Chapitre 2 :

Réveil dans un autre monde

Le lendemain matin, alors que Akifumi était sur le chemin pour aller à la clinique avec Haiko, son père et le garde du corps de celui-ci, un japonais assez impressionnant nommé Soren, il décida de s'arrêter dans un magasin pour faire quelques achats et il traîna tout le monde avec lui. S'il resta stoïque et froid de l'extérieur, il fut très amusé intérieurement d'amener une bande de quatre hommes en costard cravate chic dans un rayon de peluche. Il était intérieurement mort de rire de voir les airs blasés de leurs deux gardes du corps. Rengu lui, prenait cela avec amusement n'ayant pas vraiment beaucoup d'occasions de se détendre un peu avec son travail. Et puis il avait eu pas mal d'enfants alors les magasins de jouets, ça le connaissait puisqu'il avait toujours aimé gâter ses rejetons dans des mesures raisonnables.

Akifumi voulait acheter une peluche pour son petit protéger et même s'il n'en savait encore que peu sur sa vie, leurs suppositions laissaient présager qu'il n'avait jamais eu droit à ce genre de chose. Et il se disait qu'une peluche avait un côté réconfortant pour un enfant. Il se décida pour un panda roux grandeur nature mesurant un peu plus d'un mètre de long. Il était doux et terriblement mignon. Il ricana intérieurement en constatant qu'une bande de japonais en costard dans un rayon de peluche dans un magasin de Londres attirait pas mal l'attention. Mais il avait l'habitude de ce genre de chose lorsqu'il voyageait alors il s'en amusait plus qu'autre chose. Et puis il voulait vraiment faire cet achat, espérant que ça plairait à son petit protéger. Il alla acheter aussi quelques pyjamas, se disant que ce serait bien plus confortable pour l'enfant que les vêtements hospitaliers.

Le groupe reprit ensuite la direction de la petite clinique. Il était encore relativement tôt et tout était calme. Haiko et Soren restèrent postés dans le couloir alors que Akifumi et Rengu entraient ensemble dans la chambre du jeune garçon. Hideaki était déjà là et aidé de l'infirmière attitrée de l'enfant, il changeait ses pansements, nettoyant et vérifiant l'état des plaies. Le père et le fils s'approchèrent en silence et saluèrent les deux soignants qui leur rendirent. Ce fut alors l'occasion pour les deux hommes de découvrir de leurs yeux l'étendue des dégâts. C'est en silence, qu'ils observèrent l'opération. Le jeune garçon était couvert de plaies dont les plus longues et ou profondes étaient suturées soigneusement, de contusions et de bleus plus ou moins impressionnants. Lorsque Hideaki s'occupa de son dos, ils découvrirent les inscriptions gravées dans sa peau et tout deux serrèrent poings et mâchoires de colère, horrifiés du traitement qui avait été infligé à l'enfant. Akifumi se calma rapidement, se promettant de faire payer au responsable.

- Pourra-t-on faire disparaître ces cicatrices ? Demanda-t-il alors que Hideaki terminait de remettre des pansements propres sur les blessures.

- Avec de la chirurgie esthétique, c'est possible, répondit le médecin. D'ailleurs, je pense qu'une opération au niveau de ses mains sera indispensable. Ses doigts ont été cassés plusieurs fois et se sont mal ressoudés. Ça doit le gêner pour écrire ou tenir des objets, expliqua-t-il.

Le médecin et l'infirmière soignèrent ensuite les brûlures et blessures sur ses jambes toujours sous l'œil attentif des deux autres, la chambre de nouveau plongée dans le silence. Lorsqu'ils voulurent rhabiller l'enfant, Akifumi leur donna l'un des pyjama qu'il avait acheté. En deux pièces, il était fait de très douces étoffes d'un bleu foncé digne des océans des pôles. Le vêtement était confortable et chaud. Il s'avéra qu'il était un peu grand pour l'enfant mais celui-ci était tellement maigre que ça n'avait rien d'étonnant. Les manches larges permettaient ainsi de faire passer le bras plâtré du jeune garçon.

Lorsque l'infirmière s'éloigna pour ranger le matériel utilisé, Akifumi prit sa place à droite du lit. Il remit les couvertures en place sur son jeune protégé inconscient avec douceur et soin alors que Hideaki vérifiait les perfusions. Une fois fait, le jeune homme s'assit au bord du lit. Il sortit doucement le pendentif de Rui du dessous des vêtements de l'enfant et le reposa soigneusement sur sa frêle poitrine. Il sursauta en sentant le bijou chauffer légèrement entre ses doigts mais comme la veille, ce fut si furtif qu'il n'aurait su dire si cela avait été réel. Observant le jeune garçon, il remit d'un geste précautionneux ses cheveux en place, dégageant son visage encore marqué de bleus et parsemé de petits pansements. Il se sentait déjà très proche de lui bien qu'il ne sache que très peu de choses le concernant. Il voulait le protéger.

L'infirmière finit par s'en aller, laissant les trois hommes entre eux. Rengu reprit place dans le fauteuil près du lit et Hideaki resta de l'autre côté du matelas.

- Il n'y a pas eu de problème cette nuit ? Demanda Akifumi dans sa langue natale.

- Non. Tout s'est bien passé, répondit le médecin. Et son état est globalement satisfaisant vu ce qu'il a subi même s'il va avoir besoin de beaucoup de repos et de temps pour s'en remettre. Il ne fait pas d'infections mais la guérison va être lente vu ses carences, ses défenses immunitaires faibles et l'épuisement global et avancé de son corps n'aide pas. Ses os vont mettre plus de temps que la normale à se ressouder. Mais en lui laissant le temps et avec des soins adaptés, ça ira sans problème.

- Tant mieux, sourit Akifumi. Le réel problème sera donc sûrement son état mental.

- Je le pense aussi. On va le réveiller cette après midi, reprit Hideaki. Le mieux serait que vous soyez seul avec lui Akifumi-sama. On va éviter d'être trop nombreux autour de lui au moins au début. Il va d'abord falloir gagner sa confiance et surtout faire en sorte de lui éviter le maximum de stress. Il faut absolument faire en sorte qu'il reste calme et qu'il ne s'agite pas.

- Je vais m'en occuper, ça ira, répondit le jeune homme.

Ils discutèrent encore un peu, puis on entendit toquer à la porte. Akifumi donna l'autorisation d'entrer et Haiko apparut :

- Seigi est là, informa-t-il.

- Fais le entrer, répondit son ami.

Ce fut alors un homme japonais d'une trentaine d'années qui apparut. Vêtus d'un costume sans cravate, ses cheveux noirs tombaient sur ses épaules. Il avait une carrure semblable à celle d'Akifumi, bien dessinée avec une allure fier et élégante. Souriant et jovial, il portait un dossier sous le bras. Il salua respectueusement Rengu et son fils avant d'en faire de même avec Hideaki. Haiko ressortit et referma la porte. Les quatre hommes allèrent s'installer dans le salon de la chambre, père et fils sur un fauteuil et les deux autres en face.

- Alors Seigi, commença Akifumi d'une voix sérieuse chargée d'un peu d'impatience et de curiosité, as-tu pu découvrir qui il est ? Demanda-t-il en jetant un bref coup d'œil vers son protégé.

- J'ai même pu découvrir tout ce qu'il y avait à découvrir sur lui. Ça n'a pas vraiment été compliqué, répondit celui-ci.

- Nous t'écoutons, poussa le jeune homme.

