Valeur et vigueur,

(J'ai l'impression de ne pas avoir écrit ça depuis des lustres, ça fait bizarre). Je suis très contente de vous retrouver et j'espère que vous aussi !

Je suis de retour en retard, histoire de bien me faire remarquer. Plus sérieusement, ma pause m'a fait beaucoup de bien, j'en avais vraiment besoin. Pour l'occasion, je reviens donc avec le chapitre le plus long de cette histoire jusqu'à maintenant.

Un grand merci à Guest, Jiwalumy, Michtochondrie, Fleur d'Ange et LaraBlack pour vos commentaires qui m'ont fait très plaisir, comme d'habitude. Coeurs sur vous.

Petit rappel que le site a changé son système de mails. Dans vos paramètres, vous devez sélectionner l'option ''oui'' pour continuer à recevoir des mails pour les mises à jour, réponses au reviews etc. Et il faut re-cocher cette option tous les six mois…


Récap des chapitres précédents :

- Hermione a rejoint l'Ordre et a accepté de les accompagner dans leur voyage diplomatique pour convaincre le reste des factions de se joindre au FLOP. (Si vous ne voulez pas être perdus (à moins que vous ayez une bonne mémoire) je vous conseille fortement de relire le passage du chapitre précédent où Harry explique l'histoire de la Résistance à Hermione et lui détaille toutes les factions.)

- Après une vengeance de longue haleine, Narcissa Malfoy a mis Lucius hors-concours et a pris sa place à la tête de l'entreprise familiale. Elle est également devenue Gouverneure.


Lien vers le montage et la playlist à retrouver sur mon profil. Bonne lecture !

LIX. Parcours du Combattant

Le lendemain, après avoir achevé les préparatifs du départ, Hermione partit à la recherche d'Ivo. Elle voulait s'assurer de le voir avant de quitter la base pour la mission diplomatique de l'Ordre du Phénix. Le fait de le laisser seul au milieu de personnes qu'elle considérait toujours comme des inconnus la rendait nerveuse. Elle savait cependant qu'il avait commencé à s'adapter à ce nouveau groupe bien plus rapidement qu'elle. Il était également en contact avec d'autres enfants, ce qui la rassurait. Il paraissait avoir retrouvé un semblant de normalité et elle ne voulait pas lui transmettre sa propre paranoïa. Elle attendit devant le bâtiment qui servait d'école aux jeunes de la faction. Ivo y passait désormais la plupart de ses matinées.

« Hermione ! » s'exclama allègrement le jeune garçon dès qu'il l'aperçut.

La mine heureuse d'Ivo lui arracha un sourire. Il avait le don de lui remonter le moral.

« Tu savais que les jorbabilles chantent lorsqu'ils meurent ? » demanda-t-il d'un ton révolté. « C'est tellement triste. »

Ivo lui rapportait chaque jour ce qu'il avait appris pendant ses leçons, l'air débordant d'enthousiasme. Hermione était heureuse de le voir si motivé par son apprentissage magique. Il avait enfin l'opportunité de se comporter comme un enfant.

« Et Miss Sarwa nous a dit qu'elle avait l'habitude de voir des nundus tous les matins, près de son école de magie. Elle a étudié à Ouagadougou. C'est la plus grande école de magie du monde. » poursuivit-il.

L'idée d'un félin sauvage et redoutable semblait le fasciner. La jeune femme l'écouta avec amusement tandis qu'il lui détaillait ses récents apprentissages.

« Monsieur Wilkes nous donnera un cours de vol, demain. J'ai si hâte ! Je ne suis jamais monté sur un balai. Tu devrais venir, toi aussi. Je suis sûr que ça te plairait bien. » suggéra-t-il d'une voix joyeuse.

« Ça ne va pas être possible, Ivo. Je vais devoir m'absenter quelques jours. » lui annonça-t-elle d'un ton navré.

Ivo fronça les sourcils.

« Pour aller où ? » demanda-t-il avec confusion.

« Nous allons nous rendre dans une autre base, avec Harry. » expliqua-t-elle après une courte hésitation. « Je ne peux pas en dire plus pour l'instant. Je n'ai pas tous les détails. »

Ivo parut soufflé.

« Une autre base ? Wow… » s'exclama-t-il en ouvrant de grands yeux. « Les autres m'ont dit qu'il y avait d'autres groupes comme celui-ci dans le pays. »

Il fronça les sourcils, comme si une pensée soudaine lui traversait l'esprit.

« Tu ne…Tu ne penses tout de même pas que ça pourrait être dangereux ? » demanda-t-il, visiblement inquiet.

Il avait chuchoté ce dernier mot.

« Tout va bien se passer. » assura Hermione, s'efforçant de paraître sûre d'elle.

Elle ignorait si elle tentait de le rassurer ou de se rassurer elle-même. En vérité, elle ne savait pas à quoi s'attendre. Harry lui avait promis qu'il s'agissait d'un voyage diplomatique et que l'objectif était de rester discrets. Ils n'avaient pas l'intention de provoquer des problèmes.

« Je voulais simplement te voir avant mon départ. Nous n'allons pas tarder à partir. » le prévint-elle. « Tout ira bien ? »

Ivo hocha la tête avec véhémence.

« Oui, promis. Je serai sage. » jura-t-il comme s'il avait senti son malaise et qu'il voulait la rassurer.

« Si tu as besoin de quoi que ce soit… » commença-t-elle.

« J'irai voir Marlène. » répondit Ivo, avant qu'elle ne puisse terminer sa phrase.

Hermione sourire tristement, sentant un nœud inexplicable dans son estomac. L'idée de pouvoir participer aux opérations de la Résistance l'avait initialement enthousiasmé. Elle désirait ardemment ajouter sa pierre à l'édifice et contribuer à la chute de leurs ennemis communs. Toutefois, maintenant qu'elle était sur le point de le faire de manière concrète, elle ressentait un élan de doute et de culpabilité à l'idée de laisser Ivo.

« Fais attention à toi, là-bas. » plaida-t-il avant de s'approcher d'elle pour l'enlacer.

Le geste déstabilisa la jeune femme et elle demeura figée pendant quelques instants. Hermione finit par se détendre et lui rendit son étreinte. Une vague d'émotions la submergea. Elle sentit des larmes apparaître dans ses yeux. Ivo avait été un soutien indiscutable pour elle, ces dernières semaines. Elle admirait la résilience du garçon. Les terribles épreuves qu'ils avaient traversées ensemble avait créé un lien fort entre eux. Voir un enfant vivre tant de difficultés et naviguer dans des situations qu'une personne de son âge n'aurait jamais dû connaître, était déchirant. Elle se sentait étrangement responsable de lui.

Son doute s'intensifia et Hermione se demanda s'il était responsable de sa part de le laisser seul. L'idée qu'il puisse être en danger la terrifiait. Elle avait néanmoins conscience que c'étaient ses propres doutes et ses angoisses profondes qu'elle projetait sur lui. Elle décréta qu'elle devait se reprendre, même si cela était difficile. Ce voyage était important. Ce serait peut-être la chose la plus importante qu'elle ferait dans sa vie. Elle avait enfin une chance de reprendre son destin en main, après avoir été destituée de sa liberté pendant si longtemps. C'était également pour Ivo qu'elle entamait ce processus. Afin qu'il puisse aspirer à un avenir meilleur, en dépit de son statut de sang inférieur.

« Je ferai attention. J'ai hâte de te voir sur un balai, à mon retour ! » dit-elle d'une voix qu'elle s'efforça de rendre enjouée.

Ivo retrouva son sourire.

« Allez, file. Je crois que les autres t'attendent. » indiqua Hermione en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule.

À quelques mètres d'eux, elle apercevait deux enfants dont l'attention était rivée sur eux. Ils étaient sortis de l'école avec Ivo et semblaient l'attendre. Il lui adressa un petit signe de la main avant de rejoindre ses camarades. Hermione l'observa s'éloigner, le cœur lourd. Elle attendit qu'il disparaisse pour traverser la place principale du petit hameau à son tour et rejoindre le bâtiment dans lequel elle résidait. Une fois dans la chambre étroite et modeste qu'elle occupait, elle saisit son petit sac en perles. Il avait fait l'objet d'un sort d'extension et contenait désormais ses maigres possessions. Elle n'avait plus grand-chose depuis sa captivité à l'Ambrosia. Marlène et d'autres personnes de la base lui avaient fourni quelques biens de première nécessité.

La seule chose qu'elle gardait était le Sonuminateur de Théodore. C'était d'ailleurs le seul objet qui la reliait à son ancienne vie. Retrouver cet objet perdu avait été le fruit d'un miracle totalement inespéré. Théodore, sans le savoir, l'avait aidée à échapper à son calvaire. En temps normal, Hermione était une femme rationnelle et ne croyait pas aux actions de l'univers. Elle devait cependant admettre qu'il s'agissait d'un véritable signe du destin.

Même si elle gardait l'objet près de son cœur, Hermione savait qu'il était important de ne pas trop s'y attacher. Elle avait traversé assez de changements dans sa vie pour comprendre que les possessions matérielles étaient inutiles. Elle pouvait tout perdre du jour au lendemain et il était dangereux de placer une trop grande valeur sentimentale et symbolique sur un bien. C'était ce qu'elle gardait dans son esprit et dans son cœur qui était important. Ses souvenirs, ses sentiments, ses espoirs. Toutes ces choses étaient inestimables. Mieux encore, il était difficile de les ôter. Elles avaient été son seul réconfort lorsqu'elle s'était retrouvée plus bas que terre.

Hermione se dirigea vers l'infirmerie pour une dernière course avant le départ. Elle croisa Tonks. Cette dernière lui adressa un sourire éclatant. Elle semblait de bien meilleure humeur que lors de leur dernière conversation. Elle portait désormais une coupe à la garçonne d'un orange vif.

« Hey, Hermione. » salua-t-elle allègrement avant de s'éloigner.

Hermione murmura un vague ''bonjour'', un peu surprise de cet élan de joie de la part de Tonks.

« Liberté et dignité, Hermione. » lança une autre voix, la sortant de ses pensées.

Hermione se retourna et croisa le regard de Marlène McKinnon, postée dans l'encadrement de la porte.

« Harry m'a prévenu que tu passerais récupérer quelques potions. » dit-elle. « Je vous ai tout mis de côté. Suis-moi. »

Elles s'engagèrent vers la sortie du bâtiment, croisant de nouveau Tonks qui chantonnait un air de Celestina Moldubec.

« Elle est de bonne humeur. » fit remarquer Hermione.

Marlène lâcha un petit rire.

« C'est rare de nos jours, alors profitons-en. Ce n'est pas facile pour elle. » admit Marlène.

« Je ne pourrais pas imaginer avoir des enfants dans un tel climat. » commenta Hermione d'un ton grave.

L'idée de devenir mère n'avait jamais été attrayante pour Hermione. Après son arrivée dans le régime et ses nombreuses péripéties, cette intuition était devenue une décision finale et assumée.

« Je te rejoins totalement sur ce point. » répondit Marlène avec un soupir. « Et je suis bien heureuse d'avoir un partenaire qui accepte ce choix. »

Marlène et Sirius formaient un couple.

« Et puis ça cause des conflits entre certaines personnes. »

Hermione se demanda si elle faisait allusion à la situation de Tonks de Remus, le père de son enfant. S'était-il opposé à sa grossesse ? Cela expliquait leurs relations tendues. Hermione n'avait jamais entendu les détails, mais elle pouvait ressentir la tension entre eux à des kilomètres à la ronde.

« Mais nous sommes une minorité à penser ainsi, aussi fou que cela paraisse. » ajouta Marlène avec un soupir. « Entre nous, je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est un choix égoïste. Nous vivons dans un monde affreux. Les choses sont déjà si difficiles pour nous. Quel genre de vies pourrait-on leur offrir ? La mort peut frapper à notre porte à tout instant. J'ignore si je supporterais de vivre dans un tel état d'angoisse, avec cette pression supplémentaire. »

Hermione hocha la tête tandis qu'elles marchaient sur un chemin sinueux.

« Regarde ce gamin. » poursuvit Marlène.

Elle désigna Ivo, que l'on apercevait au loin, en compagnie de ses camarades. Ils jouaient et riaient aux éclats.

« Ce qu'il a vécu n'est pas normal. Pas normal pour un adulte et encore moins pour un enfant de son âge. Il n'a rien demandé et pourtant… Certaines personnes sont destinées à souffrir et à vivre des existences difficiles. Compte tenu des conditions dans lesquelles je vis, quel type de vie pourrais-je offrir à un enfant ? Comment une personne brisée pourrait être assez saine pour éduquer convenablement des enfants, dans un monde si impitoyable ? » poursuivit Marlène, les yeux assombris.

Hermione resta silencieuse. Elle approuvait totalement les paroles de Marlène.

« Et pour nous les femmes, c'est encore pire. En temps de guerre, nous sommes les premières victimes. On devient des biens que l'on peut marchander, victimiser et abuser dans l'unique but de faire asseoir une domination. Je ne prendrai pas le risque de mettre un enfant au monde s'il y a la moindre chance qu'il puisse vivre la même chose que j'ai traversée. Je ne me le pardonnerai jamais. »

Elle lâcha un soupir à fendre l'âme, la mine troublée. Hermione remarqua que le sujet était sensible pour Marlène. A son instar, Marlène avait été l'une des 'filles' de l'Ambrosia.

« Je sais que mon opinion peut être perçue comme extrême. La plupart des personnes ici ne sont pas d'accord avec moi. Ils affirment qu'il n'y aura jamais de moments parfaits ni de circonstances idéales pour faire des enfants. Et que si tout le monde pensait comme nous, il n'y aurait simplement plus personne sur cette terre. Mais je me le demande parfois, serait-ce une si mauvaise chose ? »

Elle ne semblait pas vraiment attendre une réponse à sa question. Pour Hermione, les paroles de Marlène faisaient écho de manière percutante dans son esprit. Elle était bien placée pour savoir qu'il y avait peu d'espoir pour une personne née avec le mauvais sang ou parmi les résistants.

