Valeur et vertu les amis,

J'espère que vous vous portez bien et que vous profitez des beaux jours. Aujourd'hui, je vous épargne mes élucubrations en début de chapitre car je suis claquée (il est 3h du mat)

Vous m'avez gâtée avec tous vos commentaires ! Par contre le compteur qui reste à 99, c'est de la torture. Ce n'est finalement pas moi la sadique ! Un énorme merci à Jiwalumy, Chyriam, LinaewenLight, Colixiphicus (ta playlist arrive), drou, pcam, DI5M (j'aimerais vraiment répondre directement à tes reviews qui me font toujours super plaisir, merci de me suivre !) et enfin Fleur d'Ange ! Je vous ferais bien des bisous mais je ne suis pas vaccinée. Je finis de répondre à vos reviews demain car mon lit me réclame et je risque d'être à côté de la plaque.

Avant de continuer, il y a un trigger warning sur ce chapitre à cause de la violence physique décrite explicitement dans certains passages. Ce chapitre est encore très long. 13k mots environ.

J'ai crée une playlist pour ce chapitre histoire de vous mettre dans l'ambiance. Lien dans mon profil d'auteur !

Bonne lecture !

XIX. L'École de la Pureté

« Monsieur le Gouverneur ? La Procureure vient d'arriver. Elle sera là dans quelques minutes. »

La voix de l'adjoint extirpa Evan Rosier de sa torpeur et il hocha la tête avec résignation. Il était assis sur le bord de son bureau, le regard rivé sur un tableau noir couvert d'annotations et de clichés relatifs à l'affaire en cours.

Son bureau était lui aussi jonché de parchemins - des rapports d'expertise, des notes griffonnées de sa plume ou des courriers volants envoyés par d'autres membres du Ministère. C'était sans doute les photos du massacre qui attiraient le plus l'attention – des images brutales et explicites qui auraient probablement traumatisé une personne ordinaire. En tant que Chef des Mangemorts, toutefois, plus rien ne choquait Evan. Tout au long de sa carrière, il avait assisté à son lot de scènes violentes. Cette fois néanmoins, les choses étaient différentes. C'était son camp qui avait subi des dommages collatéraux.

On décrivait souvent les Rosier comme des soldats loyaux, réputés pour ne pas fléchir devant les ordres. Ils n'étaient ni des leaders dans l'âme, ni des fins stratèges. Les Rosier s'étaient toujours rangés dans l'ombre de familles plus puissantes pour profiter de leur rayonnement et s'élever à leur tour. Même leur devise le confirmait :

- La loyauté sans tache -

Evan Rosier n'était pas le chef de guerre qu'on aurait pu imaginer à la tête d'une faction comme celle des Mangemorts. On l'avait placé à cette position par simple arrangement politique. En réalité, il prenait peu de décisions lui-même. Jusqu'ici, il n'avait même jamais été confronté à une situation difficile, mis à part quelques assassinats de Mangemorts, ici et là, causés par des Dissidents.

La porte s'ouvrit, laissant apparaitre une femme à la peau pâle et aux longues boucles noires, retenues par une broche épaisse d'un vert brillant. Bellatrix Lestrange dégageait une aura qui mettait les gens autour d'elle mal à l'aise. Sans doute était-ce son regard calculateur ou le sourire vicieux qu'elle affichait constamment. Elle était imprévisible et son fanatisme ne connaissait aucune limite. Grâce à sa position au sein du régime, son opinion faisait office d'argument d'autorité.

« Valeur et vigueur, madame la Procureure. » lança solennellement Evan.

« La pureté avant tout, Gouverneur. » répondit-elle de sa voix modulée.

Un rictus habillait ses lèvres et elle darda sur Evan un regard impérieux. Les visites de Bellatrix Lestrange n'étaient jamais des visites de courtoisie et avec les années, Evan avait appris à les redouter. Il savait que cette réunion n'aurait que deux issues possibles.

Il l'observa avec appréhension, s'interrogeant sur le motif de sa présence - même s'il avait déjà une idée précise sur le sujet. Evan regagna sa place sur le siège du bureau, invitant Bellatrix à prendre place face à lui. Elle l'ignora et se dirigea vers un angle du bureau, visiblement intéressée par une cage installée non loin de la cheminée. Un focifère au plumage éclatant et coloré reposait paresseusement à l'intérieur. A l'approche de Bellatrix, l'animal commença à piailler, montrant des signes d'agitation.

« Quel oiseau adorable. » commenta Bellatrix en passant son doigt à travers les grilles de la cage, comme une enfant excitée à l'idée de toucher un animal de compagnie.

Evan l'observait toujours avec circonspection. L'oiseau semblait nerveux et lâchait des crissements qu'il n'avait jamais entendu auparavant.

« L'espoir est un concept étrange. » déclara soudainement Bellatrix, lui tournant toujours le dos. « Vous ne trouvez pas, Gouverneur ? »

Evan ne répondit pas, décontenancé devant la question.

« Mon père m'a dit un jour que l'espoir est une chose très dangereuse. Qu'elle peut rendre l'homme le plus calme complètement fou. » poursuivit-elle en attrapant le focifère dans sa main afin de le sortir de la cage.

L'oiseau dépassait à peine de sa paume close et elle caressa le haut de sa tête.

« Pire encore, l'espoir est extrêmement contagieux. » reprit Bellatrix d'une voix ennuyée, un tressaillement apparaissant aux coins de ses lèvres.

Elle releva la tête et son attention se porta sur l'immense tableau dressé devant le mur opposé. Ses yeux noirs et perçants restèrent rivés quelques secondes sur les clichés accrochés. Elle s'approcha et posa un long ongle verni de noir sur une photo.

« Qui aurait pu penser qu'une personne aussi insignifianteet impure puisse avoir l'audace de défier notre gouvernement ? » continua-t-elle, une lueur de dégoût extrême dans ses yeux.

Evan suivit son regard et ses yeux se posèrent sur le visage d'Hannah Abbott-Boot, une Sang-Impur en apparence sans histoires. Pas le genre de personne qu'on aurait pu associer aux ennemis du régime.

« Il semblerait que nous ayons trop sous-estimé l'ennemi. Nous sommes devenus trop complaisants. Et j'ai bien peur que cette maladie se propage plus vite que nous le pensions parmi la population. Nous devons l'arrêter à tout prix avant qu'elle s'engraine davantage. » décréta-t-elle avec fermeté.

« Dans ce cas, pourquoi avoir autorisé la presse à parler de l'incident ? » interrogea Evan, sortant de son silence.

Evan avait été surpris de la décision du Coven sacré de relater l'attentat dans la presse du pays. Il avait ensuite réalisé qu'il s'agissait d'une propagande savamment orchestrée. On avait dépeint la coupable comme une personne dangereuse et cruelle, capable des pires crimes.

La population s'était scandalisée des actes barbares de cette femme, portée en martyr par les Dissidents. Evan le savait, ces actes causeraient l'indignation dans toutes les couches de la société, des plus basses aux plus privilégiées.

« L'ennemi est partout. Il se faufile même dans les endroits où l'on ne s'y attend pas, y compris parmi nous. La vérité, c'est que nous n'avons pas toutes les ressources pour l'arrêter. Alors, quoi de mieux que d'utiliser notre population pour faire ce travail ? » dit Bellatrix avec un sourire satisfait.

Le climat de paranoïa grandissait parmi la population. Dans les rues du régime, on se regardait désormais avec suspicion. Le peuple lui-même faisait désormais le travail de la Section Sécuritaire. Les actes de délation avaient même augmenté de manière drastique depuis les articles dans la presse. Régulièrement, des Sang-Impurs étaient passés à tabac par des sorciers de rang supérieur qui invoquaient le désir de justice ou la soif de vengeance. Les Mangemorts et les Aurors avaient été sommés de fermer les yeux sur ces actes.

« Et ça ne fait que commencer. » annonça-t-elle joyeusement. « Vous savez ce qui est plus fort que l'espoir, Rosier ? »

Rosier secoua la tête.

« La peur. La peur fait faire des choses terribles aux gens. » dit-elle avec un sourire vicieux.

Elle parlait en connaissance de cause, il le savait.

« Demain, la population apprendra dans la presse que les Aurors ont appréhendé un complice de cette barbare et qu'il est actuellement en train d'être interrogé. Nous révélerons ensuite que le Ministère a trouvé un moyen d'extirper des informations de force chez ce fameux complice. » expliqua-t-elle. « Un mensonge évidemment, mais personne n'a besoin de le savoir. Ce qui importe vraiment, c'est la panique et la crainte que cela va causer chez ces rats terrés dans nos rues. Et ils n'auront bientôt plus d'autre choix que de sortir de leurs tanières. »

Une lueur calculatrice animait ses yeux et pour l'espace d'un instant, Evan eut l'impression de se trouver face à une forcenée.

Bellatrix brandit soudainement son poing dans sa direction et Evan réprima une grimace en réalisant que l'oiseau avait cessé de bouger. Elle ouvrit sa paume et il constata qu'elle était maculée d'une substance rouge et épaisse – du sang. L'un de ses ongles perçants avait transpercé le flanc de l'oiseau.

« Je ne veux pas que ces rats aient un seul moment de répit. Je veux que les Mangemorts triplent leur activité immédiatement et jusqu'à nouvel ordre. Nous allons montrer à ceux qui ont eu l'audace de s'opposer à notre gouvernement à quel point il est intransigeant. » assura-t-elle d'une voix déterminée, une expression effrayante sur son visage. « Aucun écart ne sera toléré. »

Bellatrix observait toujours la créature sans vie dans sa main avec un plaisir évident. Evan resta impuissant devant la scène. Pour la première fois depuis sa nomination à la tête de Section Sécuritaire, Evan Rosier réalisa qu'il n'avait ni les épaules ni le courage pour gérer une telle crise. Il avait toujours su qu'il était un imposteur et personne ne lui en avait porté rigueur jusqu'à maintenant à cause de son nom. Aujourd'hui toutefois, il ne pourrait plus dissimuler son incompétence.

« Un bon Dissident est un Dissident mort, ne l'oubliez pas. » dit-elle finalement avant de laisser tomber la dépouille ensanglantée de l'oiseau sur le bureau, faisant gicler du sang dans toutes les directions.

Une goutte atterrit sur la joue d'Evan. Un sourire pervers illumina le visage de Bellatrix. Même si Evan luttait pour garder son visage impassible, il ne désirait que mettre de la distance entre lui et cette folle furieuse.

