Valeur et vigueur le gang,

Tout d'abord, je vous souhaite une très belle année 2022 ! Tous mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année !

Pas de grandes résolutions pour moi. Je compte juste réussir à garder un bon rythme de publication et continuer à vous offrir une histoire de qualité, pleine de surprises et de suspense, malgré mon projet original sur lequel je bosse à côté :)

Un grand merci à mes revieweuses – Jiwalumy, Lestrange-maria, Fleur d'Ange, Fatia Obisesan & DI5M pour vos commentaires et votre assiduité **cœurs**

Vous pouvez aussi retrouver des liens vers la playlist de ce chapitre ainsi qu'un montage photos sur mon profil d'auteure.

Bonne lecture !

XXXII. Cartes sur Table

Installée sur le balcon filant qui bordait la chambre de Théodore, Hermione observait les imposants jardins du Manoir d'un air pensif, son attention rivée sur les silhouettes des jumeaux Nott.

Georgina se tenait debout sur un balai, à une dizaine de mètres du sol. Elle virevoltait dans les airs, exécutant des acrobaties souples et agiles avant de revenir en équilibre sur le balai. Elle utilisait la force du balai pour se propulser toujours plus haut et donner du dynamisme à ses sauts.

L'envolée synchronisée était le nom de cette discipline dont Hermione n'avait jamais entendu parler avant de rencontrer Georgina. Elle mélangeait gymnastique et vol aérien et exigeait une impressionnante énergie musculaire, de la souplesse et de la grâce. La jeune femme leur avait expliqué qu'elle s'exécutait parfois en duo ou en groupe.

Après avoir réalisé une figure particulièrement impressionnante qui consistait à exécuter des tours très rapides sur elle-même, Georgina effectua un grand jeté et retomba au centre du balai, en parfait équilibre.

Hermione fut impressionnée par la puissance et l'élégance de Georgina. Elle-même n'avait jamais été très douée dans les activités physiques. Même Ginny avait rapidement abandonné l'idée de la faire monter sur un balai volant. Son cerveau avait toujours été l'organe qu'elle préférait stimuler. Cela remontait à son enfance. Ses parents l'avaient inscrite à un cours de danse classique lorsqu'elle fréquentait encore l'école moldue. Elle n'avait jamais été particulièrement gracieuse et son manque de patience avait causé la frustration du professeur et la sienne. Les Granger avaient finalement opté pour un club de sciences, bien plus adapté aux intérêts de leur fille.

Georgina effectua une révérence avant de prendre une position assise sur le balai. Elle tourna la tête vers le balcon où se trouvait Hermione et agita son bras dans sa direction avec enthousiasme, comme pour la saluer.

Hermione grimaça, embarrassée d'avoir été surprise à l'épier. Après un bref moment d'hésitation, elle secoua à son tour la main avant de retourner à l'intérieur, refermant la porte du balcon derrière elle.

Hermione savait qu'elle devait faire des efforts avec Georgina. Elle ne s'était pas montrée particulièrement accueillante depuis son arrivée. Elle n'avait jamais été le genre de personne ouverte à de nouvelles amitiés. Elle ne faisait pas facilement confiance aux inconnus et elle ne cherchait pas à élargir son cercle social.

Hermione se demandait si sa froideur envers Georgina provenait d'un autre sentiment. Était-il possible qu'une part d'elle se sente délaissée par Théodore ? Après tout, depuis le retour de la jeune femme, tout semblait lui tourner autour.

La jeune femme rejoignit le hall principal du Manoir. Elle y trouva Théodore et Georgina en grande discussion, rentrant de leur balade dans le jardin. Elle s'efforça de plaquer un sourire sur ses lèvres tandis qu'elle arrivait à leur hauteur.

« Comment as-tu trouvé ma prestation, Hermione ? » demanda Georgina à son attention, les yeux pleins d'espoir.

« C'était très joli. » répondit Hermione avec sincérité.

« Elle a ça dans le sang. Tous les Nott excellent dans une ou plusieurs disciplines artistiques. » affirma Théodore avec fierté.

Georgina lui adressa un sourire éclatant et Hermione s'efforça de ne pas lever les yeux au ciel.

« Où as-tu appris cela ? A l'orphelinat ? » interrogea Hermione avec curiosité.

« Non. » répondit Georgina, tandis qu'elle retirait les gants en peau de dragon qu'elle avait revêtus.

« Chez l'une des familles où tu as vécu temporairement, alors ? » insista Hermione.

Georgina hocha la tête, visiblement prise de court par son insistance.

« Oui. Et ça m'a beaucoup plu, alors j'ai continué dès que j'en ai eu l'occasion. » indiqua Georgina d'une voix un peu froide, visiblement ennuyée par les questions appuyées d'Hermione.

Elle reposa le balai sur le bord de l'escalier.

« Si vous voulez bien m'excuser, je vais me changer avant le déjeuner. » annonça Georgina avant de s'éloigner.

Hermione se tourna vers Théodore qui l'observait avec perplexité, les sourcils froncés.

« Pourquoi lui poser toutes ces questions ? » interrogea-t-il.

« Pourquoi ne te poses-tu aucune question ? » rétorqua Hermione, avant de pouvoir s'en empêcher.

Elle ne comprenait pas la confiance aveugle que Théodore plaçait en Georgina. Même s'ils étaient liés par le sang, il ne connaissait rien d'elle. A chaque fois qu'ils abordaient le sujet de son passé, la jeune femme devenait vague et s'empressait de changer de sujet.

« Tu ne trouves pas étrange qu'elle ne parle jamais de son passé ? » demanda Hermione. « Ça ne te rend pas curieux ? »

« Elle m'en parlera quand elle sera prête à le faire. Qui sait ce qui lui est arrivé ? Est-ce que tu aimerais qu'on te harcèle ainsi pour parler de ton passé ? » interrogea Théodore d'un ton hargneux.

Sa question, dure mais juste, la prit au dépourvu. Elle pouvait voir à son visage qu'il était mécontent et Hermione réalisa qu'elle était allée trop loin. Malgré ses opinions personnelles au sujet de Georgina, elle ne devait pas laisser ses insécurités dicter sa conduite. Même si elle comprenait l'exaspération de Théodore, son ton cassant la désempara. Il était rare qu'ils se disputent.

« Je… Je suis désolée. » s'excusa-t-elle. « Tu as raison, je n'aurais pas dû la questionner ainsi. Je vais m'excuser. »

L'expression de Théodore s'adoucit et il sembla soulagé qu'elle n'insiste pas davantage. Il détestait la confrontation.

« Merci, Hermione. Je ne veux pas la brusquer. Si elle veut nous raconter son histoire, elle le fera au moment venu. De son plein gré. » ajouta-t-il d'une voix ferme, après une courte hésitation.

Elle devait admettre que son argument n'était pas mauvais. Et si Georgina avait vécu des événements traumatisants par le passé, sur lesquels elle ne voulait pas s'épancher devant une inconnue comme elle ? Après tout, Hermione elle-même était bien placée pour le comprendre. Hormis Théodore, personne de son entourage ne connaissait ses propres secrets. Elle réalisa qu'il était primordial qu'elle fasse preuve de davantage d'empathie, surtout pour Théodore. Elle se contenta donc d'acquiescer, préférant en rester là même si ses réserves étaient toujours présentes.

Hermione se dirigea vers les escaliers, suivant la direction qu'avait empruntée Georgina quelques instants plus tôt. Elle se dirigea vers l'aile est du Manoir, où sa chambre était située. Tandis qu'elle passait devant une salle qui faisait office de galerie, où les Nott avaient entreposé soigneusement des artefacts anciens derrière des vitrines, Hermione aperçut Georgina dans la pièce, occupée à examiner des coupes.

Hermione s'éclaircit la gorge et Georgina sursauta, faisant tomber au sol ce qui ressemblait à de la vaisselle argentée.

« Oh, Hermione. Tu m'as fait peur. » dit-elle avec un rire nerveux, en s'empressant de ramasser les coupes tombées au sol pour les replacer soigneusement sur les étagères.

« Tu cherchais quelque chose ? » demanda Hermione d'une voix lente.

« Pas vraiment. Je me suis perdue, à vrai dire. Cet endroit est tellement gigantesque et je suis tellement tête en l'air. » dit Georgina en souriant, passant une main dans ses longs cheveux noirs. « Je cherchais ma chambre et je suis tombée sur cette pièce. On dirait un musée. »

Hermione ne répondit pas immédiatement, un détail sur le visage de Georgina attirant son attention. Elle fronça les sourcils, se demandant si elle ne l'avait pas rêvé.

