Valeur et vigueur,

Un grand merci à drou, Sarah Maes, Jiwalumy, plinchy pour vos reviews ! Cœurs sur vous !

Ce chapitre contient beaucoup d'informations. Il y a aussi une note importante à la fin.

Playlist/montage à retrouver sur mon profil.

Récap des chapitres précédents :

* Narcissa a autorisé Draco et Ginny à poursuivre leur relation à condition que Draco prétende de courtiser Astoria Greengrass et que Ginny, désormais sous la tutelle de Narcissa, continue son espionnage de la gouverneure Cressida Warrington. Se faisant, Ginny espère également obtenir un changement de statut de sang pour sa famille (c. 49)

* Hermione a accepté de s'allier avec l'Ordre du Phénix contre le régime. Harry s'est porté garant pour elle. (c. 57)

* Dean Thomas a été assassiné par Maugrey car il a découvert la présence d'extrémistes au sein des Goules Insoumises et leur implication dans l'attentat du Bal de l'Ellébore qu'ils ont commandité en utilisant Hannah Boot pour provoquer l'explosion. La mort de Dean a été masquée en suicide. (c. 21) Dean connaissait Hermione. Ils ont fréquenté la même école, avant l'invasion du régime, pendant laquelle ils ont tous les deux étés capturés. (c. 24)

* A cause de Tonks, qui les a prévenus sans le savoir, Maugrey, Terrence Higgs et les autres extrémistes qui se cachaient parmi la faction des Goules Insoumises ont pu s'enfuir avant d'être appréhendés par l'Ordre du Phénix. On ne sait pas où ils se cachent pour le moment. (c. 22)

* Le testament d'Abraxas Malfoy a révélé que les parts de l'entreprise familiale étaient directement transmises à Draco, ce qui a empiré le conflit entre ce dernier et Lucius (c. 47)

* Lucius Malfoy a souffert d'une crise cardiaque sévère qui la laissé paralysé (après avoir été lentement empoisonné par Narcissa, par vengeance) (c.56)

LVIII. Gain de Cause

« Gwenog Jones s'élance à une vitesse fulgurante en direction des buts de l'équipe adverse. Ses coéquipières, Gaffney et Gibson, s'envolent à sa suite pour former un triangle serré. Le trio passe sans encombre à travers les défenses des Catapultes de Caerphilly avec une superbe Attaque en Faucon parfaitement coordonnée. Jones exécute une passe arrière en direction de Gibson qui s'empare du souaffle et le lance vers l'un des anneaux et… Buuuuut ! Dix points supplémentaires pour les Harpies de Holyhead ! » s'exclama la voix du commentateur Jeremiah Garnett, résonnant dans tout le stade, parmi les applaudissements des spectateurs.

« Cela constitue une preuve supplémentaire de la force technique de cette équipe, Jeremiah. Bien que les Catapultes de Caerphilly soient toujours en tête, les Harpies les suivent de très près avec seulement vingt points de retard. » indiqua Glenda Chittock, sa collègue. « Les attrapeurs écument toujours l'intérieur du stade à la recherche du vif d'or tant désiré. Le suspense est à son comble après déjà plus de deux heures de jeu ! »

Les yeux brillants d'excitation, Ginny scrutait attentivement le terrain. La partie devenait de plus en plus captivante et tenait tous les spectateurs du stade en haleine.

« Il y a du mouvement sur le terrain, Jeremiah ! On dirait que Justin Dorny des Catapultes a provoqué une collision volontaire. Gwenog Jones ne semble pas apprécier les excuses du poursuiveur et vient d'accrocher son balai pour s'expliquer. » relata Glenda. « Dorny ferait bien de se méfier, nous connaissons tous le tempérament volcanique de Jones sur le terrain. »

« L'arbitre siffle deux pénalités. La première contre Dorny pour un Boutenchoc et la seconde contre Jones pour intimidation. Sans surprise, c'est Jones qui tire la pénalité en faveur de son équipe et inscrit le but sans aucune difficulté. Dorny s'avance à son tour vers les buts adverses pour tirer le pénalty. Oh oh oh, la gardienne Ximena Gonzalez-Mendoza slalome à toute vitesse entre les trois anneaux et parvient à repousser le souaffle lancé par Dorny. La foule est en délire après cette démonstration des capacités exceptionnelles de Gonzalez-Mendoza. »

« Ce match est absolument magistral, Jeremiah. Cela faisait des mois que nous n'avions pas assisté à une rencontre aussi excitante. On peut toujours compter sur ces deux équipes pour nous offrir un derby à sensations fortes. » commenta Glenda avec plaisir.

« Les Catapultes ont une expérience solide à leur avantage et une composition expérimentée et mature. Cheik N'Diaye est intouchable et il est connu pour être un leadeur de jeu et de vestiaire. La récente acquisition de Stávros Marinákis dans leurs effectifs a également consolidé une équipe déjà bien alignée. Le phénomène grec comme on l'appelle, ne semble avoir aucun défaut. Leur avance dans cette rencontre est loin d'être surprenante. » renchérit Jeremiah.

« Tout à fait, Jeremiah. Pourtant, les Harpies nous ont montré un jeu totalement différent cette saison. Cette force de vaincre, cette énergie débordante et cette prise de risques sont des atouts indiscutables. » indiqua Glenda. « Elles sont loin de tout nous avoir montré ! »

« Je crois qu'on peut l'attribuer à la capitaine Gwenog Jones qui joue sa dernière saison et qui semble vouloir gagner la coupe de la ligue à tout prix cette année. Les Harpies ont misé sur une sélection jeune mais puissante, que Jones vient parfaire avec son expérience. L'attrapeuse, Greta Grimshaw, est constante et essentielle. La gardienne, Ximena Gonzalez-Mendoza, a battu de nombreux records sur le plan national. Les replis défensifs de Gaëlle Leroy sont précieux. Ghazal Ahmad, quant à elle, est une pépite et semble pouvoir jouer partout. Difficile d'imaginer qu'elle n'a que 19 ans. Aoife Gaffney est bonne au combat et aux relances. Tina Gibson est rapide et intelligente, même si elle revient d'une blessure et n'est pas au maximum de ses capacités pour le moment. »

« Je vous rejoins là-dessus Jeremiah, l'équipe des Harpies est remplie de talents individuels. Toutefois, elles n'ont pas la maturité et la force d'équipe des Catapultes. Leurs performances individuelles seront-elles suffisantes pour battre leurs adversaires ? »

« J'imagine que les prochaines minutes de ce match répondront à vos interrogations, Glenda. » affirma Jeremiah. « Olivia James des Catapultes entame une course effrénée vers les anneaux adverses. Elle évite avec difficulté le cognard envoyé par Gazhal Ahmad mais elle se retrouve touchée de plein fouet par un Revers de Cognard maladroit mais efficace de la part de Gaëlle Leroy. »

« Encore de l'agitation et cette fois, elle provient des gradins. Il semblerait que Gwenog Jones ait fait un geste inapproprié en direction de l'entraîneur des Catapultes après que ce dernier ait lancé une critique à voix haute sur la technique ''peu soignée et amatrice'' de Gaëlle Leroy. Jones est bien connue pour ses nombreux éclats et ses rivalités avec plusieurs joueurs de la Ligue. Son attitude au cours de sa carrière lui a d'ailleurs valu plusieurs suspensions. »

« L'arbitre a clairement vu le geste de Jones et a décidé d'accorder une nouvelle pénalité aux Catapultes. Jones mène une équipe jeune, il faudrait vraiment qu'elle apprenne à donner un meilleur exemple de fair-play. » commenta Jeremiah en secouant la tête.

« Gloire à Voldemort, ce n'est pas trop tôt ! Ce match est tellement long. » commenta Katrina Street-Porter d'un ton lassé, lorsque l'arbitre siffla une pause.

Contrairement à Ginny, elle n'était pas férue de Quidditch et venait uniquement pour l'aspect social des matchs. La saison de Quidditch était une énième occasion pour les mondains de se réunir. Warrington était l'une des sponsors du club des Harpies et disposait d'une loge privée lors des matchs. Elle recevait fréquemment son entourage, composé de membres du ministère et d'autres contacts que Ginny ne connaissait pas. Cette dernière était ravie que la Gouverneure la considère suffisamment pour une telle invitation. En tant que fan inconditionnelle des Harpies de Holyhead, pouvoir assister à une telle rencontre était un rêve. Bill l'avait emmenée voir un match, un jour, pour la féliciter d'avoir réussi ses examens de fin d'études à Néréide. Ils avaient été placés sur les gradins les plus bas, avec une vue bien piètre. Cela avait pourtant été l'un des meilleurs jours de la vie de Ginny. Elle n'aurait jamais pu imaginer qu'elle se retrouverait dans une loge avec un accès privilégié et une vue imprenable, bien des années plus tard.

Les autres invités de Warrington quittèrent les gradins privés pour rejoindre l'intérieur de la loge privative où ils purent profiter de boissons et d'amuse-bouches. Ginny suivit Katrina à l'intérieur, prêtant une oreille distraite aux propos de cette dernière au sujet des vacances qu'elle préparait avec son conjoint. Ginny s'était proposée pour la remplacer sur certaines tâches pendant son absence. Elle savait que cela lui permettrait de se rapprocher davantage de la gouverneure.

Ginny remarquait une différence significative dans ses relations avec Cressida depuis qu'elle était coachée par Narcissa Malfoy. Cette dernière semblait savoir quels leviers utiliser pour la rendre plus productive. C'étaient ses conseils avisés qui lui avaient permis d'obtenir cette invitation avec le cercle généralement privé de Cressida. Narcissa lui avait expliqué que les discussions et les accords les plus importants se faisaient généralement dans un contexte social informel. Si elle devait apprendre les secrets de la gouverneure, ce ne serait pas au ministère.

Ginny écouta distraitement la conversation de Katrina avec Benedicta Cromwell, la directrice des partenariats du magazine le Quidditch à l'Affiche, le plus gros hebdomadaire sportif du pays. Ginny se rappelait vaguement l'avoir croisée à la conférence organisée par Cressida Warrington - Femmes d'influence. En tant que panéliste, elle avait partagé ses conseils sur la négociation d'un salaire lors d'une embauche.