Même une personne comme elle, qui avait fait l'ascension ultime en devenant la première membre des Treize sacrés avec un statut douteux, avait été remise à sa place et maltraitée de façon exemplaire par le régime. Les opposants du régime prenaient des risques quotidiens face aux Mangemorts, aux Aurors, et aux Rafleurs qui les pourchassaient sans relâche. La probabilité d'être capturé et exécuté était extrêmement élevée. Ce n'étaient pas des circonstances idéales pour une personne qui souhaitait avoir une famille.

« Voici les potions. Bonne chance pour le voyage. Fais confiance à Harry. C'est un type bien. Il sait ce qu'il fait… La plupart du temps. » lui assura Marlène sur le ton de l'humour après lui avoir tendu une caisse de potions qu'Hermione plaça soigneusement dans son sac en perles, prenant soin de ne pas les briser. « Et rassure-toi, je prendrai bien soin d'Ivo. Il sera en sécurité, ici. »

« Merci, Marlène » dit Hermione avec reconnaissance.

Elle l'observa d'un air un peu hésitant, incertaine de quoi dire. Même si elles venaient de partager une conversation profonde et personnelle, elles n'étaient pas particulièrement proches.

« Je ne t'ai jamais remerciée de m'avoir sauvée, le jour de ma fuite. Et de t'être occupée de moi pendant mon sevrage. » la remercia Hermione avec sincérité.

Elle lui devait une fière chandelle. Elle ne savait pas si elle aurait toujours été de ce monde sans l'intervention de cette femme qui avait pris des risques considérables, sans la connaître. Marlène esquissa un sourire, semblant surprise et heureuse de ces mots.

« Et je le ferai encore une fois, sans hésiter. » assura Marlène. « Liberté et dignité, Hermione. »

« La vérité nous rendra libres. » répondit la jeune femme.

Ces mots semblèrent contenter Marlène qui lui adressa un franc sourire. C'était la première fois qu'elle utilisait l'une de ces formules qu'elle avait entendues depuis son arrivée chez l'Ordre. D'une certaine manière, Hermione confirmait son implication totale parmi leurs rangs. Le départ se fit quelques heures avant l'aube. Le groupe était petit et ne se composait que d'Hermione, Harry, Remus et Severus. Harry lui avait indiqué qu'ils préférèrent partir en petit comité pour ne pas attiser la méfiance de leurs interlocuteurs.

« Je préfère être honnête avec toi. On ne sait jamais ce qu'il peut se passer durant ces voyages. Nous planifions au mieux, mais nous ne pouvons pas anticiper sur qui nous allons tomber pendant le trajet. » lui admit Harry. « Mais si ça peut te rassurer, sache que tu es avec les meilleurs duellistes de l'Ordre. »

« Je doute que Sirius apprécierait ce que tu viens de dire, Harry. » commenta Remus avec amusement.

« Il n'en saura rien. » répliqua Harry avec un rire.

« Le brouillard va bientôt s'estomper. » lança la voix de Severus Rogue, à quelques mètres, sans décoller les yeux d'un instrument ressemblant à une boussole.

Il avait annoncé cela d'une voix un peu impatiente, comme si le fait de les voir plaisanter l'agaçait. Depuis son arrivée, Hermione avait peu échangé avec lui. Severus était un homme froid et semblait toujours être en retrait. Son air sévère et impassible n'encourageait pas à entamer la conversation. Elle avait également décelé une certaine animosité entre lui et Sirius, et elle se demanda si c'était pour cette raison que ce dernier ne faisait pas partie du voyage. Remus et Harry échangèrent des regards embarrassés.

« Nous sommes prêts. » lança Harry à l'attention de Severus sur un ton désolé, même si Hermione ne manqua pas son petit sourire goguenard.

Il se tourna vers elle.

« Une dernière chose avant notre départ. » dit-il, retrouvant soudain son sérieux.

Il lui tendit un petit collier orné d'une pierre d'obsidienne. Harry pointa sa baguette sur le pendentif, qui se transforma soudainement dans sa main.

« Si jamais les choses dérapent, et que tu ne veux pas être capturée, tu peux l'avaler en cas de dernière nécessité. Nous portons toujours quelque chose de similaire sur nous, au cas où. » prévint-il.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Une pilule qui contient une goutte de potion de mort subite. » dit Harry avec gravité. « Comme je l'ai dit, c'est pour les cas extrêmes. »

Hermione hocha la tête en saisissant le collier et le plaça autour de sa nuque, d'un air un peu nerveux. Harry n'avait pas besoin de s'expliquer davantage. Elle était parfaitement consciente de ce à quoi il faisait allusion. La pillule était un moyen de donner à leurs membres une opportunité de s'ôter la vie s'ils étaient capturés par l'ennemi. Elle savait que les Mangemorts et les Aurors du régime étaient capables des pires tortures sur les Dissidents, placés au même statut que les Nés-Moldus.

« Allons-y. » lança Harry. « Nous ferons la première partie du voyage en balai. »

Hermione monta sur son balai d'un geste maladroit. Elle n'avait jamais été à l'aise lors de ses cours de vol à Brugwinns. Elle n'était pas des plus agiles.

Heureusement pour elle, Harry avait fait installer des étriers de part et d'autre du balai, un système que l'on utilisait pour les balais des enfants qui n'avaient pas encore l'équilibre suffisant ou pour les personnes à mobilité réduite.

Le dispositif rassurait Hermione qui n'avait jamais volé sur une distance aussi longue, avec une telle altitude. Elle eut un nœud à l'estomac quand son balai commença à prendre de la hauteur. Harry était à ses côtés, ce qui la rassura. Une fois qu'ils furent suffisamment hauts, cachés par la brume épaisse qui l'empêchait de voir ce qui se passait en bas, Hermione retrouva une position droite.

« Concentre-toi sur Remus. Il mènera le cortège. Garde ton attention rivée devant toi et ne regarde pas au sol. Nous allons profiter du brouillard pendant les premiers kilomètres. Après ça, nous allons devoir utiliser un sortilège de Désillusion, ce qui va limiter la vision. » la prévint-il.

Hermione hocha la tête, nerveusement. Elle espérait qu'elle serait assez à l'aise sur le balai lorsque ce moment arriverait.

« Je suis à côté de toi et Severus ferme le cortège. » lui dit Harry, d'une voix rassurante. « Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit. »

Hermione hocha la tête, essayant de ne pas trop laisser paraître son malaise. Elle serra fermement le manche avant du balai et s'abaissa pour être le plus en équilibre possible, les pieds calés dans les étriers. Le balai accéléra, ce qui fit augmenter ses battements de cœur. Elle s'efforça de garder le regard rivé sur Remus, à quelques mètres devant elle. Harry lui avait assuré que si elle était concentrée sur lui, elle ne dévierait pas de son chemin.

Au bout de quelques minutes de vol, elle commença à devenir moins tendue. Le vent n'était pas puissant, ce qui lui évita d'être trop bousculée pendant le vol. La brume finit par s'estomper et elle fit l'erreur de regarder en bas. En apercevant un amas de montagnes, de bois et de maisons à plusieurs centaines de mètres sous elle, elle ressentit la panique l'envahir.

« Regarde devant toi, Hermione ! » hurla la voix d'Harry, la sortant de sa léthargie paniquée.

Elle leva les yeux et s'efforça de river son regard devant elle, les yeux brillants.

« Je vais lancer le sort de Désillusion ! » prévint Harry d'une voix forte pour que les autres puissent aussi l'entendre.

Hermione se concentra sur la silhouette de Remus tant qu'elle était encore visible. Ce dernier devint presque transparent quelques instants plus tard. Elle savait toutefois qu'il était toujours devant elle et elle resta concentrée.

Elle ignora combien de temps ils restèrent ainsi dans le ciel, progressant à une cadence soutenue, mais elle fut ravie d'entendre la voix d'Harry lui indiquant qu'ils devaient descendre. Elle pointa son balai vers l'avant et celui-ci commença à amorcer sa descente. Elle atterrit maladroitement. Une vague de soulagement la parcourut lorsque ses pieds touchèrent de nouveau la terre ferme. Harry lui indiqua qu'ils feraient une brève pause avant de reprendre la route. Derrière lui, Severus et Remus avaient commencé à ériger des sorts de protection pour sécuriser leurs alentours.

« Tu es à l'aise sur un balai. » fit remarquer Hermione à l'attention d'Harry.

Ce dernier esquissa un vague sourire.

« Mon père m'a mis sur un balai avant même que je sache marcher. » dit-il d'un air amusé.

Elle ne put s'empêcher de remarquer à quel point son regard s'éclaira à cette déclaration.

« C'était un excellent pilote. Il a même été capitaine de Quidditch pour sa maison, à Poudlard. » raconta-t-il avec fierté.

« Ton père est allé à Poudlard ? » demanda Hermione en ouvrant de grands yeux surpris.

« Oui. Sirius, aussi. » révéla Harry. « Ils ont rencontré Remus pendant leur scolarité. Il n'habitait pas très loin de Pré-au-Lard. Ils se sont liés d'amitié en dépit de leurs statuts. Remus est un Sang-Mêlé. » expliqua Harry devant la mine confuse d'Hermione. « Les familles de mon père et de Sirius n'ont pas vraiment apprécié qu'ils le fréquentent, d'ailleurs. Surtout celle de Sirius, qui faisait partie des Treize. Les Black. Tu as déjà dû entendre parler d'eux. »

Hermione était stupéfiée par ce qu'elle entendait. Elle ne s'était pas doutée que le père d'Harry avait aussi vécu dans le régime. Elle avait imaginé qu'il avait vécu toute sa vie dans la résistance, comme son fils.

« Ils n'ont jamais vraiment adhéré aux croyances limitées de leurs familles au sujet de la pureté du sang. Mon père, Sirius, Remus et un quatrième ami qui étudiait également à Poudlard ont décidé de rejoindre l'Armée de Dumbledore. C'était le groupe principal de la Résistance, à l'époque, comme je te l'ai expliqué la dernière fois. Cela a été un véritable scandale, comme tu peux t'en douter. »

Hermione pouvait imaginer à quel point cette décision avait pu être choquante. Lorsqu'elle voyait la manière dont Théodore avait été traité pour l'avoir épousée, elle savait que le fait que Sirius ait décidé de rejoindre la résistance avait suscité un esclandre.

« Au début, ils parcouraient les régions libres pour les aider à se défendre contre les invasions du régime. C'est ainsi que mon père a rencontré ma mère. Elle était née-Moldue et a fait sa scolarité dans la même école que la tienne. Brugwinns. » expliqua Harry. « Elle était très talentueuse. Elle s'est portée volontaire pour aider des régions envahies par le régime. Elle étudiait la Médicomagie à ce moment-là et voulait se rendre utile, malgré le danger qu'elle courait à cause de ses origines. » expliqua Harry avec fierté. « Au début, elle n'appréciait pas mon père. Elle le trouvait trop arrogant. Mais, comme tu peux t'en douter, ça n'a pas duré très longtemps puisque je suis là. »

Elle ressentait toute la nostalgie et la joie tandis qu'il parlait de ses parents.

« Tes parents semblaient très courageux. » dit Hermione.

« Ils l'étaient. » confirma Harry. « Je serais ravi si je montrais ne serait-ce que la moitié de leur courage. » admit-il, les yeux au loin.

Il soupira, semblant vouloir mettre un terme à la conversation.

« On devrait se remettre en route. Il nous reste encore quelques heures de vol avant d'arriver au repère du Dernier Bastion Rebelle. » indiqua Harry avant de se relever.

« Tu as dit qu'ils avaient accepté votre demande d'union ? » interrogea Hermione.

« Oui. C'est plutôt une formalité, dans leur cas. Nous voulons leur réitérer que nous sommes impliqués et sérieux à ce sujet. Et, négocier quelques termes, aussi. » indiqua-t-il. « Ce sera l'étape la plus facile. Les deux autres factions seront un peu moins conciliantes. »

Ils reprirent la route et Hermione se sentit plus à l'aise sur son balai. Le soleil commençait à tomber lorsqu'ils retrouvèrent de nouveau la terre ferme. Ils arrivèrent devant une large étendue d'eau et marchèrent le long d'une plage de rochers imposants. Ils avaient éteint leurs baguettes pour ne pas se faire remarquer. Avancer dans ces conditions ne fut pas une mince affaire et Hermione manqua de chuter à plusieurs reprises. Harry la rattrapa à chaque fois, faisant preuve de réflexes impressionnants. Ils se retrouvèrent finalement devant une plage plus étroite, où l'eau tapait violemment contre les rochers. Hermione observa ses alentours avec appréhension. L'endroit était totalement inoccupé et elle ne distinguait pas le moindre signe de vie humaine pouvant témoigner de la présence d'autres résistants.

Remus sortit de son sac un objet étrange, qui ressemblait à un large coquillage dont l'extrémité était dotée d'un long tube. Alors qu'il soufflait à l'intérieur, un son étrange en sortit, ressemblant à une longue plainte animale. Hermione observa ses alentours avec appréhension. À ses côtés, les autres semblaient attentifs, attendant visiblement quelque chose. Brusquement, elle vit la surface de l'eau frémir et des silhouettes en émergèrent lentement. Hermione eut un mouvement de recul.

« Qui sont-ils ? » murmura-t-elle, sur le qui vive. « Des sirènes ? »

« Non. Des selkies. Ne les compare surtout pas aux sirènes, ils détestent ça. » prévint Remus.

Hermione n'avait jamais vu de telles créatures, à l'exception des livres et de la télévision. La représentation des sirènes et des selkies du monde magique ne correspondait pas à celle des moldus. Les créatures face à elle avaient une apparence déplaisante. Bien que leurs visages et leurs torses aient un aspect vaguement humain, la partie inférieure de leur corps était similaire à celle d'un phoque.

Hermione devait admettre qu'ils étaient effrayants avec leur peau grisâtre et leurs grands yeux arrondis perçants qui semblaient les sonder jusqu'à l'âme. Leur posture était hostile et menaçante. Ils portaient tous des lances acérées, ne faisant que renforcer l'impression de danger. Remus s'avança prudemment vers la surface de l'eau, s'efforçant de ne pas faire de geste brusque.