« Tout va bien ? » demanda gentiment Georgina.

« Je… Oui… J'ai cru voir… Peu importe. » répondit Hermione en secouant la tête.

Elle soupira longuement, cherchant ses mots. Elle n'avait jamais été très bonne pour faire des excuses. Probablement parce qu'elle avait cette manie de toujours vouloir avoir raison. Reconnaître ses erreurs la piquait dans sa fierté personnelle. Elle savait pourtant qu'elle n'avait pas été juste envers Georgina et elle ne voulait pas que sa relation avec Théodore soit mise à mal à cause de sa méfiance naturelle.

« Je voulais m'excuser, pour tout à l'heure. Je ne voulais pas te paraître… » commença-t-elle.

« Inquisitrice ? » suggéra Georgina avec un sourire en coin. « Ne t'inquiète pas, je comprends. Après tout, on ne se connait pas encore très bien, toi et moi. Et tu te préoccupes de Théodore, c'est normal. Tu es une bonne petite-amie. »

Hermione fut déstabilisée par ses paroles et sa compréhension. Son effarement s'accrut davantage quand Georgina s'approcha d'elle, posant ses mains sur ses épaules, une lueur joyeuse dans ses yeux pers.

« Je veux simplement qu'on devienne amies. Après tout, c'est important pour mon frère. » dit-elle d'un ton appuyé avant de la serrer brièvement dans ses bras, laissant Hermione un peu abasourdie.

Georgina s'écarta d'elle, sans se défaire de son sourire.

« Maintenant que tu es là, peux-tu m'aider à retrouver ma chambre ? Je crois sérieusement qu'il va me falloir une carte. Tu crois que Théo en a une ? » demanda-t-elle gaiement avant de s'engager dans le couloir, Hermione sur ses talons.

Le lendemain, en début de journée, Georgina quitta le manoir.

« Je ne veux pas vous importuner plus longtemps. » dit-elle à l'attention de Théodore.

« Tu ne nous importes absolument pas, Gina. Tu es toujours la bienvenue ici. C'est chez toi. » lui assura Théodore.

Georgina jeta un regard en biais vers Hermione.

« C'est gentil. Mais il faut vraiment que je rentre, de toute façon. Je dois retourner au travail. » annonça Georgina en soupirant. « Mon patron va me tuer si j'arrive encore en retard. »

Elle travaillait en tant que serveuse dans une taverne.

« Quand vas-tu revenir ? » demanda Théodore.

« Je ne sais pas trop. » répondit Georgina, en jetant un nouveau regard hésitant vers Hermione.

C'était la deuxième fois qu'elle répétait ce geste et Hermione réalisa qu'elle le faisait probablement de manière délibérée. C'était comme si elle voulait sous-entendre à Théodore que sa visite éventuelle dépendrait d'Hermione. Cette dernière resta toutefois silencieuse, s'efforçant de dissimuler son irritation.

« Mais tu peux venir me rendre visite, si tu veux. Nous pourrions prendre un café, demain, après ma journée de travail. » suggéra Georgina.

Théodore hocha la tête, semblant heureux de la proposition. Georgina l'étreignit et fit un geste de la main vers Hermione.

« A bientôt ! » dit-elle, avant de suivre un elfe de maison vers la sortie du Manoir.

Hermione tourna la tête vers Théodore qui observait sa sœur s'éloigner d'un air attristé, comme s'ils venaient de se faire des adieux déchirants, et qu'il ne pourrait jamais la revoir. Même si Hermione ne l'aurait jamais avoué de crainte de paraître sans cœur, elle fut heureuse de voir Georgina partir.

Théodore sembla plus morne qu'à son accoutumée pendant le reste de la journée. Hermione sentit qu'il était un peu distant avec elle et préféra le laisser tranquille. En début de soirée, ils reçurent toutefois une visite qui leur fit oublier le sujet Georgina. Oscar Sleezer, le détective privé qu'ils avaient récemment mandaté, se présenta au Manoir.

« Valeur et vigueur. » les salua-t-il, retirant le large chapeau haut de forme d'un bleu persan qu'il portait, assorti à son costume.

« Valeur et vertu, monsieur Sleezer. » l'accueillit Théodore, semblant perdre sa mauvaise humeur. « Nous ne nous attendions pas à vous voir aussi vite. »

« J'essaie de tenir mes clients informés de mes avancées aussi régulièrement que possible. Et je préfère les entrevues face à face plutôt que les hiboux et les conversations par cheminée, qui peuvent être interceptés à distance. » expliqua Sleezer.

A travers les rares interactions qu'ils avaient eues avec cet homme, ils avaient réalisé qu'il ne prenait aucun risque. Sa paranoïa aurait sans doute pu paraître extrême, mais à la vue des dossiers sensibles qu'il gérait ainsi que son portefeuille de clients, cette attitude était justifiée. Son approche et sa politique de discrétion totale étaient probablement les arguments vendeurs auprès de sa clientèle.

Il hocha la tête distraitement lorsque Zéphyr posa une tasse de thé face à lui.

« Pour commencer, j'ai fait analyser la missive à un graphomage. » informa Sleezer.

« Un graphomage ? » répéta Théodore avec confusion.

« Un spécialiste qui analyse l'écriture pour mettre en relief les traits de personnalité d'un individu. » expliqua Sleezer avant de revêtir des lunettes rectangulaires en peau de dragon sur son nez. « Les Aurors utilisent parfois cette méthode dans leurs enquêtes de kidnappings contre rançon. Ce message est particulièrement court, ce qui limite l'analyse, mais il fournit déjà quelques éléments pour nous aiguiller dans l'enquête. »

Hermione comprit pourquoi il se vantait d'être l'un des meilleurs dans son domaine. Lorsqu'elle avait reçu la missive, et qu'elle l'avait montré à Théodore plus tard, ils s'étaient tous les deux retrouvés complètement perdus, ne sachant pas comment procéder pour trouver des indices.

Analyser l'écriture de l'expéditeur ne lui serait jamais venu à l'esprit. Contrairement à Théodore, elle avait déjà entendu parler des graphomages. Ils décryptaient généralement des vieux manuscrits originaux. Cette méthode permettait notamment de retrouver les auteurs de manuscrits anonymes, en comparant leur écriture. Pendant la répression de Voldemort, des graphomages avaient été mandatés pour identifier des auteurs dissidents qui utilisaient des noms de plume pour écrire des textes prônant l'opposition.

« L'auteur de ce message a quatre-vingt-dix pour cent de chance d'être une femme. Probablement jeune, relativement immature. Type d'écriture rapide, ce qui signifie que le scripteur a l'habitude d'écrire. Son écriture est étroite, ce qui dénote un esprit prudent et de faible caractère. » commença à lire Sleezer, les yeux rivés sur un parchemin.

Hermione l'écouta attentivement tandis qu'il continuait de donner des détails de l'analyse qui se basait sur l'inclinaison et la direction de la ligne ainsi que la pression de l'encre.

« Votre spécialiste peut établir un profil aussi poussé avec une missive aussi courte ? » demanda Théodore, médusé.

« Mon contact est l'un des meilleurs dans son domaine. Il a une expertise très poussée. » assura Sleezer. « Je ne travaille qu'avec les meilleurs, rassurez-vous. »

« Et si la personne avait volontairement changé sa façon d'écrire pour ne pas être reconnue ? » argumenta Théodore.

« Le graphomage aurait également pu l'identifier. Croyez-le ou non, monsieur Nott, mais se forcer à changer d'écriture n'est pas aussi simple qu'on le pense. L'écriture devient moins uniforme, même inconsciemment. Un graphomage peut identifier ces signes de contradiction. » expliqua Sleezer, qui avait visiblement réponse à tout.

Malgré les détails du profil établi par Sleezer et le graphomage, Hermione était toujours incapable de le faire coller à une personne de son entourage. Sur la liste des noms qu'il avait établie pendant la première entrevue, Sleezer avait raturé tous les hommes.

« Le graphomage m'a également fait remarquer que le parchemin utilisé n'est pas standard. C'est un type de papier très délicat et coûteux qu'on ne trouve pas partout. Je suis actuellement en train de le faire analyser pour identifier sa provenance. Une fois que j'aurais cette information, je contacterai tous les fournisseurs de ce type de parchemin. » déclara Sleezer.

