Valeur et vigueur,
De retour, pour égayer votre début de semaine.
Un gigantesque merci à drou, Lestrange-maria, Jiwalumy, GuestP, Michtochondrie, coeerinnee et Fleur d'Ange pour vos reviews. Je vous fais des gros bisous baveux (si vous y consentez, évidemment).
Ce chapitre est très long, comme le précédent. Que voulez-vous - plus c'est long, plus c'est bon.
Récap des chapitres précédents :
* Bill a surpris Ginny en compagnie de Draco (chap. 59)
* Hermione, Harry, Remus et Severus ont entamé un voyage diplomatique pour convaincre les trois factions restantes de rejoindre le FLOP. Les Sanguinistes et le Dernier Bastion Rebelle ont accepté la proposition. (chap. 59) Il ne reste plus qu'une seule faction à convaincre, la plus réfractaire, la Révolte du Yorkshire. Au sein de la Résistance, leur position est considérée comme extrémiste.
* Cette faction a été mentionnée à quelques reprises dans l'histoire, notamment récemment par Meixhan Lee, une lieutenante de Blaise Zabini : "Ce sont des Dissidents, monsieur. Un groupuscule appelé la Révolte du Yorkshire. Une bande de hors-la-loi supposément impliqués dans plusieurs agressions ces dernières années, notamment envers des membres de la Section Sécuritaire."
* Nous avons appris que les Zabini ont signé un gros contrat avec la Révolte du Yorkshire et leur vendent du matériel et de l'armement. (chap. 56)
J'adore ce chapitre, et j'espère qu'il vous plaira tout autant !
Playlist/montage à retrouver sur mon profil.
Bonne lecture !
LX. Bras de Fer
« Bill… Je t'en prie... Dis quelque chose. » souffla Ginny d'une voix tremblante.
Le regard angoissé de Ginny était fixé sur le visage de son frère, attendant fébrilement une réaction de sa part. Les crises de colère de Bill lui étaient indubitablement familières. Sa jeunesse avait fourni une abondance d'exemples où elle avait délibérément transgressé ses ordres. Ginny avait l'habitude de recevoir ses réprimandes, ce qui ne l'avait jamais réellement empêché de n'en faire qu'à sa tête. Le dernier sermon de Bill remontait à l'année précédente, lorsqu'il avait découvert son activité au ministère et sa présence au Bal de l'Ellébore, la nuit de l'attentat.
Ginny ne l'avait pourtant jamais vu dans cet état.
Bill était silencieux, une expression insaisissable sur son visage. Lorsqu'elle s'était fait surprendre à l'entrée de l'immeuble, Ginny n'avait eu d'autre choix que de l'inviter à monter à son appartement, nerveuse quant à la confrontation imminente. Sans un mot, Bill avait accepté et le trajet en l'ascenseur jusqu'à l'appartement s'était fait dans un silence de plomb.
Bien qu'elle ait emménagé près de six mois auparavant, c'était la première fois que Bill mettait les pieds dans son nouvel appartement. Elle en avait brièvement parlé à sa famille, mais avait toujours trouvé des excuses pour esquiver leurs visites, ne sachant pas comment justifier sa présence dans ce quartier huppé de la ville. C'était seulement avant le séjour de Victoire qu'elle avait partagé davantage de détails sur son nouveau lieu de vie avec eux.
Ginny retenait son souffle, observant nerveusement son frère aîné. Il tenait fermement la peluche de Victoire dans sa main. Il était sûrement venu la récupérer pour éviter une nuit éprouvante. Son autre poing, crispé, trahissait son trouble. Ginny se sentait de nouveau comme une petite fille prise en faute, et elle détestait cette sensation. Bill avait toujours eu cet effet sur elle. Malgré le fait qu'ils soient frère et sœur, il s'était toujours comporté comme un père envers elle.
Elle savait pourtant qu'elle ne pouvait s'en vouloir qu'à elle-même. Elle avait caché une grande partie de sa vie à sa famille pendant trop longtemps. La vérité devait finir par éclater un jour. Qu'avait-elle pensé ? Qu'elle pourrait indéfiniment retarder ce moment ? Qu'elle pourrait mener une double vie pendant encore longtemps, sans que ces deux aspects finissent par se heurter ?
Le silence que Bill lui imposait l'angoissait plus que tout. Ginny voulut dire quelque chose, mais se retint. Une partie d'elle voulait encore trouver une excuse pour se justifier, inventer un énième mensonge qui lui permettrait de prolonger la mascarade plus longtemps. Jusqu'à ce qu'elle soit prête à se confesser. Elle n'aurait de toute façon aucune excuse valable à lui fournir.
« Qui était-ce ? » demanda finalement Bill d'une voix blanche, après ce qui sembla une éternité.
Elle était épuisée de mentir depuis si longtemps. Vivre une double vie était exténuant tant sur le plan physique que mental et elle ressentait le besoin urgent de s'affranchir de ses mensonges.
« Son nom est Draco Malfoy. » souffla-t-elle.
Un autre silence lourd s'installa.
« Malfoy… » répéta Bill. « Malfoy des Treize Sacrés ? »
Il avait posé la question avec une once d'hésitation, comme s'il n'osait pas croire à cette possibilité.
« Oui. C'est le fils du Gouverneur. Enfin, de la Gouverneure. » rectifia Ginny d'un ton résigné.
La lueur dans les yeux de Bill était mêlée de confusion et de stupéfaction, comme si son cerveau peinait à assimiler l'information. Puis, comme s'il venait de réaliser quelque chose d'important, ses sourcils se froncèrent.
« A-t-il été en contact avec ma fille ? » demanda-t-il lentement.
Ginny fut prise de court par la question. Elle hocha la tête.
« Il est venu avec nous au parc, hier. » confessa-t-elle.
Aussitôt, une lueur de fureur apparut sur le visage de Bill.
« Comment peux-tu être aussi irresponsable et stupide, Ginevra ? Emmener un inconnu auprès de ma fille sans notre consentement et sans même prendre la peine de nous prévenir. Te rends-tu compte à quel point c'est dangereux ? » s'exclama-t-il, la voix tremblante de colère.
« Comment peux-tu dire une chose pareille ? » demanda Ginny, heurtée. « Tu sais que je ne laisserai jamais le moindre mal arriver à Vi… »
« Je n'ai plus confiance en toi ni en ta capacité à repérer le danger ou non. » l'interrompit son frère avec emportement.
Son visage était rougi, ses dents étaient serrées et sa posture tendue. Jamais elle ne l'avait vu dans un tel état de colère.
« As-tu oublié le monde dans lequel nous vivons, Ginevra ? On dirait bien que oui. Peut-être est-ce le fait de travailler au ministère auprès de ces Sang-Pur qui te l'a fait oublier ? Ou peut-être est-ce le fait d'être devenue la trainée de l'un d'entre eux ? »
« Ne parle pas ainsi de moi, Bill. Tu dépasses les limites. » accusa-t-elle, choquée par ces mots.
« Vraiment, Ginny ? Comment appelles-tu une femme qu'un homme vient voir dans la nuit noire ? Une femme qu'il ne peut probablement pas assumer publiquement ? Comment appelles-tu ça, Ginny ? Parce que j'ai un terme en tête, mais je ne crois pas que tu sois prête à l'entendre. »
Ginny ne répondit pas, blessée par les mots virulents de Bill à son égard et ce qu'il sous-entendait. Même si sa colère était justifiée, elle n'arrivait pas à croire qu'il puisse viser aussi bas.
« Dis-moi la vérité. Est-ce à cause de ce type que tu vis dans cet endroit ? Comment pourrais-tu te permettre de vivre ici, sinon ? »
Il montra l'intérieur de l'appartement d'un geste véhément, comme pour prouver ses dires.
« Tu ne sais rien, Bill. Tu ne sais rien de lui. Tu ne sais rien de notre relation. » rugit Ginny, sentant également la colère monter en elle.
« Non. Et ça ne m'intéresse pas. » répliqua-t-il avec mépris. « Je ne veux rien savoir de ton opinion. Rien de ce que pourra dire ne parviendra à justifier ce que tu as fait. »
Il serra son poing avec hargne, fermant brièvement les yeux, comme s'il essayait de contenir une colère fulminante.
« J'ai tout essayé avec toi. Je me suis battu pour que tu puisses t'en sortir, malgré nos circonstances. Mais, non, il faut toujours que tu n'en fasses qu'à ta tête. Ce besoin constant de te rebeller et de ne rien vouloir entendre. De ne jamais respecter les règles. De t'amouracher des pires tocards qui croisent ton chemin. Je pensais avoir tout vécu avec toi. Mais non, Ginevra. Tu m'as encore une fois prouvé que tu peux toujours aller plus loin dans la bêtise. T'affilier ainsi avec les Treize Sacrés ? Qu'est-ce que notre famille aurait pensé de ça ? » demanda-t-il, en secouant la tête, écœuré.
« Tu n'as pas le droit, Bill. Tu n'as pas le droit de les mentionner ainsi, simplement pour faire entendre tes opinions. Tu utilises notre famille à chaque fois pour me faire sentir coupable et manipuler mes sentiments ! » s'écria-t-elle, les larmes aux yeux. « Ce n'est pas juste. »
Elle s'avança vers lui, le pointant du doigt, désormais hors d'elle.
« Malgré ce que tu penses croire, tu n'es pas mon père. Je suis une adulte depuis des années, même si tu sembles incapable de l'accepter. Et je ne vais pas te laisser dicter ma vie indéfiniment, Bill. Ce sont mes choix, qu'ils te plaisent ou non. Je l'aime et tu ne pourras rien y faire. »
Elle n'avait pas prévu de se confesser ainsi, mais elle s'en moquait désormais. Bill afficha un air déstabilisé – probablement médusé de l'entendre admettre ses sentiments sans retenue. Et soudainement, ce fut une autre émotion qu'elle vit apparaitre sur le visage de son frère ainé. Un mélange de crainte et de désespoir.
« Il fait partie de ces gens qui nous méprisent et qui nous malmènent sans le moindre scrupule. Ils n'hésitent pas à nous tuer à la moindre contrariété. Nous n'avons pas de valeur à leurs yeux. Ne sois pas stupide, Ginny. Peu importe ce que tu penses ressentir pour cet homme, rien de bon ne pourra jamais en découler. » dit-il, d'une voix soudainement implorante.
C'était comme les mots de Ginny lui avaient fait réaliser l'ampleur de la situation. Il avait passé des années à tenter de contrôler la vie de de cette dernière. Sa relation avec son frère se résumait à un sentiment d'interdiction, d'injustice et d'enfermement. Elle n'avait pas l'impression d'avoir une voix en sa présence. Il ne valorisait pas la discussion, le compromis ou la compréhension. Elle devait lui obéir, que cela lui plaise ou non, sous seul prétexte qu'il était son frère ainé.
« Ce qu'ils ont fait à notre famille, Ginny... C'est à cause d'eux que notre famille a été décimée. Que tu as été arrachée des bras de ta mère alors que tu n'étais qu'une enfant... Et si nous n'avions pas été les seuls à survivre... »
Bill s'interrompit instantanément. Une lueur de panique apparut dans ses yeux, comme s'il prenait conscience des mots qu'il venait de prononcer. Son regard, craintif, se fixa sur Ginny qui s'était figée aux mots de son frère.
« Que... Qu'est-ce que tu viens de dire ? » bredouilla nerveusement Ginny. « Notre famille s'est enfuie. Ils sont tous à l'étranger. En sécurité. »
Le visage de Bill était devenu blanc.
« Bill ! Qu'est-ce que tu racontes ? » demanda Ginny, la voix tremblante, la gorge soudainement sèche. « Ils sont tous sains et saufs. Ils ont échappé à l'incendie. »
Elle avait prononcé ces mots avec une assurance feinte, comme si elle cherchait à se convaincre elle-même. Pourtant, face au silence alarmant de son frère, elle sentait son assurance fondre à vue d'œil, la panique s'insinuant à sa place.
« BILL ! » hurla-t-elle. « Réponds-moi ! »
Son mutisme l'angoissait davantage. Pourquoi ne confirmait-il pas ses dires ? Pourquoi la laissait-il dans ce doute soudain et infondé ?
« J'ai... J'ai menti, Ginny. »
Sa colère avait soudainement disparu, remplacée par la crainte et la honte. Jamais elle ne l'avait vu ainsi. Il ressemblait à un enfant effrayé et perdu. Elle ne reconnaissait plus son frère.
« Je ne comprends pas ce que tu es en train de dire. » bredouilla Ginny.
« Je... J'ignore ce qu'il leur est arrivé. » murmura Bill d'une voix éteinte, sa voix tremblante. « Je t'ai menti... Je ne les ai pas vus s'enfuir. »
« Q… Quoi ? » bredouilla Ginny.
« Cette nuit-là, je me suis endormi dans l'atelier de papa, ivre mort. Des hurlements... leurs hurlements m'ont réveillé. Je me suis aperçu que le Terrier était en feu. Les flammes étaient en train de tout ronger. Je me suis précipité dans la maison et je t'ai trouvée. » raconta-t-il.
Ses traits étaient tirés, comme s'il se remémorait un souvenir traumatisant.
« Tout tombait en ruines, je n'arrivais plus à respirer, et tu étais inconsciente. J'ai réussi à te sortir de là, mais je n'ai rien pu faire d'autre pour aider les autres. Les Mangemorts étaient partout. » se souvint-il, la voix désormais brisée.
Il leva un regard larmoyant vers Ginny.
« Je... Je t'ai menti toutes ces années. Je ne voulais pas que tu portes le même fardeau que le mien. Celui de ne pas savoir ce qui leur était arrivé. Te faire croire qu'ils s'en étaient tous sortis et qu'ils s'étaient réfugiés à l'étranger était plus simple. Je comptais te révéler la vérité une fois que tu serais plus âgée. Mais je n'ai jamais trouvé le courage de le faire. Je suis tellement désolé, Ginny. Je... J'ignore ce qu'il leur est arrivé. J'ignore s'ils ont survécu. Ou s'ils sont morts. » confessa Bill, rongé par la culpabilité.