« Gardiens souverains des eaux profondes, excusez notre intrusion. Nous sommes membres de l'Ordre du Phénix et demandons votre accord pour rejoindre la base du Dernier Bastion Rebelle. » demanda-t-il d'une voix calme et respectueuse.

Il continua de prononcer des paroles dans un langage inconnu que Hermione n'avait jamais entendu. S'en suivit un dialogue entre lui et les selkies. Hermione devina qu'il s'agissait de la langue des créatures de l'eau et elle fut fascinée qu'il puisse l'utiliser. A la fin de la conversation, les selkies se regroupèrent et échangèrent des paroles entre eux. Remus et les autres restèrent silencieux, attendant avec appréhension le retour de leurs interlocuteurs. Après quelques minutes, l'un d'eux hocha la tête d'un air solennel et pointa sa lance sur la surface de l'eau, devant Remus, comme s'il donnait son accord.

« Voilà pourquoi Remus participe toujours aux voyages diplomatiques. » murmura Harry à l'oreille d'Hermione avec un sourire en coin.

Hermione, d'un œil émerveillé, observa l'eau devant eux se creuser soudainement, formant un chemin à travers le sable. L'eau se déplaça sur les côtés pour créer un passage. Remus s'engagea à l'intérieur, les autres sur ses talons, et ils s'enfoncèrent dans l'ouverture qui venait d'apparaître. Hermione était fascinée et craintive à la fois. Fascinée par cette démonstration impressionnante de magie de la part des selkies, qui vivaient manifestement dans une harmonie parfaite dans cet élément. Craintive car elle réalisa qu'ils pourraient être engloutis en une fraction de seconde dans les profondeurs de l'océan si l'eau reprenait sa position initiale. Le sentiment était un peu angoissant. A chaque pas qu'ils prenaient, l'eau s'éloignait davantage pour les laisser avancer, formant un tourbillon autour d'eux. Ils continuèrent à marcher pendant une éternité. Les selkies les suivaient de près, nageant près du passage, déployant leurs nageoires puissantes de façon gracieuse. Finalement, Hermione aperçut une ombre imposante au loin. À mesure qu'ils s'approchaient, elle remarqua qu'il s'agissait d'un gigantesque paquebot enseveli.

« Un sous-marin ? » commenta Harry avec appréciation. « C'était encore mieux que je ne l'imaginais. »

« Tu n'es jamais venu ici ? » chuchota Hermione.

« Non, c'est la première fois pour moi. Nous nous séparons les bases, en général. C'est plutôt Remus qui a l'habitude de venir ici. » lui indiqua Harry.

Une entrée apparut dans le flanc du paquebot et ils pénétrèrent à l'intérieur. Lorsque la porte se referma derrière eux, l'eau reprit sa place, refermant le passage qui leur avait permis d'accéder à ses profondeurs. Les selkies avaient disparu.

« Valeur et vigueur, Remus, mon vieil ami. » lança une voix enthousiaste.

Hermione vit un homme extrêmement âgé s'approcher d'eux. Il portait une longue robe de sorcier d'un bleu sarcelle. Sa peau était grisâtre, semblable à celle des selkies. Cet aspect terne ne paraissait toutefois pas naturel. Elle donnait l'impression que l'homme n'avait pas été exposé au soleil depuis très longtemps.

« Elphias. » salua poliment Remus en s'approchant de lui pour l'étreindre amicalement.

« Je ne t'ai jamais autant vu que depuis que tu me réclames d'entrer dans ta fichue coalition. » fit remarquer le dénommé Elphias. « Si je ne te connaissais pas autant, je dirais que tes visites sont intéressées. »

« Je te rendrais visite plus souvent si ma condition le permettait. » lui indiqua Remus avec sincérité.

Hermione, curieuse, se demanda à quoi il faisait référence. Elphias, lui, sembla comprendre l'allusion et il balaya ses paroles d'un signe de la main.

« Je vois que tu as amené des compagnons avec toi, aujourd'hui ? » remarqua l'homme en observant Hermione et Harry.

« En effet. Tu connais déjà Severus. Voici Harry, le fils de James… »

« Ah ! Ravi d'enfin pouvoir mettre un visage sur ton nom, jeune homme. Je suis navré au sujet de tes parents. Même si mes condoléances viennent bien tard. » dit Elphias d'un ton navré. « Des grandes pertes. »

« Merci, monsieur Doge. » répondit Harry.

« Enfin, appelle-moi Elphias, jeune homme. »

Il se tourna vers Hermione, l'air curieux.

« Et qui est cette ravissante demoiselle ? » demanda-t-il.

« Hermione Nott. » répondit Harry avant qu'Hermione ne puisse répondre.

Elle lui jeta un regard un peu étonné, surpris qu'il utilise son nom de femme mariée. Elphias ne sembla pas tiquer.

« Hermione a récemment rejoint nos rangs. » précisa Harry.

« Tous les amis de mes amis sont mes amis. Entrez, entrez donc. La route a dû être longue. Laissez-moi vous offrir quelque chose à boire. » indiqua Elphias.

Il s'avança sur sa canne, marchant lentement pour les conduire dans un large hall qui arborait les vestiges d'un intérieur majestueux. Les ravages du temps étaient toutefois évidents. Les murs arboraient des fresques désormais défraîchies, dévoilant des éclats de peinture écaillée. Les colonnes sculptées, qui se dressaient toujours fièrement, étaient partiellement endommagées. Les lustres suspendus au plafond qui diffusaient une faible lueur, étaient dépourvus de leurs cristaux étincelants. Le mobilier avait également perdu de sa superbe. Les meubles étaient dégradés, avec des chaises décolorées et des tables en bois massif qui portaient les marques du temps et des intempéries.

Ils traversèrent un foyer improvisé, où étaient installés des sorciers qui les saluèrent chaleureusement. Hermione fut déconcertée par cet accueil. Avec les nombreux commentaires d'Harry au sujet des factions 'récalcitrantes' qu'ils devraient approcher, elle s'était attendue à rencontrer des personnes hostiles.

Elphias les mena dans une salle circulaire, située à l'avant du bateau, qui offrait une vue imprenable sur les profondeurs maritimes. Les murs de la pièce étaient entièrement constitués de grandes baies vitrées, leur permettant d'observer le spectacle fascinant de la vie maritime qui évoluait autour du navire enseveli. Cela lui rappela ses nombreuses visites à l'aquarium de Dingle avec son père. La différence était que cette fois-ci, Hermione avait l'impression d'être elle-même l'objet d'observation des créatures qui se prélassaient dans leur milieu naturel. Elle ressentait leurs regards curieux et intrigués posés sur ces humains confinés dans leur paquebot. C'était comme si leur rôle s'était inversé et qu'elle était devenue une étrange attraction pour ces habitants des profondeurs marines.

« Les choses ont un peu changé depuis ma dernière visite. » fit remarquer Remus, posant un regard attentif sur les selkies.

« J'ai bien peur que l'attentat ait engendré des conséquences pour tout le monde. Nous passons désormais tout notre temps sous l'eau. Cela fait six mois que le navire n'est pas remonté à la surface. Nous ne pouvons pas prendre le moindre risque. » expliqua gravement Elphias.

« Les choses semblent s'être calmées avec les êtres de l'eau. » dit Remus, levant un sourcil.

« On pourrait dire ça. Nous ne devons jamais oublier que nous vivons sur leur territoire parce qu'ils l'autorisent. Nous ne sommes que de simples invités. Par la grâce de Merlin, nous avons réussi à conclure un accord avec eux. Ils nous protègent des intrusions non désirées en échange de quelques services de notre part. » expliqua Elphias, sans extrapoler.

Hermione observa les selkies qui nageaient près du paquebot, montrant explicitement par leur attitude et leur posture qu'ils étaient les propriétaires des lieux. La porte de la pièce s'ouvrit soudainement à la volée, et une femme rousse pénétra à l'intérieur. Ses cheveux étaient trempés et Hermione remarqua des branchies frémissantes de part et d'autres de sa nuque. Ses mains et ses pieds avaient la forme de palmes. Ils reprirent une apparence humaine lorsqu'elle posa sa baguette au niveau de sa poitrine. En un instant, ses vêtements et ses cheveux se séchèrent complètement. Elle posa un regard froid sur les visiteurs avant de prendre place aux côtés d'Elphias.

« Liberté et dignité, Sophronia. » salua poliment Remus.

« Lupin. » répondit la femme d'un ton désagréable. « Que nous vaut le déplaisir de votre visite ? »

« Pour l'amour de Merlin, Sophronia, ne sois pas aussi désagréable. Veuillez excuser ma petite fille. Elle fréquente trop les êtres de l'eau et commence à développer leur caractère déplaisant. » dit Elphias avec lassitude.

« Grand-père, je te rappelle qu'ils apportent toujours de mauvaises nouvelles ou des requêtes intéressées. » rappela Sophronia en jetant un regard noir vers le groupe. « Et en tant que responsable de cette faction, je... »

« Responsable en formation. » rectifia Elphias d'un ton entendu.

Sa voix était sereine mais ferme, ce qui sembla faire taire la femme.

« Écoutons nos invités. » décréta Elphias.

Remus se tourna vers Harry qui hocha la tête.

« Pendant que vous discutez avec Remus et Severus, Hermione et moi-même allons nous présenter à vos membres, si vous le permettez, Elphias. » annonça poliment Harry.

L'homme hocha la tête et Harry fit signe à Hermione de le suivre en dehors de la salle, laissant Rogue et Remus avec Elphias et la dénommée Sophronia.

« Il est mieux de ne pas être en supériorité numérique pendant ce genre de négociation. Elphias est d'accord pour rejoindre le FLOP mais sa petite fille, qui s'occupe de la faction désormais, n'est pas pour l'idée. » indiqua Harry à Hermione, lorsqu'ils furent de retour dans le foyer. « Elle préfère vivre en reclus. Ils pensent avoir trouvé le bon filon ici, en étant protégés par les êtres de l'eau. Mais quiconque connaît ces créatures sait qu'elles pourraient retirer leur protection du jour au lendemain, d'un simple coup de tête. Il deviendrait alors difficile pour eux de rester cachés et d'obtenir des vivres. L'Ordre du Phénix peut leur apporter des ressources avec notre réseau d'acheminement. Nous les laisserons tranquilles à condition qu'ils nous aident lorsqu'il sera temps de se battre. »

Une femme vint à leur rencontre. Après s'être présentée poliment, Hermione écouta la conversation sans vraiment intervenir. La femme semblait davantage intéressée par ce qu'Harry avait à dire, vu sa façon de battre des cils tandis qu'elle le regardait parler. Près de deux heures s'étaient écoulées quand Remus et Severus sortirent enfin de la pièce, suivis par Elphias et Sophronia. Cette dernière arborait un visage renfrogné.

« Merci du temps que vous nous avez accordé. Nous sommes reconnaissants de votre promesse d'union. » remercia Remus.

Elphias hocha la tête.

« Avec plaisir. Je n'ai pas oublié les promesses que j'ai faites pendant nos années dans l'Armée de Dumbledore. Nous ne pouvons pas rester cachés éternellement. Je le réalise maintenant, même s'il est un peu tard. » assura Elphias d'un ton déterminé, jetant un regard appuyé vers sa petite-fille qui détourna le regard, visiblement mécontente.

« Il est temps pour nous de partir. Nous avons encore de la route à faire. Liberté et dignité. » salua Remus.

« La vérité nous rendra libres. » répondit Elphias.

Hermione ne manqua pas l'air que lui et Sophronia jetèrent dans sa propre direction et elle se sentit étrangement mal à l'aise. Elle fut heureuse de quitter le paquebot. Le chemin de retour se fit de la même façon qu'à l'arrivée. Une fois de plus, les selkies formèrent un chemin dans l'eau profonde pour les laisser remonter à la surface. Lorsqu'ils retrouvèrent la plage, les selkies disparurent et l'eau retrouva son apparence normale.

« Bravo, Remus. » félicita Harry, visiblement enchanté.

« Il n'a pas été facile d'arriver à un accord. Sa petite-fille est vraiment bornée. Mais nous avons leur promesse, c'est tout ce qui compte. » indiqua Remus.

Ils campèrent non loin des rochers, installant une tente dotée d'un sortilège d'extension.

« Repose-toi, Hermione. Nous avons encore une longue route à faire pour rejoindre la prochaine faction. » indiqua Harry avant de quitter le petit coin qu'Hermione occuperait pour la nuit, légèrement en retrait, lui offrant ainsi un peu d'intimité à l'intérieur de la tente.

Hermione eut du mal à trouver le sommeil, comme c'était devenu habituel ces derniers temps. Elle avait développé une insomnie handicapante depuis sa captivité à l'Ambrosia. L'idée de fermer l'œil et d'être minée par ses rêves désagréables ne l'enchantaient guère. Elle se souvint que Marlène lui avait fourni quelques fioles de potions Sans-rêves.

« Attention à ne pas en abuser. » lui avait-elle indiqué. « Pas plus de trois nuits à la suite. »

Hermione extirpa la potion de son sac en perles et l'avala d'un trait. Elle ferma les yeux et pour la première fois depuis très longtemps, connut un sommeil paisible, exempt de tout cauchemar.

Le lendemain, dès l'aube, ils se remirent en route. Ils alternèrent entre vol à balai et marche à pied. Le trajet était long car ils devaient emprunter des chemins alternatifs pour éviter les Rafleurs. Selon Harry, ces derniers étaient omniprésents, à la recherche de dissidents. Hermione fut impressionnée par le sens de l'orientation aiguisé de Remus. Il semblait savoir instinctivement quelle direction prendre et parfois, il décidait de changer d'itinéraire de manière abrupte. Harry et Rogue le suivaient sans poser de questions, faisant aveuglément confiance à ses choix. Pendant leur marche, Hermione jeta un regard curieux à Severus. Il était particulièrement silencieux et renfrogné, ne s'adressant aux autres que lorsque c'était absolument nécessaire.

Finalement, à la tombée de la nuit, ils atteignirent l'entrée d'une caverne profonde. Hermione entendit des bruits stridents et effrayants résonner tout autour d'eux, dans les bois environnants. L'obscurité ambiante ne fit qu'accentuer son malaise. Instinctivement, elle s'approcha d'Harry.