« Vous avez l'air d'être bien préparé. » commenta Théodore, visiblement impressionné.

« Je vous l'ai dit, monsieur Nott, c'est mon métier. La satisfaction de mes clients est primordiale. » assura Sleezer, reprenant à nouveau cet air de vendeur qu'il arborait parfois.

Il se tourna vers Hermione qui était toujours plongée dans ses pensées.

« En attendant que j'obtienne cette information, Miss Granger, je souhaite que vous repreniez la liste des suspects et que réfléchissiez sur les personnes qui pourraient correspondre au profil. » sollicita Sleezer.

Hermione hocha la tête, échangeant un regard grave avec Théodore. Cette personne ne lui avait jamais semblé si éloignée et proche à la fois. Il était toutefois primordial qu'elle la retrouve au plus vite.

Elle ne pouvait pas prendre le risque que son secret soit dévoilé. Sa vie en dépendait.

/

Blaise Zabini laissa distraitement courir ses doigts sur l'imposante table à laquelle il était à la tête, ses pensées tournées vers les récentes révélations de Ludovic Verpey.

Peu de gens osaient s'opposer aux Zabini. En quelques années seulement, leur famille s'était imposée comme des figures importantes du pays grâce à leur monopole sur les activités illégales.

Grâce à leur sens des affaires, leur créativité, et leur discipline, ils avaient étendu leur territoire rues par rues et quartiers par quartiers. Ils contrôlaient Londres et la majorité des grandes villes du régime. Seules quelques zones, plus rurales, leur échappaient encore. Elles n'étaient pourtant pas une priorité du fait de leur potentiel économique peu intéressant.

Nombreux seraient surpris d'apprendre comment le clan Zabini gérait ses activités. Le mode de fonctionnement n'était pas loin d'une véritable entreprise légale. Ils avaient une structure organisée, composée de départements clefs qui fonctionnaient en tentacules bien rodées. Tous les subalternes avaient des objectifs – en dépit de leur niveau hiérarchique. Ceux qui les remplissaient étaient récompensés par des promotions et des ressources supplémentaires. Ceux qui ne les remplissaient pas étaient réprimandés.

Tous les mois, Blaise analysait l'activité des affaires en compagnie de ses six lieutenants principaux, tous à la tête d'une spécialité spécifique. Il déléguait toute la stratégie de terrain à ces hommes de confiance qui avaient tous fait leur preuve à travers les années.

Les lieutenants commandaient des capitaines, qui géraient eux-mêmes des associés. Ces derniers besognaient directement sur le terrain pendant que les chefs s'assuraient que toutes les activités tournent correctement.

Blaise n'avait pas besoin de se mêler aux affaires de terrain. C'était d'ailleurs trop risqué à la vue de sa position dans la pyramide. Il se contentait seulement de faire des apparitions de temps à autres, pour l'image.

Cette péripétie avec Scarlett l'avait pourtant fait sortir de sa tanière. Cela avait été l'occasion rêvée d'identifier cet ennemi discret dont la menace planait sur eux depuis déjà quelques années. La jeune femme était apparue comme un cadeau parfaitement emballé, posé au pas de sa porte.

Blaise savait que les personnes qui tentaient de s'attaquer au clan Zabini n'étaient pas de vulgaires voyous avec la folie des grandeurs. Il était persuadé qu'il s'agissait de quelqu'un d'important dans le régime, assez haut placé pour posséder les ressources et l'audace - ou la folie - de les défier.

Scarlett lui était apparue comme le moyen parfait pour remonter jusqu'à l'ennemi. Blaise avait décidé de s'en occuper personnellement. Il ne pouvait pas se permettre de laisser des rumeurs parmi ses rangs, indiquant qu'on osait défier sa famille. L'image et la perception qu'ils renvoyaient étaient cruciales. Il était primordial qu'il se montre sans pitié et fort dans ces circonstances afin de maintenir leur réputation, de dissuader quiconque voudrait suivre cet exemple et braver leur domination. Son enquête était restée discrète, mis à part quelques hommes de main proches qui avaient été tenus au courant.

Lorsqu'il avait obtenu l'information souhaitée, il avait préféré se débarrasser de Scarlett, ne pouvant pas s'assurer de sa loyauté. Elle n'avait été qu'un dommage collatéral. Le vague attachement qu'il avait commencé à former pour elle n'avait pas été suffisant pour la laisser en vie.

Blaise Zabini était un homme prudent. S'il avait appris quelque chose rapidement, c'était qu'il ne fallait jamais laisser de traces, surtout lorsqu'il s'agissait d'une affaire aussi importante. La mort de Verpey avait été qualifiée d'accidentelle, comme il l'avait prévu lorsqu'il avait ordonné à ses hommes de laisser la dépouille auprès de bois fréquentés par des créatures sanguinaires. Le corps de Scarlett, lui, ne serait jamais retrouvé - Blaise s'en était assuré. Il ne voulait pas tirer la sonnette d'alarme de son ennemi en laissant deux cadavres, à la vue de tous, successivement.

Toujours installé à la longue table sombre en bois de cerisier qui dominait la pièce, Blaise écoutait attentivement les comptes rendus de ses lieutenants. Les deux derniers mois avaient changé le paysage économique des activités illégales du régime à cause d'un climat politique agité. Le gouvernement avait pris des mesures strictes, ce qui avait eu des conséquences immédiates.

« Il est plus difficile de trouver des chattes depuis l'instauration du couvre-feu. » expliqua Antonin Dolohov, chargé du trafic de personnes et de créatures magiques.

Une majorité des travailleuses du sexe était composée de femmes de Sang-Impur, plus inclines à vendre des faveurs sexuelles contre rémunération à cause de leur statut inférieur et leur manque de perspectives d'avenir.

Depuis le couvre-feu, elles n'étaient toutefois pas autorisées en public à des heures tardives, ce qui signifiait qu'elles ne pouvaient pas fréquenter ses nombreux établissements nocturnes comme les boîtes de nuits ou les maisons closes.

En temps normal, Dolohov et ses capitaines parvenaient à corrompre les forces de l'ordre pour éviter les contrôles mais il était trop onéreux de le faire pour tous les établissements. Le gouvernement avait serré la vis, y compris auprès de ses fonctionnaires, et la corruption devenait plus laborieuse.

Amara, la mère de Blaise, et accessoirement Gouverneure au sein du Coven sacré, lui avait demandé de faire profil bas sur certaines activités jusqu'à l'arrêt du couvre-feu.

« C'est aussi compliqué chez nous, pour les mêmes raisons. » intervint Jachike Nwaike, le chef des Truands. « Nous avons enregistré trente pour cent de baisse sur les tributs, le mois dernier. »

Ils demandaient une taxe régulière à certains commerces en échange d'une protection.

« J'ai mis davantage de ressources sur les braquages et les cambriolages pour essayer de compenser la perte. » poursuivit-il.

« Pourquoi ne pas baisser temporairement le tarif des tributs pour leur permettre de continuer à payer ? Leur dire qu'ils auront un rabais pendant les prochaines semaines. On pourra au moins récupérer quelque chose là-dessus. » suggéra Hunter Avery.

« Dit comme le vrai homme d'affaires que tu es, Avery. » commenta Dolohov avec un rire gras.

Avery Senior, le lieutenant le plus âgé et probablement le plus expérimenté, était à la tête des activités de faussaires. Il avait un sens aigu des affaires. Avery était banquier de formation et avait occupé plusieurs fonctions importantes dans la finance, y compris au sein du Ministère. Il clamait que ses actions les plus douteuses avaient été effectuées quand il travaillait encore au Ministère.

Grâce à son expertise, il savait comment optimiser les activités de sa branche, alternant blanchiment d'argent, prêts à haut intérêt à des personnes non solvables, jeux d'argents illégaux, la copie ou la vente de faux ou encore la production de fausse monnaie.

« Eh bien, chers lieutenants, je suis ravie d'annoncer que nous avons réalisé plus de vingt pour cent supplémentaires, comparé au mois précédent. Et quarante pour cent depuis le trimestre dernier. » intervint la lieutenante Meixhan Lee avec satisfaction, en charge de toutes les activités de passeurs, comme la contrebande et le recel d'artefacts interdits.