- Alors avec les informations que Hideaki-sensei m'a donné plus une photo, j'ai rapidement découvert son identité. J'ai d'abord cherché parmi les habitants des quartiers autour de l'endroit où vous l'avez découvert Akifumi-sama et je l'ai trouvé. Il s'appelle Harry James Potter et il habite au 4 Privet Drive, Little Whinging. C'est à quelques dizaines de mètres du parc où vous l'avez trouvé, commença-t-il. Il a eu huit ans il y a deux semaines.

- Il paraît deux ans de moins, souffla Rengu.

- C'est à cause de son retard de croissance, expliqua Hideaki.

- Continu Seigi s'il te plaît, demanda Akifumi en observant l'homme avec curiosité.

- Ses parents étaient James Potter et Lily Potter née Evans, reprit-il alors. Des gens visiblement ordinaires et sans histoire. Ils avaient une situation confortable. Harry est leur seul fils. Malheureusement, le couple a été assassiné lorsqu'il avait un an. De toute évidence, on n'a jamais retrouvé le meurtrier et le mobile reste inconnu. Ils ont été attaqué chez eux. Son père a été retrouvé au rez de chaussé et sa mère à l'étage juste devant son lit. Il y a également eu une explosion d'origine inconnue. On ne sait pas ce qu'il s'est produit mais cet événement a laissé Harry orphelin.

Dans la pièce, tous étaient très attentifs à son récit et le silence régnait alors que Seigi consultait rapidement le dossier qu'il avait amené. Puis il reprit :

- Après cet événement, il a été placé chez la seule famille qui lui restait. Il s'agit de la sœur de sa mère. Pétunia Dursley, née Evans, mariée à Vernon Dursley. Ils ont un fils du même âge que Harry : Dudley. En apparence, c'est une famille des plus banale. Le mari travaille dans une entreprise de perceuses et gagne très bien sa vie. Sa femme est sans emploi. Ils possèdent leur propre maison, bref rien de particulier dans leur vie.

Il fit une pause, regardant ses interlocuteurs et jetant un bref coup d'œil vers l'enfant inconscient avant de reprendre :

- Pour ce qui est de ce jeune garçon, je me suis intéressé à tout ce que j'ai pu obtenir sur lui. Je n'ai pas trouvé grand chose. Dans un ordre chronologique, il y a d'abord un passage à l'hôpital pour un bras cassé et quelques coupures. La raison avancée était une chute alors qu'il jouait avec son cousin. Le dossier indique que les médecins avaient constaté des traces de coups mais rien n'a été fait pour en savoir plus. Ensuite, plus rien jusqu'à son entrée à l'école à cinq ans. Son dossier scolaire n'est pas particulièrement reluisant mais vu son âge, ce n'est pas bien grave, surtout si on considère sa situation. J'ai contacté ses professeurs. On le décrit comme un enfant très renfermé et silencieux, dans son monde. Encore une fois, il semble qu'ils aient constaté qu'il était trop maigre et vu son caractère très introvertis, la maltraitance a été soupçonnée. Ils ont contacté les Dursley et ceux-ci leur ont dit que Harry avait été perturbé par la mort de ses parents et qu'il avait des troubles mentaux. Ils leurs ont dit qu'il était suivi par un psychologue. C'est avec cette excuse qu'ils ont expliqué l'état de l'enfant mais aucun dossier médical ne vient corroborer ça.

Il marqua une pause et eut un sourire ironique :

- C'était une excuse très grossière pour moi. Mais personne n'a cherché plus loin. Entre temps, il y a encore eu deux ou trois rapport médicaux pour des fractures. Encore une fois, il y a eu des soupçons de maltraitance mais rien n'a abouti et personne n'a cherché à savoir quoi que se soit. J'ai aussi trouvé un passage chez un ophtalmologue pour un soucis de vue. Je me suis ensuite renseigné dans leur voisinage. Encore une fois, on m'a décris Harry comme un enfant très renfermé et silencieux. On m'a raconté qu'on le voyait souvent s'occuper du jardin ou d'autres travaux. Les gens ont aussi soupçonné la maltraitance et on m'a même dit qu'ils entendaient parfois des cris venant de la maison mais les Dursleys ont remis la même excuse en avant, disant que c'était un enfant très perturbé qui faisait de violentes crises pendant lesquelles il se blessait. Et là encore, personne n'a cherché plus loin.

- Mais bon sang, ces gens étaient complètement aveugles ma parole, ragea Akifumi. La situation était visiblement flagrante.

- Et pourtant, reprit Seigi, d'après ce que j'ai vu et entendu, les Dursley passent pour les bons samaritains qui ont recueilli un pauvre orphelin perturbé. Tout le monde se satisfait de cette explication mais franchement, ceux à qui j'ai parlé n'avaient même pas l'air d'être convaincu eux même par ce qu'ils disaient. Je crois que tout le monde sait ce qu'il se passe mais personne ne l'admet. Ça se voyait. J'ai voulu en avoir le cœur net pour savoir jusqu'où ça allait exactement. Alors je suis allé voir la maison. J'en ai fait le tour discrètement et comme il n'y avait personne, je suis entré.

Personne ne sembla choqué le moins du monde par le fait que l'homme soit entré par effraction chez les Dursley. Tous attendaient la suite avec impatience mais leur colère pouvait déjà se voir dans leurs traits.

- En apparence, une maison normale, reprit Seigi. Sauf que voilà il n'y a quasiment aucune trace de la présence de ce jeune garçon dans cette maison. Si je n'avais pas eu des photos des Dursley et confirmation des voisins, j'aurais cru que je me serais trompé d'endroit. Il y a de nombreuse photos de famille dans le salon par exemple mais aucune trace d'Harry sur celles-ci. Et quand on le compare à son cousin, la différence est flagrante. Dudley est une baleine miniature comme son père et de toute évidence, il est le chouchou de ses parents. À l'étage, j'ai trouvé deux chambres d'enfant pleine de jeux mais visiblement, elles sont toutes les deux à son cousin qui doit-être vraiment pourri gâté même si c'est vraiment une attitude étrange. Mais encore une fois, les photos présentes dans la pièce confirme cette hypothèse. Mais il y avait un problème avec cette supposition : où pouvait bien dormir Harry ? J'ai eu du mal à trouver.

Il s'arrêta un instant et se redressa un peu. Il semblait avoir du mal avec la suite de son discours et tous se tendirent d'appréhension. Il y eut un court silence avant qu'il ne reprenne :

- J'ai finis par tomber sur un petit placard sous l'escalier. Il y avait de gros cadenas sur la porte mais ils étaient ouverts. J'ai failli passer à côté. C'est une très petite pièce de quoi ? Un mètre trente sur un et très basse de plafond. Quand j'ai ouvert, j'ai trouvé où Harry vivait. Il y avait un petit lit miteux, si on peut appeler ça un lit, soupira-t-il. Il y avait aussi quelques vêtements plus qu'usés et bien trop grands pour lui, deux trois soldats de plombs et une paire de lunette brisée, dit-il en sortant l'objet de sa poche et le posant sur la table basse avec délicatesse. Mais le pire n'était pas là. J'ai failli être malade en ouvrant cette porte de placard. Sa sentait le sang à plein nez. Il y avait du sang séché partout, des traces anciennes et récentes, sur les murs et les couvertures.

Il sortit quelques photos et les distribua aux présents. Tous pâlirent en découvrant l'image de ce que leur avait décris l'homme. Il y eut un silence choqué et tous purent sentir la colère de ses voisins monter autant que l'horreur de voir une telle chose. Seigi finit par reprendre :

- Dans ce placard j'ai aussi trouvé des listes de corvées. Je pense qu'en plus d'être battu, maltraité et privé de nourriture, ils se servaient aussi de lui comme domestique. Et si vous voulez mon avis, ils le haïssaient, on peut donc supposer qu'il y avait aussi une maltraitance morale. Si je me fie aux affaires de ce type que j'ai déjà vu, on peut aussi avancer des choses comme l'interdiction de prendre des douches chaudes mais plutôt froide et toute sorte interdictions de ce genre. Ça arrive souvent dans ce genre de cas. Donc pour moi, la situation est claire : cet enfant a vécu un enfer et personne n'a jamais rien fait pour l'aider, conclu-t-il.

