la salle de bal où les festivités battaient toujours leur plein. Elle se dirigea vers un siège libre et s'y laissa choir, ne trouvant plus le goût de s'amuser. Elle n'avait qu'un désir - rentrer chez elle, s'emmitoufler dans son lit et se maudire pour ses actes et ses pensées.
Une heure plus tard, elle fut soulagée d'entendre l'hôte de la soirée intimer aux invités de rejoindre les jardins, où la dernière animation aurait lieu.
Ginny suivit le mouvement, l'air dépité. Elle resta en retrait, pendant que la foule se pressait près des murets et sur les escaliers qui donnaient accès aux jardins du Palais de La Chimère. Soudainement, dans le ciel, on entendit un bruit retentissant et de magnifiques feux d'artifices détonèrent dans le ciel, offrant un spectacle impressionnant aux convives, pour clore la soirée en beauté.
Ginny entendit des exclamations surexcitées et des rires enthousiasmés. Elle aussi aurait pu profiter davantage de ce magnifique spectacle si ses pensées n'étaient pas submergées par des pensées parasites. Elle baissa la tête et jeta un regard à ses alentours. Ses yeux tombèrent sur Draco Malfoy, lui aussi en retrait, à une dizaine de mètres d'elle. Ses yeux étaient rivés vers le ciel, comme la plupart des convives. Pourquoi avait-il agi ainsi ? Avait-il lui aussi été pris par l'euphorie du moment ? Ou par l'alcool ?
Tandis que ses pensées défilaient à toute allure dans son esprit, une autre personne attira son attention. Elle reconnut de nouveau Anabel, qui venait de sortir de la salle de bal, se faufilant derrière des convives.
Elle venait probablement apprécier le spectacle. Un autre détail interpella Ginny. Pas un seul des employés de service ne se trouvait dehors. Elle se rappela qu'on leur avait fermement interdit d'être vus par les convives pendant la soirée, hormis pendant le dîner. Cette femme n'était pas autorisée à être ici.
Pour une raison obscure, quelque chose dans les gestes et l'attitude d'Anabel la rendait nerveuse. Ginny esquissa quelques pas pour s'approcher de la jeune femme. Elle réalisa qu'Anabel tenait un objet qu'elle ne parvint pas à identifier dans ses mains. Elle la vit arracher violemment quelque chose avec sa bouche d'un geste sec. Immédiatement, un horrible pressentiment parcourut Ginny tandis que les mots prononcés par Anabel quelques instants plus tôt lui revenaient en mémoire.
Combattre le feu par le feu...
La flamme du Phénix nous libérera…
Sympathiser avec l'ennemi…
Ginny se mit soudainement à courir, espérant que son pressentiment n'était qu'une horrible impression.
Et pourtant, tandis que les feux d'artifices éclataient toujours dans le ciel illuminé, une autre explosion assourdissante se fit entendre. Celui d'une déflagration si lourde et si puissante qu'elle fit trembler le sol violemment. La dernière chose que Ginny distingua fut une vague de flammes surgissant de toute part.
BANG.
Fearless la sadique fait son entrée en scène. Jetez-moi des tomates ou des citrouilles si vous le voulez pour cette fin, je les éviterai toutes sans pression !
J'ai rigolé nerveusement en relisant le passage ''le port du masque avait été rendu obligatoire'' vu les circonstances actuelles ^^'
Ce chapitre était trop bien, non ? (Oui, je me lance des fleurs) Cette TENSION entre Draco et Ginny, et puis la fin explosive (littéralement) Je fonds.
Qu'avez vous pensez de ce rapprochement entre nos deux protagonistes ? Vous espériez un baiser passionné dans les magnifiques jardins du Palais de la Chimère avant qu'ils ne soient horriblement interrompus à ce moment fatidique, n'est-ce pas ?
Vous êtes en PLS de ne pas avoir la suite avec cette fin ? Faites le moi savoir – j'attends (je réclame !) vos avis après tout ça !
Bon weekend de Pâques,
Fearless
