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Chapitre 7 :
Nouvelle famille
Ce ne fut que vers la fin du petit déjeuner qu'une nouvelle personne s'invita dans la salle à manger. Et dés que l'on entendit la porte coulissante s'ouvrir, les trois adultes purent voir Kirarin se tendre à l'extrême, se tassant contre Akifumi qui s'empressa de l'entourer de ses bras pour le rassurer. Il tourna ensuite la tête pour voir que c'était Suzumi, sa première petite sœur qui venait d'entrer. Il lui sourit alors qu'elle le saluait doucement en refermant derrière elle, en faisant de même pour ses parents. Le jeune homme lui fit signe de venir s'asseoir près de lui et elle s'exécuta, cherchant l'enfant du regard avec curiosité. Et elle finit par le voir en s'installant alors que le petit garçon s'était recroquevillé contre Akifumi.
- J'ai une autre personne à te présenter mon cœur, annonça tranquillement le jeune homme.
L'enfant releva alors timidement le regard vers la jeune femme, n'osant la regarder dans les yeux qu'une seconde avant de détourner le regard en se tassant contre son papa.
- C'est ma première petite sœur, expliqua Akifumi. Elle s'appelle Suzumi.
- Bonjour mon grand, salua la jeune femme avec douceur.
Et comme tout le monde au manoir Uizado, elle parlait parfaitement Anglais. Rengu, homme d'affaire international et parlant plusieurs langues depuis un moment, avait pris le parti d'enseigner cette langue mondiale à ses enfants depuis leur plus jeune âge. Ainsi, même Setsuna, dix ans, était bilingue.
- Ohayou, répondit timidement le petit garçon.
Elle lui offrit un doux sourire qui eut le don de détendre un peu l'enfant.
- Je m'appelle Suzumi, dit-elle doucement. Je suis très heureuse de te rencontrer Kirarin.
Ce fut sans peine que tous remarquèrent la surprise du petit garçon à ces mots, celui-ci semblant penser qu'il était improbable d'être heureux de le rencontrer. Yuma avait vu la même surprise dans ses yeux lorsqu'elle lui avait dit ces mêmes mots quelques instants plus tôt. C'était tellement triste de voir une telle réaction chez un enfant de son âge. Kirarin releva d'ailleurs le regard vers Akifumi, l'air de demander s'il avait bien entendu et celui-ci acquiesça doucement en silence, déposant un baiser sur son front. Le bambin reporta alors ses yeux sur Suzumi, serrant sa peluche :
- Moi aussi je suis content de vous rencontrer, dit-il craintivement avec une grande politesse.
- Tu peux me tutoyer mon ange, dit-elle alors avec tendresse en l'étonnant une fois encore. Bienvenu dans notre famille, poursuivit-elle en le surprenant un peu plus. Elle est très jolie ta peluche, remarqua-t-elle ensuite pleine de calme et de douceur.
Et c'était avec le sourire que les autres observaient la scène, Akifumi gardant une étreinte protectrice autour de son fils. Mais il le sentait se détendre légèrement face à sa sœur et cela lui fit plaisir. Il savait que Suzumi saurait y faire, il n'y avait pas plus douée qu'elle avec les enfants. Il continua alors à l'observer faire, souriant et câlinant doucement Kirarin pour encourager sa détente.
- C'est papa qui me l'a offerte, murmura le petit garçon en tenant précieusement sa peluche.
- Et tu sais quel animal c'est ? Demanda-t-elle.
- Un panda roux, répondit-il timidement.
- Oui. Il est très mignon. Tu aimes les animaux ?
Kirarin acquiesça et la jeune femme continua doucement la discussion, posant de simples questions et lui donnant ses propres réponses. Akifumi poussa aussi le petit garçon à continuer son repas tout en parlant avec sa sœur et c'est avec joie qu'il le sentit se détendre progressivement au fil du temps face au calme et à la douceur ambiante. Bientôt, tous se mêlaient à la conversation et cette fois, Kirarin participa un peu. Il ne parla toujours pas beaucoup, restant craintivement serré contre son père mais il semblait un peu plus à l'aise. Une fois son petit déjeuner finit, le petit garçon se roula en boule contre Akifumi, remerciant timidement pour le repas et se reposant contre son père le couvant du regard. Tous sourirent un peu tristement, sentant que pour lui, avoir ce petit déjeuner était encore une chose exceptionnelle. Ils le laissèrent profiter des bras de son père, sentant qu'il n'avait plus envie de parler alors qu'il se cachait contre Akifumi, toujours tendu. Ils le regardèrent analyser la pièce du regard avec une certaine curiosité.
Cet instant de calme fut pourtant brisé lorsque la porte s'ouvrit un peu brusquement, faisant sursauter brutalement Kirarin qui ne chercha pas à comprendre, se cachant immédiatement contre son père, se roulant en une boule serrée et ne pouvant s'empêcher de se mettre à trembler de peur. Immédiatement, Akifumi resserra son étreinte sur lui, protecteur. Puis il regarda vers la porte, y trouvant le reste de ses frères et sœurs. Son cadet, Setsuna, était en tête, l'air surexcité :
- Il est réveillé ?! Il est réveillé ?! Demanda-t-il avec enthousiasme.
Il voulut accourir vers son grand frère pour voir Kirarin mais Masao, le deuxième fils de Rengu, l'attrapa au vol.
- Du calme Setsuna, tu vas lui faire peur, dit-il doucement.
- Pourquoi ? Demanda l'enfant. Je ne veux pas lui faire de mal.
- Mais ça, il ne le sait pas Setsuna, expliqua Suzumi restée assise près d'Akifumi. Vient ici, doucement et sans crier, demanda-t-elle.
Masao relâcha alors son petit frère et celui-ci s'avança vers sa grande sœur calmement comme elle l'avait demandé. Et les autres suivirent aussi tranquillement, venant prendre place autour de la table. Kahei, le troisième fils de Rengu, vint s'asseoir près d'Akifumi lui aussi, à l'opposé de Suzumi alors que Masao, Natsuki et Tsukiyo s'asseyaient aussi. Et l'attention de tous se porta sur Kirarin, les nouveaux venus perdant leurs sourires en le trouvant visiblement terrorisé dans les bras de son père. Setsuna prit place juste à côté de sa grande sœur qui passa un bras délicat autour de lui et le garçon regarda Kirarin, l'air triste.
- Pourquoi il a peur de nous ? Demanda-t-il.
- Tu es entré un peu trop brusquement Setsuna, remarqua Akifumi. Kirarin a facilement peur de beaucoup de choses tu sais.
- Je ne veux pas lui faire de mal, répondit-il.
- Mais ça, il ne le sait pas et cela fait longtemps que tout le monde autour de lui lui fait beaucoup de mal, alors il a très peur des autres à cause de ça, expliqua patiemment l'aîné. Il faut être calme et gentil autour de lui, pour qu'il voit que personne ici ne sera méchant avec lui. Ça va prendre un peu de temps.
- D'accord, acquiesça Setsuna avec un sourire.
Akifumi reporta alors toute son attention sur son fils tremblant dans ses bras. Il se mit à caresser ses cheveux, déposant un baiser sur sa tête et murmurant à son oreille pour le calmer. Tous l'observèrent faire tranquillement. Ils n'entendaient pas un mot de ce qu'il lui disait mais ils virent le petit garçon se détendre un peu, cessant de trembler. Le père se redressa finalement :
- Tu veux bien regarder les autres Kira ? Je vais te les présenter mon ange.
Timidement et craintivement, l'enfant accepta alors de tourner le visage vers le reste des présents et son regard tomba d'abord sur Setsuna en face de lui qui souriait largement. Et il en fut surpris restant très méfiant. Même les autres enfants de son âge n'avaient jamais été gentils avec lui. Il avait été le souffre douleur de Duddley et ses amis et aucun autre enfant n'avait jamais osé s'opposer à cette petite bande de brutes, le laissant à son sort. Alors les enfants ne lui inspiraient pas vraiment confiance non plus. Joyeusement mais doucement Setsuna leva une main pour lui faire signe.
- Je m'appelle Setsuna, se présenta-t-il dans un anglais marqué d'un accent japonais.
- Setsuna est le plus jeune de mes petits frères, expliqua Akifumi. Il a dix ans.
- On pourra jouer ensemble si tu veux, remarqua Setsuna avec enthousiasme.
