Valeur et vigueur le gang !

Vous étiez nombreuses à participer au courrier des fans de notre vénérée Pansy la magnifique. Je constate qu'elle est bien plus populaire que moi ! Je ne peux pas dire que je sois surprise (juste un peu jalouse mais je vais m'en remettre).

J'espère quand même que Pansy vous a répondu gentiment et qu'elle ne m'a pas fait perdre des lecteurs avec son tact notoire. On ne sait jamais quand elle s'est levée du pied gauche (et puis elle est d'humeur massacrante quand elle n'a eu le temps de boire son verre d'hydromel, le matin)

Donc, Colixiphicus, Jiwalumy, Fleur d'Ange, Lestrange-maria, Chyriam, drou, DI5M & Lucylu (bienvenue parmi nous !) sachez qu'elle vous remercie chaudement et a promis de vous envoyer un exemplaire dédicacé de son nouveau livre.

Quant à moi, je fais une pause rapide en plein milieu de mes cartons et de ma peinture (j'ai mal partout, vous n'imaginez même pas) pour vous poster ce chapitre qui est un chef d'œuvre de cocasserie.

D'ailleurs, c'est le début d'une série de quelques chapitres qui seront uniquement centrés sur nos quatre protagonistes (la météo cet été étant tellement merdique, je vous promets donc de faire monter la température par d'autres moyens pour compenser) Et comme la Résistance a vécu quelques coups durs dans les chapitres précédents, on va donc les laisser se remettre un peu de leurs émotions.

Sinon, vous êtes habituées maintenant, liens vers le montage et la playlist du chapitre sur mon profil !

XXIII. Feu aux Poudres

Lorsque la sonnerie de l'appartement retentit, Ginny était affairée dans la cuisine, occupée à sortir une fournée de petits gâteaux du four. Elle posa le plateau brûlant sur le comptoir de la cuisine et agita sa baguette, faisant léviter les pâtisseries sur un plat vide. Distraite, elle saisit le plat à four brûlant à pleine main avant de le relâcher brutalement, lâchant un petit cri de douleur. Elle jura, et son visage se tordit en une grimace. Elle se rua vers le lavabo et ouvrit le robinet à plein régime, plongeant ses doigts sous l'eau glacée. Le bruit strident de la sonnerie retentit une seconde fois.

« Ginny, tu comptes ouvrir la porte ? » demanda la voix impatiente d'Hermione, à travers la porte de sa chambre close.

« Je m'en charge. » s'écria Ginny avant de refermer le robinet et se presser vers la porte d'entrée.

La nouvelle arrivée était une jeune femme à la peau d'albâtre et aux longs cheveux blonds attachés en une natte décoiffée. Elle portait une tunique marron en laine peignée sous un imperméable bleu cyan qui attirait toute l'attention. De larges boucles d'oreilles en forme de radis accessoirisaient la tenue dépareillée. Ses grands yeux bleus observaient Ginny avec une lueur rêveuse.

« Hey Luna. » salua Ginny avec un sourire un peu forcé qui se transforma en une nouvelle grimace à cause de la douleur dans son doigt.

« Valeur et vigueur, Ginny. Je commençais à craindre que tu te sois fait piquer par un joncheruine des villes. Ils entrent dans les oreilles des gens et leur piqûre réduit considérablement l'ouïe pendant plusieurs jours. » dit Luna d'un ton inquiet.

Après des années d'amitié, Ginny s'était habituée aux croyances diverses et variées de Luna – même celles qui sortaient directement de son imagination débordante. Elles ne cessaient pourtant pas de l'amuser.

« Non, non. Désolée, je viens juste de me brûler. » la rassura Ginny en désignant sa main.

« Laisse-moi regarder. » suggéra Luna d'une voix douce en prenant son poignet d'un geste prudent.

Elle observa la peau de son pouce devenue presque blanche. Sur la partie supérieure, une cloque blanche s'était formée. Luna dégaina sa baguette et murmura un sort. Immédiatement un voile transparent s'enroula autour de la brûlure, tel un pansement, et Ginny sentit une sensation glacée au niveau de son doigt. La douleur s'estompa presque immédiatement.

« Ça devrait te soulager. » affirma Luna avec un sourire.

« Luna, tu es vraiment la meilleure. » déclara Ginny avant de l'étreindre chaleureusement. « Et je suis tellement contente de te voir. »

« Je t'en prie. C'est l'avantage d'avoir une amie Médicomage. » assura Luna avec un clin d'œil, lui rendant son étreinte.

Lorsqu'elle pénétra dans l'appartement étroit, Luna jeta un regard effaré vers la quantité de nourriture placée dans la cuisine.

« Tu t'es vraiment surpassée, Ginny. » commenta-t-elle, impressionnée.

« Oh, ça ? » dit Ginny en désignant la petite table et le comptoir, où s'empilaient des assiettes de gâteaux et de mets en tout genre. « Ce n'est pas grand-chose. »

« Pas grand-chose ? » répéta Luna avec perplexité. On dirait que tu y as passé toute la journée. Tu dois être sacrément préoccupée. »

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » s'étonna Ginny, étonnée.

« Tu fais de la pâtisserie quand tu es stressée. » rappela Luna d'une voix tranquille en haussant les épaules. « Je peux ? »

Elle avait désigné une assiette de gâteaux à la crème posée près du rebord de la table. Ginny hocha la tête, esquissant un sourire embarrassé. Luna la connaissait trop bien. Elle avait effectivement passé sa journée aux fourneaux, déterminée à se changer les idées après une nuit particulièrement mouvementée.

Nuit qu'elle n'avait absolument pas passé à rêver de Draco Malfoy dans des situations inappropriées. Nuit pendant laquelle elle ne s'était certainement pas réveillée en sursaut, le corps frissonnant et la respiration haletante. Nuit pendant laquelle elle ne s'était assurément pas laissée aller à une séance de plaisir solitaire tandis que ses pensées divaguaient vers ses songes récents. Ginny se frotta à l'arrière de la nuque, parcourue d'un vague sentiment d'embarras.

Au moins, sa journée passée aux fourneaux l'avait aidée à se distraire. Aussi loin qu'elle s'en souvienne, la pâtisserie avait toujours été un moyen de diffuser son stress. C'était sa mère, Molly Weasley, qui l'y avait initiée. Même si ses souvenirs la concernant étaient lointains et parfois confus, Ginny se rappelait clairement que sa mère était une cuisinière hors-pair. Molly avait pris l'habitude d'inviter Ginny à participer, la chargeant de lui apporter des ingrédients ou de mélanger la préparation.

Elle chérissait jalousement ces souvenirs, les plus vivants qu'elle gardait de sa mère depuis sa disparition. Elle avait l'impression d'être proche de sa mère, même si c'était de manière éphémère.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda Luna en mordant avidement dans le petit gâteau.

« Rien. Je commence un nouveau travail la semaine prochaine. J'imagine que c'est le stress. » prétendit Ginny, prenant un ton désinvolte. « Mais ce n'est pas le plus important. Comment les choses se passent-elles avec ton père ? »

« C'est plutôt bien parti. Son Mage de loi est persuadé qu'il pourra être libéré avant la fin de l'année. » révéla Luna.

Les yeux de Ginny s'agrandirent de stupéfaction et un sourire se fendit sur son visage. Le gouvernement avait accordé un Pardon exceptionnel à Xenophilius Lovegood, à l'issue d'une compétition tragique et perverse, organisée pendant le Jour de la Victoire.

Luna n'était pas allée dans les détails, qui selon les rumeurs, étaient particulièrement violents et sanglants. Selon Luna, son père était profondément traumatisé par ce qu'il avait traversé et il était urgent qu'il quitte Azkaban au plus vite.

Encore une fois, la perversion du régime était allée trop loin dans sa mission de détruire par tous les moyens – physiques et psychiques – des individus de rang inférieur.

Ginny s'était longuement interrogée sur ses propres actes si elle avait été confrontée à une situation similaire. Elle avait dû admettre qu'elle aurait probablement tout fait pour sauver sa famille. Elle ne pouvait pas juger cet homme qui ne désirait que retrouver ses proches après avoir passé tant d'années dans des conditions aussi atroces.

Il était effrayant de constater à quel point ils s'étaient résignés à l'horreur du régime et l'acceptaient désormais, la considérant comme un passage obligé. Cela faisait partie intégrante de leur existence et personne n'osait la remettre en cause.

Ginny avait été surprise d'entendre que le Coven comptait sérieusement libérer le père de Luna. Pour se faire, on avait toutefois réclamé que la Grâce ministérielle soit officialisée auprès du D.U.P.E, par le biais d'un Mage de loi. Tous les proches de Luna, y compris ses collègues de rang inférieur à Sainte Mangouste et ses anciens camarades d'école avaient participé à une cagnotte pour l'aider à rassembler la somme nécessaire au paiement des honoraires du Mage de loi. Ginny lui avait reversé la moitié de ses économies restantes, amassées après son travail au cabinet de Cressida Warrington.

« Oh Luna… C'est une excellente nouvelle ! » s'écria-t-elle avec plaisir.

Luna hocha la tête, sans rien dire. Elle paraissait harassée.

« Pourtant, tu n'as pas l'air très heureuse. » fit remarquer Ginny d'une voix prudente.

« J'attends de voir ce qu'il va se passer. Qui sait ce qu'ils pourraient inventer à la dernière minute pour ne pas le libérer. Je ne veux pas me faire trop d'espoirs et être déçue. » admit Luna, une lueur de tracas dans ses grands yeux bleus.

Ginny posa une main rassurante sur celle de son amie. Luna lui répondit par un sourire reconnaissant.

« Bonsoir, Luna. » salua Hermione, qui venait de faire irruption dans le séjour.

Elle jeta un regard stupéfait à la quantité massive de nourriture placée dans la cuisine.

« Tu as invité tout notre immeuble ? » demanda-t-elle à Ginny. « Comment comptes-tu tous les faire entrer dans l'appartement ? »

« Ne dis pas de bêtises, Hermione. Ce soir, ce sera juste une soirée entre filles comme nous n'en avons pas eu depuis longtemps. » lança Ginny d'une voix espiègle.

Elle se dirigea vers le garde-manger pour en extirper une bouteille qu'elle brandit fièrement devant ses amies - du whisky-pur-feu.

« J'espère que vous avez soif. » dit-elle avec excitation, posant la bouteille sur la table, entre une assiette de quiches au fromage et de feuilletés à la viande hachée.

Hermione jeta un regard incertain vers la bouteille.

« Tu te souviens de l'état dans lequel tu as terminé, la dernière fois que tu as touché cette bouteille, Ginny ? » rappela Hermione d'une voix sérieuse.

Comme toutes les liqueurs bas de gamme, les effets étaient souvent imprévisibles.

« Détends-toi un peu, Hermignonne. Et puis tu vas me remercier d'avoir de l'alcool quand tu sauras de quoi on va parler ce soir. » assura Ginny, un sourire mystérieux au coin des lèvres.

Elle s'empara de trois verres dans lesquels elle ajouta des glaçons avant de verser une petite quantité de whisky à l'intérieur. Elle les plaça devant ses amies.