« Personne à l'entrée ? » commenta Harry à voix basse.

Elle sentit une certaine appréhension dans sa voix.

« Ils sont là. Je les sens autour de nous depuis près d'un kilomètre. » répondit Remus d'une voix si basse qu'Hermione dut tendre l'oreille pour l'entendre. « Entrons. »

Il avait dit cela d'une voix résignée, comme s'il voulait se convaincre lui-même.

« Lumos. » murmura Harry.

Immédiatement, une sorte de crissement se fit entendre, faisant sursauter Hermione qui jeta des regards paniqués autour d'elle. Le son, effrayant, semblait provenir d'un animal. Elle se demandait quel genre de créature pouvait se cacher dans une grotte sombre et lugubre. Probablement rien de bon, songea-t-elle, anxieuse.

« J'ai compris. » dit Harry avec une grimace. « Nox. »

La lumière de sa baguette s'éteignit aussitôt.

« Comment sommes-nous supposés avancer sans rien voir ? » demanda Hermione avec nervosité, n'aimant pas l'idée d'être dans l'obscurité totale.

« Je vais vous guider. » indiqua Remus.

Il semblait lui aussi à l'affût, comme un animal terrorisé par la présence d'un prédateur. Il chuchota un sortilège qui fit apparaître une longue corde scintillante, l'enroula fermement autour de son poignet, puis la tendit à Harry qui fit de même avant de la passer à Hermione. Elle les imita en donnant ensuite l'extrémité de la corde à Severus. Ils avancèrent prudemment dans la cavité sombre. L'endroit était humide et une odeur métallique flottait dans l'air, difficile à décrire. Plus ils s'enfonçaient dans les profondeurs de l'antre, plus les sifflements qui les entouraient devenaient lugubres.

Ils pouvaient entendre le son des gouttes d'eau s'écrasant sur le sol, ainsi que de légers bruissements de créatures rampant sur le sol ou se faufilant le long des parois de la grotte. Au bout de quelques minutes, ses yeux s'habituèrent à l'obscurité, et Hermione commença à distinguer des formes. Des stalactites pendaient au-dessus d'eux. Le silence absolu qui régnait ne faisait qu'amplifier le sentiment d'enfermement.

Elle se demanda comment Remus parvenait à se situer dans le noir complet dans un endroit aussi imposant. Un frisson parcourut le dos d'Hermione alors qu'elle ressentait une sensation de souffle près de ses cheveux. Elle supposa que c'était une bourrasque, bien que cela semblait étrange étant donné qu'ils étaient enfoncés si profondément dans la caverne. Soudain, une voix rauque et menaçante retentit dans l'obscurité, faisant vibrer les parois.

« Halte. » gronda la voix. « Annoncez-vous. »

L'écho qui accompagna ces paroles rendait la voix encore plus sinistre et angoissante.

« Nous sommes des membres de l'Ordre du Phénix. Nous venons nous entretenir avec votre leader. » annonça Harry d'une voix confiante.

« Qu'est-ce qui vous fait croire que vous avez ce droit ? » lança la voix, teintée de mépris.

« Nous apportons une offrande pour vous. » indiqua Harry, après une brève hésitation. « Si vous m'autorisez à allumer une lumière, je vous montrerai. »

« Pas de magie, sorcier. » siffla la voix avec hostilité.

Hermione entendit un frottement, puis la caverne s'éclaira soudainement. Plusieurs torches s'étaient embrasées, dégageant une lumière discrète mais aveuglante pour ses yeux qui s'étaient habitués à l'obscurité. Enfin, elle put voir son environnement. L'endroit était encore plus funèbre que ce qu'elle avait imaginé.

Elle tourna la tête et aperçut l'homme à l'origine de la voix. Sa peau était d'un blanc blafard et dépourvue de vie. Son crâne était chauve, laissant apparaître des veines sous sa peau translucide. Ses yeux sombres et brillants, d'un noir profond, les fixaient avec une hostilité manifeste. Des dents acérées se révélèrent dans sa bouche, dont deux canines dépassaient de ses lèvres. C'était la première fois qu'Hermione voyait un vampire de ses propres yeux. La littérature moldue avaient l'habitude de romantiser ces créatures de la nuit, leur décrivant un charme sensuel et irrésistible. Mais il n'y avait rien d'attrayant chez cet individu. Il dégageait quelque chose d'austère et de profondément macabre qui lui glaçait le sang.

D'un geste lent, probablement pour ne pas paraître menaçant, Harry montra sa baguette magique au vampire avant de la tendre à Hermione. Elle s'en empara, un peu surprise. Ensuite, Harry fouilla dans son sac et en sortit une sorte de gourde qu'il tendit au vampire. Ce dernier ferma les yeux, et sa langue fit un mouvement étrange, comme s'il sentait quelque chose d'alléchant à l'intérieur.

« Avancez. » ordonna-t-il finalement, sans rendre la gourde à Harry.

Harry, qui avait lâché la corde, hocha la tête et s'engagea dans la direction qu'avait désignée le vampire. Les autres lui emboitèrent le pas.

« Pas lui. » s'exclama soudainement le vampire en désignant Remus d'un doigt à l'ongle pointu. « Il empeste. »

Il observa Remus avec un dégoût non dissimulé. Remus se stoppa immédiatement, affichant un air résigné, comme s'il n'était pas surpris par ce refus soudain.

« Je vous attendrai à la sortie. » prévint Remus d'une voix calme, hochant la tête à l'attention d'Harry avant de faire demi-tour.

Hermione l'observa s'éloigner avec confusion. Que voulait dire ce vampire en accusant Remus d'empester ? Elle n'avait pas senti d'odeur particulièrement désagréable émanant de lui. Elle avait toutefois lu que les vampires avaient des sens extrêmement développés. Sentait-il quelque chose non détectable à l'odorat humain ? Elle n'eut pas le temps de s'interroger davantage. Maintenant qu'ils avançaient avec la faible lueur des torches, elle réalisa qu'ils n'étaient pas seuls dans la caverne. Elle était convaincue de voir des paires d'yeux luisants fixés sur eux à mesure qu'ils progressaient. Elle ignorait s'il s'agissait de créatures ou d'autres vampires.

Après un passage dans un tunnel étroit, ils débouchèrent dans un gigantesque hall grandiose et opulent, offrant un contraste saisissant avec l'obscurité sépulcrale du reste de la grotte. Les murs en pierre brute étaient ornés de peintures représentant des personnages et des caractères mystérieux, probablement issus d'une langue inconnue. Des lustres portant des torches pendaient du plafond voûté, diffusant une lueur froide et bleutée dans la pièce. Au centre de celle-ci, se dressait une imposante table en bois de chêne massif, entourée de chaises hautes et élégantes.

Le sol était recouvert d'un épais tapis moelleux, dans des tons de rouge et de pourpre, qui atténuait le bruit des pas et conférait à la pièce une atmosphère feutrée et silencieuse. Des sculptures en pierre, représentant des figures grotesques et inquiétantes, étaient disposées aux quatre coins de la salle. Malgré cette ostentation de splendeur, une atmosphère sinistre et malsaine imprégnait toujours l'air, rappelant aux visiteurs qu'ils se trouvaient dans le repaire de créatures dangereuses.

« J'ai cru sentir du sang frais. » susura une voix féminine, suave et caressante, résonnant dans le hall.

Une femme émergea d'un coin de la pièce. Elle était grande et voluptueuse, ses cheveux noirs d'ébène tombant en cascades parfaitement lisses sur ses épaules. Son teint, d'une pâleur éthérée, témoignait d'un manque évident de soleil. Contrairement à celui d'Elphias Doge qui semblait maladif, le sien était d'une blancheur laiteuse et sans imperfections, comme si c'était une caractéristique naturelle. Ses yeux étaient aussi froids que la glace.

Elle portait une longue robe en soie noire, fluide et élégante, qui tombait en plis souples autour de sa silhouette généreuse. Hermione ne parvenait pas à déterminer son âge. Elle dégageait indéniablement un charisme saisissant et une aura de puissance.

Un sourire se dessina sur ses lèvres, dévoilant les mêmes dents pointues que le vampire qui les avait escortés. D'autres individus sortirent de l'ombre, comme s'ils avaient attendu son signal. Bientôt, une vingtaine de vampires, tous d'apparence différente, les observaient avec avidité, remplissant la salle. Hermione déglutit difficilement, traversée par un malaise devant la manière dont les vampires les scrutaient.

« Lady Lenora. » salua le vampire qui les avait accompagnés d'une voix respectueuse en s'inclinant profondément. « Des visiteurs de l'Ordre du Phénix. Ils apportent une offrande. »

L'écho qui emplissait le reste de la caverne avait disparu, probablement en raison de la densité de la foule présente. La dénommée Lenora leva un sourcil intéressé. Elle s'approcha d'une démarche féline, observant les trois arrivants avec attention. Elle prit une inspiration profonde, ses yeux clos.

« De la vigne vénéneuse. » devina-t-elle avec un petit rire. « Pensez-vous que cela m'arrêtera si j'ai vraiment envie de sucer votre sang jusqu'à la dernière goutte ? »

Elle posa cette question avec un soupçon d'espoir dans sa voix, comme si elle considérait la perspective avec intérêt. Quelques heures plus tôt, Severus avait demandé à Harry et Hermione d'ingérer une potion qui, selon lui, était un moyen temporaire de repousser les vampires.

« Je pourrais simplement laisser mes enfants s'amuser avec vous pendant les prochains jours. On s'ennuie tellement vite, ici-bas. Et une fois que la vigne vénéneuse sera totalement éliminée de votre organisme, je les laisserai profiter du festin. Pour ma part, je suis devenue bien difficile ces dernières années… Jouer avec la nourriture ne m'apporte plus autant de plaisir qu'auparavant. D'ailleurs, aucun d'entre vous n'est ma préférence. Je ne bois que du sang pur. »

Elle avait ajouté cela avec un mépris évident.

« Ce ne sera pas nécessaire, Lady Lenora. » assura Harry. « Comme je vous l'ai dit, nous ne sommes pas venus les mains vides. »

Hermione ignorait comment il arrivait à rester aussi serein devant ces gens. L'homme qui les avait escortés s'empressa de s'approcher de Lenora et lui tendit la gourde. Elle en retira le bouchon et immédiatement, ses yeux s'illuminèrent de plaisir.

« Il fallait commencer par, Riftan. » s'exclama Lenora d'un ton désapprobateur à l'attention de l'autre vampire. « Tu m'as laissé me montrer acrimonieuse avec nos invités alors qu'ils sont venus avec un si beau présent. »

« Navré, Lady Lenora. » répondit le dénommé Riftan, visiblement gêné.

« Allons, mes enfants, ne vous ai-je pas mieux éduqué ? » dit-elle d'un ton critique à l'attention des vampires dans la pièce. « Accueillez nos invités comme il se doit. »

Aussitôt, les vampires s'empressèrent de tirer des chaises, les invitant à s'asseoir. D'autres disparurent et furent de retour avec de la vaisselle étincelante qu'ils disposèrent sur la table. Hermione remarqua immédiatement la frénésie environnante lorsque Lenora tendit la gourde à l'un d'eux. Les vampires semblèrent se disputer agressivement pour s'en emparer, montrant leurs canines comme s'ils étaient prêts à se battre.

Lenora laissa échapper un grondement menaçant, son visage se déformant dans une expression effrayante. Le calme revint aussitôt. Elle prit place à la tête de la table, tandis qu'Harry, Severus et Hermione s'installaient sur l'un des côtés de la longue table. Riftan resta debout derrière Lenora, légèrement en retrait. Hermione observa un vampire poser un verre devant elle et verser de l'hydromel à l'intérieur, provenant d'une bouteille ancienne. Hermione n'y toucha pas.

« Ma collection d'hydromel rendrait les Treize sacrés jaloux. » commenta Lenora avec un rictus arrogant. « Mes grands crus datent tous de plusieurs siècles. Les choses avaient un goût différent, avant. »

Elle eut un regard nostalgique, comme si elle se remémorait des souvenirs agréables. On remplit son verre avec le contenu de la gourde - un liquide rougeâtre et épais. Du sang. Lenora porta le verre à sa bouche et ferma les yeux, semblant se délecter.

« Ça me rappelle des années lointaines. Des temps merveilleux où nous vivions en liberté totale, capables de profiter pleinement de notre nature. » indiqua-t-elle avec un soupir.

Elle se tourna vers Harry.

« D'où provient-il ? »

« D'un Mangemort. » répondit Harry d'une voix plate, sans aucune sympathie.

« Hmmm. » se délecta Lenora avec satisfaction. « Voilà pourquoi il semble aussi pur. »

Hermione jeta un regard mal à l'aise en direction d'Harry qui n'avait pas sourcillé. Le sang avait été extirpé d'un Mangemort. Elle avait entendu dire que les résistants étaient souvent en duel avec les forces de l'ordre, qui les pourchassaient sans relâche. Avaient-ils prélevé le sang frais d'un de leurs ennemis dans le but de l'offrir aux vampires en tant qu'offrande ?

« Votre offrande est grandement appréciée. Je vous écoute. » décréta Lenora, semblant de bien meilleure humeur.

« Nous souhaitons réitérer l'offre que nous avions faite, il y a une année de cela. Nous voulons que votre faction se joigne à la nôtre. » indiqua Harry, prenant un air sérieux.

« Vous appelez ça une offre, comme si nous avions quelque chose à tirer de votre proposition. J'ai entendu beaucoup de requêtes de votre part depuis le début de nos négociations mais concrètement, je ne comprends pas en quoi ça nous profite à moi et à mes semblables. » dit Lenora, levant un sourcil sceptique.

Sur le trajet, Harry avait expliqué à Hermione que cette faction, connue sous le nom des Sanguinistes, était le dernier groupe de vampires présent sur le territoire britannique. Il était rare de voir un conglomérat de vampires rassemblé en aussi grand nombre. Habituellement, ils préféraient vivre seuls ou en petits groupes de deux ou trois, étant connus pour leur difficulté à s'entendre et à se soumettre à l'autorité.