Son visage, marqué par la honte, était ruisselant de larmes. Elle n'avait jamais vu son frère pleurer.
« Ils ont tout brulé… Ils ont tout brulé. » murmura inlassablement Bill entre ses sanglots.
Il semblait en état de choc, presque en transe. Son regard était vague et absent, comme s'il était perdu dans un souvenir déchirant, surgi du passé. Ginny garda le silence. Elle cligna des yeux, son visage traduisant la confusion, tandis qu'elle observait son frère sangloter comme un enfant. Son cerveau était embrouillé, comme s'il refusait d'enregistrer ce qu'elle venait d'entendre. Il refusait de comprendre la portée et les implications du récit de son frère. Ses jambes se mirent à chanceler de façon incontrôlée. Une douleur perçante irradiait son abdomen. Quelque de déchirant, difficile à décrire. Elle avait le sentiment d'étouffer.
Elle tituba vers la table la plus proche, plaquant ses paumes sur le bois lisse, tentant de rétablir le rythme de sa respiration, devenu erratique. Bill, le visage toujours ruisselant de larmes, esquissa un geste pour s'approcher d'elle, mais Ginny le repoussa vivement, poussant un cri déchirant.
« Ne me touche pas ! » tonna-t-elle dans sa direction, sa voix se brisant en sanglots. « Comment as-tu pu… »
Elle fut incapable de terminer sa phrase. Un long gémissement plaintif lui échappa.
« Va-t'en. » articula-t-elle péniblement.
« Ginny… » commença Bill.
« SORS D'ICI ! » hurla-t-elle avec fureur.
Il resta immobile, choqué par sa réaction.
« Je… Je regrette, Ginny. » murmura-t-il.
Ginny garda son regard obstinément rivé dans une autre direction, incapable de supporter sa vue une seconde de plus. Devant ce silence glacé, Bill tourna les talons et se dirigea vers la porte, résigné. Une fois seule, Ginny s'effondra au sol, laissant libre cours à ses pleurs. Elle se courba en avant, saisie de sanglots violents, sa respiration entravée. Un torrent de larmes dévalait sur ses joues, tachant le sol sous elle.
Malgré tragédie qui avait traumatisé son enfance, elle avait toujours trouvé du réconfort dans l'idée que sa famille était saine et sauve, quelque part. Elle s'était même considérée chanceuse, comparée à bien d'autres familles dont le sort avait été plus tragique. Cela l'avait aidée à surmonter la séparation et la solitude.
Ce réconfort n'était pourtant basé que sur un mensonge éhonté de la part de son frère. L'idée que le reste de sa famille ne soit plus en vie n'avait jamais effleuré l'esprit de Ginny. Avant ce jour, elle n'avait jamais envisagé cette possibilité, même pendant l'espace d'une seconde. Les choses auraient été différentes si elle avait eu des doutes. Elle aurait tenté de faire son deuil, malgré l'incertitude. En lui mentant ainsi, Bill ne lui avait même pas accordé ce droit. Encore une fois, il avait pris une décision pour elle, sur un sujet crucial.
Sa poitrine l'oppressait. Elle voulait hurler sa douleur au monde, mais elle ne parvenait qu'à émettre des gémissements plaintifs, ses sanglots reprenant le dessus. Sa famille avait-elle donc péri dans cet incendie dévastateur ? Ou certains d'entre eux avaient-ils pu échapper à ce destin tragique ?
Combien de temps resta-t-elle ainsi, assaillie par un déluge de pensées douloureuses, elle l'ignorait. En proie au désarroi, elle repassait en boucle les événements des années passées, cherchant à donner un sens au mensonge de Bill. Recroquevillée sur le sol, entre ses sanglots, elle murmurait leurs prénoms d'une voix implorante, comme dans une tentative désespérée de se faire entendre.
Ses parents… Charlie… Percy… Fred… George… Ron…
Les visages qu'elle avait autrefois conçus dans son esprit prenaient vie, des images modelées à partir des années passées à les envisager dans leur nouvelle existence. Elle s'était souvent demandée si Bill et elle occupaient leurs pensées. S'ils cherchaient un moyen de les retrouver, ou de les aider. Le sentiment d'être présente dans leurs pensées, aussi distantes soient-elles, avait été son ancre et l'avait aidé à traverser bien des épreuves. Découvrir que cela n'avait été qu'une tergiversation éphémère et inutile de sa part était déchirant.
Ses vœux prononcés dans le voile de la nuit noire, ses prières murmurées dans le sanctuaire de son cœur durant toutes ces années, n'étaient que des mots vains perdus dans l'écho du silence. Elle ne savait même pas si elle aurait préféré demeurer dans l'ignorance plutôt que d'apprendre la cruelle vérité. Elle avait été dupée pendant la majorité de sa vie. Être dans l'incertitude était douloureux. Le doute était insupportable. Était-ce pour la protéger de ce tourment que Bill lui avait menti si longtemps ? À voir sa réaction, le secret avait été un fardeau pour lui aussi. Non, décréta-t-elle. Il avait menti par commodité. Par égoïsme. Par lâcheté. Elle se moquait de ses raisons. Il n'avait aucune excuse valable.
Dans un bref moment de lucidité, Ginny se redressa. Tâtonnant sur la table, elle attrapa son sac posé à l'angle et s'empara de son miroir à double sens. Le cœur lourd et les mains tremblantes, elle activa le miroir, décidée à contacter la seule personne qui pourrait lui apporter un semblant de réconfort à cet instant. Lorsque le visage de Draco apparut dans le reflet, elle fit un effort surhumain pour articuler des mots intelligibles à travers ses sanglots étouffés.
« J'arrive. » furent les seuls mots que Draco prononça devant sa mine éplorée.
Ginny eut la sensation que seule une poignée de secondes s'était écoulée lorsque la sonnerie de l'appartement retentit. Que cela ait duré dix secondes, dix minutes ou même une heure, elle n'aurait su le dire. Elle avait perdu toute notion de temps.
Elle était toujours au sol, ses paumes rivées sur le parquet lustré, ses larmes coulant inlassablement. Elle se releva difficilement et d'un pas chancelant, se traîna vers la porte d'entrée qu'elle ouvrit d'un geste fébrile. À la vue du visage préoccupé de Draco, elle éclata de nouveau en larmes. Ses sanglots redoublèrent d'intensité alors qu'elle s'effondrait dans ses bras.
Draco la serra fort contre lui et elle se cramponna à lui comme à une bouée de sauvetage, convaincue qu'elle se désagrégerait s'il ne la tenait pas. Draco prit son visage baigné de larmes entre ses mains, la scrutant avec une inquiétude évidente.
« Ginevra, ma chérie… » murmura-t-il, alarmé. « Que s'est-il passé ? »
« B… Bill... Il… m'a menti… » réussit-elle à articuler, une boule obstruant sa gorge. « Tout ce temps… Ma… famille… Il ne sait pas ce qu'il leur est arrivé pendant l'incendie… Il ne sait pas s'ils sont… S'ils sont… »
Elle ne parvint pas à prononcer le mot. Elle sanglota contre le torse de Draco, ses doigts agrippant désespérément sa chemise. Il ne sembla pas avoir besoin d'explications plus claires pour saisir la gravité de la situation. Ginny le sentit passer un bras sous ses genoux et la soulever. Elle s'accrocha à lui comme si sa vie en dépendait, enfouissant son visage dans le creux de sa nuque.
Elle sentit qu'ils se déplaçaient mais ne réalisa ce qui se passait que lorsqu'elle toucha la douceur familière des draps de son lit. Elle se recroquevilla sur elle-même, serrant son oreiller, ses yeux tellement embués qu'elle ne distinguait même pas le visage de Draco. Assis au bord du lit à ses côtés, il caressa ses cheveux d'un geste apaisant.
Au fil des heures, Ginny fut en proie à un chagrin inconsolable. Ses pleurs semblèrent inépuisables et un mal de tête lancinant s'empara d'elle, l'assommant presque. Finalement, la fatigue prit le dessus et elle succomba à un sommeil léger et entrecoupé. Par moments, elle émergeait brièvement, des sanglots incessants ponctuant ces éphémères éveils. Durant l'une de ces courtes périodes de lucidité, elle remarqua l'absence de Draco à ses côtés sur le lit. Il se tenait dans le cadre de la porte de la chambre, le dos tourn, fixant intensément son miroir à double sens.
« Elle devait se rendre au ministère aujourd'hui, mais elle n'est pas en état d'aller où que ce soit. » l'entendit-elle Draco déclarer. « Peux-tu faire en sorte de les contacter ? »
Un silence pesant suivit, durant lequel Ginny supposa que son interlocuteur était en train de répondre, bien qu'elle ne puisse pas l'entendre.
« Je ne sais pas, Pansy. Vois-ça avec ton assistante et trouvez une solution. » dit Draco, un soupçon d'exaspération affleurant dans sa voix.
Il jeta un regard par-dessus son épaule et croisa celui de Ginny. L'expression de son visage s'adoucit et il referma la porte derrière lui, pour qu'elle ne puisse pas entendre le reste de la conversation. Ginny laissa sa tête retomber dans sa position initiale, les yeux fixés vers la fenêtre. Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit et Draco fut de retour, reprenant sa place au bord du lit, l'observant avec attention. Elle tenta de se redresser, frottant doucement ses yeux rougis et irrités.
« Reste allongée. » ordonna Draco. « L'assistante de Pansy va contacter le ministère pour les informer de ton absence. »
Ginny hocha la tête, soulagée. Elle était supposée se rendre au cabinet de la gouverneure Warrington, comme chaque début de semaine. Elle était reconnaissante que Draco ait pris les devants. L'idée même de devoir les contacter pour annoncer son absence l'angoissait. Elle doutait de sa capacité à aligner deux phrases cohérentes sans fondre en larmes.
« Merci… » murmura-t-elle du bout des lèvres.
« Ce n'est rien. » assura Draco.
Elle vit dans son regard qu'il hésitait à la questionner. Elle pouvait comprendre son hésitation. Depuis plusieurs heures, Ginny n'avait prononcé que des mots inintelligibles, et Draco n'avait posé aucune question, se contentant de la consoler silencieusement. Il était rare de le voir indécis, mais la détresse de Ginny était suffisamment intense pour le déstabiliser. Prenant une profonde inspiration pour se donner du courage, Ginny commença à lui raconter sa confrontation avec Bill. Elle décrivit comment il les avait surpris en bas de son immeuble, leur dispute, et enfin, la terrible révélation sur le sort de leur famille. Ses pleurs redoublèrent d'intensité en évoquant ce dernier point, et Draco afficha une expression grave.
« Toutes ces années, je croyais qu'ils étaient en sécurité, qu'ils cherchaient peut-être désespérément à avoir de nos nouvelles.… Alors qu'il y a de grandes chances qu'ils soient… »
Elle laissa le mot en suspens, incapable de le prononcer. Draco l'attira de nouveau dans une étreinte et elle se blottit contre lui, désorientée et abattue.
« Comment a-t-il pu me cacher ça ? » murmura Ginny, bouleversée. « Il m'a menti délibérément… »
« Peut-être pensait-il que tu étais trop jeune pour comprendre. »
« J'avais le droit de savoir. C'est aussi ma famille. » rétorqua-t-elle, une pointe de colère transparaissant dans sa voix.
Draco ne la contredit pas. Après un long silence, Ginny demanda :
« Crois-tu qu'il y ait un moyen de découvrir ce qui s'est réellement passé cette nuit-là ? Les Mangemorts ont peut-être donné des informations à leurs supérieurs après l'attaque, non ? » demanda-t-elle d'une voix désespérée, à la recherche du moindre indice qui pourrait éclairer la situation.
Ginny ne supportait pas l'idée de ne pas savoir avec certitude. Si ses proches n'étaient plus de ce monde, elle voulait en avoir la confirmation. C'était la seule manière de pouvoir faire son deuil. Elle n'avait jamais eu de raison de douter des dires de son frère sur le sort de leur famille. Si elle avait eu le moindre soupçon, elle aurait tout fait pour obtenir des informations. Face à la mine hésitante de Draco, Ginny comprit qu'il craignait qu'elle se fasse de faux espoirs.
« Je l'ignore. Mais je vais me renseigner. » dit-il finalement.
Elle hocha la tête, reconnaissante. À l'aide de sa manche, elle essuya ses yeux endoloris.
« Ta réunion. » chuchota-t-elle.
Draco devait assister à une réunion importante avec le conseil d'administration de Machinations Malforescentes aux côtés de sa mère. La veille, il lui avait expliqué qu'il passerait la soirée à préparer ce rendez-vous, qui devait se tenir dans la matinée. Pourtant, lorsque Ginny l'avait appelé au beau milieu de la nuit, il était arrivé sans tarder, ne posant aucune question. Draco jeta un coup d'œil rapide à sa montre.
« J'ai encore une heure devant moi. J'ai demandé à Pansy de te tenir compagnie pendant mon absence. Je ne serai pas long. » indiqua-t-il.
« Non... Tu ne devrais pas te presser à cause de moi. » murmura-t-elle avec culpabilité.
Elle ne voulait pas le mettre en difficulté avec Narcissa. Elle savait que la réunion était importante. Ginny se rappelait des paroles que Narcissa avait prononcées à son égard lors de leur trajet en diligence quelques semaines auparavant. Elle lui avait bien fait comprendre qu'elle n'accepterait pas que Draco néglige ses responsabilités à cause d'elle.
Ginny savait que s'ils n'obéissaient pas aux règles que sa mère avait établies, ils s'exposeraient à son courroux. Elle ne souhaitait pas aggraver les choses. Une paix précaire avait récemment été établie et elle craignait de perdre l'approbation de Narcissa. Après avoir appris ce qui était arrivé à sa famille, elle ne supporterait pas de perdre Draco. Même si elle avait besoin de sa présence plus que jamais, elle ne voulait pas risquer de provoquer la colère de la matriarche Malfoy. Elle savait de quoi elle était capable.