À ces mots, Kirarin se tendit de nouveau un peu plus, se réfugiant dans les bras de son père avec une crainte que personne hormis Akifumi et Rengu ne comprirent. Eux savaient que pour lui, le mot « jouer » n'avait aucune connotation positive alors qu'ils avaient déjà entendu parler de la chasse au Harry et d'autres anecdotes du genre que leur avait raconté le petit garçon au fil des jours à l'hôpital. Son cousin avait toujours appelé cela « jouer » avec lui et le petit garçon n'avait jamais rien connu d'autre alors forcément, cela lui faisait peur.
- N'aies pas peur Kirarin, murmura le père à son oreille. Setsuna ne fera jamais ce que faisait ton cousin, assura-t-il écouté par tous. C'est promis. Il parle de vrais jeux où tu pourras vraiment t'amuser tu verras, on te montrera d'accord. Tu n'as pas besoin d'avoir peur.
Progressivement, le petit garçon commença à se rassurer un peu, serrant sa peluche et se concentrant sur les caresses de son père. Et pendant ce temps, Rengu expliquait rapidement à sa petite famille, en japonais, pourquoi l'enfant avait réagis ainsi. La colère et la tristesse se peignit alors sur les visages.
- Pourquoi ils faisaient ça ? Demanda le cadet les larmes aux yeux.
- Parce qu'ils étaient méchants, répondit simplement sa sœur en lui caressant les cheveux.
- Mais à l'école, ceux qui sont méchants avec les autres sont punis par les sensei (mot japonais pour désigner les professeurs), remarqua-t-il.
- C'est vrai mais les sensei ne font pas toujours bien attention ou ils font comme s'ils ne voyaient rien, expliqua Suzumi. Ses sensei ne l'ont jamais aidé.
- Il ne sait pas ce que c'est de jouer vraiment, poursuivit Akifumi. Alors il faudra lui montrer.
Setsuna acquiesça, l'air touché par tout ce qu'il venait d'entendre et observant Kirarin l'air pensif. Akifumi rassura encore un peu son fils pour ensuite le convaincre de regarder les autres. Il présenta tout ses frères et sœurs un à un et chacun le salua doucement, lui souriant et lui souhaitant la bienvenu dans leur famille. Le petit garçon se contenta de salut poli, n'osant les regarder que brièvement. Mais il se tranquillisa un peu, rassuré par les bras de son papa autour de lui. Une fois les présentations terminées, Akifumi proposa à son fils d'aller visiter la maison et celui-ci approuva d'un petit signe de tête. Il se leva alors tranquillement, prenant son fils dans ses bras et ce fut accompagné de toute la famille qu'il partit lui faire visiter le domaine. Setsuna marchait toujours près de lui comme Kahei, ses deux petits frères l'encadrant en observant Kirarin. Tous le faisaient d'ailleurs, s'attristant de le voir craintif et très tendu, osant à peine regarder autour de lui. Mais le nouveau père ne s'en formalisait pas, lui parlant calmement de chaque pièce qu'ils visitaient.
Le manoir Uizado était vaste et de construction entièrement traditionnelle. Vieux de bien des siècles, il avait de splendides et vastes jardins japonais. À l'intérieur, tout était clair et frais, simple et raffiné. Il n'y avait pas énormément de meuble et rien d'imposant. Le sol était tantôt couvert de tatami tantôt d'un parquet très entretenu. Les charpentes étaient apparentes en de nombreux endroits, les murs blancs entre les poutres alors que le toit était couvert de tuiles d'ardoises. Il n'y avait pas d'étage, tout étant de plein pied mais toutefois surélevé comme bien des maisons traditionnelles. La demeure était splendide, le domaine entièrement entouré d'un mur d'enceinte blanc. Visiter la demeure en entier prit un certain temps mais cela permit à l'enfant blessé de se détendre, s'apaisant en regardant la maison avec curiosité. Partout, il pouvait sentir cette présence légère, celle qu'il assimilait à Rui. C'était calme et doux, protecteur et rassurant. Il se sentait un peu plus en sécurité ainsi et cela lui permit de se détendre un peu plus. Bientôt, il regardait autour de lui plus sereinement, la tête posée sur l'épaule de son père. Et de temps en temps, il regardait aussi les gens autour de lui, chacun restant calme et joyeux. C'est en croyant que personne ne s'en rendait compte qu'il les analysa du regard un à un, se rassurant en voyant les expressions douces et joyeuses. Comme son papa et son papy, ils semblaient tous gentils et son papa lui avait dit qu'ils l'étaient et que personne ne lui ferait de mal. Il se détendit donc un peu plus, découvrant sa nouvelle maison.
Cependant, l'enfant eu bien du mal à comprendre lorsqu'il rencontra les domestiques de la demeure. Ils étaient sept en tout. Il y avait Daisuke, le majordome qui gérait tout ce petit monde. Il y avait aussi le couple de cuisiniers, Mao et Sachiyo, le jardinier et technicien, Zenji, et enfin, il y avait les gens de maison, Eirin, Kasumi et Yuzuru. C'était avec enthousiasme que Setsuna avait présenté Hayate, le fils de la jeune Eirin qui vivait avec elle sur le domaine. Le jeune garçon de neuf ans avait des cheveux noirs mi-longs et d'incroyables yeux de pluie. Tous accueillirent Kirarin avec douceur, à la fois attendris et attristés de le voir se cacher contre Akifumi. Le père prit son temps pour expliquer tranquillement à son fils quel était le rôle de ces personnes dans la maison et tous captèrent alors la tension du petit garçon qui semblait confus, ne comprenant pas. Et chacun savait pourquoi. Rengu avait d'ailleurs pris soin d'expliquer la situation à ses employés, ceux ci sachant que leur position dans la maison devait interpeller le petit garçon. Ils s'étaient alors promis de lui montrer que leur travail n'avait rien à voir avec ce qu'il avait vécu.
Tous vivaient sur le domaine, disposant chacun d'un petit appartement dans la grande demeure et chacun adorait son métier et la famille qu'ils servaient alors que Rengu avait toujours veillé sur eux. C'était d'ailleurs lui, avec Yuma, sa femme, qui avait ouvert sa maison et donné sa chance à la jeune Eirin lorsqu'il avait rencontré la jeune femme qui avait alors à peine dix sept ans et un bébé dans les bras, Hayate. Elle avait été mise à la porte par sa famille et elle s'était retrouvée à la rue avec son tout jeune enfant. Les Uizado lui avaient donné une maison et un travail, l'aidant avec son bambin. Et elle n'avait plus quitté le manoir et la famille depuis. Chacun d'entre eux s'était vu donner sa chance par le patriarche de la famille à des moments où ils en avaient eu grandement besoin. Alors ils étaient immensément loyaux envers cette maison et sa famille. Ce fut donc de leur mieux qu'ils accueillirent le nouveau membre de la famille, se promettant de lui montrer tout ce qu'il ne connaissait pas et de veiller sur lui. Akifumi et Rengu passèrent un moment à parler de leurs employés au petit garçon, lui expliquant comment ils vivaient, dans quelles conditions ils travaillaient et chacun d'entre eux lui assuraient de quelques paroles qu'ils étaient heureux. Cependant tous sentirent qu'il avait bien du mal à comprendre, devinant qu'il faudrait du temps pour qu'il soit à l'aise avec cette notion. Et finalement, ils reprirent leur visite :
- Il ne nous reste qu'un endroit à voir Kirarin, annonça alors Akifumi la voix joyeuse, je suis sûr que ça va te plaire, avança-t-il.
Il vit alors l'enfant relever un regard curieux vers lui, mais il n'osa pas demander où ils allaient, restant aussi silencieux qu'à son habitude. Le jeune père lui répondit alors, lisant sans peine son interrogation dans ses prunelles d'émeraude.
- Le temple de Rui, annonça-t-il.
Et aussitôt, le regard du petit garçon s'illumina comme à chaque fois que l'on parlait du dragon. Kirarin était littéralement passionné par Rui qu'il considérait un peu comme son sauveur, convaincu que c'était lui qui avait conduit son père jusqu'à lui le jour où il l'avait trouvé. Akifumi lui avait parlé du temple lorsqu'ils étaient en Angleterre et il savait que son fils était pressé de le voir. C'est donc avec joie qu'il l'emmena vers la maison du Dragon. Le temple était bâti sur un modèle traditionnel et il était immense, impressionnant le petit garçon qui regarda cela avec émerveillement. Son toit était de tuiles d'ardoises, recourbé sur ses bords. Les murs étaient d'un blanc parfait et les nombreuses poutres, habituellement de bois peint en rouge, étaient cette fois d'or et d'argent mêlés l'un à l'autre en de longues vagues. Sur plusieurs degrés, la construction était splendide, brillant dans le soleil. Devant lui, deux grandes statues de dragons asiatiques encadraient l'escalier menant à la porte d'entrée déjà ouverte. Toutes deux étaient d'or et d'argent mêlés, majestueuses et l'air fier. Pour arriver entre elles, il fallait avancer sur un chemin pavé orné de nombreux Torii blancs (les Torii sont des portiques japonais issus des traditions shinto). Le chemin était bordé de plusieurs cerisiers centenaires imposants, leurs troncs sombres et leur feuillages fournis.
