Valeur et vigueur les gens,

Bon déjà - j'espère que les privilégiés qui ont pu lire le bonus Draco/Ginny s'en sont remis depuis (oui, je suis en train de narguer la table d'en face)

Ensuite, j'ai tellement écrit en avril que ça m'a juste écœurée de l'écriture lol. Mais le point positif, c'est que j'ai pris plusieurs chapitres d'avance donc ça devrait aller jusqu'à ce que mon boycott de l'écriture passe. En attendant, prions pour que le dieu de la motivation m'aide pour l'édition (chirurgie esthétique) des chapitres suivants.

Un énorme merci à Jiwalumy, Sarah MAES, plinchy, Fleur d'Ange, Brouette, Charlene, DI5M, Ginny Danae Malfoy, coeerinnee & Carlita pour vos commentaires :3

Playlist/montage sur mon profil.

Trigger warning: scène de violence décrite

XXXIX. Ultimatum

Théodore était heureux. Il avait vécu ces derniers jours dans un état d'allégresse béate, hors de la réalité. Il avait la sensation d'être l'homme le plus chanceux du monde.

Les jours précédant la cérémonie secrète, il avait été assailli par une nervosité intense. Dissimuler son anxiété à Hermione n'avait pas été une mince affaire. Et lorsque le matin même, elle s'était enquise de son état, Théodore avait fait mine d'être souffrant pour écarter tout soupçon.

A son grand soulagement, tout s'était passé comme prévu, au-delà même de ses espérances. Il avait longtemps réfléchi à sa déclaration. Comment réussir à lui communiquer avec des mots l'ampleur de ses sentiments et des émotions qu'elle provoquait chez lui ? Elle était une source d'énergie constante pour Théodore. Il avait l'impression de pouvoir tout accomplir lorsqu'elle était à ses côtés.

C'était lors d'une discussion avec Aelius Macmillan que l'idée lui était venue. Aelius était un homme extrêmement instruit et détenait une connaissance poussée de l'histoire et des traditions du régime. Théodore était perpétuellement en admiration devant l'ampleur de son savoir. Il comprenait pourquoi Hermione le tenait tant en estime.

Grâce à Aelius, il avait ainsi découvert l'existence de règles spéciales instaurées par les Treize à la création du Coven originel, après la mort de Lord Voldemort. Et si certaines étaient désormais désuètes, d'autres étaient toujours bien d'actualité.

Tout au long de sa vie, Théodore ne s'était jamais vraiment intéressé aux implications de son rang - un statut qu'il méprisait profondément. Une grande erreur de sa part. La connaissance est un pouvoir, monsieur Nott, lui avait indiqué Aelius au détour de leur conversation. Et Théodore avait compris ce-jour-là à quel point ses propos étaient véridiques. C'était aussi ce jour-là qu'il avait décidé de demander la main d'Hermione.

Une partie de lui avait craint que la jeune femme refuse sa demande en mariage. Après tout, il s'agissait d'un plan complètement fou, digne des plus grandes péripéties romantiques. Son cœur avait explosé en une effusion de joie lorsqu'elle avait prononcé les mots qu'il attendait tant.

Les jours suivants la cérémonie avaient été parfaits. Ils avaient convolé près de la côte, dans l'une des résidences de sa famille, en pleine nature, sans voisins à des kilomètres à la ronde. Passer les premiers moments de leur union en toute intimité, dans une bulle éloignée de tout le stress et des responsabilités de leur quotidien n'avait semblé que renforcer leur relation.

Voir Hermione aussi heureuse, libre et insouciante - chose dont il n'avait pas l'habitude – l'avait agréablement surpris. Il était tombé amoureux d'elle une seconde fois. Et entre leurs nombreuses étreintes passionnées et leurs longues conversations profondes ou leurs silences paisibles au coin du feu, Théodore avait eu la confirmation qu'il voulait se réveiller à ses côtés tous les matins pour le restant de son existence.

Et s'il devait tout abandonner pour elle – y compris son privilège - il le ferait sans hésitation aucune.

Ils étaient revenus au manoir principal des Nott, deux jours plus tôt. Depuis, ils étaient toujours plongés dans cette bulle éphémère qui leur appartenait. Il savait toutefois qu'elle ne durerait pas éternellement. Son union avec Hermione n'avait pas été qu'un coup de tête. Elle impliquait des vrais enjeux, et Théodore devrait désormais se préparer à affronter toutes les responsabilités et les conséquences de sa décision.

La porte de la salle de bain s'ouvrit, et Hermione pénétra dans la pièce, vêtue d'une petite robe de chambre en soie, lui arrivant au milieu des cuisses. D'un air distrait, elle se dirigea vers sa coiffeuse – un ajout qu'ils avaient fait à la chambre lorsqu'elle avait emménagé au manoir officiellement. Théodore l'observa en silence pendant qu'elle s'attelait à son rituel du soir, domptant sa chevelure volumineuse dans une tresse épaisse.

Elle le rejoignit quelques minutes plus tard dans le lit, se glissant sous les couvertures à ses côtés. Ses pieds étaient gelés, comme à l'accoutumée. Il adorait pourtant cette façon qu'elle avait d'entrelacer ses jambes aux siennes, comme pour se réchauffer. La température du corps de Théodore était toujours bien plus élevée que la sienne. Hermione lâcha un petit hoquet d'indignation lorsqu'il releva les couvertures afin d'observer sa tenue.

« Je n'ai pas vu ça pendant la lune de miel. » fit-il remarquer en l'observant de haut en bas, l'air appréciateur.

« Je viens de la trouver dans mes affaires. » déclara-t-elle avec un petit rougissement qu'il trouva adorable. « Probablement un autre 'cadeau' de Ginny. »

« Je ne dois pas oublier de la remercier la prochaine fois que je la verrai. » affirma Théodore d'un air un peu rêveur qui fit rire Hermione.

Ginny avait apparemment ajouté quelques 'extras' à la valise d'Hermione lorsqu'elle avait préparé son sac de voyage. Elle avait troqué tous ses sous-vêtements sobres au profit d'ensembles de lingerie particulièrement affriolants. Hermione avait été indignée en découvrant le pot-au-rose. Théodore, lui, s'était bien gardé d'émettre une quelconque complainte, ravi de voir sa magnifique épouse dans des tenues qui mettaient en valeur toute sa beauté et qui laissaient peu de place à l'imagination.

Se retrouver à l'autre bout du pays, sans activités particulières pour remplir leurs journées, les avaient encouragés à passer une grande partie du séjour à consommer leur union dans divers endroits de la maison.

Théodore était ravi de voir qu'Hermione devenait de plus en plus entreprenante pendant leurs moments intimes. Elle semblait se sentir plus à l'aise pour communiquer ses envies ou pour essayer de nouvelles choses. Hermione était férue de nouvelles connaissances et se donnait comme mission personnelle d'en apprendre le plus possible sur tout ce qu'elle touchait. Le sexe n'avait donc pas échappé à la règle.

« Quand vas-tu l'annoncer à ton père ? » demanda Hermione d'un ton sérieux.

« Bientôt. » assura-t-il avec un soupir.

Cela avait été un sujet de conversation récurrent depuis leur union sacrée. Lorsqu'ils étaient rentrés au Manoir après leur lune de miel, retrouvant par la même occasion Theodius, ils s'étaient mis d'accord pour lui annoncer la nouvelle au plus vite.

Depuis, toutefois, Théodore n'avait fait que repousser le moment fatidique.

Il craignait que son père l'apprenne par d'autres sources, avant qu'il n'ait l'occasion de lui dire de vive-voix. Ils avaient déjà envoyé le formulaire scellé qui annonçait leur union au Registre des Unions Sacrées, une étape importante et obligatoire pour que le Ministère soit au courant.

Même s'ils auraient pu garder l'information cachée plus longtemps, il savait que c'était cet acte administratif qui assurerait une protection rapide à Hermione. Il devait en parler à son père avant que la nouvelle ne commence à s'ébruiter.

« Ça devient de plus en plus difficile de le cacher. » poursuivit Hermione avec une grimace.

Elle leva sa main, observant la bague qui ornait désormais son doigt.

« J'ai oublié d'utiliser un sort de dissimulation ce matin, au petit-déjeuner. Heureusement qu'il n'a rien remarqué. » indiqua-t-elle.

« Je veux juste trouver le bon moment. » avoua-t-il.

« On doit lui en parler, Théodore. Tu sais comment les choses ont tourné, la dernière fois que tu lui as caché quelque chose. » rappella-t-elle avec insistance.