Elle gérait également le trafic de drogues et autres substances illicites qui se vendaient plus que jamais. Cette activité n'avait cessé d'accroître ces dernières années, depuis sa nomination au rang de Lieutenant.

Derrière sa petite taille, sa silhouette menue et son sourire de grand-mère avenante, se cachait un véritable bourreau, crainte par ses subalternes pour sa sévérité. Elle ne laissait rien passer. Elle organisait régulièrement des lynchages publics pour dissuader les associés qui se remplissaient les poches en secret, par mesure de dissuasion.

« Excellent. Et qu'en est-il des passages ? » demanda Blaise.

« Il y a de plus en plus de contrôles, boss. Plusieurs trajets ont dû être annulés, en particulier sur la fin de l'année. » indiqua Lee.

Ils organisaient des entrées et des sorties illégales sur le territoire. C'était sans aucun doute l'une des activités les plus complexes, car étroitement surveillée. Si le gouvernement était prêt à fermer les yeux sur certaines activités, ce n'était pas le cas des passages clandestins. Faire sortir des gens du régime illégalement, et notamment des Sang-Impurs ou des dissidents potentiels était passible de la peine capitale.

L'activité était donc traitée avec beaucoup de prudence. Blaise la poursuivait car il souhaitait être sur tous les fronts. Et il savait que s'il ne proposait pas ce service, quelqu'un d'autre le ferait. Il ne pouvait pas laisser passer la moindre concurrence.

« Les postes de contrôle n'ont pas reçu leur pot-de-vin ? » demanda Blaise en levant un sourcil.

« Les prix des pots-de-vin ont augmenté. Nos contacts aux contrôles de la douane rechignent à les prendre à cause du climat politique. Ils veulent donc recevoir une compensation à hauteur du risque. » expliqua Lee. « Et ce n'est plus profitable pour nous. »

Blaise hocha la tête avant de se tourner vers son dernier lieutenant, en charge des forces lourdement armées qui organisaient des assassinats commandés, des kidnappings ou encore du mercenariat illicite, afin d'écouter son compte-rendu.

A la fin de la réunion, Blaise quitta le bâtiment, arborant un air préoccupé tandis qu'il grimpait dans sa diligence. Il devrait à son tour faire un compte-rendu à son propre chef. Et les nouvelles n'étaient pas des meilleures.

Une heure plus tard, Blaise pénétra dans une large cour intérieure, dotée d'une façade monumentale. Sur les murs de pierre, des formes animales avaient été soigneusement sculptées et leurs yeux perçants suivaient les visiteurs tandis qu'ils passaient la porte principale pour accéder à l'intérieur.

Il entra directement dans les thermes du domaine, avec son sol entièrement lavé de marbre blanc. Au centre de la salle, trois sources d'eaux chaudes saillaient autour d'une colonne en or, surmontées d'un chapiteau et d'une statue représentant le corps d'une femme nue, avec une tête de reptile. La pièce était d'un luxe décadent, avec sa coupole ornée de mosaïques et de matières précieuses, dont les fragments rares provenaient d'endroits à travers le monde entier. Une jeune femme s'approcha de Blaise avec un plateau pour lui proposer une boisson. Il secoua la tête et elle s'éloigna, la tête baissée, dans une position de respect.

Des gardes étaient postés à toutes les entrées. Ils semblèrent tous se tendre lorsque des feulements se firent entendre. Blaise sentit quelque chose passer contre sa jambe. Il se retourna et aperçut une imposante créature au crin noir de jais s'arrêter devant lui, l'observant de ses yeux d'un doré étincelant.

Quelqu'un d'autre aurait sans doute pris peur devant la panthère puissante qui lui faisait face. Loin d'être effrayé, Blaise approcha sa main pour caresser le flan du prédateur avec affection.

« J'ai beaucoup de choses à te dire, mama. » annonça-t-il en igbo, leur langue natale.

La panthère rugit en direction de la femme qui avait servi Blaise, faisant sursauter cette dernière de frayeur.

« Tout de suite, maîtresse. » dit-elle en se ruant vers un cabinet, saisissant ce qui ressemblait à une étoffe.

La jeune femme se dirigea ensuite vers une porte attenante, Blaise sur ses talons. Ils pénétrèrent dans un petit salon, doté d'un fauteuil Récamier et d'une table basse pour seul mobilier. Des masques décoratifs étaient alignés sur les murs, représentant des visages sculptés dans l'ébène. A leur entrée, les yeux des masques s'ouvrirent, guettant leurs faits et gestes avec attention pour certains et ennui pour les autres.

De l'autre côté de la pièce, se dressait un paravent fin et la jeune servante s'empressa de le rejoindre. La panthère la suivit, ses gestes lents et gracieux. A travers le paravent, Blaise vit l'ombre de la panthère s'agiter. Elle se transforma, perdant sa forme à quatre pattes, au profit d'une silhouette humaine et féminine. La servante drapa un vêtement sur elle. Quelques secondes plus tard, Amara Zabini fit irruption devant Blaise, vêtue d'un peignoir en satin. Elle posa un baiser sur le front de son fils avant de prendre place à ses côtés sur le fauteuil. Elle fit craquer sa nuque et s'étira longuement, comme si elle tentait de s'habituer au retour à sa forme humaine.

Amara était une animagus, une tradition commune chez ses ancêtres féminines. Sa famille, venant d'une puissante lignée de sorciers nigérians à la pureté exemplaire, avait pourtant vécu parmi les Sans-Magie. Ils avaient prospéré pendant des générations parmi eux, en dissimulant leur réelle nature. Son père avait été le dernier chef du village dans lequel elle avait grandi.

A sa mort, un marchand véreux avait voulu reprendre le pouvoir sans droit. Il avait tenté de forcer une union avec Amara, qui avait encore seize ans à l'époque. Elle avait alors transformé une branche d'arbre en vipère des pyramides. Le reptile s'était faufilé dans la maison du marchand par une fenêtre laissée ouverte et avait violemment mordu l'homme dans son sommeil. Il avait succombé de ses blessures quelques jours plus tard.

Tous les hommes qui avaient tenté de s'imposer à elle, attirés par sa beauté stupéfiante, avaient subi le même sort, jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'il ne s'agissait pas d'une simple coïncidence. Amara avait quitté le village, après avoir terminé sa scolarité à Uagadou, la plus grande école de sorcellerie africaine, qui se dressait dans les montagnes de l'Ouganda.

Amara avait toujours été particulièrement douée en Transmutation, la discipline que les britanniques appelaient Métamorphose. A quatorze ans seulement, elle était devenue une animagus, prenant la forme d'une puissante panthère.

C'était à Lagos, la capitale nigériane, qu'elle avait croisé le chemin de Richard Zabini, un riche diplomate venant du Brésil. Leur rencontre avait été un coup de foudre. Après une vie à cacher sa nature aux Sans-Magie, il lui avait fait découvrir un monde différent, où elle pouvait vivre sa magie comme elle l'entendait.

Contrairement au Royaume-Uni, la population sorcière nigériane vivait de manière totalement recluse et dissimulée des Sans-Magie. La population du pays croyait toutefois en l'existence de la sorcellerie, présente dans de nombreux folklores. Les Sans-Magie justifiaient tous les malheurs de leur quotidien par la sorcellerie : échecs professionnels et scolaires, pauvreté, maladies ou encore adultères. La plupart des sorciers vivaient donc dans l'ombre et s'efforçaient de ne pas utiliser leur magie.

Amara était une femme d'affaires talentueuse, avec un esprit de persuasion extrêmement puissant. Il était évident que sa beauté avait toujours été un atout pour elle. Elle venait d'une lignée lointaine de sirènes, cousines éloignées des Vélanes, qui se trouvaient aux abords du continent africain. Tout au long de sa vie, Blaise avait vu les gens tomber sous le charme de la beauté irréelle et fracassante de sa mère. Malgré sa cinquantaine avancée, Amara en paraissait à peine trente.

Les Zabini avaient débuté leur empire d'activités illicites au Nigéria. Ce dernier s'était rapidement développé en Afrique de l'ouest, faisant d'eux l'une des familles les plus puissantes de la région.

Lorsqu'ils avaient émigré au Royaume-Uni, sous un couvert diplomatique, ils avaient commencé par acquérir divers établissements de divertissement afin d'étendre leur influence sur les activités illégales, engrangeant un profit impressionnant.