La gouverneure s'entourait toujours de sorcières qui avaient prouvé leur talent dans leur domaine. Cela expliquait pourquoi elle était également l'une des sponsors du club des Harpies de Holyhead, le seul club entièrement féminin de la ligue — des joueuses jusqu'au staff.

Deux heures plus tôt, Ginny avait observé l'entrée des joueuses sur le terrain avec émerveillement, en admiration devant la prestance et la confiance qu'elles dégageaient. Les voir jouer était une expérience exceptionnelle. Elle en avait presque oublié la raison de sa venue.

« J'ai oublié d'aller donner ce carnet à Mrs Warrington. » dit Katrina avec une grimace lorsque son interlocutrice s'excusa pour aller chercher un verre au bar. « Mais je n'ai pas encore terminé avec Benedicta. »

Apparemment, la gouverneure avait chargé Katrina d'obtenir une chronique spéciale dans le magazine auprès de la femme.

« Je peux le faire pour toi, si tu le souhaites. » suggéra Ginny. « Je crois l'avoir vue passer. Elle ne doit pas être très loin. »

Ginny avait vu Cressida quitter la loge en compagnie d'un homme qu'elle avait déjà croisé au ministère. Katrina hésita un instant, comme si quelque chose la retenait. Benedicta fut de retour, un verre rempli en main, et Katrina lui décrocha un sourire. Elle tendit le carnet à Ginny.

« Donne-lui directement. » ordonna-t-elle.

Ginny se dirigea vers la sortie de la loge privée, qui donnait sur un long couloir avec des portes semblables. Sûrement d'autres loges exclusives du stade, toutes réservées à des spectateurs privilégiés comme la gouverneure et son cercle. Elle prit la direction des toilettes qu'elle avait repérées avant le début de la rencontre et s'empressa de s'enfermer dans l'une des cabines et saisit le carnet.

Elle poussa une petite exclamation d'excitation en constatant que le contenu était visible. Elle savait que Katrina avait parfois l'habitude d'apposer un sort de dissimulation sur certains documents lorsqu'elle quittait brièvement son bureau, au ministère. Ginny avait deviné que les documents en question contenaient des informations confidentielles qu'elle ne voulait pas laisser exposées. Elle s'était toutefois gardée de poser la question, de peur d'attirer des suspicions.

Dans sa hâte, Katrina avait sans doute oublié d'apposer le sort. Ginny farfouilla dans son sac à main, à la recherche de parchemin vierge. Elle dénicha un petit rouleau, d'une vingtaine de centimètres. C'est mieux que rien, pensa-t-elle.

Elle parcourut avec attention les pages du carnet de Cressida. Un agenda, conclut-elle en remarquant des indications brèves sous chaque date. Elle rechercha la page du jour. Seule une phrase y avait été griffonnée :

'Retrouver le Hibou Farouche chez le Corbeau.'

Elle fixa la phrase, l'air hagard. Il s'agissait probablement d'un code, mais elle ne disposait d'aucun moyen de le décrypter. Elle se rappela soudainement du symbole sur la porte de la loge privée de la gouverneure. Un dessin représentant un corbeau. L'inscription du carnet faisait-elle référence à ce lieu ? Elle n'avait pas le temps de déchiffrer les autres pages. Rester enfermée dans cet endroit trop longtemps attirerait des suspicions. Ginny apposa sa baguette sur les pages suivantes et murmura un sort de copiage. Le contenu d'une dizaine de pages de l'agenda fut copié sur son rouleau de parchemin. Elle dut s'arrêter lorsqu'elle manqua de place et roula soigneusement le parchemin avant de le ranger dans son sac. Quelqu'un pénétra dans la cabine adjacente à la sienne et Ginny s'empressa de quitter les toilettes d'un pas rapide, le cœur battant. Elle jeta un coup d'œil nerveux à sa montre. Il ne restait que quelques minutes avant la reprise du match. Elle retourna dans la loge privée qui était vide car les occupants étaient retournés à leurs sièges sur les gradins du balcon privé. Elle entendit la voix du commentateur annoncer la reprise imminente du match. Elle observa ses environs, mais ne vit pas Cressida. Elle n'était pas encore rentrée. Ginny se rapprocha d'un serveur, près du bar, qui était occupé à ôter les verres vides dans la pièce.

« Excusez-moi. » héla-t-elle d'un ton aimable à son attention. « Avez-vous vu Mrs Warrington ? Je suis son assistante et je dois lui remettre des documents au plus vite. »

« Elle est dans l'une des sphères nébuleuses. » lui apprit l'homme après une brève hésitation. « Elle a été réservée pour le reste du match. »

« Oh, c'est vrai, j'avais oublié. » fit Ginny en secouant la tête, feignant de s'en souvenir. « Vous pourriez m'y conduire ? Je dois lui remettre ces documents et j'apprécierais vraiment votre aide pour le faire. »

Ginny lui adressa un regard un peu suppliant, ce à quoi le serveur ne parut pas pouvoir dire non.

« Je peux vous faire entrer pour lui remettre. » proposa-t-il finalement d'un ton assuré.

Ginny hocha frénétiquement la tête. L'homme la conduisit dans le couloir désormais vide où se trouvaient les portes menant aux autres loges privées. Devant chaque porte close, la forme d'un animal était représentée. Ils s'arrêtèrent devant une porte où un dessin représentant une sphère était tracé.

Lorsque le serveur ouvrit la porte, une forte odeur de fumée envahit les narines de Ginny, lui piquant un peu les sinus. L'odeur était semblable à celle que produisait la pipe à salive de Billywig que Pansy fumait de temps en temps. Elle avait cependant une note mentholée et plus âcre.

Dans la pièce, elle vit trois sphères géantes, suffisamment grandes pour accueillir deux ou trois personnes à l'intérieur. Probablement une zone réservée à la consommation de cette pipe, sans pour autant déranger le reste des spectateurs. Une seule des sphères avait la porte fermée, probablement déjà occupée. Elle devina que la Gouverneure et son interlocuteur s'y trouvaient.

« Merci, je me débrouillerai pour trouver la loge par moi-même. Je ne voudrais pas vous déranger plus longtemps. » dit Ginny à l'intention du serveur en lui adressa un sourire éclatant qui le fit rougir.

Ginny attendit qu'il s'en aille pour pénétrer dans la sphère adjacente. Elle ferma la porte derrière elle, observant l'endroit avec curiosité. La partie avant de la sphère était constituée d'une vitre qui donnait une excellente vue sur le terrain. Ginny se rapprocha du mur de la sphère et y apposa son oreille, dans l'espoir d'entendre ce qui se passait dans celle voisine. Elle n'entendait que des voix étouffées. Elle fronça les sourcils en examinant tous les coins et recoins de la sphère. Elle repéra une grille de ventilation probablement utilisée pour évacuer la fumée. Elle repositionna la table basse carrée de la sphère sous la grille. Elle grimpa dessus et colla son oreille près de la grille. Cette fois, Ginny put entendre les voix avec plus de clarté. Bien que le son ne soit pas idéal, cela était suffisant pour qu'elle puisse distinguer ce qu'elles disaient.

« Les discussions auront lieu au début du mois d'août. La plupart des institutions sont en congé à cette période, ce qui devrait nous garantir de la discrétion. » disait une voix.

Elle appartenait à un homme - probablement celui que Ginny avait vu avec la gouverneure, quelques instants plus tôt.

« Il est important que cela se fasse avant l'anniversaire de l'attentat et le jour de la Victoire. « Qui sait ce que les Lestrange préparent cette année pour l'occasion ? » répondit Cressida Warrington d'un ton sombre. « Et qu'en est-il de nos amis ? »

« Ils ont dû faire preuve de discrétion, mais m'ont assuré que l'opération est toujours en cours. » assura l'homme.

Ginny fronça les sourcils. Une opération ? pensa-t-elle avec confusion. Leur conversation l'alarma. Elle sursauta lorsqu'elle entendit une personne pousser une exclamation outrée. Elle faillit tomber de la table.

« Quelle occasion manquée ! » s'exclama la voix de Cressida.

Ginny se rendit compte qu'elle faisait référence au match qui avait repris. Elle tourna la tête vers le terrain et, à travers la vitre, aperçut un groupe de joueurs non loin des buts des Catapultes. L'arbitre avait probablement sifflé une pénalité.

Elle replaça son oreille près de la ventilation.

« Le premier tour des élections sera décisif. » reprit Warrington. « Certains clans négocient depuis des mois. »

Ginny prêta une oreille attentive à la conversation, même si elle ne comprenait pas tout ce qui était dit. Ils faisaient des pronostics sur les élections, et parlaient de tentatives de la part de certains membres des Treize de gagner des points. Elle tendit l'oreille davantage quand le nom Malfoy fut mentionné. Ils comméraient sur l'ascension de Narcissa, après les problèmes de santé de son mari.

« Je suppose que c'est un mal pour un bien en ce qui la concerne. Elle a réussi à tromper le pays entier avec son acte de femme éplorée, mais je vois clair à travers son jeu. Je savais que son numéro de femme loyale derrière son mari égocentrique ne durerait pas éternellement. Cette femme est plus ambitieuse que moi et ça veut beaucoup dire. » déclara Warrington d'un ton hautain.

Ginny reconnut un mélange de dédain et de respect dans sa voix.

« Comment pensez-vous qu'elle agira ? » demanda la voix de l'homme.

« Très sincèrement, je l'ignore, Henry. J'aurais facilement pu prédire comment agirait Lucius Malfoy, ce n'est pas aussi simple pour sa femme. J'ai la sensation qu'elle agira en électron libre. Elle est imprévisible. » indiqua Cressida, l'air pensif.

Elle lâcha un profond soupir.