- Ces portiques s'appellent des Torii Kirarin, expliqua le père alors qu'ils avançaient tous sur le chemin. Ils sont là pour marquer l'entrée des sanctuaires, continua-t-il alors que le petit garçon regardait autour de lui avec émerveillement. Quand on passe un Torii, on dit que l'on passe du monde physique au monde spirituel, le monde de la magie.
- C'est vrai ? Demanda l'enfant l'air enthousiaste.
- Je le crois en tout cas, répondit le père avec un léger sourire. Et lorsque l'on repart, il faut repasser par les Torii en sens inverse pour réintégrer le monde physique.
Kirarin acquiesça, montrant qu'il avait compris et faisant sourire toute la famille autour de lui. Puis il reporta son attention sur le chemin et les portiques. Et il fut surpris. À chaque fois qu'ils passaient un Torii, il sentait un peu plus fort la magie de Rui qui venait l'entourer. Sa propre magie, sa compagne de toujours, semblait immensément heureuse et joyeuse, pétillante en lui et tout cela le mit un peu plus en confiance. Lorsqu'ils arrivèrent au temple, il pouvait nettement sentir la puissance du dragon tout autour de lui, ancienne, douce, sage et très protectrice. Il se sentait divinement bien ici, comme chez lui au milieu de toute cette énergie qu'il aimait tant. Akifumi ne manqua pas de le sentir se détendre complètement, agréablement surpris.
- Ça va Kira ? demanda-t-il doucement.
- Oui, il est là, dit-il simplement en étonnant tout les autres ne comprenant pas ce qu'il voulait dire.
- Qui est là Kira ? Demanda le père.
- Rui, répondit-il comme une évidence en les laissant ahuris.
Ils entrèrent en silence et le petit garçon fut un peu plus émerveillé par ce qu'il vit. L'intérieur était immense et très haut de plafond de plusieurs dizaines de mètres alors que des coursives situaient chaque étage, matérialisant un puits alors que du sol, on pouvait voir le toit. La charpente était d'or et d'argent, le parquet de bois lustré couvrant le sol. De nombreuses lanternes de papiers pendaient ça et là et l'odeur de l'encens planait dans l'air. L'espace était entièrement libre alors que des panneaux de papier de riz quadrillé laissaient entrer la lumière d'une manière tamisé. Tout au fond, il y avait une immense porte de bois aux imposants anneaux sombres.
La famille s'arrêta au bout de quelques pas, observant ce qu'il y avait devant eux avec un léger sourire. Là, à une trentaine de mètres il y avait une gigantesque statue. Celle d'un dragon asiatique enroulé sur lui même, semblant dormir. Il était colossal, devant mesurer plusieurs dizaines de mètres de long. Il avait des cornes nacrées finement veinées d'or et d'argent semblables à une ramure de cerf. Une longue et abondante crinière azurée couvrait sa colonne vertébrale, pendant sur son corps. En y regardant attentivement, on pouvait y discerner quelques crins d'ors et d'argents. Ses écailles étaient d'un blanc immaculé, tantôt finement bordées de paillettes d'or, tantôt de paillettes d'argent. Chacune de ses griffes était de diamant. Sa gueule était encadrée de longues moustaches fines. Il avait un nez semblables à ceux des cerfs et il en était de même pour ses oreilles cachée dans sa crinière. De longs cils garnissaient ses grands yeux clos et ses imposants crocs d'ivoire dépassaient de sa gueule.
La statue était absolument splendide et d'un réalisme extrême. On avait l'impression que la créature pouvait se réveiller à tout instant et se mettre à bouger. Et ce fut avec un émerveillement sans bornes que Kirarin l'observa. Mais au delà de la splendeur de la scène, c'était la magie qu'il percevait que l'enfant observait. Il la sentait si nettement maintenant. Aussi nettement qu'il sentait sa compagne de toujours en lui. Il sentait la puissance du dragon autour de lui, provenant de la statue. C'était comme s'il était là, il en était persuadé. Tous le laissèrent observer en silence, souriant devant son émerveillement plus que visible. Et au bout d'un moment, Kirarin décrocha avec mal ses yeux du dragon pour les reporter sur son père qui le regarda tranquillement :
- Je peux aller le voir plus près ? Demanda timidement le petit garçon.
Akifumi resta un moment profondément surpris. C'était bien la première fois que son fils osait demander directement quelque chose ainsi. Habituellement, il avait bien trop peur pour seulement oser penser le faire, hors présentement, il lui demandait simplement, détendu, et il en fut très étonné. Mais il en fut heureux, accédant avec joie à sa demande.
- Bien sûr mon ange, sourit-il.
Délicatement, il déposa le petit garçon au sol, celui-ci ne montrant pour une fois aucune réticence à quitter ses bras. Il avait reporté son regard sur la statue, semblant hypnotisé par elle. Akifumi s'accroupit près de lui, le tenant encore pour être sûr qu'il tenait bien debout. Il l'autorisa ensuite à avancer et c'est tranquillement que Kirarin partit vers la statue qu'il ne quittait plus du regard, observé par tous. Il s'avança jusqu'à se retrouver devant l'imposant museau posé au sol. L'enfant paraissait minuscule à côté du dragon, la hauteur de sa gueule le dépassant déjà en taille. Pourtant, Kirarin semblait juste ébahi, souriant légèrement. Et à cet instant, il pouvait sentir la présence calme du dragon. Il était là, il en était sûr. Il cala sa peluche sous son plâtre, libérant sa main valide et il leva délicatement ses doigts pour aller les poser sur le museau écailleux devant lui alors que toute la famille de regardait faire.
Ce qu'il se passa alors fut extraordinaire pour tout ceux qui regardaient. Lorsque les doigts de l'enfant touchèrent la statue, une belle lumière blanche naquit au point de contact. Elle se mit à pulser doucement, prenant peu à peu de l'intensité. Kirarin se mit à sourire largement, l'air ému :
- Tu es là, dit-il entendu par tous dans le silence.
Un vent léger se mit à souffler dans la pièce et tous perçurent alors sans comprendre pourquoi, une énergie douce et réconfortante leur picoter la peau. Ils restèrent sans voix, Akifumi et Rengu reconnaissant ce qu'ils avaient déjà entre aperçu le jour de leur première discussion sur la magie avec Kira. Soudain, une silhouette vaporeuse commença à se détacher de la statue, prenant sa forme et ses couleurs, des voiles de fumée lumineuse s'échappant d'elle. La créature immatérielle immense et élégante brillait légèrement. Tous restèrent figés devant cette vision extraordinaire, n'en revenant pas. La silhouette émergea complètement, se mouvant tel un serpent planant dans l'air en silence. Il secoua la tête un instant, sa crinière volant. Il ouvrit alors ses grands yeux, révélant des iris de diamant parsemées d'or et d'argent, ses pupilles rondes profondément noires. Cette présence était mystique, tous sentant une chaleur douce les entourer. Son regard était imposant et transperçant seulement, la créature n'avait d'attention que pour Kirarin. Le dragon baissa lentement son immense tête vers l'enfant qui n'avait pas l'air effrayé le moins du monde, bien au contraire. Il souriait largement, soupirant et les yeux pétillants alors qu'il regardait l'apparition. Il était détendu et en confiance. Le dragon baissa le nez jusqu'à lui, s'arrêtant à quelque centimètres du petit garçon qu'il observait intensément. Celui-ci releva sa main valide, venant étrangement la déposer sur l'imposant nez vaporeux.
- Bonjour Rui, salua-t-il doucement comme si tout était normal.
Un doux grondement ressemblant à un puissant ronronnement s'éleva alors dans l'air, le regard de Rui se faisant infiniment doux pour le petit garçon. Une voix grave et profonde se fit alors entendre tel un écho dans le vent :
- Bonjour mon petit gardien, dit-elle tendrement. Tu es enfin chez toi maintenant.