« Comment ça ? » demanda Hermione avec perplexité, observant Luna et Ginny tour à tour, visiblement alertée.

« Tu sais que Luna travaille au Service des virus et microbes magiques, à Sainte Mangouste, n'est-ce pas ? Mais tu ignores sûrement sa spécialité. » dit Ginny, une lueur malicieuse dans ses yeux noisette. « Vas-y Luna, je te laisse nous faire les honneurs. »

Hermione jeta un regard décontenancé à Luna.

« Tu as déjà entendu parler des IST, Hermione ? » demanda Luna d'une voix rêveuse.

Hermione afficha une mine désemparée, visiblement prise au dépourvu par la question. Ginny s'empressa de lever une main en l'air, comme une élève désireuse d'être interrogée par son professeur.

« Moi ! Je sais ! » s'exclama Ginny.

« Oui, Ginny ? » déclara Luna.

« Impuretés sérieusement traumatiques ? » suggéra Ginny, prenant un air sérieux qui ne trompait personne.

« Pas tout à fait. »

« Oh non, je sais ! » s'exclama Ginny. « Immondices sacrément tourmentantes ? »

« Essaie encore. »

« Individus sans tabous ? Ou peut-être Institut des sciences testiculaires ? » poursuivit Ginny avec un air de concentration qui sonnait affreusement faux. « Inconvénients salaces et terribles ? »

« Wow Ginny, tu es plutôt bonne à ce jeu. » congratula Luna, mi-amusée, mi-impressionnée.

« Que veux-tu… Je suis une spécialiste du verbe. J'étais même poète dans une vie antérieure. » se vanta Ginny, satisfaite.

« Plus sérieusement… » reprit Luna en se tournant vers Hermione. « Ça signifie Infections sexuellement transmissibles. »

« Je suis vierge, pas idiote, vous savez. » rappelle Hermione avec sarcasme.

Luna déplaça quelques assiettes garnies de nourriture pour faire de la place sur la table. Elle saisit son sac et commença à en extirper des objets en tout genre – un énorme grimoire avec un serpent qui s'enroulait autour d'une baguette sur la couverture, des fioles de potions, et des accessoires qu'Hermione n'avait jamais vu. Le dernier objet qu'elle posa sur la table en position verticale fut un instrument compact en caoutchouc de forme phallique.

« Oh mon dieu. » commenta Hermione en ouvrant la bouche d'un air horrifié. « Qu'est-ce que c'est que ça ? »

« C'est un pénis, Hermione. » répondit Ginny sur le ton de l'évidence, un rictus moqueur aux lèvres.

« Je sais que c'est un pénis. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi il est si… immense. » souffla Hermione, interloquée.

« C'est juste un modèle qu'on utilise à l'hôpital pour faire des démonstrations. » expliqua Luna de son éternel ton tranquille, jouant distraitement avec l'extrémité de l'instrument.

« J'imagine que Luna a vu passer beaucoup de tailles dans son travail. » intervint Ginny avec un sourire infernal.

« Ce modèle est clairement plus large que la moyenne, mais ça permet de mieux voir lorsqu'on donne des explications. » informa joyeusement Luna.

« Je peux te garantir que ça ne passera pas. » dit Hermione en fixant l'objet de Luna avec nervosité, provoquant le rire étouffé de Ginny.

« Tu serais surprise de ce qui peut passer avec un peu d'alcool et beaucoup d'excitation, Hermignonne. » assura-t-elle.

« Ginny n'a pas tort, je dois l'admettre. » commenta Luna d'une voix placide.

Hermione lui envoya un regard confus.

« Je croyais que tu ne sortais qu'avec des femmes. » dit-elle lentement, visiblement décontenancée.

« Oh, je n'ai jamais dit que c'était attaché à un homme. » répondit Luna avec un calme olympien, ce qui redoubla le fou rire de Ginny.

« Donne-moi cette bouteille. » ordonna Hermione à l'attention de Ginny.

Cette dernière, hilare, lui tendit la bouteille de whisky-pur-feu. Hermione versa une dose supplémentaire dans son verre et la vida d'une traite, avec une grimace d'inconfort.

« Je n'arrive pas à croire que je vous laisse m'entraîner là-dedans. J'aurais dû prendre un grimoire sur le sujet. » se plaignit Hermione, en secouant la tête de désespoir.

Malgré tout, Hermione sembla plus concentrée que jamais lorsque Luna entama une explication approfondie et détaillée sur les différents moyens de contraception pour éviter des infections ou des grossesses involontaires ainsi que leur degré d'efficacité. Elle lui enseigna des enchantements tels que le sort d'encapsulage ou le sortilège voilant, lui parla des différentes potions contraceptives, et lui présenta même les méthodes de stérilisation plus invasives mais plus durables, comme le cylindre urétral, le tatouage transdermique, réalisé à partir d'une encre spéciale ou encore l'œuf de serpencendre, qui était gelé avant l'insertion dans l'utérus, faisant croire au corps féminin qu'il portait déjà un enfant – interrompant ainsi le processus d'ovulation. Cette dernière méthode était déconseillée aux femmes qui désiraient encore enfanter à l'avenir et entraînait de nombreux effets secondaires comme les bouffées de chaleur extrêmes et des sautes d'humeur fréquentes.

Hermione écouta les explications de Luna avec sérieux, posant des questions de temps à autre. Son visage prit toutefois une expression écœurée lorsque Luna ouvrit son énorme grimoire pour leur montrer les conséquences de certaines maladies.

« Voilà ce qui peut arriver quand vous ne sortez pas couvertes. » annonça Luna avec gravité. « Les infections les plus courantes sont la clamybille et la dragoncelle génitale. La clamybille se transmet très facilement mais se soigne de façon relativement simple. La dragoncelle génitale en revanche est une autre histoire. » dit-elle avant de poser un doigt sur un dessin du grimoire. « Ce que vous voyez ici sont des kystes épithéliaux bénins dans le derme superficiel qui… »

« On peut avoir une traduction en anglais, Luna ? » demanda Ginny.

« Oh, désolée. Appelons ça des boutons, dans ce cas. Au premier stade de l'infection, et en dehors des crises, la peau est enflammée et les boutons démangent mais rien de trop extrême. Au deuxième stade, pendant les crises d'éruption, les boutons deviennent des verrues. Elles ressemblent à des perles d'huitres et luisent même dans le noir. Elles sont extrêmement douloureuses, et quand elles explosent, elles éjectent du pus. L'odeur est particulièrement écœurante, d'ailleurs. »

« Je crois que j'en ai assez entendu. » affirma Hermione en reposant le feuilleté qu'elle venait de porter à sa bouche, l'air nauséeux.

Luna ferma son grimoire, l'air un peu déçue. Elle avait été particulièrement heureuse de partager son savoir sur son domaine d'expertise. Elle semblait passionnée par le sujet.

« Je t'ai apporté des kits de tests. Tu peux l'utiliser avec ton partenaire, ça permet de tester la présence de la plupart des infections. Les résultats apparaissent en deux heures. Et si tu veux, je peux te faire une ordonnance pour une potion contraceptive. » indiqua Luna. « Tu as encore des questions ? »

« Non, c'était vraiment très clair et explicite. Merci beaucoup, Luna. » assura Hermione avec reconnaissance.

Elle envoya un regard blasé à Ginny qui n'avait pas cessé de rire depuis le début de la conversation. Cette dernière essuya les larmes qui coulaient au coin de ses yeux.

« Ça faisait longtemps que je n'avais pas ri autant. » révéla-t-elle avec un soupir. « Ça fait du bien. On devrait faire ça plus souvent. »

Le lendemain, Ginny se réveilla particulièrement tôt pour un dimanche. Après sa douche, elle observa sa commode pendant de longues minutes, contemplative. Elle opta finalement pour une tenue que Pansy lui avait achetée lors de sa quarantaine forcée chez elle. Ces vêtements étaient bien plus sophistiqués que ceux qui remplissaient sa vieille armoire et elle n'aurait jamais eu l'argent – ni l'audace – de se les offrir elle-même.

La tenue était une robe-pull en col pinchard qui complimentait joliment sa silhouette, portée avec des collants opaques et épais et accompagnée de sa paire de bottines militaires favorites. Ginny laissa ses longs cheveux cascader librement sur ses épaules et appliqua un maquillage discret pour rafraîchir son teint, qui trahissait la soirée arrosée de la veille. Lorsqu'elle décréta que son apparence était suffisamment acceptable, elle quitta la pièce et se dirigea vers la chambre d'Hermione. Elle tapa doucement contre la porte. Seul un gémissement étouffé lui parvint à travers le vieux bois. Elle ouvrit la porte.

« Tu survis, Hermione ? » demanda Ginny d'une voix douce.

Pour toute réponse, Hermione émit un gémissement bougon et Ginny esquissa un sourire. Hermione n'avait pas lésiné sur les doses de whisky-pur-feu, probablement pour pallier sa gêne durant la discussion explicite de la veille.

« Il reste un fond de potion revigorante dans le placard de la salle de bain, si tu veux. » prévint Ginny avant de refermer la porte soigneusement. « On se voit ce soir. »

Une demi-heure plus tard, Ginny se retrouva à l'Augurey Magistral. Cette fois, toutefois, on ne la conduisit pas dans le salon privé auquel elle était habituée mais à un étage supérieur, dans une zone réservée aux employés. Elle fut surprise de pénétrer dans un large bureau luxuriant, où une table imposante en bois de cerisier dominait la pièce. Draco Malfoy l'y attendait.

« Prêt à passer une journée entière dans la peau d'un Sang-Impur ? » dit Ginny d'un ton innocent, s'efforçant de dissimuler son sourire satisfait.

Draco leva les yeux au plafond en guise de réponse. Il n'avait pas l'air enchanté à l'idée. Ginny, elle, s'en délectait.

« Nous devons faire quelque chose au sujet de ton apparence, d'abord. » décréta-t-elle en l'observant d'un air critique. « J'aimerais qu'on t'évite d'être reconnu. Je ne veux pas me faire envoyer à Azkaban parce qu'ils pensent que j'ai kidnappé un héritier des Treize. »

Après plusieurs sorts d'altération d'apparence, Ginny recula, l'air approbateur. Les cheveux de Draco avaient pris plusieurs centimètres et leur blond était plus foncé. La forme de sa mâchoire et de son nez était un peu différente, changeant ses traits.

« Je crois que c'est suffisant. » dit-elle en l'observant avec insistance.

Ces sorts étaient toutefois temporaires et ils devraient renouveler l'opération régulièrement pendant la journée. Même avec des cheveux plus longs, désormais attachés dans un chignon masculin qui lui donnait un air plus rebelle, Ginny dut admettre qu'il était particulièrement séduisant. Elle se donna une claque mentale.

« Il faut aussi faire quelque chose avec tes vêtements. » poursuivit-elle.

Comme d'habitude, il était impeccablement habillé, avec sa chemise blanche ajustée, son pantalon en flanelle aux poches passepoilées et ses chaussures lustrées d'un cuir probablement hors de prix. Il respirait l'argent.