« Puisse Nestoria nous guider en ces temps troubles. » lança-t-elle. « Nous ne pourrons compter que sur sa miséricorde. »

La conversation sembla s'arrêter là et Ginny resta immobile pendant de longues secondes, à la fois déconcertée et mal à l'aise par ce qu'elle venait d'entendre. La dernière phrase de Cressida suscita sa curiosité. Nestoria ? songea-t-elle. Elle n'avait jamais entendu ce nom. Son usage dans une formule qu'on réservait généralement à Voldemort était étrange. Invoquer le nom d'une autre personne, tel que Merlin ou autre, était considéré comme un blasphème.

Elle n'eut pas le temps de s'interroger davantage. Elle ne voulait pas prendre le risque d'être surprise dans cette situation délicate par la gouverneure. Elle craignait qu'ils sortent brusquement et la surprennent. Elle ne pourrait pas justifier sa présence dans cette pièce. Elle s'empressa de quitter la sphère et retourna dans le couloir pour retrouver la loge privée. Quelques instants plus tard, elle fut de retour sur son siège, aux côtés des Katrina qui discutait toujours avec Benedicta, sans porter attention au match.

« Je n'ai pas trouvé Mrs. Warrington. » lui souffla Ginny d'une voix désolée. « Je crois qu'elle était occupée. »

Elle rendit le carnet à Katrina qui le rangea soigneusement en lui indiquant que ce n'était pas grave. Ginny reporta son attention sur la partie, même si elle ne parvint pas à se concentrer pour suivre le reste de la rencontre. Un flot de questions se bousculait dans son esprit après la conversation qu'elle venait d'entendre.

Elle s'était longtemps demandée si elle trouverait des informations compromettantes sur Cressida Warrington pour satisfaire les Malfoy. En dépit de ses idées bien plus progressistes que la plupart des Treize sacrés, la gouverneure semblait lisse sur le parchemin. Les Malfoy n'avaient pas tort de se méfier. Après cette conversation énigmatique et les messages cryptés dans son agenda, il semblait évident qu'elle avait des choses à cacher. Bien que Ginny n'ait pas tout à fait saisi la conversation, elle avait le sentiment que c'était important. Elle ignorait jusqu'où les secrets de Warrington iraient, mais allait devoir redoubler d'efforts pour les trouver.

« Olivia James inscrit un nouveau but pour les Catapultes et le score est désormais de… Attendez-voir...Greta Grimshaw s'élance à toute vitesse vers le sol. Jefferson Oliveira est à ses trousses mais il peine à rattraper l'avance de Grimshaw qui fonce vers le sol du terrain et attrape le vif d'or, mettant un terme à trois heures et dix-sept minutes de jeu intense. Les Harpies d'Holyhead empochent 150 points supplémentaires et s'imposent avec 330 points face à 220 points contre les Catapultes. » résonna la voix excitée du commentateur, sous la levée d'applaudissements à travers le stade.

Lorsqu'elle rentra chez elle, en début de soirée, Ginny se laissa choir sur son canapé, lessivée. Après la victoire des Harpies, les célébrations s'étaient poursuivies dans la loge privée. Ginny avait profité de l'état d'ivresse de Katrina pour l'interroger sur l'identité de l'homme qu'elle avait vu en compagnie de la gouverneure. Il se prénommait Henry Finley et était un membre éminent du Département de la coopération Internationale au ministère. Apparemment, il entretenait les relations diplomatiques du régime avec d'autres nations purifiées.

Ginny extirpa le rouleau de parchemin sur lequel elle avait copié l'agenda de la Gouverneure, essayant de le déchiffrer. Son cerveau était cependant trop embrumé et les verres hydromel consommés après le match ne l'aidaient pas. Elle décida de reporter le déchiffrage à plus tard et se dirigea dans la salle de bain pour prendre une longue douche brûlante, qui l'aida à se détendre. À peine eut-elle quitté la salle de bain que la sonnerie de l'appartement se fit entendre.

Elle était tellement absorbée par ses pensées qu'elle avait oublié que Draco était censé venir. Elle se précipita dans le living-room pour l'accueillir. Les choses n'avaient pas été simples pour les Malfoy ces derniers temps. En plus des mauvaises nouvelles concernant la santé de Lucius, ils devaient gérer la situation au sein de l'entreprise, secouée par de profondes transitions.

Même si Draco ne lui avait pas dit explicitement, Ginny savait qu'il ne se sentait pas encore prêt à assumer les responsabilités de son père. Il était probablement soulagé que Narcissa ait immédiatement pris les rênes. En dépit du sentiment d'intimidation qu'elle éprouvait en présence de cette femme, Ginny était admirative devant son ascension. Elle comprenait les mots de Cressida Warrington, plus tôt dans la journée. Que l'on apprécie Narcissa Malfoy ou non, on ne pouvait que la respecter.

Elle avait pris la tête du clan avec une aisance déconcertante. Il était évident que Narcissa était loin d'être l'épouse de gouverneure soumise et effacée qu'on attendait généralement de cette position. C'était une femme capable, probablement un peu trop selon certains. À commencer par son mari.

Heureusement pour les Malfoy, la transition avait déjà commencé depuis plusieurs semaines, quand Lucius avait été écarté discrètement mais fermement de son rôle de directeur général. Sa démotion n'avait pas encore été annoncée officiellement au reste des employés ni au public. Son état de santé serait utilisé pour justifier sa rétrogradation. Les opérations illégales de Lucius seraient gardées secrètes pour éviter de provoquer un scandale.

Selon Draco, l'atmosphère au manoir familial était étrange. Son père était dans un état presque végétatif, incapable de communiquer. Même s'il s'efforçait de garder sa contenance en public, Draco se montrait plus vulnérable avec Ginny à ce sujet. Il semblait incertain quant à la meilleure manière de gérer la situation. La jeune femme était tellement habituée à le voir maîtriser toutes les situations qu'elle fut perturbée de le voir si affecté. Elle faisait de son mieux pour l'épauler dans ces moments difficiles.

« C'est étrange… Pendant très longtemps, j'ai espéré que ce moment arrive. » admit-il. « J'ai même espéré qu'il meure à la place de mon grand-père. »

Ginny resta silencieuse devant la confession. Elle n'était pas surprise par ces paroles. Même avant qu'ils ne se rapprochent, elle avait compris à quel point les relations de Draco avec son père étaient tendues. En voyant son souvenir d'enfance dans la pensine et en l'entendant critiquer son père, elle avait compris l'ampleur de leur conflit. Elle était révoltée de voir un homme traiter son propre enfant de cette façon. Lucius Malfoy n'avait jamais été un père pour Draco, mais un simple géniteur.

« Je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est à cause de mon souhait, que cela est arrivé. » poursuivit Draco, la mine assombrie.

Ginny décela une once de culpabilité dans ses paroles et pressa la main sur la sienne. Elle n'aimait pas le voir dans cet état. Comme lors de la mort de son grand-père quelques mois plus tôt, elle se sentait impuissante.

« Ne dis pas ça. Tu n'es pas fautif, Draco. Les Médicomages ont dit qu'il était souffrant, depuis longtemps. » rappela-t-elle.

Les analyses effectuées après l'infarctus de Lucius avaient révélé qu'il avait un cœur fragile. Il était probablement malade depuis plus longtemps qu'ils ne l'avaient cru. Un mode de vie peu sain et un stress élevé semblaient avoir accéléré le processus.

Elle savait qu'il était facile de porter le blâme sur soi-même lorsque ces tragédies arrivaient. Après l'attaque du Terrier, elle s'est demandée si sa famille serait toujours présente si elle avait été plus sage. Le raisonnement naïf d'une petite fille traumatisée et désorientée. Elle retrouvait chez son frère ce même sentiment de culpabilité. Bill se braquait toujours quand elle mentionnait les événements tragiques qui avaient secoué leur famille. Il était humain de chercher un coupable après une situation tragique, de la même manière qu'il était naturel de chercher sa propre responsabilité dans cet événement. Il était commun de songer à ce que l'on aurait pu faire pour changer le cours des choses.

« Je pensais que ça me rendrait soulagé. Heureux même. Au final, c'est seulement du regret que j'ai ressenti. » dit-il d'une voix éteinte, sans joie, comme s'il était déçu. « Comment est-il possible que je ressente cela alors que je le déteste tant ? »

Ginny eut un pincement au cœur quand elle entendit ses mots. En silence, elle entoura sa nuque de ses bras et se blottit contre lui.

Le lendemain, Ginny fut étonnée de recevoir un hibou de la part de Narcissa Malfoy qui l'invitait à un nouvel entretien. Leurs rencontres avaient cessé après les derniers évènements. Elle ne s'attendait pas à être convoquée si vite. Elle souhaitait probablement obtenir un compte rendu de l'évènement privé de la gouverneure.

Pour la première fois depuis son entrée au cabinet de Warrington, un an plus tôt, Ginny avait enfin obtenu des informations intéressantes. La sensation d'avoir une piste était encourageante. Elle n'avait pas prévu à quel point cela serait difficile.

Cressida Warrington ne semblait pas accorder sa confiance facilement et Ginny avait dû batailler pour la gagner. Cette proximité était précieuse aux yeux de Narcissa Malfoy qui n'hésiterait pas à la manipuler. Ginny devait jouer efficacement ses propres cartes et s'assurer que les informations dont elle disposait lui permettraient d'obtenir ce dont elle avait besoin.

Lorsque Ginny entra dans un salon privé de l'Augurey Magistral, elle vit Narcissa Malfoy près de la fenêtre, son attention absorbée dans un miroir à double sens. La discussion était sérieuse, à en juger la mine concentrée qu'elle arborait.

« Entendu, Miss McGrath. Nous en parlerons demain, au bureau. » dit-elle avant de mettre un terme à la conversation.

Narcissa prit place sur un sofa, invitant Ginny à l'imiter.

« Pur soit le sang, Miss Weasley. » la salua-t-elle d'une voix agréable.

« Victorieuse soit sa venue. » répondit platement Ginny avant de prendre place à son tour.

« Je suis navrée d'avoir mis en suspens nos entrevues, ces dernières semaines. Comme vous le savez, les choses n'ont pas été des plus simples. » déclara Narcissa avec un long soupir.