Théodore ne répondit pas, sentant un serrement dans sa poitrine à ses paroles. Il savait qu'elle faisait allusion à l'épisode Georgina. S'il avait prévenu son père, ce dernier aurait pu l'avertir aussitôt des manipulations de Iola Hillicker et de la vérité sur le sort de sa sœur jumelle.

« Tu as raison, comme toujours. Je lui en parlerai demain. » assura Théodore d'une voix résolue.

La vérité était qu'il n'était pas nerveux par rapport à lui-même. Il craignait la réaction de son père envers Hermione. Theodius s'était montré bien plus tolérant et agréable avec elle après la débâcle, probablement reconnaissant qu'elle ait empêché Théodore de se faire manipuler plus longtemps. Il craignait que leurs rapports, déjà fragiles, se détériorent de nouveau.

Sa propre relation avec son père s'était aussi sensiblement améliorée après l'incident. Ils s'étaient rapprochés pour faire le deuil de l'épouse et de la mère qu'ils avaient perdus. Théodore ne voulait pas laisser les secrets détruire leur famille, comme cela avait été le cas bien trop longtemps.

Une expression de soulagement s'installa sur les traits d'Hermione. Elle sembla se détendre et esquissa un léger sourire avant de remonter le drap sur elle.

« Que faites-vous, Mrs. Nott ? Je n'ai pas terminé de regarder. » protesta-t-il devant son geste.

Il se glissa sous les couvertures sous le regard surpris d'Hermione.

« Théodore, qu'est-ce que tu f… » commença-t-elle.

Elle ne termina pas sa question qui se transforma en gémissement tandis que Théodore glissait son visage entre ses jambes, remontant sa nuisette. Elle ne protesta pas longtemps et laissa tomber sa tête contre son oreiller, soupirant de plaisir.

Le lendemain, ils prirent le petit déjeuner en compagnie de Theodius. A plusieurs reprises, Hermione adressa des regards entendus à l'attention de Théodore. Ce dernier hocha la tête, comme pour lui confirmer qu'il saisissait ses allusions tout sauf discrètes.

Il reposa sa tasse de thé qui manqua de se renverser tant il était nerveux.

« Père, as-tu un instant avant de partir ? » demanda-t-il. « J'aimerais te parler. »

Theodius posa son exemplaire de la Gazette du Sorcier, qui affichait à la Une la nomination d'un nouveau directeur à la banque Gringotts.

« Naturellement. » répondit Theodius en lui adressant un regard curieux, avant de reprendre sa lecture.

Théodore et Hermione échangèrent un long regard puis cette dernière s'excusa pour quitter la table, afin de se rendre aux Archives privées des Macmillan pour sa journée de travail.

Lorsqu'elle passa aux côtés de Théodore, déposant un baiser rapide sur ses lèvres, elle pressa doucement sa main, comme pour lui communiquer son soutien. Ils avaient décidé qu'il serait plus habile qu'il se charge seul de la conversation. Il ignorait la manière dont son père réagirait et ne voulait pas prendre le risque de mettre Hermione dans une situation délicate.

« Pouvons-nous discuter dans le cabinet ? » demanda Théodore d'une voix plus sûre.

Les elfes de maison s'attelaient toujours autour de la table et il voulait s'assurer d'avoir cette conversation en privé.

Theodius lui lança de nouveau un regard curieux, visiblement surpris de son attitude formelle. Il reposa néanmoins son journal sur la table et hocha la tête, avant de suivre Théodore dans la pièce attenante. Ce dernier prit une longue inspiration. Il avait longuement hésité sur la meilleure manière d'aborder la discussion. Rien n'avait pourtant semblé être suffisamment convenable.

« Que se passe-t-il ? Tu sembles bien sérieux, soudainement. Un problème est survenu au théâtre ? » demanda Theodius.

« Non, rien de tout ça. » assura Théodore.

Il soupira avant de se lancer :

« J'ai une annonce à te faire. Au sujet d'Hermione et de moi-même. » ajouta lentement Théodore.

Son père garda le silence, attendant visiblement qu'il continue.

« Tu sais à quel point je l'aime, du bonheur qu'elle a apporté dans ma vie… Tu sais aussi mieux que quiconque que la société n'approuve pas notre relation à cause de nos statuts respectifs. Mais je ne peux pas laisser quoi que ce soit lui arriver ou nous séparer. » poursuivit-il.

Il retira la main de sa poche, où son alliance était désormais visible. Son père suivit le geste, confus.

« Nous nous sommes mariés, il y a une semaine. » révéla finalement Théodore dans un souffle.

Il fixa attentivement son père, attendant sa réaction avec appréhension. Le visage de ce dernier semblait s'être figé. Ses yeux s'écarquillèrent et son visage prit une expression stupéfiée.

« C'est une plaisanterie ? » demanda-t-il, sidéré, comme s'il espérait que Théodore lui révèle qu'il s'agissait d'une mauvaise farce.

Théodore secoua la tête.

« Non, c'est la vérité, Père. »

« Es-tu devenu fou ? » s'écria son père, son visage se tordant soudainement de contrariété. « Qu'est-ce qui ne va pas chez toi, Théodore ? As-tu complètement perdu l'esprit ? »

Théodore resta calme devant cet éclat de colère. Son père était habituellement un homme peu expressif. Il savait pourtant que la nouvelle ne pourrait pas le laisser indifférent.

« Nous irons au Ministère, à la première heure demain, pour annuler cette folie. » décréta son père d'un ton résolu.

« C'est impossible. Nous avons été unis dans les liens sacrés. » annonça Théodore.

Son père resta silencieux, la mine décomposée. Il était devenu livide et Théodore l'observa avec appréhension.

Soudainement, Theodius tituba maladroitement et tomba à genoux, la main rivée sur sa poitrine, comme s'il peinait à respirer. Son visage sembla perdre toute couleur, et il commença à suffoquer bruyamment. La panique envahit Théodore et il se rua vers son père, horrifié.

« Père, que t'arrive-t-il ? Dois-je appeler quelqu'un ? » demanda-t-il avec effroi, tenant son père par les épaules. « Respire. »

Il accompagna son père tandis qu'il prenait de grandes respirations, les yeux vitreux et le visage blême. Il était dans un tel état de choc qu'une angoisse indescriptible submergea Théodore. Son père sembla finalement retrouver sa capacité à respirer convenablement au bout de quelques instants, même si son visage était toujours blême.

Théodore réalisa que des larmes remplissaient ses propres yeux. Pendant l'espace d'un instant, il avait pensé au pire. Cela avait ravivé les souvenirs douloureux de la mort de sa mère, à laquelle il avait assisté. Théodore l'aida à se relever et à prendre place sur un fauteuil. Il l'observa avec désarroi.

« Père, es-tu certain que ça va ? Faut-il que je contacte le Médicomage ? » insista-t-il.

« Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu viens de faire à notre famille. » murmura son père d'une voix emplie de désespoir, son visage plein d'atermoiement.

Sa voix avait perdu la colère qu'elle avait arboré quelques instants plus tôt. Il parlait désormais d'un ton éploré.

« As-tu la moindre idée des sacrifices que tes ancêtres ont dû faire à travers les générations pour protéger notre clan et garantir notre futur et notre survie ? Te rends-tu compte des sacrifices que ta mère et moi avons dû faire ? Nous avons dû abandonner ta sœur pour honorer notre devoir en tant que famille sacrée. » s'apitoya son père.

Cette phrase fit l'effet d'une douche glacée à Théodore qui l'observa en silence, désemparé.

« Qui penses-tu être pour pouvoir échapper à tes responsabilités ? A ton devoir envers ta famille et tes ancêtres qui t'ont permis d'être ici, aujourd'hui ? » assena son père avec véhémence, sa voix pleine de réprobations.

« Je n'ai pas choisi tout ça. » dit Théodore avec frustration. « Je n'ai jamais voulu tout ça pour moi. Je refuse de devoir sacrifier ma vie et mon bonheur alors que je n'ai rien demandé. »

Il avait haussé la voix sans s'en rendre compte. Trop longtemps son père avait tenté de lui imposer ce chantage affectif.

« Pendant des années, j'ai accepté tes névroses, tes extravagances, tes envies. Et voilà où ça nous a mené. La ruine de notre famille. » souffla Theodius avec accablement.

Il lâcha échapper un cri de douleur qui se transforma en lamentations. Il enfouit son visage dans ses mains, sanglotant comme un enfant. Jamais de sa vie Théodore n'avait vu son père dans un tel état d'effondrement. Même après la mort de son épouse, Theodius n'avait pas fait preuve d'une douleur aussi brute.