« Là où nous allons, tu vas te faire dépouiller si tu parais trop riche. Ils peuvent reconnaître les Sang-Purs précieux à des kilomètres. » dit-elle.

« Ce n'est pas ce qui était prévu. » rappela—t-il d'une voix traînante, visiblement irrité.

« Tu n'as pas le choix. C'est moi qui décide. J'ai gagné ce gage. » rappela-t-elle avec lassitude.

La journée allait être extrêmement longue s'il passait son temps à contester chacun de ses choix.

« Peu importe. » capitula-t-il avant de retirer sa cape. « Je crois que nous avons des choses dans la réserve d'objets oubliés. »

Il fut de retour dix minutes plus tard, avec une cape bien plus simple et moins tape à l'œil. Le changement n'était toutefois pas drastique. Elle réalisa que le problème ne venait pas de ses vêtements mais de son attitude. Avec sa posture fière, sa démarche assurée et son port de tête noble, il ne pourrait jamais être pris pour un individu modeste.

« Ça suffira. » concéda Ginny. « Tu penses qu'on pourra sortir sans que ton escorte ne le remarque ? »

« Pas par les sorties normales. » répondit Draco. « Mais il ne sera pas nécessaire de les utiliser. »

Il désigna une cheminée imposante dressée dans le mur opposé du bureau. L'avantage d'être un membre des Treize, songea-t-elle avant de le suivre près de la cheminée.

« Prêt ? » lui demanda-t-elle d'un ton enjoué tandis qu'elle s'engouffrait à ses côtés dans l'âtre de la cheminée.

« Je n'ai pas vraiment le choix. » répliqua-t-il avant de lâcher la poudre de cheminette.

Lorsqu'ils arrivèrent sur la place principale du Chemin de Traverse, Draco observa la foule qui grouillait dans les rues marchandes d'un air impérieux.

« On commence la journée par un merveilleux petit déjeuner dans un de mes cafés préférés. » annonça Ginny avec excitation avant de l'entraîner dans une allée.

L'endroit dans lequel ils s'arrêtèrent ne payait pas de mine. L'aspect était même miteux, avec sa pancarte branlante qui menaçait de s'écraser et les lettres du magasin sur la vitrine qu'on voyait à peine. A l'intérieur, l'aménagement était des plus basiques avec son mobilier simple et sans fioritures. Même la décoration était presque inexistante.

« Tu peux arrêter de faire cette tête ? » demanda-t-elle tandis qu'ils s'installaient à une table non loin de la fenêtre.

« Quelle tête ? » interrogea Draco, perplexe devant sa question.

« Comme si je t'avais emmené dans le pire endroit du monde. » dit-elle d'un ton entendu.

« Tu vas vraiment me dire que tu acceptes de manger dans un endroit aussi lamentable ? » interrogea-t-il avec un tressaillement dégouté. « Et honnêtement, quand je vois l'apparence des employés, je n'ose pas manger quelque chose qu'ils ont touché avec leurs mains. »

Ginny leva les yeux au plafond. Merlin qu'il était irritant. Elle n'allait toutefois pas le laisser lui transmettre sa négativité. Elle n'entrerait pas dans son jeu.

« Tant pis pour toi. Tu ne sais pas ce que tu rates. » dit-elle avec ironie. « Je comprends maintenant mieux pourquoi toi et Pansy êtes meilleurs amis. Deux princesses capricieuses. »

Son commentaire ne sembla pas lui plaire.

« Tu vas trop loin, Ginevra. » prévint-il, outré devant la mine goguenarde de la jeune femme.

« C'est ton choix, mais on ne mangera pas avant la fin de la journée alors je te conseille d'avaler quelque chose d'ici-là » dit-elle, bien décidée à ne pas adhérer à ses caprices. « Et puis, leurs pancakes sont d'un autre monde. »

Lorsqu'une employée posa une assiette remplie de pancakes épais et aériens, dégoulinants de sirop d'érable et de beurre devant Ginny, cette dernière ne manqua pas l'air curieux que Draco afficha. L'odeur qui émanait du plat était délicieuse.

« Une œuvre d'art. » déclara Ginny en saisissant ses couverts pour piquer dans son assiette. « Tu es certain que tu n'en veux pas ? »

Il secoua la tête et Ginny attaqua son plat, fermant les yeux tandis qu'elle avalait la première bouchée, laissant échapper un soupir de plaisir. Elle n'exagérait pas, ces pancakes étaient tout simplement exquis, probablement les meilleurs du quartier. Elle ignora délibérément Draco, sachant pertinemment que son regard était rivé sur elle. Quelques instants plus tard, elle sourit en coin lorsqu'elle entendit des bruits de couverts.

« Juste une bouchée. » dit Draco, d'un ton dramatique, comme s'il était forcé.

Cette fois, la jeune femme esquissa un vrai sourire et repoussa l'assiette de pancakes dans sa direction, avant d'héler la serveuse pour commander une seconde portion.

Lorsque Draco porta un morceau de pancakes à sa bouche, il n'afficha pas d'émotion particulière, si bien qu'elle ne put deviner s'il appréciait le plat. Pourtant, lorsqu'elle constata la vitesse à laquelle il enfourna les bouchées suivantes, la réponse lui parut évidente.

« Ce n'était pas si mauvais, n'est-ce pas ? » demanda Ginny, mutine, lorsqu'ils eurent terminé.

« J'ai connu mieux. » affirma-t-il, entêté.

« A ton échelle, j'imagine que c'est un compliment. » rétorqua la jeune femme en observant son assiette vide d'un air entendu.

Elle héla la serveuse.

« Peut-on avoir l'addition, s'il-vous-plaît ? » demanda-t-elle.

La serveuse débarrassa les plats et déposa sur la table un morceau de parchemin écorché où on avait gribouillé les prix des articles commandés. Ginny fourra la main dans le petit sac noir qu'elle portait, à la recherche de son porte-monnaie.

« Que fais-tu ? » demanda Draco en l'observant comme si elle avait perdu la tête.

« Je paye ? » tenta-t-elle d'un ton hésitant, décontenancée par sa réaction, se demandant si elle avait fait quelque chose de mal.

« Ne dis pas de bêtises. » répliqua-t-il, comme si elle avait prononcé des paroles particulièrement offensantes.

Il posa des pièces luisantes sur la table.

« Je sais que les hommes n'ont probablement aucune éducation dans votre milieu mais tu ne vas pas me dire qu'ils laissent une femme payer ? » dit-il, avec une once de dégoût dans la voix.

Ginny haussa les épaules, replaçant sa bourse modeste dans son sac.

« Puisque tu insistes tellement. Grand bien t'en fasse. » dit-elle en haussant les épaules. « Allons-y. Nous avons un programme chargé en perspective. »

Lorsqu'ils quittèrent le pub, prenant la direction d'une allée plus calme du quartier, Draco l'interrogea :

« Où as-tu prévu de m'emmener ? »

« C'est un secret. » assura Ginny, d'une voix mystérieuse.

Malgré son roulement des yeux, elle décela de la curiosité sur son visage. Ginny emprunta une nouvelle bifurcation, rejoignant la foule plus dense de l'avenue principale.

« Comment les choses se passent avec Pansy, d'ailleurs ? » interrogea Draco.

« A vrai dire, je ne commence que demain. Enfin officiellement. » ajouta Ginny.

« Tant que tu retires le mot ''Non'' de ton vocabulaire, les choses devraient bien se passer. » affirma Draco avec raillerie. « Je ne crois même pas qu'elle connaisse la signification de ce terme. Personne ne lui refuse jamais rien. »

« Étant donné le salaire qu'elle compte me donner, je suis prête à dire Oui à absolument toutes ces demandes. » assura Ginny, causant un sourire bref sur le visage de Draco.

« Je dois admettre que je suis surpris que tu t'entendes bien avec elle. » lança Draco, l'air pensif. « Vous n'avez pas l'air d'avoir beaucoup de choses en communs. »

« Je te trouve bien présomptueux, à penser que tu connais ma personnalité. » déclara Ginny tandis qu'elle s'arrêtait devant un pilier où les lettres MB luisaient sur une pancarte en lévitation.

« J'en sais bien plus que tu ne le penses, Ginevra. » affirma-t-il d'une voix détachée.

Alors qu'elle s'apprêtait à le questionner sur cette réponse cryptique, le son d'un klaxon tonitruant retentit, forçant les passants à proximité à se boucher les oreilles à cause du bruit assourdissant. Au loin, on aperçut un gigantesque bus violet à double impériale. Draco ouvrit la bouche, visiblement interdit devant le véhicule imposant qui freina brusquement, s'arrêtant devant la pancarte faisant office d'arrêt.

« Tu ne crois tout de même pas que je vais monter là-dedans ? » questionna Draco, lui adressant un regard offusqué.

« Nous n'avons pas le choix. » répondit Ginny, s'empêchant de rire devant sa mine scandalisée. « C'est le seul moyen de nous rendre à la destination. »

« On aurait pu utiliser ma diligence. » répliqua-t-il.

« Hors de question. Là où nous allons, ils peuvent sentir à des kilomètres à la ronde d'où tu viens. Pas la peine de leur donner une preuve aussi flagrante. » répondit Ginny sur le ton de l'évidence. « On ne peut pas faire plus populaire que le Magicobus. C'est un bon moyen de se fondre dans la masse et de se déplacer comme le commun des mortels. »

Il s'agissait évidemment d'un mensonge de sa part. Il était rare qu'elle prenne le Magicobus, préférant se déplacer en cheminées publiques, un moyen de transport bien plus rapide. Le Magicobus avait mauvaise réputation et était généralement fréquenté par des sorciers douteux à cause des endroits qu'il desservait. Elle avait toutefois décidé d'y emmener Draco juste pour se délecter de sa réaction.

Lorsqu'ils grimpèrent dans l'énorme véhicule, Draco jeta un regard dégoûté à l'intérieur. Des sièges dépareillés et défoncés s'entassaient un peu partout. Les vitres étaient sales et recouvertes d'une substance non identifiée si épaisse qu'on ne voyait plus à travers. Le chauffeur, un homme chauve au visage recouvert de suie les héla :

« Bienvenue dans le Magicobus. A vot' service, m'sieur et m'dame. Trois mornilles pour le ticket. »

Draco jeta une poignée de pièces sur le comptoir du chauffeur et n'esquissa pas un geste pour récupérer les billets lorsque ce dernier les tendit, observant sa main crasseuse avec un profond dégoût. Ginny s'empara des billets et poussa Draco dans le dos, le forçant à avancer parmi les occupants du bus. Ils s'installèrent au fond, dans un coin moins fréquenté.

« En réalité, ça ressemble à une diligence extra large non ? » demanda-t-elle d'un air joyeux.

Son air sceptique la fit pouffer.

« Tu devrais attraper quelque chose. » recommanda-t-elle en lui montrant une sangle au-dessus de leurs têtes.

Draco observa le bout de cuir avec aversion.

« Hors de question que je touche à quoi que ce soit dans cet endroit. » affirma-t-il.