Il se tut et observa son patron, Akifumi, qui semblait au bord de l'explosion. Et cela le choqua vraiment. Akifumi savait parfaitement maîtriser ses émotions et en temps normal, on ne distinguait rien sur ses traits. Et ce, dans toutes les situations possibles et imaginables. Cela faisait quelques années que Seigi travaillait pour lui et jamais il n'avait pu voir l'une de ses émotions mais là, il semblait vraiment hors de lui. Ses poings étaient serrés jusqu'à en couper la circulation sanguine. À ses côtés, Rengu avait aussi le visage dur et les yeux brûlant de colère. Seigi sut alors que cette affaire allait faire très mal pour les Dursley. Être l'ennemi des Uizado n'était vraiment pas une bonne idée, ils pouvaient vraiment être cruels s'ils le voulaient.

- Pour le moment, on va attendre qu'il se réveille, annonça finalement Akifumi après avoir repris le contrôle de ses émotions. J'essaierais de gagner sa confiance et de le faire parler un peu là dessus. On verra ce que ça donne. Mais si j'ai bien compris, il n'a personne, plus de famille ? Demanda-t-il en regardant Seigi.

- Non, il n'y a personne d'autre pour lui alors si vous décidez de faire quelque chose, il ira sûrement dans une famille d'accueil, répondit celui-ci. Voulez vous que je commence à chercher une famille et à monter un dossier ?

- Non, on va attendre pour ça. Ne fais rien pour l'instant. Les Dursley n'ont pas signalé sa disparition ? Demanda Akifumi.

- Non, j'ai vérifié juste avant de venir. La question que je me pose est de savoir pourquoi ils l'ont laissé dans ce parc ? Ils se sont toujours évertués à le cacher alors pourquoi faire une telle chose ? Sans compter le fait que s'il avait été retrouvé par les autorités, peut-être mort, l'enquête les aurait forcément accusée. Prendre un tel risque me semble étrange même s'ils voulaient se débarrasser de lui. Je me suis un instant demandé s'il ne s'était pas enfuis lui même mais...

- Il y a très peu de chance qu'il en est été capable, continua Hideaki. Mais même dans son état, il y a une toute petite chance pour que se soit possible. L'instinct de survie peu pousser à beaucoup de choses même si je doute très fortement de cette possibilité.

- J'essaierais de lui poser la question, annonça Akifumi. En attendant, on va attendre qu'il se soit réveillé et de lui avoir parlé avant de faire quoi que se soit. Merci pour ton travail Seigi. Je t'appellerais pour la suite des événements lorsque j'aurais pris une décision. Pour le moment, surveille juste si personne ne déclare sa disparition ou autre.

- Hai Akifumi-sama, répondit-il.

Il se leva ensuite, salua tout le monde et prit congé en laissant le dossier qu'il avait constitué à son patron. Il y eut un moment de silence puis ce fut Hideaki qui se leva. Il ramassa la paire de lunette laissée par Seigi et déclara qu'il allait essayer d'en refaire faire une paire correcte pour que l'enfant puisse voir clair en se réveillant. Akifumi approuva et se retrouva alors seul avec son père et son protégé. Il se leva, attrapa la peluche qu'il avait acheté et s'approcha du lit. Il s'y assit et déposa le panda roux près de l'enfant toujours profondément endormi. Il l'observa pensivement, réfléchissant et calmant sa colère. La vie du jeune garçon qu'il savait maintenant s'appeler Harry, avait vraiment dû être terrible. Il ne pouvait permettre une telle chose.

Il le regarda pendant un long moment et finit par être rejoint par son père qui se tint debout à ses côtés, observant lui aussi l'endormi.

- Aki, appela-t-il doucement, as tu une idée de ce que tu vas faire ?

- Faire payer aux monstres qui lui ont fait ça, c'est une chose certaine, répondit avec assurance.

- Ça je m'en doute bien. Mais pour cet enfant ? Demanda-t-il.

- Je ne sais pas encore. Je vais y réfléchir. Quoi qu'il en soit, il aura une meilleure vie à partir d'aujourd'hui et peu importe la manière que je choisirais pour lui offrir, j'y veillerais. Pour le moment, je vais lui donner les soins dont-il a besoin, faire en sorte qu'il puisse se remettre et je vais essayer de parler avec lui si j'y arrive.

- Fais ce qu'il te semble utile et juste mon fils. Tu sais que je te suis. Et si Rui t'a conduit à lui alors, c'est vraiment qu'il doit avoir besoin de toi.

- Ça c'est sûr. Et je ferais ce qu'il faut, je ne supporte pas que l'on maltraite les enfants mais lui ce n'est seulement à de la maltraitance à laquelle il a eu droit mais à de la véritable torture. Ce n'est pas la première fois que je vois ce genre de chose mais là... je me sens déjà tellement concerné par son sort.

- Tu sais, je ne pense pas que que ce soit un hasard si c'est toi qui ai été conduit à lui, alors fais comme tu le sens. Il faut que j'y aille, j'ai rendez vous avec nos chères collaborateurs pour le déjeuner, dit-il avec un sourire ironique.

- Désolé, j'étais pourtant venu avec toi pour t'aider.

- Ce n'est rien, la vie de cet enfant est plus importante qu'un dîner d'affaire avec une bande de lèches bottes, ricana-t-il. Et encore une fois, si tu as décidé à la dernière minute de m'accompagner, il y avait peut-être une raison autre que les affaires, avança-t-il.

- Tu as peut-être raison. À la base je n'avais aucune intention de venir et à bien y réfléchir, je ne sais même pas ce qui m'a fait changer d'avis.

- Ce n'est pas un hasard, renchérit Rengu. Occupe toi bien de lui et tiens moi au courant, dit-il en se dirigeant vers la porte.

- Merci oto-san (papa). Je te verrais ce soir à l'hôtel ou je t'appellerais suivant ce qu'il se passera.

L'homme approuva et s'en alla avec un signe de main. Akifumi se leva et alla récupérer le dossier laissé par Seigi. Il revint s'installer dans le fauteuil près du lit et relut attentivement chaque information, regardant également les photos qu'il y avait. Haiko l'interrompit en lui amenant un déjeuner et ils s'installèrent tout les deux dans le salon pour manger en discutant tranquillement. Ce fut que quelques heures plus tard, au milieu de l'après midi, que Hideaki revint dans la chambre. Haiko s'en alla, les laissant seuls. Le médecin sortit une paire de lunettes à la monture noire et rectangulaire :

- J'ai réussi à lui trouver une paire qui devrait aller à sa vue, annonça-t-il. On pourra faire venir un ophtalmologue lorsqu'il sera réveillé pour vérifier ça.

- Merci Hideaki-sensei, remercia le jeune homme en prenant l'objet. Vous allez le sortir du coma alors ?

- Oui, répondit-il en se mettant au travail. Il devrait se réveiller dans les deux heures qui viennent, peut-être un peu plus. Il va être déboussolé et il va sûrement avoir du mal à faire le point. Il va être groggy pendant un moment. Je vais lui donner des antidouleurs parce que malgré tout, ses blessures pourront encore le faire souffrir, ses côtes par exemple. La priorité est qu'il reste le plus calme possible. C'est indispensable à sa guérison. Avec la légère commotion qu'il a et même si elle guérit bien, il risque d'avoir un peu de mal à réfléchir et à se concentrer.