Dans sa voix, one ne percevait pas la détresse d'une femme éplorée, mais celle d'une personne contrariée par un désagrément frustrant. Ginny savait que les relations qu'elle entretenait avec son mari n'étaient pas des plus affectueuses. Draco avait grandi en voyant un mariage sans amour. Comme la plupart des unions sacrées entre les Treize, celle de ses parents ressemblait davantage à une transaction.

« Ne vous inquiétez pas, je comprends. » assura Ginny.

Elle était même étonnée de l'entendre s'excuser. Surement une énième démonstration d'étiquette. Dans leur milieu, les codes étaient nombreux et les démonstrations d'émotion rares. Ginny hésitait à poser des questions sur son état. Malgré leurs entretiens réguliers et le fait que Narcissa soit informée de sa relation avec Draco, Ginny ne se sentait pas à l'aise en sa compagnie.

« Comment se porte votre mari ? » demanda-t-elle finalement.

« Son état est stable, gloire à Voldemort. » répondit Narcissa d'un ton neutre.

Ginny hocha la tête, décrétant qu'il valait mieux en rester-là. Elle savait que Narcissa ne comptait pas s'embarrasser de banalités. Lors de leurs rencontres, elle abordait les sujets de manière directe, parlant avec une franchise qui laissait parfois Ginny perplexe.

« Comment s'est déroulé l'évènement de la gouverneure ? » demanda Narcissa.

Ginny lui raconta les événements de la veille en détail, lui fournissant la liste de tous les invités. Elle avait fait semblant de s'intéresser à leurs identités pour des raisons de réseautage, et Katrina lui avait donné les noms et les fonctions de tous les convives de Warrington. Ginny en avait pris note mentalement avant de les poser sur parchemin, dès qu'elle en avait eu l'occasion. Après une courte hésitation, elle remit également à Narcissa le parchemin sur lequel était retranscrit une partie de l'agenda de Warrington.

« Cela vient de son carnet de rendez-vous. Je n'ai pas pu le copier en intégralité, mais j'ai copié les pages à partir de la date d'hier jusqu'aux prochaines semaines. » indiqua Ginny.

Narcissa observa attentivement le parchemin des yeux, affichant un air perplexe au fur et à mesure de sa lecture.

« J'ai l'impression que ces messages sont codés. Ils font peut-être référence à des personnes et à des lieux. Elle est probablement la seule à pouvoir les déchiffrer. Elle et Katrina. » ajouta Ginny.

« Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? »

Ginny mentionna le corbeau visible sur la porte de loge privée et la phrase inscrite dans l'agenda.

« Intéressant. » commenta Narcissa d'un ton pensif.

Elle semblait satisfaite de cette découverte.

« Essayez de déchiffrer ce que ces indications veulent dire. Vous pourrez sans doute en apprendre davantage auprès de sa publiciste. » ordonna Narcissa.

Ginny hocha la tête, rassurée. Elle avait l'impression que Narcissa était réjouie de ses découvertes. Elle se retint cependant de lui relater la conversation qu'elle avait entendu entre Warrington et Henry Finley. Même si elle était persuadée que la discussion avait son importance, elle souhaitait d'abord en apprendre davantage. Elle voulait également s'assurer que Narcissa respecte également ses engagements avant de trop en révéler.

« Je voulais vous poser une question. » dit Ginny.

Narcissa leva un sourcil, l'encourageant à continuer.

« C'est au sujet du statut de mon frère et de sa famille. Maintenant que vous êtes gouverneure… » commença Ginny.

« Naturellement. Je n'ai pas oublié ma part du contrat. » assura Narcissa qui avait immédiatement compris où elle voulait en venir. « La grâce ministérielle est généralement très difficile à obtenir. Cela ne se produit qu'une ou deux fois par an et les conditions sont presque impossibles à satisfaire. »

Ginny écarquilla les yeux, déboussolée par cette information. Lorsqu'elle avait conclu son marché avec Draco, il avait laissé sous-entendre que la grâce ministérielle était atteignable. Entendre Narcissa lui donner ces chiffres la découragea.

« J'ai besoin d'en savoir davantage sur votre famille et sur les circonstances autour de votre statut. » indiqua-t-elle.

Ginny entreprit de lui expliquer les penchants politiques de sa famille avant l'invasion de leur région par le régime. Elle lui expliqua ce qu'il s'était passé cette nuit-là, quand un feu gigantesque avait ravagé sa maison d'enfance et séparé sa famille. Elle mentionna la façon dont les avaient recueillis les Diggory avant que Bill ne prenne totalement sa charge, quelques années plus tard.

« Mon frère Bill est un citoyen modèle et intègre. Il a toujours travaillé dur et n'a jamais eu de problèmes. Cela doit bien valoir quelque chose, non ? Il est injuste que nous devions encore subir les conséquences alors que nous n'avons plus aucun lien avec… » commença à se justifier Ginny.

« Bon sang ne saurait mentir. Avez-vous déjà entendu cette expression, Miss Weasley ? » l'interrompit Narcissa.

Ginny secoua la tête, décontenancée.

« Cela signifie que les qualités et les défauts des parents se retrouvent chez leurs enfants. Ce qu'un parent a fait, son enfant le fera. » indiqua Narcissa. « C'est une croyance profondément ancrée dans nos mœurs, Miss Weasley. »

Elle observa Ginny avec cet air condescendant qu'elle arborait régulièrement, comme si elle se trouvait face à une enfant naïve à qui l'on devait tout enseigner.

« C'est ainsi que fonctionne l'éducation. Quand des parents ont des enfants, ce n'est pas uniquement leurs gènes ou un héritage financier qu'ils leur transmettent. Ils lèguent aussi tout un système de pensée, des idées et des valeurs. C'est cette éducation qui les façonne. Cela a forgé la personne que vous êtes désormais, même de manière inconsciente. » soutint Narcissa.

Ginny n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle. Cela expliquait pourquoi elle avait longtemps éprouvé un profond mépris du régime de Voldemort. Même séparée de sa famille, elle avait gardé les valeurs qu'on lui avait inculquées étant jeune. Même si elle avait appris à se taire et à se soumettre en public, ses convictions n'en étaient pas moins présentes. Elle jouait un rôle.

« La famille. C'est sur ce pilier que notre société repose. Quand vous comprendrez ce concept, vous comprendrez que votre attitude et celle de votre frère, aussi irréprochables soient-elles, ne pourront jamais effacer les actes de vos géniteurs dans l'imaginaire collectif. Nous portons tous les fardeaux et les réussites de nos ancêtres. » indiqua gravement Narcissa.

Ses paroles eurent pour effet de démoraliser Ginny, qui sentit une vague de découragement la parcourir.

« Ce n'est pas en agissant de la sorte que vous parviendrez à obtenir un pardon. Le citoyen modèle est un mythe qu'on fait croire aux gens pour contrôler leurs comportements. Mais c'est un effort futile qui n'aboutira jamais à rien. » poursuivit Narcissa.

« Vous êtes en train de me dire qu'il est impossible pour nous d'être pardonnés ? » murmura Ginny, la gorge sèche.

« Non. Simplement que la moralité d'une personne et son comportement n'ont rien à voir là-dedans. Si nous souhaitons obtenir votre grâce, nous devrons utiliser un angle différent. »

« Lequel ? » questionna avidement Ginny.

« Ne vous en souciez pas. C'est là que j'interviens. Tout ce dont j'ai besoin, c'est que vous vous concentriez totalement sur votre tâche avec Warrington. Je m'occupe du reste. » lui assura Narcissa, d'un ton énigmatique. « Faites-moi confiance. »

Ginny voulait en savoir plus, mais elle connaissait suffisamment cette femme pour savoir qu'elle n'obtiendrait pas d'autres informations. Elle se contenta de hocher la tête. Même si elle craignait Narcissa Malfoy, Ginny ne mettait pas en doute ses capacités. Elle était probablement sa meilleure chance d'obtenir ce qu'elle désirait.

/

« Prête pour une petite leçon d'histoire ? »

Hermione sentit une main se poser sur son épaule. Elle sursauta, comme si elle avait reçu une décharge électrique. Sa première réaction fut de violemment repousser la main qui s'était posée sur elle. Elle se retourna vivement et ses yeux croisèrent ceux d'Harry Potter. Il la regardait avec un air interpellé, probablement déstabilisé par sa réaction.

« Désolé. Je ne voulais pas t'effrayer. » s'excusa-t-il, embarrassé.

Hermione secoua la tête, prenant une longue inspiration.

« Non, ce… Ce n'est rien. Tu m'as prise par surprise, c'est tout. » dit-elle, s'efforçant de se détendre.

Harry la fixa en silence pendant quelques secondes, comme s'il hésitait à dire quelque chose. Son toucher inattendu avait provoqué une panique chez la jeune femme. Pendant un bref instant, son cerveau était retourné au souvenir de ces hommes inconnus qui avaient posé les mains sur elle, sans son consentement.

Harry devait sûrement la prendre pour une folle. Ses propres réactions l'effrayaient parfois. Elle avait l'impression d'être sur la défensive en permanence. Son corps ne semblait pas pouvoir se détendre, comme s'il guettait inconsciemment un danger soudain. Bien qu'Hermione n'ait jamais été à l'aise avec l'improvisation et les surprises, elle avait maintenant l'impression que l'incertitude lui provoquait une profonde anxiété.

Elle avait traversé plusieurs états émotionnels dernièrement. L'assaut contre l'Ambrosia avait réveillé plusieurs sentiments en elle. Elle avait été motivée par une puissante soif de vengeance qui avait dicté chacun de ses actes. Ce jour-là, rien ne l'aurait davantage satisfaite que de voir la terreur dans les yeux de Vivienne van Detta, à sa merci totale. La même terreur qu'Hermione avait subie sous son joug, pendant sa captivité.

Pourtant, une fois sa vengeance obtenue, cela ne lui avait pas paru suffisant. Elle avait l'impression qu'une bête affamée grandissait à l'intérieur d'elle, vorace et insatiable. Hermione le savait - elle ne serait pas apaisée tant que les autres responsables de ses souffrances n'auraient pas obtenu ce qu'ils méritaient.