Les vampires étaient des créatures puissantes, du moins en comparaison des Moldus. Leur pouvoir était toutefois limité face aux sorciers en raison de la magie dont ces derniers disposaient. À l'époque où les Moldus étaient encore présents au Royaume-Uni, les vampires vivaient une période de gloire, se nourrissant sans entrave et sans rencontrer d'obstacles.

Après l'arrivée de Voldemort au pouvoir et l'élimination progressive des Moldus, les vampires étaient devenus plus rares. Leur nombre déjà restreint avait continué de diminuer. Le régime en place considérait les autres espèces comme des bêtes sauvages qu'il fallait dominer ou éradiquer en cas de menace trop grande, et cela s'appliquait également aux vampires. Lenora, une vampire âgée de plus de deux cents ans, avait rassemblé plusieurs de ses semblables sous sa direction, leur garantissant protection et subsistance.

Affaiblis par la présence du soleil, ils vivaient en reclus dans les profondeurs des cavernes et ne sortaient que la nuit pour se nourrir. Leur seule source de sang provenait des créatures magiques, car la plupart d'entre eux étaient trop faibles pour affronter des sorciers armés. Lenora avait été témoin du Grand Conflit et des événements qui avaient suivi depuis lors. Elle avait une connaissance approfondie de la situation.

« Après tout, les Treize ne nous pourchassent plus autant qu'avant. Ils nous laissent même vivre la plupart du temps. C'est après vous qu'ils en veulent. » rappela Lenora d'une voix doucereuse.

« Il est naïf de penser qu'ils ne viendront pas après vous une fois qu'ils en auront terminé avec les opposants de leur propre espèce. » commenta Severus d'une voix traînante, intervenant pour la première fois.

« Peut-être, mais cela prendra du temps. Des décennies, voire peut-être un siècle. » fit remarquer Lenora. « Nous avons tout le temps devant nous. Notre espèce n'est pas dotée d'une vie aussi courte et insignifiante que la vôtre. »

« Et que ferez-vous pendant tout ce temps ? Allez-vous rester terrés dans une grotte, vous affaiblissant chaque jour davantage ? Pendant que le régime gagne du terrain et devient de plus en plus puissant ? Ils vous massacreront plus facilement. » répliqua Harry. « Avec nous, vous avez une vraie chance de faire barrage et de reprendre le dessus. »

« Et être sous les ordres d'autres sorciers ? Quelle différence cela fait-il ? » demanda-t-elle avec dédain. « Si vous voulez mon opinion, on dirait que vous nous proposez simplement de changer de dictature. Celle du régime contre la vôtre. »

« Nous ne cherchons pas à vous contrôler. Nous proposons une association. »

Lenora laissa échapper un rire méprisant.

« Nous prendrions beaucoup de risques en nous associant avec vous. Si le gouvernement l'apprend, ils viendront directement ici. Contrairement à vous, ils savent où nous nous cachons. » rappela-t-elle.

« C'est là que nous intervenons. Vous ne pouvez pas vous déplacer sur de longues distances, mais nous le pouvons. Nous avons déjà identifié plusieurs endroits où vous pourriez vous installer dans le pays. Des endroits inconnus du gouvernement. Nous pouvons également organiser votre déplacement dans de meilleures conditions. » informa Harry.

Les vampires redoutaient la lumière du jour et s'affaiblissaient considérablement à son contact, devenant presque paralysés. Cependant, avec la magie des sorciers, il existait des moyens de les aider à se déplacer en toute sécurité dans des contenants parfaitement hermétiques.

« Et si, par un miracle totalement fou, vous réussissiez à renverser le gouvernement, quelle serait notre place dans le vôtre ? Allez-vous nous permettre de nous servir librement parmi vos semblables pour nous nourrir ? » demanda-t-elle.

« Nous serions disposés à le faire. Dans certaines conditions. Pas de chasse et pas de meurtres. » précisa Harry.

« La chasse... Vous devez comprendre que c'est précisément ce qui rend l'expérience excitante pour un vampire avant de se nourrir. Et, que mon ancêtre Carmilla Sanguina m'en soit témoin, les petits accidents peuvent vite arriver. » indiqua Lenora en faisant la moue.

Hermione l'observa, médusée. Parler de la possibilité qu'un humain meure pendant qu'elle se nourrissait comme d'un simple accident était déconcertant.

« Les prisons seront remplies de nos propres opposants. » fit remarquer Severus. « Vous pourriez disposer d'eux comme bon vous semble »

Harry lui jeta un regard un peu choqué et Hermione réalisa qu'ils ne s'étaient probablement pas accordés sur cette proposition.

« C'est un point sur lequel nous devrons discuter avec le Phénix. » intervint Harry immédiatement, jetant un regard appuyé et un peu critique à Severus.

Hermione devait admettre qu'elle ne voyait pas de problème avec la proposition de Severus. Après tout, le régime les traquait et les exécutait sans pitié ni empathie. Pourquoi devraient-ils soudainement faire preuve de clémence si la situation était inversée ? L'ancienne Hermione aurait sans doute été choquée par cette approche, mais cette version d'elle-même n'existait plus depuis ce qui lui était arrivé.

De nouveau, le visage de Vivienne van Detta lui apparut à l'esprit et une rage perçante la traversa. Elle ne ressentait pas une once de culpabilité après sa vengeance. Elle ne montrerait plus aucune clémence envers ses ennemis et ceux qui avaient participé à son enfer. Et si jamais ils tombaient entre les dents acérées de vampires assoiffés et que leur sang était drainé jusqu'à la dernière goutte, cela ne serait que justice.

Les discussions entre les deux camps se poursuivirent, semblant de plus en plus tendues. Finalement, après ce qui sembla une éternité à Hermione, Lenora leva la main, interrompant les arguments d'Harry, comme pour lui intimer de se taire.

« Il va bientôt faire jour. Je dois me reposer. Nous reprendrons la conversation après le coucher du soleil. » annonça Lenora avec un soupir, visiblement peu incline à les écouter davantage.

Même s'ils étaient terrés dans l'obscurité de la caverne, leur organisme reconnaissait les moments de la journée. Apparemment, leur énergie déplétait pendant la journée.

« Vous pouvez rester ici et m'attendre. » indiqua Lenora, désintéressée. « Riftan restera dans les environs si vous avez besoin de quoi que ce soit. Appelez-le si nécessaire. »

Elle se leva, sans un mot supplémentaire et disparut dans l'obscurité, ses 'enfants' derrière elle. Une fois tous les vampires hors de vue, Harry se tourna vers Severus.

« Ce n'est pas ce que nous… Ce que le Phoenix avait préconisé. Nous ne pouvons pas tout simplement leur laisser un terrain de chasse sur les sorciers. » protesta-t-il.

« Rappelle-toi de quel genre desorciers nous parlons, Harry. Tu sais ce que les sorciers dont tu parles nous feraient s'ils nous capturaient. » répliqua Severus.

« C'est précisément pourquoi nous sommes différents d'eux. » s'entêta Harry.

« Penses-tu la même chose du Mangemort que tu as drainé pour leur apporter du sang ? »

Harry ouvrit la bouche, ne s'attendant manifestement pas à cette question. Il referma la bouche, n'ayant visiblement pas de répartie appropriée devant l'argument.

« Tu ne peux pas être un preux chevalier idéaliste dans toutes les circonstances, Harry. Certaines situations demandent des mesures difficiles. » assena Severus.

Hermione lui jeta un regard médusé, surpris de sa franchise sans détour. Elle était toutefois d'accord avec Severus. Elle trouvait le discours d'Harry d'une hypocrisie évidente.

« Nous devrions nous reposer. » dit finalement Harry, comme pour couper court au débat. « Nous n'avons pas dormi depuis presque vingt-quatre heures. »

Severus hocha la tête avant de se relever. Il quitta la table, s'éloignant vers l'endroit où ils étaient entrés. Harry se tourna vers Hermione.

« Qu'en as-tu pensé ? » demanda-t-il, visiblement frustré et harassé.

« Je pense que Severus a raison. On ne devrait pas leur montrer de la clémence. Et tu as dit toi-même que nous devons avoir l'accord de toutes les factions, sans exception. Je n'ai aucun problème à leur donner nos ennemis sur un plateau d'argent si ça peut nous aider à remplir notre objectif. » admit-elle.

Harry l'observa longuement.

« Suis-je vraiment aussi idéaliste, comme le dit Severus ? » demanda-t-il avec une grimace. « Ce serait mal d'agir de cette manière. En quoi cela nous rendrait différent d'eux ? Je ne veux pas devenir comme eux. »

« Alors peut-être qu'ils ne t'ont pas suffisamment fait de mal. » répliqua Hermione avant de pouvoir s'en empêcher.

Elle se sentit coupable dès que les mots furent sortis de sa bouche. Elle savait qu'elle avait été injuste. Le régime avait exécuté les parents d'Harry. Il connaissait mieux que quiconque les atrocités dont ils étaient capables. Elle n'avait pas le monopole de la souffrance. Le visage d'Harry resta neutre, bien qu'elle puisse discerner une douleur évidente sur ses traits. Sa culpabilité s'intensifia immédiatement.

« Je suis désolée, je n'aurais pas dû dire ça. » s'excusa-t-elle.

« Non. Ne t'excuse pas. Je comprends pourquoi tu es si virulente. Ce que tu as subi est horrible. Je ne peux pas t'en vouloir d'avoir envie de te venger. » admit-il dans un souffle.

Il leva les yeux vers elle, après un instant de réflexion.

« Je sais ce que c'est. » lui dit-il. « Ce que tu ressens actuellement. Ce désespoir. Cette rage. Cette envie de vengeance. C'est comme un monstre qui est prêt à tout détruire sur son passage. »

Hermione l'observa en silence, déstabilisée par ses mots.

« Je l'ai vécu. Quand ils ont exécuté mes parents. Je me suis éloigné de tout le monde. J'étais obsédé par l'idée de les venger. J'ai fait des choses dont je ne suis pas fier, d'ailleurs, à cette époque. » avoua-t-il, l'air honteux. « Je sais à quel point ça te consume de l'intérieur, au point de devenir une obsession. »

« Et qu'est-ce qui a changé ? » demanda Hermione dans un souffle.

Elle avait du mal à croire qu'Harry ait pu avoir de telles pensées lorsqu'elle voyait le calme dont il faisait preuve. Elle sentait une certaine maturité dans son attitude.

« Mes proches. Sirius, Remus et les autres m'ont soutenu. Je ne sais pas si je serais sorti de ce gouffre, sans eux. » admit-il. « Et Sarwa m'a beaucoup aidé, également.»

« Sarwa ? » répété Hermione. « Comment ça ? »

« Disons qu'elle possède certaines... techniques. » expliqua Harry d'un ton énigmatique. « Peut-être que tu devrais aller la voir, quand nous serons de retour. »

Sarwa Quartey était une autre membre de l'Ordre du Phénix. Elle enseignait la magie aux enfants de la faction. Hermione avait brièvement échangé avec elle au sujet d'Ivo. Elle ne voyait toutefois pas en quoi elle pourrait l'aider.

« Tout cela pour dire que j'ai compris que je ne voulais pas être comme eux. Comme mes ennemis. C'est ce qui fait ma différence. » indiqua Harry. « Ôter la vie d'un être humain n'est jamais un acte anodin et je ne veux pas agir comme si ça l'était. Ce n'est pas quelque chose que je ferais si j'avais un autre choix, crois-moi. »

Hermione détourna la tête. Elle avait ôté la vie de deux personnes. Elle avait été assaillie de plusieurs sentiments face à cette réalité. Une angoisse profonde et existentielle devant l'idée de ce qu'elle était devenue et ce dont elle était capable si certains boutons étaient pressés. Une autre pensée persistait pourtant dans son esprit, lui murmurant que certaines personnes méritaient ce sort. Les voir disparaître avait aidé d'autres personnes innocentes, et c'était sur cette aspect qu'elle préférait se concentrer.

« Je sais que nous avons la possibilité de faire les choses autrement. Et ta présence parmi nous sera d'une grande aide pour cela. » poursuivit Harry d'une voix déterminée.

« Que veux-tu dire ? »

« Grâce à toi, notre camp a quelque chose que nous n'avons jamais eu avant. Une entrée directe chez les Treize Sacrés. Tu es marié à un Nott, une famille originelle, Hermione. » rappela Harry. « Nous n'avons jamais été aussi proches du Coven. Grâce à toi nous allons pouvoir faire des choses qui nous semblaient impossibles. »

Elle ignorait ce qu'il voulait dire par là et l'observa avec une totale confusion. Ils s'étaient déjà mis d'accord sur le fait qu'elle ne pourrait pas retourner auprès de Théodore en raison du danger encouru après son enlèvement. À quelles choses faisait-il allusion ? Elle n'eut pas l'occasion de poser davantage de questions.

« Allons nous reposer. J'ignore encore combien de temps cela prendra, voire même si nous réussirons à les convaincre. » décréta Harry avec un soupir.

Hermione ne put fermer l'œil les heures suivantes. Même si elle était fatiguée, le fait d'être en terrain inconnu avec des vampires dans les alentours ne la mettait pas à l'aise. Aux alentours de huit heures du soir, Lenora fit à nouveau irruption dans la pièce. Cette fois, elle était uniquement accompagnée de Riftan. Elle avait l'air plus énergique et Hermione se demanda si le sang qu'ils avaient apporté en était la cause. Un sourire joyeux ornait les lèvres de Lenora, contrastant avec son hostilité initiale de la veille.

« La journée a porté conseil. » annonça-t-elle d'une voix mélodieuse. « J'ai décidé d'accepter votre offre. »

Hermione jeta un regard abasourdi vers Severus et Harry qui ne paraissaient pas surpris pour une raison obscure. Elle les écouta avec aberration tandis qu'ils commençaient à négocier les conditions de l'association et les responsabilités de chaque partie.

Alors, qu'ils quittaient la caverne, à l'issue de la conversation, Lenora lança un long regard à Hermione, lui souriant d'une façon étrange, la rendant mal à l'aise. Encore une fois, elle fut heureuse de quitter l'endroit. Le chemin du retour fut moins laborieux, les torches éclairant leur chemin.