Le talent d'Amara pour le réseautage, ses capacités de persuasion, et son sens des affaires lui avait permis de rapidement se retrouver dans les grandes sphères du régime, se faisant des amis hauts placés.

Leur entrée dans le groupe des Treize, une congrégation réputée pour ses valeurs traditionnelles, avait causé la stupeur générale. C'était sans doute leur nouvelle influence qui avait joué. Il était avantageux pour le Coven d'avoir les personnes qui contrôlaient la pègre du pays dans ses bons papiers. Ils étaient passés devant des familles pressenties comme les Selwyn ou encore les Goyle.

Amara avait du sang royal de par ses origines et elle se comportait comme telle, n'acceptant pas le mépris et la condescendance que certaines familles britanniques avaient tenté d'afficher lors de sa nomination comme Gouverneure.

Depuis son entrée dans le Coven sacré, Amara avait été forcée de se retirer des activités, passant le flambeau à Blaise qu'elle avait formé depuis son jeune âge dans cet objectif. En grandissant, il avait suivi sa mère comme son ombre tandis qu'elle lui enseignait les ficelles du métier, le préparant à être l'héritier de la dynastie Zabini.

Blaise avait grandi avec un mélange de cultures. Les traditions de son pays d'origine avaient une place importante pour lui. Aux côtés des traditions du Royaume-Uni qu'il avait acquises, il avait l'impression d'avoir le meilleur des deux mondes. Aujourd'hui, à seulement vingt-cinq ans, il gérait un empire puissant d'une main ferme.

Sans surprise, Amara était toujours dans son ombre, le conseillant sur des décisions importantes et l'avisant dans la gestion de situations délicates. Son père, Richard, avait toujours été particulièrement passif, et sa femme avait clairement l'ascendant dans leur couple.

« Tu as été très occupé, Blaise. » déclara Amara d'une voix modulée, acceptant le verre que lui tendait la servante.

« Tu as reçu mon patronus ? » interrogea-t-il.

Après avoir obtenu des informations par le biais de Ludo Verpey, Blaise s'était empressé de les communiquer à sa mère. Il ne pouvait pas faire confiance à qui que ce soit avec une information aussi importante. Une lueur calculatrice passa dans les yeux noirs d'Amara.

« Je savais qu'il s'agissait de quelqu'un d'important. Mais je n'aurais jamais imaginé que ce serait à ce point. » déclara-t-elle d'une voix hautaine.

« Que dois-je faire ? Envoyer les Mercenaires ? » interrogea Blaise, levant un sourcil.

« Oh non, mon fils. Absolument pas. Les faire assassiner serait trop simple, trop… clément. Personne ne s'attaque à ma famille et obtient une mort facile. » assura-t-elle.

Elle se releva, s'étirant de nouveau, à la manière d'un chat.

« Accompagne-moi. » réclama-t-elle.

Blaise suivit sa mère tandis qu'elle retournait vers la salle principale des thermes, de sa démarche gracieuse et presque féline.

« Les élections arrivent à grand pas et les alliances se resserrent parmi le Coven. » expliqua-t-elle d'une voix pensive. « Plus que jamais, c'est le moment de faire les bons choix. »

« Si je comprends bien, tu veux patienter ? Laissez nos ennemis marcher en toute liberté même après cet affront ? » demanda Blaise, effaré.

« Tu as bien compris. » confirma-t-elle. « Ils ne savent pas que nous sommes au courant. Profitons-en pendant qu'ils pensent avoir l'avantage. »

Blaise savait que sa mère avait déjà un plan. Elle l'avait probablement fomenté dès qu'elle avait entendu le contenu du message de son patronus. Contrairement à Blaise qui aimait gérer rapidement ses problèmes et aller au front, Amara était le genre de personne capable d'attendre des années avant de mettre en marche sa vengeance.

« En attendant, je veux obtenir toutes les informations possibles sur eux et leur organisation. » indiqua-t-elle. « Ils se font de l'argent dans notre dos, sur nos territoires et ce n'est pas acceptable. Je veux comprendre comment ils fonctionnent. »

« Je vais mettre des hommes là-dessus. » confirma Blaise.

Il était plus simple de placer des sbires et associés sous surveillance que les responsables eux-mêmes. Après tout, ils étaient sur le terrain et les suivre permettrait d'en apprendre davantage sur leurs opérations. Les patrons, eux, ne se mouillaient quasiment jamais et étaient bien trop protégés.

« Ils vont regretter de s'être attaqués à notre clan. Quand le bon moment viendra. » dit-elle avant de s'approcher du large bassin au centre des thermes.

« En attendant, je veux que nous continuions nos activités comme jamais. Le Coven va ratifier le retrait du couvre-feu la semaine prochaine. Prépare tous les capitaines à la reprise des activités à plein régime. » ordonna Amara. « Nous avons de l'argent à faire. »

Amara retira le peignoir en satin qu'elle portait, dévoilant son corps nu. Elle prit appui sur le bord du bassin avant d'effectuer un plongeon gracieux. Lorsqu'elle fut sur le point de toucher la surface de l'eau, ce n'était plus le corps d'une femme qu'on voyait, mais celui d'un imposant crocodile des mers, de plus de quatre mètres.

Son saut projeta de l'eau à travers la pièce. Blaise observa sa mère nager à la surface du bassin, sous sa nouvelle forme animale. Amara Zabini était la seule personne qu'il connaissait à posséder deux formes d'animagus. Un exploit très rare, obtenu par les maîtres de métamorphoses les plus brillants.

A l'arrivée du froid et de l'hiver européen - qu'elle avait en horreur - Amara passait davantage de temps sous ses formes animales, qu'elle disait plus aptes à supporter les conditions climatiques. Elle regrettait souvent sa terre natale et sa météo plus clémente.

Blaise vit arriver deux servantes qui portaient des seaux épais. Elles jetèrent d'énormes morceaux de viande crue en direction du crocodile qui ouvrit sa gueule pour les dévorer.

« A plus tard, Mère. » lança Blaise avant de tourner les talons et de se diriger vers la sortie.

Il extirpa son miroir à double sens de sa cape élégante pour commencer à donner des instructions à ses hommes.

Même s'ils l'ignoraient toujours, les Lestrange avaient signé leur arrêt de mort.

/

Ginny observa d'un air distrait les flammes qui crépitaient dans la cheminée face à elle, sans vraiment les voir. Le début de l'année avait été plus chaotique qu'elle ne l'aurait imaginé. Elle fêtait toujours le soir du réveillon avec son groupe d'amis. Cette année toutefois, la célébration n'avait pas pu avoir lieu.

Tracey Davis, la nouvelle petite-amie de Luna, était portée disparue. Selon ses proches, Tracey n'était jamais arrivée à son domicile. Elle ne s'était pas non plus présentée à son travail, les jours suivants. Luna était l'une des dernières personnes à l'avoir vue. A cause de son statut inférieur, les autorités ne faisaient pas d'efforts pour la retrouver.

« C'est tellement injuste. » s'était lamenté Neville, la mine grave et préoccupée. « Ils nous voient vraiment comme des moins que rien. »

La disparition d'une jeune femme traîtresse à son sang - et de surcroit immigrée - dans un quartier malfamé de la capitale n'était pas un évènement rare et ne suscitait pas l'agitation des Aurors.

Ginny avait observé son amie, la boule au ventre. Au fil des années, elle avait vu Luna traverser des choses difficiles. Elle prenait toujours les choses positivement. C'était pourtant la première fois qu'elle la voyait aussi dévastée. La situation était des plus critiques. Après tout ce temps, les chances de la retrouver en bonne santé étaient minimes et tout le monde en était conscient.

Ginny ignorait que Luna voyait quelqu'un. Elle avait été surprise de l'entendre par Neville, qui l'avait contactée en urgence pour lui parler de la disparition de la jeune femme.

« Sans vouloir te vexer Ginny, on ne te voit plus beaucoup, ces derniers temps. » avait fait remarquer Neville avec exaspération.

Sa remarque lui avait fait l'effet d'une douche froide et elle n'avait pas pu se défaire de son sentiment de culpabilité, depuis. Trop absorbée dans sa quête personnelle, elle avait délaissé certaines personnes de son entourage - de manière volontaire - et elle réalisait désormais l'ampleur du sacrifice que cela représentait. Ses choix n'étaient pas sans conséquences.