- Tu m'as sauvé la vie, merci, répondit l'enfant les larmes aux yeux.
Il vint poser son front contre le dragon qui ronronna de plus bel. Il se sentait tellement bien avec Rui, en sécurité et à sa place. En lui, son amie fidèle chantonnait de joie avec douceur, l'air absolument comblée.
- Je n'ai fait que te ramener là où tu aurais toujours dû être, répondit la créature. Tu es chez toi maintenant. Tu es en sécurité, assura-t-il en faisant soupirer l'enfant le croyant sur parole. Plus personne ne te fera de mal, j'y veillerais moi même. Tu peux avoir confiance en ta famille, dit-il avec un rapide coup d'œil pour les Uizado observant et écoutant avec stupéfaction. Ne t'en fait pas, tout va changer maintenant. D'accord ?
Kirarin acquiesça avec confiance et recula un peu, souriant à la créature. Celle-ci souffla légèrement, faisant voler ses cheveux et ses vêtements. Et soudain, le médaillon que Kirarin portait autour du cou, offert par son père en protection, se mit à briller. Animé d'une force invisible, il sortit du dessous de ses vêtements, lévitant devant le petit garçon qui regardait avec admiration.
- Il est temps que tu aies le tiens mon petit gardien, fit alors le dragon.
Le médaillon se décrocha alors de son cou pour s'en écarter doucement, restant un peu plus loin. Une bille de lumière apparut entre l'enfant et le dragon. Elle brilla et lorsqu'elle s'éteignit, un nouveau médaillon était apparu. Identique à celui d'Akifumi, il était cependant additionné d'or et d'argent pour être en tout point identique à Rui.
- Il lui manque quelque chose, remarqua le dragon avec douceur alors que Kirarin observait le bijou.
Ses moustaches s'agitèrent autour de sa gueule et elles vinrent toucher délicatement le médaillon. Deux chaînes, une d'or et une d'argent vinrent s'y accrocher, enroulées l'une autour de l'autre et un second médaillon vint y prendre place. Il s'agissait d'une fine chaînette d'or, pendant plus bas que le dragon. Au bout, il y avait une étoile, une étoile aux multiples et fines pointes donnant une petite boule de pics. Une étoile d'émeraude.
- Le dragon me représente évidemment, expliqua Rui. Grâce à lui, je serais toujours avec toi où que tu sois, dit-il doucement. Je te protégerais à travers lui, en tout temps et en toute circonstance. L'étoile te représente, ma petite étoile d'émeraude, dit-il avec tendresse. Je te donne la représentation de mon âme parce que tu es ce que j'ai de plus précieux. Un jour, tu donneras ton étoile à ton tour à la personne qui en sera digne. Tu sauras qu'elle lui appartient aussitôt que tu la verras. En attendant, tu vivras heureux, ici, chez toi, avec ta famille, dit-il en venant l'effleurer du bout du nez avec délicatesse.
Il recula ensuite et le nouveau médaillon vint s'attacher autour du cou du petit garçon, pendant sur sa poitrine. Rui tourna alors son regard sur le médaillon d'Akifumi lévitant sagement non loin, puis il regarda celui-ci. Le bijou rejoignit alors son propriétaire pour reprendre place autour de son cou.
- Approche, Akifumi, ordonna alors le dragon la voix impérieuse.
L'homme s'avança alors lentement, impressionné mais sans peur, fixant le dragon avec respect. Il s'arrêta à quelques pas, inclinant la tête.
- Relève la tête, je n'ai jamais demandé soumission, remarqua Rui avec douceur.
Akifumi obéit alors, souriant doucement. Rui regarda Kirarin avec une immense tendresse, venant l'effleurer du bout du nez avec une grande délicatesse. Il souffla un peu et son souffle chaud vint chatouiller le petit garçon qui sourit un peu plus.
- Retourne auprès de ton père Kirarin, demanda-t-il doucement.
L'enfant obéit avec joie et rejoignit doucement son père qui ne se fit pas prier pour le reprendre dans ses bras, le calant sur sa hanche et embrassant sa joue, le faisant sourire et se blottir contre lui. Rui reprit alors la parole, les observant :
- Toute ta vie tu as cru en moi, dés ton plus jeune âge, remarqua-t-il en regardant le plus âgé. Et ce malgré l'absence totale de preuve de mon existence. Tu m'as été plus loyal et fidèle que n'importe qui d'autre depuis bien longtemps. Bien d'autres avant toi dans ta lignée ont été incapables d'entendre les messages que je leur envoyais. Mais tu as cru en moi et tu m'as offert affection, respect et loyauté sans jamais douter. Ton cœur pur m'était ouvert et tu as tout de suite entendu mon message. Tu l'as écouté, tu m'as suivi en confiance et tu l'as sauvé, dit-il en regardant l'enfant. Tu l'as trouvé. Sache que si tu n'es pas son père par le sang, tu l'es par l'âme.
Il s'arrêta un instant et souffla sur le duo qui se sentit alors traversé d'une puissante vague d'énergie. Aussitôt, Kirarin se blottit un peu plus contre son père, soupirant d'aise. Et Akifumi lui, sentit soudain comme un lien s'établir entre lui et son enfant. Il put soudain sentir ses émotions, son état physique, son bien être actuel. Il sourit aussi en sentant son amour déjà puissant à son égard. C'était magnifique et les larmes lui montèrent aux yeux. Il serra un peu plus le petit garçon, embrassant son front.
- Vous êtes plus puissamment liés que vous ne pourriez l'imaginer, remarqua le dragon. Veille bien sûr lui, dit-il ensuite en regardant l'aîné.
- Je vous le promet, assura Akifumi.
Rui acquiesça l'air satisfait puis il regagna la statue, s'y fondant de nouveau, l'apparition disparaissant complètement. Le silence retomba alors, tous ahuris par ce qu'ils venaient de voir. Si la famille avait presque rit au nez de Rengu lorsqu'il leur avait raconté ce qu'il avait déjà vu d'extraordinaire autour du petit garçon en Angleterre, maintenant, plus un ne pouvait douter. Tous se mirent bientôt à sourire d'émerveillement, réalisant soudain que toutes les légendes de leur famille était probablement bien réelle. Et grâce à Kirarin, ils redécouvraient tout cela aujourd'hui.
Les premiers jours de Kira dans sa nouvelle maison furent un peu délicats, l'enfant très apeuré et angoissé dans ce nouvel environnement. Il fut cependant aidé alors que tout les jeunes de la maison partaient à l'école dans la journée. Ne restait alors que les adultes la plus part du temps, tous sachant se faire bien plus précautionneux, calmes et rassurants pour le petit garçon traumatisé. Il commença donc à faire leur connaissance tout en douceur, passant ses journées avec Akifumi qui veillait étroitement sur lui. Il le faisait voyager dans la maison régulièrement afin qu'il y prenne ses repères et il passait beaucoup de temps avec sa mère et sa première petite sœur restant toutes deux à la maison. Rengu partait travailler dans la journée, rentrant le dernier le soir alors que ses enfants commençaient à revenir en fin d'après midi suivant leur niveau d'étude. Pour Kirarin, il avait rapidement été décidé qu'il étudierait à domicile au moins une année durant. Tout d'abord pour lui permettre de se reposer et de récupérer au calme, ensuite pour qu'il puisse se rassurer tranquillement et se faire à sa nouvelle famille mais aussi pour qu'il ait le temps d'apprendre un peu la langue. Et c'était Yuma, la mère de famille qui s'en chargerait. Ancienne professeur d'université, elle était tout à fait prête à prendre en main son instruction. Mais pour le moment, on laissait simplement l'enfant récupérer de tout ce qu'il avait subi.
Il fallut un bon moment avant qu'il ne commence vraiment à se détendre avec le reste de sa famille. Après la visite au temple de Rui qui lui avait assuré sa sécurité et son bonheur, il s'était un peu relaxé. Mais il restait très craintif et appréhensif sur tout, se réfugiant systématiquement dans les bras d'Akifumi qu'il quittait avec mal. Cependant, doucement, il commença à se détendre, d'abord avec Rengu qu'il connaissait déjà puis avec Yuma et Suzuki, la mère et la fille passant beaucoup de temps avec lui. La jeune femme arrivait d'ailleurs souvent à le faire parler un peu, l'emmenant dans des discussions simples qui le détendaient et l'incitaient à la parole. Avec les quatre aînés de la famille, les choses évoluèrent relativement rapidement, chacun déployant des trésors de douceur et de compréhension pour le rassurer et le tranquilliser.