Elle se contenta de sourire de manière cryptique, et attrapa fermement la sangle au-dessus d'elle, attendant patiemment le départ du bus. Soudainement, ce dernier accéléra à toute vitesse. Le démarrage fut tellement brutal que des sièges partirent vers l'avant. Draco fut également propulsé en avant et il chuta au sol face à la violence du démarrage. Il se rattrapa sur une barre en fer, tandis que les regards moqueurs des passagers du bus se dirigeaient vers lui.

Lorsqu'il se releva, Ginny vit apparaître sur son visage une teinte qu'elle n'avait encore jamais vu chez lui. Il semblait partagé entre la fureur et l'humiliation.

« Ne dis pas que je ne t'avais pas prévenu, Draco. » lança Ginny d'un air entendu, se mordant la lèvre pour ne pas éclater d'un rire ouvertement moqueur.

Cette fois, Draco attrapa la sangle au-dessus de lui et pendant le reste du trajet, Ginny l'entendit murmurer des paroles dans sa barbe, visiblement contrarié. Ils descendirent au terminus du bus, arrivant dans un vaste champ, où des chapiteaux gigantesques d'un vert sombre couvraient des centaines de stands sur près de deux kilomètres. Des sorciers se pressaient dans les allées, où l'on entendait des vendeurs vanter les mérites de leurs produits aux clients potentiels.

« Pour l'amour de Voldemort, quel est cet endroit ? » interrogea Draco, estomaqué. « La cour des miracles ? »

« Le Marché du Porc Épique. » annonça-t-elle avec excitation.

Le marché se trouvait aux abords de la ville de Londres. La zone était naturellement habitée par des porcs épiques, une race de créatures magiques ressemblant à un croisement entre des phacochères et des oies, à la queue courte et épaisse. Ils étaient dotés d'ailes tombantes leur permettant de voler à quelques centimètres du sol pendant quelques secondes. A travers les années, le marché s'était étendu sur le territoire des porcs épiques. Sorciers comme animaux avaient appris à cohabiter. Les créatures traînaient à l'abord du marché, en provenance des marais à proximité, attendant que les clients leur donnent de la nourriture sur leur passage.

Le marché du Porc Épique était la plus grande galerie marchande du pays, après le Chemin de Traverse. Contrairement à ce dernier, elle était exclusivement fréquentée par les sorciers de rang inférieur. Parmi les stands normaux de livres, de vêtements et de nécessaire à potions, on trouvait également une grande partie d'articles illégaux - des balais de contrefaçon, des créatures magiques dont l'adoption était interdite, ou encore des potions non réglementées.

Certains sorciers à l'apparence douteuse accostaient parfois quelques clients pour vendre des objets plus rares - telles que des baguettes magiques non restreintes. Elles étaient en général volées à des sorciers de rang supérieur pour être revendues sur le marché noir à des prix astronomiques. Ces objets étaient uniquement vendus à la sauvette et n'étaient pas visibles sur les stands normaux du marché.

Des descentes étaient régulièrement organisées par les Aurors pour confisquer les articles illégaux et arrêter les vendeurs à la sauvette. Depuis, les vendeurs avaient appris à faire preuve d'une agilité étonnante et d'une créativité sans pareille pour éviter la confiscation de leurs marchandises illégales par les forces de l'ordre. Des guetteurs se trouvaient aux quatre coins du marché pour prévenir les vendeurs des arrivées douteuses. Ginny avait appris à ne pas acheter des objets trop problématiques, par crainte d'être fouillée pendant une descente.

« Fais bien attention à tes poches. » prévint-elle à l'attention de Draco, tandis qu'une horde d'enfants à l'apparence hasardeuse passaient à côté d'eux. « Ils sont très créatifs et rapides quand il s'agit du vol à la tire. Ici, il n'y pas d'Aurors ni de Mangemorts pour les arrêter. »

Draco hocha la tête, signifiant qu'il avait compris. Elle lui jeta un regard curieux. Pour une fois, depuis le début de la journée, il n'affichait pas son éternel air impérieux et supérieur. Il n'avait pas l'air à l'aise dans cet environnement probablement bien différent de ce qu'il connaissait. Cette vision étonna la jeune femme. Elle était habituée à le voir se pavaner partout comme s'il était le propriétaire des lieux.

Tandis qu'ils s'enfonçaient dans le marché, ils furent également exposés à des scènes peu reluisantes. Des miséreux et des personnes ayant un handicap grave, qui mendiaient auprès des passants.

« La plupart de ces gens ont reçu une correction par les Mangemort. » dit Ginny. « Ils ne peuvent pas travailler parce qu'on leur a coupé les doigts, la langue, les mains ou j'en passe. Ils n'ont aucun moyen de subvenir à leurs besoins et de se loger alors ils font la manche toute la journée pour survivre. »

Ces individus étaient interdits d'accès sur le Chemin de Traverse car le gouvernement refusait d'afficher la misère extrême des populations les plus défavorisées de la ville à la vue de tous. Draco eut un tressaillement lorsqu'une femme à l'aspect miséreux le supplia de lui donner de l'argent, montrant son bébé emmitouflé dans une couverture à l'état déplorable. Il pressa le pas pour s'éloigner.

« Tu es sincèrement en train d'essayer de me faire la morale ? » demanda Draco d'un ton sombre à l'adresse de Ginny.

« Non. Juste te montrer que certains n'auront jamais l'occasion de se donner les moyens. Ils ne pourront jamais se sortir de leur misère, quoi qu'ils fassent. » dit-elle en haussant les épaules. « Alors un peu d'empathie ne te ferait pas de mal. »

« Pour quoi faire ? » rétorqua-t-il.

« Pardon ? » dit-elle en levant un sourcil.

« Qu'est-ce que ton empathie va faire pour les aider, concrètement ? » insista Draco.

Il désigna la femme avec son bébé qui les avait accostés et Ginny suivit son regard, confuse.

« Tu crois que c'est de ton empathie ou de la mienne que cette femme a besoin ? C'est ça qui va l'aider à nourrir son enfant ? A la sortir de la rue et lui trouver un endroit décent où vivre ? »

« Je… Non, peut-être pas mais… » balbutia Ginny, un peu prise de cours par sa question.

« Ça te fait du bien de tenir ce discours, j'imagine ? Peut-être que tu dors mieux la nuit en pensant que tu es empathique ? J'appelle ça de l'hypocrisie. Personne ne fait rien pour eux parce que nous vivons dans une société individualiste, et ça n'a rien à voir avec nos statuts de sang respectifs. Si cette femme était à ta place et toi à la sienne, je peux te garantir qu'elle passerait devant toi sans te porter la moindre attention. Dans le meilleur des cas, elle te donnerait une pièce, en se persuadant que ça fait d'elle une personne empathique. Elle aurait le sentiment d'avoir réalisé une bonne action et reprendrait ses emplettes comme si de rien n'était. » assura-t-il avec cynisme. « C'est tout simplement la nature humaine qui veut ça et ce n'est pas près de changer. »

Ginny resta sidérée devant son discours, ne sachant pas quoi répondre. En se rendant dans cet endroit, une partie d'elle avait voulu lui faire regretter les propos qu'il avait eus lors de leur dernière conversation à l'Augurey Magistral sur les Sang-Impurs et leur ''manque cruel de vision''.

Et si elle était complètement honnête, une autre partie d'elle avait sans doute voulu se placer comme une bonne samaritaine, et lui montrer qu'elle était humainement supérieure à lui - un homme riche et privilégié qui ignorait tout des difficultés des gens du bas-peuple.

Un grognement se fit entendre, et Ginny baissa les yeux, apercevant un énorme porc épique qui reniflait les pieds de Draco. Ce dernier laissa échapper une exclamation en s'écartant alors que l'animal tentait de mordiller le pan de sa cape. Ginny éclata de rire.

« On peut partir d'ici ? » demanda Draco avec un grognement tandis qu'il repoussait la créature, l'air révulsé. « La leçon de morale est-elle terminée ? »

« Très bien, allons-y. » concéda-t-elle avec embarras.

Sans doute fut-ce la discussion qu'ils avaient eue et le spectacle auquel ils avaient assisté sur le marché, mais lorsqu'ils grimpèrent à nouveau dans le Magicobus, le ton de la conversation changea totalement entre eux. Draco cessa de se plaindre, et Ginny ne chercha plus à le mettre dans l'embarras par tous les moyens possibles.

Elle s'étonna même de réaliser qu'elle pouvait avoir une conversation normale avec lui. Tous leurs échanges précédents n'avaient eu que des objectifs bien précis. Pour une fois, elle pouvait sentir que leur interaction ne se basait pas sur une transaction. Ginny alla même jusqu'à lui parler de son frère et de ses nièces et il sembla presque intéressé d'en apprendre davantage sur cet aspect de sa vie.

« Tu as l'air très proche de ta famille. » fit-il remarquer.

« Ma famille est tout pour moi. Surtout après ce qu'il s'est passé. » révéla-t-elle.

Une boule lui obstrua la gorge, comme à chaque fois qu'elle pensait à la disparition de sa famille et elle s'empressa de changer de sujet.

« J'ai hâte de voir ce que tu vas penser de notre prochaine activité. » dit-elle, retrouvant son sourire.

« Espérons que ça n'implique pas encore un étang dégoûtant et des porcs trop tactiles. »

« Non. C'est du sport. » annonça Ginny avec excitation.

Une lueur de curiosité traversa le regard habituellement blasé de Draco.

« Espérons que ça ne sera pas trop brutal pour quelqu'un habitué au sport délicat qu'est le Quidditch. » dit-elle avec morgue.

« Je ne pense pas qu'on puisse qualifier le Quidditch de sport délicat. » déclara Draco en arquant un sourcil.

« En comparaison de ce qu'on s'apprête à voir, c'est délicat. » assura Ginny.

Une heure plus tard, ils se retrouvaient dans les gradins étroits d'une arène gigantesque. Ginny fut surprise de constater que les gradins étaient pleins à craquer. Avec les restrictions du gouvernement, elle s'était imaginée que peu de Sang-Impurs oseraient s'adonner à des activités illégales comme le Parcours de la Mort en ces temps incertains. Il n'en était pourtant rien et le stade était plus rempli que jamais. Les gradins accueillaient au moins cinq mille personnes, agglutinées sur les sièges et dans les tours de fortune en métal. Aujourd'hui était toutefois un jour spécial, ce qui expliquait en partie pourquoi la foule était aussi dense. Ginny pointa l'arène du doigt, peinant à réprimer son enthousiasme.

« C'est ce qu'on appelle le Parcours de la Mort. » annonça-t-elle fièrement.

Elle se lança dans une explication détaillée des règles du parcours.

« Aujourd'hui, les choses vont être un peu différentes. Ce ne sera pas une course normale. » informa Ginny.

Une fois par mois, les organisateurs programmaient un évènement exceptionnel, surnommé La Bataille Royale. Les règles du parcours changeaient exceptionnellement et le prix à remporter pour les compétiteurs en lice doublait. Une voix grave et puissante s'éleva à leur gauche, dans les tribunes officielles.

« Amateurs de sensations fortes, cavaliers survoltés, bienvenus à une nouvelle édition du Parcours de la Mort. Aujourd'hui, nous nous retrouvons pour notre rendez-vous mensuel excitant, la Bataille Royale. » annonça le commentateur d'une voix animée.

