Chapitre 8 :
Première années
Cette nuit là, ce fut difficilement qu'Akifumi trouva son sommeil alors qu'il veillait étroitement sur son fils malade et fiévreux. Il le câlinait presque constamment, le serrant doucement dans ses bras alors que le petit brun se tenait en une boule serrée contre sa poitrine. Il avait mis des heures à s'endormir, se repassant la journée en boucle, cherchant des indices qui auraient pu lui dire que son fils était malade. Mais c'était difficile. Hormis un instant à frotter son ventre cette après midi, il ne voyait pas grand chose et cela lui faisait peur. Il devait vraiment faire plus attention. Se concentrant entièrement sur lui, il pouvait sentir sa faiblesse et son malaise, s'en voulant de ne pas avoir été plus attentif. Rui leur avait offert ce merveilleux lien qui lui permettait de sentir l'état de son fils, il devait vraiment apprendre à s'en servir. La nuit fut calme alors qu'il avait redouté que Kira soit encore pris de vomissements. Mais ce ne fut pas le cas et ils dormirent d'une traite.
Ce fut le père qui se réveilla tôt au matin alors que le soleil se levait. Et sa première pensée fut pour son fils. Il se redressa sur un coude, baillant largement et se forçant à se réveiller complètement. Il alluma une lampe de chevet installée non loin, jetant un coup d'œil au réveil pour voir l'heure. Il était encore un peu tôt pour un dimanche mais la maison devait déjà commencer à se réveiller. Il reporta alors toute son attention sur Kira qui dormait encore contre lui, sa peluche de panda roux serrée dans ses bras. Et son inquiétude grimpa aussitôt. Le petit garçon était maladivement pâle, les joues rougies et le front couvert de sueur. Quelques mèches de cheveux y étaient d'ailleurs collés, rendus humides. Sa respiration était un peu rapide à son goût et il grimaçait légèrement. Touchant son front, il fut certain que la fièvre avait pris de l'ampleur. Il caressa délicatement son visage, le voyant bientôt papillonner des yeux faiblement.
- To-san ? Appela-t-il alors en utilisant l'appellation japonaise alors qu'il adoptait doucement la langue.
- Je suis là mon ange, assura-t-il en effleurant délicatement sa joue.
Il se pencha pour embrasser son front, lui souriant avec réconfort.
- Comment te sens tu ? Demanda le père.
- J'ai la tête qui tourne, bredouilla-t-il la voix basse.
- Ça va aller mon grand ne t'en fais pas, rassura-t-il. Ton pyjama est trempé, remarqua-t-il.
- Je suis désolé, s'excusa immédiatement Kira en se recroquevillant un peu.
- Inutile de t'excuser mon ange, répondit-il en caressant sa joue. Ce n'est pas de ta faute si tu es malade. Jamais je ne t'en voudrais pour ça. Si tu ne te sens pas bien, tu peux et tu dois venir me le dire mon cœur. Et moi, je m'occuperais de toi pour que ça aille mieux. Tu n'as pas à t'en faire. Il faut juste te reposer tranquillement et ne t'inquiéter de rien. D'accord ? Demanda-t-il avec le sourire.
- D'accord, répondit l'enfant l'air infiniment soulagé. Arigatou, (Merci) bredouilla-t-il.
- Je t'aime mon ange, lui dit l'adulte en déposant un baiser sur son front. On va aller prendre une douche et te mettre un pyjama propre, annonça-t-il ensuite. Ensuite, on va essayer un petit déjeuner, voir Hideaki-sensei et après, tu te reposeras tranquillement.
L'enfant acquiesça, se blottissant dans les bras de son père lorsqu'il le prit contre lui, le portant pour se diriger vers la salle de bain. Alors qu'ils faisaient leur toilette, Akifumi désormais entièrement concentré sur lui sentait son malaise et sa faiblesse. Il s'en voulait tellement de ne pas s'en être rendu compte la veille. Avec soin, il aida Kirarin à se laver, usant d'une eau tiède qui eut l'air de lui faire du bien dans sa fièvre. Une fois habillé lui même et son fils vêtu d'un pyjama propre et frais, le père l'emmena vers la table du petit déjeuner où il trouva ses parents et Setsuna, son plus jeune frère. Celui-ci vint d'ailleurs immédiatement voir Kira, l'air très inquiet pour lui et en découvrant son état peu fameux, il parût d'autant plus angoissé. Il s'installa près de son grand frère à table, souriant à son cadet pour lui dire bonjour avant de se mettre à caresser doucement ses cheveux. Sa maman faisait ça lorsqu'il ne se sentait pas bien et ça faisait toujours du bien. Les adultes ne purent que suivre son angoisse en constatant que l'enfant était très loin d'aller mieux. Le petit déjeuner fut difficile pour Kira qui se retrouva finalement de nouveau aux toilettes à vomir alors que ses quelques bouchées lui avaient donné de violentes nausées. Une fois de plus Akifumi et Yuma furent près de lui, lui caressant le dos alors que les autres à peine levés s'inquiétèrent de le voir dans cet état. On laissa donc tomber la nourriture, le père parvenant néanmoins à lui faire avaler un peu d'eau.
Ce fut en câlinant son fils au salon que Akifumi attendit Hideaki en compagnie de sa mère. Si Setsuna, Hayate et Kahei avaient réclamé de pouvoir rester au côté de Kira, les adultes avaient préféré les éloigner pour éviter qu'ils ne tombent malades à leur tour et pour laisser l'enfant se reposer. Le médecin arriva finalement, s'inquiétant de voir que ses médicaments n'avaient pas eu d'effet et que la fièvre avait augmenté. Il l'examina de nouveau, lui donnant ses médicaments avant de conseiller de le remettre au lit. Aussi, Kira se retrouva bientôt de nouveau couché sous l'attention de son père et de sa grand mère. Ils veillèrent à le faire boire régulièrement, le rafraîchissant pour le soulager. L'enfant se montra très touché en voyant leur attention et leur inquiétude à son égard. Yuma lui expliqua alors que c'était normal et que dorénavant, il y aurait toujours quelqu'un pour s'occuper de lui et le veiller lorsqu'il en aurait besoin, qu'il ne serait plus tout seul.