Théodore resta silencieux, dévisageant son père avec désarroi. Il ne s'était pas attendu à une réaction positive. Il n'avait pas non plus présagé un contrecoup aussi négatif. Et pourtant, malgré le désespoir manifeste de son père et la peur ressentie lorsqu'il l'avait vu s'effondrer, Théodore ne faillit pas.

« Hermione est ma femme, désormais. C'est aussi une Nott et nous devons la protéger en tant que tel, que tu le veuilles ou non. Mère l'aurait compris, elle. »

Il avait ajouté cela par pure bassesse. Probablement une envie mesquine de punir son père pour son manque de soutien. Théodore avait déjà fait son choix lorsqu'il l'avait décidé de la demander en mariage, en toute bonne conscience. Hermione était sa priorité et il serait prêt à tout abandonner pour elle - son statut et même sa famille.

« Je comprends ta crainte mais ça ne changera rien à la situation. » acheva Théodore avant de se relever.

Et sans un dernier regard en direction de son père, il quitta la pièce.

Une fois seul, Théodore laissa ses bras tomber le long de son corps, partagé entre la colère et le chagrin. Il était heureux qu'Hermione n'ait pas assisté à cette conversation. Elle aurait sans doute été particulièrement blessée.

Théodore passa le restant de la journée dans un état d'apathie. Il se rendit au théâtre tel un automate mais ne parvint pas à se concentrer pendant les répétitions pour le concerto qu'il jouerait bientôt à l'étranger.

Il ne manqua pas non plus les regards curieux que lui lancèrent les employés du théâtre, mais les ignora. En fin de journée, il retourna dans sa diligence, en direction des Archives des Macmillan, afin d'y retrouver Hermione.

Lorsqu'elle pénétra à son tour dans la diligence, lui offrant un sourire franc, cela fut suffisant pour lui remonter le moral.

« Hey. » dit-elle en pressant ses lèvres contre les siennes. « Comment ça s'est passé ? »

Théodore lui révéla la réaction de son père. Il avait hésité pendant toute la journée à lui relater tous les détails de la conversation, souhaitant épargner ses sentiments mais avait finalement décidé d'être transparent. Il ne voulait pas lui mentir. Ils s'étaient promis d'être totalement honnêtes l'un envers l'autre.

Le visage d'Hermione se décomposa devant son récit et une expression blessée apparut sur ses traits. Il vit l'esquisse de larmes au coin de ses yeux mais elle les effaça d'un revers de la manche.

« Je suis désolée. » murmura-t-elle d'une voix plate.

« Nous savions que ce ne serait pas simple. Il est sous le choc. C'est compréhensible. Nous en reparlons quand l'émotion sera passée. » lui assura-t-il, posant un baiser sur le haut de sa tête.

Elle hocha la tête, même si elle ne semblait pas totalement convaincue. Le trajet de retour dans la diligence se fit en silence. Lorsqu'ils atteignirent enfin le Manoir, Théodore ressentit une anxiété générale à l'idée de se retrouver de nouveau face à son père, après la conversation du matin.

Il fut soulagé lorsque Zéphyr l'informa que son père serait occupé au Ministère et qu'il ne serait pas de retour pour le dîner.

« Monsieur Draco Malfoy vous réclame une entrevue, maître. » indiqua Zéphyr, tandis qu'elle prenait sa cape.

« Draco Malfoy ? » répéta Théodore avec effarement.

Il jeta un regard confus vers Hermione qui semblait tout aussi surprise. Que pouvait bien lui vouloir Draco Malfoy ? songea-t-il avec incompréhension. Cela n'avait de toute façon pas d'importance. Il avait d'autres choses à gérer. Ce que Draco Malfoy avait besoin de lui dire n'était pas dans ses priorités.

« Je répondrais à sa demande plus tard. » indiqua Théodore, harassé.

« Il est déjà ici, maître. » informa Zéphyr d'une voix désolée. « Il a indiqué qu'il s'agissait d'une urgence. Et il est accompagné. »

Cette révélation provoqua sa curiosité. Quelle nouvelle pouvait conduire Draco Malfoy à venir le trouver directement chez lui ? Ils n'avaient pas une relation particulièrement agréable.

Théodore prit une longue inspiration. Après la journée horrible qu'il venait de passer, et la discussion avec son père, ce que Malfoy devait lui indiquer ne pourrait sans doute pas être pire.

« Très bien. Nous allons le recevoir. » indiqua Théodore d'un ton résigné. « Tu viens ? »

Il s'était tourné vers Hermione qui paraissait anxieuse.

« Tu… Tu es sûr ? » demanda-t-elle avec hésitation.

La réputation des Malfoy les précédait. Elle craignait sans doute de se retrouver en présence d'un membre d'une famille sacrée connue pour ses positions extrémistes sur la pureté du sang. Elle ignorait que Malfoy était déjà au courant de leur relation. Désespéré, Théodore avait réclamé son aide pour recouvrer l'identité de la personne qui faisait chanter Hermione.

« Il sait que nous sommes ensemble. » déclara-t-il finalement.

Hermione écarquilla les yeux, mortifiée.

« Q… Quoi ? » glapit-elle.

« C'est grâce à lui que j'ai pu avoir l'aide de Sleezer. » ajouta Théodore.

Cette information sembla surprendre la jeune femme.

« Pourquoi crois-tu qu'il est ici ? » demanda-t-elle.

« Aucune idée. Allons le découvrir. » indiqua-il.

Il prit la main d'Hermione dans la sienne et la conduisit vers le salon où ils recevaient les visiteurs.

Dans la pièce, il vit Draco Malfoy, installé sur un fauteuil comme s'il était le propriétaire des lieux. Il arborait son éternel air hautain. Ce ne fut toutefois pas sa présence qui attira l'attention de Théodore mais celle d'une seconde personne, debout près de la cheminée, les bras croisés, un air d'appréhension sur ses traits.

« Ginny ? Que fais-tu ici ? » demanda Hermione d'une voix surprise, formulant la pensée de Théodore.

Elle semblait abasourdie et jetait des regards successifs à Ginny et Draco Malfoy dont le regard sombre était rivé sur eux, observant avec circonspection leurs mains liées. Il savait qu'Hermione voulait en réalité demander « Que fais-tu ici avec lui ? » mais elle était trop polie pour le dire.

« Valeur et vigueur Hermione, Théodore. » salua Ginny avec un demi-sourire.

Elle tourna les yeux vers Draco, attendant quelque chose de sa part. Ils échangèrent un regard, comme s'ils entretenaient une conversation silencieuse. Théodore observa l'interaction avec stupéfaction. Il sentit une sorte d'intimité entre eux qui le déconcerta. Il jeta immédiatement un regard à Hermione qui les fixait tour à tour, en plein désarroi. Il réalisa qu'elle était probablement encore plus confuse par la situation que lui. Même s'il ne connaissait pas la teneur officielle des rapports entre Draco et Ginny, il était évident qu'il se tramait quelque chose. Hermione, elle non plus, n'y sembla pas indifférente.

« Je n'aime pas être le porteur de mauvaises nouvelles, mais c'était une urgence, Nott. » lança finalement Draco, reportant son regard froid sur eux.

« Va droit au but, Malfoy. Que se passe-t-il ? » demanda Théodore avec impatience.

« Quelqu'un m'a attaqué. Ça s'est passé dans notre appartement. » révéla Ginny d'une voix grave, semblant frissonner.

Hermione et Théodore écarquillèrent les yeux, horrifiés.

« Ginny… » murmura Hermione, la main sur la bouche.

« Tout va bien. » lui assura Ginny. « Heureusement que Draco est arrivé à temps. »

Malgré le choc, Hermione sembla tiquer lorsque Ginny prononça le prénom de Malfoy.

« Que s'est-il passé ? » interrogea Théodore.

« Je suis rentrée à la maison après votre… après votre petite fête. » se rattrapa Ginny, in extremis « La personne était dans l'appartement. Il y a eu une lutte quand Draco est arrivé et il a pris la fuite. »

Elle avait parlé d'une voix factuelle et sans émotions, ce qu'il trouva étrange face à la gravité de ce qu'elle relatait.

« Pourquoi ne nous as-tu pas prévenus immédiatement ? » demanda Hermione, qui tombait des nues.

« Parce qu'il n'y a rien eu de grave. Et je ne vous voulais pas déranger. » ajouta Ginny en haussant les épaules.