Ginny et Neville étaient depuis restés auprès de Luna, l'aidant activement dans les recherches. Ils avaient dû tout organiser seuls, avec l'aide de leurs proches et ceux de Tracey, à cause du désintérêt des forces de l'ordre pour l'affaire. Ils avaient réussi à obtenir un contact plus sérieux lorsque Ginny avait fait appel à Pansy. Cette dernière avait mandaté son amant Auror. Ils avaient alors obtenu l'aide d'une milice autoproclamée qui faisait office de police interne dans le Quartier des Embrumes. Les Aurors ne se mouillaient pas énormément dans les crimes de ce genre mais collaboraient officieusement avec cette brigade dans certains cas.

On avait identifié des témoins, trois jeunes hommes qui avaient prétendu avoir vu une femme ressemblant à Tracey près d'une ruelle, en compagnie d'un homme dangereux encapuchonné. Selon eux, ils avaient été attaqués par l'homme sans raison et s'étaient enfuis. L'homme était probablement un Sang-Pur car il avait utilisé un sort spécifique, impossible à lancer pour les baguettes restreintes réservées aux Sang-Impurs. Après des recherches dans la zone indiquée par les témoins, on avait retrouvé des traces de sang et de verre brisé, ainsi que des lambeaux d'une blouse d'hôpital, semblable à celle que portait Tracey le jour de sa disparition. Cette annonce les avait laissés glacés de terreur. Luna avait laissé tomber la pile de tracts qu'elle tenait en main, le corps tremblant, et Ginny et Neville avaient échangé des regards horrifiés.

Aucun corps n'avait été retrouvé mais ces éléments étaient suffisants pour établir une thèse probable sur la mort de la jeune femme. Il arrivait que des Sang-Purs attaquent violemment des personnes dans le Quartier des Embrumes, déjà connu pour sa violence, y compris entre Sang-Impurs. Depuis, Ginny et Neville s'étaient relayés auprès de leur amie pour la soutenir.

Le craquement du bois fit sursauter Ginny qui reporta son attention sur les flammes ardentes dans la cheminée. Elle se trouvait dans le salon privé où Draco avait pris l'habitude de la recevoir ces derniers mois.

Lors de leur dernière conversation, ils avaient convenu de reprendre ses leçons d'occlumancie. Si elle devait faire son retour dans l'entourage de la Gouverneur Warrington, Ginny allait s'assurer de pouvoir totalement dissimuler ses pensées. Elle s'était sensiblement améliorée depuis ses premières leçons et Draco semblait moins perdre patience après leurs tentatives répétées. Elle se demandait parfois s'il était frustré de ne plus pouvoir lire en elle aussi facilement qu'auparavant.

Pourtant, avec tout ce qu'elle avait en tête, elle ignorait si elle parviendrait à bloquer son esprit agité. Elle s'était demandée s'il n'était pas mieux de reporter la leçon à cause des circonstances. Puis, quelque chose en elle avait réalisé qu'elle avait envie de voir Draco. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle en était arrivée à souhaiter sa présence. Les choses avaient bien changé.

En sa compagnie, elle n'avait pas besoin de mentir, comme elle faisait avec sa famille et à ses amis sur ses activités professionnelles et ses nouvelles fréquentations. Il était ironique de réaliser que Draco Malfoy était désormais l'une des rares personnes qui pouvaient la comprendre.

Ginny jeta un regard vers l'horloge accrochée au mur. Cela fait près d'une demi-heure qu'elle attendait et Draco n'était toujours pas arrivé. Son absence l'étonna. Il était toujours très ponctuel, en temps normal. Avait-il été retardé par une entrevue de dernière minute ? songea-t-elle.

Elle se releva, faisant les cent pas dans la pièce, l'esprit tourmenté. Tandis qu'elle marchait, un éclat dans la pièce retint son attention. Il provenait d'un récipient orné, rempli d'un liquide cristallin. Draco lui avait expliqué qu'il s'agissait d'une Pensine. Il utilisait parfois l'objet pour y placer des souvenirs lors de leurs sessions d'occlumancie.

Ginny s'en approcha avec prudence. L'objet l'avait toujours rendu curieuse. Elle observa les formes fantomatiques qui torsadaient dans le liquide. Elle crut apercevoir quelque chose à l'intérieur et elle abaissa la tête pour mieux voir. Le bout de son nez toucha la surface translucide. Elle se retrouva soudainement projetée en avant, comme propulsée à l'intérieur du récipient. Elle fut secouée d'un tournis désagréable, semblable à la sensation d'un déplacement en cheminée.

Ses pieds se posèrent de nouveau sur une surface dure et Ginny réalisa qu'elle ne se trouvait plus dans le petit salon privé de l'Augurey Magistral mais dans un gigantesque couloir éclairé à la lueur d'une rangée de lampes disposées tout le long des murs. Elle observa ses alentours avec confusion.

Elle leva la tête et aperçut des tableaux sur le mur face à elle. Il s'agissait de portraits, représentant des hommes et des femmes, tous blonds pour la plupart. Même si elle ne les connaissait pas, leurs visages lui parurent familiers.

Un bruit retentit derrière elle et Ginny se retourna vivement. Elle lâcha un cri surpris lorsqu'elle vit un petit garçon planté face à elle. Il ne sembla pourtant pas réagir à son apparition soudaine, les yeux résolument rivés devant lui.

« Où suis-je ? » lui demanda Ginny, un peu surprise.

L'enfant ne répondit pas, se contentant de fixer droit devant lui en silence, avec une expression craintive. Il ne devait pas avoir plus de sept ou huit ans, à vue d'œil. Ses cheveux étaient d'un blond immaculé et ses yeux gris lui parurent eux aussi familiers. Ginny l'observa avec attention pendant de longues secondes avant d'être frappée par une réalisation. Il s'agissait de Draco.

Ou du moins la version enfant de Draco.

Choquée et émerveillée à la fois, Ginny comprit qu'elle se trouvait dans un souvenir de la Pensine, qui appartenait sans doute à Draco. Le petit garçon se mit à marcher et traversa le corps de Ginny. Elle grimaça d'inconfort face à cette sensation étrange et inattendue. Elle se retourna et l'observa tandis qu'il marchait lentement en direction d'une porte, à l'autre extrémité du couloir.

Après un court moment d'hésitation, Ginny lui emboîta le pas. De la lumière provenait de la porte entrouverte. A mesure qu'ils s'approchaient, traversant ce couloir sombre qui lui donnait la chair de poule, Ginny pouvait distinguer des bruits semblables à des voix et à de la musique.

Une fois arrivée devant la porte, Draco s'arrêta et jeta un œil à travers la petite ouverture. Ginny se posta derrière lui et en fit de même. Elle aperçut plusieurs silhouettes, celles de femmes et d'hommes, installées sur des fauteuils ou autour de tables, riant et discutant bruyamment.

Non loin de la porte, un couple était occupé à flirter outrageusement, à la limite de l'indécence. La femme ne portait qu'une jupe. Le haut de son corps était uniquement couvert d'une guirlande qui cachait sa poitrine. A une table, des hommes semblaient jouer aux cartes, entourés de femmes légèrement vêtues. Parmi eux, Ginny aperçut un visage familier. Elle reconnut Lucius Malfoy, le père de Draco. Elle se souvenait d'avoir vu sa photo dans la Gazette du Sorcier, dans un article mentionnant le Gala de Yule que les Malfoy avaient organisé.

Il s'agissait sans doute d'une fête privée pour la fin de l'année, songea-t-elle. Ginny vit plusieurs décorations et guirlandes à travers la pièce. Une chose était toutefois certaine - cette scène n'était pas adaptée à un enfant. Ginny voulut cacher les yeux du petit garçon par réflexe, mais elle retint son geste, réalisant que c'était inutile. Personne ne pouvait la voir.

« Quelle surprise adorable. » s'exclama une voix féminine, faisant de nouveau sursauter Ginny.

Cette fois, Draco eut la même réaction et il se retourna vivement, croisant les yeux d'une femme qui portait une robe près du corps particulièrement affriolante, et des bas rouges lui arrivant au milieu de cuisses. Sa tenue et son maquillage étaient singuliers. Ginny ignorait qui elle était mais elle pouvait deviner que cette femme n'était pas la Maitresse de maison. Elle ressemblait plus à une professionnelle.

« Tu n'es pas un peu trop jeune pour être ici ? » dit-elle d'une voix douce, en s'abaissant au niveau du petit garçon.