La foule hurla d'excitation à la suite de ses paroles.

« Nos concurrents s'affronteront dans un seul but ; être le dernier concurrent en lice. Le dernier homme ou la dernière femme debout remportera un prix à hauteur de 3000 gallions. » déclara le commentateur. « Il n'y a que deux règles : il est interdit de rester immobile plus de dix secondes et l'usage de la magie directe n'est pas autorisé dans l'arène. »

« Contrairement aux courses normales, la Bataille Royale est interdite aux amateurs. » expliqua Ginny à l'attention de Draco qui observait le commentateur avec intérêt. « C'est trop dangereux. »

On entendit la foule se fendre en exclamations surexcitées lorsque des silhouettes rapides sorties de nulle part fusèrent dans l'arène.

« Cet après-midi, vous assisterez à la bataille entre nos joueurs les plus talentueux et intrépides. Des mastodontes de la discipline, connus non seulement pour leurs aptitudes exceptionnelles en vol mais également pour leurs stratégies impressionnantes. » énonça le commentateur.

Il récita les noms des participants, sous les encouragements fervents de la foule. Les joueurs les plus célèbres étaient présents comme Cho la Flèche, la Fulgurante Angelina ou encore Olivier le Redoutable. Ginny leva les yeux au ciel lorsqu'elle aperçut ce dernier décrocher un sourire charmeur à la foule. Cela faisait plusieurs mois qu'ils n'avaient pas communiqué - un record depuis qu'ils se connaissaient. Même si Ginny avait cédé à plusieurs reprises après leur rupture, elle avait décidé de tirer un trait final sur lui après avoir entendu les détails de ses indiscrétions pendant leur relation. Elle réalisa qu'elle avait peu pensé à Olivier, depuis. Son esprit était désormais occupé par quelqu'un d'autre.

« Tous les joueurs, sur la ligne de départ. » ordonna le commentateur de sa voix grondante. « Trois, deux, un… EN VOL ! »

Immédiatement, les douze joueurs présents s'élevèrent dans les airs, rejoignant plusieurs recoins de l'arène et observant leurs alentours avec appréhension et concentration.

« C'est Cho ! » montra Ginny en désignant une jeune femme asiatique à la silhouette menue dont la pointe des cheveux était d'un bleu cyan. « Ma joueuse préférée. »

On entendit des feulements étranges s'approcher et tous les regards se rivèrent vers le ciel. Un gigantesque bloc de roche, dont la taille faisait probablement les trois quarts de la superficie de l'arène, descendit à toute vitesse du ciel. Ginny remarqua qu'une aura enflammée entourait la roche géante. Arrivée à quelques mètres de l'arène, la roche géante s'arrêta brusquement. Ginny constata à quel point elle était énorme. Son ombre couvrait quasiment toute l'arène.

« Que comptent-ils faire avec ça ? » demanda Draco à ses côtés, visiblement perplexe.

Ginny haussa les épaules, fixant la roche avec appréhension. On entendit une détonation puissante et des fissures apparurent sur toute la surface de la roche, comme si elle se brisait en mille morceaux. Ce ne fut que lorsqu'un premier fragment se détacha et tomba à vive allure en direction de l'arène et des joueurs que Ginny réalisa ce qui allait se passer.

La roche se défragmenta et des centaines de morceaux enflammés de la taille de cognards chutèrent dans les airs, en direction des joueurs. Leur nombre était si élevé qu'il était difficile de les éviter simultanément.

Au bout d'une minute à peine, un premier joueur reçut un violent projectile sur le crâne, perdant le contrôle du balai et effectuant une descente forcée en direction du sol de l'arène avant de s'écraser brutalement au sol, totalement assommé. Les cris et les huées de la foule accompagnèrent sa chute.

Ginny jeta un regard amusé vers Draco dont les yeux s'étaient écarquillés, visiblement ébahi de la tournure que prenaient les évènements.

Les choses ne furent pas simples pour les autres compétiteurs, qui tentaient tant bien que mal de slalomer pour éviter les projectiles. Pourtant, au fil des secondes, les fragments se firent de plus en plus nombreux et rapides. La pluie battante de pierres enflammées était si intense qu'il devenait presque impossible de l'éviter.

« Oh oh oh ! Angelina mise sur la sécurité en trouvant un coin où se planquer ! » s'exclama le commentateur avec un rire gras. « Pas débile, la petite ! »

Angelina, une jeune femme noire athlétique avec de longues tresses lui tombant jusqu'au bas du dos, s'était rivée vers l'une des cachettes qu'offrait l'arène - un enfoncement dans un tronc d'arbre. La cavité était étroite, mais suffisante pour la protéger de l'avalanche.

« Attention, c'est une stratégie extrêmement risquée. Rappelez-vous, elle ne peut pas rester immobile plus de dix secondes. »

« Que se passe-t-il si elle reste immobile plus de dix secondes ? » demanda Draco qui semblait retenir son souffle.

« Ils ont lancé un sort sur tous leurs balais. Au bout de dix secondes, le balai ne fonctionnera plus et descendra sur le sol. Le joueur sera disqualifié automatiquement et sera suspendu pour la prochaine compétition. C'est pour les empêcher de rester cachés à éviter les obstacles du parcours. » expliqua Ginny.

Angelina sortit rapidement de sa cachette, et fut remplacée par un autre joueur qui s'enfonça dans la cavité à son tour.

« Pendant que certains jouent à cache-cache, on dirait que d'autres vont directement au front ! » s'exclama le commentateur avec véhémence.

Ginny reposa son attention sur Cho, Olivier et un autre joueur qui avaient redressé leurs balais en position verticale et se servaient du manche pour expulser les projectiles en direction du champ magnétique autour de l'arène. Au contact du champ, les fragments se détruisaient instantanément.

Peu à peu, les autres joueurs commencèrent à les imiter. La technique semblait efficace. De temps à autre, ils se relayaient auprès de la cavité pour reprendre leur souffle, s'appliquant à ne pas y rester plus de dix secondes.

Brusquement, des cris excités retentirent et Ginny tourna la tête. Katie, l'une des joueuses, envoyait les morceaux directement sur d'autres joueurs. Trop occupés à éviter les projectiles qui venaient du ciel, ils ne regardaient pas leurs alentours, ce qui faisait d'eux des cibles faciles pour la jeune femme. Deux joueurs reçurent des projectives sur la tête ou sur la poitrine, les faisant chuter impitoyablement.

« Eh bien, eh bien, notre chère Katie nationale vous annonce directement la couleur. Elle n'est pas là pour se faire des amis, aujourd'hui. On admire son audace ! » s'exclama le commentateur avec un plaisir évident.

Les actions de Katie semblèrent provoquer l'excitation de la foule. Katie semblait surtout s'acharner sur Cho, sa plus grande concurrente parmi les joueurs.

« Quelle garce. » commenta Ginny entre ses dents en jetant un regard furieux vers Katie qui esquissait un sourire satisfait.

Lorsque Cho remarqua enfin les attaques insistantes, il était trop tard. Elle lâcha un cri de douleur tandis qu'un fragment de roche enflammé lui frappait brutalement l'épaule, lui faisant perdre de l'altitude. Par miracle, elle ne perdit pas son équilibre et fonça vers l'alcôve qui venait de se libérer, probablement pour s'y reposer. En l'air, la roche s'était considérablement réduite et les morceaux qui se détachaient se firent plus rares avant de complètement disparaître.

« Nous avons perdu trois joueurs lors de ce premier round et il ne nous reste plus que neuf courageux ! » annonça joyeusement la voix du commentateur.

Les joueurs ne purent pas bénéficier d'une minute de répit. Le sol sembla soudainement osciller et Ginny écarquilla les yeux lorsque la partie inférieure de l'arène sembla se renverser totalement, sans doute ensorcelée par un sort de gravité changeante.

Les joueurs se retrouvèrent la tête en bas, forcés de voler à l'envers. L'expérience sembla nouvelle pour bon nombre d'entre eux et leurs techniques de vol semblaient en souffrir car leur équilibre se fit plus maladroit. Le sol de l'arène se mit à tourner rapidement sur lui-même. Il défilait si vite qu'il était difficile de voir les joueurs. On distinguait uniquement des silhouettes floues.

Sans doute déstabilisés par le changement de gravité et épris d'un tournis violent, certains joueurs lâchèrent prise et se retrouvèrent collés à une ligne invisible dans le ciel à cause de la gravité inversée, incapables de bouger. Ginny vit même une joueuse vomir violemment. Le réflexe d'autres joueurs fut d'essayer de rester immobile, ce qui entraîna deux disqualifications.

« On pourrait s'attendre à plus d'équilibre de la part de pros qui sont habitués à être dans les airs. » se moqua le commentateur, d'un air dédaigneux. « Être éliminé à cause du vertige ? Voldemort, que c'est pathétique ! »

Les épreuves de la Bataille Royale étaient bien plus vicieuses et rudes que celles des courses normales du Parcours de la Mort et après trente minutes de jeu, il ne restait plus que trois compétiteurs - Cho, Olivier et Katie. Olivier fut toutefois éliminé après le passage d'une vague d'eau toxique.

« On dirait bien que nous allons assister à un combat de Némésis particulièrement intense, mes chers amis. » s'écria le commentateur avec satisfaction. « A qui donnez-vous l'avantage ? Cho n'a vraiment pas l'air d'avoir apprécié les attaques de Katie plus tôt dans la partie ! Va-t-elle lui faire payer ses provocations ? Rien n'est moins sûr ! Et on sera présents pour assister à sa vengeance ! »

La perspective de cette rivalité semblait dérider la foule. Dans les gradins, les spectateurs s'époumonaient, hurlant le nom de leur compétitrice favorite. Ginny ouvrit la bouche, stupéfaite, en réalisant que Draco s'était joint aux encouragements de la foule. Elle l'observa pendant de longues secondes, ahurie. Jamais elle ne l'aurait imaginé se mêler aux agissements du commun des mortels. Elle fut toutefois agréablement surprise.

Soudainement, Ginny fut traversée d'une sensation étrange. Un sentiment de déjà vu particulièrement puissant. C'était comme si elle avait déjà vécu cette scène. Elle était pourtant certaine de ne jamais s'être rendue à une course du Parcours de la Mort avec Draco Malfoy. Elle balaya le sentiment intriguant de ses pensées avant de se mettre à hurler le nom de Cho à son tour.

« Je n'arrive pas à croire que tu encourages cette gourgandine de Katie. » commenta Ginny avec hauteur à l'adresse de Draco, lui donnant un léger coup de coude dans les côtes.

Évidemment, elle avait une vendetta personnelle contre cette joueuse.

« Elle est meilleure que l'autre. » rétorqua Draco sur le ton de l'évidence.

« Absolument pas. » rugit Ginny, piquée au vif. « Cho est la meilleure et tu verras bientôt pourquoi. »

Contre toute attente, un quart d'heure plus tard, le stade entier se fendit en exclamations choquées lorsque les deux compétitrices encore en lice furent projetées au sol au même moment, perdant toutes les deux le contrôle de leurs balais. La foule sembla retenir son souffle en observant leurs deux figures immobiles. Dix secondes plus tard, elles n'étaient toujours pas remontées sur leurs balais, et tentaient de se relever difficilement. Ginny jura. Les deux joueuses étaient hors compétition.