« Nous déranger, Ginny ? Comment aurais-tu pu nous déranger après quelque chose d'aussi grave ? » s'indigna Hermione. « Tu aurais dû nous prévenir sur le ch… »

« Ce qu'elle a fait ou non n'est pas la question. » interrompit sèchement Draco, s'attirant l'air estomaqué d'Hermione. « Il y a des choses plus pressantes. »

Hermione parut sur le point de rétorquer, visiblement mécontente du ton avec lequel il s'était adressé à elle, mais Draco l'en empêcha :

« Il ne s'agit pas d'un cambriolage. A priori, rien n'a été dérobé mais nous ne sommes pas encore certains de comment il s'est introduit dans votre appartement. » poursuivit-il.

« Qu'est-ce qu'il voudrait à Ginny ? » demanda Théodore.

« Je ne pense pas que Ginevra était la cible. » répondit calmement Draco en posant son regard perçant sur Hermione.

Cette dernière ouvrit la bouche, interdite puis tourna vers Théodore.

« Que veux-tu dire ? » demanda Théodore, les sourcils froncés.

« Eh bien je comptais justement sur toi pour nous éclairer, Nott ? Tu avais visiblement des problèmes, c'est pour ça que tu as réclamé l'aide de Sleezer. » rappela Draco.

« Mais nous avons déjà réglé ce… problème. » indiqua Théodore, mal à l'aise.

« En es-tu certain ? S'est-il passé quelque chose, récemment ? » insista Draco qui commençait visiblement à s'impatienter.

Hermione et Théodore échangèrent un regard résigné.

« Nous… Nous nous sommes unis dans les liens sacrés. » annonça Théodore. « Le même jour. »

Il resserra la main d'Hermione, entrelaçant ses doigts aux siens.

Pour la première fois de sa vie, il vit Draco Malfoy afficher autre chose que son éternel air froid et hautain. Il arborait un air de choc extrême, comme son père l'avait fait le matin même. Lui aussi comprenait la teneur d'une telle révélation. Il était tellement choqué qu'il en resta silencieux.

« Hermione ? Est-ce que je peux te parler ? » intervint alors la voix de Ginny, rompant le silence pesant.

Hermione, dont les yeux s'étaient assombris, et qui semblait étrangement tendue, hocha la tête et relâcha la main de Théodore pour se diriger vers la salle à manger, Ginny sur ses talons.

Théodore se tourna vers Draco qui le dévisageait toujours avec effarement, frappé de stupeur. Il secoua la tête, comme s'il ne parvenait pas à croire ce qu'il entendait.

« Pour l'amour de Voldemort, te rends-tu compte de ce que tu as fait ? Tu es encore plus stupide que je le pensais. » critiqua Draco, sa voix pleine de jugements.

« Je ne te laisserai pas m'insulter dans ma propre maison, Malfoy. » gronda Théodore.

« Tu vas mener cette fille et toi-même droit dans la tombe. » déclara-t-il d'une voix grave. « Il n'est pas surprenant que quelqu'un soit après vous. »

« Comment sais-tu que cette personne n'est pas venue pour Ginny ? Après tout, vous ne semblez pas non plus avoir une relation platonique. » accusa Théodore.

« Ce n'est pas moi qui aie épousé une Sang-Impur, Nott. » rappela Draco d'un ton dédaigneux. « Ton père est au courant ? »

Immédiatement, le visage de Théodore s'assombrit. La réaction de son père était encore fraîche dans son esprit et Draco sembla réaliser qu'il avait touché une corde sensible.

« J'imagine que tu as oublié ce que signifiait être l'héritier de ton clan après toutes ces années passées à l'étranger. Je ne crois pas que tu réalises l'ampleur des problèmes que tu vas apporter à ta famille. » dit Draco d'un ton paternaliste. « Tu agis sans réfléchir et tu laisses les autres subir les conséquences à ta place. Comme un enfant. »

Théodore resta silencieux. Il était heurté par les accusations de Draco, qui faisaient écho à certaines des discussions qu'il avait eu avec son père. Ce dernier lui reprochait constamment de ne pas honorer son devoir. Pire encore, elles faisaient écho à des paroles d'Hermione, qui lui avait reproché à plusieurs reprises de ne pas comprendre la situation dans laquelle elle se trouvait. Cela avait été une source de disputes au début de leur relation.

Théodore ne donnerait toutefois pas satisfaction à Malfoy en l'admettant de vive voix. Draco se releva, jetant un regard vers le tableau de la famille Nott, dressé dans la pièce, au-dessus de la cheminée.

« Je t'avais prévenu, Nott. Je t'avais clairement demandé de ne pas me mêler à tes affaires douteuses. » poursuivit-il avec hargne, sa mâchoire légèrement contractée.

« Tu n'as pas eu besoin de moi pour ça, Malfoy. » répliqua Théodore d'une voix sèche. « Tu vas prétendre qu'il ne se passe rien entre toi et Ginny ? »

« Garde mon nom et le sien en dehors de ça. » menaça Draco. « Et je te rappelle que tu n'as pas le loisir de penser à une autre situation que la tienne. J'imagine que tu sais ce que votre satanée union va provoquer ? »

Théodore hocha la tête.

« Je veux que tu m'expliques exactement tout ce qu'il s'est passé. Commence par le début et n'omet rien. » quémanda Draco. « Nous n'avons plus le temps pour les devinettes et les demi-vérités. Je suis maintenant impliqué dans tes problèmes et il est hors de question que j'y laisse des plumes à cause de ta stupidité. »

Théodore inspira longuement avant de parler. Même s'il ne faisait pas confiance à Draco Malfoy, il savait qu'ils avaient tous les deux intérêt à s'entraider dans cette situation.

/

Ginny s'arrêta devant la large table en bois de cerisier qui dominait l'imposante salle à manger. Cet endroit était incroyable, songea-t-elle avec admiration. Elle n'avait vu que quelques pièces du manoir des Nott, mais elle avait été impressionnée par l'architecture flamboyante. Jamais elle n'était entrée dans un endroit aussi spectaculaire.

Quelques mois plus tôt, elle avait brièvement pénétré dans le Manoir des Malfoy, tout aussi imposant et luxuriant, en compagnie de son ancien employeur, Caractacus Burke. Le Manoir des Nott, avait toutefois un charme et une sensibilité artistique auxquels Ginny était plus sensible. Alors que les Malfoy semblaient vouloir impressionner tout leur visiteur avec le luxe décadent de leur Manoir, les Nott, eux, semblaient davantage rechercher le beau et l'harmonie.

Elle n'était pourtant pas là pour admirer la décoration. Elle se tourna vers Hermione, qui se tenait à quelques mètres d'elle, immobile. Elle ne put ignorer la distance manifeste dans l'attitude d'Hermione. Cette dernière paraissait déconnectée et préoccupée, bien loin de la jeune femme ivre de bonheur qu'elle avait vue une semaine plus tôt, après son union secrète avec Théodore.

« Je suis désolée. » s'excusa Ginny avec un sourire sans joie. « J'imagine que ce n'est pas les nouvelles que vous vouliez entendre juste après votre lune de miel. Tout s'est bien passé ? »

« Tu aurais dû me prévenir aussitôt, Ginny. » accusa Hermione, sans même répondre à sa question.

Ginny fut prise de court par son ton accusateur même s'il elle n'était pas totalement surprise de cette réaction venant de son amie. Hermione était une grande angoissée.

« Je ne voulais pas vous déranger. Et ce n'était pas la priorité à ce moment-là. » admit Ginny en haussant les épaules, harassée. « Je sais que j'aurais pu faire les choses différemment, mais à ce moment-là, je n'avais pas les idées en place. »

Elle soupira.

« Pour le moment, il est préférable qu'aucune d'entre nous ne retourne à l'appartement, ça pourrait être dangereux. Draco a envoyé quelqu'un pour mener l'enquête. En attendant, je ferais en sorte d'envoyer tes affaires ici et… » expliqua Ginny.

Elle s'interrompit en apercevant l'air d'Hermione. Son expression s'était durcie davantage. Il était évident que quelque chose n'allait pas.

« Est-ce que tout va bien ? » demanda lentement Ginny, avec hésitation. « Tu parais préoccupée. Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ? »

Hermione écarquilla les yeux, comme si cette question était insultante.

« Tu crois vraiment que c'est le sujet de conversation à avoir en priorité ? Il n'y a rien qui te paraît un peu plus pressant ? »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Et bien pour commencer, que fais-tu ici avec lui ? » interrogea Hermione avec sarcasme.