« Je n'aime pas être contrariée, vous le savez. Après tout, c'est de la protection de toute notre communauté qu'il s'agit. Vous n'avez pas intérêt à me décevoir, monsieur le Gouverneur. » dit-elle en prenant une moue, telle une petite fille qui n'avait pas obtenu satisfaction. « Je n'aimerais pas devoir vous réserver le même sort qu'à ces parasites. Pensez à votre femme et à votre fille. »

Elle quitta la pièce, sous la mine paralysée d'Evan.

/

« Dépêche-toi ou nous allons être en retard au cours d'Histoire de la Pureté. » lança Samantha Edgecombe d'un ton paniqué tandis qu'elle pressait le pas dans les couloirs vastes du premier étage. « Je ne veux pas avoir une retenue. »

Elle jeta un regard par-dessus son épaule, croisant le regard de sa condisciple Violet, qui traînait toujours le pas, ne semblant pas s'alarmer.

« Détends-toi, Sam. » dit-elle de son éternel ton désintéressé. « D'ailleurs, j'ai quelque chose à faire avant d'aller en cours. »

Samantha lui lança un regard curieux.

« Très bien. Je te laisse, dans ce cas. » décréta-t-elle avant de se mettre à courir.

Après une course effrénée qui la laissa complètement haletante, elle arriva devant la salle de classe.

« Excusez-moi, Professeur Croupton. » dit-elle immédiatement, ses joues rougies par un mélange d'embarras et d'essoufflement.

« Cinq points de moins pour Poufsouffle, Miss Edgecombe. » lança Croupton en lui jetant à peine un regard. « Prenez place. »

Samantha s'installa à une rangée vide, s'empressant de sortir ses affaires. Elle rougit, s'efforçant d'éviter les regards blasés que certains de ses camarades lui lancèrent à l'entente du retrait de points.

Elle avait au moins évité la retenue, songea-t-elle avec soulagement. Bartemius Croupton Sr, leur professeur d'Histoire de la Pureté, esquissa quelques mots sur le tableau sombre d'une écriture illisible, puis fit de nouveau face à sa classe. Avec son allure droite, ses yeux perçants, et ses lèvres à peine visibles à cause de sa moustache, le Professeur Croupton dégageait un air sévère. C'était un homme pragmatique et inflexible, qui portait une importance particulière au respect des règles.

Il avait longtemps travaillé au Ministère de la Magie où il avait occupé un poste important au sein du Département de la Justice Magique. Lassé de sa retraite, il avait décidé de dispenser des cours à Poudlard.

« Comme vous le savez tous, le Jour de la Victoire s'approche à grand pas. » annonça le professeur d'une voix lente. « Quelqu'un peut-il m'expliquer d'où cette journée tire son origine ? »

La main de Samantha et deux autres élèves s'élevèrent immédiatement.

« Miss Edgecombe ? » dit patiemment le professeur.

« Nous célébrons la victoire de Lord Voldemort sur les ennemis de l'empire britannique purifié, professeur. Après une guerre civile qui a duré près de dix ans. » s'empressa de répondre Samantha.

« Cinq points pour Poufsouffle. Quelqu'un peut-il m'en dire plus sur les causes du conflit ? » poursuivit le professeur Croupton.

« Lord Voldemort voulait empêcher l'extinction des sorciers britanniques. Avant la guerre, le Gouvernement en place voulait collaborer avec les Indésirables et encourageait même à rompre le Code International du Secret Magique en leur révélant notre existence. » expliqua Nathan Bulstrode de sa voix pompeuse. « Ce qui était une menace évidente pour le futur de notre survie. »

Samantha abaissa sa main, envoyant un regard ennuyé au garçon lorsque le professeur accorda cinq points à Serpentard. Il n'avait pas daigné lever la main avant de répondre.

« Et pourquoi Lord Voldemort s'est-il opposé à cette idée ? »

« Parce que l'Histoire à travers les âges a démontré que les Indésirables ont toujours tenté de persécuter les sorciers lorsqu'ils en ont eu l'occasion. Ils ont même organisé des Chasses aux Sorcières pendant des centenaires. C'est pour cette raison que le traité du Secret Magique a été ratifié au dix-septième siècle et signé par tous les Gouvernements. » répondit Nathan. « Afin de protéger notre existence. »

Le professeur hocha la tête en signe d'approbation. Il agita sa baguette en direction d'une pile de papiers sur son bureau qui s'éleva dans les airs avant de se placer sur le tableau noir. Samantha plissa les yeux et réalisa qu'il s'agissait de photos. Des exclamations de surprise et d'effroi jaillirent dans toute la pièce.

Les images n'étaient pas mouvantes mais affichaient des scènes particulièrement violentes. La première montrait un enfant assis au sol parmi les débris de bâtiments détruits, au milieu de flammes, dans un décor apocalyptique. Sur une autre, on voyait trois hommes pendus à un arbre, entourés d'individus vêtus de cagoules blanches qui brandissaient des torches allumées. Un autre cliché montrait une dizaine de personnes adossées contre un mur. Leurs corps étaient squelettiques et leurs visages émaciés, comme si on les avait affamés pendant des semaines. Des hommes en uniforme riaient en les pointant du doigt.

« A travers l'histoire, les Moldus… » commença Croupton.

Il s'interrompit devant les mines effarées et dégoûtées de ses élèves à l'entente du terme.

« …ont fait preuve d'une disposition indéniable à la persécution d'autrui. Leur histoire est remplie de guerres et de conflits violents depuis l'aube de leur existence. Ils ont passé des siècles à se massacrer en invoquant des prétextes comme l'appartenance ethnique, les frontières géographiques ou encore leurs croyances et convictions personnelles. Ils cherchent constamment à imposer leur domination sur les gens qu'ils jugent différents. Ces conflits continuent même à l'époque contemporaine. » expliqua le professeur avec gravité. « Si l'Histoire a prouvé quelque chose, c'est que c'est dans leur nature même. »

Samantha observa les images avec angoisse. Dans les grimoires d'Histoire de la magie, elle avait lu les récits de la perversion et de la violence des Moldus depuis l'aube de la race humaine. C'était toutefois la première fois qu'elle voyait ces choses de manière aussi explicite.

C'est par instinct de survie que Lord Voldemort et ses disciples s'étaient opposés aux Traîtres à leur sang qui gouvernaient le Royaume-Uni à l'époque. Deux siècles auparavant, Voldemort était sorti victorieux dans un conflit acharné, contre un clan mené par Albus Dumbledore, un adorateur de Moldus. L'empire britannique purifié avait été le premier pays à revendiquer sa liberté. Grâce à Voldemort, les sorciers britanniques avaient repris leurs droits et avaient cessé de vivre cachés comme des niffleurs.

« Que c'est morbide. » commenta soudainement une voix aux côtés de Samantha, la sortant de sa torpeur.

Cette dernière sursauta légèrement et tourna la tête, croisant le visage familier de Violet Rosier, qui venait probablement de se glisser à ses côtés sur le banc, en silence.

Le professeur Croupton n'avait fait aucune remarque à son arrivée tardive et ne lui avait pas retiré de points. Après tout, Violet était une Rosier, l'une des Treize familles sacrées. A Poudlard, elle jouissait d'un favoritisme incontestable. Même si elles étaient amies depuis leur première année, Samantha ne pouvait pas s'empêcher de jalouser le traitement qu'on réservait à son amie. Samantha, elle, n'était qu'une Sang-Pur de second rang. Chaque jour, elle s'évertuait à exceller académiquement. Il était parfois frustrant de voir Violet obtenir des notes acceptables sans même faire le moindre effort. D'autre part, aucun professeur n'osait lui faire de remarques au sujet de ses retards incessants. Malgré ses notes médiocres, le destin de Violet était déjà tout tracé. Elle bénéficierait des meilleures opportunités grâce à son père, un gouverneur du Coven sacré et le chef des Mangemorts. A la fin du cours, Samantha rangea ses affaires et s'engagea à la suite de Violet dans les couloirs du cinquième étage. Les elfes avaient commencé à décorer le château en prévision des célébrations du Jour de la Victoire.

« Hey, Rosier ! » s'éleva une voix pompeuse derrière elles.

Nathan Bulstrode se présenta à leur hauteur, suivi par sa bande d'amis. Samantha leva les yeux au ciel. Elle détestait ce garçon.

« Nous organisons une fête à la Tour d'Astronomie, ce soir. Ça te dit ? » proposa le garçon avec ce sourire pompeux que Samantha détestait tant.

« Peut-être qu'on y fera un tour. Si j'ai le temps. » répondit Violet d'un air désintéressé, avant d'accélérer le pas, coupant court à toute tentative de conversation.

Samantha lui emboîta le pas.

« C'est moi, ou Bulstrode est extrêmement collant, cette année ? » interrogea Violet d'un ton pensif, passant une main dans ses longs cheveux noirs, qui lui tombaient au milieu du dos.

Samantha hésita à faire remarquer à Violet que, comme tous les garçons de quatrième année, Nathan Bulstrode avait le béguin pour elle. Et comme si son statut n'était pas suffisant, Violet était également la plus jolie fille de leur année. Elle était populaire et appréciée de tous. A côté de son amie, Samantha se sentait bien fade, comme une tâche dans son ombre. Elle s'en voulait parfois d'éprouver de la jalousie à son égard. Malgré le fait qu'elle ait tout pour elle, Violet n'était pas une fille désagréable ou prétentieuse. Elle traitait les autres élèves comme ses égaux. Mis à part le fait qu'elle ne soit pas très studieuse, elle avait absolument tout pour elle.

Lorsque les parents de Samantha avaient eu vent de son amitié avec une membre d'une famille sacrée, ils s'étaient montrés particulièrement fiers. Depuis, ils insistaient auprès de Samantha pour qu'elle entretienne son amitié avec Violet.

« Quelle fierté que notre fille fréquente l'héritière d'une famille sacrée. » disait son père.

« Assure-toi de toujours être dans les bons papiers de Mademoiselle Rosier. » insistait sa mère.

Pour des Sang-Purs de second rang comme les Edgecombe, le statut et la réputation familiale étaient essentiels. Chaque génération travaillait activement pour augmenter le prestige de la lignée. Samantha ressentait une pression intense de la part de sa famille pour exceller académiquement et pour se faire des bons contacts parmi les élèves qui venaient de familles plus prestigieuses que la sienne.