« Par la baguette sacrée de Voldemort, on dirait bien que nos deux survivantes ont succombé au même moment, ce qui signifie que nous n'aurons aucun gagnant pour cette Bataille Royale. Encore une fois, le Parcours de la Mort aura eu raison de nos compétiteurs. Les 3000 gallions seront remis en jeu le mois prochain. Quel twist ! »

Les réactions dans les gradins divergeaient - certains semblaient déçus ou heureux et une petite minorité hurlait des insultes copieuses en direction des joueurs accablés, réclamant d'être remboursés.

« Allons-y. » suggéra Ginny en attrapant machinalement Draco par le bras pour quitter les gradins.

Comme d'habitude, toutes les sorties avaient été prises d'assaut par les spectateurs, désireux de quitter l'arène au plus vite. Une fois sortis de l'arène, ils suivirent la longue file de spectateurs qui marchaient le long d'un chemin dégagé menant à un poste de cheminées de fortune, installées temporairement - et probablement illégalement - pour organiser le voyage retour des spectateurs.

« Alors, qu'en as-tu pensé ? » demanda Ginny avec excitation, se tournant vers Draco.

« Je dois admettre que c'était incroyable. » répondit-il avec sincérité, visiblement impressionné.

Sa réponse provoqua une expression scotchée sur les traits de Ginny. Venait-il expressément d'avouer avoir apprécié une activité à laquelle elle l'avait initié ? Une discipline habituellement traitée avec hauteur et considérée comme le pinacle du mauvais goût par l'élite du pays, comparée au sport noble qu'était le Quidditch.

Elle fut encore plus surprise de l'entendre commenter ce qu'il venait de voir avec ferveur. C'était la première fois qu'elle voyait Draco Malfoy montrer autant d'enthousiasme envers quoi que ce soit. Il était toujours blasé, impassible ou méprisant. Ginny l'écouta avec une incrédulité admirative, se demandant si elle se trouvait devant le même homme.

« Je ne comprends pas pourquoi ils ne jouent pas au Quidditch. Certains d'entre eux sont meilleurs en vol que beaucoup de joueurs de la Ligue. » commenta Draco.

« Parce que la plupart sont des Sang-Impurs et jouer professionnellement au Quidditch leur est interdit. Au moins, avec le parcours, ils peuvent utiliser leur talent et ils ont même des fans. J'imagine que c'est une alternative correcte à ce qu'ils auraient pu avoir s'ils étaient mieux nés. »

« Je n'arrive pas à croire que je n'ai jamais entendu parler de ça avant aujourd'hui. » poursuivit-il, bluffé.

« C'est illégal. » répondit Ginny sur le ton de l'évidence, comme si ça expliquait tout. « Et de plus… »

Elle s'interrompit brusquement et cessa de marcher. Elle attrapa le bras de Draco par réflexe, pour le forcer à s'arrêter également. Tout au long de la conversation, elle avait gardé son attention sur leurs alentours, comme elle le faisait systématiquement après une course.

« Qu'est ce qui te prend ? » s'étonna-t-il, décontenancé.

Le regard de Ginny était rivé sur un point, à l'autre bout du champ. Elle avait remarqué l'agitation soudaine des spectateurs qui menaient la marche en direction du poste de cheminées. Ginny jura bruyamment en reconnaissant des individus vêtus de capes écarlates, ainsi que de brassards argentés qui luisaient sur leur avant-bras.

« Des Aurors. » avertit-elle avec une grimace. « Cours ! »

Sans même terminer sa phrase, Ginny s'était élancée à toute allure vers une forêt d'arbres hauts, dans la direction opposée. Draco sembla avoir un bref moment de surprise pendant lequel il resta immobile avant de s'élancer à son tour derrière elle, la rattrapant rapidement.

« Dans les bois ! » hurla-t-elle en pointant du doigt un passage dans la forêt.

Sans cesser de courir, Ginny fourra les mains dans la poche avant de son petit sac en bandoulière, et en extirpa les deux faux gallions qu'ils avaient utilisés pour rejoindre l'arène. Elle les jeta au loin avant de reprendre sa course folle.

Ils rentrèrent rapidement dans la forêt touffue, s'enfonçant parmi les arbres qui devenaient de plus en plus sombres à mesure de leur avancée. Des dizaines de spectateurs avaient eu la même idée, et se cachèrent derrière des arbres, dans l'espoir d'échapper aux Aurors.

« Ici. » désigna Ginny en direction d'un arbre imposant, où elle avait un bon champ de vision sur l'entrée des bois et le chemin principal.

Draco se plaça à ses côtés, visiblement alarmé.

« Pour l'amour de … » commença-t-il.

Ginny lui couvrit la bouche avec sa main, une lueur paniquée dans les yeux, l'empêchant de terminer sa phrase. De son autre main, elle plaça un doigt sur ses propres lèvres, comme pour lui intimer de se taire. Draco obtempéra.

Ginny tenta un regard bref derrière l'arbre et réalisa avec horreur que des Aurors avaient commencé à s'introduire dans les bois, leurs baguettes illuminées brandies, à la recherche de fuyards. Une minute plus tard, un cri surgit dans le silence des bois, suivi par des bruits de lutte. Quelqu'un venait d'être attrapé.

Des bruits de pas se firent entendre non loin d'eux et Ginny sentit une boule d'anxiété lui remplir l'estomac. Des Aurors se trouvaient à seulement quelques mètres de leur cachette, réalisa-t-elle avec horreur. Elle apercevait distinctement les faisceaux de lumière de leurs baguettes dans l'obscurité grandissante de la fin d'après-midi.

A ses côtés, elle sentit Draco se déplacer imperceptiblement et elle se tourna vers lui, perplexe. Il avait saisi sa baguette magique, et la pointa dans sa direction. Elle sentit une sensation étrange la parcourir et réalisa qu'il venait de lancer un sortilège informulé. Il répéta l'opération en pointant sa baguette sur son propre torse. Il saisit ensuite Ginny par la taille et la rapprocha de lui, reculant contre l'arbre pour y coller son dos. La jeune femme sentit ses joues se réchauffer. Ils étaient si proches qu'elle pouvait même sentir le rythme de ses battements de cœur.

Sa propre main était plaquée contre le tronc d'arbre et elle écarquilla les yeux en constatant qu'elle avait pris la même texture du bois, à la manière d'un caméléon. Elle observa le reste de leurs corps avec fascination. Ils semblaient se fondre parfaitement avec la nature qui les entouraient.

Elle se tendit en réalisant à quel point ils étaient proches. Elle frissonna à la sensation de son bras fermement serrée autour de sa taille, la tenant si près de lui que son parfum boisé lui enivrait les narines. Elle ignorait ce qui lui causait davantage de trépidations - la présence des Aurors dont les pas se rapprochaient dangereusement ou bien sa proximité avec Draco Malfoy.

Elle aurait menti en prétendant que cette proximité physique soudaine la laissait impassible. Elle éprouva cette même sensation qu'elle avait ressenti au bal de l'Ellébore tandis qu'ils dansaient sur la piste, lui provoquant un trouble évident.

La force d'attraction était plus présente que jamais. C'était comme si son corps était irrémédiablement attiré vers le sien, tel un aimant magnétique. Le froid régnait dans les bois, et pourtant la température de son corps, elle, avait grimpé de manière exponentielle.

Ginny retint son souffle lorsqu'elle vit un Auror passer à un mètre d'eux, observant ses alentours, sans vraiment les voir. Elle entendit une autre voix, à quelques mètres, appeler le nom de l'Auror et ce dernier s'éloigna brusquement pour rejoindre la source du bruit. Un autre couple de fuyards se fit interpeller.

« Attrape ces deux-là. On y retourne. » commenta une voix, avant de s'éloigner.

Le bruit des pas se fit plus distant pendant que les Aurors rebroussaient chemin. Le cœur de Ginny battait si vite dans sa poitrine qu'elle avait l'impression d'être sur le point de faire une crise de panique.

Le danger de la situation était terriblement effrayant et excitant à la fois. Les Aurors s'éloignèrent et le silence fut de retour. Ils restèrent toutefois immobiles, n'osant pas faire le moindre bruit, par crainte d'attirer leur attention.

Ginny leva lentement la tête et ses yeux croisèrent instantanément ceux de Draco qui avait baissé la tête pour la regarder. Dans l'obscurité grandissante, ses yeux d'un gris acier semblaient luire d'une manière presqu'irréelle et le cœur de Ginny rata un battement devant l'intensité qu'ils renvoyaient. Son regard évoquait une multitude d'émotions - de l'attente, de la curiosité et de la convoitise. Les mêmes sensations qui parcouraient la jeune femme à cet instant précis.

« Ils sont partis ! » s'exclama une voix étouffée, à quelques mètres d'eux, appartenant à un autre fuyard.

Ginny cligna des yeux, comme tirée de force d'un rêve éveillé. Elle détourna les yeux, gênée et confuse par les sentiments qui l'assaillaient. Pourquoi ressentait-elle ces sensations en sa présence ? Son cerveau lui hurlait de le haïr pour ce qu'il représentait et pour la condescendance dont il avait fait preuve à son encontre par le passé. Et pourtant, plus ils passaient du temps ensemble, plus sa curiosité grandissait à son égard tandis qu'elle le découvrait sous un jour différent. Pire encore, elle ne parvenait plus à ignorer cette attirance évidente entre eux.

Reprends-toi, Ginny, martela-t-elle dans son esprit avant de s'écarter de lui, mettant une distance raisonnable entre eux.

« Je crois que nous sommes hors de danger. » murmura-t-elle en observant ses alentours.

Comme eux, les spectateurs qui avaient échappé à la traque des Aurors commençaient à sortir de leur cachette.

« C'était moins une. C'était quoi, ce sort ? » demanda Ginny avec admiration, observant ses vêtements qui se confondaient encore à la nature environnante.

« Un sortilège de Désillusion. » répondit Draco d'une voix traînante. « On peut savoir ce qui vient de se passer ? »

Il avait parlé d'une voix sévère, comme un parent qui sermonnait son enfant. Il avait visiblement gardé le silence pendant leur échappée mais il réclamait désormais des explications.

« Je t'ai dit que c'était illégal. Parfois, les Aurors organisent des descentes après les courses. » indiqua Ginny avec un soupir.

« Et bien évidemment, il a fallu que ça arrive le jour où j'y assiste. » pesta-t-il avant de retirer la poussière tombée sur sa cape, visiblement excédé.

« A vrai dire c'est fréquent. Et les jours de Bataille Royale, ça arrive une fois sur deux. » avoua-t-elle en prenant une mine innocente.

Draco lui jeta un regard outré.

« Tu veux dire que tu savais pertinemment qu'ils feraient une descente et que tu m'as quand même entraîné ici ? » interrogea-il, scandalisé.