« Ne dis pas de bêtises, Ginevra. Tu penses vraiment que je vais te laisser dans cet état ? Je vais terminer cette réunion au plus vite et revenir. » décréta-t-il avec fermeté.
« Mais ta mère… » commença à protester Ginny.
« Devra s'y faire. » coupa-t-il d'un ton qui n'admettait pas de réplique. « Elle m'a demandé de participer à la réunion et c'est ce que je vais faire. Je n'ai pas besoin de m'y éterniser. »
Ginny hocha la tête, sans insister davantage. Elle devait admettre que l'entendre lui dire qu'il resterait à ses côtés lui procurait un immense soulagement. Quelques instants plus tard, la sonnerie de l'appartement retentit et Draco quitta la pièce pour ouvrir la porte. À son retour dans la chambre, il était accompagné d'un visage familier. Pansy se rua aux côtés de Ginny et l'étreignit fermement.
« Oh chaton… Je suis tellement désolée. » murmura-t-elle contre son oreille.
Ginny sentit à nouveau ses yeux se remplir de larmes et elle posa sa tête contre l'épaule réconfortante de la jeune femme.
« Merci Pansy. »
« Pourquoi ne prendrais-tu pas un bain pendant que Waterford et moi préparons quelque chose à manger ? J'ai apporté des huiles relaxantes. » dit Pansy.
Ginny hocha la tête, sans chercher à contester. Elle savait que résister était peine perdue avec la jeune femme. D'un air absent, elle observa Pansy quitter la pièce, criant le nom de son elfe de maison.
« Je serai de retour dès que possible. » lui assura Draco.
Il effleura son front de ses lèvres avant de quitter la pièce à son tour.
Ginny resta immobile pendant de longues minutes, les yeux fixés sur le mur face à elle, complètement déconnectée de son environnement.
« Votre bain est prêt, Miss Weasley. » annonça une petite voix, l'extirpant de son état léthargique.
Ginny tourna la tête et croisa les yeux globuleux de Waterford, l'elfe de maison de Pansy. Il l'aida à se relever et, tel un automate, Ginny se dirigea vers la salle de bain. La baignoire débordait d'une eau fumante, dégageant une douce odeur herbacée. Elle se déshabilla avant de s'immerger dans le bain.
Dès le premier contact avec l'eau, ses muscles tendus se décontractèrent. Elle ferma les yeux, submergeant son visage sous l'eau. Elle resta ainsi de longues secondes, en apnée, goûtant à un silence absolu. Elle émergea enfin, prenant une position assise et ramenant ses genoux contre sa poitrine, entourant ses jambes de ses bras, le menton posé sur ses genoux.
Waterford fit plusieurs apparitions pour s'assurer que l'eau restait à une température optimale. Ginny suspecta Pansy d'avoir ordonné à l'elfe de veiller sur elle. Lorsqu'elle sortit finalement du bain, Ginny réalisa que son esprit était un peu plus tranquille, sans doute grâce aux huiles essentielles versées dans l'eau. Connaissant Pansy, elle n'aurait pas été étonnée qu'elles contiennent l'une de ses substances 'spéciales'. Elle revêtit des vêtements confortables avant de rejoindre la cuisine.
Une odeur alléchante de nourriture emplissait l'air, mais Ginny sentait son estomac noué par l'anxiété. Quand Pansy posa une assiette bien garnie devant elle, Ginny la regarda sans entrain.
« Mange. » ordonna Pansy d'un ton ferme, qui s'était installée à ses côtés. « Tu n'es pas obligée de finir, mais avale quelque chose. »
Ginny saisit sa fourchette et commença à piquer machinalement dans son assiette. Malgré la qualité indéniable du plat, chaque bouchée lui semblait insipide et lui donnait l'impression d'avaler du sable tant sa gorge était desséchée. Pansy resta silencieuse – une situation extrêmement rare pour elle - et Ginny lui en fut secrètement reconnaissante. Elle ne se sentait pas d'humeur à parler et sa gorge était irritée après tant de larmes.
Comme il l'avait promis, Draco fut de retour deux heures plus tard. Ginny le vit échanger un bref regard avec Pansy. Cette dernière étreignit longuement Ginny avant de quitter l'appartement, probablement pour se rendre à la rédaction de Sorcière-Hebdo. Elle lui assura que Romilda et elle s'occuperaient de tout et qu'elle n'avait à se soucier de rien. Draco prit sa place sur le siège du comptoir de la cuisine, à côté de Ginny.
« J'ai demandé à ma mère si elle pouvait obtenir des informations sur le jour de l'incendie de votre maison. » lui expliqua-t-il.
Surprise, Ginny écarquilla les yeux. Quand elle avait sollicité son aide, quelques heures plus tôt, elle n'avait pas imaginé qu'il se mettrait à l'œuvre aussi rapidement. Elle se demanda comment Narcissa avait réagi à son départ précipité pendant la nuit alors qu'ils étaient censés préparer ensemble leur réunion. Elle espérait que tout s'était bien passé, et qu'elle n'aurait pas à subir les conséquences de la colère de cette dernière.
« Merci. » chuchota-t-elle, reconnaissante.
Draco se contenta de hocher la tête, prenant sa main dans la sienne dans un geste réconfortant. Une vague de gratitude submergea Ginny tandis qu'elle entremêlait ses doigts aux siens. Elle ne savait pas comment elle aurait agi sans sa présence à ses côtés. Il n'avait pas hésité une seconde à délaisser ses responsabilités, malgré leur importance, pour être avec elle.
Parfois, Ginny ressentait une inquiétude tenace à propos de leur relation et de ce qu'elle pourrait espérer pour leur avenir. Elle craignait d'être pour lui une simple distraction, un caprice passager. Draco n'était pas du genre à exprimer ses sentiments, ce qui ne faisait qu'accroître ses incertitudes.
Cependant, elle devait admettre que ses actions étaient bien plus éloquentes que n'importe quelles paroles qu'il aurait pu prononcer. Elles prouvaient qu'elle comptait pour lui, et cela ne faisait qu'intensifier ses sentiments pour lui.
Même si l'idée d'obtenir confirmation du sort tragique de sa famille la terrifiait, elle savait que Draco serait là pour l'aider à surmonter n'importe quelle épreuve. Cette pensée lui apportait un immense réconfort.
/
Lorsqu'il regagna la Chaumière aux Coquillages, Bill se dirigea immédiatement vers la chambre à coucher. Il se laissa tomber sur le bord du lit et enfouit sa tête dans ses mains, tiraillé. À son passage dans le living-room du cottage, Fleur lui avait jeté un regard interrogateur. Il était rare que Bill se montre ainsi bouleversé. Il avait toujours su maîtriser ses émotions, une discipline qu'il s'imposait pour le bien de sa famille. Fleur avait un tempérament anxieux et la sérénité de Bill l'aidait à prendre du recul sur les choses. Il était conscient que son désarroi apparent ne ferait qu'accentuer l'inquiétude de Fleur. Dans d'autres circonstances, il aurait dissimulé son trouble. Cependant, la gravité de la situation lui échappait totalement. Il n'avait même pas daigné répondre aux questions de sa femme, se contentant de lui tendre la peluche de Victoire avant de grimper à l'étage, sans prononcer le moindre mot.
Dans son esprit, Bill revoyait encore la mine dévastée de Ginny. Réaliser qu'il était la cause de son affliction le rongeait de l'intérieur. Il pouvait sentir le monstre de culpabilité lui tordre le ventre. Il s'en voulait d'avoir cédé à sa faiblesse et de lui avoir révélé la vérité. Durant toutes ces années, il avait tout mis en œuvre pour la protéger. Il était la seule famille qui lui restait et il avait pris son rôle de grand frère à cœur, parfois au détriment de leur relation. Il s'était toujours persuadé que c'était un sacrifice nécessaire, que Ginny comprendrait ses motivations une fois qu'elle serait devenue adulte. Il s'était pourtant fourvoyé. Son attitude envers elle n'avait fait que creuser un fossé entre eux. Il savait qu'elle le craignait comme on craignait un parent sévère. C'était pour cette raison qu'elle n'avait jamais été à l'aise à l'idée de se confier à lui en grandissant, préférant même se livrer à Fleur. Elle s'était toujours montrée cachotière pendant son adolescence et préférait faire les choses en secret. Cela n'avait fait qu'accroître la frustration de Bill qui avait alors adopté une attitude plus stricte en retour. Un cercle vicieux. S'il s'était montré plus souple, peut-être aurait-elle été plus disposée à communiquer avec lui. L'échec de son approche lui avait explosé en pleine face aujourd'hui.
La colère de Bill, à l'annonce de la liaison de sa sœur avec un membre des Treize sacrés, l'avait aveuglé. À tel point qu'il avait laissé de côté sa discipline habituelle et prononcé les mots qu'il s'était juré de garder enfouis à jamais.
Ginny n'aurait jamais dû apprendre la vérité d'une manière si brutale.
Bill s'était toujours efforcé d'être un homme fiable, intègre, doté d'un sens aiguisé des responsabilités. Cela n'avait pas toujours été simple, mais il s'était imposé comme une figure forte et compétente pour toutes les personnes qui comptaient sur lui. En tant qu'homme et chef de famille, il avait le devoir d'être un pilier constant sur qui ses proches pouvaient s'appuyer. Cela impliquait de ne pas se laisser emporter par ses émotions et d'occulter sa vulnérabilité.
L'éclatement de la vérité sur la double vie de sa petite sœur avait fait ressurgir les peurs les plus profondes de Bill. En fréquentant un homme du rang de Draco Malfoy, Ginny se mettait en péril sans même en prendre conscience. Elle ignorait de quoi ces gens étaient vraiment capables. Pire encore, elle mettait le reste de sa famille en danger, ravivant de vieux souvenirs enfouis qui continuaient de le hanter.
Suite à l'incendie qui avait décimé leur famille et réduit en cendres leur demeure d'enfance, Bill avait fait le serment de protéger Ginny coûte que coûte. À l'époque, Ginny n'était âgée que de six ans, lui de dix-sept. Dans les années qui avaient suivi ce drame, chaque décision qu'il avait prise avait été guidée par cette promesse.
Malgré la difficulté de leur situation dans un régime qui les classifiait comme des êtres de second rang, Bill s'était battu pour offrir à sa sœur une existence décente, bien loin de ce à quoi étaient généralement condamnés des orphelins de leur statut. Il avait travaillé sans relâche au fil des ans, cumulant parfois plusieurs emplois, se livrant à des tâches ardues et ingrates sans jamais se plaindre.
Les Diggory avaient paru impressionnés par le dévouement de Bill, son sens des responsabilités et son travail acharné. Grâce à sa ténacité, il avait finalement réussi à gagner son indépendance et à financer un logement modeste pour lui et Ginny, peu après l'entrée de celle-ci à Néréide. Malgré l'insistance des Diggory qui assuraient qu'ils étaient ravis de les héberger, Bill n'avait pas voulu abuser de leur gentillesse et de leur hospitalité.
Tout l'entourage de Bill s'accordait à dire qu'il était un homme fiable, un pilier sur lequel on pouvait s'appuyer. Ils ignoraient cependant tous que cela n'avait pas toujours été le cas. Cette image de lui était le fruit d'une douloureuse repentance, conséquence d'une erreur passée qu'il regretterait sans doute jusqu'à son dernier souffle.
Seize ans plus tôt
« Cul-sec, cul-sec, cul-sec ! » s'écrièrent des voix enthousiastes, résonnant dans l'intérieur du Nid de Licheur, un pub défraichi mais accueillant.
C'était le seul établissement des environs qui offrait un semblant de divertissement. Comme à l'accoutumée, il était plein à craquer, rassemblant une foule hétéroclite dans son enceinte décrépie. La plupart des commerces des villages voisins avaient fermé boutique, chassés par l'insécurité rampante qui gangrenait la région depuis plusieurs mois. Le régime de Voldemort multipliait ses invasions sauvages dans les environs, terrorisant les habitants. Les rumeurs prétendaient même que certains villageois collaboraient en secret avec les envahisseurs.
Une poignée de courageux se dressait cependant contre la menace de l'envahisseur, faisant front pour empêcher les Mangemorts d'obtenir le contrôle sur la région. Arthur Weasley, le père de Bill, était un membre actif de cette rébellion. Sa famille devait faire preuve de discrétion pour éviter l'attention indésirable.
Molly, la mère de Bill, était assaillie par l'angoisse de voir du mal arriver à sa famille. Le couvre-feu imposé depuis quelques semaines, qui commençait dès vingt-et-une heure, ne faisait qu'ajouter à ses soucis. En tant qu'aîné, Bill se voyait parfois imposer une pression colossale pour veiller sur ses frères et sa sœur plus jeunes. De lui, on attendait l'exemplarité, une responsabilité qu'il ne prenait pas réellement à cœur.
Comme tous les adolescents de dix-sept ans, Bill préférait s'amuser avec ses amis, se livrer à la fête dans les pubs ou dans les petites cabanes abandonnées de la plaine, ignorant les remontrances et les demandes incessantes de ses parents et des benjamins du clan Weasley. Parfois, il trouvait sa famille oppressante. Il n'avait qu'une envie - être loin d'eux. Il se contentait des quelques heures de liberté qu'il pouvait s'octroyer de temps à autre.
Malgré le couvre-feu, Bill et ses amis se retrouvaient en secret pour passer leurs soirées ensemble, finissant généralement dans des états d'ébriété avancés. C'était devenu presque une compétition : qui finirait dans l'état le plus pitoyable ? Quelques jours plus tôt, Fred et George l'avaient surpris alors qu'il rentrait discrètement aux aurores, grimpant à l'arbre qui menait à sa chambre. Pour acheter leur silence, Bill leur avait cédé son précieux scrutoscope de poche.
Les jumeaux étaient tellement infernaux, parfois.