Elles quittèrent les couloirs du hall, se dirigeant vers les grandes portes du château qui menaient à l'immense parc. Samantha referma les boutons de la cape épaisse qu'elle portait. Au milieu du parc, se dressait une imposante fontaine dont le centre était occupé par une statue à l'effigie de Lord Voldemort. Sa baguette était dressée en l'air, dans une position victorieuse, et de l'eau sortait de l'extrémité de cette dernière, tombant lentement dans le bac de la fontaine.

Il était commun que certains étudiants se recueillent auprès de la statue. A leur passage, Samantha reconnut deux élèves. Il s'agissait des sœurs Carrow, Bronwyn et Bryony, deux filles particulièrement asociales de sixième année. Malgré leur personnalité étrange et antipathique, personne ne les dérangeait du fait de leur lien de parenté avec leur oncle, Adamus Carrow, le Prophète du Clan des Derniers Jours, le culte le plus important et respecté du Royaume-Uni.

Samantha écarquilla les yeux en voyant Violet se diriger vers la statue à son tour. Malgré son statut, Violet n'avait jamais vraiment revendiqué un grand fanatisme, contrairement à celui des sœurs Carrow. Ces dernières avaient croisé les bras pour former le signe de Voldemort, et semblaient faire une prière discrète.

« Qui baigne ses mains dans du sang impur… » lança Bryony.

« Les lavera dans les larmes. » acheva Bronwyn. « Que Voldemort nous préserve. Puisse sa vigueur nous guider dans tous nos actes. Qu'il purifie et éclaire notre chemin et nous protège de nos ennemis. »

« Pur soit le sang. » intervint soudainement Violet, qui avait jeté un galion en direction de la fontaine, l'observant couler au fond d'un air grave.

Les deux sœurs ouvrirent les yeux au même moment, visiblement surprises d'avoir été interrompues. En reconnaissant Violet, elles hochèrent la tête en signe d'approbation avant de s'éloigner de la fontaine, bras dessus bras dessous.

Elles ne se mêlaient pas au reste des étudiants, ne réservant que quelques paroles aux autres enfants des Treize sacrés ou bien des membres du Clan des Derniers Jours.

Pour une raison que Samantha ne parvenait pas à identifier, elles lui faisaient froid dans le dos. Peut-être était-ce leurs yeux bleus vides ou bien cette manie de terminer les phrases de l'autre - elle n'en était pas certaine.

Samantha se tourna vers son amie qui regardait la statue d'un air pensif. Elle semblait bien silencieuse depuis son retour au cours de Croupton. Son attitude avait-elle un lien avec cette mystérieuse tâche qu'elle avait dû réaliser avant le cours ?

« Tout va bien, Vi ? » interrogea Samantha.

Il était rare qu'elle voie Violet préoccupée. Son amie semblait toujours prendre les choses avec flegme et détachement.

« J'étais dans le bureau de la Directrice McGonagall. » expliqua Violet avec un soupir, se tournant vers Samantha. « Je vais devoir quitter Poudlard à la fin de la semaine. »

Samantha ouvrit de grands yeux, médusée.

« Quitter Poudlard ? Mais pourquoi ? » balbutia-t-elle, sans comprendre.

« C'est une décision de mon père. Un précepteur se chargera de mon instruction à la maison jusqu'à nouvel ordre. » dit-elle avec résignation.

Elle jeta un regard autour d'elle, comme pour vérifier que personne n'épiait leur conversation.

« Il veut s'assurer de ma sécurité après l'attaque au Palais de la Chimère. » dit-elle à voix basse. « Il pense qu'on pourrait chercher à me faire du mal. »

Samantha ouvrit la bouche, effarée. Tout le monde à Poudlard ne parlait que de l'attaque effroyable exécutée par une dissidente pendant un événement mondain. Une forcenée instable avait fait exploser une bombe, tuant des innocents. La nouvelle avait choqué toute la population. Samantha avait été scandalisée en lisant le profil de la coupable. Une forcenée instable qui avait essayé de kidnapper un bébé après s'être introduite par effraction dans une maison, quelques mois plus tôt.

« Mais Poudlard est un endroit sûr… Et pourquoi n'envoient-ils pas de la sécurité ici, pour veiller sur toi ? » s'étonna Samantha.

Après tout, en dehors de Poudlard, Violet et les autres membres des Treize disposaient toujours de la sécurité des Mangemorts. Même pendant les sorties à Pré-au-Lard, elle était escortée.

« C'est la décision de mon père. » répondit Violet en haussant les épaules, visiblement découragée. « Je n'ai pas vraiment le choix, Sam. »

Elles restèrent silencieuses pendant de longues minutes. Et pour la première fois depuis sa rencontre avec Violet, Samantha réalisa qu'elle ne voulait pas être à la place de son amie.

/

Terry se réveilla en sursaut lorsqu'il entendit un fracas métallique. Il se redressa vivement, faisant retentir le crissement insupportable du lit sur lequel il était installé - composé d'un matelas inconfortable à l'aspect crasseux, placé sur des lattes en ferraille. Le matelas était défoncé et parfois, Terry sentait les barres du sommier dans son dos, lui provoquant une douleur intense.

Il se plaça en position assise, levant les yeux contre le mur grisâtre et poisseux face à lui, recouvert de saletés. L'intérieur de la cellule était sombre et dégageait une atmosphère austère qui semblait se détériorer à chaque jour qui passait. C'était comme si cette pièce était une représentation métaphorique de son état mental actuel.

Terry avait toujours vécu une vie simple et relativement sans histoires. Il lui suffisait de peu pour être heureux. Ses origines modestes lui avaient appris à se contenter des choses rudimentaires. A l'âge adulte, il n'avait aspiré qu'à être un mari aimant, protecteur et pourvoyeur pour la famille qu'il tentait de bâtir avec Hannah.

Tout avait semblé prendre une tournure compliquée après la perte tragique de leur premier enfant. Il avait vu toute sa vie s'écrouler progressivement. Les problèmes d'Hannah s'étaient aggravés et lui, avait assisté à la scène tel un spectateur impuissant.

Terry regrettait constamment de ne pas avoir pu aider sa femme davantage. Il n'était pas un bon communicateur et n'avait jamais vraiment su comment lui venir en aide. C'était en la voyant se rendre régulièrement chez cette famille d'inconnus afin d'espionner leur enfant qu'il avait réalisé la profondeur de ses troubles. Hannah était devenue presque obsessionnelle.

Puis, lors de sa soudaine disparition, il avait craint le pire. Pendant des semaines, avec l'aide de ses proches, il avait tout mis en œuvre pour la retrouver, tentant d'ignorer l'horrible pressentiment qui lui tiraillait l'estomac.

Il avait passé les pires semaines de sa vie, à se morfondre inlassablement et à culpabiliser sur ses actes passés. Pourquoi ne l'avait-il pas retenue ? Pourquoi n'avait-il pas insisté davantage ? Pourquoi n'avait-il pas fait appel à un spécialiste pour l'aider ?

Lorsque Terry avait prévenu les autorités de la disparition de sa femme, on l'avait à peine pris au sérieux. La disparition mystérieuse d'une sorcière de Sang-Impur était la dernière préoccupation des Aurors.

Puis, contre toute attente, on avait sonné à sa porte au beau milieu de la nuit et deux sorciers portant des robes de Médicomages s'étaient présentés en compagnie de son épouse, visiblement endormie. Le cœur de Terry avait bondi de joie.

Ces individus avaient prétendu qu'Hannah avait souffert d'une dépression nerveuse et avait été internée dans un établissement spécialisé. Ce n'était qu'après des semaines de soins qu'ils avaient pu lui soutirer des informations sur son identité.

Trop heureux de retrouver sa femme vivante et en sécurité, Terry ne s'était pas posé davantage de questions, même si le récit l'avait laissé quelque peu perplexe. Sans doute aurait-il dû le faire.

A son retour, Terry avait senti Hannah…différente. Elle semblait complètement distante, détachée, comme si son esprit était ailleurs. Il savait qu'elle avait traversé des choses compliquées et qu'elle avait besoin de temps pour se remettre. Alors, il s'était montré plus présent que jamais, multipliant les attentions, se montrant plus prévenant qu'il ne l'avait jamais été depuis leur rencontre.

Ses réactions parfois étranges ne l'avaient pas alerté. Il avait simplement mis cela sur le dos de sa rémission. Elle avait besoin de temps, de repos et d'attention. Lorsque Terry osait poser des questions, elle réfutait tout en bloc, prétendant que tout allait pour le mieux.

« Tout va bien, Hannah ? » lui avait-il demandé, au détour d'une conversation.

Ils venaient de terminer le dîner dans le silence et s'étaient installés dans le sofa du séjour, tandis qu'un poste de radio transmettait des classiques de Celestina Moldubec. Il avait senti son épouse particulièrement anxieuse et cela l'avait préoccupé.

« Tout va bien. » avait-elle assuré. « Je suis un peu fatiguée, ce soir. J'ai eu une longue journée. J'ai fait le tour de quelques boutiques, pour trouver du travail. »

Terry lui avait jeté un regard médusé, agréablement surpris par la nouvelle.

« Je suis heureux de l'entendre. » avait-il. « Je pense que ça te ferait du bien de sortir davantage. Voir du monde. »

Cela l'avait rassuré. Hannah était en chemin vers la rémission, et voulait de nouveau s'intégrer au reste de la société. Reprendre un semblant de vie normale. Depuis son retour, Terry avait fait un travail d'introspection profond. Il savait qu'il avait des choses à se reprocher. Son erreur avait été son manque de communication. Il voulait qu'elle comprenne qu'il ferait désormais tout son possible pour y remédier.

« Je sais que je n'ai pas été aussi présent pour toi que j'aurais dû l'être lorsque nous avons perdu Alfie. J'étais là physiquement mais pas mentalement. » avait-il admis d'une voix affligée. « Je ne veux pas refaire la même erreur. »

Hannah avait paru déboussolée par son admission. C'était un sujet qu'ils n'abordaient jamais.

« Quand nous nous sommes mariés, j'ai fait des vœux et je compte bien leur faire honneur. Je veux que tu saches que je suis toujours là pour toi, et… Je vais tâcher de communiquer davantage. » avait-il poursuivi d'un ton déterminé.