Toutes ses angoisses, ses peurs, ses doutes étaient désormais enfermés à double tour dans une boite au fond de son esprit. L'unique chose qui subsistait était son besoin impérieux de revanche. Il éclipsait toutes les autres émotions, positives comme négatives. Elle ne ressentait plus rien hormis cet objectif obnubilant - retrouver ses ennemis et se faire justice.

« Que voulais-tu dire par 'une leçon d'histoire' ? » demanda-t-elle finalement, souhaitant changer de sujet.

Harry s'avança vers la grande table rectangulaire qui se trouvait au milieu de la pièce. Ils se trouvaient dans la même salle où ils avaient interrogé Hermione afin de s'assurer qu'elle était digne de confiance.

« Je t'avais promis que si tu acceptais de nous rejoindre, je serais honnête avec toi. » lui rappela Harry.

Hermione hocha la tête. Elle savait qu'il était nécessaire d'instaurer un minimum de confiance entre elle, Harry et les autres, s'ils voulaient collaborer. Même si cette confiance ne reposait pas sur une base solide, leur objectif et leur ennemi étaient communs. C'était un arrangement équitable qui satisfaisait toutes les parties prenantes.

C'était avec Harry qu'elle conversait le plus. Les autres meneurs de la base semblaient tous prendre part à des missions distinctes. Elle avait parfois l'occasion de croiser Sirius à cause de Marlène McKinnon. Leur attitude et leur familiarité l'un envers l'autre suggéraient qu'ils étaient en couple. Harry et Sirius géraient la vie sur le camp de l'Ordre, ainsi que les membres de la faction. Severus Rogue et Remus Lupin, eux, s'absentaient régulièrement.

« Mais tu ne pourras pas me révéler l'identité du Phénix. » répliqua Hermione.

« Je te l'ai dit. C'est la seule information que je ne suis pas en mesure de te partager. » répondit patiemment Harry. « À moins que… »

« À moins que ? » répéta Hermione, un sourcil levé, attendant la suite.

« À moins que tu ne devines son identité. » répondit Harry, énigmatique.

Hermione lui lança un regard déstabilisé mais ne répondit pas.

« À part cette information, je te communiquerai tout ce que je sais. » lui assura Harry, arborant un air sérieux derrière ses lunettes.

Disait-il la vérité ? Lui fournirait-il vraiment toutes les informations qu'il détenait au sujet de la Résistance ? N'était-ce pas un risque faramineux qu'il prenait en sachant qu'elle n'avait pas accepté de se plier à leur sortilège de loyauté ?

Elle était surprise de la confiance qu'Harry lui accordait alors qu'ils se connaissaient à peine. L'entendre se porter garant pour elle face aux autres l'avait prise au dépourvu. Elle ressentait toutefois cette intuition curieuse. Elle était convaincue que, s'ils s'étaient rencontrés dans d'autres circonstances, ils auraient pu devenir amis. C'était sans doute pour cette raison qu'elle lui avait promis de l'aider à venger la mort de ses parents.

Harry agita sa baguette dans un recoin de la pièce et un large rouleau de parchemin jaillit d'un placard, lévitant avec légèreté jusqu'à la table centrale. Il se déroula sans encombre, sous les yeux attentifs de la jeune femme. Elle étudia les lignes tracées sur le papier, qui représentaient des contours et des reliefs.

« Une carte ? » interrogea-t-elle avec curiosité.

« La carte du régime, oui. » confirma Harry.

Elle fronça les sourcils, un peu confuse.

« La forme est identique mais les frontières sont différentes. C'est le pays, comme nous, les Résistants, le voyons. »

Hermione examina la carte d'un air fasciné, observant les délimitations originales du territoire en plusieurs régions.

« Il y a deux cents ans, lorsque Voldemort a pris le pouvoir à l'issue du Grand Conflit, les premiers opposants ont dû prendre la fuite pour éviter la répression. » expliqua Harry. « Albus Dumbledore a été gravement blessé pendant son duel contre Voldemort, mais il a survécu. Il a battu en retraite avec quelques survivants. Pendant les années suivantes, ils ont dû vivre reclus, car ils étaient pourchassés sans relâche par Voldemort. Il estimait que son régime était en péril tant que Dumbledore était en vie. »

« Mais Voldemort l'a retrouvé. » murmura Hermione, se souvenant de ses lectures.

« Oui. Ce n'est qu'une fois que Dumbledore est mort de sa main que Voldemort a estimé avoir enfin battu tous ses opposants. Après sa mort, les opposants qui ont survécu ont décidé de créer l'Armée de Dumbledore. C'était une façon de continuer le combat contre le régime tout en rendant hommage à sa mémoire. Mais ils étaient peu nombreux et leurs moyens étaient limités, surtout face à la puissance du régime qui ne cessait d'accroître. Pendant des décennies, rien de tangible n'a pu être accompli à cause du manque de ressources et d'organisation de l'Armée de Dumbledore. D'ailleurs, on en sait très peu sur cette période. »

C'était l'époque où Voldemort poursuivait son invasion dans les zones encore libres, faisant asseoir la puissance du régime. Il avait ensuite décidé de partir en guerre contre la population non magique afin de sortir les sorciers de l'ombre forcée dans laquelle ils vivaient depuis la mise en place du Code International du Secret Magique.

Les plus éminents Maîtres de Potions avaient été mandatés par le nouveau ministère pour élaborer une substance aux effets délétères qu'ils avaient ensuite déployé dans les zones du pays peuplées de moldus. Le virus n'affectait pas les sorciers. La majorité de la population britannique, alors composée de moldus, avait été décimée de cette manière. Les populations moldues survivantes s'étaient exilées dans des pays limitrophes, sur le continent européen ou encore en Irlande.

Les opposants avaient trouvé refuge dans des zones libres - aux Pays de Galles ou dans certaines parties d'Écosse et d'Angleterre, non contrôlées par le régime à l'époque. Au fil des décennies, Voldemort avait lancé des opérations de conquête et d'expansion visant à accroître l'étendue de son empire. A chaque fois, les populations magiques colonisées devaient se plier aux règles de l'empire purifié. Quant aux Nés-Moldus, ils étaient exécutés sur-le-champ.

À l'étranger, les moldus pensaient que l'air autour du Royaume-Uni ainsi que ses sols étaient infectés, rendant la vie impossible pour une population humaine. L'air contaminé dont parlaient les moldus était en réalité un puissant sort de Repousse-Moldus, empêchant toute intrusion non désirée de la population non magique. Le régime de Voldemort s'était ensuite complètement refermé sur lui-même, ignorant les menaces des autres communautés magiques internationales et leurs accusations de crimes de guerre.

« Les choses ont commencé à changer quand Voldemort est mort. Le Coven des Treize Sacrés a été implémenté dans la foulée, et le régime est devenu plus… laxiste sur certains aspects. » poursuivit Harry.

La mort de Voldemort avait été un tournant important de l'histoire du régime et de son système politique. Le pouvoir avait quitté les mains uniques d'un tyran assoiffé de sang, paranoïaque et tout-puissant, au profit d'une dictature oligarque. L'arrivée des Treize sacrés au pouvoir avait conduit à une ouverture du régime. Au cours des dernières années du règne de Voldemort, le pays avait souffert d'une économie en ruine. Lord Voldemort était un chef de guerre. Il était loin d'être un chef d'État ayant les compétences nécessaires pour prendre des décisions économiques et sociales appropriées. Sa paranoïa l'avait empêché de déléguer ces questions à des personnes compétentes, craignant sans doute qu'une opposition se forme contre lui. L'arrivée du Coven avait sorti le pays de la détresse financière et sociale.

« Pendant très longtemps, l'Armée de Dumbledore a été le seul groupe de la Résistance. Mais il s'est délité avec les années. Certains membres ont préféré partir pour former d'autres groupes. En raison des invasions continuelles du régime sur des zones libres, de nouveaux groupes d'opposants se sont également formés. Ce qui nous amène à la première leçon que tu dois retenir. » indiqua Harry à Hermione.

Hermione l'écoutait avec attention, fascinée d'entendre l'histoire du régime sous un nouvel angle.

« La Résistance n'est pas un monolithe. Toutes les factions n'ont pas les mêmes revendications. Certaines personnes veulent la guerre, d'autres veulent négocier, et d'autres veulent juste vivre en paix, en totale séparation. » poursuivit Harry.

Hermione n'avait jamais envisagé cette possibilité. On parlait toujours des opposants comme un groupe anarchique. L'idée même qu'ils aient des groupuscules distincts et des revendications différentes ne lui avait jamais effleuré l'esprit.

« L'Armée de Dumbledore s'est éteinte quelques années après ma naissance. Le reste des membres ont rejoint d'autres factions ou ont créé la leur. Certains ont même décidé de ne plus appartenir à aucun groupe. »

Hermione écoutait ses paroles avec intérêt. Le fameux Phénix était-il donc un ancien membre de l'Armée de Dumbledore qui avait décidé de créer sa propre faction ?

« L'Ordre du Phénix est l'une des factions nées de cette séparation.» expliqua Harry, confirmant ses assertions. « La différence entre l'Ordre et toutes les autres factions, c'est que c'est la première à vouloir rassembler toute la résistance de nouveau, comme Dumbledore l'avait voulu après la fin du Grand Conflit. »

Il poussa un soupir à fendre l'âme.

« Cela a été notre mission principale, ces dernières années. Rassembler toutes les factions existantes sous une coalition appelée le Front de Libération de l'Ordre du Phénix, ou le FLOP pour les intimes. C'est l'objectif ultime du Phénix. Il est persuadé que nous n'aurons aucune chance contre le régime tant que nous ne formerons pas un seul groupe uni. » affirma Harry. « Mais ce rassemblement est très laborieux comme tu as pu le comprendre. »

Il agita sa baguette vers les extrémités de la carte, les attachant fermement aux recoins de la table.

« Ce qui nous ramène à cette carte. » indiqua-t-il.