Avec le reste de la famille, les choses avançaient doucement à leur rythme. Kahei et Setsuna, les deux plus jeunes frères d'Akifumi, ainsi qu'Hayate, le fils de Eirin la domestique, mettaient beaucoup d'ardeur à se faire accepter par Kirarin, se faisant infiniment doux et gentils, agissant comme des grands frères très protecteurs. Leur comportement attendrissait toute la maison alors qu'il était évident que les garçons avaient été très touchés par l'histoire du petit brun. Setsuna en particulier se montrait très concerné, posant beaucoup de questions à ses aînés et faisant tout son possible pour mettre Kira à l'aise avec lui. Ce fut d'abord dans les bras de son père que Kira découvrit des jeux enfantins avec lui, se laissant peu à peu prendre à la chose pour se séparer lentement d'Akifumi. Les trois garçons se faisaient une joie de l'amuser et de tenter de le faire sourire, lui apprenant par la même occasion de nombreux mots japonais, l'enfant apprenant très vite avec beaucoup d'application.
Ce qui fut plus compliqué pour l'enfant fut de véritablement comprendre la vie des domestiques ici. Il passait beaucoup de temps à les observer, l'air de ne pas tout comprendre. Akifumi lui avait montré les beaux petits appartements dont chacun disposait, confortablement installés. Ils avaient plusieurs fois mangé avec eux pour qu'il puisse voir que personne ne mourrait de faim ici. Le petit garçon pouvait aussi constater chaque jour la grande politesse et gentillesse de tous à l'égard du personnel, réalisant qu'ils étaient parfaitement bien traité et que cela n'avait rien à voir avec son vécu. Cela prenait du temps mais il réalisait tranquillement.
Il guérissait aussi doucement, les bons repas et le repos faisant vite merveille sur lui. Il reprenait des couleurs et de l'énergie petit à petit, dormant moins et se faisant plus attentif. Il n'était pourtant jamais agité, toujours très calme et silencieux. Hideaki le suivait de près avec attention, toute la famille veillant d'ailleurs, inquiet pour le petit garçon semblant bien fragile. Mais heureusement, sa santé s'améliorait peu à peu alors qu'on l'entourait de soins. Et comme Akifumi avait commencé à le faire en Angleterre, tous s'appliquaient à lui faire découvrir une vie ordinaire avec une vraie famille. Kira découvrait avec joie le japon féerique pour lui, sa gastronomie, ses décors, ses légendes qu'on lui racontait... Il était évident que son sujet préféré était Rui et la magie, s'ouvrant doucement aux discussions sur le sujet en s'apercevant que cela emballait sa nouvelle famille, ne suscitant aucune haine ou violence comme il l'avait connu jusque là. Il adorait d'ailleurs se rendre au temple du dragon. Il y allait tout les jours, allumant bougie et encens pour Rui auquel il adressait toujours quelques pensées. S'y rendant avec son père, ils étaient cependant souvent accompagné d'autres, tous voulant connaître le mystère qui liait le garçon à leurs anciennes légendes familiales et qui leur avait montré si merveilleusement le protecteur de leur ligné. Kirarin s'y rendait chaque jour sans faute et il avait appris avec une grande application les rituels de prière entourant le temple et son dieu dragon. Il s'y tenait alors avec application, semblant toujours plus calme et détendu lorsqu'il revenait du temple.
Avec ce qu'ils avaient vu le jour de la première visite de Kira, toute la famille passaient plus de temps autour du temple du dragon. Si Rengu, Yuma et particulièrement leur fils aîné avaient toujours cru en Rui et venaient régulièrement au temple, ce n'était pas le cas de tous. Seul Setsuna, le plus jeune, s'était toujours montré très intéressé par toute ces légendes et histoires. Il adorait l'idée de la magie, des dragons et autres créatures et c'était aussi pour cela que Kira l'impressionnait beaucoup. Il devint d'ailleurs rapidement courant d'entendre les deux enfants discuter de magie, Kira se détendant et Setsuna surexcité et débordant de questions au sujet de son amie invisible et de ce qu'il percevait de Rui. Mais hormis le cadet, tous étaient plutôt détaché de ces légendes, s'y intéressant de nouveau après avoir vu tel spectacle. Lorsqu'ils accompagnaient Kira au temple, tous ne pouvaient que s'émerveiller. L'enfant était alors plus détendu et serein, plus enclin à parler tranquillement même s'il n'était toujours pas si bavard. Il répondait avec joie à leurs questions sur ce qu'il sentait. Il parlait toujours à la statue du Dragon comme s'il était vivant et après ce qu'ils avaient vu, ils n'en doutaient pas un instant. Kira disait souvent que Rui était là, qu'il dormait dans son temple mais qu'il entendait parfaitement ce qu'on lui disait, qu'il écoutait avec attention. Aussi, tous s'étaient remis à adresser quelques prières au dragon, se renseignant de nouveau sur son histoire.
Trois semaines après son arrivée, il fut temps pour Akifumi de se remettre au travail, ne pouvant plus reculer l'échéance. Il décida cependant de travailler de chez lui, dans son bureau, laissant ainsi tout loisir à son fils de rester avec lui. L'enfant supportait encore très mal d'être hors de vue de son père, toujours tendu et angoissé. Lorsque l'homme se remit au travail, il commença donc à s'installer sur les tatamis, devant une table basse près de panneau coulissants donnant sur les jardins. Totalement silencieux et tranquille, il passait alors son temps à regarder des livres ou à faire du coloriage, veillant à ne jamais déranger son papa qui travaillait. Il ne se plaignait jamais de rester là des heures, voulant juste rester en compagnie d'Akifumi sur lequel il jetait de fréquents coup d'œil pour se rassurer. Et rapidement, Yuma commença ses cours avec lui pendant ce temps. Elle le rejoignait dans le bureau de son fils, s'agenouillait à ses côtés et l'instruisait dans le calme. Si Kira avait eu peur de déranger son père, celui-ci lui avait assuré que ça ne le gênait pas qu'ils travaillent dans son bureau, cela le détendant même de regarder son fils s'appliquer avec concentration. Les adultes savaient bien que le garçon n'aurait pas protesté si on lui avait demandé de venir dans une autre pièce et de se séparer de son père pour ses cours. Kira ne protestait jamais, faisant tout pour ne pas leur déplaire. Il ne demandait jamais rien, se montrait toujours d'une extrême politesse. Bien que visiblement curieux, il ne posait jamais ses questions sans y être invité. Il ne refusait rien même si ça lui déplaisait ou le mettait mal à l'aise, apeuré à l'idée d'une sanction. Mais tous gardaient à l'esprit son état, évitant alors pour le moment de le mettre dans des situations qu'ils savaient angoissantes et anxiogènes pour lui. Ils laissaient la confiance grandir tranquillement et avec le temps, ils savaient que cela irait mieux.
C'était donc avec joie que Akifumi laissait sa mère donner ses leçons à son fils dans son bureau alors qu'il travaillait. Ainsi, Kira était rassuré par sa présence, lui jetant toujours de fréquents coup d'œil. L'enfant pouvait alors suivre ses leçons comme tout enfant allant à l'école, studieux et appliqué avec Yuma. Ils travaillaient toujours dans le calme le plus complet, Kira ne supportant pas l'agitation qui le perturbait. Et en cela, l'ambiance calme de la demeure l'aidait beaucoup. Tous avaient remarqué que le moindre bruit inattendu ou fort le paniquait, comme lorsque l'on parlait trop haut. Les gestes brusques près de lui le faisaient immanquablement courir vers Akifumi pour se réfugier dans ses bras en tremblant. L'énervement et la tension même minime se répercutaient toujours sur lui et l'agitation le stressait au point de le faire ressembler à une bête traquée, toujours tendu et attentif à chaque mouvement ou son. Le calme était donc ce qu'il préférait.