Ginny soupira longuement. Elle savait qu'elles finiraient par avoir cette conversation. Elle avait réussi à passer sous silence sa 'relation' avec Draco pendant très longtemps. Il était évident qu'Hermione aurait des questionnements.

« Et bien… Draco et moi… Nous nous fréquentons, en quelque sorte. » ajouta Ginny.

Elle ne savait même pas comment décrire la relation qu'ils entretenaient. Les choses avaient été tellement confuses pour elle, ces dernières semaines. Pourtant, depuis ce séjour qu'ils avaient passé ensemble dans le chalet des Parkinson, il était évident que leur relation avait pris un nouveau tournant.

« Vous vous fréquentez. » répéta lentement Hermione. « Qu'est-ce que ça veut dire ? Parle anglais, Ginny. »

Avec résignation, Ginny lui raconta alors sa proximité avec Pansy et Draco depuis ces derniers mois. Elle fit très attention à ses mots. Elle ne pouvait pas révéler l'entière vérité à Hermione sur son marché avec Draco. Les enjeux étaient importants et dangereux pour toutes les parties impliquées.

« Et depuis peu, les choses ont un peu évolué entre nous. » admit Ginny, ses oreilles virant au rouge. « Je suis désolée de ne pas avoir été totalement honnête avec toi. »

« Pas totalement honnête. » répéta Hermione avec un rire sans joie. « Quel euphémisme pour exprimer que tu m'as tout simplement menti, tu ne trouves pas ?»

Elle paraissait écœurée.

« Je ne peux pas croire que tu aies pu faire une chose pareille, Ginny. Est-ce que tu connais la réputation de sa famille ? Ce qu'ils pensent des gens comme toi et moi ? »

« C'est l'hôpital qui se fiche de la charité, Hermione. » rétorqua Ginny, offusquée. « Je te rappelle que tu as épousé l'un d'eux. »

« Ça n'a rien à voir. Théodore n'est pas comme le reste. » commença à se justifier Hermione, prise de court par l'argument. « Tu compares des choses qui n'ont rien à voir. Les Malfoy sont connus pour être des extrémistes assumés. »

« Ce que je crois c'est que c'est très hypocrite de ta part. » affirma Ginny.

« Hypocrite ? » répéta Hermione, les yeux écarquillés. « J'ai été totalement transparente avec toi depuis le début de ma relation ! Je te rappelle que je ne voulais même pas la poursuivre. Tu n'as pas cessé de me pousser à le faire. Et pendant ce temps, tu étais en train de t'amuser avec ces gens et t'envoyer en l'air avec le fils d'un extrémiste ? »

Elle avait haussé le ton, les joues rougies de colère.

« Je suis une adulte,Hermione. Je n'ai pas besoin d'être sermonné sur la personne que je choisis de fréquenter, et encore moins de ta part. » affirma Ginny avec irritation.

Elle reprit :

« Et c'est exactement pour ça que je ne t'en ai pas parlé ! Parce que je savais que tu me jugerais. Tu agis toujours comme si tu avais réponse à tout, comme si seul ton avis compte. C'est toujours deux poids deux mesures. Tu peux le fréquenter parce que c'est différent, et quand je fais la même chose, ça devient un problème. » répliqua Ginny avec contrariété.

Elle était fatiguée de cette manie qu'avait son entourage de vouloir contrôler tous ses choix. Bill et Hermione avaient toujours eu des commentaires à faire sur sa vie et cela commençait à sérieusement l'agacer.

« Eh bien, contente d'apprendre ta vraie opinion sur moi. » dit Hermione d'un ton amer. « C'est triste que j'aie dû le découvrir dans ces circonstances. »

Sa réponse frustra Ginny. Elle laissa tomber ses bras le long de son corps.

« Si tu attends de moi que je ne dise rien, et que je t'applaudisse, tu vas être déçue, Ginny. » dit Hermione avec froideur. « Je ne peux pas te soutenir dans des choix aussi mauvais. Et désolée de ne pas accepter que tu reviennes comme une fleur après m'avoir menti pendant tout ce temps. C'est donc ça que tu faisais ? Nous mentir continuellement pendant des mois ? A moi, à tes amis, à ta famille ? Que dira Bill, à ton avis ? J'imagine qu'il n'est pas au courant. »

Hermione secoua la tête, dépitée.

« Tout ce temps passé au Ministère, à travailler avec ces gens, c'était pour ça ? Et ce jour où tu avais disparu après l'attentat ? Ce jour où moi et tes proches avons passé des heures à nous faire du sang d'encre pour toi ? J'imagine que tu étais occupée à faire je ne sais quoi avec Malfoy ?» demanda Hermione avec hargne.

Le ton d'Hermione était si accusateur, si glaçant, si tranchant que Ginny en fut déroutée. Elle ne reconnaissait pas la personne qui se trouvait face à elle. Elle savait qu'elle avait beaucoup à se reprocher et que sa gestion de la situation n'avait pas été des plus optimales. Elle n'avait toutefois pas l'impression de mériter un tel traitement de la part d'une personne qu'elle considérait comme une amie proche. Pas après tous les efforts qu'elle avait déployés pour la soutenir dans sa propre relation.

« Tu es égoïste et immature, Ginny. Et je ne vais pas continuer à faire semblant de ne pas le voir pour épargner tes sentiments. » assena Hermione.

Ces mots lui firent l'effet d'une douche froide et une expression blessée se dessina sur son visage. Hermione, elle, n'arborait aucune empathie.

« Je ne sais pas ce qu'il t'arrive ou pourquoi tu es si méchante, Hermione, mais ça ne te ressemble pas. »

Le dédain dans les yeux d'Hermione la blessa davantage.

« Crois-moi, Ginny. Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas sur moi. » dit Hermione d'un ton empli de dureté.

Elle détestait quand Hermione se comportait ainsi. Elle avait parfois une manière condescendante de s'adresser aux autres, sans le réaliser. Comme si elle disposait de la vérité ultime.

« Pour une raison que j'ignore, tu es visiblement en train de passer tes frustrations personnelles sur moi, et je n'ai pas à accepter ça. » souffla Ginny, heurtée.

« Dans ce cas, tu devrais partir, Ginny. Malfoy est sûrement en train de s'impatienter. »

Hermione avait dit cela sur un ton hargneux, plein de reproches et de révolte. Elle contemplait Ginny avec un mélange de déception et de dégoût qui la dérouta.

Ginny resta silencieuse. Elle qui éprouvait généralement le besoin vital de se défendre et de répliquer n'en fit pourtant rien. Elle était profondément blessée par les paroles d'Hermione. Pire encore, elle avait conscience que si elle poursuivait cette conversation, elle finirait par dire des choses qu'elle regretterait. La conversation avait déjà pris une tournure inquiétante et par respect pour son amitié avec Hermione, elle ne voulait pas atteindre un point de non-retour.

Ginny tourna donc les talons, sans un mot supplémentaire et quitta la pièce, tiraillée entre l'envie de hurler de frustration et de pleurer de déception. Elle ignorait laquelle des deux émotions serait la plus libératrice.

Cette conversation changerait à jamais quelque chose dans son amitié avec Hermione, elle en était certaine.

Ginny se traîna jusqu'au petit salon dans lequel on les avait reçus, le cœur lourd, ses yeux brillants. Lorsqu'elle entra de nouveau dans la pièce, elle y trouva Draco et Théodore en pleine discussion. Leur langage corporel lui prouva que la conversation n'était pas plaisante.

Ils s'interrompirent à son arrivée. Draco sembla immédiatement remarquer son bouleversement car il fronça les sourcils, ses yeux lui demandant silencieusement ce qui n'allait pas. La gorge nouée, et les yeux désormais humides, Ginny secoua la tête tandis qu'elle arrivait à sa hauteur.

« Est-ce qu'on peut partir ? » demanda-t-elle d'une voix chevrotante et si basse qu'il fut seul à l'entendre.

Draco hocha la tête, sans poser davantage de questions. Il se tourna vers Théodore.

« Laisse-moi gérer le reste. Tu en as déjà assez fait. » dit-il à son attention d'un ton glacial.

Il lui jeta un dernier regard impérieux, avant d'entraîner Ginny vers la sortie.

/

Le jeudi était toujours le jour de la semaine que Gideon Cunningham redoutait le plus. Il était rempli de réunions en tout genre, lui laissant peu de temps pour pouvoir se poser et réfléchir. Gideon était loin d'être le leader charismatique et loquace qu'on attendait généralement du président d'une si grande entreprise comme Magicore. Il était réservé et précautionneux, et se plaisait dans la solitude.