Il faisait nuit noire lorsqu'ils sortirent enfin de la caverne. Un air frais lui caressa le visage et elle respira profondément, soulagée. Elle avait commencé à ressentir un horrible sentiment de claustrophobie dans la caverne. Ils retrouvèrent Remus un kilomètre plus loin, en suivant un patronus qui attendait près de la cave. Ils pénétrèrent dans la tente.

« Félicitations ! » s'exclama Remus avec fierté en serrant Harry dans ses bras, lorsqu'il apprit la décision des Sanguinistes.

« Tu devrais féliciter Severus et ses talents de comédien. » dit Harry avec un rire. « Ils ont vraiment cru que nous étions en désaccord. »

Hermione écarquilla les yeux. Leur conflit avait-il été simplement une mise en scène devant Lenora ?

« Et merci à toi, Hermione, également. » dit Harry avec satisfaction. « Tu nous as été d'une plus grande aide que tu ne le penses. J'aurais aimé te révéler tout le plan mais je craignais que ça ne soit pas assez naturel. Il valait mieux que tu ne sois pas au courant. Les vampires détectent facilement les mensonges, surtout Lenora. Ce sont des Legilimens naturels. Severus et moi pouvons facilement bloquer nos esprits, mais je ne pense pas que tu aies déjà cette capacité. »

« Je n'ai rien fait. »

« Oh, si. Notre conversation. Je savais que Lenora allait l'épier. »

« Comment ça ? » interrogea Hermione, confuse.

« C'est une vampire âgée. Son ouïe est extrêmement développée. Je savais qu'elle m'entendrait parler de ta relation avec la famille Nott. Je sais que c'est l'élément qui a fait pencher la balance. Elle pense que nous avons une arme réelle en toi et elle suppose probablement que tu vas jouer le rôle d'espionne. Je n'ai pas dit ces mots explicitement, donc je n'ai pas menti. Cependant, elle va en tirer des conclusions hâtives. Elle est convaincue que nous avons maintenant plus de chance contre le régime, ce que nous n'avions pas toutes ces années. C'est pourquoi ils ont toujours refusé nos propositions d'union, d'ailleurs. »

Hermione resta sans voix, un peu choquée d'avoir été utilisée de la sorte. Bien qu'elle soit légèrement contrariée d'avoir été tenue dans l'ignorance, elle devait admettre qu'elle admirait la stratégie employée par Harry. Malgré son jeune âge, elle commençait vraiment à comprendre pourquoi il était l'un des leaders de l'Ordre.

« Nous nous rapprochons de notre objectif, mais il reste encore beaucoup à faire. Nous devons convaincre la Révolte du Yorkshire. » déclara Remus d'un air grave. « Et je ne sais pas par quel miracle nous allons pouvoir y parvenir. »

/

« J'espère n'avoir rien oublié. » lança Fleur pour la sempiternelle fois.

Une expression anxieuse sur le visage, elle vérifia une nouvelle fois le sac de voyage de Victoire.

« Je crois que tout y est, cette fois. » décréta-t-elle en remontant la fermeture.

« Ne t'inquiète pas, Fleur. On se débrouillera. » lui assura Ginny d'une voix douce, habituée à l'anxiété généralisée de Fleur.

Cette dernière acquiesça, comme si elle tentait de se convaincre. Elle jeta un regard bref vers l'horloge.

« Il faut que je me dépêche d'amener Nickie chez les Diggory. J'aurais déjà dû être partie il y a une demi-heure. » signala Fleur. « J'espère que tout va bien se passer. C'est la première fois qu'on sera séparés d'elle depuis sa naissance, ça me rend nerveuse. »

Ginny hocha la tête, compréhensive. Fleur était une mère poule et l'idée d'être loin de ses filles, même pour des courtes durées, semblait difficile pour elle.

« Tout ira parfaitement bien. Ce n'est qu'un weekend et ça vous fera du bien, à toi et à Bill. » rappella Ginny.

Peu après son emménagement dans son nouvel appartement, elle avait promis à Victoire d'organiser une soirée pyjama pour elles. Cela faisait déjà plusieurs mois et elle n'avait pas eu l'occasion de le faire à cause de ses nombreuses occupations. Bill et Fleur avaient décidé de saisir l'opportunité pour également faire garder Dominique afin de passer du temps à deux, ce qui arrivait rarement. Ils étaient débordés par leur vie de parents et il était difficile de trouver du temps pour eux.

« Qu'avez-vous prévu de faire ? » demanda Ginny, curieuse.

« Je n'en ai pas la moindre idée. Bill a dit que ce serait une surprise. » expliqua Fleur avec un petit sourire.

Elle semblait à la fois pressée et anxieuse. Fleur était une femme angoissée de nature et il lui en fallait peu pour se mettre dans tous ses états. Savoir que ses filles seraient en compagnie de personnes de confiance aidait toutefois à la rassurer.

« Profitez bien de votre weekend.» souhaita Ginny en lui adressant un clin d'œil.

Elle se tourna vers sa nièce.

« Tu es prête, Victoire ? » interrogea-t-elle.

La petite fille hocha la tête, semblant surexcitée. A chaque visite de Ginny lors des derniers mois, elle l'avait systématiquement interrogée sur leur soirée pyjama. Victoire portait son uniforme scolaire, et revêtit le cartable que Ginny lui tendit.

« Tu es sûre que tu n'as rien oublié ? » insista Ginny. « Où est Monsieur Poilu ? »

« Par Voldemort, je savais que j'avais oublié quelque chose. » grommela Fleur. « Où est cette fichue peluche ? »

Elle saisit sa baguette.

« Revelio. » lança-t-elle.

Monsieur Poilu était la peluche favorite de Victoire. Elle ne la quittait pas, même lorsqu'elle dormait. La peluche avait la forme d'un demiguise, un grand singe aux longs poils argentés. Elle avait la capacité de devenir invisible, de manière aléatoire. Fleur se dirigea vers le sofa où la peluche venait de réapparaître.

« Te voilà. Nous avons évité la catastrophe. » dit-elle avec un long soupir avant de la tendre à Ginny qui la rangea soigneusement dans le sac de voyage de sa nièce.

Fleur se dirigea vers sa fille et l'enlaça longuement.

« Comporte-toi bien avec tante Ginny, ce weekend. Pas de caprices et pas de chaos, entendu ? » demanda Fleur d'une voix insistante.

Victoire hocha la tête avec véhémence, prenant son air de petite fille sage le plus convaincant. Fleur caressa ses cheveux et posa une bise sur son front.

« Amusez-vous bien. Je t'aime. » dit-elle en français.

Après avoir rassuré sa belle-sœur une énième fois, Ginny prit la main de sa nièce pour quitter la Chaumière aux Coquillages. Elle accompagna Victoire à l'école.

« À tout à l'heure. Sois sage, chaton. » indiqua-t-elle à l'attention de Victoire qui lui fit un signe de la main avant de courir en direction de l'entrée du bâtiment, à la suite d'autres enfants.

Ginny prit ensuite la direction de Magipolis, le quartier des affaires, afin de se rendre dans les locaux de Sorcière-Hebdo. Elle avait demandé son après-midi auprès de Pansy afin de commencer son week-end plus tôt. La matinée passa à une vitesse folle et une fois sortie du travail, elle eut à peine le temps de faire quelques courses avant que n'arrive heure de récupérer Victoire à l'école. L'établissement était proche de son domicile, et elles firent le trajet à pied pendant que Victoire lui racontait ses frasques de la journée.

« Tante Ginny ? » soudainement la petite fille, un air sérieux se dessinant sur ses traits.

Elles étaient arrivées à l'appartement et Ginny avait fait un tour de l'endroit à sa nièce.

« Oui, mon hippogriffe ? »

« Es-tu devenue riche ? » demanda Victoire.

L'air sérieux sur son visage pendant qu'elle posait cette question déstabilisa Ginny et elle ne put s'empêcher d'éclater de rire.

« Qu'est-ce qui te fait dire ça, Victoire ? » s'esclaffa Ginny.

« Ta nouvelle maison est si belle. » dit Victoire. « C'est très grand pour une seule personne. »

« Non, Victoire. C'est simplement grâce à mon travail que je suis ici. Tu te rappelles quand je t'ai dit que j'avais un nouvel emploi, il y a quelque temps ? »

Victoire hocha la tête.

« Est-ce qu'ils ont de la place pour mon papa, dans ton travail ? » demanda-t-elle avec espoir.

« Je ne suis pas sûre. Pourquoi ça ? » demanda Ginny, confuse.

« Papa travaille beaucoup lui aussi, mais il se plaint toujours qu'il a des problèmes d'argent. S'il commence à travailler avec toi, alors on pourra vivre dans une grande et belle maison, nous aussi. » devina Victoire en haussant les épaules, ses joues désormais rouges.

Ginny perdit son sourire en entendant ces mots et un sentiment de malaise la traversa. Ces paroles n'étaient pas anodines dans la bouche d'une enfant aussi jeune.

« Où as-tu entendu ça, Victoire ? » demanda-t-elle.

« J'entends parfois maman et papa se disputer à cause de l'argent. Papa est triste de ne pas pouvoir nous offrir tout ce qu'on aimerait. » admit Victoire, la mine assombrie. « Et les autres à l'école… Ils se moquent de moi. Ils disent que notre famille est pauvre. »

Le visage de Ginny se décomposa. Elle observa sa nièce avec tristesse, ébranlée par ses paroles. Elle s'abaissa au niveau de Victoire, prenant ses mains dans les siennes.

« Ton papa fait tout ce qu'il peut pour toi et Nickie. Je sais qu'il aimerait pouvoir faire plus, mais ce n'est pas toujours possible. C'est la vie. Mais tu as toujours mangé à ta faim et dormi au chaud, n'est-ce pas ? »

Victoire hocha la tête.

« Parce que ton papa travaille dur pour s'en assurer. Tu n'as peut-être pas tous les derniers jouets comme les enfants de ton école, mais tu as une famille qui t'aime énormément et qui ferait tout pour toi, tu le sais ? »

« Je sais, tante Ginny. Je ne voulais pas te faire pleurer. » bredouilla Victoire d'une voix tremblante.

Ginny n'avait pas réalisé que des larmes coulaient sur son propre visage. Elle les effaça d'un revers de manche.

« Je ne veux pas que tu écoutes les autres. Je ne veux jamais que tu penses que tu es moins bien qu'eux parce que ta famille n'a pas autant d'argent ou parce que tu ne vis pas dans une maison comme eux. Tu es incroyablement brillante et adorable. Ta valeur n'est pas liée à ce que tu possèdes ou ce que tu ne possèdes pas. » poursuivit Ginny.

Elle attira Victoire contre elle et l'étreignit longuement.

Parfois, elle oubliait à quel point les enfants pouvaient se montrer cruels entre eux. Le fait que Victoire soit scolarisée dans un établissement où elle était probablement la seule enfant avec des origines impures ajoutait une couche de complexité supplémentaire. Pendant les premières semaines suivant son arrivée, elle s'était faite harceler à cause de son statut de sang inférieur.

Fleur avait longuement insisté pour voir sa fille dans un établissement élitiste. Ginny n'était toutefois pas certaine que cette dernière ait réalisé l'impact que cela avait eu sur l'estime d'elle-même de sa fille. Elle se promit d'en parler à Fleur. Elle n'osait même pas le mentionner à Bill. Elle savait qu'il faisait tout son possible pour offrir à sa famille tout ce dont elle avait besoin. S'il apprenait que sa fille avait de telles pensées et nourrissait des complexes de ce genre, son frère serait dévasté. Il se mettait déjà une pression colossale.

« Que dirais-tu d'aller prendre une glace sur le Chemin de Traverse ? » interrogea Ginny avec un petit sourire, tentant de changer l'atmosphère.

« Avant le dîner ? » demanda Victoire avec de grands yeux,

Elle avait chuchoté cela, comme s'il s'agissait d'un interdit.

« Ça sera un secret entre nous. Ne le dis pas à tes parents. » dit Ginny, l'air conspirateur, posant un doigt sur ses lèvres.

Victoire hocha la tête avec enthousiasme et imita le geste, mimant une bouche cousue.

Elles se rendirent dans un parc situé dans le quartier, devant lequel Ginny passait régulièrement et où elle voyait des enfants du quartier s'adonner à diverses activités. Victoire avait apporté le Nimbus X Mini que Ginny lui avait offert quelques mois plus tôt, et cette dernière l'aida à le monter. La petite fille affichait une mine heureuse, et semblait avoir oublié sa contrariété récente. Elles dînèrent dans un petit restaurant du Chemin de Traverse avant d'aller à Florian Fortarôme pour un dessert glacé.

Quelques heures plus tard, lorsqu'elle s'allongea dans son sofa, rabattant un plaid léger sur elle, Ginny réalisa qu'elle était épuisée. Depuis qu'elle ne vivait plus chez son frère, il était facile d'oublier à quel point les enfants pouvaient être exténuants. Victoire, en particulier, avait une énergie débordante et il était difficile de tenir le rythme. Elle était toutefois ravie de passer du temps en tête-à-tête avec sa nièce aînée, avec qui elle était extrêmement proche. Elle sentait que Victoire avait parfois l'impression d'être délaissée depuis la naissance de sa petite sœur. Elle avait eu l'habitude d'être le centre de l'attention pendant des années, en tant que fille unique.

Le lendemain, tandis que Ginny mettait de l'ordre à la cuisine après qu'elles aient préparé des pancakes pour le petit déjeuner, elle entendit la sonnerie retentir. Elle fronça les sourcils et se dirigea vers la porte d'entrée.

Elle fut surprise de trouver Draco dans l'encadrement. Elle avait été débordée pendant les jours précédents et elle avait oublié de lui faire part de ses plans pour le weekend. Elle avait également cru qu'il serait occupé par une prochaine réunion importante avec des investisseurs de Machinations Malforescentes. Elle en avait déduit qu'ils ne pourraient pas se voir.