Il posa la pointe de sa baguette sur un endroit situé à l'ouest. Des lignes se dessinèrent sur la carte, imitant le relief des montagnes. Elle devina qu'il s'agissait du sommet montagneux de Skiddaw.

« La base principale de l'Ordre du Phénix se trouve dans cette zone. Pour des raisons stratégiques, nous disposons également de relais dans d'autres emplacements. »

Hermione remarqua immédiatement que la zone était située près de la côte, non loin de l'Île de Man, où se trouvait l'Académie de sorcellerie de Brugwinns, l'école où elle avait fait sa scolarité. L'Île de Man avait été la dernière zone libre à être totalement envahie par le régime. On avait entassé les prisonniers sur des bateaux, dans un orage terrifiant, avant de les conduire sur les côtes d'Angleterre. Hermione réalisa qu'elle s'était sans doute retrouvée non loin du QG de l'Ordre le jour de sa capture.

C'était pourquoi les résistants avaient organisé ce raid pour venir en aide aux prisonniers. Ils avaient réussi à libérer certains captifs mais avaient face à des pertes humaines. Parmi elles, les parents de Harry - Lily et James Potter - qu'Hermione avait vu mourir sous les flammes de l'Exécuteur. Le souvenir la fit frissonner, et elle sentit une boule se former dans son estomac. Ses yeux brillèrent tandis qu'elle observait Harry parler. Il étudiait la carte et n'avait pas remarqué l'émotion soudaine qui avait submergé la jeune femme.

« Le leader de l'Ordre est évidemment le Phénix. Il existe aussi un conseil restreint, que tu as déjà rencontré, qui s'occupe de l'aider. » expliqua Harry.

Il souligna une autre zone sur la carte.

« Ensuite, il y a les Goules Insoumises. Peut-être en as-tu déjà entendu parler ? Tonks en faisait partie. » indiqua Harry en levant un sourcil, comme s'il s'attendait à ce que Tonks lui ait déjà donné l'information. « Leur base a été compromise à cause d'une trahison, et ils ont dû récemment en changer la localisation. »

Les yeux d'Harry s'étaient assombris en prononçant ces mots. Une trahison ? se demanda-t-elle, curieuse. Un membre avait-il trahi le groupe en fournissant leur position au gouvernement ? Cette théorie lui paraissait peu probable. Selon Harry, tous les membres avaient été soumis à un puissant sortilège de loyauté qui rendait la délation quasiment impossible. Elle se souvint d'une conversation qu'elle avait surprise entre Tonks et Marlène dans l'infirmerie.

« Les choses sont assez frustrantes ainsi. Ils m'interdisent de participer à quoi que ce soit à cause de ce qui s'est passé chez les Goules Insoumises. » avait dit Tonks.

Cette dernière était-elle impliquée dans la trahison dont parlait Harry ? Peu probable, songea-t-elle. Vu le ton écœuré d'Harry et sa mine assombrie à la mention de la fameuse trahison, Tonks n'aurait pas pu errer librement dans la base de l'Ordre si elle était coupable, devina Hermione. Elle se promit de l'interroger la prochaine fois qu'elle la croiserait. Elle voulait d'abord entendre le reste des explications d'Harry.

« Les Goules Insoumises ont rapidement accepté de rejoindre le FLOP. C'est également le cas de la Ruée Hostile, une autre faction. Ils mènent un mode de vie nomade et ne restent jamais longtemps au même endroit. » lui apprit Harry. « Ce ne sont pas les meilleurs duellistes, mais ils disposent de compétences cruciales. Des Guérisseurs, des potionnistes et d'autres savoir-faire très importants. Leur meneuse est Hestia Jones, une ancienne membre de l'Armée de Dumbledore. Elle a décidé de partir quelques années avant la dissolution officielle, car elle n'était pas en accord avec le leadership de l'époque. D'autres membres l'ont suivi et elle a décidé de monter son propre groupe d'opposants. »

Harry déplaça sa baguette vers un autre endroit de la carte.

« Nous avons ensuite les Enfants de l'Immaculée. Je t'ai dit tout à l'heure que certains groupes veulent négocier avec le régime. C'est leur cas. Beaucoup de leurs membres sont d'ailleurs issus de familles de Sang-Pur. Certains partagent des idées avec le régime, mais de manière moins extrême, ce qui explique pourquoi ils sont dans l'opposition. Amélia Bones et son frère Edgar sont les chefs de cette faction. »

Hermione l'écouta, l'air pensif. Le régime n'autorisait pas la demi-mesure. Elle n'était pas choquée que certains Sang-Pur n'acceptent pas les idéaux du régime dans leur intégralité. Elle était toutefois surprise qu'ils s'y opposent publiquement.

« Toutes les factions que je viens de citer ont accepté de se joindre au FLOP dès la première requête. Ils étaient même heureux de l'idée et partagent entièrement le but du Phénix. » lui expliqua Harry. « Les autres groupes sont plus réticents à l'idée. Deux d'entre elles se sont montrées plus réceptives récemment mais nous devons les persuader de se prononcer une fois pour toutes. C'est le cas du Dernier bastion rebelle et des Sanguinistes. »

Harry montra respectivement la côte est anglaise, près de la mer du nord puis la partie sud de la région galloise.

« Et évidemment, parce que rien n'est jamais facile, c'est la dernière faction qui nous donne le plus de fil à retordre. La Révolte du Yorkshire. Ils sont ce que nous appelons des extrémistes. Certains les considèrent même comme des terroristes. Toutes nos demandes d'alliance ont été catégoriquement refusées. Ils rejettent en bloc la volonté de rassemblement du Phénix et refusent d'intégrer le FLOP. Selon eux, c'est une atteinte à leur liberté et leur souveraineté. Ils estiment que l'approche du FLOP est trop pacifiste et veulent la guerre pure et dure. Ils sont les auteurs de la plupart des attaques contre le régime, ces dernières années. » expliqua Harry, gravement. « Évidemment, le gouvernement étouffe ces affaires et la population n'en entend jamais parler. Mais ils sont très actifs et assassinent régulièrement des Mangemorts. »

Il désigna une forêt gigantesque dans la région de Yorkshire.

« Ils vivent dans les bois et excellent dans les embuscades. Beaucoup de duellistes talentueux s'y trouvent. C'est sans aucun doute la faction la plus capable en termes de combat et de force d'attaque. Ce qui explique pourquoi nous avons besoin d'eux dans le FLOP. » indiqua Harry.

Il se retourna vers Hermione.

« Ce qui porte le nombre de factions à sept. On pourrait croire que les réunir serait simple, mais crois-moi, c'est un parcours du combattant. Nous n'avons jamais été aussi près du but et si nous réussissons, nous pourrons passer aux choses sérieuses et avoir de l'impact. » affirma Harry avec détermination.

« Pourquoi ne pas tenter quelque chose même si une ou deux de ces factions ne participent pas. Après tout, c'est mieux que rien, non ? » interrogea Hermione.

« Nous n'aurons jamais l'avantage du nombre. Entre les Mangemorts et les Aurors, le régime a une armée trop puissante. Toutes les factions citées ont des avantages stratégiques pour une raison ou une autre. Le Phénix est persuadé que nous n'y parviendrons pas sans elles. » assura Harry.

Il observa longuement la carte devant lui, l'air contemplatif.

« Nous nous apprêtons à faire une nouvelle tournée afin de convaincre les trois factions restantes. Et j'aimerais que tu nous accompagnes. » lui indiqua Harry, levant les yeux vers elle.

Hermione écarquilla les yeux.

« Tu… Tu es sûr ? »

Il hocha la tête, l'air résolu.

« Ça te permettra d'être en immersion directe. C'est la meilleure façon d'apprendre. » déclara Harry. « Je suis certain que tu pourras être utile dans les discussions avec tes connaissances sur le régime. »

Hermione lui adressa un regard peu convaincu.

« Et pour être totalement honnête avec toi, nous avons essayé beaucoup de choses, sans succès. Nous commençons à être à bout d'arguments. Peut-être qu'une nouvelle perspective sera bénéfique. »

Il lui décrocha un sourire.

« Partante ? » proposa-t-il.

Après une longue hésitation, Hermione hocha la tête. Même si l'idée lui paraissait intimidante, elle ne pouvait pas se résoudre à rester dans cet endroit sans rien faire. Elle avait besoin de se sentir utile et d'enclencher sa revanche. Cette opportunité était l'occasion de le faire. Elle était prête à se lancer à corps perdu dans ce nouveau combat.

« Partante. » confirma-t-elle d'une voix assurée.

« Dans ce cas, nous partons dans deux jours. » lui annonça Harry avec un grand sourire. « Nous n'avons pas une minute à perdre et le temps nous est compté. »

Quelques heures plus tard, à son passage dans le couloir du bungalow dans lequel elle logeait désormais, un son étouffé attira son attention. Il provenait d'une porte qui menait à une autre chambre. Hermione se figea, hésitant longuement. Une partie d'elle voulait simplement poursuivre sa route et faire mine de n'avoir rien entendu. Elle était cependant capable de reconnaître un appel à l'aide lorsqu'elle en entendait un. Elle frappa finalement à la porte. Aussitôt, les pleurs s'interrompirent.

« Entrez. » lança une voix tremblante.

Hermione ouvrit la porte et tomba sur Tonks, en pleurs. Hermione avait surpris une conversation entre cette dernière et Marlène pendant son sevrage à l'infirmerie, au sujet de Remus Lupin. Ils semblaient être en conflit.

Elle n'avait jamais été très douée pour réconforter les autres. Elle avait une façon peu usuelle de gérer ses propres émotions, les refoulant jusqu'à ce qu'elles ne soient plus supportables. Sa méthode n'était certainement pas saine, elle en était consciente. Elle avait appris à contrôler ses émotions, ne voulant pas montrer sa vulnérabilité aux autres. Elle avait tellement l'habitude de se montrer disciplinée qu'elle peinait à se montrer réconfortante envers les autres. Elle avait notamment eu du mal à réconforter Ginny après sa rupture avec Olivier Dubois. Trouver les bons mots était difficile et Hermione était un peu abrupte dans son approche. Ginny lui avait même fait des reproches à ce sujet. Cette dernière, elle, était son opposé. Elle était facilement capable d'exprimer ses opinions et ses sentiments, sans retenue.