À l'occasion, Bill utilisait la goule du grenier pour feindre sa présence dans sa chambre, lui permettant ainsi de se faufiler hors du Terrier lorsque toute la maisonnée se retirait pour dormir.
« Cul-sec, cul-sec, cul-sec ! » continuaient de marteler les voix de ses amis.
Galvanisé par leurs encouragements, Bill esquissa un sourire en coin avant de saisir le premier shot d'eau glousseuse devant lui. Six autres l'attendaient. Il ingurgita le premier et un gloussement ridicule s'échappa de sa gorge, provoquant l'hilarité de ses amis. Il enchaîna vaillamment les six autres, grimaçant après chaque gloussement, renforçant l'hilarité ambiante.
Le résultat d'un pari stupide. Bill était sérieusement ivre et il ne se rappelait même plus des détails de celui-ci. Il ne se souvenait que de sa défaite et de la conséquence – avaler toutes ces eaux glousseuses. Il prit conscience de son ivresse excessive en se levant, se balançant légèrement, les yeux voilés. La propriétaire du pub, une femme au visage sévère et à la moustache hirsute, vociférait pour faire sortir les derniers clients récalcitrants. Chaque soir, à la fermeture de l'établissement, elle devait les chasser à grands cris.
Bill se sépara de ses amis quelques mètres plus loin, empruntant le chemin tortueux qui menait au Terrier, situé à deux kilomètres du pub. Un trajet qui normalement lui aurait pris vingt minutes, se transforma en un parcours éprouvant de quarante minutes. Il fut même contraint de s'arrêter pour vomir dans un buisson. Ce dernier secoua vigoureusement ses feuilles, visiblement mécontent d'avoir été utilisé comme des toilettes de fortune.
Bill aperçut finalement le Terrier. L'endroit paraissait plus silencieux qu'à l'accoutumée. Même les créatures qui peuplaient généralement le potager et le marais alentour semblaient absentes. Chancelant, il enjamba le petit portail branlant et traversa le potager grouillant de citrouilles. Il savait qu'il était trop ivre pour tenter une ascension discrète dans l'arbre qui menait jusqu'à sa chambre. Son vieux balai était cassé et il n'avait pas récolté suffisamment d'argent pour le remplacer.
Il opta donc pour l'atelier de son père, non loin de la maison. Parfois, après des soirées trop arrosées, il y trouvait refuge pour quelques heures, le temps de dessouler. Il était souvent trop épuisé pour chasser la goule de sa chambre sans faire de bruit. Cette dernière, devenue capricieuse et récalcitrante, semblait préférer le confort de la chambre de Bill à la froideur du grenier.
Une fois dans l'atelier, il s'écroula sur un vieux fauteuil à massage moldu que son père avait réussi à rafistoler à l'aide de quelques sorts. Les massages n'étaient pas des plus agréables. Le fauteuil avait la fâcheuse tendance à donner des coups dans le dos de la personne qui osait s'y assoir. Arthur soutenait que c'était ainsi que les moldus aimaient leurs massages.
À peine Bill ferma-t-il les yeux, qu'il s'endormit aussitôt. Il fut brutalement tiré de son sommeil profond par un vacarme de craquements et de bruissements. Il avait l'impression de n'avoir fermé les yeux que quelques instants. Et c'était probablement le cas, pensa-t-il en jetant un coup d'œil à la fenêtre. Il faisait encore nuit. Une autre lueur étrange attira son attention. Se frottant les paupières, il s'approcha de la fenêtre. Ses yeux s'élargirent d'horreur devant le spectacle qui s'offrait à lui.
Le Terrier était en flammes.
Des flammes voraces d'une intensité qu'il n'avait jamais vue auparavant. Il se précipita hors de l'atelier, tous ses sens en alerte, le cœur battant la chamade. Saisi de panique, Bill se mit à courir vers la maison. Les flammes semblaient surnaturelles, se mouvant de manière intentionnelle, donnant presque l'impression d'être vivantes.
Des cris déchirants parvinrent à ses oreilles alors qu'il approchait de la maison et il sentit son estomac se retourner. Les cris de sa famille. Horrifié, il constata que les flammes avaient atteint l'entrée de la maison. Une fumée sulfureuse émanait de toutes parts, entravant sa vision. Épouvanté, Bill se protégea le visage d'un bras, regardant frénétiquement autour de lui.
Il se mit à hurler les noms de ses parents, de ses frères, de Ginny, impuissant devant la scène, courant à toute allure autour de la maison pour tenter de trouver une entrée ou de voir si quelqu'un avait réussi à s'échapper. Il remarqua que le feu n'avait pas encore atteint la porte arrière qui menait à la cuisine et s'y précipita pour la pousser de toutes ses forces. La porte s'ouvrit sans résistance et il pénétra dans la cuisine en flammes. Horrifié, il regarda les souvenirs de sa famille s'effondrer au sol, réduits en cendres par l'incendie dévastateur. Il zigzagua entre les meubles enflammés pour rejoindre le salon. L'accès à l'escalier était barré par des flammes qui s'élevaient jusqu'au plafond, bloquant tout passage vers l'étage supérieur. Ce feu n'était pas naturel, réalisa-t-il avec horreur. Il formait presque une grille devant l'escalier, interdisant tout passage. Aucun de ses sortilèges pour conjurer de l'eau n'était efficace contre ces flammes. Cela ne pouvait être que de la magie noire.
Soudain, une poutre enflammée s'effondra et Bill se jeta de côté pour l'éviter. Elle ne le toucha qu'au niveau du visage. Poussant un hurlement, il sentit une brûlure profonde sur sa tempe et sa joue. Il n'eut toutefois pas l'occasion de se concentrer sur la douleur.
Il venait d'entendre des toussotements et il se tourna vivement. Il aperçut une petite silhouette recroquevillée près d'un fauteuil.
« Ginny ! » hurla-t-il en direction de sa petite sœur.
Poussé par l'adrénaline, il se précipita vers elle, sautant par-dessus la barrière enflammée qui divisait le salon et le hall. Il attrapa Ginny et la serra contre lui, un soulagement écrasant l'envahissant. La fillette toussotait violemment, ses poumons emplis de la fumée suffocante. Comment était-elle arrivée ici ? Bill l'ignora, mais il remercia silencieusement Merlin. Ses yeux parcoururent fébrilement l'environnement. Il comprit avec désespoir qu'il ne pouvait rien faire de plus. L'accès aux étages et au reste de la maison était bloqué. Il devait avant tout garantir la sécurité de Ginny. Il espérait que les autres aient pu trouver un moyen de s'échapper de la maison. Bill fit demi-tour, tenant Ginny fermement contre lui et retraça précipitamment ses pas, repoussant brutalement la porte pour quitter la maison. Il avait retenu sa respiration pendant ces dernières minutes interminables et prit une grande bouffée d'oxygène à peine eut-il franchi le seuil.
Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'ils n'étaient pas seuls. Son sang se glaça lorsqu'il constata que des individus encapuchonnés encerclaient la maison en flammes. Leurs visages étaient tous dissimulés derrière des masques effrayants. Il les reconnut immédiatement.
Des Mangemorts.
Les soldats du régime de Voldemort, réalisa-t-il, terrifié. Toute sa vie, Bill avait entendu des récits sur ces figures terrifiantes masquées. Les histoires n'avaient pas exagéré. Ils étaient plus intimidants en personne. Son cerveau se mit à tourner à plein régime. Ce feu n'était pas un accident, mais l'œuvre délibérée des Mangemorts. Ils avaient orchestré l'attaque. L'un d'eux avança, sa baguette magique pointée sur Bill, adoptant une posture menaçante. Bill se figea, l'estomac noué par la peur.
« Par pitié, épargnez-nous. » implora-t-il d'une voix tremblante, étreignant Ginny contre lui.
L'homme masqué resta silencieux. Cependant, Bill vit un éclair lumineux jaillir de sa baguette et le frapper de plein fouet. Il s'effondra à genoux, comme au ralenti, perdant l'usage de ses membres. Il fut forcé de lâcher Ginny, qui s'écroula inconsciente à ses côtés.
Bill réalisa qu'il était toujours conscient, mais que son corps refusait de répondre. Dos contre le sol boueux, incapable d'émettre le moindre son, il observa impuissant sa maison se faire dévorer par les flammes. Dans le ciel, il distingua le sinistre signe de la tête de mort verte, un serpent s'échappant de sa bouche. Sa respiration devint laborieuse, ses poumons emplis de fumée toxique. Il sombra alors dans l'inconscience.
Lorsque Bill recouvra ses esprits, une panique viscérale le saisit. Se redressant péniblement, il inspira profondément, sa gorge écorchée par l'air vicié. Il lui fallut un moment pour reprendre un rythme respiratoire normal. Un large bandage couvrait une partie de son visage, brulée par la poutre enflammée qui était tombée sur lui.
Autour de lui, le chaos régnait en maître. Il était entouré par une infirmerie improvisée dans un campement de fortune, en pleine nature. Des blessés gisaient sur des brancards, d'autres à même le sol, tous gémissants et pleurant. Des soignants en uniformes pourpres et turquoises se démenaient auprès d'eux. Probablement des guérisseurs sous les ordres du régime, se dit-il. Cela faisait bien longtemps que la région ne disposait plus de véritable personnel hospitalier. Les zones encore libres n'avaient guère d'infrastructures et faisaient avec les moyens du bord. Un ami d'Arthur officiait comme Médicomage. Ils survivaient avec des moyens limités, en tentant de contenir l'avancée du régime de Voldemort.
En observant plus attentivement, Bill reconnut des visages familiers parmi les blessés. Des habitants des villages environnants. Ils affichaient tous des mines anxieuses et Bill s'interrogea : les Mangemorts avaient-ils lancé des attaques simultanées dans toute la région ? Il connaissait leur mode opératoire. Il avait entendu les rumeurs sur la manière dont ils avaient envahi d'autres régions.
Autour du camp, il remarqua des dizaines de Mangemorts postés, ne montrant aucun signe d'intervention. Bill ne comprenait pas. Pourquoi leurs Guérisseurs soignaient les blessés qu'ils venaient d'attaquer ? La réalité le frappa de plein fouet. Après de longues années de résistance acharnée, le régime avait réussi à les envahir. Jamais il n'aurait imaginé que leur sort serait le même. Arthur et les autres avaient lutté pendant si longtemps pour repousser les envahisseurs. Un spasme d'angoisse noua l'estomac de Bill à la pensée de son père. Ce fut comme une décharge électrique, le tirant brutalement de son état de choc.
Le feu. Sa famille. Le Terrier.
Une main se posa sur son épaule et Bill sursauta vivement. Il se retourna, en alerte, et se retrouva face à un visage familier – celui d'Amos Diggory. Les Diggory, les voisins les plus proches des Weasley, avaient toujours été proches de sa famille. Leur fils unique, Cédric, était un peu plus âgé que les jumeaux.
« Ma famille… » commença Bill d'une voix chevrotante.
Sa voix était rauque, probablement à cause de la fumée qu'il avait inhalée. La lueur qu'il vit dans les yeux d'Amos Diggory lui tordit l'estomac. Il sentit son cœur s'écraser dans sa poitrine.
« Ils ne sont pas ici. » répondit simplement l'homme d'une voix désolée. « Tous les survivants capturés ont été emmenés ici. »
Bill se figea, tandis que ces mots percutaient dans son esprit flou.
Tous les survivants…
Il n'avait vu aucun des membres de sa famille hors de la maison pendant l'incendie. Il avait néanmoins entendu leurs cris déchirants s'élever dans la nuit noire. Si l'un d'eux avait pu sortir, il aurait été interpellé par les Mangemorts, comme ils l'avaient fait avec lui et Ginny. Bill secoua la tête, refusant d'accepter l'évidence. Il se leva fébrilement et interrogea les personnes qu'il croisa dans le campement. Tout ce qu'il reçut fut des regards attristés et des réponses négatives. La plupart d'entre eux étaient des habitants du village de Loutry Ste-Chaspoule et connaissaient bien la famille Weasley.
Bill rassembla tout son courage pour s'approcher d'un individu qui semblait superviser les opérations. Bien que cet homme portait la même tenue sombre que les Mangemorts, son visage n'était pas masqué. Il adressa à Bill un regard froid, dénué de toute compassion, avant de le congédier sans cérémonie. Lorsque Bill tenta d'insister, montrant des signes d'agressivité, un Mangemort s'approcha, sa baguette levée, prêt à intervenir. La menace était claire et Bill dut se résigner à abandonner.
Dépité, il jeta un regard vers Ginny, assise auprès de Mrs Diggory, l'air égaré et les yeux rougis. Son cœur se serra. Comment lui annoncer qu'ils avaient perdu toute leur famille ? Comment lui dire qu'elle était désormais orpheline ? Elle était encore si jeune. Quel avenir les attendait dorénavant ? Ils n'avaient plus rien. Tout leur avait été violemment arraché.
Durant le recensement méticuleux effectué par les officiers du régime pour confirmer les identités des captifs, Bill reconnut un homme aux côtés du superviseur à qui il avait tenté de demander des informations. C'était un habitant de Loutry Ste-Chaspoule qu'il avait déjà croisé plusieurs fois au Nid de Licheur, toujours seul, attablé au bar. L'homme avait toujours affiché un air de désapprobation face à l'attitude de Bill et ses amis.
« Un traître. » siffla Amos Diggory d'une voix chargée de mépris, près de l'oreille de Bill, observant l'homme avec un dégoût palpable.
L'homme, bien connu dans la région et parmi les familles qui y résidaient, confirmait les informations données aux Mangemorts – leur nom de famille et leur statut de sang. Quand ce fut au tour de Bill et Ginny, on leur tendit deux cartes portant l'inscription "Traître à son sang". Bill les examiné d'un air désespéré. Voilà à quoi ils en seraient désormais tenus. Leur sort serait déterminé par leur statut de sang et rien d'autre. Leur liberté et leur individualité n'avaient plus aucune valeur. Dans ce nouveau monde, leurs vies seraient dictées par ces quelques mots inscrits sur du papier, en encre écarlate.