Elle l'avait fixé les yeux brillants, comme si elle s'apprêtait à fondre en larmes. Elle avait même semblé vouloir dire quelque chose mais s'était retenue. Il pouvait voir que quelque chose la tracassait.

« Promets-moi de me dire quand les choses ne vont pas bien ? » implora-t-il.

Il l'avait observé avec appréhension, espérant qu'elle lui dirait enfin ce qui causait ce poids pesant sur elle. Pourtant, Hannah avait simplement hoché la tête, sans rien dire. Terry l'avait attiré à lui, et elle avait enfoui son visage dans le creux de sa nuque.

« Je t'aime, Hannah. » lui avait-il murmuré à l'oreille.

Elle n'avait pas répondu mais il avait senti des larmes chaudes couler lentement sur sa chemise pendant qu'il l'étreignait fermement.

Les jours suivants, Terry avait senti le comportement d'Hannah devenir chaque jour plus suspect. Elle paraissait constamment anxieuse, sur les nerfs, presque tourmentée. Son visage était pâle, comme si elle était souffrante. Il avait même été surpris de la voir se préparer à quitter leur domicile pour son premier jour de travail. Une agence de recrutement l'avait embauchée pour réaliser des missions de travail temporaire.

« Tu es certaine que tu es en état d'y aller, Hannah ? » demanda Terry en l'observant avec inquiétude.

Le sourire rassurant qu'elle lui adressa était un peu forcé.

« Ça va passer. » prétendit-elle d'une voix ferme. « Je viens de prendre une potion revigorante, elle devrait faire effet dans quelques minutes. »

Terry hocha la tête, peu convaincu, mais ne préféra pas insister.

« Tu sais à quelle heure tu seras de retour ? » s'enquit-il

Hannah ne répondit pas immédiatement, se contentant de ranger ses affaires dans un sac.

« Ça va se terminer tard dans la nuit. Tu seras déjà endormi. » dit-elle d'une voix étrange.

Elle eut alors une réaction qui le surprit. Elle se retourna brusquement et se rua dans sa direction, un air déterminé sur le visage, avant de se jeter dans ses bras. Terry resta interdit devant cet élan d'affection soudain mais il serra longuement sa femme dans ses bras.

« Je suis désolée. » murmura-t-elle d'une voix lente, une émotion évidente dans la voix.

« Pourquoi t'excuses-tu ? » interrogea Terry avec confusion.

« Tu comprendras, plus tard. » promit Hannah dans un souffle. « Je ne veux que le meilleur pour nous. »

Avant qu'il ne dise quoi que ce soit, elle releva la tête et pressa ses lèvres contre les siennes. Terry resta pétrifié pendant une fraction de seconde avant de lui rendre son baiser. Il ne se souvenait pas de la dernière fois que sa femme l'avait embrassé de cette manière. Lorsqu'ils s'écartèrent, elle planta ses yeux dans les siens et il décela une lueur particulière. Elle semblait vouloir lui exprimer des paroles, mais quelque chose la retenait de le faire.

Elle s'écarta de son étreinte et s'empressa de prendre son sac avant de se diriger vers la porte, replaçant sa capuche sur sa tête. Elle jeta un dernier regard dans sa direction par-dessus son épaule puis quitta la maison.

Le lendemain, à son réveil, Terry fut surpris de voir le lit vide. Le côté d'Hannah n'était pas défait, comme si elle n'y avait pas passé la nuit. Un tour rapide de la maison lui fit réaliser qu'elle n'était nulle part en vue. Immédiatement, il ressentit cette inquiétude familière crépiter en lui, lui rappelant des souvenirs désagréables. Elle aurait déjà dû être de retour, songea-t-il.

L'angoisse ne le quitta pas dans les heures qui suivirent. Il contacta les parents d'Hannah qui lui confirmèrent qu'elle n'était pas chez eux. Immédiatement, sa panique s'intensifia.

Ce ne fut que des heures plus tard qu'il entendit un tapage fracassant dans l'entrée. Il sursauta et sauta du sofa pour accourir dans le hall. Il s'immobilisa, stupéfié, en réalisant que des individus se trouvaient face à lui, baguettes rivées dans sa direction, devant la porte d'entrée complètement détruite. Il reconnut les Aurors. Terry ouvrit la bouche mais avant que le moindre son ne puisse en sortir, un jet de lumière le percuta violemment et il perdit conscience.

Lorsqu'il retrouva ses esprits, Terry réalisa qu'il se trouvait dans une pièce étroite et faiblement éclairée, aux murs grisâtres. Il était assis sur une chaise et ses bras étaient liés par des lianes serpentines.

Il n'eut pas le temps d'émettre des théories sur sa mystérieuse captivité car la porte de la pièce s'ouvrit à la volée, laissant apparaître deux individus. A travers l'obscurité, il distingua deux silhouettes. La première était celle d'un homme imposant, aux épaules carrées et aux bras massifs. La seconde avait un gabarit court et efflanqué.

Une lumière aveuglante illumina la pièce, forçant Terry à fermer les yeux. L'éclairage soudain était presque douloureux pour sa rétine. Il ouvrit finalement les paupières et observa les nouveaux entrants avec appréhension. L'homme le plus large portait une longue cape noire et un masque orné. Un Mangemort, reconnut-il en déglutissant.

L'autre homme, court et menu, semblait plus âgé - Terry lui aurait donné soixante-dix ans, à vue d'œil. Son crâne était chauve et ses yeux noirs perçants observaient Terry à travers des lunettes rondes. Il s'approcha de ce dernier, exécutant un cercle autour de sa chaise, l'étudiant avec attention, comme s'il jugeait quelque chose. Terry le suivit du regard, mal à l'aise.

« Pourquoi suis-je ici ? » demanda-t-il d'une voix enrouée.

L'homme ne répondit pas, tendant vers lui une main qui portait un gant en cuir de dragon. A la grande surprise de Terry, l'inconnu le força à ouvrir la bouche et lui tira la tête vers l'arrière, comme pour observer l'intérieur de sa gorge. Il attrapa ensuite les cheveux de Terry avec brutalité et lui tira la tête en avant, contemplant l'arrière de sa nuque. Pendant plusieurs minutes, il continua son inspection étrange, ignorant les questions de Terry. Finalement, l'inconnu sembla décréter qu'il en avait assez vu et se dirigea vers une table au fond de la pièce. Il sortit un rouleau de parchemin.

« Terry Boot - matricule 284939 - né le 23 janvier 1975 à Birmingham. Statut : Sang-Mêlé. » commença à énoncer l'homme d'une voix désincarnée.

Terry l'observa avec appréhension. Où se trouvait-il ? Qui étaient ces gens ? Que comptaient-ils faire ? Où était Hannah ?

« Conformément au préambule de la Charte pénale ratifiée en 1810, vous jouissez d'une audience officielle, présidée par moi-même, Sigfredys Selwyn, représentant du haut conseil du Magenmagot. »

« Une audience ? » répéta Terry, hébété. « Monsieur, vous devez faire erreur, je ne… »

« En vertu de votre statut de sang, vous n'êtes pas habilité à bénéficier d'une représentation légale officielle par un Mage de loi. Vous pouvez cependant vous représenter individuellement si vous le souhaitez. » coupa le dénommé Selwyn, agissant comme s'il n'avait pas entendu les paroles de Terry.

Ce dernier se tut.

« Vous êtes jugés pour les faits suivants - complicité de crimes terroristes, financement de crimes terroristes, collaboration avec une association de malfaiteurs dans le but de porter atteinte à la nation, au Coven sacré et à la paix publique. »

Terry ne répondit pas, tombant des nues à l'entente de ces paroles. Selwyn releva la tête et le fixa avec intensité derrière ses lunettes.

« Qu'avez-vous à répondre à ces accusations ? » demanda-t-il d'une voix sévère.

« Je vous le répète, vous avez la mauvaise personne. Je suis un honnête travailleur. Je n'ai rien à voir dans cette histoire. » assura Terry en secouant la tête avec véhémence.

« Êtes-vous marié à Hannah Boot, de son nom de jeune fille Abbott ? » interrogea Selwyn avec froideur.

La question le prit au dépourvu.

« O…Oui. » bredouilla Terry, sans comprendre.

« Prétendez-vous ne pas avoir connaissance de ses intentions et de ses actes ? » insista Selwyn.

« Ses intentions ? » répéta Terry, qui sentait sa frustration s'accroître. « Où est ma femme ? Je veux lui parler. »

Selwyn l'observa pendant de longues secondes, comme s'il l'évaluait attentivement.

« Vous savez pertinemment où se trouve votre femme. Six pieds sous terre après avoir massacré des membres honorables de notre communauté – des innocents. » assena Selwyn. « Et votre complice vous a laissé répondre de ses actes. »

Terry sentit sa mâchoire tomber et ses battements de cœur s'accélérer de manière incontrôlable dans sa poitrine. L'horreur se dessina sur son visage tandis que les mots de l'homme percutaient dans son esprit. Il était en train de rêver, il n'y avait pas d'autres explications. Un horrible cauchemar. Cela ne pouvait pas être la réalité. L'homme continuait à marteler des paroles accusatrices mais Terry ne les entendait plus. Il s'était mis à trembler.

« Hannah est… » furent les seuls mots qu'il parvint à articuler.

Il fut incapable de terminer sa phrase. Le dire rendrait la situation réelle et cette perspective était insupportable. Non, Hannah ne ferait jamais de mal à une mouche. Jamais elle ne serait capable de commettre de tels actes. Il connaissait sa femme.

Immédiatement, Terry fut parcouru d'une sensation inconfortable. Connaissait-il vraiment tout de sa femme ? Elle était apparue comme une personne totalement différente, ces dernières semaines. Et sa disparition soudaine avait soulevé plusieurs questions.

Résigné, Terry répondit aux questions de l'homme tel un automate. Il n'avait pas l'impression d'être vraiment présent - juste un spectateur hors de son propre corps. Et plus les minutes passaient, plus les preuves qu'on lui donnait étaient incriminantes.

« Nous avons pu placer Hannah Boot sur les lieux d'une tentative de kidnapping d'enfant. » affirma Selwyn. « Deux jours plus tard, vous avez signalé sa disparition. Le timing était extrêmement opportun, vous ne trouvez pas ? »

Il lâcha une exclamation moqueuse.