Il s'activa autour de l'enfant pendant un moment et lorsqu'il eut terminé, il reprit la parole :

- Je vais redresser le lit, dit-il en s'exécutant et en relevant l'enfant qui se retrouva semi assis, comme ça, il pourra voir clairement son environnement. Ça devrait aider à le rassurer. Je vous laisse aussi de l'eau fraîche, il aura sûrement soif.

Akifumi écouta ses recommandations puis le médecin quitta la pièce en rappelant toutefois qu'il n'était pas loin s'il avait besoin de lui. Une fois seul avec son protégé, le jeune homme remit les couvertures en place sur lui et écarta d'un geste doux les cheveux bruns de son visage. Il plaça ses lunettes sur son nez, s'assurant ainsi qu'il pourrait voir clair. Il l'observa tranquillement, réfléchissant encore. Il finit par reprendre place dans le fauteuil, attendant patiemment que le jeune garçon se réveille. Et finalement, deux heures et demi plus tard, l'enfant commença à s'agiter légèrement et les traits de son visage s'animèrent doucement. Akifumi qui avait déjà toute son attention dirigée vers lui se redressa un peu, attentif mais attendant patiemment que le jeune garçon émerge à son rythme.

Harry avait l'impression de flotter dans les nuages. Alors qu'il revenait doucement à lui, il se sentait comme dans un rêve, puisqu'il n'y avait que dans un rêve qu'il pouvait être aussi à l'aise. Il était au chaud et particulièrement bien installé. Et surtout, pour la première fois depuis longtemps, il ne sentait aucune douleur. Il sentait son corps lourd et engourdi mais il n'avait pas mal. Alors il rêvait forcément. Il resta simplement à savourer cette sensation, ne pensant à rien. Il était bien là. Se réveillant un peu plus, il sentit même son amie invisible, sa compagne de toujours, cette énergie autour de lui qui était son seul réconfort. Comme toujours, elle était là, indéfectible. Mais quelque chose avait changé. Habituellement, il émanait d'elle tristesse, inquiétude, soutient et tendresse pour lui mais aussi colère et rage envers ses agresseurs. Elle lui communiquait sa force, lui murmurant de tenir bon. Mais aujourd'hui, c'était différent. Aujourd'hui il y avait bien sûr toujours ce soutient, cette force et cette tendresse qu'elle lui communiquait mais l'inquiétude et la tristesse n'étaient plus là, la rage et la colère c'étaient atténuée. Elle semblait presque chantonner de bonheur, elle était joyeuse et heureuse et elle lui communiquait un bien être et une détente nouvelle.

Il se demanda d'où venait ce changement. Se mettant à réfléchir, il essaya de se souvenir de ce qu'il s'était passé avant qu'il ne ferme les yeux la dernière fois. Il lui fallut un moment pour que tout revienne. Et puis il se souvint. Il se souvint de Vernon totalement hors de contrôle. Il se souvint du couteau, du feu, de la ceinture. Il se souvint de la douleur, des brûlures. Et il se souvint de ce que son oncle lui avait fait. Il sentait encore ses mains sur lui même si tout était flou. Tout était brouillé par la douleur mais il y avait des traitement que rien ne pouvait effacer. Alors que tout revenait, il se tendait, il en avait assez, il n'en pouvait plus. Il ne supportait plus.

Puis il se souvint de sa fuite aidée de son amie de toujours qui l'avait porté et guidé. Il se demanda alors ce qui avait pu se produire. Est-ce qu'il était mort ? Ou alors est-ce que quelqu'un l'avait trouvé ? Mais si c'était le cas, ça allait être comme d'habitude, on finirait par le renvoyer chez son oncle sans plus d'attention. Il se sentit désespéré à cette constatation. C'était toujours la même chose. Personne ne voulait l'aider, personne ne voulait le voir. Il le savait pourtant, son oncle, sa tante et son cousin n'arrêtaient pas de lui dire. Il ne méritait pas de vivre, il ne méritait ni amour ni affection ni attention, il n'était bon à rien, il ne valait rien. Il n'était qu'une gêne. Il n'était rien et tout le monde lui faisait bien sentir. Personne ne lui adressait ne serait-ce qu'un regard positif. On l'observait plutôt comme une bête étrange. Il sentit les larmes lui brûler les yeux bien qu'il n'ait pas encore levé les paupières.

De son côté, Akifumi l'avait observé pendant plusieurs minutes. Il l'avait vu se tendre et se crisper à vue d'œil. Il n'eut pas à chercher bien loin pour savoir à quoi il pensait : il devait sûrement de rappeler de ce qui lui été arrivé. Et puis soudain, il vit une tristesse et un désespoir immense s'imprimer sur son visage et les larmes apparurent au coin de ses yeux. L'une d'entre elle s'échappa rapidement, roulant sur la joue pâle. L'homme sentit son cœur se briser à cette vision. Il tendit une main vers l'enfant et du bout des doigts, il caressa sa joue, effaçant la larme. La réaction ne se fit pas attendre : le jeune garçon sursauta violemment, il chercha instinctivement à s'éloigner, ouvrant brusquement les yeux et regardant frénétiquement autour de lui, tremblant et paniqué. Akifumi recula immédiatement.

En sentant le contact sur sa peau, Harry sentit sa terreur remonter en flèche. À chaque fois qu'on l'avait touché par le passé, ça avait été synonyme de douleur pour lui. Alors il avait appris à fuir très vite ce genre de chose. Se réveillant difficilement, désespéré et triste, il avait senti ses larmes déborder et rouler sur ses joues. Mais il ne s'était pas du tout attendu cette peau chaude qui l'effleura doucement. Surprit, il sursauta violemment, s'éloignant comme il pouvait. C'est alors qu'il se rendit compte qu'il n'arrivait pas à bouger correctement. Il sentait son bras droit comme emprisonné, il se sentait lourd, engourdit et son corps ne répondait pas correctement aux gestes qu'il voulait faire. Cette constatation ne fit que raviver sa panique. S'il n'avait pas de possibilité de fuite ou de se protéger ça allait être encore pire. Il ouvrit brusquement les yeux pour faire le point sur sa situation.

À peine l'avait-il fait qu'il les referma instantanément, agressé par la lumière. Il cligna cependant des paupières frénétiquement. Il eut bien du mal à éclaircir sa vision et pendant un moment, il ne vit que des formes flous. Son environnement semblait clair et ouvert, il n'était donc pas dans son placard mais il n'était pas sûr que ce fait soit une bonne chose. Il distingua vaguement une personne assise près de lui et il trembla de plus belle. Incapable de bouger, il se contenta de refermer les yeux et de rentrer la tête dans ses épaules. Se demandant ce qui allait lui arriver et où il était.

Voyant la véritable panique de son petit protégé et ses larmes incontrôlables qui coulaient de ses yeux, Akifumi fut pris d'une irrésistible envie de le rassurer. Il aurait aimé le prendre dans ses bras mais il ne pouvait pas de peur de lui faire mal avec ses blessures et ses côtes cassées. Il se leva et s'assit sur le lit, d'un côté il savait que son geste risquait d'effrayer un peu plus l'enfant déjà terrorisé mais il voulait lui faire comprendre immédiatement qu'il ne lui voulait pas de mal. Il leva une main et alla caresser doucement les cheveux bruns du jeune garçon. Celui-ci trembla un peu plus fort et réprima un gémissement de peur qui brisa littéralement le cœur d'Akifumi.

- Harry, appela-t-il d'une voix douce et rassurante. Je ne te veux aucun mal, c'est promis. Tu es en sécurité, plus personne ne te touchera, affirma-t-il avec conviction.