« Désolée, j'aurais dû fermer la porte. » grogna Tonks entre deux reniflements, d'un ton gêné, son regard rougi rivé sur Hermione.

« Est-ce que tout va bien ? » demanda Hermione.

Elle était restée près de la porte, ne sachant pas trop comment se comporter, regrettant déjà s'être lancée dans cette entreprise qui, elle savait, n'était pas son domaine de prédilection.

« Ça ira. C'est juste ma séance de pleurs quotidienne. » admit Tonks en émettant un son étrange, entre le rire et le sanglot. « Pas besoin de s'inquiéter. »

La petite lampe de la minuscule chambre commença à clignoter de façon étrange.

« Désolée. Je n'arrive pas à me contrôler. » s'excusa Tonks avec frustration. « Je dois me calmer sinon je vais éclater une troisième ampoule cette semaine. »

Elle posa une main sur son ventre, extrêmement rebondi.

« Maman va se calmer, mon bébé. » murmura-t-elle d'une voix douce.

Hermione fut gênée par l'intimité de la scène. La magie des femmes enceintes était décuplée pendant leur grossesse. Elle était cependant difficile à contrôler et occasionnait bien souvent des accidents. Elle avait assisté à cela avec Fleur Weasley, l'année précédente. Hermione avait contacté Bill et Fleur en urgence après avoir entendu la nouvelle de l'explosion au Bal de l'Ellébore, pour les prévenir de l'absence inquiétante de Ginny. Stressée par la situation, Fleur avait accidentellement fait exploser le robinet de la cuisine.

« Puis-je faire quelque chose ? » demanda Hermione.

« Reste avec moi quelques minutes, s'il te plait. J'ai l'impression que tout le monde me fuit comme la dragoncelle. » souffla Tonks d'une voix plaintive. « Je me sens seule, parfois. »

Hermione acquiesça et prit place à ses côtés, sur le lit.

« Je connais ce sentiment. » assura Hermione avec un soupir.

Il existait pourtant une différence notable entre elle et Tonks. Hermione était elle-même à la recherche de la solitude. Elle se sentait de moins en moins à l'aise avec les autres, surtout en présence de personnes qu'elle ne connaissait pas. Elle avait tendance à être méfiante et réservée et cela s'était intensifié après ce qu'elle avait vécu à l'Ambrosia. Elle en ressentait même des effets physiques désagréables, manifestations certaines de ses angoisses. Son inconfort et son anxiété s'accentuaient lorsqu'elle était en présence d'hommes. Il lui avait fallu du temps pour s'habituer à Harry, surtout lorsqu'ils étaient seuls. Il avait semblé remarquer son malaise et paraissait faire un effort pour ne pas la brusquer.

Hermione remarqua que Tonks tenait une photo entre les mains.

« Ce sont des anciens compagnons. » murmura Tonks qui avait suivi son regard. « De mon ancienne base. »

« Les Goules Insoumises ? » demanda Hermione, s'efforçant de se rappeler des détails que lui avait donnés Harry.

Tonks hocha la tête, un peu surprise.

« Oui. Je suis affreusement nostalgique, en ce moment. » admit Tonks en observant la photo. « J'ai l'impression que c'était il y a des lustres. Cette photo ne date pourtant que d'un an. Si j'avais su tout ce qui arriverait, entre temps... »

« Que s'est-il passé ? » interrogea Hermione, intriguée. « Harry a parlé d'un incident. Il n'a pas voulu entrer dans les détails. »

Tonks eut un rire sans joie.

« Oh pas grand-chose. Juste cette bonne vieille Tonks qui a encore fait une énorme bourde, comme toujours. » dit-elle avec rancœur. « Pour changer. »

Elle montra la photo à Hermione et désigna le visage d'un homme âgé, au visage durci. Il portait un œil magique qui tournait dans tous les sens dans son orbite.

« Alastor Maugrey, dit Fol Œil. C'était mon mentor et un ami. Du moins c'est ce que je croyais. Je me suis rendu compte que je m'étais trompée à son sujet. » avoua Tonks avec rancœur.

Hermione ne l'écoutait pourtant plus. Sur la photo, elle avait reconnu un visage familier aux côtés de Tonks. Elle ouvrit la bouche de stupeur.

« D… Dean ? Dean Thomas ? » souffla-t-elle d'une voix choquée, y croyant à peine.

« Tu connaissais Dean ? » demanda Tonks, l'air médusé.

« Nous étions dans la même école. Avant l'invasion. » expliqua Hermione. « Je me suis toujours demandée ce qui lui était arrivé, ce jour-là. »

« Il a été sauvé par l'Ordre du Phénix, avec d'autres prisonniers. » lui révéla Tonks. « Il a rejoint les Goules Insoumises, quelque temps après ça. »

« Où est-il ? Toujours avec les Goules ? » demanda Hermione avec excitation, ravie d'avoir des nouvelles d'un ancien proche.

Les yeux de Tonks se remplirent de nouveau de larmes.

« Je… Je suis désolée, Hermione. Dean est mort. » annonça Tonks d'une voix douloureuse.

Cette annonce glaça le sang d'Hermione et elle perdit immédiatement son sourire. Elle sentit son cœur chuter lourdement dans sa poitrine. Le bref espoir qu'elle venait de ressentir à l'idée de revoir son ancien ami s'évanouit tout aussi tôt.

« Que lui est-il arrivé ? » demanda-t-elle finalement avec difficulté.

« Au début, nous avons cru à un suicide. Mais nous avons des doutes, désormais. Nous pensons que Maugrey et ses sbires étaient peut-être impliqués dans sa mort. » lui raconta Tonks, la voix chevrotante. « Dean nous a fait part de ses soupçons qui se sont révélés exacts. Je m'en voudrais toute ma vie de ne pas l'avoir écouté. Peut-être qu'il serait encore là, si je l'avais fait… »

Elle ne termina pas sa phrase, ses mots se mêlant à une nouvelle crise de sanglots. Hermione sentit des larmes couler sur ses propres joues pendant que son esprit réalisait la mesure de cette nouvelle perte. Quand cela s'arrêterait-il ? Cette souffrance incessante. Des familles détruites, des couples séparés, des enfants abandonnés. Des tragédies toutes liées d'une manière ou d'une autre à la dictature des Treize sacrés.

Dean était quelqu'un de bien. Il ne méritait pas ce sort. Sa seule erreur avait été de naître dans une famille considérée comme inférieure par le régime. Et, même s'il avait temporairement échappé à leur courroux, il avait fini par être engrené dans ce conflit meurtrier. Une autre victime qui s'ajoutait à la longue liste de dommages collatéraux des Treize sacrés et de leur régime injuste.

De nouveau, la peine d'Hermione fut de courte durée. Ce sentiment intense et dévorant submergea de nouveau son esprit. Cette rage bouillonnante qui n'aspirait qu'à une seule chose - la vengeance.

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« Tout le monde est présent dans l'auditorium, Mrs Malfoy. »

« Merci, Miss McGrath. Nous les rejoindrons dans quelques instants. » indiqua Narcissa à l'attention d'Allegra qui hocha poliment de la tête avant de quitter le bureau.

Narcissa reporta son attention sur Draco, qui était toujours debout près de la cheminée du bureau directorial de Machinations Malforescentes.Elle avait investi les lieux quelques jours auparavant de manière officielle.

« Qu'est-ce qui te tracasse, Draco ? » demanda Narcissa à son fils, qui paraissait profondément pensif.

« Tu penses que c'est une bonne idée, Mère ? » demanda-t-il d'une voix mesurée.

Dans son ton, elle pouvait percevoir toute l'ampleur de ses doutes. Elle comprenait ce qu'il ressentait, car elle-même avait déjà vécu la même chose. Elle avait également été confrontée à ce syndrome de l'imposteur lorsqu'elle avait commencé à obtenir des responsabilités au sein de l'entreprise.

Ces pensées qui essayaient de la faire douter de son talent et de sa place au sein de l'entreprise. Sa position d'héritière d'une famille sacrée originelle, mariée au fils du chef de l'entreprise, avait donné l'impression qu'elle avait seulement bénéficié de la chance et du népotisme. Il lui avait fallu des années pour gagner confiance en elle et pour pouvoir se libérer de ce sentiment de doute et d'imposture qu'elle nourrissait pour une raison obscure. C'était grâce à ses succès, à ses bonnes décisions et à ses résultats qu'elle avait pu s'en affranchir.

Le clan Malfoy avait imposé une grande pression sur Draco dès son jeune âge sur les choses attendues de lui pour pouvoir à son tour succéder à ses parents à la tête de l'entreprise. A travers la gestion de l'Augurey Magistral, Draco avait démontré ses capacités. Narcissa savait néanmoins que les exigences élevées imposées sur lui depuis des années avaient laissé des traces. Il était difficile de croire en ses propres aptitudes devant des personnes qui semblaient toujours insatisfaites.

Le décès d'Abraxas et le fait que Lucius soit totalement hors-concours avaient accéléré les choses. Le conseil d'administration avait placé Narcissa au poste de directrice générale en vue d'une transition. Elle aurait toutefois besoin de son fils à ses côtés pour renforcer son autorité. Son statut d'épouse était toujours un obstacle à sa légitimité, malgré le fait qu'elle ait prouvé son efficacité pendant plus de deux décennies dans l'entreprise et qu'elle ait géré les plus grosses responsabilités pendant que son mari se contentait de récolter les fleurs d'un travail qui ne lui appartenait pas.

Draco ne serait pas confronté aux critiques et aux doutes qu'elle avait essuyés de la part de ses pairs. Il était un homme, et un héritier de droit. Son ascension, inévitable, était attendue de tous. Personne ne la remettrait en cause. Narcissa allait s'appuyer sur cela pour faire valoir sa propre légitimité. En tant que femme, elle ne pouvait pas révéler ses désirs de conquête, au risque de passer pour une manipulatrice ambitieuse. Elle était déjà familiarisée avec les stéréotypes négatifs qui concernaient les femmes dans sa position et elle voulait à tout prix les éviter.