« A son retour de cette fameuse 'disparition', vous n'avez pas prévenu les autorités. » poursuivit Selwyn. « Vous prétendez qu'elle a été internée pendant cette période mais vous êtes incapable de nous dire dans quel établissement elle se trouvait, ni l'identité des fameux Médicomages qui l'ont ramenée chez vous. Les archives de Sainte Mangouste indiquent que votre femme n'a pas été internée depuis l'année dernière. »

Terry réalisa à quel point la situation paraissait suspecte. S'il devait être honnête, lui aussi avait trouvé cette histoire étrange mais il n'avait pas cherché à obtenir davantage de détails. Il avait retrouvé sa femme saine et sauve et c'était tout ce qui lui avait importé à l'époque.

« Nous avons recouvré des traces de matériaux utilisés pour la fabrication de l'engin explosif qu'elle a utilisé, dans votre domicile. » enchaîna Selwyn, en lisant son rapport.

Terry l'écoutait avec stupéfaction.

« En vertu de la Charte de Loi de l'empire britannique purifié et des droits qui m'incombent, je vous déclare donc coupable des chefs d'accusation retenus contre vous. Vous êtes condamné à l'emprisonnement à vie dans la prison d'Azkaban. Sans possibilité de libération conditionnelle. » annonça Selwyn d'une voix dure, avant d'apposer un sceau sur son parchemin.

L'annonce de la sentence lui fit l'impression d'un violent cognard sur le crâne.

« Non, je suis innocent, je n'ai rien fait ! Vous ne pouvez pas faire ça ! Ce n'est pas juste ! » hurla Terry en s'agitant sur son siège, tentant de se défaire de ses liens.

« Juste ? » répéta Selwyn avec un rire sans joie, observant Terry d'un œil sombre. « Monsieur Boot, ce monde est cruel. »

Ce fut ainsi que, du jour au lendemain, Terry se retrouva dans une cellule insalubre d'Azkaban, la prison la plus sécurisée du pays. Il lui fallut des jours entiers pour se remettre du choc. Comment faire le deuil de sa femme, après une mort qu'il ne comprenait pas ? Comment pleurer sa mort lorsqu'on l'accusait de faits aussi atroces ?

Les conditions de vie dans la prison étaient désastreuses. Sa cellule était d'une saleté extrême. Il y faisait froid, les murs étaient poisseux et des odeurs infectes planaient constamment dans l'air, le rendant irrespirable. On entendait régulièrement les couinements des rats qui croulaient partout.

Les conditions de captivité n'étaient pas le pire. La véritable pénitence était son état mental. A toute heure de la nuit et du jour, Terry était assailli de pensées noires, accablantes et morbides. Elles s'intensifiaient lorsque les Détraqueurs s'approchaient de la cellule. Le reste du temps, il sanglotait violemment, le cœur brisé par la disparition de sa femme. Dans ses rares moments d'accalmie, Terry observait le plafond, esseulé, ses pensées tournées vers Hannah, s'efforçant de trouver une explication et un sens à ses actes.

Il partageait sa cellule avec deux autres hommes. L'un d'eux hurlait sans cesse pendant la nuit, visiblement secoué de cauchemars traumatisants. Il parlait seul et son comportement rendait Terry mal à l'aise. Le second, surnommé Xenophilius Lovegood, était plus avenant et sembla apprécier l'arrivée de Terry dans la cellule. Le dixième jour de sa détention, Terry fut surpris de voir un garde ouvrir la porte de la cellule et appeler leurs noms.

« Tykes, Boot et Lovegood. Levez-vous. » ordonna le garde d'une voix bourrue.

L'homme appliqua un sort de verrouillage sur ses bras, et une cordelette apparut dans les airs, se serrant autour de ses poignets. Terry et les deux autres le suivirent dans une pièce qu'il n'avait encore jamais vue. Plusieurs prisonniers s'y trouvaient, formant une ligne.

Il remarqua que tous les prisonniers portaient le même uniforme que le sien - une combinaison brune. Une brève conversation avec des détenus au réfectoire lui avait appris que ces tenues étaient portées par les prisonniers politiques et les sang-impurs. Terry, lui, était considéré comme les deux. Il prit place à son tour dans la ligne, observant ses alentours avec appréhension, se demandant de quoi il retournait.

La prison possédait ses propres codes et ses règles, avec une hiérarchie bien définie parmi les détenus. Après les conseils de Xenophilius Lovegood, Terry avait tenté de se faire discret pour ne pas s'attirer des problèmes. Pourtant, deux jours plus tôt, un gang composé de prisonniers de Sang-Pur l'avait passé à tabac en l'accusant de terroriste, insultant copieusement sa femme et sa famille.

Xenophilius lui avait indiqué que les gardes de la prison avaient probablement partagé les détails de sa sentence aux autres prisonniers, pour faire de lui une cible facile. Depuis, Terry avait évité les sorties dans les zones communes, préférant crouler dans la pénombre de sa cellule dégoûtante plutôt que de devenir un souffre-douleur.

La porte s'ouvrit à la volée et un homme affublé d'une robe de sorcier sombre et ajustée pénétra à l'intérieur, suivi par des gardes.

« C'est Yaxley, le directeur de la prison. » lui chuchota Xenophilius à voix basse, à ses côtés.

L'homme se plaça devant la ligne formée par les détenus, un sourire satisfait sur ses lèvres minces.

« On dirait que vos misérables existences vont enfin avoir un sens. » annonça-t-il vicieusement, les observant tour à tour avec un mépris manifeste.

Il fit les cent pas devant les prisonniers, les dévisageant avec dégoût.

« Dans sa bonté absolue, notre vénéré Coven a décidé d'octroyer une Grâce exceptionnelle à l'occasion du Jour de la Victoire. » révéla Yaxley.

Chaque année, le Jour de la Victoire était célébré dans tout le pays. On commémorait la victoire de Voldemort et celle des Sang-Purs sur les traîtres de la communauté magique. On organisait des festivals, des activités et des spectacles en tout genre dans les rues. Un grand défilé passait dans l'avenue principale du Chemin de Traverse, avec des acteurs déguisés qui reconstituaient des scènes historiques ayant eu lieu deux centenaires auparavant.

Comme beaucoup de ses confrères de Sang-Impur, Terry restait chez lui pendant cette journée pour des raisons de sécurité. On assistait chaque année à une recrudescence du harcèlement et des attaques faites à l'encontre des rangs inférieurs pendant cette célébration annuelle.

« Le Coven sacré va donner l'occasion à l'un de vous d'obtenir sa liberté. » annonça Yaxley d'une voix solennelle.

Il sourit, révélant une rangée de dents pointues, semblables à celles d'un vampire. La forme était si parfaitement taillée qu'elle ne semblait pas naturelle. Son air malveillant glaça le sang de Terry.

Son annonce avait provoqué des exclamations excitées parmi les prisonniers. Terry, lui, resta immobile, une sensation de malaise lui tiraillant l'estomac. Quelque chose n'allait pas. Cela n'avait aucun sens. Pourquoi le gouvernement accepterait-il de libérer l'un d'entre eux ?

La nouvelle fut au centre de toutes les conversations, lors du dîner dans le réfectoire. C'était la première fois que Terry sortait dans les zones communes depuis qu'il s'était fait violemment malmener par un groupe de détenus. Il fit profil bas et mangea en silence la purée de restes non identifiés qu'on avait placée sur son plateau. Il écoutait les conversations autour de lui d'une oreille absente.

« J'ai entendu dire qu'ils vont organiser une sorte de compétition pour le Jour de la Victoire. » révéla l'un des détenus, un homme roux à la moustache épaisse, surnommé Cattermole. « Le gagnant pourra être libéré. »

« Pourquoi ? » interrogea Xenophilius Lovegood.

Cattermole haussa les épaules.

« Aucune idée. Qui sait, peut-être qu'ils sont d'humeur miséricordieuse. » dit-il avec ironie. « Il faut s'attendre à tout avec ces gens. »

Un rire graveleux éclata à l'autre extrémité de la table, et tous les regards se tournèrent vers un homme blond répondant au nom de Belby. C'était l'un des membres du gang qui avait pris Terry à partie.

« Vous êtes décidément tellement stupides, vous autres. Vous ne trouvez pas étrange que seuls des Sang-Impurs participent à cette compétition ? »

Il reçut des regards confus.

« Un garde m'a dit que le gouvernement organise ça pour calmer la population. Depuis l'attaque, ils réclament vengeance et veulent voir le sang des responsables couler. Et votre groupe de traîtres et de vermines impures va en faire les frais. » annonça-t-il avec une joie non dissimulée.

Il lança un regard malveillant à Terry, avant d'éclater de rire.

Terry ne parvint pas à trouver le sommeil pendant la nuit, les yeux rivés sur le plafond. Les paroles de Belby lui retentissaient inlassablement à l'esprit. Il ne fut pas certain du temps qu'il passa à se tourner et se retourner sur le matelas défoncé. Il était difficile de garder la notion du temps dans cet endroit. La lumière du jour ne passait jamais à travers la cellule.

Quelques heures plus tard, la cellule s'ouvrit finalement et on fit passer des plateaux de nourriture, à l'aspect plus convenable qu'à l'accoutumée. Terry et ses deux codétenus mangèrent leur petit-déjeuner en silence.

Tandis qu'il buvait le thé, sa vue commença à se faire trouble. Un fracas se fit entendre et il releva la tête, jetant un regard vers Xenophilius qui venait de s'écrouler sur le sol. Terry esquissa un geste dans sa direction pour lui venir en aide, mais s'écroula à son tour, perdant connaissance.

A son réveil, Terry avait la langue pâteuse et ses membres étaient alanguis. Ses mains étaient liées par une cordelle. Autour de lui, il reconnut des vestiaires et constata qu'il n'était pas seul dans la pièce. Comme lui, d'autres détenus étaient attachés et s'observaient avec confusion.

« Où sommes-nous ? » demanda l'un des prisonniers.

« J'entends du bruit. » indiqua Xenophilius, tendant l'oreille.

Terry fit de même. Il distingua un bourdonnement distant, semblable à des voix. La porte des vestiaires s'ouvrit soudainement, Yaxley, le directeur de la prison fit irruption dans la salle, accompagné d'une horde de Mangemorts masqués. Terry sentit son malaise s'accroître.

« Qui aurait cru qu'une bande de malpropres dans votre genre fasse guichet fermé ? » demanda Yaxley avec ironie. « Profitez de votre moment de gloire, tant qu'il dure. »

Il sourit de nouveau, faisant apparaître la rangée de dents pointues.