Malheureusement ce jour là, l'état du petit garçon ne fit qu'empirer lentement, inquiétant énormément sa famille. Le lendemain, en constatant que cela était pire encore malgré les médicaments, Hideaki fit installer l'enfant dans la chambre médicalisée de la demeure. Elle existait normalement pour Rengu qui malheureusement en avait régulièrement besoin à cause de ses graves problèmes de santé. L'homme n'ayant guère envie d'aller à l'hôpital à chaque fois et préférant être soigné chez lui, il avait fait aménager tout un espace aussi équipé qu'une clinique dans sa maison. C'était le domaine d'Hideaki avec tout le nécessaire pour des soins très poussés. On y avait installé Kira, le médecin ayant décidé de lui poser des perfusions pour l'hydrater et le nourrir alors qu'il n'arrivait même plus à boire un peu d'eau sans être malade. Il peinait largement à respirer maintenant, grimaçant toujours de douleur alors qu'une migraine carabinée ne le quittait plus. Il s'affaiblissait rapidement et Hideaki ne comprenait pas ce qui lui arrivait alors que les médicaments n'avaient aucun effet. Il avait alors fait des analyses plus poussés et c'était sans rien y comprendre que tout lui était revenu négatif. Les symptômes étaient là, plus que violents mais il n'y avait ni virus ni maladie à laquelle tous s'étaient attendus. Il n'y avait rien. Du point de vue des analyses et examens, Kira n'avait rien. Pourtant, il était évident que quelque chose n'allait pas du tout.
Ces jours de maladie furent aggravés par un sommeil chaotique pour l'enfant, ses cauchemars se faisant d'une extrême violence alors qu'Akifumi ne parvenait pas à le calmer à son grand désespoir. Toute la maison avait pu entendre les cris de détresse, de souffrance et de terreur du cadet et cela leur avait fait froid dans le dos. Une fois certain que Kira n'était pas contagieux, on avait laissé Setsuna, Hayate et Kahei venir le voir. Tout trois s'étaient mis à s'occuper de lui constamment, ne le quittant que pour aller à l'école. Il était touchant de les voir tenter de faire sourire Kira, de veiller à ce qu'il soit bien couvert, qu'il n'ait besoin de rien, de les voir le rafraîchir pour tenter de soulager sa fièvre et le câliner pour lui témoigner leur présence et leur soutient. Ils étaient très inquiets de le voir dans cet état, à bout de force, avec ses perfusions et bientôt avec un masque à oxygène pour l'aider à respirer. Ne comprenant pas ce qu'il se passait, Hideaki avait fait venir un ami médecin pour avoir un autre regard mais lui non plus n'y comprit rien.
Le premier Novembre, au quatrième jour de maladie, l'état de Kira s'était encore aggravé, sa fièvre plus forte que jamais alors qu'il émettait souvent des plaintes de douleur. Hideaki avait beau faire tout ce qu'il pouvait, restant constamment auprès de lui, rien n'y faisait. Toute la maison était plongée dans l'angoisse devant ce qu'il se passait alors que rien ne semblait parvenir à soulager Kira à qui tous rendaient visite souvent. Akifumi ne le quittait pas et Setsuna et Kahei avaient pris l'habitude de venir l'encadrer dans son lit pour rester avec lui et le soutenir. Ce jour là, Hideaki n'y comprit plus rien quand la cicatrice du front de l'enfant se mit à saigner plusieurs fois sans raison. Ce fut une journée chargée en tension alors que le petit garçon semblait souffrir, plus vraiment conscient dans son épuisement. Rien n'y faisait au plus grand désespoir de tous alors que Hideaki multipliait les examens pour tenter de comprendre, changeant le traitement sans résultat. Et puis soudainement, le lendemain, sans explication, la fièvre commença à baisser doucement. Si tous furent infiniment soulagés par la nouvelle, le médecin n'y comprenait toujours rien.
Il fallut trois jours en tout pour que l'état de Kira revienne à la normale sans explication. Il avait passé ce temps dans la chambre médicalisée avec Hideaki et son père, Setsuna, Hayate et Kahei lui tenant compagnie dés qu'ils le pouvaient, dormant même avec lui. Finalement après sept jours de cette épreuve, tout fut terminé, laissant le jeune garçon dans un épuisement prononcé. La fièvre était cependant partie, il respirait normalement, il n'avait plus mal à la tête, il n'avait plus la nausée et parvint enfin à remanger un repas léger. C'était à n'y rien comprendre. Hideaki n'en n'avait pas pour autant fini de chercher ce qu'il s'était passé, programmant d'autres examens plus poussés pour savoir si l'enfant avait un quelconque problème de santé qu'il n'avait pas détecté jusque là. Une fois son état revenu à la normal, on le réinstalla dans la chambre d'Akifumi pour se reposer et récupérer de cette semaine de calvaire pour lui. On était alors samedi matin et ce jour là, presque tout les frères et sœurs d'Akifumi vinrent l'entourer. Tous hormis Suzumi. Il y avait bien sûr Setsuna et Kahei et aussi les autres adolescents un peu plus âgés. Natsuki, Tsukiyo et Masao. S'ajoutait aussi Hayate. Lorsque Kira se réveilla, il se retrouva pris dans un câlin et une sieste groupée, tous allongés autour de lui sur le futon et les tatamis, étroitement serrés. Voir cela l'avait énormément touché et il n'avait pas eu peur du tout, sentant un sentiment de sécurité et de tendresse extrême l'entourer. Il en avait eu les larmes aux yeux et c'était avec le sourire qu'il s'était rendormi sans réveiller personne. Akifumi et Suzumi, debout un peu plus loin, avaient suivi cet instant de réveil, décidant de ne pas bouger si ce n'était pas nécessaire. Et ils avaient été très touché de voir Kira regarder autour de lui, réaliser ce qu'il se passait pour être pris d'une vive émotion perceptible. Ils l'avaient vu se détendre et sourire, se rendormant les larmes aux yeux. Le père n'avait pu s'empêcher de prendre la scène en photo, habitude qu'il avait prise et que son fils adorait.
Au final, cet épisode de maladie resta un véritable mystère. Après une semaine de repos supplémentaire pour que Kira récupère et se rassure comme tous, Hideaki, Yuma et Akifumi l'avaient emmené à la clinique pour réaliser des examens. Ceux-ci ne révélèrent pourtant rien de plus que les séquelles de ce que l'enfant avait vécu jusque là, ni maladie, ni problème de santé aucun. Si cela fut un grand soulagement pour la famille, rien ne permettait d'expliquer ce qu'il s'était passé. Cela fut une angoisse pour la famille surveillant désormais plus étroitement encore le petit garçon pour détecter tout problème.
Cependant, tout revint à la normale et la vie reprit son cour. Akifumi reprit le travail et Kira ses leçons avec sa grand mère ainsi que la thérapie avec Suzumi quand Rengu était à son entreprise et les enfants à l'école. L'hiver arriva et avec lui, les multiples petites maladies de saison. Si toute les précautions furent prises pour lui éviter ça, Kira tomba tout de même malade à plusieurs reprises, encore très affaibli par ce qu'il avait vécu. Heureusement, rien ne fut aussi grave qu'à Halloween loin de là. Avec la fin d'année vint le tout premier véritable Noël de Kira. Ce fut un moment magique pour lui. Il adora décorer le sapin et la maison avec sa famille. Il fut incroyablement gâté comme tous et il eut bien du mal à assimiler la chose, encore déstabilisé par ce genre de présent. Après Noël, ce fut le nouvel an avec une ampleur encore plus grande. Si au Japon, Noël était une fête récente sans aspect religieux pour les Shintoïste comme sa nouvelle famille, le nouvel an était bien plus important. Si c'était les vacances pour les plus jeunes, les adultes avaient tous pris une semaine de congé également pour cette fête.