Les Diggory lui jetèrent des regards empreints de pitié. Selon les lois du régime de Voldemort, ces derniers étaient considérés comme des Sang-Pur. Contrairement à Arthur Weasley, qui avait ouvertement affiché son opposition et participé à la lutte contre l'invasion, les Diggory avaient gardé leurs opinions pour eux. Le regard perdu, Bill contempla le feu que les Mangemorts avaient érigé, à quelques mètres du campement. À l'intérieur, brûlaient les baguettes magiques confisquées aux captifs jugés de sang inférieur. La sienne en faisait partie. Finalement, ils furent autorisés à quitter le campement et à retourner au village, désormais sous le joug du régime de Voldemort. Bill et Ginny rejoignirent les Diggory dont la maison avait été épargnée. Leur arrestation avait apparemment été faite en douceur.
Le lendemain, dès l'aube, Bill et Amos se rendirent au Terrier - ou plutôt à ce qu'il en restait. Le cœur de Bill se serra à la vue de la maison qui l'avait vu grandir, à présent réduite en cendres. Le feu avait tout anéanti, ne laissant derrière lui que des ruines fumantes. Seuls des vestiges calcinés, des fragments de verre brisé et des débris à demi brûlés parsemaient le sol. L'air portait encore l'odeur oppressante de la fumée, les obligeant à se couvrir le nez et la bouche. Le Terrier avait toujours été un endroit chaleureux et accueillant. Malgré son architecture biscornue et parfois moquée par le voisinage, Bill avait toujours ressenti une chaleur indescriptible en son sein. La maison était désormais en ruines, emportant les souvenirs d'une vie de famille joyeuse et vivante, remplacés par un silence écrasant et un vide incommensurable.
Amos agita sa baguette et déplaça les débris qui leur obstruaient le passage, leur permettant d'avancer plus facilement parmi les ruines. Ils fouillèrent les décombres pendant des heures, cherchant désespérément la moindre trace des membres disparus de la famille Weasley. Cependant, l'état de dévastation avancé ne permit pas la moindre découverte.
Amos lui expliqua que les Mangemorts avaient conjuré un Feudeymon, un maléfice de magie noire particulièrement puissant qui engendrait un feu dévastateur. Le Feudeymon ciblait en priorité les êtres humains, les poursuivant sans relâche. Si le sort avait duré suffisamment longtemps, il était probable qu'ils ne retrouvent plus aucuns restes, lui annonça Amos, l'air affligé.
À ces mots, Bill s'effondra à genoux, poussant un cri déchirant, rempli de chagrin, de désespoir et de terreur. Ses cris se transformèrent en larmes inconsolables. Ses mains enfoncées dans la terre et les débris, il pleurait sans retenue. Plus rien autour de lui n'avait d'importance, pas même Amos qui le regardait avec impuissance, ses yeux embués derrière ses lunettes tachées de suie. Bill ne ressentait même pas la douleur du verre brisé qui s'enfonçait dans ses paumes. Rien ne pouvait égaler la souffrance qui l'étreignait, telle une dague enfoncée dans chacun de ses organes, tournée lentement pour prolonger la torture.
Il avait préféré enfreindre les règles et se faufiler en secret pour aller boire et s'amuser avec ses amis. La culpabilité le rongeait. La honte l'accablait. Il aurait pu être avec sa famille. Il aurait dû être avec eux. En tant qu'aîné, il aurait dû aider ses parents à défendre leur famille. Il n'avait pas été là pour eux. Il les avait égoïstement abandonnés. À cause de ses choix, ils ne le reverraient plus jamais.
Il ne méritait pas d'être encore en vie.
Il sentit la main d'Amos se poser doucement sur son épaule, une tentative futile de réconfort. Bill savait que rien ne pourrait jamais l'apaiser. Il porterait le poids de cette nuit pour toujours. La cicatrice qui lacérait désormais son visage serait un rappel quotidien.
Ce jour-là, Bill souhaita mourir. Il aurait sans doute mis fin à ses jours si le visage de Ginny ne lui était pas apparu à leur retour des ruines. Elle le regardait avec espoir et confusion. Il était tout ce qui lui restait et devrait faire tout son possible pour la protéger. Il avait failli aux autres, mais il ne faillirait pas à Ginny.
À partir de ce jour, la vie de Bill fut métamorphosée. Profondément marqué par le drame, il devint quelqu'un d'autre. De l'adolescent insouciant et égoïste aux intérêts frivoles, il devint un homme discipliné, rigoureux, obsédé par ses devoirs, ne s'octroyant aucune faille, aucun répit. La frénésie de l'insouciance fut éradiquée. Plus une seule goutte d'alcool n'effleura ses lèvres après cette nuit tragique.
Chaque jour, une haine de lui-même le rongeait, une répulsion qui ne fléchissait pas au fil des années. Son reflet dans le miroir lui offrait chaque matin la vision de sa balafre, telle une piqûre de rappel pour agir avec rectitude et pourvoir aux besoins de ses proches.
« Mon amour ? » demanda une voix douce, sortant Bill de son introspection.
Il releva la tête et croisa le regard préoccupé de sa femme, dans l'encadrement de la porte. Elle s'approcha du lit d'une démarche feutrée et s'installa à ses côtés.
« Que z'est-il passé, William ? » interrogea Fleur avec hésitation, comme si elle craignait d'entendre la réponse.
Une fois de plus, Bill dut contenir une vague de larmes. Il était assailli par une impression d'échec abyssal. Tout ce qu'il avait entrepris durant toutes ces années lui paraissait vain. Il n'avait pas réussi à protéger sa sœur – la seule promesse qu'il s'était faite, ce jour fatidique, parmi les décombres de leur maison d'enfance.
Et, comble de son échec, il lui avait brisé le cœur. Il n'aurait jamais dû lui révéler ce secret. Il s'était promis de le porter jusqu'à sa tombe. Pendant plus de quinze ans, il avait fait croire à Ginny que leur famille avait réussi à s'enfuir et qu'ils étaient désormais à l'étranger. En sécurité.
« J'ai… J'ai tout gâché. » articula finalement Bill d'une voix blanche.
Il toucha la cicatrice sur son visage, qui s'était mise à le démanger. Il prit ensuite une longue inspiration et raconta toute l'histoire à Fleur. Elle aussi ignorait la vérité sur le sort de sa famille. Après leur rencontre, lorsqu'elle l'avait questionné sur son passé, il avait préféré rester évasif.
L'arrivée de Fleur dans sa vie avait été une bénédiction. Dans un quotidien rythmé par la sombritude de l'apitoiement, elle avait apporté un halo de nitescence. Bill avait tout fait pour la tenir à distance, estimant qu'il ne méritait pas le bonheur qu'elle lui promettait. Vivre dans la culpabilité et l'adversité était la pénitence qu'il s'était infligée pour ses actions passées. Mais Fleur avait insisté, refusant ses tentatives de rejet. Elle avait été particulièrement tenace. Plus tard, elle lui avait avoué que le fait d'être repoussée avait attisé accru son intérêt. Malgré tous ses efforts, Bill n'avait pas réussi à lutter contre l'affection qu'elle faisait naître en lui. Et, pour la première fois depuis de nombreuses années, il s'était permis d'accueillir un semblant de bonheur.
Fleur avait tout abandonné pour lui. Son statut privilégié, sa position avantageuse et la possibilité de rentrer dans son pays natal, auprès de sa famille. Par amour pour lui, elle avait accepté d'être ostracisée. Un sacrifice ultime qu'il ne pourrait jamais repayer. Alors, chaque jour qui passait, Bill s'évertuait à être méritant de ce sacrifice colossal. Il aspirait à être le meilleur père et mari possible pour sa famille. La tâche n'était pas toujours des plus aisées. Il rentrait de ses journées épuisé, hanté par l'idée de ne pas parvenir à subvenir suffisamment aux besoins matériels et émotionnels de sa famille. Fleur avait été pour lui un soutien solide et réconfortant depuis leur première rencontre. Malgré les difficultés et les tensions qui émaillaient parfois leur mariage en raison de leurs forts caractères respectifs, Bill ne pouvait envisager un seul jour sans elle. Elle représentait un soutien plus crucial qu'elle ne le réalisait. Son visage radieux était la première chose qu'il voyait à son réveil, un rappel quotidien du combat qu'il menait dans cette société discriminante. Il voulait qu'elle soit fière, heureuse, épanouie.
À l'entente de son récit, Fleur écarquilla les yeux, choquée. Elle posa une main sur sa bouche, des larmes apparaissant aux coins de ses yeux.
« Je zuis dézolée, mon amour. » murmura-t-elle avec émotion.
« Ginny doit me haïr… Si tu avais vu comment elle m'a regardé… » dit Bill d'une voix éteinte.
Il n'oublierait jamais l'expression dans ses yeux lorsqu'elle avait découvert la vérité sur son mensonge. Leurs relations avaient toujours été tendues, car il cherchait à la contrôler et qu'elle avait tendance à agir de manière impulsive, sans réelle prudence. Cela avait engendré de nombreux conflits à travers les années. Il savait néanmoins que cette fois-ci était différente. Il avait brisé quelque chose dans leur relation. Plus rien ne serait pareil entre eux. Une fois de plus, Bill avait tout gâché.
Et il allait devoir accepter qu'elle ne lui accorderait peut-être pas son pardon.
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« Je crois que nous sommes perdus. » annonça Harry en lâchant un long soupir résigné.
Hermione lui jeta un regard démoralisé. Ils s'étaient aventurés si profondément dans les bois qu'elle en avait perdu la notion du temps. La vue incessante des arbres commençait à la plonger dans un état d'agitation. Elle n'aimait pas l'idée d'être perdue dans cette forêt gigantesque. Des bruits provenant de créatures inconnues lui parvenaient aux oreilles, ne faisant que renforcer son inconfort.
Si leur trajet vers les deux premières factions s'était déroulé sans embûche et que les négociations s'étaient avérées plus aisées qu'elle ne l'avait imaginé, la situation semblait maintenant se compliquer. Cela faisait près de deux jours qu'ils tentaient d'atteindre la base secrète de la Révolte de Yorkshire, en vain. Hermione devait leur concéder cela – leur repaire était bien dissimulé.
Harry semblait dépassé tandis que Severus affichait une mine agacée. Quant à Remus, il n'était nulle part en vue, ce qui troublait Hermione. Il était le meilleur navigateur du groupe et était doté d'un excellent sens de l'orientation. Sa présence aurait été plus qu'appréciable.
Lorsqu'elle avait interrogé Harry à son sujet, il avait secoué la tête d'un air distrait, lui assurant de ne pas s'en faire. Il prétendait que Remus serait en mesure de les retrouver ''sans trop de difficultés'' mais n'offrit néanmoins pas d'explication sur son absence soudaine. Hermione n'insista pas, malgré sa curiosité. Elle savait qu'Harry ne lui disait pas tout. Pourtant, elle n'avait pas l'impression que son silence était mal intentionné. C'était comme s'il attendait qu'elle découvre la vérité par elle-même.
Lors d'une discussion durant laquelle il lui avait exposé en détail l'historique de la Résistance, Harry lui avait révélé qu'il ne divulguerait pas l'identité du Phénix, à moins qu'elle ne parvienne à la deviner. Depuis son arrivée parmi eux, Hermione restait en retrait, préférant observer ce qui se passait autour d'elle, y compris les interactions entre les différents membres de l'Ordre. Les initiés connaissant l'identité du Phénix étaient Harry, Sirius, Remus et Severus. Harry avait également mentionné un autre homme, Dedalus Diggle, actuellement en mission et qu'elle n'avait jamais rencontré.
Lors de leur vote pour décider de l'avenir d'Hermione parmi eux, ils s'étaient entendus pour attendre la décision finale du Phénix. La réponse de ce dernier était parvenue rapidement après cette entrevue. Harry lui avait montré une photo, avec ses parents et d'autres personnes qu'il avait présentées comme les membres fondateurs de l'Ordre du Phénix, tous issus de l'Armée de Dumbledore, une faction désormais déchue. Il avait également mentionné que le Phénix était le fondateur de l'Ordre.
Ni Severus ni le dénommé Diggle n'étaient sur cette photo, ce qui les excluait de fait. Harry n'était pas encore né à cette époque, ce qui l'excluait également. Elle avait vu cinq personnes sur la photo. Sirius, Remus, les parents d'Harry - désormais décédés - ce qui les éliminait également. Elle n'avait pas reconnu la dernière personne sur la photo - un homme court et grassouillet avec des cheveux châtains désordonnés. Il arborait un sourire un peu fuyant et une posture nerveuse, contrairement aux postures confiantes des autres, qui se percevaient à travers le cliché. Le Phénix pouvait-il être cet homme inconnu ? Elle était presque certaine de ne jamais l'avoir croisé à la base. Peut-être s'était-il caché pour observer ses faits et gestes, laissant ses compagnons sonder Hermione, tout en restant en retrait ?
Elle fut tirée de ses pensées par le grommellement de frustration d'Harry, alors qu'ils erraient en rond depuis des heures.
« Un sort de Perte Constante. » lança subitement Severus, parlant pour la première fois depuis plusieurs heures.
Hermione lui jeta un regard médusé.
« Que veux-tu dire ? » interrogea Harry, fronçant les sourcils.
« Quelqu'un nous a probablement lancé un sort de Perte Constante. C'est pour ça que nous tournons en rond depuis des heures. » expliqua Severus en levant les yeux au ciel. « J'ai remarqué que nous avons traversé cet endroit trois fois en deux heures, malgré le fait que nous empruntons des chemins différents à chaque fius. J'ai commencé à avoir des doutes, alors j'ai vérifié. »
Harry laissa échapper un juron particulièrement vulgaire.
« Un sort de Perte Constante ? » demanda Hermione, cherchant à comprendre.