Suzumi les rejoignaient parfois pour les leçons, détendant efficacement le petit garçon très appréhensif après son propre vécu de l'école que Akifumi leur avait détaillé. Se servant de ses compétences, elle s'attelait à le détendre et à le tranquilliser. Elle attisait doucement sa curiosité, le poussant à poser ses questions sans peur, l'encourageant avec délicatesse. Et c'était alors parfois l'occasion de le pousser à parler de ce qu'il avait vécu alors qu'il était en partie occupé avec autre chose. Les leçons se transformaient alors quelques fois en séance de thérapie pour lui, cela se terminant souvent par une crise de larme dans les bras d'Akifumi. Cependant, parler faisait aussi du bien à l'enfant alors que Suzumi guérissait progressivement ses traumatismes, lui expliquant que ce qu'il avait vécu n'était pas normal, que tout cela était fini, que ça n'avait jamais était de sa faute, qu'il n'était pas un monstre, qu'il n'avait rien fait de mal et qu'il avait droit au bonheur. Ce travail se faisait lentement et en douceur mais il était nécessaire à l'enfant pour guérir son jeune esprit malmené.
Chaque jour, il apprenait aussi un peu plus le japonais, très appliqué. Entre toutes les leçons qu'elle lui donnait, Yuma avait très vite compris qu'elle avait devant elle un petit garçon très intelligent et curieux qui avait cependant refoulé ses capacités à cause des traitements qu'il avait reçu. Aussi elle s'appliquait à les faire éclore de nouveau. Kira apprenait très vite et se montrait très pertinent dans ses questions lorsqu'il osait les poser. Lui enseigner devint rapidement une joie pour la dame qui lui faisait non seulement découvrir des leçons ordinaires pour son âge mais aussi beaucoup d'autres choses sur les sujets qui intéressaient l'enfant. En tête, les légendes et les mythes japonais, la magie et les créatures fantastiques. Les animaux suivaient de près, Kira semblant passionné par ceux-ci et surtout par les reptiles avec les serpents en première place. Il disait qu'il pouvait leur parler et qu'il les trouvait amusant et très beaux. Si tous étaient enclin à le croire sur parole après tout ce qu'ils avaient vu, ils avaient cependant un peu de mal, se demandant comment il pouvait s'y prendre. Yuma s'était cependant chargée de lui trouver des livres sur les serpents et tout deux passèrent de longs moments sur internet à regarder les différentes espèces existantes, le petit garçon se faisait un peu plus expressif sur ce sujet qui l'intéressait.
Les journées du petit brun étaient toujours bien remplie entre repos, cours, visites à Rui, jeux avec les plus jeunes et moments doux avec une famille qu'il découvrait avec bonheur, se détendant de plus en plus. Il emmenait partout sa peluche de panda, ne la lâchant jamais et en prenant très grand soin. Il dormait toutes les nuits avec son père malgré qu'il ait sa propre chambre juste à côté. Il y dormait parfois pour quelques siestes mais ses nuits s'écoulaient toujours dans les bras de l'adulte qui seul savait calmer ses cauchemars. Au plus le temps passait au moins il en faisait à condition de dormir avec l'adulte. Leurs nuits s'étaient finalement faites relativement tranquilles et Akifumi espérait qu'un jour, son fils puisse dormir seul sans faire de cauchemar. En attendant, il était là pour adoucir ses rêves.
Ce ne fut qu'à la mi octobre, un mois et demi après son arrivée au Japon, que Hideaki envisagea enfin de retirer le plâtre de son bras. Il voulait néanmoins vérifier que tout était en ordre avant de l'enlever. Aussi un matin, ce fut en compagnie du médecin, de Suzumi et évidemment de son père que l'enfant fut conduit vers une petite clinique privée non loin. Il s'agissait là de sa première sortie de la demeure depuis son arrivée et cela eut le don de le stresser horriblement. Akifumi et sa sœur s'appliquaient alors à le détendre, doux et sereins, protecteurs pour le rassurer. On fit passer des radios au petit garçon et ce fut avec l'approbation du traumatologue sur place et celle d'Hideaki qu'on retira finalement le plâtre de son bras, soulageant le frêle petit garçon de ce poids superflus. Cela fait, ce fut le médecin de famille qui s'appliqua à masser son membre, l'enfant désormais bien moins réticent à son contact. Il restait crispé et mal à l'aise mais il n'était plus paniqué comme autrefois. Il avait fallu bien des semaines de légers contacts journaliers avec le médecin pour qu'il se détende. Hideaki avait passé beaucoup de temps avec lui, fier de gagner doucement sa confiance. Cela facilitait les soins et les examens qu'il faisait passer régulièrement à l'enfant qu'il surveillait de près. Aussi, ce fut sans trop de problème qu'il put lui prodiguer un long massage, lui expliquant tranquillement qu'il aurait besoin de rééducation et qu'il devait faire attention dans ses mouvements pendant un moment. Il lui annonça qu'il s'en chargerait lui même à la maison.
Dans la foulée, Hideaki lui fit faire des radios de ses mains, sachant qu'il avait besoin de chirurgie sur chacune d'entre elle. Les nombreuses fractures de ses doigts mal soignées le gênaient et il fallait corriger cela. Kira s'était essayé à tenir des baguettes pour manger comme le reste de sa famille, mais il n'y parvenait pas à cause de ses blessures. Cela l'avait déprimé, faisant réaliser un peu plus aux autres autour de lui quel calvaire il avait pu subir. Il avait aussi du mal à écrire, peinant et ne parvenant qu'à une graphie médiocre qu'on avait parfois du mal à lire. Améliorer cela au mieux était devenu une priorité. Hideaki demanda l'avis d'un chirurgien de sa connaissance dans la clinique et la dame, fut tout d'abord choquée de découvrir l'état des mains de ce petit garçon. Elle assura pourtant ensuite qu'il était possible de réparer les dégâts presque à cent pourcent, soulageant tout le monde. Voulant cependant que l'enfant reprenne encore un peu plus de force avant une quelconque opération, on décida d'attendre la nouvelle année pour programmer une chirurgie.
Ce jour là, le petit garçon vit aussi un chirurgien plasticien. Une autre chose qui était indispensable était de faire disparaître le pire de ses cicatrices, celles imprimant ces injures dans la peau de son dos. L'examen fut cette fois-ci beaucoup plus pénible pour le petit garçon supportant très mal de montrer ses marques et surtout celles là en particulier, paniquant assurément lorsqu'on les touchait. Ce fut donc caché dans les bras de son père que le médecin dut regarder les marques le plus rapidement possible, n'y touchant que furtivement pour son examen. Et comme pour tous, on pouvait voir la colère et la tristesse sur son visage à la vue de ces blessures sur un si jeune enfant. Il regarda toute les marques qu'il portait, laissant Akifumi le rhabiller et le calmer ensuite longuement. Il expliqua ensuite qu'il serait probablement très difficile voir impossible de faire disparaître toutes les cicatrices alors que le petit brun en était couvert, certaines trop récentes pour être traitées. Mais il affirma qu'il pouvait faire disparaître les mots gravés dans son dos. Il garderait peut-être encore des traces de l'opération mais plus de ces abominables inscriptions. Encore une fois, il fut décidé d'attendre encore un peu avant toute opération, l'enfant trop fragile à leur goût pour l'instant.
Ce fut donc une journée difficile pour Kira qui rentra à la maison fermement accroché à son père qui le portait et le serrait doucement dans ses bras. Ce fut une visite au temple de Rui qui détendit finalement le petit garçon qui passa ensuite une fin d'après midi de jeu avec Setsuna, Kahei et Hayate dont-il se rapprochait de plus en plus. Le lendemain commençait sa rééducation pour son bras alors que l'enfant avait apprécié de pouvoir enfin se laver librement sans avoir à faire attention à son plâtre. Son père lui avait fait profiter d'un bon bain chaud plein de mousse, le petit garçon appréciant ce plaisir simple avec un léger sourire. La semaine suivante s'écoula dans un calme tranquille alors que l'automne paraît les jardins de belles couleurs. Kira se plaisait d'ailleurs à les observer avec émerveillement, ne se lassant guère du décor complètement traditionnel de sa nouvelle maison. Le samedi suivant, on organisait une sortie en famille, les filles de la maison voulant refaire la garde robe du cadet qui n'avait encore que peu de vêtements. On l'emmena donc dans de beaux magasins, le petit garçon se faisant toujours aussi ému et touché qu'on lui offre quelque chose. Et cela toucha toute la famille. Kira fut visiblement très intéressé par les vêtements traditionnels du pays et on lui en acheta plusieurs alors qu'il était fréquent d'en porter chez eux. Ils mangèrent au restaurant tous ensemble, partant ensuite pour une balade dans un grand parc parés de ses couleurs d'automne, suivis discrètement des gardes du corps des deux chefs d'entreprises de la famille. Ce fut une belle journée pour Kira qui se détendait de plus en plus avec sa nouvelle famille, souriant de plus en plus, se faisant moins apeuré et plus apaisé, se remettant lentement des horreurs qu'il avait vécu.