« Que le meilleur l'emporte. » déclara-t-il vicieusement.

Immédiatement, les Mangemorts pénétrèrent dans la salle, saisissant les détenus par les bras pour les forcer à se relever et sortir des vestiaires. Terry remarqua que chaque détenu avait un numéro apposé sur le dos de son uniforme. Il déglutit tandis qu'un Mangemort l'escortait dans un couloir circulaire sombre. Il n'entendait rien à part ce bourdonnement incessant et les bruits de pas empressés sur la terre battue. Où les emmenait-on ?

Le cortège s'arrêta brusquement et le silence regagna le long corridor obscur et glacé. Un frottement épais se fit entendre et une gigantesque porte face à eux coulissa vers le haut, provoquant des crissements saccadés. Une lumière éblouissante aveugla Terry et il cligna des yeux. Il n'avait pas vu la lumière du jour depuis des lustres, enfermé entre les murs austères d'Azkaban. Il se sentit violemment poussé vers l'avant par le Mangemort qui l'escortait et il fut forcé d'avancer, passant sous la porte pour regagner l'extérieur. On lui retira ses liens.

Il écarquilla les yeux en apercevant ses alentours. Ils se trouvaient dans un gigantesque stade de Quidditch, dont le sol était en terre battue. Il fut interloqué par la présence de spectateurs dans les gradins, tous pleins à craquer. A l'œil nu, il pouvait compter plus de vingt mille personnes.

« C'est quoi ce bordel ? » murmura un autre détenu, non loin de lui. « On va faire une partie de Quidditch ? »

« Il n'y a pas d'anneaux, abruti. » répondit une autre personne.

Un nouveau bruit grinçant résonna et tous les regards se tournèrent vers le côté opposé du stade, où une nouvelle porte avait coulissé. Terry plissa les yeux et aperçut un groupe de femmes entrer sur le terrain. Elles paraissaient toutes aussi perdues. Elles portaient également des uniformes bruns. Il devina qu'il s'agissait des détenues féminines de la prison. Elles occupaient une aile différente de l'édifice. Les portes tombèrent brusquement, et les Mangemorts disparurent. Terry leva les yeux et réalisa que la foule dans les gradins hurlaient des paroles dans leur direction.

« Ils nous acclament ? » demanda quelqu'un avec surprise.

« Non… » répondit Xenophilius avec une grimace. « Ils sont en train de nous huer et de nous insulter. »

Terry porta son attention vers les gradins les plus proches, et observa les visages remplis de haine des spectateurs, qui hurlaient des injures dans leur direction.

« Pouvoir et pureté, chers spectateurs. Bienvenue à notre célébration annuelle du Jour de la Victoire. Merci d'être venus aussi nombreux, aujourd'hui. » lança soudainement une voix tonitruante qui résonna dans tout le stade.

Terry tourna la tête vers une section isolée des gradins et aperçut un homme debout, sa baguette pressée sur sa nuque.

« Madame la Procureure, voulez-vous nous faire l'honneur ? » demanda la voix du commentateur.

« Merci, M. Verpey. » répondit une voix de femme.

« C'est Bellatrix Lestrange ! » commenta l'un des détenus avec fureur. « C'est à cause de cette garce que je suis là. »

« Merci d'être venus aussi nombreux à cet évènement spécial. » lança Bellatrix avec un plaisir non dissimulé. « Comme vous le savez, chaque année, nous célébrons la victoire de notre héros et leader, Lord Voldemort. Le libérateur de notre nation et sauveur de notre communauté. Il n'a pas seulement garanti la survie de notre existence menacée mais il a également apporté la paix et la sérénité pour les générations suivantes. »

La foule applaudit avec virulence devant ses paroles.

« Aujourd'hui, et comme chaque année, il est temps de le remercier. Cette année, le Coven sacré a décidé de lui donner une offrande particulière afin de lui témoigner toute notre reconnaissance et notre vénération. »

Bellatrix pointa un doigt en direction du terrain.

« Les personnes ici présentes sont des individus dangereux, qui mettent en péril nos libertés et notre tranquillité. Ils veulent contribuer à l'extermination de notre race en s'alliant à des Indésirables. » vociféra-t-elle avec dégoût. « Ils menacent la paix que le Coven sacré s'évertue à apporter pour vous, descendants et disciples de Lord Voldemort. »

Bellatrix fit une pause dramatique, observant la foule avec intensité, avant de reprendre :

« Aujourd'hui, nous donnerons l'occasion à l'un d'eux de racheter ses péchés. Pour cela, il devra offrir à Voldemort l'ultime sacrifice. » annonça-t-elle d'une voix solennelle.

« Sacrifice ? » entendit Terry derrière lui. « Qu'est-ce qu'elle raconte ? »

« Je vous remercie, madame la Procureure. Que le spectacle commence ! » hurla la voix de Verpey, résonnant dans tout le stade. « Et n'oubliez pas - il n'en restera qu'un. »

Terry aperçut des Mangemorts élever leurs baguettes, érigeant un gigantesque champ de protection devant les spectateurs. De quoi tentaient-ils de protéger la foule ? songea Terry avec désarroi. Les prisonniers ne possédaient ni baguette, ni arme pouvant blesser qui que ce soit.

Soudainement, des trous de dix centimètres de circonférence apparurent dans les murs de l'arène. Il entendit un hurlement déchirant derrière lui et se retourna vivement. Un détenu venait d'être transpercé par une flèche. Celui-ci tomba au sol, gémissant avant de s'effondrer, une tâche rougeâtre visible à travers sa combinaison.

Un nouvel hurlement se fit entendre. Cette fois, il provenait du groupe de prisonnières face à eux. L'une d'elles venait également d'être transpercée par une flèche. Immédiatement, des cris de panique surgirent de toute part et Terry sentit quelqu'un le bousculer violemment pour prendre la fuite. Terry tomba au sol, et gémit tandis que sa tête cognait le sol brutalement. Autour de lui, les détenus s'étaient mis à courir dans tous les sens, pour éviter les flèches qui sortaient de manière aléatoire dans les trous des murs.

Terry était resté sur le sol et se mit à ramper lentement en direction du centre du stade. Au bout de ce qui lui semblait une éternité, les trous dans les murs se refermèrent. Il se redressa alors, observant avec horreur les dizaines de détenus qui gisaient désormais sur le sol, grièvement blessés ou morts. Les survivants étaient ceux qui s'étaient penchés sur le sol comme Terry pour éviter l'angle d'attaque des flèches, et ceux qui s'étaient recroquevillés au bas des murs, directement sous les trous. La foule, en plein délire, acclamait la scène avec véhémence, semblant éprouver un plaisir évident devant ce spectacle morbide.

« Regardez-en l'air ! » hurla quelqu'un dans l'arène.

Terry leva les yeux vers le ciel nuageux et aperçut une forme descendre à toute allure avant de se poser brutalement sur le sol, dans un éclat retentissant. Il s'agissait d'une statue en pierre de trois mètres de haut, à l'effigie de Lord Voldemort. Autour de sa taille, se trouvait une épée.

Son autre main était brandie en l'air, tenant une baguette magique. Terry plissa les yeux. Contrairement à la statue qui était en pierre, la baguette semblait être en bois. Il s'agissait d'une vraie baguette. Terry n'était pourtant pas le seul à avoir fait ce constat. Il vit une demi-douzaine de détenus sprinter en direction de la statue. D'autres étaient restés immobiles, observant la scène avec appréhension, n'osant visiblement pas s'en approcher.

Les plus courageux étaient désormais arrivés au pied de la figure immobile et tentaient de la grimper, poussant les autres sans vergogne pour prendre la tête de la montée. Terry aperçut une prisonnière, plus petite et plus menue que les autres, passer sans être vue par ses adversaires. Elle parvint à se hisser au sommet de la statue. Elle tendit la main pour attraper la baguette. Au même moment, la statue s'anima. Sa main saisit l'épée à sa taille et l'enfonça profondément dans l'estomac de la prisonnière. Terry ne put retenir son cri d'horreur en voyant les yeux de la femme s'agrandir, injectés de sang, tandis que l'épée l'empalait. Face à ce spectacle, les détenus qui tentaient de monter se jetèrent au sol précipitamment, pour éviter le même sort.

« Nous allons tous mourir. » sanglota une voix terrifiée, non loin de lui. « Je ne veux pas mourir… »

La foule dans les gradins s'était fendue en applaudissements excités devant le sort de la prisonnière. Terry secoua la tête, désemparé, se demandant quel cauchemar il était en train de vivre.

Il n'eut pourtant pas le temps de s'apitoyer davantage car les horreurs reprirent, ne leur laissant pas de répit. Il entendit un nouveau tremblement et une cavité béante s'ouvrit soudainement dans le sol. Trois détenus, serrés les uns à côté des autres, chutèrent à l'intérieur. Leurs cris retentirent pendant de longues secondes avant de s'interrompre brusquement.

Terry esquissa un pas en arrière, alarmé. Une cavité apparut à seulement cinq centimètres de ses pieds, emportant deux prisonniers malchanceux au passage. S'il n'avait pas reculé, il serait tombé à l'intérieur, réalisa-t-il avec horreur, tandis que l'angoisse lui nouait l'estomac. Il se pencha pour regarder à l'intérieur et vit qu'ils étaient tombés dans un trou béant de plus de trente mètres. A cette distance, ils étaient morts sur le coup, les os brisés par le poids de la chute.

Terry cessa de bouger, le corps tremblant, restant au bord de la cavité. Six autres cavités s'ouvrirent à travers le stade, emportant des dizaines de prisonniers dans leurs tréfonds obscurs. Comme lui, certains prisonniers s'étaient rapprochés de l'extrémité des cavités, ce qui semblait être la technique à adopter. Il ne restait plus qu'une vingtaine de détenus, sur la centaine du début. Les trous béants se couvrirent à nouveau, sonnant la fin de ce nouveau round. La voix du commentateur dans les gradins s'éleva à nouveau.