« Il s'agit d'un maléfice qui plonge sa victime dans la confusion et l'oblige à répéter le même itinéraire sans s'en rendre compte. » lui expliqua Severus avec un pincement des lèvres.
« Mais je croyais que le sort était temporaire et n'agissait que quelques heures ? Ça fait plus de quarante-huit heures que l'on erre. » rappella Harry. « Comment est-ce possible ? »
« N'est-ce pas évident ? » demanda Severus d'un ton hautain. « Quelqu'un nous suit et semble prendre un malin plaisir à nous tourmenter depuis notre arrivée ici. »
« Ces enfoirés. J'aurais dû me douter qu'ils inventeraient une bêtise du genre. » dit Harry en grimaçant.
« De qui parles-tu ? » demanda Hermione, alarmée.
« Les membres de la Révolte. C'est probablement l'œuvre de l'un d'eux. » répondit Harry en serrant des dents, observant autour de lui, guettant le moindre signe de vie. « Ils vivent ici depuis des années et personne n'a jamais réussi à infiltrer cet endroit sans y être autorisé. Ils connaissent les bois sur le bout de la baguette et ont installé des maléfices partout. »
Hermione savait que la forêt s'étendait sur une vaste superficie. Utiliser un tel sortilège dans ce contexte était particulièrement astucieux. Il pouvait s'écouler un certain temps avant que la victime ne se rende compte qu'elle parcourait inlassablement les mêmes zones. Avant qu'Hermione ne puisse ouvrir la bouche pour poser une nouvelle question, Severus leva la main en l'air, les intimant au silence.
Hermione lui jeta un regard perplexe. Harry avait aussitôt sorti sa baguette au geste de Severus et examinait ses environs avec attention, comme s'il attendait un danger soudain. Hermione s'immobilisa, se demandant s'ils avaient vu quelque chose. Autour d'elle, les bois lui semblaient toujours identiques.
Une voix jaillit dans le silence, hurlant un maléfice. D'une rapidité déconcertante, Harry fit volte-face et lança un sort du bouclier. Le jet de lumière du sort rebondit dessus, sans l'atteindre. Paniquée, Hermione saisit également sa baguette, se tournant vers la direction d'où était venu le sort. Elle vit un homme des arbres et un nouveau sort passa à quelques centimètres de son oreille.
« Recule ! » hurla Harry dans la direction d'Hermione.
Elle s'exécuta, sa baguette toujours dressée, manquant de trébucher sur une branche épaisse. Un deuxième jet de lumière apparut, cette fois d'une autre direction. Rogue le repoussa avant de contrattaquer d'un geste gracieux. Hermione observa les branches autour d'eux trembler de manière peu naturelle. Une pluie de feuilles se détacha des arbres et tourbillonna dans l'air à une vitesse vertigineuse, formant une véritable tornade.
« Oppugno ! » hurla Rogue.
La tornade de feuilles se divisa en deux tourbillons plus petits qui foncèrent vers les deux intrus à une vitesse fulgurante, les renversant. Emmêlés dans un amas de feuilles, les deux hommes luttaient pour se dégager. À chaque fois qu'ils tentaient de se relever, le drap de feuilles les faisait chuter. En parfaite synchronie, Harry et Severus lancèrent
des Stupéfix à leurs assaillants qui s'immobilisèrent. Les feuilles tombèrent au sol aussitôt. Harry s'approcha d'Hermione et lui tendit la main, l'aidant à se relever.
« Tu vas bien ? » demanda-t-il.
Elle hocha la tête et attrapa sa main pour se relever.
« Nous savons que vous êtes là. Sortez. » s'exclama Harry avec exaspération.
« Puisque tu le demandes si gentiment, Potter. » répondit une voix féminine, ponctuée d'un rire cristallin.
Hermione vit une silhouette émerger des arbres, à quelques pas d'elle. Il s'agissait d'une femme, dont les vêtements et la peau semblaient se fondre dans les nuances de la nature avoisinante, tel un caméléon vivant. Hermione supposa l'utilisation d'un sort de désillusion.
La femme s'avança vers eux, affichant un sourire goguenard. Hermione nota alors que son camouflage ne se limitait pas à un simple effet visuel. En effet, ses bras dénudés arboraient une texture écorchée, évoquant celle d'un tronc d'arbre, tandis que ses cheveux semblaient parsemés de feuilles mortes, entrelacées dans une coiffure naturellement dissimulée.
De la métamorphose partielle, réalisa Hermione avec admiration. La femme avait réussi à fusionner avec son environnement de façon spectaculaire, adoptant les traits et les caractéristiques des éléments qui l'entouraient.
« Qui êtes-vous ? » demanda Harry, méfiant.
« Tu ne dois pas te souvenir de moi. Cela fait déjà des années depuis que tu m'as vu. En revanche, je me souviens très bien de toi. Tu es le fils Potter. Et tu as décidément bien grandi. » dit la femme en l'observant de haut en bas avec appréciation. « Tu n'étais encore qu'un adolescent la dernière fois que je t'ai vu. Tu es un homme, maintenant. »
Hermione perçut une légère rougeur traverser le visage d'Harry avant de disparaître presque aussitôt. Elle comprenait son embarras. Cette femme était particulièrement directe.
« Tu étais mignon pendant ton duel. J'ai adoré te regarder. » ajouta la femme, lui adressant un clin d'œil. « Rogue, lui, doit probablement se souvenir de moi, n'est-ce pas ? »
« Emmeline Vance. » dit Rogue d'un ton sombre.
« Pour vous servir. » répondit la dénommée Emmeline en mimant une révérence.
« J'imagine que le sort de Perte Constante était ton œuvre. » dit Harry.
Elle acquiesça, visiblement ravie de son exploit.
« C'était tellement amusant. » admit-elle avec un petit rire espiègle.
« Tu aurais pu nous avertir que les Rafleurs étaient à proximité. » réprimanda Harry.
« Mais pourquoi aurais-je fait une chose pareille ? » dit-elle en secouant la tête, comme si l'idée lui paraissait aberrante.
Elle s'étira, et Hermione entendit un craquement similaire à celui de branches qui se brisaient.
« Ils sont arrivés dans la forêt quelques heures après vous. Je leur ai jeté le sort à eux aussi, évidemment. J'étais curieuse de voir combien de temps il vous faudrait pour vous rencontrer. » révéla Emmeline.
Son amusement face à la situation était évident. Elle se tourna alors vers Hermione.
« Je ne crois pas te connaître. » dit-elle en l'observant de haut en bas avec curiosité.
« Elle fait également partie de notre faction. Nous vous avions prévenus de notre arrivée. » gronda Harry, visiblement agacé de l'accueil qu'ils recevaient.
« Et alors ? Vous vous attendiez à ce qu'on vous déroule le tapis rouge ? Votre Phénix croit-il vraiment que lui et ses pantins peuvent se pavaner où bon leur semble ? »
Emmeline avait prononcé ces mots avec une animosité évidente. Harry sembla sur le point de répondre d'une façon cinglante, mais un regard insistant de la part de Severus l'en dissuada.
« Que fait-on des Rafleurs ? » demanda Harry en jetant un regard vers les silhouettes inanimées de leurs deux assaillants.
« Oh… J'ai cru entendre des loups dans les parages. Ils seront sans doute ravis de trouver leur dîner servi. » dit Emmeline d'un ton distrait avant de se pencher pour récupérer ce qui semblait être un sac, dissimulé sous un tas de feuilles. « Suivez-moi. »
Ils lui emboitèrent le pas.
« N'essayez pas de mémoriser le chemin, c'est inutile. » prévint Emmeline d'une voix doucereuse. « Les bois sont enchantés pour changer l'itinéraire à chaque fois. »
Hermione trouvait cela fascinant. Elle imagina la pléiade d'enchantements qui devaient être disséminés dans cette forêt.
« C'est ce que tu fais à chaque fois qu'un visiteur se présente ? Tu les ensorcelles pour qu'ils se perdent ? » interrogea Harry.
« Tout le monde doit se prêter à mon petit jeu en arrivant ainsi. C'est la règle. » décréta-t-elle avec plaisir. « Je suis contente d'avoir eu un peu d'animation. Je commençais à m'ennuyer à mourir. Le groupe qui vous a précédé est resté à tourner pendant très longtemps. Je les ai vus tomber un à un, comme des mouches. Le premier est mort de faim au bout de trois semaines et le dernier s'est pendu, peu de temps après ça. »
Elle avait livré ces détails avec un mépris certain.
« Il est rare que des visiteurs osent s'aventurer ici, alors les journées sont longues et souvent solitaires. » se plaignit Emmeline. « Tout le monde craint la légende. »
« La légende ? » demanda Hermione.
« Ils pensent que la forêt est ensorcelée par l'esprit d'un ancien mage noir. » raconta Emmeline en ricanant. « Une belle brochette d'imbéciles, décidément. »
Ils poursuivirent leur marche pendant plus de deux heures, jusqu'à ce qu'Emmeline s'immobilise subitement. Tendant l'oreille, elle semblait chercher à déceler quelque chose. Hermione crut entendre des murmures à peine audibles, des échos lointains. Pourtant, malgré une observation minutieuse de ses environs, elle ne distingua rien d'anormal. Face à un tronc d'arbre, Emmeline s'arrêta.
« Ah, te voilà enfin, petit coquin ! » s'exclama-t-elle avec satisfaction.
Elle introduisit son bras dans un trou creusé dans le tronc, s'enfonçant jusqu'à l'épaule.
« Arrête, ça chatouille ! » gloussa-t-elle, avant de retirer son bras.
Aussitôt, le trou se dilata, créant une large fissure.
« Dépêchez-vous. S'il se referme, je ne vais pas venir vous sauver. » prévint Emmeline avant de se hisser dans la fissure.
Harry s'élança après elle et se glissa à son tour dans l'ouverture. Hermione, bien que quelque peu réticente, l'imita. Elle écarquilla les yeux en voyant ce qui se présentait à elle. lls venaient d'accéder à une nouvelle section des bois, totalement différente. Autour d'eux, Hermione remarqua des cabanes insolites de toutes formes et de toutes tailles, suspendues à diverses hauteurs dans les arbres. Elles semblaient être l'œuvre d'un mélange habile de matériaux naturels et de magie. Certaines étaient fabriquées à partir de branches et de feuilles tressées, d'autres paraissaient sculptées directement dans le bois des arbres.
Ces différentes habitations étaient reliées par des ponts suspendus faits de cordes tissées, formant un entrelacs complexe. Les escaliers menant à ces dernières étaient abrupts et dangereux, certains n'offrant aucune balustrade. Les fenêtres, étroites et hautes, offraient un point de vue stratégique sur l'ensemble des environs. Hermione réalisa qu'ils venaient de pénétrer dans le campement de la Révolte du Yorkshire. Autour d'eux, des dizaines de personnes étaient attablées, d'autres s'affairaient au sein du campement, vaquant à leurs activités respectives. L'ambiance y était rustique et austère, avec une tension palpable, comme si elle avait franchi le seuil d'une zone de guerre. Le confort et le bien-être semblaient être des notions étrangères dans ce lieu, où tout avait été pensé pour être avant tout fonctionnel. C'était bien différent du campement de l'Ordre, qui ressemblait davantage à un hameau.
« Bienvenue chez la Révolte du Yorkshire. » annonça fièrement Emmeline. « Suivez-moi, je vais vous conduire à Sturgis. Je n'ai pas le temps de jouer à la baby sitter toute la journée. » commença Emmeline avant de reprendre la route.
Hermione observa attentivement les alentours pendant qu'ils traversaient le campement. Elle sentait les regards suspicieux et hostiles des résidents se poser sur eux. Des murmures contenus et des chuchotements accompagnèrent leur progression, créant une atmosphère lourde et tendue.
Certains observaient leur passage les bras croisés, sourcils froncés et visages fermés, dans une attitude de défiance marquée. D'autres conversaient à voix basse en leur jetant des regards en coin, comme s'ils questionnaient l'identité de ces intrus qui osaient s'introduire sur leur territoire. Les mains de quelques-uns se crispaient sur le manche de leurs baguettes, comme s'ils étaient prêts à intervenir à la moindre provocation. Hermione sentit une boule d'appréhension se former dans son estomac, consciente de l'antipathie qui régnait dans l'air. Harry n'avait pas exagéré lorsqu'il avait parlé de l'hostilité de la Révolte du Yorkshire envers l'Ordre du Phénix, songea-t-elle.
Emmeline les conduisit devant un arbre imposant. Une colonne avait été creusée dans le tronc, révélant un escalier en spirale à l'intérieur. Le bois des marches était rugueux et usé, mais semblait solide. Hermione suivit Emmeline et monta prudemment les marches, essayant de ne pas regarder en bas pour ne pas perdre l'équilibre. Elle avait peur du vide.
Ils arrivèrent finalement devant une porte qui menait à l'intérieur de la cabane. L'ambiance était spartiate, avec un aménagement minimaliste. Une table rudimentaire et quelques tabourets sculptés dans le bois brut occupaient un coin de la pièce, pendant qu'un lit de camp trouvait sa place contre le mur opposé. Les murs, également en bois brut, étaient agrémentés d'étagères incrustées contenant provisions et outils. Sans cérémonie, Emmeline s'empara d'une pomme dans une coupelle sur la table et y mordit à pleines dents.
« Faites comme chez vous. » annonça-t-elle en leur désignant les tabourets autour de la table.
Tandis qu'ils prenaient place, Emmeline se laissa choir d'une manière peu élégante dans le lit de camp, croisant les jambes et laissa échapper un soupir de contentement.
« Ma forêt me manque déjà. Ces lits sont tellement inconfortables. » se plaignit-elle en grimaçant, tout en se tortillant pour trouver une position adéquate.
« Pas d'inquiétude, nous ne devrions pas rester ici trop longtemps. Tu devrais bientôt retrouver le grand confort de ta forêt. » dit Harry d'un ton sarcastique.