Il continua à caresser les cheveux bruns de l'enfant tremblant comme une feuille et il continua aussi à lui parler d'une voix calme et douce en un flot de paroles rassurantes. De son côté, Harry ne savait pas quoi faire ni quoi penser. Il avait du mal à réfléchir et seul ses réflexes avaient loi à cet instant. Des réflexes de peur. Il aurait voulu se rouler en boule dans un coin mais il ne parvenait pas à bouger et il n'en avait de toute manière aucune intention. Il y avait quelqu'un avec lui et il ne savait pas du tout à quoi s'attendre de cette personne alors il valait sûrement mieux ne rien faire et attendre. Il garda les yeux fermés sans pouvoir réprimer ses tremblements et ses larmes. Il fut une nouvelle fois surpris en sentant qu'on le touchait de nouveau. Sa peur s'amplifia immédiatement. Il n'en pouvait plus, il ne supporterait rien de plus.

Cependant, ce ne fut pas la douleur habituelle qui accompagna le geste. Le contact resta léger et doux. Il ne savait pas du tout comment réagir à ça, il ne connaissait pas ce genre de choses. Et cela le terrorisait encore plus. Et puis il y eut cette voix, une voix douce et calme, chaude et rassurante. Elle s'éleva tranquillement, lui assurant qu'il était en sécurité, qu'il ne lui voulait pas de mal... Pouvait-il le croire ? Il n'en savait rien, il ne savait pas et il n'arrivait pas à réfléchir. La panique le submergeait. Pourtant, la voix continua son discours lent et patient accompagné de ces... caresses dans ses cheveux.

Les minutes passèrent et il finit par écouter ce que l'inconnu lui disait, gardant les yeux clos et la tête rentrée dans les épaules. Il disait toujours la même chose : qu'il ne lui voulait par de mal, qu'il était en sécurité, que plus personne ne le toucherait... pouvait-il croire ça ? Il ne savait pas. Akifumi lui, essayait tant bien que mal de rassurer son petit protégé mais la tâche s'avéra difficile. Il continua patiemment à lui parler, caressant ses cheveux. Au bout de très longues minutes, l'enfant ne s'était toujours pas détendu n'osant pas bouger au delà de ses tremblements. Et puis soudain, le pendentif de Rui se mit à briller autour de son cou et cette fois, Akifumi sut qu'il ne rêvait pas puisque le phénomène perdura.

Harry se figea instantanément en sentant quelque chose chauffer contre lui. Ce ne fut pas tellement la chaleur qui l'étonna mais l'énergie qu'il sentait autour de lui. Ça ressemblait un peu à sa compagne de toujours. Mais c'était différent en même temps. C'était comme si son amie invisible était la seule personne qu'il eut connu et que tout d'un coup il rencontrait quelqu'un d'autre, avec un visage différent, une voix différente, un comportement différents mais c'était toujours la même base, le même fond. Et cette présence lui transmettait un sentiment rassurant, un sentiment de protection et de calme. Autour de lui, il sentait aussi sa compagne se mêler à cette nouvelle présence comme si c'était une amie et elle aussi s'évertuait visiblement à le rassurer. Si elle, elle lui disait qu'il était en sécurité alors il la croyait. Elle était la seule chose en quoi il pouvait avoir confiance.

Akifumi regarda fasciné, le médaillon de Rui briller et pulser doucement. Il continua ses caresses et ses paroles rassurantes, observant en même temps le bijou. Il eut l'agréable surprise de voir l'enfant se détendre un peu. Il tremblait encore mais avec moins de force. Il patienta encore quelques minutes pendant lesquelles le jeune garçon se calma progressivement, se demandant si cela était dû à l'étrange phénomène. Finalement, le médaillon cessa de briller, redevenant inerte. À ce moment, Harry sentit l'énergie étrangère s'effacer mais sa compagne demeura, joyeuse, calme et rassurante. Mais sa présence s'atténua elle aussi.

- Harry, appela de nouveau le jeune homme avec douceur. Tu veux bien ouvrir les yeux ?

Il fallut un petit moment mais bientôt, Akifumi put voir le plus beau regard qu'il n'ait jamais vu. Son petit protégé avait de magnifiques yeux d'émeraudes d'une profondeur surprenante. Il cligna plusieurs fois des paupières et regarda autour de lui. L'homme cessa ses caresses sur ses cheveux et vint effleurer sa joue du bout des doigts pour effacer les larmes. Harry eut bien du mal à faire le point mais après quelques secondes il put y voir clair. C'est alors qu'il sentit de nouveau quelque chose de chaud toucher sa joue. Il en chercha la provenance et tomba sur un homme assit tout près de lui. Instinctivement, il se tassa sur lui même et baissa le visage.

- Tout va bien, fit de nouveau la voix qu'il avait entendu. Tout va bien, je ne te ferais aucun mal c'est promit.

La main s'éloigna de son visage et bientôt, se fut sa main gauche qui se retrouva entourée d'une douce chaleur. Il releva le regard avec hésitation et lenteur, la peur l'étreignant toujours. Et il tomba bientôt sur le visage d'un homme asiatique. Ses traits étaient doux et un sourire étirait ses lèvres. Il se laissa observer sans un mot. Il n'avait pas l'air menaçant mais il n'avait aucun moyen de savoir s'il était sincère. Il sentit alors sa compagne s'animer de nouveau, le poussant à la confiance. Elle n'était pas du tout sur ses gardes, tendue, méfiante ou inquiète comme elle avait pu l'être en présence de son oncle par exemple. Non, elle était calme et joyeuse, lui instiguant la confiance et le calme. Est-ce que cela voulait dire qu'il pouvait avoir confiance en cet homme ? Son amie invisible sembla approuver joyeusement lorsqu'il eut cette pensée et il décida de lui faire confiance. De toute manière, il n'arrivait pas à réfléchir plus loin.

Il observa un instant le visage de l'inconnu et en y regardant bien, il était vrai qu'il n'avait rien de menaçant mais il était plutôt amical et avenant. Il tenait sa main et il avait été doux avec lui. C'était une grande première. Il le regarda en silence ne sachant pas comment réagir. Il reporta finalement son attention autour de lui pour voir où il se trouvait. Il était de toute évidence installé dans un lit des plus confortable. Il vit son bras droit enfermé dans un plâtre et il se souvint qu'il avait été cassé la dernière fois. Il tourna ensuite le regard plus loin. Il semblait être dans une pièce claire et agréable, sûrement une chambre mais il n'aurait su dire où exactement. Ses yeux revinrent alors sur l'inconnu qui le regardait avec patience et calme, sans aucune forme d'hostilité quelconque.

- Bonjour, commença-t-il alors d'une voix lente et tranquille. Je m'appelle Akifumi. Et toi c'est Harry c'est ça ? Demanda-t-il.

Harry se demanda comment il connaissait son nom mais il confirma d'un petit signe de tête, n'osant pas ouvrir la bouche. Le sourire de l'homme s'agrandit un peu plus d'une manière joyeuse et réconfortante.

- Tu es dans une petite clinique de Londres, expliqua l'homme. Avant hier soir, je t'ai trouvé dans un parc en pleine nuit et je t'ai amené ici.

Harry se tendit en se rappelant de cette soirée où il s'était senti mourir. S'il était à l'hôpital alors on ne tarderait pas à le renvoyer chez les Dursley. Le peu de fois où il avait été à l'hôpital personne ne l'avait aidé. Non, ils acceptaient juste les excuses de son oncle comme quoi il était dérangé. Mais il ne voulait pas retourner là bas, il n'en pouvait plus, il ne survivrait plus. Les larmes revinrent dans ses yeux sans qu'il puisse les empêcher de couler. L'homme, Akifumi ? Releva alors une main vers lui, vers son visage dans un geste lent et dépourvu de menace. Pourtant, il ne put s'empêcher d'avoir peur superposant les images de sa situation présente avec celle de son passé lorsqu'une main s'approchait de lui pour le frapper. Il ferma fortement les yeux et rentra la tête dans les épaules, tremblant de nouveau.