Les derniers jours de décembre avaient vu un grand nettoyage complet de la demeure. On changea les papiers de riz, aéra les tatamis, enleva les objets cassés... Tout fut nettoyé et rangé de fond en comble en un rituel de purification de la maison. Dans le même esprit, Rengu et Akifumi avaient bouclé leurs dossiers de l'année alors qu'il était de bon ton de terminer ses affaires pour commencer la nouvelle année avec de nouvelles choses. On décora ensuite le devant de la maison de deux grands Kadomatsu encadrant la porte. Ces compositions florales étaient pourvues de trois bambous taillés en biseaux et de branches de pins qu'ils avaient été ramasser eux mêmes après Noël. Akifumi avait expliqué à son fils qu'elles représentaient le ciel, la terre et l'humanité, qu'elles étaient une demeure des Kami, des Dieux durant la fête. On les avait décoré avec soin et entouré d'offrandes. Une Shimenawa, une corde sacrée, avait été placée elle aussi à l'entrée symbolisant l'enceinte de pureté qu'était devenu la maison après la purification. Toute la maison avait été décoré dans la tradition.
Le temple de Rui avait lui aussi eu droit à toutes les attentions. La famille au complet s'y était mise pour le nettoyer entièrement comme de coutume, le décorant, menant les rituels et offrant offrandes et prières à leur Kami, Rui. Le soir du nouvel an, à minuit, tous étaient au temple pour prier dés la première minute de l'année. On y avait bu le traditionnel sake médicinal censé assurer une bonne santé et on y avait attendu et regardé le premier levé de soleil de l'année, le Hatsuhinode, moment important de la fête. Venaient ensuite quelques jours de célébrations et de repos. Toute la famille s'étaient rendues à diverses petites manifestations en ville ou dans les temples alentours, Kira découvrant ainsi des temples d'autres Kami qu'il connaissait grâce à sa grand mère. Un moment qu'il adora fut de faire du cerf volant lors d'une journée qui y était consacré dans un grand parc. Ils en avaient fait sous la neige et il avait adoré ça. Après sept jours, on avait rassemblé toutes les décorations déployées pour le nouvel an et on les avait brûlé, libérant les Kami et clôturant la fête. C'était avec fascination que le jeune garçon avait suivi les rituels, buvant littéralement les explications des adultes à ce sujet.
Les fêtes de fin d'année eurent un effet positif plus que visible sur Kira qui en ressorti plus détendu, plus heureux et plus proche de sa famille. La vie reprit ensuite son train train quotidien, l'hiver rude pour le petit garçon affaibli. Il se faisait pourtant de plus en plus détendu et souriant avec sa famille. Il utilisait maintenant le japonais avec de plus en plus de facilité, apprenant très vite. La fin de l'hiver vit aussi la programmation des interventions qu'on avait prévu pour lui au printemps. Plusieurs fois par semaine, Kira méditait avec son père et devant l'envie brillant dans ses yeux lorsqu'il assistait aux entraînements aux arts martiaux d'Akifumi et Haiko, ce dernier avait fini par lui proposer de lui apprendre. Kira avait accepté et le meilleur ami et garde du corps de son père c'était chargé de lui enseigner, petit prodige en la matière. Cela fut fait avec l'accord et les conseils d'Hideaki pour commencer en douceur et ne pas brusquer l'enfant faiblard. Ce fut ainsi qu'Haiko devint une sorte de maître pour lui, déjà considéré comme tel. Akifumi ne l'avait pas choisi comme garde du corps uniquement parce qu'il était son ami mais surtout parce qu'il savait qu'il était très fort dans ce domaine, passionné de combat. Il commença alors à entraîner Kira, commençant par des séances de sport doux. Et si cela fut éprouvant physiquement pour le garçon, ce fut aussi un grand bien. Non seulement il adorait ça mais en plus, en un petit mois de pratique, les effets s'en ressentait sur sa santé, l'améliorant.
Ce fut un nouveau sujet d'échange avec ses oncles et tantes d'adoptions, tous pratiquant avec plus ou moins d'intensité. La chose avait été initié par Rengu pratiquant lui même et ayant fait faire à ses enfants depuis leur plus jeune âge comme sport. Certains comme Suzumi avaient fini par arrêter, peu passionné par cela, d'autres comme Setsuna, Kahei, Masao et Tsukiyo s'entraînaient avec le plus grand des sérieux, participant même à des compétitions. Kira prenait très au sérieux son propre entraînement, écoutant religieusement Haiko lorsqu'il lui enseignait. Le jeune homme projetait de lui apprendre un panel d'art martiaux japonais, avec et sans arme alors que le petit garçon était ouvert à tout.
Cependant, les premières véritables leçons de combat furent une épreuve pour Kira. Lorsque Haiko simulait des coups vers lui, même si c'était lentement, sans brutalité et avec la promesse de s'arrêter bien avant de le toucher, cela réveillait en lui une peur panique. Il avait alors des flash back de son passé, des coups qu'il avait pris et les premières fois l'avaient immanquablement fait détaler vers son père qui assistait aux entraînements. Avec une panique incontrôlable, il sautait dans les bras d'Akifumi, terrorisé et tremblant comme une feuille, au bord des larmes. Il avait alors fallu le calmer, Haiko mal à l'aise de provoquer une telle réaction. La famille s'était alors demandée si c'était une bonne idée de continuer et Suzumi était intervenue. Elle leur avait expliqué que si cela était difficile, ces entraînements pouvaient aussi être très bénéfiques pour aider Kira à reprendre de l'assurance et à dépasser ses peurs et ses traumatismes. Il avait donc été décidé de le laisser continuer sans intervenir tant qu'il ne réclamait pas d'arrêter lui même ou qu'ils jugeaient que les choses allaient trop loin. Haiko s'était fait d'une patience d'ange avec son petit élève, lui disant que s'il voulait arrêter un entraînement ou faire une pause, il n'avait qu'à le dire, que ce n'était pas un problème et qu'ils avaient le temps.