« J'ai… J'ai fait un cauchemar. » répondit Draco, parlant pour la première fois.

Merlin, qu'il était adorable, songea Ginny. La femme sembla penser la même chose car son expression se fit encore plus douce.

« Mon pauvre petit lutin. » dit-elle en prenant une voix exagérément enfantine, comme si elle parlait à un bambin.

« Ne m'appelez pas ainsi. » répondit Draco d'une voix autoritaire qui fit rire Ginny. « Qui êtes-vous et que faites-vous chez moi ? »

Sa question avait été posée sur un ton impérieux qui le rendit cocasse pour son jeune âge. A cet âge déjà, il faisait preuve de ses airs de supériorité, remarqua Ginny.

« Juste mon travail, chéri. » répondit-elle avec un sourire en coin en se relevant.

Elle poussa la porte et Draco écarquilla les yeux, une lueur de panique apparaissant dans son regard.

« J'ai trouvé une surprise. » annonça la femme avec un rire cristallin.

Tous les regards de la pièce se tournèrent vers elle et Draco qui s'était figé. Ginny suivit son regard qui était rivé sur son père. Ce dernier avait froncé les sourcils. Il dégagea sans ménagement la femme assise sur ses genoux et se releva, s'approchant de la porte d'une démarche furieuse.

Draco recula légèrement, semblant effrayé. Ginny observa la scène avec appréhension, un mauvais pressentiment la parcourant devant le regard furieux de Lucius.

« Messieurs-dames, continuez de profiter de la soirée. Je m'occupe de ce petit désagrément. » indiqua Lucius d'une voix polie mais irritée.

Lucius attrapa férocement la main de Draco et quitta la pièce, fermant brutalement la porte derrière lui.

« Qui t'a autorisé à sortir de ta chambre ? » demanda Lucius d'une voix grondante, sa lèvre frémissant sous la colère.

Ginny fut choquée devant sa réaction complètement disproportionnée. Était-il furieux d'avoir été surpris dans une position compromettante par son fils ? Ils étaient pourtant dans leur Manoir familial. Où était Narcissa, la mère de Draco ?

« J'ai… J'ai fait un cauchemar. » bredouilla Draco.

Il avait perdu l'assurance affichée devant cette femme. Face à son père, il paraissait apeuré.

« Ça m'est complètement égal. Je t'ai ordonné de ne pas sortir de tes quartiers et tu m'as désobéi. » gronda Lucius avec emportement.

« Je m'excuse, Père. » plaida Draco en esquissant un geste vers la cape de son père.

Ce dernier le repoussa violemment, comme si le toucher du garçon le brûlait.

« Père… » répéta Lucius avec un rire sans joie qui glaça le sang de Ginny. « Je ne serai jamais un père pour toi. »

Les mots de l'homme semblèrent blesser le petit garçon.

« Je ne le referais pas. » promit Draco, au bord des larmes.

Les yeux de Lucius brillaient malgré la pénombre. Ginny devina qu'il était ivre. L'expression de son visage la rendait extrêmement nerveuse. Elle écarquilla des yeux en le voyant lever sa baguette en direction de Draco, une expression enragée sur le visage.

« Non ! » s'écria Ginny, horrifiée, en se plaçant entre les deux.

Elle ne pouvait pourtant rien faire. Elle ne put que regarder avec horreur lorsque Lucius assena sa baguette et que Draco lâcha un hurlement de douleur, avant de tomber au sol. Ginny s'effondra au sol à côté de Draco, les larmes aux yeux, impuissante. Le dos de son pyjama s'était déchiré, et elle vit la trace d'une lésion de dix centimètres dans son dos, rougeâtre.

« DOBBY ! » hurla Lucius.

Dans un craquement sonore, un elfe de maison aux yeux globuleux et à la toge grisâtre apparut dans le couloir. Il écarquilla les yeux devant la scène qui se présentait face à lui.

« Ramène-le dans sa chambre et fais en sorte que je ne sois plus dérangé. » ordonna Lucius d'une voix sèche avant de lâcher un dernier regard plein de haine en direction de la silhouette sanglotante de son fils et de rentrer dans la pièce, faisant claquer la porte derrière lui.

« Petit maître. » gémit le dénommé Dobby en s'approchant de Draco.

Les alentours de Ginny commencèrent à devenir brouillons, et le couloir sombre disparut. Elle se retrouva soudainement dans un autre décor. Les jouets soigneusement rangés autour de la pièce et la taille du lit lui fit réaliser qu'il s'agissait d'une chambre d'enfant.

« Je suis désolée. » sanglotait quelqu'un d'une voix bouleversée.

Ginny aperçut Draco enfant sur le lit. Une femme blonde le tenait fermement dans ses bras, se balançant lentement pour réconforter son fils, son visage délicat ruisselant de larmes.

Dobby était placé à côté d'eux. Ginny vit un long bandage sur le dos du petit garçon, à l'endroit où le coup l'avait frappé. Une boule lui obstrua la gorge et elle se contenta d'observer la scène. Ce souvenir faisait probablement suite au précédent.

« Je… Je suis tellement désolée, Draco. » continuait de murmurer Narcissa, embrassant les cheveux de son fils.

Après de longues minutes passées à border le garçon, elle se releva, une lueur résolue dans son regard, ses larmes désormais disparues. Ginny se tourna vers Draco. Il n'était probablement pas endormi mais feignait de l'être. C'était la seule raison pour laquelle elle pouvait voir ce souvenir, devina-t-elle.

« Où est-il ? » demanda Narcissa d'une voix étrangement calme à l'attention de Dobby.

« Dans son bureau, Maîtresse. » répondit l'elfe.

Elle hocha la tête, sa contenance retrouvée, et quitta la pièce en silence, l'elfe claudiquant derrière elle. Quelques secondes plus tard, Ginny vit les draps de Draco s'agiter et il quitta le lit, se dirigeant à son tour vers la porte. Elle lui emboîta le pas tandis qu'il quittait la chambre, marchant en silence dans les couloirs sophistiqués de l'imposante demeure.

Ils arrivèrent devant une pièce d'où émanaient de la lumière et des voix. De nouveau, Draco se plaça devant la porte, comme pour écouter la conversation. Ginny l'imita et distingua le profil de Narcissa Malfoy. Elle ne pouvait pas voir la seconde personne mais elle devina de qui il s'agissait.

Leurs voix étaient bruyantes et les intonations, virulentes. Une dispute.

« Comment as-tu osé lever la main sur mon fils ? » demanda Narcissa, sa voix presque hystérique.

« Parce que ton fils m'a désobéi. » répliqua Lucius, sa voix lente, probablement à cause de l'ivresse.

Narcissa répondit quelque chose que Ginny ne distingua pas. Elle vit Draco changer de position, comme pour mieux écouter la conversation.

« Tu le paieras un jour, Lucius. Je te le garantis. Peut-être pas aujourd'hui, ni même demain, ni même dans les cinq prochaines années, mais tu le paieras. » affirma Narcissa d'une voix sombre qui glaça le sang de Ginny.

« Tu me menaces ? » s'écria Lucius.

« Oh non, Lucius. Ce n'est pas une menace. C'est une promesse. » assura la voix glaciale de Narcissa Malfoy.

Ginny n'entendit pas la suite de la conversation. De nouveau, le souvenir sembla se brouiller. Pourtant, cette fois, elle ne se retrouva pas dans une autre pièce du Manoir Malfoy. Elle était de retour dans le salon privé, à l'Augurey Magistral.

La version adulte de Draco Malfoy se trouvait face à elle, la main sur son bras. Il l'avait probablement extirpée du souvenir de force, pensa Ginny. Elle l'observa avec appréhension. Il paraissait furieux et pendant un court instant, Ginny reconnut la même lueur qu'elle avait vu dans les yeux de son père dans le souvenir, avant qu'il ne lève la main sur lui.

Elle resta figée, réalisant son erreur. Elle venait d'entrer dans ses souvenirs les plus intimes sans sa permission.

« Tu t'amuses bien ? » demanda-t-il d'une voix étrangement calme.

« Je… Je suis désolée. Je ne voulais pas… » commença-t-elle à bredouiller.

« Tais-toi. » ordonna-t-il, sa voix tremblante à cause de la colère.

Jamais elle ne l'avait vu dans cet état d'emportement. Il paraissait furibond.

« Ce que tu as vu t'a diverti ? » continua-t-il entre ses dents, d'une voix glaciale.