Akifumi senti une nouvelle fois son cœur se serrer douloureusement à la vue de la véritable terreur que chacun de ses gestes provoquait chez l'enfant. Mais il ne s'arrêta pas pour autant et il alla caresser le petit visage aux joues creusées. Le jeune garçon ouvrit brusquement les yeux comme surpris par son geste doux et il regarda sa main qui continuait à effacer ses larmes. Akifumi balada ses doigts sur sa peau, le laissant regarder ce qu'il faisait puis il prit doucement son menton entre de doigts. Il l'incita à tourner le visage vers lui pour le regarder mais il ne le força pas, restant tendre, calme et patient. L'enfant suivit le mouvement sans résistance et bientôt le regard noir et le regard vert s'ancrèrent l'un dans l'autre. L'homme sourit à l'enfant apeuré :

- Tu n'as rien à craindre. Tu ne retourneras jamais chez les Dursley, je te le promet. Plus personne ne te touchera, ça aussi c'est une promesse. Je sais ce qu'ils t'ont fait, je sais ce qu'ils t'ont fait vivre, expliqua-t-il alors que le jeune garçon écarquillait les yeux. Je te promet que jamais, jamais tu ne retourneras là bas et jamais tu ne les reverras. Tu es en sécurité maintenant.

Harry n'eut pas le temps de douter de ces paroles que sa compagne invisible lui murmurait déjà, à sa façon, qu'il devait y croire, que c'était vrai. Une impulsion chaude contre sa poitrine et la présence qu'il avait senti un peu plus tôt revint une seconde pour appuyer ces dires avant de disparaître. Il était fatigué et il ne voulait pas y réfléchir, il voulait simplement y croire.

- Ça va aller maintenant, continua la voix, je vais m'occuper de toi.

Oui il allait s'occuper de lui, personnellement. C'était une certitude pour Akifumi, ce qu'il avait vu dans cet indescriptible et magnifique regard d'émeraude l'avait bouleversé. La terreur de son petit protégé lui brisait le cœur et il voulait la faire disparaître. Il voulait le rassurer, lui inspirer confiance et mettre un sourire sur ses lèvres. Après son discours, Harry le regarda simplement et il reprit la parole en posant une main sur sa joue et provoquant un sursaut brusque :

- Je te promet que je ne te mens pas, tu n'as rien à craindre de moi, affirma-t-il avec douceur et conviction. D'accord ?

Pendant un moment, il crut qu'il n'aurait pas de réponse, l'enfant le regardant avec une crainte profonde mais aussi avec une certaine curiosité et de l'espoir. Finalement, il lui adressa un petit signe de tête positif. Akifumi lui sourit, appréciant le relatif calme du jeune garçon. Il retira lentement ses doigts de son visage et prit sa main gauche dans la sienne avec douceur. Harry sursauta une fois de plus à son geste mais l'homme ne recula pas, continuant d'agir avec calme et douceur. De sa main libre, il attrapa le gros gobelet de plastique orné d'une paille et plein d'eau fraîche qu'avait laissé Hideaki. Il bougea en de lents gestes mesurés que l'enfant pouvait suivre sans trop de peine. Et il le vit d'ailleurs surveiller ses mouvements avec attention et crainte, semblant s'attendre à une attaque à tout instant. Il présenta la paille devant sa bouche :

- Tiens, c'est de l'eau, informa-t-il. Tu dois avoir soif.

Harry hésita, observant attentivement l'homme. Finalement, il but deux ou trois gorgées, lentement et appréciant l'agréable fraîcheur du liquide dans sa bouche pâteuse et sa gorge sèche. Ça faisait du bien et il ne put s'empêcher de soupirer de bien être. Akifumi reposa ensuite le gobelet sur la petite armoire à côté du lit et reporta toute son attention sur l'enfant qui l'observait très attentivement.

- Est-ce que tu as mal quelque part ? Demanda-t-il doucement.

Harry répondit d'un simple signe de tête négatif. Il se sentait engourdit et lourd mais il n'avait pas mal.

- C'est bien, continua Akifumi avec un léger sourire. Le médecin, qui s'appelle Hideaki, t'a donné des antidouleurs pour que tu n'aies pas mal. On a soigné toutes tes blessures mais tu as besoin de te reposer. Si ça ne va pas ou si tu as mal quelque part, tu peux me le dire, je ferais ce qu'il faut pour que cela cesse le plus vite possible d'accord ?

Encore une fois, l'enfant acquiesça sans un bruit. Si l'homme n'était pas étonné de le voir se terrer dans le silence, il espérait qu'il arriverait à lui faire ouvrir la bouche rapidement. L'état de terreur et de méfiance du jeune lui brisait le cœur. Un enfant devait sourire et sauter partout pas avoir l'air d'une proie acculée.

- J'ai une petite question à te poser, intervint Akifumi avec douceur. J'aimerais savoir si tu t'es enfuis de chez les Dursley ?

Il attendit une réponse avec patience mais Harry ne bougea pas d'un pouce, tremblant légèrement et détournant le regard. Il avait visiblement peur. Akifumi, toujours avec lenteur, avança de nouveau sa main libre vers son visage, le faisant une fois de plus sursauter. Il lui releva doucement le visage, caressant sa joue du pouce. Leurs regards se rencontrèrent alors :

- Tu n'as rien à craindre, que se soit de moi ou de qui que se soit d'autre. À partir d'aujourd'hui, je te protégerais, assura-t-il. N'aie pas peur, il ne t'arrivera rien. Alors, est-ce que se sont les Dursley qui t'ont laissé dans ce parc ? Demanda-t-il avec patience et calme, souriant doucement.

Harry hésita encore mais il finit par faire « non » de la tête.

- Alors tu t'es enfui ? Demanda Akifumi.

Harry approuva.

- Merci, c'est la seule chose que je n'arrivais pas à savoir, dit-il. Au fait, c'est pour toi, annonça-t-il en prenant la peluche posée sur le lit et en la déposant sur les genoux de l'enfant.

Harry regarda l'objet, profondément surpris. Un cadeau ? Pour lui ? Impossible, on ne lui offrait jamais rien, il n'avait droit à rien, il ne méritait rien. Il releva un regard perdu et interrogatif sur l'homme en face de lui qui reprit la parole avec la douceur qui le caractérisait depuis le début de leur discussion :

- Je suis allé l'acheter ce matin pour toi, annonça-t-il. J'espère qu'elle te plaît.

Harry le regarda avec une surprise non feinte. Alors c'était vraiment pour lui ? Vraiment ? Il avait toujours voulu savoir ce que ça faisait de serrer une peluche dans ses bras. Il avait vu Dudley et d'autres enfants à l'école le faire mais lui n'en avait jamais eu le droit. Il observa attentivement la peluche. Elle était grande et représentait un animal qu'il ne connaissait pas mais qui était terriblement mignon. Curieux, il voulut toucher la fourrure qui avait l'air douce mais il n'osa pas bouger sa main de celle d'Akifumi qui la tenait encore. Et il ne pouvait pas bouger l'autre bras. Il regarda sa main prise dans celle de l'adulte et se retrouva étonnement subjugué par cette vision. C'était doux et chaud, réconfortant une fois sa réaction première de peur passée. Jamais personne ne lui avait tenu la main et il se surprit à retrouver dans ce geste le même soutient qu'il ressentait avec son amie invisible. Ça faisait du bien.