Une semaine passa encore et ce fut lors de celle-ci que Kira découvrit une nouvelle activité avec une grande curiosité. Ce jour là, il avait suivi son père jusqu'au dojo, celui-ci s'y étant fait tirer par Haiko pour un entraînement aux arts martiaux. Et ce fut avec une grande admiration que le petit garçon regarda les deux hommes s'entraîner sur les tatami, le garde du corps se plaignant que cela faisait trop longtemps. L'enfant les regarda faire sans jamais les lâcher des yeux, se disant que lui aussi il aimerait savoir faire ça. Peut-être qu'alors, il pourrait se défendre si quelqu'un voulait encore lui faire mal. Il ne dit pourtant rien, observant cependant avec attention l'entraînement qui se termina par une séance de méditation. Son père lui proposa alors de participer, lui expliquant de quoi il s'agissait et ce fut avec joie qu'il le rejoignit, s'asseyant au creux de ses jambes croisées et collant son dos au torse fort et rassurant de son papa. Il écouta ensuite les consignes avec une très grande attention, les appliquant pour réguler sa respiration et vider son esprit. Très agréablement surpris par l'effet de détente profonde que l'exercice eut sur le petit garçon ce jour là, l'adulte lui proposa d'en faire un peu régulièrement, souriant à l'enthousiasme qui s'alluma dans les yeux du brun qui acquiesça. La méditation fut le sujet de discussion de la soirée ce jour là, Suzumi assurant à son frère que cela pouvait lui être très bénéfique pour arriver à le calmer et le détendre. Elle n'y avait pas pensé c'était en effet une très bonne idée.
Ce matin là lorsqu'il ouvrit les yeux, Kirarin tomba sur son père dormant encore. Il sourit largement. Sa vie avait tellement changée en trois mois de temps. Maintenant, il avait un papa, une famille, une maison... on ne lui faisait plus mal, on lui donnait à manger et à boire autant qu'il voulait, il ne devait plus travailler toute la journée, il pouvait se reposer, il pouvait apprendre, il pouvait jouer... C'était un rêve fantastique pour lui alors qu'il réalisait un peu plus chaque jour que ce rêve s'appelait réalité maintenant. Sa nouvelle famille était extraordinaire. Il avait un papa génial mais aussi un papy et une mamie incroyables. Et puis il y avait ses nouveaux oncles et tantes qui faisaient davantage office de grands frères et de grandes sœurs. Ils étaient toujours gentils avec lui et lui faisait découvrir beaucoup de nouvelles choses, l'aidant toujours s'il en avait besoin. Il se sentait bien avec eux, de mieux en mieux. Personne ne lui faisait de mal ici et il se sentait aimé. C'était indescriptible pour lui.
Comme tout les matins, il se réveillait blotti contre son papa qui chassait ses cauchemars. Il dormait de mieux en mieux grâce à lui et il se réveillait toujours en douceur, au chaud contre lui. Habituellement, c'était son papa qui ouvrait les yeux le premier mais aujourd'hui, c'était lui. Il faisait encore sombre dehors et on était samedi, il savait donc qu'ils ne se lèveraient pas tout de suite. Une sensation étrange l'étreignait ce matin. Il se sentait un peu étourdis et vaseux. Se disant pourtant qu'il était simplement encore endormi. Il serra sa peluche panda dans ses bras, se blottissant un peu plus contre son père qui le serra dans son sommeil, le faisant sourire doucement. Ce jour là cependant, il commença à se sentir de plus en plus mal, sa tête tournait et il avait froid. En fin de journée, il avait mal à la tête, fatigué et nauséeux. Pas une fois il n'alla se plaindre à son père, gardant cela pour lui de peur de le déranger. Il avait vu pire que ça, ce n'était pas grand chose. Il ne voulait surtout pas faire de caprice et déplaire à sa famille. Il se cacha donc personne ne remarqua que ça n'allait pas alors qu'il était toujours naturellement pâle et tranquille, calme et silencieux.
Ce ne fut qu'au repas du soir que tous virent enfin que ça n'allait pas. Ils dînaient en famille comme cela était de tradition le week end dans leur maison. La semaine, Rengu et les plus âgés n'étaient pas toujours là pour les repas mais le samedi soir et le dimanche soir réunissaient presque toujours toute la famille sauf exception. Ils étaient donc tous réunis autour d'un dîner tranquille, discutant de tout et de rien, chacun racontant sa journée ou sa semaine. Comme à l'habitude, Kira était agenouillé juste à côté d'Akifumi, Setsuna installé de l'autre côté. Il mangeait lentement en silence en écoutant les autres autour de lui. Seulement ce soir là, il ne se sentait vraiment pas bien et son repas commença rapidement à lui donner des crampes d'estomac. Il avait déjà eu du mal à manger à midi, ayant eu mal au ventre toute l'après midi bien qu'il n'ait rien dit. Il ne fallut donc que quelques bouchées avant que sa tête ne se mette à tourner brusquement, une bouffée de chaleur soudaine le prenant alors que l'envie de vomir se faisait irrépressible. Surprenant toute la table, il bondit sur ses pieds pour partir en courant titubant un peu alors qu'il se dirigeait précipitamment vers les toilettes.
- Kira ?! S'écria Akifumi en se levant pour courir à sa suite.
Presque toute la famille suivit d'ailleurs après quelques secondes de surprise, se demandant ce qu'il se passait. C'était bien la première fois que le petit garçon s'en allait comme ça en courant sans raison apparente. Les seuls moment où il avait réagis si brusquement était lors d'un élan de peur dû à un geste ou un éclat de voix et il se tournait alors immanquablement vers Akifumi contre qui il se réfugiait. Hors là, ce n'était pas cela du tout et jamais le petit garçon ne s'était ainsi éloigné volontairement de son père. Ils accoururent donc, soudain très inquiets. L'enfant lui, n'avait même pas entendu l'appel d'Akifumi, ne pensant qu'à rejoindre les toilettes au plus vite. Et avec cet empressement, une peur irraisonnée commença aussi à pointer. S'il était malade, son papa serait-il en colère ? Il ne l'avait jamais été mais il n'avait jamais été malade et il n'avait jamais vomi depuis qu'il était là. Chez les Dursley, on lui avait toujours crié dessus lorsqu'il était malade. On l'avait corrigé lorsqu'il vomissait ou ne se sentait pas bien et on était toujours furieux contre lui. Il était terrorisé à l'idée que sa famille ne l'aime plus s'il était malade et c'était surtout pour cela qu'il n'avait rien dit aujourd'hui. Mais il ne pouvait plus le cacher maintenant.
Ce fut de justesse qu'il atteignit les toilettes, s'effondrant devant la cuvette et se mettant à vomir alors que ce violents hauts de cœurs le secouaient. Il se sentait brûler, des points noirs dansant devant ses yeux qui s'emplirent de larmes alors qu'il peinait à respirer. Il sursauta en entendant son papa l'appeler, priant déjà pour qu'il ne le déteste pas et qu'il ne se mette pas en colère. Il n'eut cependant pas le loisir d'y penser alors qu'un autre élan douloureux le secouait.
- Kira ! S'exclama Akifumi en voyant son fils s'effondrer devant les toilettes pour être pris d'un violent malaise.
Il le rejoignit sur le champs, horriblement inquiet. Il s'agenouilla près de lui, posant une main douce dans son dos frêle pour le caresser doucement et tenter de l'apaiser. Il s'en voulait soudain ne pas avoir vu que quelque chose n'allait pas alors que c'était évident à cet instant. Le malaise ne venait pas de nul part. Depuis qu'ils avaient vu la manifestation de Rui, il pouvait sentir nettement les états d'âmes et l'état physique de son enfant à condition de se concentrer sur lui. Il avait visiblement manqué d'attention aujourd'hui et il s'en voulut sur le champs. Il frotta un peu plus le dos du petit garçon dont le malaise ne semblait pas vouloir s'apaiser alors qu'il avait encore de violents hauts de cœurs. Rapidement, le reste de la famille arriva, comprenant soudain en voyant le petit brun malade. Yuma rejoignit son fils pour encadrer Kira, lui frottant le dos à son tour.
- J'appelle Hideaki tout de suite, lança Rengu en sortant son téléphone et en s'éloignant un peu.