« Ne t'en fais pas, Potter. Je ne suis pas si difficile. Je peux trouver du confort n'importe où, tant que tu es à mes côtés. » dit-elle en lui faisant un clin d'œil suggestif. « D'ailleurs, si tu le souhaites, je pourrais te faire visiter les environs. Histoire de te montrer les meilleurs endroits pour... apprendre à se connaitre un peu mieux. »
« Merci pour la proposition, Vance, mais je préférerais éviter de me perdre dans les bois avec toi. Je sais déjà ce que ça donne. » répliqua Harry.
Avant qu'Emmeline réponde, la porte s'ouvrit dans un claquement, mettant un terme à cet étrange flirt qui commençait à devenir sérieusement gênant.
Quatre personnes firent irruption dans la pièce. Hermione reconnut immédiatement l'une d'elles, décrite par Harry : il s'agissait de Sturgis Podmore, le leader de la Révolte.
Sturgis était un homme imposant, mesurant plus de deux mètres. Sa stature impressionnante était accentuée par sa carrure athlétique et une posture droite et confiante. Sa chevelure blonde, presque blanche, tombait en mèches épaisses autour de son visage anguleux, encadrant deux yeux d'un bleu glacial. Son regard était dur, presque méfiant, mais en même temps captivant, et Hermione pouvait sentir sa force et son autorité dans chaque mouvement qu'il faisait. Son visage était parsemé de cicatrices discrètes, sûrement des traces de combats passés, témoignant de la vie rude qu'il menait.
Un autre homme, plus âgé, lui était également familier : Alastor Maugrey. Tonks lui avait montré sa photo et révélé qu'il était un ancien membre de la faction des Goules Insoumises. Maugrey était trapu et massif, avec une longue cicatrice qui zébrait son visage, des cheveux gris hirsutes et un œil magique qui pivotait dans tous les sens. Dès son entrée, son regard se posa sur Hermione, qui en fut intimidée.
Le troisième homme, plus jeune que les deux autres, avait un visage qui lui était vaguement familier, mais Hermione ne put se rappeler où elle l'avait vu auparavant. Son attention fut vite attirée par le quatrième homme, petit et rondouillard, avec des cheveux châtains épais et une tête qui semblait disproportionnée par rapport à son corps. Ses petites mains potelées et ses yeux enfoncés ne lui donnaient pas un air particulièrement attrayant. C'était l'homme qu'elle avait vu sur la photo des membres fondateurs du régime, en compagnie des parents d'Harry, de Remus et de Sirius. Celui qu'elle soupçonnait d'être le Phénix. Cet homme était pourtant un membre de la Révolte du Yorkshire, ce qui mettait à mal sa théorie. Pourquoi le Phénix serait-il un membre de la Révolte ? Cela n'avait aucun sens.
Hermione tourna la tête et découvrit, avec une surprise non dissimulée, qu'Harry s'était dressé, les poings contractés, lançant un regard dur aux nouveaux venus. Son attitude la rendit perplexe. Pourquoi paraissait-il aussi furieux, tout à coup ?
« Liberté et dignité. » salua Sturgis d'une voix peu aimable.
« La vérité nous rendra libres. » répondit Severus d'une voix calme.
Comme s'il avait senti la soudaine tension dans l'air, il avait pris l'initiative de prendre la parole, gardant un ton modéré.
« Les Rafleurs ne vous ont pas donné trop de fil à retordre ? » demanda Sturgis avec moquerie.
Sa question suscita des rires moqueurs de la part de son groupe.
« Ils se sont bien défendus. Pas une seule égratignure. » commenta Emmeline, toujours installée confortablement dans le lit de camp. « Je me suis presque ennuyée. Le dernier visiteur d'une autre faction s'est fait neutraliser par des Rafleurs de bas étage. »
« S'il est tombé face à des Rafleurs, c'est qu'il n'était pas taillé pour la vraie guerre. Bon débarras. » commenta Sturgis avec un ricanement gras. « Autant se débarrasser des maillons faibles. Si un combattant n'est pas capable de battre de pitoyables Rafleurs, il n'a pas sa place parmi nous. Considérez cela comme une sélection naturelle. »
Hermione écouta son commentaire avec consternation. Harry lui avait expliqué que les Rafleurs traquaient les Résistants dans les coins les plus reculés du régime. Ces zones étaient délaissées par les Mangemorts, qui confiaient aux Rafleurs les basses besognes.
« En général, ils ne cherchent pas à nous tuer. Leur objectif est de nous ramener vivants au régime pour toucher une prime. » lui avait révélé Harry.
« Pourquoi vivants ? » avait interrogé Hermione.
« Pour être interrogés et torturés par les Mangemorts et les Aurors. Ils veulent soutirer des informations sur la Résistance. » avait répondu Harry.
« C'est donc ici que tu te terres, Maugrey. » intervint brusquement Harry, qui scrutait l'homme avec une colère intense dans les yeux. « J'aurais dû m'en douter. »
Hermione se rappela des révélations de Tonks et d'Harry au sujet des Goules Insoumises. Apparemment, Maugrey était un extrémiste qui s'était dissimulé dans les rangs de la faction pendant des années. À l'aide d'un petit groupe de partisans, il avait orchestré un attentat dévastateur. Tonks le suspectait même d'avoir été impliqué dans la mort de Dean Thomas.
« Personne ne se terre, Potter. » répliqua Maugrey avec hauteur.
« Vous l'avez laissé se réfugier ici pendant tout ce temps alors qu'il devrait répondre de ses actes ? » rugit Harry à l'attention de Sturgis.
Maugrey s'avança, sa jambe claudicante émettant un bruit sourd.
« Quels actes ? » demanda-t-il avec un calme olympien.
« L'attentat. » s'emporta Harry, son visage rougi de colère.
« Si je me souviens bien, cet attentat a éliminé nos ennemis. » répliqua froidement Maugrey. « Pourquoi devrais-je donc répondre d'un acte qui a servi notre cause ? »
« Et qu'en est-il de Dean Thomas ? Il est mort dans des circonstances suspectes quelques heures après avoir été brutalisé par tes sbires. » accusa Harry.
« Vérifie tes faits. Dean Thomas a attaqué Terrence Higgs en premier. Pas l'inverse. La majorité de la faction des Goules peut te le confirmer. » répondit Maugrey sans ciller.
Son calme et son assurance contrastaient avec l'agitation d'Harry. Hermione trouvait sa démonstration particulièrement persuasive. Elle l'aurait sans doute cru si elle n'avait pas été informée en détail de la situation par Tonks et Harry.
« L'un d'entre vous était clairement impliqué. » persista Harry, sans se démonter.
« Divagations. Vous êtes tellement obnubilés par la quête d'un coupable imaginaire que vous ignorez les faits évidents. Même Pomfresh a conclu que c'était un suicide. Alors, je te le demande, Potter - as-tu des preuves de ce que tu avances ? Ou le Phénix souhaite-t-il me faire subir un procès totalement arbitraire simplement parce qu'il n'adhère pas à mes convictions ? C'est curieux, ça me rappelle les méthodes d'un certain régime autoritaire. » se moqua Maugrey d'un ton sarcastique.
Harry afficha un air désarçonné, visiblement déstabilisé par les insinuations de Maugrey. Ce dernier venait de comparer le Phénix au Coven Sacré.
« Votre Phénix cherche-t-il à me punir pour avoir aidé notre cause, et par extension la sienne ? Ou s'agit-il simplement d'une vendetta personnelle pour soigner son ego blessé parce que je n'ai pas obéi à ses ordres, comme il a l'habitude de l'exiger ? » ricana Maugrey d'un ton empreint de dérision.
« Tu étais un membre des Goules Insoumises et en tant que chef de faction, tu avais un accord avec le FLOP. Aucune attaque de cette ampleur n'était autorisée sans l'aval du Phénix. » rappela Harry.
« Je suis un homme libre et digne. Des mots que ton Phénix et ses petits laquais, toi y compris, ne comprendront probablement jamais. » siffla Maugrey avec mépris.
Harry brandit aussitôt sa baguette, le visage déformé par la contrariété. En réponse, les autres en firent autant, pointant leurs baguettes sur lui. La tension était à son comble.
« Messieurs. » intervint Rogue.
Emmeline se racla bruyamment la gorge. Severus l'ignora et se tourna vers Harry.
« Range ta baguette. » ordonna-t-il avec fermeté.
Harry hésita plusieurs secondes avant de s'exécuter. Il baissa sa baguette à contrecœur. Severus se tourna alors vers Sturgis et les autres qui n'avaient pas encore baissé leurs baguettes.
« Nous ne sommes pas là pour nous battre ni pour sanctionner qui que ce soit. » assura-t-il pour apaiser la situation. « Les derniers mois ont été éprouvants pour toutes nos factions et les émotions sont à vif. Nous sommes ici pour trouver un terrain d'entente. »
Ses paroles semblèrent toucher juste puisque Sturgis baissa sa baguette et les autres l'imitèrent aussitôt.
« Ce que Maugrey a accompli est l'un des plus grands exploits de la décennie pour la Résistance, toutes factions confondues. Il mérite notre gratitude et nos éloges pour ses actes. » affirma Sturgis d'une voix solennelle. « Votre Phénix n'a aucune autorité ici et il ferait bien de l'accepter s'il veut continuer à négocier avec nous. Maugrey et ses braves compagnons sont sous la protection de la Révolte du Yorkshire. Une attaque contre lui est un acte de guerre direct contre nouset entrainera des retombées. J'imagine que vous n'êtes pas venus ici pour nous déclarer la guerre ? »
Harry secoua la tête, l'air dépité. Il semblait s'être calmé après les paroles de Severus. Hermione comprenait sa frustration. Devoir mettre ses idéaux de côté et s'allier à un ennemi pour atteindre un objectif plus important n'était pas une tâche facile.
« Parfait. Maintenant que nous sommes tous sur la même longueur d'ondes, pouvez-vous me dire pourquoi vous êtes ici ? Mon dernier refus n'était-il pas assez explicite ? Vous avez fait le déplacement pour l'entendre de vive voix ? » interrogea Sturgis avec un rictus goguenard au coin des lèvres.
Sa question provoqua l'hilarité de ses camarades.
« Nous souhaitons simplement réengager le dialogue avec des conditions différentes » précisa Rogue. « Pouvons-nous en discuter plus tard ? Nous avons fait un long voyage et nous aimerions nous reposer si vous le permettez. »
Sturgis leva les yeux au ciel.
« Très bien, peu importe. » répondit-il d'un ton impatient. « Emmeline, un mot ? »
Il quitta la pièce, suivi de près par Maugrey et l'autre homme dont Hermione ne connaissait pas le nom, mais qui lui semblait vaguement familier. Emmeline se leva à son tour du lit de camp et se dirigea vers la sortie de la cabane. En passant, elle s'arrêta devant Harry.
« J'adore ton côté impétueux. Ma cabane est juste à côté. » ajouta-t-elle d'un ton rempli de sous-entendus avant de quitter les lieux, lui adressant un clin d'œil.
Seul l'homme corpulent, que Hermione avait vu sur la photo de l'Ordre du Phénix, était resté dans la pièce. Il observait attentivement Harry de ses petits yeux fuyants.
« Bonsoir, Harry. » héla-t-il.
« Bonsoir, Pettigrew. » répondit sèchement Harry.
« Ce n'est plus 'oncle Peter' ? » interrogea l'homme, feignant la déception.
« Nous savons tous les deux que tu as perdu le droit à ce titre. » répliqua Harry.
« Je croyais que vous souhaitiez que nous soyons tous alliés et solidaires ? Une grande famille sous l'autorité du Phénix ? »
Il avait prononcé le mot avec un dédain évident et Hermione vit Harry se raidir.
« Ou bien est-ce que cela ne fonctionne que dans un sens, comme vous l'avez démontré avec Maugrey ?» poursuivit le dénommé Pettigrew.
Il n'attendit pas la réponse et quitta la pièce, s'engouffrant dans l'escalier en colimaçon à la suite des autres. Harry serra des dents. Il semblait sur les nerfs. Sa colère se dissipa quand ils se retrouvèrent tous les trois.
« Désolé de m'être emporté de la sorte. Je ne m'attendais pas à voir Maugrey ici. » avoua Harry, l'air coupable.
« Nous devons agir avec prudence. Sans cela, ils ne seront jamais réceptifs. C'est pour cette raison que j'ai demandé un délai supplémentaire avant de négocier. Si nous entrons en discussion maintenant, les tensions élevées rendraient la conversation contreproductive. Attendons jusqu'à demain. » décréta Rogue.
Il lança un regard réprobateur à Harry, qui acquiesça en réponse, visiblement honteux.
« Je vais faire un peu de repérage. Peut-être que je pourrais recueillir des informations. » annonça Severus.
Hermione devina qu'il parlait de Légilimancie. Harry lui avait indiqué que Severus était un Legilimens hors pair. Severus quitta la pièce, les laissant seuls.
« Je suis désolé. » répéta Harry, l'air découragé « Je n'aurais pas dû perdre mon sang-froid de la sorte. »
« Je comprends. » répondit doucement Hermione.
Elle-même avait eu du mal à contenir sa rage lorsqu'elle avait aperçu Van Detta lors de l'assaut sur l'Ambrosia. Harry laissa échapper un long soupir empreint de lassitude.
« C'est mal parti. » admit-il en grimaçant. « Je ne m'attendais pas un accueil chaleureux de leur part mais c'est encore pire. Tu as vu comment leurs membres nous regardaient, à notre arrivée ? »
Hermione hocha la tête, gravement. Elle avait été prise de court par les regards hostiles des membres de la faction.
« J'ai envie d'être optimiste mais je préfère être réaliste. » déclara Harry avant de s'appuyer contre la table branlante.
« Pourquoi sont-ils tant réfractaires ? » interrogea Hermione.
« En toute honnêteté, je ne peux pas te fournir une réponse simple. C'est un mélange de vieilles rivalités et de divergences de priorités, principalement. Leur approche est brutale, mais leur message séduit beaucoup de monde. C'est la faction qui compte le plus de membres. » expliqua Harry.