« Non. Je n'en étais sûre qu'à cinquante pour cent. » répliqua-t-elle. « Et puis ne sois pas aussi rabat-joie, avoue que c'était un peu excitant. »

Elle avait dit cela avec une voix mutine et un sourire badin qui ne semblaient pas plaire à Draco.

« As-tu la moindre idée de ce qu'il se passerait si on me trouvait dans un endroit comme ici ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.

« Rien, probablement. C'est d'ailleurs pour cette raison que je ne m'en faisais pas. Tu es un petit prince de la nation. Les Aurors n'oseraient pas t'arrêter, je parie. » dit-elle d'un ton goguenard.

« On dirait que mon statut privilégié ne semble pas te déranger quand c'est pour tes propres intérêts, Ginevra. » lança-t-il avec sarcasme.

Elle haussa les épaules.

« Tu es le premier à dire qu'il faut utiliser les avantages qu'on a à sa portée, non ? » demanda-t-elle, la mine innocente. « C'est donc ce que je fais. »

Ginny aperçut un sourire en coin apparaître sur les lèvres minces de Draco. Il sembla apprécier son opportunisme inopiné.

« Et puis, c'est pour ça que j'ai jeté les faux gallions d'entrée. Juste au cas où. Ils n'auraient pas trouvé de preuves sur nous. Et j'aurais pu prétendre que nous étions simplement en train de faire une promenade pour prendre l'air frais. » ajouta-t-elle avec un rire.

Ils se mirent de nouveau en marche. Le poste de cheminées illégales étant désormais condamné, probablement clos par les Aurors, ils durent marcher jusqu'au suivant, à quarante minutes des bois. Lorsqu'ils se retrouvèrent sur le Chemin de Traverse, Ginny esquissa un sourire.

« Il reste une heure avant le couvre-feu. » décréta-t-elle en observant la montre de Draco. « Ça nous laisse un peu de temps pour aller prendre un verre. Je meurs de soif après tant d'activités. »

Pour la première fois de la journée, Draco ne se plaignit pas face à l'une de ses propositions. Lui aussi avait probablement besoin d'un verre après cette journée éprouvante.

Ginny le conduisit au Chaudron Baveur, rempli par les spectateurs du Parcours de la Mort, comme à chaque fin de course. C'était le lieu de prédilection des fans. Après avoir commandé des boissons au bar, ils trouvèrent une table haute inoccupée non loin d'une fenêtre.

« Bienvenue au Chaudron Baveur. » dit-elle d'une voix pompeuse. « Ce n'est pas l'Inferno mais c'est l'endroit où il faut être pour le bas peuple. »

« Comme je l'imaginais. Miteux et mal fréquenté. » commenta Draco en observant avec hauteur deux clients ivres qui se livraient à un beer-pong avec un faux vif d'or sur la table adjacente.

Il prit son propre verre et le porta à ses lèvres, avalant une grande gorgée.

« Alors ? Comment as-tu trouvé cette journée ? Dépaysante ? » demanda-t-elle avant curiosité, l'observant derrière sa pinte de bièraubeurre.

« Une journée était plus que suffisante. » répondit-il avec un soupir dramatique, ce qui provoqua le rire de la jeune femme. « Tu ne m'y reprendras plus. »

« Arrête ton char. Je parie que tu n'as jamais eu un rencard aussi excitant. » se moqua-t-elle.

Le regard que Draco lui lança lui fit prendre conscience de ce qu'elle venait de dire. Avait-elle vraiment qualifié leur journée de rencard ? Elle se donna une claque mentale et noya son embarras dans une nouvelle gorgée de bièraubeurre.

Contre toute attente, elle passa un bon moment en sa compagnie et elle ne vit pas le temps passer tandis qu'ils discutaient. Ils s'étaient rapprochés imperceptiblement au-dessus de la table pour mieux se faire entendre à cause de la musique assourdissante qui retentissait aux quatre coins du pub, couplée aux chants bruyants des clients ivres.

« Hey, Ginny. » salua une voix familière, interrompant leur conversation.

Ginny tourna la tête vers le nouvel arrivant. Son rire disparut immédiatement, remplacé par une expression hostile tandis qu'elle reconnaissait l'homme. Ce dernier avait l'œil gauche tuméfié. La peau autour avait pris une couleur violacée.

« Qu'est-ce que tu veux, Dubois ? » interrogea-t-elle d'un ton empli d'agressivité.

« Juste te saluer. » répondit Olivier en jetant un regard bref vers Draco, les sourcils légèrement froncés. « Tu étais à la course ? »

« Oui. J'ai vu comment tu t'es rétamé comme un malpropre, d'ailleurs. C'était plutôt pathétique, si tu veux mon avis. » dit-elle d'un ton venimeux, lâchant un rire méprisant. « Je ne comprends pas pourquoi ils te laissent encore concourir avec le reste des pros. »

Une lueur surprise et blessée apparut sur le visage d'Olivier face à ces paroles vicieuses. Ginny en éprouva une satisfaction particulière. Elle détourna les yeux et aperçut Katie, au loin, dont le regard était rivé vers leur table, visiblement contrariée. Instantanément, Ginny se sentit envahie d'une mesquinerie irrésistible. Elle se tourna à nouveau vers Olivier, arborant cette fois un sourire éclatant.

« J'aurais pensé que ta petite copine t'aurait également enseigné d'autres tours dans l'arène pour t'éviter ce genre d'humiliation. Enfin, peut-être que ses conseils se cantonnent seulement au sport en chambre. » poursuivit-elle avec désinvolture.

« Katie et moi ne sommes pas ensemble. » commença-t-il à se justifier.

« C'est mignon que tu penses que j'en ai quelque chose à faire. » répliqua Ginny d'une voix dédaigneuse.

Déterminée à lui porter un coup supplémentaire, Ginny se leva brusquement, sautant de sa chaise et s'approcha de Draco. A la surprise des deux hommes, elle s'installa sans aucune gêne sur ses genoux. Après un court moment de surprise, ce dernier glissa la main autour de sa taille et elle le remercia silencieusement de jouer le jeu. Elle prenait toujours un malin plaisir à faire enrager Olivier. Ce n'était que partie remise après la manière dont il l'avait traitée pendant leur relation.

« Tu m'excuseras Dubois, comme tu le constates, j'étais un peu occupée avant que tu ne me fasses le déplaisir de ta venue. » dit-elle sans lui accorder un regard supplémentaire.

Elle ne manqua toutefois pas la mine blessée d'Olivier devant son geste. Il quitta la table sans un mot supplémentaire. Ginny leva les yeux au plafond.

« C'est le seul inconvénient de ce pub. Trop mal fréquenté. » commenta-t-elle avec une grimace.

Elle croisa le regard de Draco qui l'observait désormais d'un nouvel œil - un mélange d'admiration et de trouble.

« Je commence à comprendre pourquoi tu t'entends si bien avec Pansy. Tu es aussi vicieuse qu'elle. » déclara-t-il avec un rictus au coin des lèvres.

Elle lui adressa un regard dérouté. Il avait affirmé cela comme un compliment. Draco tourna la tête, ses yeux suivant la direction qu'avait empruntée Olivier, l'air contemplatif.

« C'est donc bien lui. » dit finalement Draco, après quelques instants de réflexion.

Ginny fronça les sourcils, ne comprenant pas où il voulait en venir.

« Le type que j'ai vu dans tes souvenirs. » expliqua Draco en se tournant à nouveau vers elle, observant attentivement sa réaction.

Ginny ouvrit la bouche, indignée.

« Ces informations sont personnelles. Tu n'as pas le droit de les utiliser hors de leur contexte. » protesta-t-elle.

« Un ex petit-ami, j'imagine ? » devina-t-il, ignorant son outrage.

« Qu'est-ce qui te fait croire ça ? » répliqua-t-elle avec mauvaise foi.

Il se pencha dans sa direction et Ginny se tendit.

« Pour quelle autre raison serais-tu assise sur mes genoux, Ginevra ? » demanda Draco à voix basse, près de son oreille.

Son souffle lui caressa la nuque au passage, la faisant frémir. Gênée, et les joues probablement en feu, elle s'écarta de lui, quittant ses genoux pour retrouver son siège. Elle prit une longue gorgée de bièraubeurre.

« C'est mon ex. Une belle enflure. » ajouta-t-elle avec une grimace. « Je n'arrive même pas à croire qu'il ait l'audace de s'adresser à moi après toutes les choses qu'il m'a faites. »

« Il ne compte visiblement pas lâcher l'affaire. » commenta-t-il.

« J'avalerais une portée d'œufs de veracrasse gluants avant de le reprendre. » assura-t-elle en secouant la tête avec véhémence. « Et j'en suis allergique. »

Sa remarque sembla amuser Draco. Son regard se fit pensif pendant qu'il observait l'intérieur du bar.

« Tu veux que je lui fasse couper la langue ? » demanda-t-il avec un calme olympien.

Ginny ouvrit la bouche, choquée par cette proposition décadente.

« Quoi ? Bien sûr que non. » s'indigna-t-elle, choquée.

« Pourquoi pas ? Ne me dis pas que tu n'aimerais pas lui donner une leçon ? » devina Draco, levant un sourcil.

« Pas comme ça ! » rugit Ginny, estomaquée. « C'est vraiment de cette manière que tu règles tous tes problèmes ? »

Il l'observa d'un air sérieux pendant de longues secondes et elle soutint son regard, choquée qu'il ne réalise pas en quoi sa proposition était problématique. Soudain, il se mit à rire, et Ginny se sentit stupide en réalisant qu'il se payait sa tête. Elle décrocha un sourire benêt. Une partie d'elle avait vraiment cru qu'il était sérieux. Avec lui, elle s'attendait à tout.

« Au moins, tu as de meilleurs goûts, maintenant. » commenta-t-il avec un air de supériorité qui la fit rougir davantage.

La musique du pub s'arrêta brusquement, et on entendit la voix du propriétaire résonner dans le pub, prévenant les clients que l'établissement fermait ses portes. Ginny jura.

« Je suis en retard, le couvre-feu a commencé. » dit-elle, paniquée.

« Rentrons à l'hôtel. Je ferais en sorte qu'une diligence te raccompagne directement chez toi. » assura Draco.

Elle eut un bref moment d'hésitation avant d'accepter. Marcher jusqu'à son domicile était trop risqué. Cela lui prendrait près d'une demi-heure, pendant laquelle elle serait susceptible d'être contrôlée par les Mangemorts qui pullulaient dans son quartier. Dans la diligence de Draco, personne ne lui poserait de questions et elle serait escortée directement devant son immeuble.

Ils quittèrent le pub, rejoignant le poste de cheminées publiques du Chemin de Traverse, à seulement deux minutes de marche. Dans la rue, une agitation palpable régnait. On reconnaissait rapidement les sorciers de Sang-Impur qui se pressaient dans l'avenue pour rentrer à leur domicile. Le couvre-feu n'était de rigueur que dans certains quartiers de la ville - notamment ceux traditionnellement habités et fréquentés par les sorciers de rang inférieur.

Ils furent transportés dans un quartier bien plus huppé de la ville et marchèrent sur les dalles lisses de l'avenue, afin de rejoindre les grilles de l'Augurey Magistral. Quelques instants plus tard, ils se retrouvèrent dans le bureau de Draco, dont le visage avait désormais retrouvé ses traits habituels après la disparition des divers sorts d'altération. Il retira la cape qu'il portait, et la jeta sur le bras d'un fauteuil.