Avec cela, la famille put pourtant découvrir la très grande force de caractère de Kira. Si la première fois, la panique inattendue qui l'avait submergé avait complètement mis fin à l'entraînement. Les fois suivantes Kira s'y attendait, en ayant discuté avec son père et surtout avec Suzumi qui l'avait doucement poussé à persévérer pour vaincre ses peurs. Dés la seconde fois et si la panique le prit de nouveau, le poussant dans les bras de son père, l'enfant fit un effort titanesque pour se calmer et retourner sur les tatamis sans un mot pour continuer, l'air déterminé. Akifumi et Haiko avaient été impressionnés et très fiers. Ce jour là, Kira avait passé la séance à paniquer à chaque simulation de coup, à se calmer puis à revenir invariablement sans aucune plainte à la grande admiration des adultes. Et toute la famille fut touchée de comprendre que le petit garçon se battait pour surmonter ses traumatismes. Haiko avait alors décidé d'alterner entre séance de sport simple et de combat. Il encourageait toujours l'enfant, le félicitant à chaque fois qu'il revenait sur les tatamis, à chaque fois qu'il réussissait un exercice. Il notait toujours lorsqu'il mettait moins de temps à se calmer et se reprendre, montrant ses progrès au petit garçon même si c'était une question de seconde. Il prenait peu à peu la place de mentor pour Kira, lui disant souvent qu'il croyait en lui et qu'il le trouvait très courageux. Il fallut un mois mais finalement, Kira parvint à se contrôler pour ne pas partir en courant et rester devant Haiko. Ce jour là, le petit garçon reçut tellement de félicitations qu'il ne sut plus quoi en faire.
à partir de ce jour, l'entraînement de Kira prit une autre ampleur et tous purent voir le petit garçon prendre doucement de la confiance à chaque progrès, se battant pour ne pas laisser les flash back, la peur et la panique le dominer. Parallèlement, Kirarin avait aussi découvert autre chose avec la pratique de la méditation. Avec elle, lorsqu'il méditait profondément, il arrivait à mieux percevoir son amie invisible, à sentir sa présence en lui. Cela l'avait tellement excité qu'il s'était mis à pratiquer chaque jour, voulant découvrir tout ce qu'il pouvait sur ce qu'il n'avait plus peur d'appeler : sa magie.
S'il n'y avait pas eu de nouvelle manifestation de magie ou de Rui depuis l'arrivée de Kira, toute la famille eut droit à une nouvelle merveille à la fin février. Ce jour là, alors qu'il jouait dans le jardin avec Setsuna et Hayate, Kirarin s'était soudain arrêté pour se diriger vers un épais buisson. Akifumi l'avait vu faire de loin, assis sur le rebord de la coursive extérieure avec ses parents, prenant le thé. Tout trois avaient été intrigués de le voir s'accroupir près du bosquet pour visiblement y chercher quelque chose. Ils le virent parler en souriant doucement, ne l'entendant cependant pas de là où ils étaient. Setsuna et Hayate avaient fini par se rendre compte qu'il n'était plus avec eux, le cherchant alors. Ils allaient revenir le chercher quand Kira tendit les bras devant lui avec délicatesse. Tous purent alors voir une petite masse blanche sortir du buisson et venir vers l'enfant qui le prit dans ses bras. Tous se dirent alors qu'il avait dû trouver un chat ou un autre animal s'étant perdu sur le domaine. Ce fut donc avec attendrissement que les adultes le regardèrent revenir vers eux pour leur montrer sa trouvaille, vite rejoint par les deux jeunes garçons. Seulement, ce n'était ni un chat, ni un chien que Kira tenait dans ses bras et ils restèrent sans voix devant ce qu'ils découvrirent.
S'était un renard, un renard blanc possédant neuf queues. Un Kitsune de leurs légendes. Tous eurent bien du mal à se faire à cette vision, n'osant y croire. Kira lui, ne semblait pas perturbé pour un sou, loin de là. Il caressait tendrement l'animal fantastique qui se blottissait contre lui, calme et l'air de grandement apprécier ce traitement, posant sa tête contre la poitrine du petit garçon.
- Regardez, dit-il dans un japonais désormais très correct. C'est un Kitsune, posa-t-il le plus simplement du monde.
- C'est un vrai Kitsune ? s'émerveilla Setsuna en s'approchant.
Kira acquiesça, le montrant à ses comparses de jeu, le renard les observant de ses yeux gris l'air curieux. Hayate voulu avancer une main pour le caresser et l'animal recula, se collant à Kira.
- N'ait pas peur, rassura celui-ci en le cajolant. On ne te fera aucun mal. Il veut juste te caresser.
La créature le regarda l'air de parfaitement comprendre, laissant alors Hayate puis Setsuna le caresser avec une grande délicatesse. Il fut d'ailleurs bientôt clair qu'il adorait ça, léchant doucement les doigts des garçons qui lui présentaient leurs mains. Excité comme une puce, Setsuna partit bien vite chercher toute la maison pour qu'ils puissent voir ça. Et finalement, toute la famille, domestiques et amis furent là, subjugués de voir que Setsuna n'avait absolument pas menti en les tirant avec lui. Tous restèrent figés devant l'image de la créature de légende bien réelle dans les bras du petit garçon. Le renard sembla d'ailleurs apeurée par toute cette assemblée et Kira le câlina pour le détendre, commençant à lui présenter tout le monde comme parlant à une vraie personne. Certains avancèrent une main pour le caresser, émerveillés par la douceur de son pelage.
- Il s'appelle Yashiro, annonça finalement Kira.
- Comment le sais-tu mon ange ? demanda son père.
- Il me l'a dit, répondit-il comme une évidence.
- Il te l'a dis ? s'étonna Yuma.
- Oui, confirma-t-il en comprenant ensuite que quelque chose n'allait pas en voyant leurs airs perdus. Vous n'entendez pas tout ce qu'il dit depuis tout à l'heure ? demanda-t-il.
- Non, répondit Setsuna. Il parle ?
- Oui, il n'a pas arrêté. Vous n'entendez pas ? redemanda le petit garçon l'air perplexe.
Tous firent signe de négation et Kira baissa le regard vers la créature :
- Tu sais pourquoi ils ne t'entendent pas ? questionna-t-il simplement.
Le Kitsune surprit tout le monde en tournant la tête vers lui, les oreilles droites et l'air intelligent.
- Il dit que c'est parce qu'il me parle par la pensée, commença Kira en les surprenant profondément, que vous ne pouvez pas l'entendre parce que vous n'êtes pas magiques. Il dit qu'il dormait depuis très longtemps mais qu'il a senti Rui-sama se réveiller et que ça l'a sorti de son sommeil, renseigna-t-il en regardant le renard qui ne le lâchait pas des yeux. Il dit qu'il sert Inari-sama, qu'il vit ici depuis des siècles. Inari-sama l'avait envoyé pour protéger la maison parce qu'il a de l'affection pour notre famille. Il s'est réveillé et il était curieux de voir ce qui avait réveillé Rui-sama. Il a senti ma magie et comme il l'a trouve belle, il a voulu me voir de plus près. C'est pour ça que je t'ai trouvé, s'amusa l'enfant.