Il était intéressé par l'aspect technique et inconnu de la magie. C'était cela qui l'avait poussé à créer Magicore, une entreprise spécialisée dans les innovations magiques, trois décennies plus tôt. Les dix premières années avaient sans doute été les plus excitantes pour lui. A l'époque, en compagnie d'une poignée de chercheurs tous aussi brillants et passionnés que lui, il avait travaillé d'arrache-pied sur ce projet.

Le succès de ses inventions avaient conduit à la supercroissance de l'entreprise, entraînant avec elle toutes les implications légales et bureaucratiques d'une entreprise ordinaire. Gideon avait dû se retirer de l'aspect recherche de son activité pour prendre les responsabilités du président général de manière plus sérieuse et encadrée. Il était au passage devenu Gouverneur après la mort de son père, endossant la responsabilité pour son clan.

Malgré son rôle au sein du Coven sacré, il parvenait tout de même à réserver le plus clair de son temps et de son attention sur les avancées de Magicore et non sur les jeux politiques du Coven.

Gideon jeta un regard rapide à sa montre à gousset, posée sur son bureau. Il attendait une visite importante – celle de la procureure Bellatrix Lestrange en personne. Sa visite était toutefois tenue secrète.

Lorsqu'elle avait eu vent de l'invention qu'ils développaient, quelques années plus tôt, elle s'était approchée de Gideon pour obtenir des détails.

Bellatrix lui était toujours apparue comme une femme intimidante, insaisissable et imprévisible. Le genre de femme que son père qualifiait de veuve noire ou de mante religieuse - capable de faire perdre la tête aux hommes à cause de son pouvoir, les rendant bêtes et soumis.

Il lui avait probablement fallu un mental d'acier et une intelligence exacerbée pour pouvoir être élevée à la seconde position la plus importante du régime. Surtout en tant que femme.

Elle n'inspirait à Gideon qu'un inconfort palpable et il redoutait toujours sa présence lors de ses entrevues. Lorsque Magicore avait développé le procédé capable d'identifier la présence de dispositions magiques chez un fœtus avant même sa naissance, Bellatrix avait été l'une des premières à porter le projet avec engouement auprès du Coven sacré. Gideon n'avait compris la raison de sa frénésie que bien plus tard, lorsqu'elle avait, dans la foulée, fait adopter une nouvelle législation pour l'avortement obligatoire des fétus détectés Cracmols.

Elle était devenue un sponsor non-négligeable de Magicore, faisant appel à son large réseau de contacts fortunés pour faire des dons à l'entreprise, sous le couvert de l'avancée magique. La recherche et le développement de ces inventions étaient particulièrement longs et coûteux. Quasiment tous les bénéfices de l'entreprise partaient dans cette étape. Cela n'était toutefois pas suffisant et ils devaient compter sur les investissements extérieurs.

Pour Gideon, ses inventions étaient exactement cela - des inventions. Elles étaient objectivement neutres. Son but était simplement de faire progresser davantage leurs connaissances de la magie.

Si ses inventions étaient utilisées à des fins négatives, ce n'était pas la faute de la magie elle-même mais des personnes qui en faisaient un usage détourné.

Une idée que sa sœur aînée, Cressida, réfutait avec véhémence. Selon elle, il avait le devoir moral de ne pas créer des choses qui pourraient être utilisées à mauvais escient. Cela avait toujours été un sujet de discorde entre eux.

Pour cette raison, Cressida n'encensait jamais publiquement le travail de Magicore. Sa sœur avait épousé l'héritier de la famille la plus riche du pays - les Warrington - et grâce à son grand pouvoir de persuasion, avait convaincu son époux Cassius de lui céder le rôle de gouverneure. Grâce à la fortune des Warrington, elle faisait régulièrement barrage sur des thèmes légaux ou sociaux, et même si nombreux étaient les fondamentalistes du régime qui abhorraient son 'progressisme', ils étaient forcés de parfois flancher devant le pouvoir économique des Warrington.

Qui connaissait Cressida Warrington, née Cunningham, savait que son côté rebelle s'était atténué à travers les décennies - ou plutôt qu'elle avait choisi de ne pas l'afficher de manière aussi évidente. Une leçon qu'elle avait dû apprendre à ses dépens bien des décennies plus tôt.

44 années plus tôt

« On dirait que ta sœur est encore en retenue, Gideon. » annonça une voix réprobatrice dans la salle commune de Serdaigle.

« Oh. » se contenta de répondre Gideon, les yeux rivés sur sa partie d'échecs version sorciers.

Il observa avec satisfaction son Roi se relever, faire quelque pas sur l'échiquier avant de fracasser brutalement la Dame adverse, la réduisant en plusieurs morceaux.

« Tu ne demandes pas pour quelle raison ? » insista la voix.

A contrecœur, Gideon leva la tête et croisa le regard sévère d'Aemilia Travers, l'une de ses condisciples de cinquième année.

« Pour quelle raison Cressida est-elle en retenue ? » répéta machinalement Gideon.

Sa manière de poser la question parut agacer la jeune fille mais elle ne releva pas. Gideon n'était pas très à l'aise dans ses interactions avec les autres. Il avait toujours été un garçon calme, introverti et un peu gauche. Il trouvait son réconfort et son épanouissement dans les activités de grande réflexion et dans le silence. Sa personnalité était totalement opposée à celle de Cressida, sa sœur aînée. Cette dernière, extravertie à souhait, ne laissait personne indifférent lorsqu'elle entrait dans une pièce.

« Apparemment, elle aurait répété des rumeurs blasphématoires. » l'informa Aemilia.

« Ça ressemble à Cressida, effectivement. » commenta Gideon, sans intérêt.

La jeune fille parut choquée par sa nonchalance.

« Tu devrais avoir honte d'être liée à une fille de ce genre. Elle sali votre clan. » cracha Aemilia avec un dégoût profond.

Gideon l'observa s'égosiller sans réaction. Il ne comprenait pas pourquoi cela touchait personnellement Aemilia Travers. Elle finit par prendre congé, pestant dans sa barbe, l'air furibond.

« Quel est son problème, au juste ? » demanda Gideon d'une voix surprise à l'attention de Lotharius Brumfield, son adversaire et condisciple.

« Décidément, tu es bien aveugle, Cunningham. » dit Lotharius avec un rire moqueur, tandis qu'il lançait un sort sur l'échiquier pour réparer les pièces détruites. « Tu ne comprends pas que Travers essaie d'attirer ton attention depuis l'année dernière ? »

« Attirer mon attention ? » répéta Gideon, sans vraiment comprendre.

« Elle veut sortir avec toi. »

« Avec moi ? » répéta Gideon un peu bêtement.

Il ne comprenait pas ce qu'une fille comme Aemilia voudrait faire avec un garçon dans son genre.

« Eh bien, tu es l'héritier d'une famille sacrée. Mais avec les… penchants de ta sœur, beaucoup de gens parlent. Ça risque d'entacher la réputation des Cunningham. Alors, ça dérange Aemilia. » expliqua Lotharius.

« Mais Cressida n'est pas sérieuse. Elle veut juste se rendre intéressante. Elle choisit les choses les plus inappropriées pour attirer l'attention sur elle. » assura Gideon d'un ton plus ferme, voulant mettre un terme à la conversation.

Même s'il avait ses propres problèmes avec sa sœur, il ne laisserait pas les gens dénigrer ainsi sa famille.

« On refait une partie ? » proposa-t-il, souhaitant changer de sujet.

Pourtant, quelques mois plus tard, Gideon dut se résoudre à admettre que les rumeurs sur sa sœur n'étaient pas infondées. Ils rentrèrent dans leur imposante demeure de l'Hampshire pour les vacances de Yule. Comme d'habitude, leurs parents n'étaient pas encore rentrés, occupés par leur travail prenant. Cressida et Gideon s'étaient en quelque sorte élevés seuls, aidés par les elfes de maison. Ils n'étaient donc pas déphasés par l'absence de leurs parents pendant cette période pourtant festive et supposée être familiale.

Leurs parents arriveraient sans doute pour le réveillon, afin de partager un diner rapide en famille avant de repartir à leurs activités professionnelles.