« La diligence devrait bientôt arriver. » indiqua-t-il. « Tu veux boire quelque chose ? »

Ils n'avaient même pas pu terminer leurs verres, forcés de quitter le Chaudron Baveur précipitamment. Draco se dirigea vers un meuble faisant office de bar personnel et s'empara d'une bouteille d'hydromel dans le cabinet.

Ginny le suivit du regard, soudainement tendue pour une raison obscure.

« Non, ça ira, merci. » refusa-t-elle, croisant les bras contre sa poitrine, faisant mine d'observer un tableau avec une attention particulière.

Un long silence s'installa. Elle n'avait pas quitté sa place près de la porte, comme si elle était prête à partir.

« Tu étais bien plus loquace, tout à l'heure, Ginevra. » commenta-t-il d'une voix traînante.

« J'imagine que nous sommes de retour à la réalité. » répondit-elle sur le ton de l'évidence.

Elle ignorait pourquoi elle était de nouveau intimidée. Pendant toute la journée, elle s'était sentie totalement à l'aise, même lorsqu'ils étaient seuls. Sans doute parce qu'elle avait été dans son propre univers et dans sa zone de confort. La vérité était que, dans le monde de Draco, elle n'était pas dans son élément. Elle s'y sentait comme une étrangère.

Avant ce jour, Ginny n'avait jamais remarqué à quel point son attitude différait selon l'endroit qu'elle fréquentait. Probablement une stratégie de défense – un mécanisme d'adaptabilité que son cerveau se forçait à employer.

« La réalité peut être celle qu'on se crée, Ginevra. » déclara-t-il d'un ton énigmatique.

« Ce n'est pas parce que je t'ai fait passer une journée dans mon monde, que ça change quoi que ce soit à nos situations respectives. » dit-elle avec scepticisme.

Elle crut déceler une once de déplaisir passer dans ses yeux mais elle disparut rapidement. Elle était décontenancée devant sa réaction. Après tout, elle ne faisait qu'être réaliste.

« Si je comprends bien, retour à nos vieilles habitudes ? » dit-il d'une voix lente, en buvant une gorgée d'hydromel.

« C'est normal, non ? » demanda-t-elle avec confusion. « Demain, nos vies vont reprendre. Toi dans ton monde, moi dans le mien. Chacun à sa place. C'est ce que tu dis toujours. »

« C'est vrai. C'est exactement ainsi que les choses devraient être. » déclara-t-il en l'observant fixement, une lueur insondable défilant dans ses yeux gris. « Et pourtant… »

Il laissa sa phrase en suspens et Ginny l'observa avec appréhension, attendant la suite. Il posa son verre sur un recoin du bureau, visiblement en pleine réflexion.

« Et pourtant ? » répéta-t-elle finalement, lassée d'attendre la suite.

Sa question le fit sortir de sa léthargie et Draco se tourna vers elle, une lueur résolue dans les yeux. Il traversa les quelques mètres qui les séparaient, se retrouvant face à elle, plongeant le regard dans le sien. Ginny esquissa un mouvement de recul par réflexe et son dos se retrouva contre la porte. Elle fut toutefois incapable de détourner son regard du sien. Ce même regard intense qu'il avait eu dans les bois, quelques heures plus tôt.

« A quoi joues-tu ? » demanda-t-elle d'une voix chancelante, sans pouvoir s'en empêcher.

« Qu'est-ce qui te fait penser que je suis en train de jouer, Ginevra ? » demanda-t-il en levant un sourcil, dérouté par sa question.

« Tu…Tu es censé détester les gens comme moi. Et pourtant, la manière dont tu te comportes avec moi… Je ne te comprends pas. Et c'est frustrant. » admit-elle.

Elle n'avait pas réfléchi à ses paroles et elle ignorait si elles étaient sensées. Son cerveau était dans un état de confusion tangible. Elle ne savait pas quoi penser de ses interactions avec Draco Malfoy. Tantôt chaud, tantôt froid. Ses intentions étaient mystérieuses.

Pire encore, elle était effrayée par sa propre attitude lorsqu'elle était avec lui. Cette sensation lui assurant qu'elle pourrait totalement perdre le contrôle, en un seul claquement de doigts. N'avait-elle pas promis à Bill qu'elle agirait différemment ? Alors pourquoi faisait-elle le contraire ? Pourquoi empirait-elle les choses en cherchant volontairement sa présence ? Cet homme aurait dû l'effrayer. Et si elle était une personne sensée, elle aurait probablement pris la fuite depuis longtemps. Si les choses continuaient ainsi, elles prendraient une tournure dangereuse, elle en était certaine. Il était urgent et primordial qu'elle se reprenne au plus vite, songea-t-elle.

« Je…. Je crois qu'il serait mieux qu'on arrête de se voir. » dit-elle dans un murmure. « Qu'on garde contact strictement pour notre marché. »

C'était la seule manière pour elle de contrôler un tant soit peu la situation.

« Non. » répondit immédiatement Draco avec fermeté.

« P… Pardon ? » dit Ginny avec désarroi, prise de court par sa réponse.

« J'ai dit… Non. » répéta-t-il d'une voix calme, sans la lâcher du regard.

La jeune femme était abasourdie.

« Tu sais ce que je trouve frustrant, Ginevra ? J'ai pensé toute ma vie que je ne pouvais qu'avoir du dégoût pour les gens comme toi. Je devrais te mépriser voire te haïr et pourtant, pour une raison obscure, je ne parviens tout simplement pas à m'y résoudre. » admit-il.

Il avait avoué cela avec irritation, comme si cette vérité l'agaçait profondément.

« Et crois-moi, j'ai passé des heures à chercher une raison valable pour l'expliquer. Sans succès. » déclara Draco d'une voix lente, l'observant d'un air pensif, comme s'il cherchait un quelconque indice sur son visage.

Il s'était approché d'elle tandis qu'il parlait. Ginny resta figée, incapable de rompre le contact visuel, stupéfaite par les mots qu'elle entendait. La distance entre leurs visages était désormais imperceptible.

« Je n'ai nullement l'intention d'arrêter de te voir, Ginevra. Et très sincèrement, je ne crois pas une seule seconde que tu veuilles également arrêter. » assura Draco, sa voix si basse qu'elle sonnait presque comme une caresse à l'oreille de la jeune femme.

Puis, sans prévenir, Draco se pencha sur le visage de Ginny et pressa fermement ses lèvres contre les siennes. Il resta immobile pendant quelques secondes, comme s'il voulait évaluer si elle comptait le repousser. Mais la jeune femme n'en fit rien. Une fois sa surprise passée, elle entrouvrit même ses lèvres et accueillit la langue de Draco, approfondissant le baiser.

Draco glissa une main dans sa longue chevelure, et la plaqua contre la porte tandis que ses lèvres dévoraient les siennes avec avidité, comme s'il se laissait aller à un acte réprimé depuis trop longtemps.

Une sensation électrisante traversa le corps de Ginny. Pendant l'espace d'un instant, elle crut même qu'elle allait imploser. La chaleur de son corps plaqué contre le sien provoquait des frissons intenses dans chacun de ses membres. Elle enfouit sa main dans les cheveux parfaitement coiffés de Draco à son tour, pendant que leurs langues se caressaient avec ferveur et sensualité.

Plus rien ne semblait compter autour d'elle à part la sensation enflammée des lèvres brûlantes de Draco sur les siennes et de ses mains sur son corps, la consumant presque de l'intérieur.

Lorsqu'ils s'écartèrent, tous les deux à bout de souffle et haletants, Ginny réalisa à son expression qu'il était aussi désorienté qu'elle. Les lèvres de Ginny étaient encore en feu, marquées par son toucher passionné.

Elle peinait à décrire les sensations qu'elle éprouvait à cet instant précis. L'impression que son corps était en combustion. Comment était-ce physiquement possible ? Comment un simple baiser pouvait-il la mettre dans un état aussi intense ? C'était comme si elle avait quitté la réalité pendant l'espace d'un instant.

Le retour à la réalité fut toutefois brutal, lorsque des coups retentirent contre la porte du bureau, la faisant sursauter. Elle croisa à nouveau le regard de Draco qui sembla lui aussi sortir de sa torpeur. Elle s'empressa de s'écarter pour le laisser ouvrir la porte.

Une femme qui portait un tailleur aux couleurs de l'hôtel se présenta dans l'encadrure.

« La diligence que vous avez réclamée est prête, monsieur Malfoy. » indiqua-t-elle poliment.

Draco se tourna vers Ginny qui hocha la tête, s'empressant de quitter la pièce, le regard résolument rivé devant elle, incapable de le regarder de nouveau.

Lorsqu'elle pénétra dans la diligence, quelques instants plus tard, et que celle-ci s'éleva dans les airs, son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Elle porta de nouveau ses doigts à ses lèvres, comme pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un rêve. Elle pouvait encore sentir la sensation des lèvres chaudes et pressantes de Draco sur les siennes.

Ce qu'elle redoutait venait d'arriver. Et elle n'avait rien fait pour l'empêcher. Au contraire, elle s'était laissée aller totalement, comme une plongée dans le vide, la tête la première, espérant se faire rattraper avant d'atteindre le sol.

Ginny fut traversée d'un sentiment étrange, lui assurant qu'elle ne pourrait désormais plus faire marche arrière.

Plus alarmant encore – elle réalisa qu'elle n'avait aucune intention de le faire.


YEEESSSS.

Hyperventilation. Gloussements stupides. Danse de la victoire. Cris aigus de groupie.

J'espère que vous avez apprécié ce chapitre. Je l'ai écrit en trois soirées tellement c'est passé tout seul (je parle bien de l'écriture, hein…) Draco dans la plèbe et Ginny qui s'en délecte, c'est vraiment un sketch haha.

Et enfiiiiiiin le baiser tant attendu ! Ça nous aura juste pris 11 mois de publication, 23 chapitres et plus de 200 000 mots, mais ça en valait la peine non ? :p

Mon cœur de fangirl est en totale implosion. Le Drinny, c'est la vie franchement. Préparez-vous pour l'ascenseur émotionnel qui va suivre avec ces deux-là :p

Pour celles (ai-je même des lecteurs masculins ?) d'entre vous qui ont lu ma fic Dirty Homecoming Queen, pendant leur premier rencard, c'est Draco qui fait découvrir le Parcours de la Mort à Ginny. Son impression de déjà-vu était une référence à ce passage (oui dans ma tête, c'est Inception, tout est lié, Draco et Ginny vivent juste des réalités alternatives à chaque fois. Ils sont faits l'un pour l'autre, que voulez-vous ? :p)

Vous êtes obligéeees de commenter après ce chapitre, sérieux. Je veux TOUT savoir de vos réactions sur ce qu'il s'est passé ! Sinon vous prenez le risque d'attraper des impuretés sérieusement traumatiques ou des immondices sacrément tourmentantes ! Donc à vos risques et périls :p

Peace,

Une fangirl heureuse