« Oh, Draco. » dit-elle, un peu décontenancée, jetant un regard rapide derrière son épaule. « Je ne t'attendais pas. »

Draco leva un sourcil et Ginny réalisa que son attitude était un peu suspecte. Elle était restée devant la porte sans sembler vouloir s'effacer pour le laisser entrer.

« Je suis désolée, j'ai oublié de te le dire mais… » commença-t-elle.

« Valeur et vigueur. » s'exclama la voix de Victoire, apparaissant derrière la cuisse de Ginny.

Ginny abaissa le regard vers sa nièce dont les yeux étaient rivés sur Draco, l'observant avec intérêt. Ce dernier afficha une expression confuse. Il était rare de le voir pris de court et elle trouva cela amusant malgré les circonstances.

« J'ai oublié de te dire que ma nièce passerait le week-end avec moi. » acheva Ginny.

« Je suis Victoire Weasley » se présenta la petite fille, joyeusement.

Victoire n'avait aucun souci à communiquer avec les gens. Elle n'avait jamais été une petite fille timide. Un trait de personnalité qu'elle avait hérité de sa mère et de sa tante. Draco lança un regard vers Ginny, visiblement incertain quant à l'attitude à adopter.

« Tu n'as pas de prénom ? » demanda Victoire en fronçant les sourcils.

Elle avait posé la question avec politesse, mais une petite once d'insolence était audible.

« Ne sois pas malpolie, Victoire. Tu ne lui as pas laissé le temps de te répondre, pour l'amour de Voldemort. » lança Ginny en secouant la tête. « Voici Draco. C'est mon… »

Elle s'interrompit, jetant un regard nerveux à Draco avant de continuer :

« Collègue. »

Elle avait dit cela sans trop réfléchir. C'était probablement le plus simple à expliquer.

« Valeur et vertu, Victoire. » répondit finalement Draco, retrouvant son air flegmatique habituel.

« Victoire et moi étions sur le point de sortir. Mais tu peux prendre une tasse de thé avec nous si tu le souhaites. » proposa Ginny avec hésitation.

Elle n'allait pas le chasser sans cérémonie, cela n'aurait pas été très courtois de sa part. Et le voir lui faisait plaisir, même s'il ne s'agirait qu'une courte conversation.

« Tu veux des pancakes ? » demanda Victoire avec excitation. « J'ai aidé tante Ginny à les préparer. »

Elle avait dit cela fièrement et observait désormais Draco avec une mine pleine d'espoir.

« Volontiers. » répondit Draco d'un ton poli, visiblement dérouté de l'attitude de Victoire envers lui.

Ginny réalisa que c'était la première fois qu'elle le voyait interagir avec un enfant et elle décréta que la situation était quelque peu comique. Draco ne semblait pas totalement à l'aise. Il pénétra finalement dans l'appartement, et Victoire se rua vers la table à manger, lui faisant signe de la suivre, sous le regard amusé de Ginny. Cette dernière prépara de nouveau du thé et posa une tasse devant Draco. Comme d'habitude, sans la moindre gène, Victoire relata à Draco ses exploits de la veille sur son balai.

« Je ne suis même pas tombée une seule fois ! » annonça-t-elle, visiblement très fière d'elle. « Tu aimes le Quidditch ? »

Draco hocha la tête.

« Ma tante Ginny est tellement forte sur un balai. Je parie qu'elle pourra t'apprendre, à toi aussi. » suggéra Victoire.

« Je n'en suis pas si sûr. » dit Draco avec un rictus.

« Ça reste à prouver. » rétorqua Ginny sur un ton taquin. « Je ne t'ai jamais vu voler. »

« J'étais le capitaine de mon équipe, à Poudlard. » annonça Draco d'un ton un peu pompeux.

« Et moi de la mienne, à Néréide. Nous avons gagné le titre trois fois de suite. » fanfaronna Ginny.« J'imagine qu'il nous reste à le prouver, un de ces jours. »

La conversation se porta automatiquement sur le Quidditch, et Victoire assaillit Draco de questions sur son balai favori et son équipe favorite dans la ligue britannique. Draco sembla se détendre et Ginny les observa avec amusement tandis qu'ils discutaient, l'ignorant presque.

« Vous savez que j'adore parler de Quidditch mais nous ne devrions pas tarder. Le parc va bientôt ouvrir, Victoire. » rappella Ginny.

Victoire hocha la tête.

« Est-ce que Draco peut venir avec nous ? » demanda Victoire. « S'il-te-plaît tante Ginny ? »

Ginny ouvrit la bouche, déroutée par cette requête.

« Je ne suis pas certaine que Draco soit intéressé, mon chaton. » dit-elle avec diplomatie.

« S'il-te-plaît. » implora Victoire en lui faisant de grands yeux, pour l'amadouer. « Je suis sûre qu'il aimerait aussi voir la Roue du Souaffle. »

« Si Draco est intéressé alors c'est son choix. » dit finalement Ginny avec un soupir.

Elle se tourna vers lui.

« Nous allons au Paradis du Quidditch. » lui expliqua-t-elle.

Le Paradis du Quidditch était un parc familial au grand air, où les adultes et les plus jeunes pouvaient faire des activités liées au sport.

« Je ne voudrais pas vous importuner pendant votre journée. » commença à réfuter Draco, en observant Ginny avec hésitation.

« S'il te plait ! » insista Victoire.

Il l'observa cette dernière avec surprise, ne s'attendant pas à ce qu'elle insiste autant. Il était difficile de refuser quoi que ce soit à la petite fille.

« J'imagine que je pourrais y faire un petit tour. » accepta-t-il finalement, provoquant un cri de victoire de la part de Victoire.

« Va chercher le reste de tes affaires, Vicky. » ordonna Ginny.

Une fois sa nièce disparue dans le couloir, Ginny se tourna vers Draco, un air navré sur son visage.

« Désolée pour l'embuscade. »

« Ce n'est rien. Je vois que le pouvoir de persuasion est de famille. » fit remarquer Draco avec un rictus au coin des lèvres.

Ginny hocha la tête. Elle n'était pas surprise qu'il se soit laissé amadouer. Elle avait vu son frère accepter les demandes de sa femme et de sa fille pendant des années. Elle avait toutefois l'impression que ce dernier devenait plus résistant à leur pouvoir.

« Les gènes de Vélane sont particulièrement efficaces pour convaincre. » lui expliqua-t-elle. « Mon pouvoir à moi est naturel. »

Elle avait ajouté cela avec un petit air suffisant.

« Tu n'es pas obligé de venir. Je sais que ce n'est probablement pas une bonne idée... » souffla Ginny.

Narcissa Malfoy avait été claire sur le fait qu'ils ne devaient pas être vus en public. Ginny ne voulait pas se la mettre à dos. Leur relation évoluait sur une ligne fine et même si elle ne voulait pas lui donner la satisfaction de l'afficher, elle trouvait Narcissa intimidante.

« Nous serons discrets. » dit Draco, comme s'il lisait dans ses pensées. « J'imagine que je peux utiliser les mêmes sorts que notre première virée en public. »

Ginny sourit au souvenir. L'année précédente, après un pari entre eux, elle l'avait persuadée de passer une journée entière en sa compagnie dans le monde des Sang-Impurs. Ils avaient même échangé leur premier baiser, ce jour-là. Elle avait l'impression qu'une éternité s'était écoulée depuis. Les choses avaient tellement changé que c'était dur à croire. Si quelqu'un avait prédit que leur relation deviendrait ce qu'elle était désormais, Ginny lui aurait ri à la figure. Elle se leva et agita sa baguette pour ranger la vaisselle qui jonchait la table. Au passage, elle se pencha vers Draco et pressa ses lèvres contre les siennes.

« Tu m'as manqué. » murmura-t-elle contre ses lèvres.

Il écarta la longue chevelure de Ginny qui tombait sur le côté de son visage, caressant brièvement sa joue.

« Je ne retrouve pas Monsieur Poilu, tante Ginny ! » s'exclama la voix frustrée de Victoire, faisant irruption dans la pièce. « Il est encore devenu invisible ! »

Ginny s'empressa de s'écarter de Draco.

« Revelio ! » lança Ginny d'un coup de baguette.

La peluche apparut sur le comptoir de la cuisine et Victoire s'empressa de la récupérer, la calant fermement sous son bras. Quelques instants plus tard, tandis qu'ils quittaient l'immeuble, Ginny jeta un regard bref à Draco dont l'apparence avait changé. Comme lors de leur premier rendez-vous, ses cheveux avaient poussé et étaient désormais attachés en un chignon masculin. Leur couleur avait changé et ses yeux arboraient désormais une teinte plus sombre que leur gris habituel. Il avait revêtu un couvre-chef, qui cachait une partie de son visage. Ils grimpèrent dans sa diligence et Victoire ne put s'empêcher de pousser ses exclamations émerveillées tandis que le véhicule s'envolait dans les airs.

« Wow ! Elle avance toute seule ? » demanda-t-elle avec ravissement.

Elle ne voyait pas la créature décharnée qui tirait la diligence - un sombral. Une boule se forma dans la gorge de Ginny tandis qu'elle se demandait encore combien de temps sa nièce pourrait garder cette innocence. Elle-même avait commencé à apercevoir les sombrals à l'âge de neuf ans, après avoir assisté à sa première exécution publique.

« Pas exactement. » expliqua lentement Ginny. « Elle est tirée par une créature invisible. »

« Tu veux dire un demiguise ? » demanda Victoire, l'air intéressé.

« Non, c'est une autre créature. Tu es trop jeune pour la voir. » répondit Ginny, sans extrapoler.

Victoire était mature sur certains points et Ginny était la première personne à penser que les enfants devaient apprendre certaines réalités de la vie. Elle n'était cependant pas sa mère et il revenait à ses parents le droit et la responsabilité d'aborder certains thèmes en profondeur – y compris celui de la mort.

Grâce à la diligence de Draco, le trajet fut bien plus rapide que prévu et bientôt, ils arrivèrent à l'entrée du parc. Ginny se souvenait d'avoir harcelé Bill pendant près d'un an pendant son adolescence pour qu'il l'emmène dans cet endroit. Il avait toujours refusé, qualifiant cela de 'gallions jetés par les fenêtres.'

C'était après avoir obtenu son premier petit boulot et économisé pendant trois mois qu'elle avait finalement pu se permettre d'acheter un ticket. Elle y avait passé la journée en compagnie de Neville. C'était d'ailleurs dans cet endroit qu'elle avait rencontré Olivier Dubois pour la première fois, qui y travaillait à mi-temps à l'époque.

Il avait complimenté ses techniques de lancer et Ginny avait rougit furieusement, même si le compliment l'avait ravi. À l'époque, leur différence d'âge lui avait paru terriblement excitante. Il lui avait proposé un ticket d'entrée pour une course du Parcours de la Mort, qu'elle ne connaissait pas encore à l'époque. Cela avait été un prétexte évident pour la revoir de nouveau. Elle avait assisté à une course et avait été complètement subjuguée par la discipline. Elle avait été surprise de voir Olivier parmi les compétiteurs et ses compétences en vol l'avaient impressionnée. Quelques semaines plus tard, ils avaient commencé à sortir ensemble.

Ginny se garderait toutefois de mentionner ces souvenirs devant Draco. Elle avait toujours associé ce lieu à Olivier et s'y retrouver avec quelqu'un d'autre était un peu étrange. Elle se consola en se disant que cela n'avait pas été fait volontairement. Si elle avait su que Draco serait en leur compagnie, elle aurait prévu une autre activité.

Ces pensées disparurent rapidement lorsqu'ils passèrent devant l'imposant arc où se croisaient deux balais gigantesques, à l'entrée du parc. Une banderole géante se trouvait devant le signe, affichant les mots "Le Paradis du Quidditch". C'était l'un des plus grands parcs à thème du pays et toutes les populations se retrouvaient dans une ambiance familiale et divertissante. Le prix était cependant une barrière à l'entrée et l'endroit était fréquenté principalement par les sorciers de rang supérieur.

« Par quoi veux-tu commencer, Vicky ? » demanda Ginny tandis qu'elle dépliait le plan qui affichait une carte mouvante du parc qui listait toutes les attractions et les spectacles disponibles aux visiteurs.

La petite fille observait ses alentours avec émerveillement, l'air surexcité.

« Les cognards enragés ! » dit Victoire en montrant une attraction imposante à quelques mètres d'eux, où une longue file d'attente se dressait.

Ils avancèrent vers l'entrée de la file d'attente. Sous le nom de l'attraction, des libellules volaient de manière étroite, formant un nombre.

« Une heure d'attente. » observa Ginny avec un soupir.

« Absolument pas. » entendit-elle Draco murmurer, à ses côtés.

Il tendit deux longs cordons à Ginny et à Victoire, où des badges pendaient à l'extrémité.

« Un pass Vif d'or. » déchiffra Victoire lentement, en observant l'objet. « Qu'est-ce que c'est ? »

« Le type à la billetterie a dit que ça permettait de passer directement, sans avoir à faire la queue. » expliqua Draco avec flegme.

« Ces choses-là sont hors de prix. » commenta Ginny à l'attention de Draco.

Il l'observa avec un air qui signifiait ''Et?'' qui fut suffisant pour lui rappeler à qui elle s'adressait. Draco n'était pas habitué à attendre. Toute sa vie, il avait joui d'un privilège évident à cause de son statut et de son argent. Il n'avait pas les mêmes préoccupations que le commun des mortels sur certaines choses. Il était probablement peu réaliste de croire qu'il accepterait d'être traité comme le reste des visiteurs.

Ginny parcourut le texte inscrit sur le badge et écarquilla les yeux en réalisant qu'il avait acheté des pass annuels, avec le niveau d'avantages le plus élevé. Il lui avait proposé de s'occuper des billets pendant qu'elle emmenait Victoire aux toilettes, à leur arrivée. Elle aurait dû se douter qu'il ferait quelque chose du genre.

Même si une partie d'elle ne voulait pas habituer Victoire à de tels privilèges dès sa première visite, elle devait admettre qu'elle n'avait pas la motivation de passer des heures dans les files d'attentes sous une chaleur oppressante et parmi les cris et les pleurs d'enfants surexcités. D'autre part, Victoire vivrait l'expérience d'expérience ultime, ce qui était également le but.