« Chers spectateurs c'est l'heure de notre entracte, nous reprendrons la compétition dans dix minutes ! En attendant, je vous invite à prendre un échantillon de la nouvelle collection des fioles 1K Sable, offertes par notre sponsor, La Potion Vite Faite. Grâce à sa méthode de fabrication novatrice, faite à partir de sable de rivière et de verre trempé, vos potions garderont leur qualité originelle trois fois plus longtemps que dans les fioles ordinaires. De plus, avec sa construction ultra résistante et étanche, le cassage ne sera plus qu'un lointain souvenir ! N'hésitez pas à participer à notre tirage au sort pour la modique somme de deux gallions. Si vous découvrez correctement le numéro du gagnant de la compétition, vous pourrez gagner plus d'un an de fioles 1K Sable. Nos agents passent actuellement dans les gradins pour prendre les participations.» annonça Verpey d'une voix enjouée.

Ses paroles ressemblaient à l'un de ces spots publicitaires qu'on entendait à longueur de journée à la radio. Aussitôt, les spectateurs détournèrent leur attention de l'arène et s'empressèrent de héler les employés du stade pour commander des snacks et des boissons, ou pour demander un bon de participation au tirage au sort.

Terry, lui, était figé sur place. Comment ces gens pouvaient-ils se comporter de cette manière ? Ils agissaient comme s'ils assistaient à un match de Quidditch. Comment pouvaient-ils regarder de manière si détachée un spectacle aussi immoral et cruel ? Son indignation faiblit rapidement lorsqu'il réalisa que lui et les autres détenus étaient considérés comme des ennemis du régime et que ces gens n'éprouvaient aucune pitié à leur égard. Ils allaient tous mourir dans d'horribles conditions, dans l'unique but de divertir cette foule démente. Tous sauf une seule personne.

Terry jeta un regard autour de lui, observant les rescapés avec appréhension. Il remarqua immédiatement le changement dans l'atmosphère. Certains s'observaient désormais avec méfiance, comme s'ils complotaient sur la meilleure façon de se débarrasser des autres.

Le malaise de Terry s'accrut. Il était terrifié mais il devait rester sur ses gardes. La perspective d'une mort prochaine le terrifiait. Sa vie avait pris un tournant choquant, et il ne parvenait toujours pas à accepter cette nouvelle réalité. Il avait tout perdu et pourtant, quelque chose le forçait à ne pas abandonner aussi facilement. Plus que jamais, Terry était hanté par les choix qu'il avait pris tout au long de sa vie. Les choses auraient-elles tourné différemment, si ses choix avaient été différents ?

Un sifflement strident retentit dans le stade, le sortant de ses pensées. Terry comprit que l'entracte arrivait à sa fin. Les hostilités étaient sur le point de reprendre. Il vit trois plateformes se matérialiser au centre du stade. Cette fois, personne n'esquissa un seul geste pour s'en approcher, craignant tous d'être jetés dans une cavité ou attaqués d'une quelconque manière.

L'une des portes de l'arène s'ouvrit. Une créature gigantesque apparut dans l'encadrement. Elle ressemblait à un croisement entre un lion et un léopard, avec un pelage gris et une crinière aux poils pointus et acérés. Il grogna dangereusement avant d'ouvrir sa large gueule, montrant une rangée de crocs impressionnants. Un nundu, reconnut Terry avec effroi. Il avait entendu parler de ces créatures rares mais féroces.

Sans crier gare, l'animal bondit sur le prisonnier le plus proche et planta ses crocs puissants dans sa nuque, avant de s'acharner sur son torse, déchiquetant sa peau en lambeaux.

Les cris de la victime glacèrent le sang de Terry. Il se mit à courir à toute allure vers la plateforme la plus éloignée et se jeta dessus. D'autres l'imitèrent, grimpant sur les plateformes attenantes. La plateforme sur laquelle il venait de sauter se hissa dans les airs et Terry se positionna à genoux, pour ne pas perdre l'équilibre. Il constata qu'il n'était pas seul sur la surface métallique. Xenophilius Lovegood, dont une partie du visage était maculé de sang et de suie, était grimpé à ses côtés. Ils échangèrent un signe de la tête. La plateforme du centre s'était également élevée à deux mètres du sol, mais resta un mètre plus bas que celle de Terry et Xenophilius.

« C'est le poids qui compte ! » lui hurla soudainement ce dernier.

Terry se tourna vers lui, sans comprendre.

« Plus la plateforme est légère, plus elle montera en l'air. » expliqua l'homme en pointant son doigt sur la troisième plateforme, où plus de sept détenus étaient agglutinés, et qui n'avait pas quitté le sol.

Un détenu grimpa sur la plateforme de Terry. Elle resta toutefois en l'air, ne portant que trois personnes. Les autres semblèrent comprendre peu à peu le fonctionnement. En apercevant le nundu s'approcher de la plateforme restée au sol, deux détenus tentèrent de grimper sur la deuxième plateforme, déjà occupée par quatre détenus. Les occupants de cette dernière les repoussèrent violemment, pour les empêcher de monter. L'un d'eux tomba sur le sol, et le nundu se jeta directement sur lui. Une fois que la créature eut terminé avec sa nouvelle victime, il ne restait plus qu'un visage défiguré par les griffes puissantes de l'animal.

Deux autres prisonniers sur la plateforme restée au sol s'élancèrent vers le côté opposé du stade, cherchant désespérément une échappatoire. Il n'en existait pourtant aucune, et tour à tour, ils furent pourchassés par le nundu dont la soif de sang était insatiable.

« Laissez-moi monter, bande d'enflures ! » s'exclama un détenu d'une voix désespérée, sur la troisième plateforme, attrapant le rebord de la plateforme du centre pour s'y hisser.

« Tu rêves ! » s'exclama un homme chauve avant de lui écraser brutalement les mains. « Dégage de là, fils de détraqueur. »

L'homme retomba sur le dos et fut attaqué par le nundu qui le tira dans sa direction, l'ôtant de la plateforme, sous les applaudissements et les cris hilares des spectateurs. Le prisonnier qui l'avait poussé esquissa un rictus satisfait et il poussa un cri de victoire, le poing en l'air. Son cri de plaisir se transforma en panique lorsque sa plateforme commença soudainement à redescendre, tandis que la première plateforme remontait.

« Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? » hurla-t-il en jetant des regards autour de lui, indigné.

« L'un de vous doit sauter sur la première plateforme ! » hurla Xenophilius.

« Quoi ? »

« Faites ce qu'il dit sinon vous allez mourir ! » hurla Terry.

L'un d'eux s'exécuta. Au même moment, toutes les plateformes se déplacèrent, se retrouvant à la même hauteur, à un peu plus de deux mètres du sol. Cela était suffisant pour être hors de portée du nundu qui s'était couché sur le sol et baillait désormais paresseusement, les observant de ses yeux perçants, attendant calmement sa prochaine proie.

Il ne restait plus que trois personnes sur chaque plateforme, les plaçant à une égalité parfaite. Ils avaient déjoué le mécanisme, songea Terry avec espoir. S'ils restaient ainsi, la créature ne pourrait pas les atteindre.

Ce fut cependant sans compter le détenu chauve. Sans crier gare, il fonça en direction d'un de ses confrères et le poussa violemment au sol. Ce dernier chuta brutalement et en quelques secondes seulement, il fut attaqué par le nundu.

« Hors de question que je crève ici. Il ne peut en rester qu'un. » dit le détenu chauve, s'attirant les cris enthousiastes de la foule en délire.

Terry sentit la panique grandir en lui en réalisant que sa plateforme descendait en même temps que la première tandis que celle du centre remontait. Il prit son élan et se jeta sur la plateforme du centre.

« Qu'est-ce que tu fous, abruti ? » hurla l'homme chauve. « Tu vas nous faire tuer ! »

L'homme fonça sur lui. Terry se jeta sur le côté avant d'être touché et l'homme tomba dans l'arène. La plateforme remonta immédiatement. L'homme resté dessus adressa un regard plein de reconnaissance à Terry.

La première plateforme, toujours composée de trois personnes poursuivit sa descente et s'arrêta au niveau du sol. Contre toute attente, l'un des trois détenus s'avança vers le bord, la mine déterminée, observant la foule.

« Vos jeux pervers ne nous feront pas abandonner. Vous ne parviendrez pas à nous arrêter. » hurla-t-il en direction des gradins où Bellatrix Lestrange était installée. « La peur nous a quittés depuis longtemps. Et lorsqu'il n'y a plus la peur, nous redevenons libres. Vous pouvez torturer et tuer autant de corps que vous le voulez, mais vous ne parviendrez pas à tuer les âmes et les esprits. LIBERTÉ ET DIGNITÉ ! »

Il avait hurlé cette phrase avant de sauter en direction du nundu qui bondit en avant et l'attrapa au vol. D'un coup sec, l'animal broya une partie de sa nuque, faisant gicler du sang sur les rebords de la plateforme.

Terry avait observé la scène avec horreur et impuissance, le corps tremblant. Les plateformes s'alignèrent à la même hauteur, à deux mètres du sol. La porte dans le mur s'ouvrit de nouveau et un sifflement retentit. Immédiatement, le nundu se redressa et d'un pas nonchalant, s'engouffra par l'ouverture qui se referma derrière lui. Les plateformes descendirent avant de s'évaporer complètement. Les six derniers survivants retrouvèrent pied sur le sol du stade.

Terry entendit le bruit d'un grincement et il leva les yeux en l'air. Il aperçut une gigantesque boule de démolition vriller dans leur direction, à toute allure. Il sauta en avant, pour éviter le projectile géant. Deux des détenus ne virent pas la boule à temps et se firent percuter avec violence, se retrouvant projetés à l'autre bout du stade, en direction des gradins et des spectateurs. Terry vit le champ de protection autour du stade scintiller et les deux détenus furent propulsés vers la paroi translucide. A l'impact, leurs corps se désintégrèrent immédiatement devant les spectateurs dont les hurlements reprirent de plus belle.

La boule de démolition reprit sa terrible avancée. Elle semblait avoir été enchantée et, tel un cognard, changeait de direction à la dernière minute, à une vitesse impressionnante, rendant laborieuse toute tentative d'esquive. Terry et les autres courraient dans tous les sens pour l'éviter. Cette course dura plusieurs minutes qui lui semblèrent être une éternité. Il était épuisé et il avait du mal à courir car ses jambes ne le portaient plus. Deux autres détenues, trop épuisées pour courir davantage, furent trop lentes et se retrouvèrent sur le passage de la boule géante. Elles furent également projetées vers le champ de protection. La boule de démolition s'arrêta subitement et Terry se laissa tomber au sol, exténué, crachant de manière saccadée, le souffle couplé. Tous ses membres étaient douloureux.