Akifumi qui avait suivis la moindre de ses réactions, devinait sans peine ses pensées. Le calme, la voix douce, les sourires, les gestes tendres et le cadeau devaient être des choses terriblement déroutantes pour lui. Il le vit s'attarder sur leurs mains entrelacées, comme hypnotisé. Souriant légèrement, le japonais referma un peu plus ses doigts autour de la petite main et l'enfant releva le regard vers lui brusquement, surpris. Il le regarda avec un sourire tendre :

- Tu n'es plus tout seul maintenant, dit-il avec sincérité, je vais m'occuper de toi. Ça va aller. Tu n'auras plus mal.

Ces paroles étaient les mots que Harry avait toujours voulu entendre. Il avait toujours voulu avoir quelqu'un pour lui, quelqu'un pour s'occuper de lui et pour lui dire que tout irait bien. Akifumi était aujourd'hui cette personne. Il ne le connaissait ni d'Adam ni d'Eve mais son amie indéfectible lui murmurait de lui faire confiance, elle était heureuse de la présence de l'homme. Il y avait aussi cette autre énergie qui était apparue. S'il n'avait pas confiance en présence d'inconnus, rencontrer une sorte de sœur de sa compagne le rendait curieux et il n'avait pas peur d'elle. Non, elle aussi lui inspirait confiance. Et toute deux le poussaient vers l'homme avec confiance. Et à aucun moment Akifumi ne s'était montré violent avec lui, il ne l'ignorait pas. Lui, il le regardait vraiment, il lui souriait. Et il était gentil, calme et patient. Alors, il pouvait peut-être le croire ? Il en avait tellement envie. Oui, il le croyait.

Il scruta un moment les yeux sincères de son vis à vis alors que les siens se remplissaient une nouvelle fois de larmes. Il resserra un petit peu ses doigts autour de ceux de l'adulte et voyant qu'il lui souriait un peu plus avec encouragement, il serra définitivement cette grande main chaude. Akifumi sourit un peu plus en voyant que son petit protégé osait un geste envers lui. Il voyait qu'il acceptait ses paroles, ses yeux brillant d'espoir et de reconnaissance. De nouvelles larmes coulèrent encore, des larmes de soulagement cette fois alors que leurs regards étaient ancrés l'un dans l'autre. Une nouvelle fois, l'homme leva sa main libre vers son visage pour caresser sa joue. Harry suivis son geste avec crainte mais ne se déroba pas, il ne se mit pas à trembler et ne sursauta pas lorsque Akifumi posa sa paume sur sa joue et caressa la peau froide de son pouce, souriant avec tendresse à son petit protégé.

L'homme se sentit encore plus heureux lorsque l'enfant eut un pâle sourire, mais un sourire tout de même. Il pencha un peu plus tête vers sa main en quête de cette affection nouvelle à laquelle il avait droit pour la première fois.

- Merci, bredouilla-t-il d'une petite voix.

- Ça va aller maintenant, assura-t-il de nouveau en laissant le jeune garçon se libérer de sa tension avec ses larmes.

Pendant plusieurs minutes, Harry pleura et écouta la voix calme et douce d'Akifumi le rassurer patiemment. Lorsqu'il fut calmé. L'homme lui offrit de nouveau à boire puis il annonça qu'il allait lui chercher quelque chose à manger l'heure du repas approchant. Il déposa la petite main qu'il tenait toujours sur la peluche, ayant bien remarqué un peu plus tôt l'envie de la toucher de l'enfant. Il se leva ensuite lentement, sans brusquerie et se dirigea vers la porte.

- Je reviens vite, dit-il doucement avant de sortir en refermant derrière lui.

Une fois Akifumi partit, Harry regarda un peu plus autour de lui. La chambre était belle à ses yeux et ne ressemblait pas vraiment à une chambre d'hôpital. Elle était grande et clair. Il observa aussi un moment les perfusions se disant que ça devait être grâce à ça qu'il n'avait mal nul part. Il se sentait très engourdis et lourd mais il ne ressentait aucune douleur et ça faisait du bien. Il avait la respiration courte et lente et il se rappela qu'il avait eu plusieurs côtes cassées. Il regarda aussi son bras dans le plâtre et tranquillement posé sur son ventre, légèrement replié mais pas entièrement pour ne pas venir appuyer sur sa cage thoracique blessée. Il avait un peu de mal à réfléchir et à se concentrer, l'esprit un peu embrumé mais il ne s'en inquiéta pas vraiment.

Il finit par reporter son attention entière sur la peluche. Il avait vraiment du mal à croire qu'elle était pour lui mais Akifumi lui avait dit le contraire. Il avait même dit qu'il l'avait acheté pour lui. Il ne savait pas s'il méritait cette attention mais il ne se posa pas longtemps la question, la joie enfantine d'avoir eu un cadeau remplaçant vite les questions. Il se mit à sourire. Il venait d'avoir son premier cadeau, rien que pour lui et neuf en plus. Il bougea ses doigts posés dans la fourrure du jouet avec lenteur et il sourit un peu plus. C'était très doux. Il leva la main et la posa sur la tête de l'animal, doucement, émerveillé et il caressa la peluche, l'observant sous toutes les coutures et appréciant la matière soyeuse et chaude.

Dans le silence, effleurant du bout des doigts la fourrure douce, il se calma complètement. Son esprits s'apaisa et il se détendit. Il se tassa un peu plus dans le gros oreiller moelleux qui était derrière lui, appréciant à sa juste valeur le confort dont-il profitait à cet instant. Il n'avait jamais été aussi bien installé. Il était au chaud, dans un lit des plus confortable et spacieux. Sa position semi assise lui permettant de bien voir autour de lui. Il se demandait un peu pourquoi on lui offrait ça.

Il sursauta violemment lorsque la porte s'ouvrit de nouveau. Il releva le regard vers elle, paniqué, mais il se rassura un peu en voyant de nouveau Akifumi entrer. Lent et parfaitement calme, l'homme referma la porte derrière lui avant de se diriger vers l'enfant. Il lui sourit avec douceur, le rassurant un peu plus malgré la tension certaine qui régnait de nouveau sur lui. L'homme revint s'asseoir au bord du lit, tout près de son protégé qui observait encore chacun de ses gestes, semblant s'attendre à une attaque à tout instant. C'était pour cette raison que le japonais veillait à détailler chaque mouvement, faisant bien attention à ne faire aucun geste pouvant être interprété comme une menace.

- Tu vas avoir droit à une magnifique soupe de légume, annonça-t-il en souriant. On va commencer par des repas légers pour que tu ne soit pas malade. Ça te va ?

Le jeune garçon acquiesça timidement. Il allait avoir à manger et c'était déjà beaucoup pour lui, ses repas s'étant toujours fait rares. Alors n'importe quoi lui allait. Il espérait juste que l'homme ne lui faisait pas une blague pour le blesser, cela lui était déjà arrivé.

- Alors, ta peluche te plaît ? Demanda doucement Akifumi qui n'avait pas raté la petite main accrochée au jouet.

L'enfant approuva encore une fois en silence avant de bredouiller un « merci » hésitant, ne sachant pas vraiment comme agir avec le japonais. Celui-ci se contenta de sourire simplement, soulageant un peu son protégé par son attitude douce et calme.

- Sais-tu de quel animal il s'agit ? Demanda l'homme pour essayer d'engager la discussion.

Harry secoua la tête de droite à gauche, le regardant avec une certaine curiosité.

- C'est un panda roux, expliqua patiemment le japonais. C'est un animal que l'on trouve dans le sud de la Chine et dans l'Himalaya. Il est mignon n'est-ce pas ?