S'engageant dans une file spéciale, ils passèrent donc sans faire la queue aux Cognards Enragés, une attraction où ils grimpaient sur des balais suspendus qui bougeaient sur place, imitant les vrais mouvements d'un balai sans pour autant quitter la plateforme. Ils disposaient d'une batte et devaient frapper les cognards qui arrivaient tout droit sur eux.

Lorsqu'ils les manquaient, les cognards se transformaient en bulles d'eau qui les éclaboussaient. Il s'agissait d'une compétition et les points gagnés s'affichaient sur un cadran face à eux. Draco et Ginny s'étaient d'abord discrètement mis d'accord pour laisser gagner Victoire, mais leur instinct compétitif fut de retour rapidement et ils se lancèrent dans une compétition acharnée pour marquer le plus de points. Ginny l'emporta avec une courte avance de deux coups et elle se vanta bruyamment tandis que Draco levait les yeux ciel, dépité.

Ils se firent traiter avec une attention particulière. En voyant leur pass spéciaux, les employés qu'ils croisaient les saluaient avec enthousiasme, ou leur proposaient des boissons et des pâtisseries gratuites. Victoire put même prendre une photo avec un joueur de Flaquemare et avec la mascotte du club. La ligue était détentrice du parc et recevait régulièrement des joueurs pour le plus grand bonheur des visiteurs. Il gribouilla un autographe sur la photo prise avec la petite fille. Cette dernière sembla aux anges et ne fit qu'observer la photo pendant le reste de la journée.

Le parc avait changé depuis sa dernière visite, plusieurs années auparavant, et Ginny eut du plaisir à tout redécouvrir, tout en expliquant à Draco et Victoire les choses qui lui étaient encore familières. Son attraction préférée était sans doute La Folle Poursuite, une montagne russe où ils étaient installés dans un souaffle grandeur nature et étaient propulsés dans tous les sens entre les mains de joueurs géants mécaniques pendant une fausse partie de Quidditch. Ils faisaient des bonds et des arrêts soudains, chutaient de manière inattendue et reprenaient à une vitesse folle vers les anneaux de but. Les sensations étaient intenses, et même un peu trop pour Victoire, dont le visage devint pâle après leur sortie. Elle insista pour qu'ils enchaînent avec une activité plus tranquille, une tournée dans un train autour du parc, où un guide expliquait des faits historiques autour du Quidditch.

À la fin de l'après-midi, ils décidèrent de trouver un endroit pour dîner et se reposer, après une journée épuisante. Grâce aux pass spéciaux, ils avaient pu faire énormément de choses. Ils s'arrêtèrent pour dîner à Comet'stible, un restaurant sponsorisé par la marque de balais Comète, où ils purent admirer le nouveau balai de leur collection, le modèle 444, affiché derrière une boîte en verre qui se déplaçait au-dessus des clients.

La journée avait été des plus amusantes et Ginny fut agréablement surprise de voir Victoire et Draco s'entendre aussi bien. Elle se sentit plus heureuse que jamais, à leurs côtés. Draco et elle n'avait pas la possibilité de faire ce genre de choses et l'impression de pouvoir agir comme un couple normal lui provoqua un plaisir certain. Elle se rendait compte à quel point cela lui manquait dans leur relation. Elle savait toutefois qu'il s'agissait d'un risque gigantesque de leur part.

Ginny jeta un regard vers une Victoire endormie, désormais avachie sur elle. Elle s'était endormie après son dessert, manifestement épuisée par la journée.

« Il est rare de la voir aussi épuisée. » expliqua Ginny avec un rire affectueux. « Elle est toujours hyperactive, habituellement. Tout le monde se fatigue avant elle. »

« Je ne peux pas lui en vouloir. Je ne m'attendais pas à ce que ça soit aussi intense. » admit Draco.

Ginny hocha la tête, jetant un regard à sa montre.

« On devrait rentrer. Je ne pense pas qu'elle aura l'énergie d'attendre les feux d'artifices, à la fermeture. » dit-elle.

Ils quittèrent le restaurant et se dirigèrent lentement vers la sortie du parc qui commençait à se vider. Ginny regarda avec tendresse Victoire qui dormait sur l'épaule de Draco tandis qu'il la portait. Lorsqu'ils atteignirent sa diligence, il l'installa prudemment sur la banquette, veillant à ne pas la réveiller.

Alors qu'ils commençaient à monter, Draco se tourna vers la vitre pour fournir des instructions au Mangemort qui l'escortait. La diligence s'arrêta brusquement, et le sombral commença à voler sur place. Ginny fronça les sourcils lorsqu'elle entendit une détonation retentir, suivi d'une musique tonitruante aux sonorités rythmées. Elle se pencha vers la vitre et aperçut un spectacle impressionnant de feux d'artifices et d'autres effets de lumière, provenant du parc, désormais sous eux.

« Victoire, ma chérie, regarde. » dit-elle à l'attention de sa nièce qui s'était réveillée à cause du bruit.

En se frottant les yeux, Victoire s'approcha de la vitre, une expression confuse sur son visage. Dans le ciel, les feux d'artifice jaillissaient de toutes les directions, formant des étoiles scintillantes qui dansaient dans l'obscurité. Un groupe d'acrobates survola le parc sur leurs balais, virevoltant dans les airs avec une grâce remarquable. Leurs robes aux couleurs éclatantes flottaient dans le vent et des jets de fumée colorée se déclenchèrent à leur passage, créant des traînées chatoyantes.

Au centre, une réplique géante d'un vif d'or apparut, scintillant de mille feux. Des éclairs de lumière dorée jaillissaient de chaque côté, créant un effet fascinant. Les acrobates s'élancèrent vers le vif d'or, semblant le pourchasser dans une chorégraphie aérienne captivante. Un faux dragon scintillant apparut, poussant un rugissement qui fit vibrer l'air, tandis que des jets de flammes atteignaient des hauteurs vertigineuses.

Les feux d'artifices prirent la forme de balais géants, imitant le logo du parc. Ils tournoyaient dans le ciel, laissant derrière eux des traînées de couleurs éclatantes. Des explosions lumineuses formaient des figures complexes, reproduisant les différentes phases d'un match de Quidditch. Le spectacle fut clos par une pluie de lumière, imitant des vifs d'or qui tombèrent en direction du parc, directement sur les spectateurs. Les applaudissements retentirent bruyamment. Victoire applaudit aussi avec virulence, émerveillée.

Ginny sourit à Draco, lui murmurant un 'Merci' au bout des lèvres avant de brièvement caresser sa main, reconnaissante. Le spectacle avait manifestement réveillé Victoire, car elle retrouva son énergie habituelle et commenta avec excitation ses moments préférés de la journée pendant le reste du trajet dans la diligence. Lorsqu'ils arrivèrent finalement à destination, Ginny lança :

« Il est temps de dire au revoir à Draco, Vicky. »

« Merci d'être venu avec nous, oncle Draco. » dit Victoire avant de lui étreindre le bras.

Draco sembla un peu surpris par l'appellation et Ginny étouffa un rire. Victoire désignait les adultes qu'elle fréquentait assez longtemps comme, ses 'oncles' et 'tantes'.

« Passez une bonne soirée. » salua-t-il tandis qu'elles sortaient de la diligence.

Plus tard, tandis que Victoire s'installait dans son lit et que Ginny la bordait, la petite l'interrogea :

« Tante Ginny... Est-ce qu'oncle Draco est ton fiancé ? »

« Victoire ! » s'exclama Ginny, gênée et abasourdie. « Qu'est-ce qui te fait penser ça ? »

« Tu le regardes comme maman regarde papa. Et elle dit toujours que c'est parce qu'elle amoureuse. » commenta Victoire en haussant les épaules.

Ginny sentit ses oreilles virer au rouge. Même si la question étant embarrassante, cela ne l'étonnait pas de la part de Victoire. C'était une petite fille intelligente.

« Et je t'ai vu lui faire un bisou dans la cuisine, ce matin. » ajouta la petite fille avec un petit gloussement.

Cette fois, ce fut le visage entier de Ginny qui devint écarlate.

« Tu es trop observatrice pour ton âge. » dit-elle en secouant la tête, dépassée.

Elle rabattit la couverture et la plissa soigneusement.

« Je l'aime bien. » dit Victoire d'une voix ensommeillée.

« Je me réjouis de l'entendre. » dit Ginny avec un sourire. « Moi aussi, je l'aime bien. Beaucoup, même. Mais c'est un secret. Je peux compter sur toi pour le garder ? »

Victoire hocha la tête avec véhémence.

« Je serais aussi muette qu'un musard. Promis. » assura la petite fille avec sérieux, comme si elle était investie d'une mission des plus importantes.

« Merci ma chérie, je savais que je pouvais compter sur toi. Bonne nuit. » souffla Ginny avant de quitter la pièce. « Dors-bien. Je t'aime. »

Le lendemain, la matinée fut bien plus calme et elles jouèrent avec Arnold, le boursouflet et firent quelques parties de bataille explosive avant qu'il ne soit temps pour Ginny de ramener Victoire chez elle. À leur retour, elle fut réjouie de constater que Fleur semblait de bien meilleure humeur. Son visage arborait une expression détendue et heureuse. Elle confia à Ginny qu'ils avaient passé un excellent weekend. Ces deux jours avaient été pour eux l'occasion de se reconnecter en tant que couple. Il était difficile de passer des moments à deux avec un rythme de vie aussi occupé, où leur priorité étaient leurs filles.

« Nous avions vraiment besoin de ça. » admit Fleur.

Victoire fut surexcitée de raconter sa journée au Paradis du Quidditch et Fleur écouta sa fille avec un grand sourire aux lèvres. Victoire ne mentionna pas Draco. Après avoir pris une tasse de thé avec sa famille, Ginny rentra chez elle, prête à passer le reste de sa journée à lézarder, encore fatiguée par la journée de la veille. Aux alentours de neuf heures du soir, Ginny sentit son miroir à double vibrer sur la table basse et s'en empara d'un geste lent. Il s'agissait de Draco.

« Victoire a oublié sa peluche dans ma diligence. » dit-il.

« Oh. » grimaça Ginny. « Fichue peluche. »

« Je suis en train de quitter l'hôtel et je passerai devant ton immeuble pour te la rendre, avant de retourner au manoir. Je serai là dans cinq minutes. » la prévint-il.

Le demiguise était sûrement devenu invisible de nouveau. Victoire n'avait probablement pas remarqué son absence la veille car elle était exténuée à leur retour du parc. Elle s'était endormie en seulement quelques secondes. Ginny savait toutefois à quel point elle pouvait devenir difficile sans sa peluche. Elle devrait trouver un moyen de la rendre avant qu'elle ne s'en aperçoive. Elle se demandait si elle pouvait demander à l'elfe de Pansy, Waterford, d'aller la porter à sa famille.

Ginny hocha la tête à l'attention du reflet de Draco dans le miroir. Quelques minutes plus tard, elle descendit pour le rejoindre, comme il l'avait réclamé. La diligence de Draco était arrêtée non loin de l'immeuble et elle s'approcha d'un pas léger. Comme d'habitude en soirée, la rue était calme et vide. Le quartier lui, était encore plus tranquille, sûrement à cause de l'été. Draco l'attendait devant la diligence et lui tendit la peluche de Victoire.

« Merci, elle va sûrement faire un énorme caprice quand elle s'apercevra qu'elle ne l'a pas avec elle. » dit-elle avec reconnaissance. « On a évité la catastrophe. »

Elle observa Monsieur Poilu dont les grands yeux bleus luisaient de malice.

« Merci d'être venu avec nous, hier. Victoire n'a pas arrêté de parler de toi, depuis. » ajouta-t-elle. »

« On dirait que j'ai fait bonne impression. » déclara Draco avec un rictus au coin des lèvres.

« Ça change. » se moqua Ginny. « Tu ne veux pas monter ? »

« Pas ce soir. Mère veut me parler de la réunion que nous avons avec le conseil, demain après-midi. Elle est probablement en train de me fustiger parce que je ne suis pas encore arrivée au Manoir. » dit Draco en levant les yeux au ciel.

Ginny hocha la tête, compréhensive. Elle s'approcha de lui et enroula ses bras autour de sa nuque, l'embrassant longuement, ravie de profiter de sa présence, même si c'était seulement pour quelques minutes. Elle savait que se montrer aussi affectueuse en public n'était pas une bonne idée, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. La rue était déserte. Qui savait, Narcissa apparaîtrait peut-être soudainement, car son fils n'était pas à l'heure ? Ginny s'écarta de lui à contrecœur.

« Je passerai demain. » assura-t-il, comme s'il avait lu sa demande informulée.

Il l'embrassa sur le front avant de remonter dans la diligence qui se mit en marche, jusqu'à disparaître dans la nuit noire. Ginny fit volte face et se dirigea vers l'entrée de l'immeuble, jouant distraitement avec la peluche de Victoire. Elle passerait d'abord chez Pansy pour lui demander l'aide de Waterford. Cependant, alors qu'elle s'apprêtait à entrer dans le bâtiment, une silhouette sortit soudainement de l'ombre, apparaissant devant elle. Elle sursauta.

« Ginevra ? »

Elle s'arrêta immédiatement et ses yeux s'agrandirent de surprise en reconnaissant la personne.

« B… Bill ? » murmura-t-elle, mortifiée.

Elle sentit son cœur battre à toute allure dans sa poitrine lorsqu'elle vit l'expression sur le visage de son frère. Elle comprit immédiatement qu'il les avait vus, elle et Draco.


Ooooops ! On dirait bien que la mèche est vendue. Je pense pas qu'on ait besoin de longtemps faire des pronostics sur la réaction de Bill. Ginny va prendre !

J'espère que le chapitre vous a plu. Les chapitres suivants sont aussi trèèès longs. Mais bon, je ne vais pas me lancer sur le débat 'la taille, ça compte ?'

En attendant, je vous exhorte à laisser une review ! Les retours sont importants pour les auteurs que vous suivez, ne l'oubliez pas !

Peace,

Fearless