A cause du manque de suivi manifeste envers leurs enfants, le couple Cunningham n'était pas conscient de la réputation rebelle de Cressida et de son indiscipline à l'école. La jeune fille avait même pris l'habitude, d'utiliser du Polynectar avec ses amis pour imiter l'apparence de ses parents, utilisant des mèches de cheveux que les elfes récupéraient de leurs brosses ou de leurs taies d'oreillers pendant les rares jours qu'ils passaient dans leur domaine. Elle s'en servait pour les nombreuses convocations parentales que réclamaient les professeurs à cause de son indiscipline.

Cressida avait un groupe d'amis loyaux avec qui elle faisait les quatre cents coups et qui semblaient tous la suivre comme si elle paradait une parole divine.

Elle dégageait une confiance en elle phénoménale, ne reculant jamais devant rien - ni les autres, ni leurs opinions. Elle avait ce genre d'attitude polarisante - soit on l'adorait soit on la détestait.

Ce jour-là, Gideon s'ennuyait fermement et sans doute était-ce l'esprit des fêtes, mais sa lecture de livres d'aeromagie n'était pas aussi passionnante qu'à l'accoutumée. Il voulait passer du temps avec le seul membre de sa famille présent. Il chercha Cressida à travers le Manoir, mais ne la trouva ni dans les grands jardins, ni dans ses appartements privés. Il monta alors dans l'un des greniers, où elle s'isolait parfois pour - Gideon le savait - fumer de la poudre du Billywig, sans que les elfes ne la voient.

Gideon n'y était pas entré depuis des lustres, et il trouva la pièce particulièrement nette, ce qui l'étonna. Contrairement à Gideon, qui aimait l'organisation et la propreté d'une manière presque maladive, Cressida était loin d'être un exemple d'ordre.

L'état impeccable de la pièce lui sembla presque suspect. Sur un bureau, il vit des plumes et des parchemins entamés. La plume n'était pas dans son encrier et l'encre sembla encore fraîche, confirmant la présence récente de sa sœur dans la pièce.

Du coin de l'œil, Gideon aperçut une ouverture dans le mur en bois. Une dalle avait été retirée et posée sur le côté du mur, laissant apparaître un trou d'une circonférence de vingt centimètres. Il s'approcha et vit une boîte argentée cachée à l'intérieur. Il hésita pendant plusieurs secondes. Appartenait-elle à Cressida ou avait-elle dégoté l'un des nombreux secrets du Manoir ? A travers les années, ils avaient trouvé des objets en tout genre ayant appartenu à leurs ancêtres, dissimulés à travers les âges, dans plusieurs recoins de la demeure. La curiosité de Gideon prit le dessus et il s'empara de la boîte. Il vit une inscription en latin sur le rebord.

- Cogitationis poenam nemo patitur -

Nul ne peut être puni pour de simples pensées, déchiffra-t-il. Il ouvrit la boite d'un geste précautionneux et vit des dizaines de rouleaux de parchemins à l'intérieur, soigneusement sécurisés par des filets rouges. Il en ouvrit quelques-uns et commença à les parcourir des yeux, curieux.

Il s'agissait de correspondances, entre Cressida et l'un de ses amis, un jeune homme de son groupe avec qui il l'avait vue à plusieurs reprises. Il se demandait même si leur relation ne dépassait pas l'amitié.

Il hésita, se disant qu'il s'agissait de la vie privée de sa sœur et qu'elle n'apprécierait probablement pas qu'il farfouille dans ses affaires. Il ne put toutefois s'empêcher de poursuivre sa lecture et ses yeux s'agrandirent d'horreur tandis qu'il lisait le contenu de certaines des lettres.

Ils échangeaient sur leur attrait pour certaines idées inavouables, discutaient en détail de leurs lectures cachées sur des événements historiques, et critiquaient vivement les faits 'révisionnistes' du régime. Gideon fut choqué par la véhémence de ces propos. Même si la boîte ne contenait que les lettres du jeune homme, ces dernières référençaient directement certaines idées que Cressida lui avait visiblement mentionnées dans ses propres lettres.

Son cœur se mit à battre la chamade dans sa poitrine, tandis que la panique l'envahissait. Les rumeurs n'étaient pas seulement des rumeurs, réalisa-t-il avec détresse. Ces lettres prouvaient que sa sœur partageait réellement ces idées.

Des propos blasphématoires, si choquants qu'ils pourraient causer la chute de sa famille.

Des propos qui pourraient conduire sa sœur à l'échafaud.

« Que fais-tu dans mes affaires ? » demanda une voix familière derrière lui.

Trop choqué par ses lectures, Gideon n'avait pas entendu les pas de sa sœur. Il se retourna et croisa le regard brun et perçant de Cressida rivé sur lui.

« Que fais-tu dans mes affaires ? » répéta-t-elle avec sévérité.

« Cressida ? Que fais-tu avec ça… Ces lettres ? » demanda Gideon, son corps saisi de tremblements incontrôlables tandis qu'il montrait les lettres.

« Rien qui te regarde. » répliqua Cressida, avant de lui tirer violemment des mains les parchemins. « On ne t'a pas appris à ne pas fouiller dans les affaires d'autrui ? »

« Comment peux-tu écrire des choses pareilles ? Te rends-tu compte de ce que tu vas causer si quelqu'un trouve ces lettres ? » hurla-t-il, s'étonnant lui-même.

Cressida elle-même parut éberluée par son éclat soudain. Il ne sortait jamais de ses gonds.

« Personne ne les trouvera. Je vais les détruire, d'accord ? Aujourd'hui-même. » assura-t-elle. « Calme-toi, Gideon. »

Elle posa une main rassurante sur son épaule tremblante.

« Ne dis à personne ce que tu as vu dans ces lettres, entendu ? »

Il hocha la tête, avant de quitter la pièce à toute allure, son ventre tiraillé par l'angoisse, des larmes dans les yeux. Ils ne reparlèrent plus jamais de ces lettres.

Quelques mois plus tard, lorsque Gideon fut convoqué par la Direction de Poudlard et qu'il trouva ses parents dans la pièce, il sut immédiatement de quoi il retournait. Il sentit son cœur chuter dans sa poitrine.

Sans un mot, il quitta Poudlard en compagnie de ses parents. Pendant le trajet, ces derniers ne prononcèrent pas le moindre mot et il ne posa pas de questions non plus, incapable de parler. Il pouvait toutefois voir à leurs visages qu'ils avaient reçu une nouvelle grave.

Il ne fut pas étonné quand on lui expliqua que sa sœur se trouvait dans une position délicate. Apparemment, le garçon avec qui elle correspondait avait été accusé d'être un dissident et on avait trouvé des lettres de plusieurs personnes dans ses effets personnels, y compris celles de Cressida.

Elle avait été appréhendée par les Mangemorts et se faisait interroger à l'instant même. Selon ses parents, elle niait tout en bloc. Quand ses parents demandèrent à Gideon s'il avait connaissance de quoi que ce soit, il secoua la tête, la boule au ventre.

Cressida avait désormais dix-sept ans, et pouvait être jugée comme une adulte. Une heure plus tard, des Mangemorts masqués firent irruption dans leur demeure et la fouillèrent de fond en comble, à la recherche de preuves incriminantes. Gideon fut soulagé d'entendre qu'ils ne trouvèrent rien dans leur domicile. Sa sœur s'était donc bien débarrassée des lettres.

Le jour de la sanction arriva et ils entrèrent dans une salle d'audience du Ministère de la Magie. L'affaire ne serait pas jugée par le Magenmagot, mais directement en huit clos, en présence des Treize. Le cas de Cressida n'était pas commun. Étant membre d'une famille sacrée, la situation était spéciale.

Gideon n'avait pas dormi les jours précédents, craignant ce qu'il se passerait pour sa sœur. Selon ses parents, et malgré des interrogatoires virulents, Cressida n'avait pas flanché une seule fois et niait tout en bloc. Il fut impressionné par la force mentale de sa sœur.

Cressida fut emmenée dans la salle d'audience et Gideon laissa échapper un hoquet d'horreur en la voyant dans un état déplorable. Elle avait perdu du poids, son visage était blême et émacié. Des bleus et des traces de coups étaient visibles sur ses épaules et son visage. Il réalisa qu'on l'avait probablement brutalisé pour essayer de la faire flancher.

Après une longue délibération, le Coven sacré décida que Cressida ne serait pas emprisonnée, mais elle écoperait d'une punition exemplaire, par mesure de dissuasion.