Il releva le regard vers sa famille qui l'observait et l'écoutait avec une surprise sans borne.
- Inari-sama est le Kami de l'agriculture, remarqua Rengu. Mais il est aussi le gardien des maisons et les Kitsune blancs sont ses serviteurs. Les Kitsune blancs, noirs ou à neuf queues sont de très bonne augure. Tu dis qu'il protège la maison ? demanda-t-il à son petit fils avec le plus grand des sérieux en voyant la créature tourner le regard vers lui.
- Oui. Il dit qu'il est le gardien de la maison depuis très très longtemps mais que ça faisait très très longtemps qu'on n'avait pas eu besoin de lui ici et que la magie de Rui-sama s'était endormie. Il a fini par s'endormir aussi. Il dit que Inari-sama veut toujours qu'il protège notre maison et qu'il est content qu'il y ait de nouveau de la magie ici.
- On peut le garder ?! s'exclama Setsuna en sautillant sur place.
Bien plus décontenancé que les plus jeunes, les adultes voulurent lui dire que ce n'était probablement pas comme ça que ça fonctionnait mais Kira les devança, riant doucement :
- Ce n'est pas un animal de compagnie, dit-il. Il est intelligent, il comprend tout. Et puis c'est ici sa maison, il ne partira pas sauf si Inari-sama l'ordonne. Il vit dans les jardins près du temple de Rui-sama. Mais il fait ce qu'il veut. Il est libre. Il surveille le domaine pour le protéger du mal. Mais il dit qu'il nous aime bien alors il va peut-être revenir nous voir de temps en temps, transmit-il. Je te laisse tranquille maintenant. Merci d'être venu nous dire bonjour, sourit-il en regardant l'animal.
Celui-ci lui lécha la joue avec délicatesse puis Kira le déposa précautionneusement au sol. Trottinant tranquillement, le Kitsune s'éloigna vers les bosquets, ses neuf queues ondulant derrière lui. Il n'était plus qu'à quelques mètres des buissons lorsqu'il s'arrêta, se tourna vers eux, regarda Kira et s'inclina élégamment avant de disparaître purement et simplement en brume blanche s'évaporant dans l'air. Tous restèrent émerveillés et figés de stupeur devant ce spectacle, Kira se figeant d'appréhension en se tournant vers eux. Il rejoignit timidement son père, pinçant doucement sa manche de deux doigts :
- Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? demanda-t-il avec tension en se ratatinant sur place.
La question empreinte de peur du petit garçon réveilla tout le monde. Akifumi se tourna vers lui, lui souriant doucement et l'entourant d'un bras pour l'attirer sur ses genoux. Kira y trouva sa place avec joie, se détendant dans son étreinte chaude.
- Tu n'as rien fait de mal mon ange. Nous sommes juste tous très surpris. Nous n'avions jamais vu une créature de légende comme les Kitsune. Nous savions même pas qu'ils existaient vraiment, expliqua-t-il.
- Bien sûr qu'ils existent, comme Rui-sama, sourit l'enfant en fermant les yeux. C'est juste qu'ils ont peur des gens. Yashiro m'a dit tout à l'heure qu'il ne voulait pas sortir parce que les humains faisaient du mal aux créatures comme lui, raconta-t-il attentivement écouté de tous. Alors il avait peur. Il est venu parce qu'il aimait bien ma magie et qu'il la trouvait belle. Il m'a dit qu'il savait que je ne lui ferais pas de mal parce que j'étais comme Rui-sama. Je lui ai dit que vous ne lui feriez pas de mal non plus et qu'il pouvait sortir. Je lui ai dit que je vous présenterais pour qu'il se rassure et qu'il sache qu'il n'avait rien à craindre. Alors il a bien voulu venir vous dire bonjour.
Comprenant à peu près, tous décidèrent de le laisser tranquille, tentant déjà d'intégrer ce qu'ils venaient de voir. Kirarin était décidément incroyable. Si les domestiques avaient entendu parler des manifestations autour de lui, ce fut pour eux la première fois qu'ils purent le voir de leurs yeux. Après cela, les plus jeunes se prirent de passion pour les Kitsune, cherchant à tout savoir sur eux. Aidé des adultes, ils avaient monté un petit hôtel pour Yashiro, près de l'endroit où il vivait. Kira les ayant conduit. Ayant découvert que les Kitsune aimaient le tofu frit, Kira, Setsuna et Hayate s'étaient mis à venir en offrir régulièrement à la créature qui sortait alors pour les voir, laissant les garçons le toucher. D'ailleurs, il acceptait de venir voir tout ceux venant lui faire une offrande ou une prière, d'abord uniquement en présence de Kira, puis sans lui lorsqu'il prit de l'assurance. Aussi, régulièrement, le Kitsune recevait de la visite des plus jeunes comme des plus âgés, tous émerveillés et lui rendant hommage à lui comme au Kami qu'il servait pour le remercier de leur donner un gardien.
Peu après cet épisode arriva un autre qui bouleversa un peu la maison. Devant tout ce qu'il se passait autour de son petit fils, Rengu avait repris contact avec son propre père, lui expliquant ce qu'il s'était passé dernièrement pour leur famille. Il lui parla de Rui et de Kira. Sous sa demande, l'homme avait accepté de venir voir son désormais arrière petit fils. Kirarin avait appris par son grand père qu'il ne s'entendait pas très bien avec lui. Il s'agissait d'un homme très spirituel, très ancré dans la tradition. Il avait fait gérer les affaires de la famille par des sociétés extérieures et n'avait pas accepté que son fils reprenne les entreprises lui même. Il aurait voulu qu'il se consacre au temple et non aux affaires, ne croyant pas que l'on puisse concilier les deux au contraire de Rengu. Il avait quitté la demeure familiale il y avait longtemps, vivant modestement dans un autre temple. Si le conflit entre eux s'était apaisé, leur relation restait distante. Cependant, Rengu disait que son père aurait probablement beaucoup à apprendre à Kira et qu'il pourrait peut-être mieux comprendre qu'eux ce qui entourait le petit garçon. Le vieil homme était versé en matière de Kami, de légende, de créatures mythiques... Bien sûr, cela ne dépassait pas le savoir du commun des mortels et s'il était très croyant, il n'avait jamais rien vu sortant de l'ordinaire comme ce qu'il se passait avec Kira. Aussi, il fut perplexe devant le discours de Rengu mais suffisamment intrigué pour venir.