Elle lui jeta un regard consterné.

« Bien sûr que non. Je… Je te le jure, ce n'était pas intentionnel. » tenta-t-elle de se justifier, la culpabilité lui rongeant l'estomac.

« Sors d'ici. » ordonna-t-il.

Elle fut prise de court par sa demande. Elle ne savait pas à quoi elle s'était attendue. Probablement à ce qu'il l'insulte, qu'il martèle des paroles blessantes à son encontre ou qu'il la sermonne de manière infantilisante comme il savait le faire.

Elle n'avait pas imaginé qu'il répondrait de cette manière.

Il allait l'écarter et la punir par son silence. Et pour Ginny, cette réaction était la pire de toutes.

« Laisse-moi au moins l'occasion de m'excuser. » plaida-t-elle d'une voix suppliante. « Je n'aurais pas dû faire ça. Entrer de cette manière dans ta vie privée… Je regrette de l'avoir fait. »

Il ne répondit pas, l'observant toujours avec cette colère froide qu'elle trouvait glaçante.

« Je… Je suis désolée de ce qu'il t'est arrivé. Si j'avais su… » commença—t-elle.

« Non. » coupa Draco, excédé. « Je t'interdis de faire ça. »

« Q…Quoi ? » dit Ginny à voix basse, sans comprendre.

« Je t'interdis de t'adresser à moi comme si j'étais un enfant maltraité et traumatisé. Ça n'est arrivé qu'une seule fois. Tu ne sais rien. » répliqua-t-il d'une voix sèche.

« Ce n'est pas ce que … Je voulais simplement dire que je commençais à comprendre certaines choses… » poursuivit-elle.

« Épargne-moi ta psychologie de comptoir, Weasley. Je ne veux pas de ta pitié. » cracha-t-il.

Elle lui jeta un regard médusé.

« Tu crois vraiment que c'est de la pitié ? » demanda-t-elle à voix basse.

« Ce que tu as vu dans ce souvenir, tu penses que ça explique quoi que ce soit à mon sujet ? Ou peut-être es-tu assez naïve pour penser que nos traumatismes familiaux vont nous rapprocher ? » demanda-t-il d'une voix malveillante.

Elle l'observa avec incrédulité, choquée par les paroles viles qui sortaient de sa bouche. Et contre toute attente, sa culpabilité et son mal-être se volatilisèrent, faisant place à une autre émotion, bien plus intense.

La colère.

« Tu ne comprends donc pas ? » s'écria Ginny, désormais furieuse. « Tu penses vraiment que je suis en train de te prendre en pitié à cause de ce que j'ai vu ? »

Elle n'attendit pas la réponse et poursuivit :

« Et bien laisse-moi être la première à te dire que ce n'est absolument pas le cas, Malfoy. Tu crois que tu es le seul à avoir vécu des choses traumatisantes ? Moi-même et tous mes amis avons vécu des événements horribles à un moment donné de nos vies, y compris pendant l'enfance ! Et tu sais quoi ? » interrogea-t-elle. « Contrairement à toi,aucun d'entre eux ne se comportent comme des putains d'enfoirés. »

Sa maison d'enfance avait brûlé devant ses yeux innocents et elle ignorait où se trouvait sa famille, depuis. Les Mangemorts avaient exécuté les parents de Neville, les accusant d'être des dissidents. Luna avait vu son père partir en prison et avait dû s'occuper de sa mère malade toute son adolescence. Hermione avait été séparée de tous ses proches après l'invasion de sa région. Ils avaient tous vécu des choses sinistres.

« Je suis vraiment navrée de ce qu'il t'est arrivé. Mais non, rassure-toi, je ne crois absolument pas que ça explique - et encore moins justifie - ta manière de traiter les autres. » assura-t-elle, son poing serré. « Vivre des choses horribles ne donne à personne un passe-droit. Personne n'a le monopole de la souffrance. »

Draco l'observa en silence, visiblement déstabilisé devant son nouvel emportement.

« Tu veux vraiment savoir pourquoi j'ai réagi de cette manière ? » demanda-t-elle.

Encore une fois, il resta silencieux.

« Parce que crois-le ou non, en six foutus mois, c'est la première fois que j'apprends quelque chose de profond sur toi ! Et finalement, derrière ton masque de froideur et ton manque de sentiments, je réalise que tu es un humain, Draco Malfoy. Un putain d'humain. Qui l'aurait cru ? » demanda-t-elle avec un rire hystérique.

Elle leva les bras, en signe de victoire. Elle devait lui apparaître comme une forcenée, mais elle n'en avait cure. La colère avait pris le dessus et s'exprimait à sa place.

« As-tu la moindre idée de la manière dont les gens normaux agissent entre eux ? Ils se disent des choses. Ils apprennent à se connaître. Ils se confient aux autres. » énuméra-t-elle avec un sarcasme exagéré. « Des choses simples et stupides comme ta couleur préférée, ton repas favori ou le nom de l'animal que tu avais quand tu étais enfant ! Mais ça a l'air d'être trop demandé dans ton cas. »

Elle pointa un doigt accusateur devant son visage, se rapprochant de lui avec fureur.

« Malgré ce que tu sembles croire, tout le monde n'essaie pas de manipuler et se servir des autres. Tout le monde n'a pas d'arrière-pensées. Tout le monde n'a pas envie de passer sa vie à se méfier de tout. Tout le monde n'évite pas de construire de vraies relations par crainte de se faire entuber. » informa-t-elle avec ironie.

Ses bras retombèrent le long de son corps, et elle secoua la tête, dépitée. Des larmes étaient apparues dans ses yeux.

« Tout ce que j'essayais de faire pendant tout ce temps c'est de voir qui était derrière cette coquille que tu sembles incapable de laisser de côté. » murmura—t-elle d'une voix faible. « Mais j'imagine que c'était stupide et optimiste de ma part. »

Sa voix s'était brisée tandis qu'elle prononçait la fin de sa phrase et elle garda le silence pour s'empêcher de fondre en larmes. De colère, de frustration, de tristesse. Dans sa poitrine, son cœur battait la chamade, et Ginny se demanda comment il avait pu la mettre dans un tel état d'hystérie.

Elle avait ressenti ce besoin vital de vider son sac. De lui communiquer toute cette frustration, ce doute et ce manque qu'elle nourrissait à l'égard de leur relation. Et même s'il la chassait, comme il avait tenté de le faire quelques instants plus tôt, elle lui avait au moins révélé tout ce qu'elle avait sur le cœur.

Ce fut à cet instant que Ginny réalisa qu'elle ne ressentait pas seulement une attraction physique envers lui. Sa réaction témoignait d'un autre sentiment, dont elle ne s'était pas doutée jusqu'à maintenant.

Un long silence pesant s'installa, pendant lequel elle n'osa pas regarder dans sa direction. Elle lui avait fait part de ses pensées intimes, s'était livrée à cœur ouvert. Désormais que la tension était retombée, elle craignait sa réaction. Ginny était blessée et elle savait que les prochains mots qu'il prononcerait auraient le pouvoir de lui faire beaucoup de mal.

« Vert. » dit-il soudainement, brisant le silence dans la pièce.

Elle se tourna vers lui, la respiration toujours agitée, et ses yeux toujours remplis de larmes. Draco avait perdu son expression colérique. Dans son regard, elle lisait désormais quelque chose de différent. Quelque chose de nouveau.

« Q… Quoi ? » bredouilla-t-elle confuse.

« C'est ma couleur préférée. »


Vive le slow burn ! Qui aurait cru que quelqu'un révélant sa couleur préférée ait autant de signification ? Cette conversation était un moment intense et difficile entre eux mais nécessaire pour la suite de leur relation. Il fallait crever l'abcès.

Ils sont tellement frustrants ces deux-là mais c'est ça qu'on aime !

Qu'avez-vous pensé du reste ?

Les ennemis des Zabini enfin révélés… Madame Lestrange, la Procureure donneuse de leçons, qui fait dans l'illégal et dans le trafic de personnes, c'est ironique. Ça promet.

Quant à Hermione – les choses ne sont jamais simples avec la belle-famille ! Quelles vont être les conséquences de cette tension avec Georgina ? Gina nous cache-t-elle des choses ?

J'espère que vous avez apprécié ce premier chapitre de l'année. On se dit à bientôt pour la suite de ce bazar :)!
En attendant, j'attends vos avis !

Fearless