Des Mangemorts la placèrent sur un siège, et des lianes s'enveloppèrent autour d'elle, l'empêchant de bouger. Une femme masquée s'approcha de Cressida, et appliqua quelque chose – vraisemblablement une pommade – sur son visage. Une cage aux grilles étroites se matérialisa autour de Cressida. La cage remonta lentement au milieu de la pièce, afin d'être visible aux yeux de tous les occupants de la salle. La femme masquée saisit un bocal et Gideon aperçut un insecte brunâtre rampant à l'intérieur du verre, semblable à un parasite. Elle ouvrit le couvercle du bocal et immédiatement, le parasite vola vers la cage métallique dans laquelle se trouvait Cressida avant de se coller sur son visage.

Cressida commença à s'agiter dans la cage. Elle était pourtant fermement maintenue par les lianes et ne pouvait pas faire de mouvements amples. Un hurlement guttural sortit de sa bouche lorsque le parasite s'accrocha à son œil droit.

Pétrifié, Gideon réalisa qu'il pénétrait dans son œil. Les hurlements de Cressida s'amplifièrent tandis que le parasite forçait le passage pour s'introduire à l'intérieur.

Le parasite était en train de dévorer l'intérieur de son œil, réalisa-t-il, horrifié, saisi d'une angoisse si intense qu'il faillit s'évanouir.

Des gouttes de sang et des morceaux de chair commencèrent à gicler à travers les barreaux de la cage.

Gideon n'oublierait jamais les hurlements perçants de sa sœur et ses cris implorants tandis qu'elle souffrait le martyr dans le silence de la pièce, sauvagement torturée devant une audience attentive. Même ses parents observaient la scène en silence, ne voulant pas montrer une réaction vive devant le reste du Coven, par peur que les actes de leur fille impactent le reste du clan de manière significative.

Les cris glaçants de Cressida finirent par s'arrêter, tandis que sa cage se balançait d'avant en arrière. Des larges gouttes de sang tombaient toujours au sol, formant une flaque épaisse. Ses pleurs étaient désormais à peine audibles. Elle avait visiblement perdu connaissance sous l'intensité de la douleur.

Alors que la parasite s'apprêtait à s'attaquer au second œil, la sorcière masquée agita sa baguette dans sa direction et la créature fut ramenée dans le bocal. Sur le visage ensanglanté de sa sœur, Gideon vit un trou sombre et béant à la place de son œil. Sa paupière avait été étirée par un sort, pour l'empêcher de pouvoir fermer les yeux pendant qu'elle était torturée.

Gideon avait serré les bras sur son siège, les jointures désormais blanches, se retenant de vomir. Dans la pièce, la plupart des membres des Treize familles sacrées étaient présents, y compris des enfants dont les pleurs retentissaient désormais dans la salle, probablement traumatisés du spectacle atroce auquel ils venaient d'assister. Les punitions du régime se faisaient toujours publiquement. Il s'agissait d'un moyen pour dissuader les individus qui oseraient se rebeller contre l'ordre établi. L'attention de Gideon fut attirée par une petite fille aux longs cheveux noirs de jais, entourée par des visages familiers.

Il reconnut immédiatement la famille Black. Tandis que les autres enfants de son clan paraissaient bouleversés, la petite fille, elle, semblait surexcitée, presque en transe, ne perdant pas une minute du spectacle. Et bien des décennies plus tard, Gideon n'oublierait jamais la vision de Bellatrix Lestrange enfant, se délectant d'une scène aussi violente.

Gideon secoua la tête, s'efforçant de chasser ces souvenirs désagréables de son esprit. C'était l'un des pires souvenirs de sa vie, sans aucun doute. Ce jour l'avait façonné à jamais. Il était toujours dans son bureau quand la porte s'ouvrit, laissant cette fois entrer Bellatrix Lestrange, dans sa version adulte.

« Gouverneur Cunningham. » salua-t-elle d'une voix impérieuse.

« Madame la Procureure. » salua-t-il d'un ton formel.

« Je suis prête pour la visite. » annonça-t-elle avec la voix d'une petite fille joyeuse, qui contrastait affreusement avec son air malveillant et vicieux.

Accompagné d'une délégation composée de quelques-uns de ses meilleurs chercheurs, de Bellatrix Lestrange et d'un homme qu'il ne connaissait, Gideon fit la visite des locaux pour présenter les derniers avancements en date.

« Nos tests préliminaires se sont montrés très concluants. » informa Gideon.

« Quelles sont les prochaines étapes avant un lancement sur le marché ? » demanda avidement Bellatrix.

« Des tests sur des sujets humains. » admit Gideon avec inconfort.

Bellatrix arbora un air satisfait et elle demanda une entrevue privée avec Gideon.

« De l'excellent travail, Gouverneur Cunningham. » complimenta-t-elle d'une voix ravie, une fois dans son bureau.

« Je dois vous avertir, madame la Gouverneure, au sujet de ces tests sur des individus. Nous ne sommes pas encore prêts. Le faire trop tôt pourrait avoir des risques conséquents. A l'état actuel, cette invention pourrait causer des dégâts sérieux, voire pire. D'un point de vue moral, je me dois de vous avertir. Il serait mieux de patienter quelques années, le temps de pouvoir être certain que… »

« Vous n'êtes pas le détenteur de la morale, Cunningham. En tant que Procureure, croyez-bien que j'ai les intérêts moraux de notre nation en tête. » indiqua-t-elle d'une voix condescendante. « Je veux voir ces tests commencer dans les mois à venir. »

Ils étaient en mesure d'analyser les gènes d'une personne et de séparer les cellules magiques des non magiques dans le sang pour vérifier le statut de sang de l'individu. A un certain degré de fiabilité, ils pourraient même savoir à combien de générations remontait le type de sang.

« Encore trop d'indésirables se cachent dans nos rangs, Gouverneur. Votre invention nous permettra enfin de mettre en place le but ultime de Voldemort, la Purge finale. Seulement à ce moment-là nous pourrons arriver à la Pureté Exemplaire de notre nation. »

Elle semblait totalement ignorer ses mises en garde. Elle était prête à tester sur des humains, malgré les risques.

« Vous savez qui a de grandes chances de remporter les prochaines élections. Je vous conjure d'être intelligent, Gouverneur Cunningham, et de me rejoindre dans le futur. Dans le monde parfait que nous allons créer. » assena-t-elle avec passion.

Il savait qu'elle abhorrait secrètement le ministre de la Magie actuel à cause du laxisme dont il faisait preuve, selon elle. La coalition menée par les Lestrange, réunissaient d'autres familles du Coven qui partageaient aussi leurs valeurs extrémistes. Ils étaient les grands favoris de l'élection.

« Vous feriez mieux de bien choisir votre camp, Cunningham. Ne vous laissez pas manipuler par les élucubrations de votre sœur aînée. Nous savons tous quelles fréquentations elle entretenait par le passé et les conséquences que cela a entraîné. Je suis certaine que si nous creusons davantage, nous serons capables de trouver des choses suspectes une fois encore. » affirma Bellatrix.

Même si la punition dont Cressida avait écopé dans sa jeunesse avait changé sa sœur, il savait qu'elle ne s'était jamais complètement libérée de ces idées. Elle avait eu l'air de se ranger en épousant Warrington, et en devenant même Gouverneure.

« Et si, effectivement, nous trouvons quelques informations douteuses, sachez qu'il ne serait pas difficile de vous y rattacher, monsieur le Gouverneur. » menaça-t-elle. « N'oubliez pas que la loyauté envers votre gouvernement et votre clan surplombent tout, y compris vos anciens liens familiaux. »

Elle lui jeta un regard impérieux avant de se relever.

« Je sais que vous saurez faire le bon choix, monsieur le Gouverneur. » dit-elle avant de quitter la pièce.


Petite piqure de rappel - des fois qu'on aurait oublié qu'on se trouve dans un régime totalitaire. Et si ça peut vous aider à vous rafraichir la mémoire, Gideon Cunningham était déjà apparu au chapitre 7 de l'histoire.

Vous vous rendez compte qu'on a attendu près de 40 chapitres, pour voir les quatre protagonistes de cette histoire dans la même pièce ? Il n'y a que moi pour être autant dans l'abus lol.

Ce rassemblement a toutefois été des plus mouvementés. Les couples se font et les amitiés se défont. Tout le monde doit penser à ses propres intérêts et ceux de sa moitié - ça promet !

Dites-moi ce que vous en avez pensé !

Je ne posterai pas la suite avant la dernière semaine de mai car je pars en vacances en Floride demain. J'irai à Universal Studios pendant mon séjour, au parc d'attractions sur le thème d'Harry Potter. Le rêve d'une vie, franchement. Je hurle (dans ma tête) tellement j'ai hâte.

En attendant la suite, prenez soin de vous…

Fearless