Le vieil homme venait rendre visite de temps en temps à ses petits enfants, Rengu et son père ne faisant pas planer leur conflit sur eux, mais il ne venait que rarement, préférant souvent leur écrire. Aussi, ce fut un peu la fête le jour où il vint à la maison. Ce jour là, ce fut caché derrière son père que Kirarin découvrit son arrière grand père, Satoshi Uizado. L'homme veuf approchait les cent ans pourtant, il semblait plutôt en forme, se tenant droit et souple. Il avait de longs cheveux gris parfaitement lisses, attachés en un chignon traditionnel. Une longue barbe taillée au cordeau habillait le tour de sa bouche et descendait sur sa poitrine, ses joues rasées. Si les rides le marquaient largement, elles semblaient être chez lui une marque de sagesse plutôt que de vieillesse. Il était mince et assez grand, vêtu d'un kimono bleu marine parfaitement mis. Il semblait strict mais une aura douce et paisible l'entourait pourtant. Kira fut immédiatement impressionné et un peu confus, alors que sa magie lui donnait un bon pré-sentiment lorsqu'il le regardait. Il se cacha pourtant, apeuré par cet inconnu. Il était excité à l'idée de le rencontrer alors qu'on lui avait beaucoup parlé de lui mais il était aussi terrorisé en pensant que l'homme ne l'aimerait pas.
Satoshi salua d'abord ses petits enfants venant immédiatement vers lui, leur souriant et leur demandant comment ils allaient. Il salua ensuite bien plus platement son fils attendant à quelques pas, passant ensuite à Yuma avec plus de chaleur. Et finalement, il se tourna vers Akifumi qui ne s'était pas avancé, restant un peu plus loin, cachant son fils qui avait agrippé ses vêtements derrière lui, tremblant un peu. Le vieil homme s'avança vers le père, ne regardant que lui pour commencer. Il s'arrêta juste devant lui, souriant largement :
- Bonjour Akifumi, salua-t-il doucement. Cela faisait longtemps mon enfant, tu es un homme maintenant, dit-il en posant une main sur son épaule.
- En effet grand-père, sourit-il. Je suis heureux de vous revoir. Si vous permettez, je vous présenterais mon fils, dit-il.
Le vieil homme acquiesça et baissa les yeux, découvrant le petit brun lorsque Akifumi s'écarta un peu pour le dévoiler.
- Grand-père, je vous présente Kirarin, mon fils, dit-il avec fierté en gardant une main dans le dos de l'enfant. Il a huit ans. Kira, je te présente ton arrière grand-père, Satoshi Uizado.
- Je suis enchanté de vous rencontrer, bredouilla l'enfant sans lever les yeux.
Le voyant apeuré, le vieil homme se baissa devant lui, s'agenouillant. Lentement, il avança une main vers lui, venant lui relever le menton sans brusquerie. Kira sursauta brusquement au contact mais se laissa faire, relevant le regard, surpris de trouver un visage souriant et rassurant en face de lui. Il se détendit un peu, l'homme dégageant tant de calme et de sérénité, de douceur, qu'il s'apaisa naturellement.
- Moi aussi je suis ravi de te rencontrer Kirarin, étoile étincelante, dit-il en le faisant sourire un peu. Tu n'as aucune raison d'avoir peur de moi mon enfant. Jamais je ne te ferais le moindre mal, assura-t-il en ayant appris les très grandes lignes de son vécu par Rengu. Tu as une aura absolument splendide dis moi, remarqua-t-il ensuite joyeusement en surprenant tout le monde.
Il rit un peu en voyant l'air confus du petit garçon devant lui, lui expliquant :
- Cela fait bien des années et même des décennies maintenant que je me consacre à mon esprit et à la méditation. Alors à force, j'ai appris à voir l'aura des autres.
- Qu'est-ce que l'aura ? demanda timidement le petit garçon.
- L'énergie spirituelle qui t'entoure et qui montre qui tu es et ce que tu ressens. La tienne est très belle et brillante, sourit-il. C'est très beau et extrêmement rare.
Kira acquiesça, le remerciant pour l'explication. Le vieil homme se releva lentement et on se dirigea vers le salon pour prendre le thé en famille. On commença à parler de tout et de rien, Satoshi prenant des nouvelles de ses petits enfants et écoutant ce qu'ils avaient à lui dire avec attention. Et pendant ce temps là, Kira eut tout le loisir de l'observer et de se détendre doucement, assis contre son père. Satoshi l'intriguait. Il le sentait si tranquille et posé, si serein et paisible. Sa quiétude était telle qu'il avait l'impression qu'elle s'infiltrait en lui lorsqu'il le regardait. C'était un sentiment étrange. Son papa lui faisait un effet semblable en plus puissant, sa présence lui faisant du bien et le rassurait. C'était à peu près la même chose avec Satoshi en bien plus léger. Son instinct et sa magie lui disaient qu'il n'avait aucune raison d'avoir peur et que tout irait bien avec l'homme. Il se décontracta donc alors que tous discutaient, ses yeux posés sur le père de son grand-père.
Alors que Setsuna s'extasiait de tout ce qu'il s'était passé autour de Kira, le racontant à son grand père, celui-ci posa les yeux sur l'enfant. Il entama la discussion avec lui tout en douceur, parlant du dragon et lui posant des questions à son sujet. Après un moment, Kirarin accepta de venir s'asseoir près de lui pour discuter, se tranquillisant à vu d'œil au bonheur général. Il parla bientôt normalement avec Satoshi et quand celui-ci lui demanda de l'emmener voir son ami le Kitsune, il approuva sans mal. Ce fut en tenant une main de son père et une autre de son arrière grand-père que Kira alla avec eux vers le petit sanctuaire construit pour Yashiro, le reste de la famille restant à la maison pour permettre au jeune garçon de faire connaissance avec le vieil homme. Ce fut donc à trois qu'ils allèrent vers l'autel du Kitsune, celui-ci sortant immédiatement de sa cachette à l'appel de l'enfant, stupéfiant et émerveillant Satoshi. Kira fit les présentations et l'homme se mit à poser des questions sur la créature et sa manière de communiquer avec le jeune garçon. Celui-ci répondit sans réticence, transmettant les paroles du gardien lorsque la question lui était adressée. Ils restèrent longuement avec lui, le laissant finalement repartir. Ils se rendirent ensuite au temple de Rui, Satoshi ravi de le voir en excellent état. Comme à son habitude, Kirarin rendit hommage au Dragon dans les règles avant de s'approcher de sa statue pour caresser doucement le bout de son nez. L'ancien et Akifumi lui rendirent hommage également avant de s'approcher aussi, observant l'enfant câliner la statu avec le sourire.
- Est-il ici ? demanda finalement Satoshi.
- Rui-sama est toujours là, répondit-il. Il n'est jamais parti. Il était profondément endormis et puis il s'est un peu réveillé mais pas complètement, expliqua-t-il spontanément. Il se repose et il attend maintenant. Il s'est un peu réveillé parce qu'il voulait me sauver. C'est pour ça qu'il a conduis papa, jusqu'à moi, dit-il en attrapant la main d'Akifumi qui serra la sienne en réponse. Il est très content que papa l'ait entendu. Il est très content que tout le monde repense un peu à lui. Mais il dort encore. Il m'a dit que ce n'était pas encore le moment pour se réveiller.