Il n'en pouvait plus. Il n'avait plus aucune force. Il se redressa avec difficulté et se rendit compte qu'il ne restait plus que lui et un autre détenu. Il reconnut Xenophilius Lovegood qui était dans le même état pitoyable que le sien. Ses cheveux argentés avaient pris une teinte écarlate. La foule hurlait toujours dans les gradins. Terry mit quelques instants à réaliser qu'ils criaient quelque chose en cœur.

« CORPS À CORPS ! CORPS À CORPS ! CORPS A CORPS ! » répétaient les spectateurs, inlassablement.

Terry sentit son sang se glacer dans ses veines, et il resta paralysé. Xenophilius semblait lui aussi pétrifié d'horreur. Qu'attendaient-ils de leur part ? Ils restèrent tous les deux immobiles pendant de longues minutes, attendant la nouvelle attraction prête à causer leur mort. La foule continuait de crier, sans interruption. Soudainement, Terry vit quelque chose tomber au centre du stade. Il vit des lames scintiller et il eut des sueurs froides lorsque la compréhension le frappa de plein fouet.

Il n'y aurait pas d'autres attractions, de flèches dangereuses ou d'animal féroce. Ils n'étaient plus que deux et la foule s'attendait à ce qu'ils luttent pour prendre le dessus sur l'autre. Pour survivre, l'un devrait battre l'autre. Pour gagner, l'un devrait tuer l'autre.

La panique assaillit Terry tandis qu'il faisait cette réalisation. Son ventre se retourna. Une partie de lui voulait s'effondrer sur le sol. Pourtant, une autre partie lui hurlait de se battre. Sa présence ici était d'une injustice tragique. Il avait perdu sa famille. Il s'était retrouvé prisonnier injustement. Il était innocent. Le destin lui offrait-il une chance ? Après tout, il avait fait tout ce chemin jusqu'ici, avait survécu à ces épreuves sadiques et n'était plus qu'à quelques mètres de la victoire.

De la liberté.

Saisi d'une adrénaline soudaine, Terry se redressa, prenant une longue inspiration. Tous ses membres étaient douloureux mais il ignora sa souffrance. Du sang coulait abondamment de sa tempe à cause de sa chute, au début de la compétition. Il se mit à marcher en direction du centre du stade, où se trouvaient les armes. Xenophilius Lovegood avait fait de même et ils arrivèrent ensemble, observant les deux poignards sur le sol. Leurs regards se croisèrent. Maintenant qu'il se retrouvait face à cet homme, aussi exténué et épouvanté que lui-même, Terry se sentit défaillir.

« Nous n'avons pas à faire ça… » murmura-t-il, articulant difficilement.

« Ils ne nous laisseront pas le choix. » répondit Xenophilius d'une voix tremblante. « Nous devons le faire ou ils nous tueront tous les deux. »

Il se pencha vers l'un des poignards et le saisit d'un geste tremblant. Après un bref moment d'hésitation, Terry ramassa à son tour l'autre poignard, où un serpent était gravé sur le manche.

« Je veux juste revoir ma fille. » se lamenta Xenophilius d'une voix chancelante.

« Je suis innocent. » dit Terry avec désarroi, la mine désespérée. « Je n'ai rien fait. »

Ils avaient tous les deux des raisons valables de survivre. Leurs justifications servaient-elles à quelque chose ? Parviendraient-ils à décider qui était le plus méritant de cette manière ? Non, pensa Terry avec résignation. Pire encore, ce n'était pas ce que les gens autour d'eux attendaient.

Les cris de la foule s'étaient faits plus bruyants, leur hurlant de commencer. Terry aperçut Xenophilius charger brusquement dans sa direction en laissant échapper un cri enragé et déterminé, brandissant son poignard. Terry parvint à l'éviter en plongeant en direction du sol. Immédiatement, Xenophilius se rua vers lui pour une nouvelle attaque. Terry lança son pied avec panique vers l'homme qui chuta également. Cette fois, Terry s'efforça d'ignorer tous ses doutes. Il ne faisait que se défendre, songea-t-il en se jetant sur son adversaire. S'ensuivit une lutte acharnée à même le sol, chacun d'entre eux tentant de faire céder l'autre. Xenophilius mordit violemment le poignet de Terry qui lâcha un hurlement guttural. La morsure était si profonde qu'elle avait traversé sa chair, et du sang s'écoulait abondamment de la lésion.

Terry s'écarta, reculant de quelques mètres, tenant son poignet à l'aide de sa main indemne, grimaçant de douleur. Xenophilius en profita pour charger à nouveau dans sa direction. Terry s'était préparé à l'assaut et il envoya son pied en direction du visage de ce dernier, le frappant brutalement. Xenophilius laissa échapper un gémissement de douleur. Une dent venait de sauter de sa bouche face à la violence du coup, et le sang remplit ses lèvres entrouvertes. Il relâcha son poignard qui tomba à terre. Ce fut l'ouverture dont Terry avait besoin et il se jeta sur l'homme, le plaquant au sol, brandissant son propre poignard, le serrant de toutes ses forces dans sa main ensanglantée, prêt à lui porter le coup final.

Il croisa le regard de l'homme dont l'attitude avait totalement changé. Son adversaire paraissait si impuissant et faible que Terry resta figé, l'observant avec effroi. Xenophilius fondit alors en larmes. Il paraissait plus pathétique que jamais.

« Je voulais juste revoir ma fille… Ma Luna… » sanglota—t-il, épris d'un hoquet violent.

Terry stoppa son geste, l'observant avec horreur, réalisant ce qu'il s'apprêtait à faire. Allait-il vraiment tuer cet homme avec qui il avait passé des heures à partager ses angoisses profondes, dans cette cellule lugubre d'Azkaban ? Pour passer le temps, ils avaient échangé des souvenirs sur leurs vies respectives, faisant part de leurs espoirs de retrouver un jour le monde extérieur.

Ils étaient tous les deux des victimes de ce régime injuste. Leur seule erreur avait été de naître dans une famille impure ou de croire en l'égalité pour tous les sorciers, en dépit de leur statut de sang.

Non, décréta Terry. Il ne laisserait pas ces gens gagner et détruire son intégrité. Il ne voulait pas continuer ce cycle de haine et de violence gratuite. Il ne prendrait pas la même voie qu'Hannah avait empruntée.

Pour la première fois depuis la nouvelle de sa mort, la pensée de sa femme ne lui provoqua pas cette douleur et ce dégoût qu'avait entrainés son acte. Terry réalisa qu'une partie de lui pouvait désormais comprendre ses actes.

Pendant des jours, dans sa captivité, il n'avait pas pu faire son deuil, trop choqué par les atrocités commises par Hannah. Pourtant, lorsqu'il voyait ce dont ces gens étaient capables et le plaisir qu'ils ressentaient en les torturant, il comprenait sa soif de vengeance et son désir de liberté. Même s'il n'acceptait pas la décision d'Hannah et qu'il ne la justifiait pas, Terry la comprenait.

Il abaissa sa main lentement et plaça le poignard dans la main de Xenophilius qui écarquilla les yeux. Il avait cessé de pleurer et observait Terry avec effarement, comme s'il n'en croyait pas ses yeux.

« Je n'ai plus rien à retrouver en restant ici… » murmura Terry avec un sourire sans joie. « Retrouve ta fille. »

Sa famille n'était plus. Il était seul. Au moins, il garderait sa liberté de choix jusqu'à la fin.

« Fais-le. » implora Terry. « Je t'en supplie. »

Il sentit une douleur vive tandis que la lame du poignard lui transperçait la poitrine. Il croisa le regard de Xenophilius, rempli de larmes. Du remord, de la peine mais aussi de la reconnaissance.

« Je… Je suis désolé. » murmura l'homme avec détresse, avant d'enfoncer davantage la lame dans le torse de Terry.

Terry se sentit tomber sur le sol, et ses yeux fixèrent le ciel au-dessus de l'arène. Une tête de mort était apparue dans les nuages, et un serpent sortait de sa bouche ouverte.

La Marque des Ténèbres.

Sa vue était trouble et il ne distinguait plus les silhouettes dans les gradins. Il n'entendait plus rien. Ni les cris de la foule, ni les pleurs de Xenophilius Lovegood, ni sa propre respiration qui le quittait lentement. C'était la fin. Enfin, il aurait la paix. Enfin, il retrouverait sa famille.

Tandis que Terry Boot fermait les yeux, relâchant son ultime souffle, une dernière pensée lui traversa l'esprit.

Le monde était cruel.


Certain.e.s l'avaient prédit - les choses s'annonçaient mal pour Terry et effectivement, ça a été le cas. Les choix d'Hannah ont eu des conséquences graves et c'est Terry qui en a finalement fait les frais.

Leur intrigue est une véritable tragédie - d'autant plus qu'ils ne sauront jamais la vérité au sujet de leur fils. Plus dramatique, tu meurs (c'est trop tôt pour ce genre de remarque, non ? J'arrête... L'humour noir est juste mon mécanisme de défense)

Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Perso, il a été pesant à écrire pour moi. Je vous avoue que ce ne sont pas toujours des scènes très 'fun' à écrire mais le réalisme et l'authenticité sont essentiels pour moi en tant qu'auteure, même si je dois explorer des idées et des psychologies assez dures. Et c'est primordial pour comprendre les retombées de l'attentat à travers les différentes couches du régime. Mais vous avez eu 19 chapitres pour voir dans quel monde les personnages évoluent et si vous êtes encore là, c'est que vous avez quand même les nerfs solides. On n'est malheureusement pas chez les bisounours et la répression n'est pas finie. Quand cette histoire sera terminée, on aura tous besoin de quelques mois de thérapie. Je vais essayer de nous trouver un tarif de groupe.

A part ça, qu'avez-vous pensé du petit aperçu de Poudlard ? Et du personnage de Bellatrix ?

Montage - Je suis limitée en termes de mise en forme sur FFnet contrairement à d'autres sites où je poste et je ne peux pas intégrer d'illustrations. Pour chaque chapitre de cette histoire, sur mon tumblr, vous pouvez retrouver des montages inspirés de chaque chapitre (représentation visuelle des personnages, des lieux, et de l'atmosphère) Un montage est posté par chapitre. Le lien est posté au début de ma page de profil ! Vous en aurez 19 d'un coup :)

Petit teasing : Le prochain chapitre s'intitulera Contrecoup et aura les POVs d'Hermione, Draco, Ginny & les Goules Insoumises.

A très vite,

Fearless