- Oui, répondit l'enfant en se rassurant progressivement devant la douceur de l'homme.

- Quand je suis allé l'acheter je me suis demandé ce que tu pouvais aimer et comme je ne savais pas, j'ai pris la plus mignonne que j'ai trouvé, dit-il tranquillement. Mais dis moi, quel animal aimes tu ?

L'enfant réfléchit un instant, il ne connaissait pas beaucoup d'animaux mais il y en avait un qu'il aimait bien pour en avoir croisé plusieurs fois. Il regarda Akifumi, un peu incertain mais en voyant que celui-ci attendait patiemment sa réponse, il desserra les lèvres avec hésitation :

- J'aime bien les chiens, dit-il d'une petite voix.

- Et tu préfères les grands ou les petits ? Demanda l'homme pour tenter d'inciter un peu plus l'enfant à quitter son attitude défensive.

- Les grands, avec beaucoup de poils, répondit Harry.

- Ceux qui ressemblent à de gros nounours alors, remarqua le japonais.

Le jeune garçon sourit légèrement et approuva d'un signe de tête.

- Il y a un autre animal ? Demanda-t-il.

- Les serpents, répondit-il tout bas.

Oui, il aimait les serpents parce qu'il pouvait leur parler et ils lui répondaient. Il avait parlé quelques fois avec les petites vipères du jardin. Elles étaient gentilles. Il sursauta brutalement lorsque l'on toqua à la porte, relevant brusquement le regard vers elle. Il prit de nouveau peur lorsque Akifumi posa une main sur la sienne. Il tourna son attention vers lui et se calma un peu en constatant que c'était le japonais qui l'avait touché et qu'il était toujours aussi calme et souriant.

- N'aies pas peur, tenta de rassurer celui-ci. Plus personne ne te fera de mal. Je vais y veiller c'est promit. D'accord ?

Harry approuva en silence, ayant bizarrement déjà une certaine confiance en lui, son amie invisible toujours rayonnante au contact de l'adulte le confortant dans cette idée. Akifumi lui sourit encore une fois avant de se lever lentement et de rejoindre la porte. Il l'ouvrit mais l'enfant ne put voir qui se trouvait derrière. Le japonais referma ensuite, revenant avec un plateau repas. Il vint se rasseoir sur le bord du lit encore un peu plus près de l'enfant, s'installant à côté de ses cuisses. Il posa son chargement sur ses jambes alors que le jeune garçon regardait avec avidité la nourriture devant lui. Le japonais savait qu'il devait être affamé. Premièrement parce que cela faisait presque deux jours qu'il dormait et deuxièmement parce que la famine devait être une chose des plus commune pour lui. Et Akifumi c'était déjà promis de faire en sorte qu'il ne la connaisse plus jamais.

- Alors, on a un velouté de légume, un yaourt et une pomme, lista joyeusement le japonais. J'espère que tu as faim.

- Oui, répondit-il timidement.

- Je vais t'aider, annonça l'homme. Si tu n'as plus faim ou si tu veux passer à autre chose tu me le dis d'accord ? Et si tu n'aimes pas j'irais demander autre chose.

L'enfant approuva d'un signe de tête et dans le temps qui suivit Akifumi le fit manger, portant patiemment chaque cuillère de soupe à sa bouche. Le repas se déroula dans un silence serein. Il était étrange pour Harry d'être l'objet d'une telle attention. Il n'y avait jamais eu droit. Jamais personne n'avait fait attention à lui comme ça, jamais on ne lui avait témoigné une gentillesse pareille, jamais on ne s'était occupé de lui ainsi. Il se détendit progressivement dans le calme ambiant et il finit par profiter pleinement de son repas et de la douceur du japonais. Ça lui apportait une chaleur réconfortante et bienfaitrice. C'était vraiment agréable. Pour la première fois, il ne se sentait plus seul, il se sentait bien et dans une certaine confiance, une certaine sécurité qu'il n'avait jamais ressenti.

Le repas dura un peu en longueur. Akifumi, suivant les conseils d'Hideaki et prenant son temps pour que son petit protégé ne soit pas malade, son corps n'ayant pas l'habitude d'un repas ordinaire. Une fois l'assiette de soupe terminée, ils firent une pause, l'adulte appréciant le léger sourire de l'enfant qui semblait apprécier ce potage comme un plat trois étoiles. Il lui demanda s'il avait aimé et en profita pour le questionner sur ses goûts alimentaires.

- Il y a des choses que tu aimes plus manger ?

- Je ne sais pas, répondit le jeune garçon d'un air gêné.

L'homme ne s'étonna pas vraiment de cette réponse sachant qu'il n'avait pas eu droit à grand chose dans sa vie. Il demanda alors :

- Il y a quelque chose que tu aimerais goûter ?

L'enfant hésita visiblement, regardant son vis à vis d'un air incertain. Celui-ci reprit sa petite main dans la sienne et apprécia le fait qu'il ne sursauta pas à ce geste.

- Dis moi, poussa-t-il doucement.

- J'aimerais goûter au chocolat, dit-il d'une petite voix. Je n'en ai jamais mangé

Si Akifumi se doutait bien qu'il n'avait jamais eu de sucreries de ce genre, le fait qu'un enfant de cet âge n'ai jamais mangé de chocolat était une chose vraiment incongrue pour lui. Tout les enfants mangeaient du chocolat.

- Dans ce cas, je vais demander au médecin si tu peux en avoir et si c'est possible, demain, je te ramène du chocolat, annonça-t-il joyeusement.

Harry le regarda comme s'il se moquait de lui mais voyant qu'il était tout à fait sérieux, il sourit doucement, espérant que ce n'était pas une blague. Akifumi lui fit ensuite manger le yaourt tranquillement fit une nouvelle pause avant de découper la pomme en petits morceaux. Il les donna lentement à son petit protégé qui semblait littéralement se régaler, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Le repas terminé, le japonais posa le plateau sur l'armoire à côté du lit et reporta son attention sur le jeune garçon qui baillait comme une carpe.

- Je pense qu'il est temps de dormir un peu, remarqua-t-il avec un sourire.

L'enfant approuva mollement, papillonnant déjà des yeux. L'homme lui retira ses lunettes, les déposant sur l'armoire. Il abaissa ensuite de nouveau le lit grâce à la commande électrique. Il remonta ensuite les couvertures sur la frêle silhouette.

- Dors tranquillement, dit-il d'une voix douce et tendre. Tes lunettes sont juste là et je ne serais pas loin. Alors ne t'inquiète pas et reposes toi d'accord ?

- Oui, bredouilla l'enfant.

Akifumi lui sourit et approcha lentement une main de son visage. Harry se tendit invariablement et surveilla ses gestes sans toutefois tenter de se dérober. Il se détendit un peu en sentant une simple caresse douce dans ses cheveux. L'homme se pencha ensuite doucement et déposa un léger baiser sur son front. D'abord très surpris par cette attention, Harry se mit ensuite à sourire, sentant une réelle chaleur dans ce geste, une réelle affection. Ça faisait un bien fou.

- Bonne nuit, dit Akifumi en se reculant.

- Bonne nuit, répondit l'enfant sur son petit nuage.

Il se sentait bien, ces derniers instants ayant été un rêve dans sa vie. Il espérait juste que s'il s'endormait, lorsqu'il se réveillerait, le rêve continuerait. Mais il ne se posa pas longtemps la question, la fatigue l'emportant. L'adulte l'observa sombrer rapidement, satisfait du léger sourire sur ses lèvres et du début de confiance qu'il avait réussi à instaurer. Il récupéra ensuite le plateau vide et sortit en silence, décidant d'aller manger à son tour avant de revenir veiller sur son petit protégé aux yeux d'émeraudes.