- Quand cela sera-t-il ? demanda Satoshi l'air de ne pas douter un instant.
- Quand on aura prouvé qu'on le mérite, répondit-il.
- Que doit-on faire pour le mériter ? questionna-t-il alors.
- Il ne me l'a pas dit. Il a simplement dis que si nous le méritions, il reviendrait, sourit-il.
Satoshi posa quelques questions sur le Dragon, l'enfant répondant sans se faire prier. Et finalement, ils retournèrent vers la maison pour le dîner. Ce soir là, alors que les plus jeunes jouaient dans un salon, dans la pièce juste à côté, les adultes se mirent à parler bien plus sérieusement. Rengu, Yuma, Suzumi et Akifumi parlant plus en détail de Kira à leur aîné, lui racontant les détails de sa vie. Akifumi prit le relais pour raconter ce qu'il s'était passé le soir de leur rencontre, ne cachant rien. Ils détaillèrent ensuite les événements survenus depuis, les progrès de l'enfant et les manifestations extraordinaires autour de lui, laissant l'ancien perplexe et très intrigué mais parfaitement disposé à accepter la nature surnaturelle et magique de tout ceci. L'histoire terminée, il félicita chaudement son petit fils pour avoir su entendre et écouter la voix de Rui, l'air fier que cela soit arrivé et qu'il ait été capable de le percevoir et de suivre la volonté du Dragon. Ils s'en tinrent là pour ce jour, Satoshi voulant réfléchir un peu à ce qu'il avait appris et vu. Il décida pourtant de rester un moment dans la demeure familiale, voulant en voir davantage et découvrir son petit fils.
L'arrivée de Satoshi marqua le début des vacances de fin d'année scolaire pour les oncles et tantes de Kira. Ils avaient trois semaines de congé avant la rentrée d'avril et tous avaient pris un rythme de vacances. Cependant, ce fut avec une angoisse terrible qu'il demanda timidement à Yuma s'il pouvait continuer ses propres cours normalement. Il aimait les leçons avec sa grand mère, il aimait rendre fier son papa lorsque Yuma lui disait qu'il progressait très vite. Il aimait apprendre et il n'avait pas envie d'arrêter pour les vacances. Yuma accepta avec joie, le faisant sourire et le détendant. Elle lui proposa simplement de travailler un peu moins pour lui laisser le temps de jouer un peu plus avec Setsuna, Hayate et Kahei. Il en fut donc ainsi, le petit garçon partageant son temps entre toutes ses occupations. Doucement, il faisait aussi connaissance avec son arrière-grand-père. Satoshi lui proposa bientôt de l'aider à approfondir ses méditations, maître en la matière. Ce fut grâce à cela qu'ils firent vraiment connaissance, le vieil homme lui apprenait ce qu'il savait et la curiosité prit lentement le pas sur l'appréhension chez Kira. L'aura toujours paisible et douce de Satoshi le mettait en confiance et il devint bientôt un professeur pour lui, répondant à ses questions et l'aidant comme il pouvait à comprendre sa magie, l'enfant s'y appliquant chaque jour. Tout ce qu'il y avait d'extraordinaire ne quittait jamais leur demeure mais à l'intérieur de leur domaine, Kira et la magie prenaient de plus en plus de place.
Les vacances coulèrent paisiblement, la routine s'installant et Kira continuait d'avancer à son rythme un peu plus chaque jour. Il avait comme des frères et sœurs avec ses oncles et tantes d'adoption, un ami avec Hayate. Suzumi veillait sur lui, l'aidant à dénouer les nombreux nœuds encombrant son cœur et ses pensées. Yuma faisait son éducation, lui apprenant tant de choses que Kira en admirait son savoir. Haiko était devenu un maître pour lui dans les arts martiaux, lui apprenant non seulement leur pratique mais aussi leur philosophie, entraînant et renforçant aussi son corps qui en avait bien besoin. Satoshi devenait un maître à penser pour lui, lui enseignant la méditation, lui parlant des mythes et légendes, des traditions et de ce qu'il savait de l'invisible, transmettant sa sagesse. Avec Rengu, il trouvait toujours un moment à rire et à se détendre, trouvant en lui un repère rassurant, très proche de son grand père. Hideaki veillait sur sa santé avec une attention qui le touchait beaucoup, montrant un soucis évident pour lui. Tout les domestiques veillaient d'ailleurs sur lui, plein d'attention et d'égard, toujours là pour l'aider s'il en avait besoin. Et bien sûr, il y avait son père qui remplissait lui toute ces fonctions en même temps en plus d'être son refuge de douceur et de protection, de repos et d'amour comme personne d'autre ne pouvait lui donner. Lui seul trouvait toujours les mots ou les gestes pour le rassurer, pour lui expliquer ce qu'il ne comprenait pas, pour lui faire sourire, pour lui redonner confiance, pour le protéger, pour démêler ses tracas, pour simplement l'aimer.
La rentrée arriva finalement et alors que les plus jeunes retournaient en cours, il fut temps pour Kira de passer aux opérations dont-il avait besoin. En Avril, ce fut donc avec une anxiété gigantesque qu'on l'amena à la clinique pour la première. On avait décidé de commencer par sa main gauche uniquement. On ferait une main à la fois pour qu'il puisse en avoir au moins une valide pour le quotidien le temps de guérir. Cela serait aussi l'occasion de voir comment il supportait la chirurgie. La santé du jeune garçon s'était beaucoup améliorée maintenant. Il avait repris du poids même s'il restait naturellement mince. S'il aimait manger et découvrir de nouvelles choses, il n'avait clairement pas un appétit d'ogre mais plutôt de moineau. Cela suffisait pourtant alors qu'il mangeait désormais normalement. Ses carences étaient guéries et il avait repris des forces. L'entraînement d'Haiko commençait un peu à se voir sur son corps, renforçant sa musculature et l'embellissant. Il restait cependant fragile et un peu faible, continuant à tomber facilement malade et fatiguant plus vite que la normale. S'il supportait bien cette opération, on ferait sa deuxième main et les inscriptions de son dos en même temps plus tard.