Hermione avait remarqué l'immensité de la base – bien plus vaste que celle de l'Ordre du Phénix. Elle n'en avait vu qu'une infime partie. Jusqu'où s'étendait-elle réellement ?
« Beaucoup sont animés par la peur et la colère. Ces émotions déclenchent quelque chose d'intense chez l'humains et Sturgis l'a parfaitement compris. Il capitalise dessus pour recruter. Ils cherchent à se venger et pensent que la violence est le seul moyen d'y parvenir. Ils sont prêts à utiliser tous les moyens nécessaires. J'imagine que ça provoque une sorte de puissance chez nombre d'entre eux. Ils se sentent maîtres de leurs destins. » poursuivit Harry, songeur.
Il haussa les épaules.
« Même si je ne le porte pas forcément dans mon cœur, je dois admettre que Sturgis Podmore est un leader charismatique. Il sait faire appel aux émotions les plus primitives des gens pour susciter des réactions intenses. Beaucoup aiment le suivre. Si on ajoute à cela le fait que la Révolte du Yorkshire est la faction qui a le plus d'opérations réussies, le choix est vite fait pour beaucoup de nouveaux arrivants. » expliqua Harry. « Si nous parvenons à convaincre Sturgis, alors les membres suivront. »
Hermione hocha la tête, sans répondre, son esprit en pleine réflexion.
« Qui est ce Peter Pettigrew ? » demanda-t-elle soudain, changeant de sujet.
Un voile sombre passa dans les yeux verts d'Harry.
« Un ancien membre de l'Ordre. C'était un ami proche de mon père, de Sirius et Remus. Ils se sont rencontrés quand ils étaient jeunes. Ils formaient un groupé très soudé, à l'époque. Ils ont tous rejoint la Résistance en même temps. » révéla Harry.
« Que s'est-il passé ? » questionna Hermione avec curiosité.
« Le jour de ta capture, mes parents, Pettigrew et d'autres ont participé à l'opération qui visait à délivrer les prisonniers de l'Ile de Man. Par peur et par lâcheté sans doute, Pettigrew n'a pas suivi le plan et les choses ont dégénéré. Lorsque mes parents et d'autres ont été capturés, il a préféré battre en retraite alors que d'autres voulaient leur porter secours. Il était le membre le plus haut gradé sur place, alors ils ont dû suivre ses ordres. » expliqua Harry, la mâchoire crispée. « Sirius ne lui a jamais pardonné de ne pas avoir tout fait pour les sauver. Mon père était son ami d'enfance et ma mère était aussi très proche de lui. Malgré cela, Pettigrew les a abandonnés lâchement quand ils avaient le plus besoin de lui. C'est un traître et un lâche. »
Une lueur de tristesse et de rancœur passa dans ses yeux tandis qu'il expliquait la situation.
« Après ça, Pettigrew a préféré quitter l'Ordre pour rejoindre la Révolte. Il est désormais le sous-fifre de Sturgis Podmore. » ajouta Harry avec dédain.
Il secoua la tête.
« Mais ne gaspillons pas plus de salive pour ce lâche. Il n'en vaut pas la peine. » déclara-t-il.
Il observa ses alentours.
« On devrait se reposer un peu. Les discussions promettent d'être longues et éprouvantes. »
Ils s'étaient peu reposés durant les dernières quarante-huit heures. Perdus dans les bois, ils avaient longuement erré à la recherche du repaire. Harry et Hermione explorèrent le reste de la cabane qui leur avait été attribuée. Celle-ci comportait un second étage avec une pièce supplémentaire et une petite salle de bain sommaire. Harry lui suggéra d'occuper la chambre tandis qu'il resterait à l'étage inférieur avec Severus.
Épuisée, Hermione se laissa tomber sur le lit de camp et sombra immédiatement dans un sommeil profond dès que sa tête toucha l'oreiller, un phénomène plutôt inhabituel pour elle. D'ordinaire, elle passait des heures à se tourner et se retourner, anxieuse à l'idée d'être assaillie par ses cauchemars récurrents. Après une sieste réparatrice et inhabituellement paisible, elle émergea avec l'esprit encore embrouillé. Elle retrouva Harry et Severus dans la salle principale de la cabane. Rogue était penché devant un récipient luisant, sa baguette tendue au niveau de sa tempe. Hermione reconnut une Pensine. Elle en avait déjà vu une au Manoir des Nott, que Théodore utilisait parfois. Elle n'eut pas le temps de poser de questions car Emmeline fut retour et les invita à se joindre aux autres membres du camp.
La nuit était tombée et Hermione eut tout le loisir de découvrir le campement sans un nouveau jour. Des sphères lumineuses flottaient dans les airs, illuminant le camp d'une lumière douce et rendant l'endroit plus accueillant. Des guirlandes de vers luisants pendaient des ponts suspendus qui reliaient les cabanes perchées dans les arbres. Un feu de camp généreux crépitait gaiement et plusieurs personnes étaient assises autour des tables, discutant et riant joyeusement devant des bols fumants.
L'ensemble du campement dégageait désormais une ambiance bien plus chaleureuse qu'à leur arrivée. Hermione ne manqua pourtant pas les regards appuyés et hostiles qu'ils reçurent tandis qu'ils s'installaient à une table vacante. Emmeline fit un signe à un homme qui se tenait près d'une marmite suspendue au-dessus du feu. Il hocha la tête et servit rapidement trois bols de ce qui semblait être un ragoût épais, les présentant à la hâte de manière qu'une partie du contenu se renversa sur la table. Ils commencèrent à manger en silence, les yeux fixés sur les flammes dansantes du feu. Le ragoût n'était pas exceptionnel, mais il était chaud et rassasiant, ce qui était déjà beaucoup après leur long voyage.
Quelques instants plus tard, Hermione releva la tête, alertée par un certain tumulte autour d'elle. Des cris et des encouragements fusaient de partout. Elle vit Sturgis Podmore, le leader de la faction, traverser la foule pour se hisser sur la table la plus proche du feu. Du haut de sa stature imposante, il dominait l'assemblée. Le silence se fit et Hermione remarqua que toute l'attention était maintenant rivée sur lui.
« Mes frères et sœurs de lutte. Je tiens à vous remercier pour votre engagement et votre dévouement sans faille pour notre cause. Nous avons parcouru un long chemin depuis le début de notre lutte, ponctué de victoires et de défaites. Mais l'important, c'est que nous n'avons jamais abandonné. » glorifia-t-il.
La posture fière et confiante, il balaya l'audience du regard.
« Chacun d'entre vous contribue à notre succès et joue un rôle vital dans notre combat quotidien. Nous avons fait face à des obstacles et des défis que nous n'aurions jamais imaginés à nos débuts, et nous continuons à tenir tête et les surmonter grâce à notre persévérance et à notre unité. » poursuivit-il.
Certains membres acclamèrent les paroles de Sturgis avec enthousiasme et d'autres levèrent leurs verres en signe d'approbation.
« Nous ne sommes pas ici pour être des lutins esclavagés suivant docilement un leader qui refuse de prendre des risques. Non, chaque jour, nous sommes en première ligne, risquant nos vies pendant que certains se cachent et passent leur temps à élaborer des plans qu'ils ne mettent jamais à exécution. Dites-moi, mes frères et sœurs de lutte, comment une telle personne pourrait nous conduire à la victoire et la liberté ? Nous ne sommes pas des moutons suiveurs qui attendent qu'un arriviste ailé – qui n'a encore rien prouvé – décide de notre avenir. Non, nous sommes des loups féroces et déterminés, prêts à tous les sacrifices pour défendre nos valeurs et notre droit à la liberté et à l'autodétermination. » rugit Sturgis avec passion.
En disant cela, il avait jeté un regard bref mais sans équivoque vers la table où Hermione et ses compagnons étaient assis.
« Certains pensent pouvoir obtenir la liberté par la coexistence pacifique ou par la diplomatie. Mais je vous le dis, mes amis, cela ne nous mènera qu'à l'asservissement. Nous ne pouvons pas nous permettre d'être faibles ou incertains, sinon nous serons écrasés par nos ennemis. » assura-t-il d'une voix forte.
Sturgis marqua une pause, laissant ses paroles résonner dans le campement, ajoutant ainsi une touche dramatique à son discours.
« Mais ne vous méprenez pas, mes amis, nos ennemis sont redoutables. Ils ont l'habitude d'être incontestés depuis des siècles. Ils croient en leur supériorité naturelle et nous considèrent comme des esclaves. Ils se trompent. Nous sommes forts, nous sommes résistants, nous sommes déterminés. Et nous allons les écraser. Les anéantir jusqu'au dernier. Aucune miséricorde ne leur sera offerte. Seule la vue de leur sang frais et de leurs corps déchiquetés pourra nous satisfaire. »
Des exclamations exaltées et véhémentes retentirent de toutes parts. Hermione sentait une effervescence dans les airs.
« Nous lutterons jusqu'à notre dernier souffle, pour notre liberté, pour notre avenir, pour notre survie. Nous avons déjà parcouru un long chemin semé d'embûches, mes amis, mais le vrai combat ne fait que commencer. Il reste tant à accomplir. Nous ne pouvons pas nous complaire dans la facilité. Nous devons persévérer dans notre lutte pour la liberté, la dignité, et pour honorer la mémoire de ceux qui ont jadis porté ce fardeau et sacrifié leur vie pour
cette noble cause. Nous ne les décevrons pas. » affirma-t-il avec une ardeur contagieuse.
Sturgis brandit son verre vers le ciel, le visage animé par la détermination et la passion.
« Alors, je vous le redemande, mes compagnons de lutte : qui se joint à moi ? » lança-t-il d'une voix tonitruante. « Qui se lève pour la Révolte du Yorkshire ? »
Des exclamations retentissantes jaillirent du campement, des verres s'élevèrent en écho.
« À la Révolte du Yorkshire ! » s'exclama l'assemblée en chœur, des expressions déchaînées sur le visage.
L'ambiance était électrisante. Une énergie magnétique flottait dans l'air, créant un champ d'énergie qui traversait tout le campement, instillant une sensation vibrante dans chaque participant. Fascinée, Hermione observait les autres rugir et applaudir frénétiquement. Les mots de Sturgis, emplis de force et de conviction, résonnaient en elle, lui rappelant pourquoi elle avait choisi de se joindre à la Résistance. Elle s'identifiait à son discours. Hermione avait été témoin direct de la brutalité du régime de Voldemort et connaissait bien le destin réservé à ceux comme elle. Pourquoi devraient-ils être les seuls à manifester clémence, retenue et moralité, alors qu'ils étaient impitoyablement massacrés par leurs ennemis pour leur simple existence ? Même si l'Ordre du Phénix pensait différemment, elle savait que cette lutte ne pourrait être dissociée de la violence.
Hermione détourna les yeux et croisa le regard intense d'Harry. Il y avait une lueur énigmatique dans ses yeux verts, brillant au reflet des flammes. Elle se demanda s'il avait remarqué son intérêt accru pour le discours de Sturgis. L'atmosphère dans le campement devint électrique, vibrante d'une énergie débordante et contagieuse. Les résistants dansaient, chantaient et riaient, galvanisés par le discours motivant de leur leader et les encouragements de leurs camarades. C'était une soirée de célébration, une occasion de se rassembler et d'oublier un instant les souffrances du monde extérieur. Pendant un bref moment, Hermione parvint à oublier ses propres tourments.
Elle leva les yeux et vit la pleine lune briller dans le ciel. Perdue dans l'agitation de la fête, elle pensa à Théodore, à sa famille, à Ginny. Songeaient-ils à elle comme elle songeait parfois à eux ? Son cœur se serra et elle prit une gorgée de son verre. Théodore lui manquait terriblement. Son amour, sa présence, son dévouement, sa chaleur. Il l'aimait sincèrement, sans artifice. Pouvoir être elle-même avec quelqu'un d'autre, y compris dans ses facettes les moins séduisantes, était un cadeau qu'elle avait eu la chance d'expérimenter. Et elle ne s'était pas rendu compte de sa chance.
Comme à chaque fois qu'elle pensait à lui, elle sentit un pincement dans sa poitrine. Son cœur était lourd de tristesse. Elle s'efforça de reprendre ses esprits. Elle ne pouvait pas se laisser submerger par ses émotions. Elle devait se concentrer sur son objectif. Sa lutte actuelle était plus grande que ses désirs personnels. Plus importants que ses sentiments. Sans cela, ils ne pourraient jamais vivre leur amour en toute liberté.
Un cri déchirant la ramena brusquement à la réalité. Elle se tourna vers Harry qui fixait quelque chose au centre du campement. Elle suivit son regard, cherchant l'origine des cris
« Nous sommes attaqués ! Ils sont là ! » entendit-elle hurler. « Ils ont réussi à pénétrer dans le deuxième campement ! »
Comme vous l'aurez remarqué - votre reine du suspense ne s'arrête jamais. Je crois que conclure un chapitre sans un cliffhanger me donnerait des palpitations - je n'ai tout simplement pas le choix.
Je suis contente d'avoir davantage creusé le personnage de Bill, après tout ce temps. Que pensez-vous de sa décision de cacher la vérité à Ginny pendant toutes ces années ? Quelle retombée cela aura-t-il sur leur relation ?
J'espère que vous avez apprécié le passage sur la Révolte de Yorkshire. Je pense que ça doit se voir avec ce chapitre et le précédent, j'adore passer du temps à inventer et décrire les différentes factions et leur mode de fonctionnement. Je ferai un récap de ces dernières au chapitre suivant.
Ensuite, 60 chapitres, omg ! C'est un jalon qui mérite d'être célébré. J'ai toujours du mal à réaliser que nous avons parcouru un chemin aussi long. Et cette histoire continue de me captiver. Merci de m'accompagner dans cette aventure excitante !
J'ai trop hâte de vous faire lire le prochain chapitre, il est sensationnel. En attendant, laissez un petit mot et on se capte bientôt !
Fearless