Narcissa se releva et se rapprocha de la cheminée, arrivant à la hauteur de Draco.

« Il est tout à fait normal que tu aies des craintes. Elles s'estomperont avec le temps. Et je suis là pour t'aider à les surmonter. Cela prendra le temps qu'il faudra, nous ne sommes pas pressés. » lança Narcissa avec patience.

Elle aurait pu faire des efforts supplémentaires pour atténuer les doutes de son fils, mais elle savait qu'il était préférable pour elle de continuer à les cultiver - du moins pour l'instant. Tant que Draco ne serait pas à l'aise avec l'idée de reprendre le flambeau, cela signifiait qu'elle resterait aux commandes. Elle avait attendu cette position pendant des années et comptait bien en profiter aussi longtemps qu'elle le pourrait.

Narcissa n'avait pas de mauvaises intentions. Elle savait que son fils serait un jour prêt à occuper la place qui lui revenait de droit. Il était l'héritier digne de leur clan et elle ne désirait que sa réussite et son ascension. Mais il était encore trop tôt pour cela et elle savait qu'elle aurait bien plus à offrir pour le moment.

Draco hocha la tête, semblant soit convaincu, soit résigné ; elle n'en n'était pas certaine.

« Tu es prêt ? » demanda-t-elle.

Draco acquiesça et elle esquissa un sourire déterminé avant de quitter le bureau, son fils sur ses talons. Quelques instants plus tard, ils pénétraient dans un large atrium. Sa forme, unique, se composait d'un grand dôme et les murs de la salle étaient entièrement en verre, permettant à la lumière naturelle de remplir la pièce. La salle était spectaculaire et avait été conçue pour impressionner et inspirer tous ceux qui y pénétraient. L'espace était réservé aux réunions importantes et était assez grand pour que tous les employés du siège puissent y prendre place.

Les investisseurs principaux et un groupe de journalistes avaient été conviés pour l'occasion. Narcissa avança vers la table de conférence installée en élévation devant l'audience. Elle était déjà occupée par des membres du conseil d'administration ainsi que le directeur du service légal du groupe. Narcissa prit place à la place du centre et Draco, à ses côtés.

« Valeur et vigueur à tous. Merci de votre présence à cette réunion extraordinaire. » salua-t-elle d'une voix assurée à l'attention de l'audience. « Comme vous le savez, Lucius, notre directeur général est souffrant et ne peut pas se joindre à nous, aujourd'hui. La semaine dernière, le conseil d'administration m'a désignée comme directrice temporaire jusqu'à ce que mon époux se rétablisse. »

Tous les regards étaient rivés sur elle.

« J'ai le regret de vous annoncer que l'état de santé de mon époux nécessite une longue période de rétablissement, plus compliquée que nous le pensions initialement. En accord avec les recommandations de ses Médicomages, il a été décidé qu'il est plus sain qu'il se retire définitivement de ses fonctions. » annonça-t-elle, d'une voix grave.

Elle entendit des exclamations et des chuchotements surpris à travers l'assistance.

« Notre plan d'urgence interne souhaiterait que notre fils, Draco, reprenne son rôle à la direction. Ce changement n'était pourtant pas encore prévu avant quelques années. Au vu du caractère soudain de la situation et après de longues discussions entre le conseil d'administration et l'équipe de direction, il a été établi qu'une transition trop rapide ne serait pas dans l'intérêt de l'entreprise. Le conseil m'a donc confié la responsabilité de diriger les opérations jusqu'à ce que Draco soit prêt à occuper le poste pleinement. Afin de faciliter cette transition, Draco rejoindra officiellement les rangs de Machinations Malforescentes après avoir terminé certains projets personnels sur lesquels il travaille actuellement. L'équipe de direction et moi-même nous chargerons de sa formation et déciderons quand il sera prêt à reprendre mes fonctions. »

Elle s'arrêta là pour faire digérer la nouvelle. Le message avait été écrit par le service de communication interne du groupe. Tout avait été savamment étudié au millimètre près, des choix des mots jusqu'aux intonations de Narcissa et ses pauses. A travers cette communication, ils avaient voulu transmettre un message de stabilité et d'entente tout en soulignant l'importance de la famille, l'une des valeurs clefs du groupe. Tous les employés devaient être rassurés sur le fait que la transition serait bien organisée et que toutes les parties impliquées travaillaient activement au succès futur de l'entreprise. En se plaçant dans une position de mentor et de dirigeante intérimaire, Narcissa voulait éviter toute attaque personnelle à son encontre.

Elle termina son discours et le reste de l'équipe de direction s'exprima à tour de rôle pour réitérer le message et faire part de leur optimisme quant à l'avenir de l'entreprise. On enchaîna ensuite avec une séance de questions et réponses. Les questions avaient été présélectionnées ainsi que les personnes qui devaient les poser, ce qui ne laissait aucune place à l'erreur et l'improvisation, un danger dans ce genre de situation. À la fin de la réunion, les membres de l'équipe de la direction se rejoignirent pour un débrief, en privé.

« Nous allons surveiller le taux de rétention du personnel pendant les huit prochaines semaines. » indiqua la directrice des ressources humaines.

Après des changements de cette ampleur au sein d'une entreprise, il était courant de voir une vague de démissions. Narcissa ne se montrait toutefois pas inquiète. Lucius n'avait pas été un dirigeant particulièrement apprécié et elle savait que bon nombre d'employés voyaient son départ comme une bonne chose.

Tandis que tout le monde parlait autour de la table de réunion, lui réclamant avidement ses opinions et attendant avidement ses décisions, elle ressentit une vague de satisfaction extrême. Elle savourait pleinement sa nouvelle position, amplement méritée. Les choses n'avaient pas été simples, mais ses sacrifices avaient été récompensés. Elle n'aurait plus besoin de rester dans l'ombre de son mari incompétent ni de feindre être en accord avec ses mauvaises décisions, pour éviter de nuire à son image en public. Elle allait enfin pouvoir gérer les choses comme elle l'entendait. Et tout le monde finirait par réaliser sa supériorité.

« M. Avery. » appela-t-elle, lorsque la réunion prit fin et que tout le monde commença à quitter la pièce. « Vous pouvez rester quelques minutes. »

L'homme se tourna vers elle, visiblement perturbé d'avoir été ainsi interpellé. Narcissa n'avait pas posé de requête, la demande était un ordre assumé.

« Mrs Malfoy. » dit Avery, arborant un air hypocrite.

Firmus Avery était à la tête du département des finances. Il était également très proche de Lucius, ce qui expliquait pourquoi il se trouvait toujours à cette position. Narcissa l'avait toujours profondément détesté. L'homme avait toujours suivi son mari dans ses frasques irrespectueuses. Il avait toujours affiché une condescendance certaine envers Narcissa, probablement encouragé par l'attitude de Lucius. Elle n'avait jamais pu rien dire. Jusqu'à aujourd'hui, du moins.

« L'enquête du conseil d'administration a révélé d'importants dysfonctionnements dans la gestion de certaines opérations financières. Elles n'auraient pas pu être approuvées sans l'approbation du département des finances. En tant que Directeur financier, cela vous incombait. Le conseil a donc pris la décision de vous démettre de vos fonctions. Cette décision est effective immédiatement. Merci pour vos services. » acheva-t-elle d'une voix doucereuse.

Avery semblait avoir pris un seau rempli de vers gluants sur le visage. Il était visiblement choqué, comme en témoignait son expression.

« Vous… Vous ne pouvez pas faire ça. » balbutia-t-il.

« Bien au contraire, Avery. » répliqua-t-elle avec hauteur.

Elle s'était appliquée à démontrer l'implication de l'homme dans les opérations frauduleuses de Lucius. Il n'avait pas été difficile de pousser le conseil à l'éjecter. En faisant cela, le conseil voulait effacer toutes les preuves du scandale qui aurait pu coûter des centaines de millions de gallions à l'entreprise. Devant Avery, Narcissa garda une mine sérieuse même si elle jubilait de l'intérieur.

« On dirait que vous avez enfin obtenu ce que vous souhaitiez, Narcissa. » dit Avery d'un ton plein d'amertume, tandis qu'il prenait la direction de la porte. « Félicitations. »

Il s'était retourné vers elle pour lancer ce dernier mot et Narcissa esquissa un sourire narquois.

« J'ignore de quoi vous parlez, monsieur Avery. » lança-t-elle d'une voix impérieuse. Et permettez-moi de vous corriger - c'est Madame la Gouverneure, désormais. »


J'espère que ce chapitre vous a plu !

D'autre part, je voulais vous informer que je vais prendre une pause de 4-6 semaines environ, pour me ressourcer. J'adore écrire et cette histoire me passionne, mais ces derniers temps, je suis submergée par les différentes obligations de ma vie personnelle, et éditer mes chapitres devient vraiment compliqué. Rassurez-vous, l'inspiration n'est pas un problème (j'ai déjà un peu d'avance sur la suite et le plan jusqu'à la fin est déjà prêt) mais je ne veux pas arriver à un stade où la qualité de mon texte décroit parce que je ne peux pas y mettre l'énergie que je voudrais. Surtout qu'on approche de la dernière ''ligne droite''

Pour les personnes qui me suivent depuis, vous savez que cela fait plus de deux ans et demi que je poste cette histoire, de manière assez régulière et soutenue et ça demande beaucoup d'énergie vu la taille et la complexité du récit. Je préfère donc prendre une pause maintenant plutôt que de continuer jusqu'à l'épuisement total et risquer de disparaître bien plus longtemps. C'est important pour moi, afin de maintenir mon enthousiasme et ma créativité à long terme.

Donc je vous promets que je serai bientôt de retour en force, rafraîchie et prête à continuer les aventures de nos personnages !

Je tiens à vous remercier pour votre compréhension et votre soutien. Vos commentaires et vos encouragements ont toujours été une source de motivation pour moi et j'en suis super reconnaissante !

À la prochaine,

Fearless