Il fallut un long moment pour que le malaise passe enfin, le petit brun tremblant de tout son corps et complètement essoufflé lorsqu'il eut enfin un répit. Akifumi accepta un linge amené par Suzumi, essuyant délicatement le visage de son fils avant de le soulever dans ses bras. Kira ressemblait alors à une poupée de chiffons, peinant à retrouver son souffle et visiblement mal en point alors qu'il avait fermé les yeux. Il était maintenant beaucoup trop pâle et il tremblait sans s'arrêter. Il se laissa complètement faire, le père doutant qu'il fasse vraiment attention alors qu'il avait lourdement posé sa tête contre sa poitrine, le visage crispé et les bras enroulés autour de son ventre. Rapidement, l'adulte gagna le salon tout proche suivit de tous. Il s'assit dans un canapé, installant son fils sur ses genoux avec attention et le calant contre lui. D'une main délicate, il écarta une mèche de cheveux de son visage, se rendant soudain compte qu'une chaleur anormale irradiait de son front. Il y posa alors sa main, comprenant tout de suite :
- Il a de la fièvre, remarqua-t-il avec inquiétude. Kira ? Mon ange tu m'entends ? Demanda-t-il doucement en caressant sa joue.
Sans qu'il ne se l'explique, le petit garçon ferma les yeux un peu plus fort, éclatant bientôt en sanglots, se crispant et se roulant un peu en boule. Il se mit bientôt à s'excuser en boucle avec une panique palpable, visiblement apeuré. Et si à son arrivée tous avaient du mal à comprendre ses réactions, maintenant, ce n'était plus le cas. Maintenant, toute la famille savait que ce genre de crise de terreur et de panique cachait un malaise de son passé qu'ils n'avaient pas encore vu. Et avec ce qu'il venait de se passer, les plus âgés avaient peur de comprendre que même être malade lui avait peut-être valu punition dans le passé.
- Du calme mon ange, cajola aussitôt Akifumi en le câlinant. Ce n'est rien. Tu n'as pas besoin de t'excuser, tu n'as rien fait de mal. Là mon grand, calme toi, pria-t-il la voix douce en embrassant son front trop chaud. Ça va, assura-t-il. Ça va ne pleure pas. Je ne suis pas en colère loin de là, promit-il en sachant que son fils pensait souvent qu'on serait furieux contre lui pour tout et n'importe quoi. Je t'aime mon ange, lui murmura-t-il. Je t'aime. Ce n'est rien.
À son plus grand soulagement, Kira se calma rapidement sous ses câlins et ses mots doux, se blottissant contre lui et accrochant ses petites mains à ses vêtements. Il tremblait toujours mais il retrouvait doucement son souffle. Le papa lui présenta bientôt un petit verre d'eau amené par sa mère, le faisant boire. Kira les remercia grimaçant un peu.
- Ça va mieux mon ange ? Demanda Akifumi.
Le petit garçon acquiesça mollement, tenant pourtant toujours son estomac.
- Tu as mal au ventre ? Questionna-t-il alors.
- Un peu, avoua-t-il.
- Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu ne te sentais pas bien Kira ? Est-ce que tu avais peur ?
Après une longue hésitation, le petit garçon acquiesça avec tension, visiblement anxieux.
- Plus personne ne te fera de mal mon ange, je te l'ai promis, rappela-t-il avec patience sous l'attention de toute la famille. Tu ne dois pas avoir peur de me dire si ça ne va pas. Personne ici ne sera jamais en colère contre toi parce que tu ne te sens pas bien. Au contraire, je veux que tu me le dises si ça ne vas pas. Comme ça, on pourra te guérir d'accord ? Jamais on ne sera en colère contre toi pour ça, jamais. Ce n'est pas de ta faute si tu es malade. Je ne serais jamais en colère contre toi pour ça, compris ? Demanda-t-il avec un doux sourire rassurant pour son fils qui le regardait avec soulagement.
Il acquiesça faiblement, plus détendu et tranquille. Mais il était aussi très visiblement fiévreux et mal à l'aise, fatigué.
- Depuis quand ça ne vas pas mon grand ? Demanda le père.
- Je me sentais bizarre en me réveillant ce matin et c'est devenu pire après, répondit-il en se détendant sous les caresses de son père.
- Est-ce que tu as mal autre part en plus de ton ventre ?
- Ma tête, bredouilla le petit brun.
- Repose toi mon ange, pria-t-il alors. Hideaki-sensei va arriver. Il va voir ce qui ne va pas et il va te soigner. Ça va aller, rassura-t-il.
- Tient Kira, intervint Setsuna en lui amenant sa peluche qu'il avait récupéré lorsqu'il était parti en courant en l'abandonnant.
Le petit brun la récupéra avec joie, la serrant contre lui en le remerciant. Setsuna s'assit alors près d'eux, regardant son cadet avec inquiétude. Natsuki alla chercher un plaid pour couvrir le petit garçon qui tremblotait et Tsukiyo amena un linge imbibé d'eau fraîche que le père pressa délicatement contre son front trop chaud, lui tirant un petit soupir d'aise. Akifumi remercia ses deux sœurs, observant ensuite son petit garçon avec inquiétude. Cinq minutes plus tard, Hideaki arrivait avec Rengu. Il salua tout le monde d'un signe de tête, s'approchant rapidement d'Akifumi et de son fils près desquels il s'assit. Il sourit calmement au petit garçon blotti contre son père, le regard un peu vague :
- Alors bonhomme, il paraît que ça ne va pas fort, remarqua-t-il alors que Rengu lui avait raconté ce qu'il venait de se passer.
- Il a mal au ventre, à la tête et il a de la fièvre, renseigna le père.
- On va voir ça. Ça va aller bonhomme, rassura-t-il.
Avec patience et douceur, le médecin examina le petit garçon vérifiant qu'il n'avait rien mangé d'inhabituel ou qu'il ne soit pas sortit sans se couvrir alors qu'il commençait à faire froid.
- Je pense que tu as dû attraper un mauvais virus, conclut-il finalement. Je vais te donner des médicaments et ça ira vite mieux, assura-t-il en souriant.
Le petit garçon le remercia doucement, se blottissant ensuite contre son père qui le tenait toujours, fermant les yeux.
- Il est toujours très fragile, rappela ensuite le médecin au reste de la famille en passant au japonais. Tout ce qu'il a subi a laissé son corps très faible. L'hiver risque d'être un peu difficile pour lui. Il risque de tomber malade bien plus facilement que nous malheureusement. Il a dû attraper un petit virus. Je vais lui donner ce qu'il faut et on va suivre ça, assura-t-il. Je vais aller chercher ce qu'il lui faut à mon cabinet. Il vaudrait mieux le mettre à l'aise et au chaud au lit. Le faire boire régulièrement pour qu'il ne se déshydrate pas.
- Très bien. Je vais faire ça, assura le père en cajolant le petit garçon.
- Je reviens vite, assura le médecin en se levant pour aller chercher les médicaments dont-il avait besoin.
- Vous pouvez retourner dîner, dit ensuite Akifumi à sa famille. Je vais le mettre au lit.
- Nii-san (grand frère), je peux venir avec toi ? Demanda Setsuna. Je n'ai plus faim, dit-il en regardant Kira avec inquiétude.
- Non, répondit-il doucement. Je ne veux pas que tu tombes malade aussi s'il est contagieux Setsuna. Il va certainement dormir de toute façon et je vais rester avec lui. Tu pourras le voir demain d'accord ?
- D'accord, acquiesça-t-il à contre cœur.
Akifumi se leva alors avec son fils dans les bras, prenant le chemin de sa chambre. Il gagna d'abord leur salle de bain privative, changeant le petit garçon pour lui faire passer un pyjama. Il alla ensuite l'allonger sur leur futon, le couvrant soigneusement. Il s'installa à ses côtés, prêt à veiller alors qu'il s'en voulait terriblement de n'avoir rien vu. Il le cajola, le détendant alors qu'il le sentait inquiet et un peu désorienté. Rapidement, il vit arriver Hideaki et sa mère qui lui amenèrent médicaments et eau pour l'enfant. Ils lui firent prendre ce dont il avait besoin, le couvrant d'attentions et le poussant tranquillement à dormir. Une fois plongé dans le sommeil, Akifumi le confia un instant à sa mère le temps de se changer pour la nuit, revenant bien vite près de lui. Il écouta les recommandations du médecin puis celui-ci le laissa, Yuma s'en allant après avoir embrassé le front de son petit fils d'adoption. Le père s'installa alors au côté de son fils, décidé à veiller sur lui.