Au soulagement général, tout se passa bien et ce ne fut que par sécurité que Kira passa une semaine à l'hôpital, visité touts les jours par sa famille. Famille qui l'entoura d'ailleurs de soin à son retour, l'aidant lorsqu'il en avait besoin alors qu'il n'avait qu'une main valide. Il fallut un peu moins de deux mois pour que sa main guérisse complètement et qu'il termine sa rééducation. Et l'enfant fut absolument ravi en constatant qu'il avait récupéré toute la mobilité de sa main et de ses doigts. Vint alors la seconde opération qui représentait davantage encore. Toute la famille savait que Kira plaçait beaucoup d'espoirs en elle afin de se débarrasser des injures gravées dans son dos. Le chirurgien avait assuré qu'il pouvait les faire disparaître et le jeune garçon l'espérait de tout cœur. Début Juin, il séjourna donc de nouveau à l'hôpital et une nouvelle fois, tout se passa sans aucun problème. Le jour où Kira découvrit son dos quelques temps après l'intervention, ce fut dans une tension terrible jusqu'à voir le résultat. Il avait toujours de très nombreuses cicatrices diverses mais les mots que Vernon avait gravé dans son dos, l'un de ses pires cauchemars parmi les autres, les mots avaient complètement disparus, ne laissant que de fines cicatrices à leur place qui disparaîtraient avec le temps. Cela avait été un soulagement sans nom pour lui et il avait très longuement remercié son chirurgien qui s'était pris d'affection pour lui. Cela fut une nouvelle étape de guérison pour lui alors que comme sa main gauche, sa main droite récupéra toute sa mobilité.
Fin juillet, il avait complètement récupéré, ravi d'enfin parvenir à tenir des baguettes pour manger comme le reste de la famille et améliorant son écriture. Rapidement ensuite arriva son neuvième anniversaire et le premier qu'il passait avec sa famille. Ce jour là fut son jour et comme pour tout les anniversaires de la maison, on fit une belle fête. Les vacances d'été venaient d'ailleurs de commencer pour les jeunes d'autant plus heureux. Le petit garçon fut mis à l'honneur toute la journée. Le matin, la famille était allée au zoo, sachant de Kira adorait les animaux. L'après-midi, c'était uniquement avec son père et Haiko qu'il était sorti pour une destination inconnue. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'ils arrivèrent à un élevage de chien, des Akita Inu, des chiens japonais ayant un air de famille physique avec les husky. Akifumi avait décidé d'en offrir un à son fils, préparant cela depuis des mois. Il avait rempli toutes les procédures et payé l'éleveur pour qu'il garde plusieurs chiots afin que Kira puisse choisir lui même son compagnon. Il savait donc que celui que son garçon choisirait repartirait avec eux le jour même. Le jeune garçon fut ému et très heureux, rêvant depuis longtemps d'avoir son propre animal. Tous crurent qu'il mettrait un moment à se décider devant la dizaine de chiot qu'on lui présenta mais son choix fut immédiat.
Cela sembla être une évidence pour lui lorsqu'il posa les yeux sur un beau chiot rouge fauve typique de la race. Autrement dit, il était roux sur le haut de la tête, les oreilles, la nuque, le dos, l'extérieur des pattes et de la queue, et il était blanc sur la face, le cou, le torse, le ventre, l'intérieur des pattes et le dessous de la queue. Cette dernière était enroulée sur son dos. Le chiot avait encore les oreilles pendantes mais elles se redresseraient avec le temps. Un petit mâle costaud et vif qui à l'étonnement de l'éleveur, ne se fit pas prier pour venir voir Kira lorsqu'il tendit sa main vers lui. Il chassa d'ailleurs les autres chiots de grognements et de petits coups de dents. Cela amusa tout le monde alors qu'il ressemblait plus à un jouet qui couine plutôt qu'à un molosse à cet âge. Il fut bien vite dans les bras du petit garçon rayonnant de bonheur, l'éleveur expliquant que le chiot s'était avéré récalcitrant au contact avec les gens mais que visiblement, ce n'était pas un problème avec l'enfant dont-il couvrait déjà le visage de coups de langues, le faisant rire. L'affaire fut donc vite entendue et Kira décida de nommer son nouveau compagnon Katsuo.
Il fut très fier de le présenter à sa famille. Le chiot énergique n'avait pas eu l'air dépaysé pour un sou, courant partout comme une boule de nerf. C'était avec amusement que tout ceux qui avaient tenté de le caresser l'avaient vu courir se réfugier derrière Kira avec un grognement proche du couinement. Il fut donc vite de notoriété publique que Katsuo n'aimait que son jeune maître. Kirarin s'empressa d'ailleurs de rendre visite à Rui, suivit de toute sa famille. Il s'approcha de la statue pour lui présenter son petit compagnon. Lorsqu'il posa une main sur la statu, celle-ci s'illumina soudain, surprenant la famille et surtout Satoshi qui n'avait pas encore assisté à une manifestation du dragon. Une vapeur blanche et lumineuse s'éleva de la statu et ses yeux brillèrent intensément, s'ouvrant doucement. La voix du Dragon s'éleva alors, raisonnant partout :
- Bon anniversaire mon petit gardien, souhaita-t-il avec une tendresse palpable.
- Merci Rui-sama, sourit-il en caressant son nez comme si tout était normal.
- Je suis très fier de toi mon enfant, ajouta l'être mythique avant de refermer les yeux.
La lumière s'évapora et tout revint à la normale. Le petit garçon revint alors vers son père, tellement occupé avec son chiot qu'il ne vit pas les mines ébahies et émerveillé du reste de la famille. Décidément, on ne s'ennuyait jamais avec lui. Le soir, les cuisiniers avaient préparé les plats préférés de Kira en plus de lui confectionner un magnifique gâteau. Le petit garçon avait reçu des présents de tous et c'était avec un immense sourire qu'il s'était endormi ce soir là, son chiot blotti contre lui avec sa peluche de panda.
Le cinq Août fut également un jour particulier. Cela faisait très exactement un an que Akifumi avait trouvé Kira à Privet Drive et qu'il l'avait sauvé. Ce jour là, Kira offrit un bracelet porte bonheur à son père. Il était simple, fait de perles de bois un peu grossières mais il toucha pourtant énormément le père. Depuis quelques temps, Kira se séparait doucement de lui, acceptant de rester seul ou avec d'autres à la maison. Ainsi, ses entraînements avec Haiko, ses leçons avec Yuma, ses méditations avec Satoshi ou ses jeux avec Setsuna, Kahei et Hayate se faisaient désormais souvent sans la présence d'Akifumi. Le petit garçon avait donc désormais des instants bien à lui alors que son père retournait travailler dans les entreprises familiales, quittant la maison et son fils qui lui avait lui même assuré que tout irait bien. En vu de cet anniversaire, il avait voulu faire un cadeau à son père et c'était son arrière grand père qui lui avait soufflé cette idée. Ils avaient pris une branche d'un Hinoki, un arbre pur important et dont plusieurs spécimens centenaires entouraient le temple de Rui. Sous les consignes de Satoshi, Kira avait appris à tailler des perles tout en pensant à tout ce qu'il ressentait pour son père. Le vieil homme disait qu'ainsi, il donnerait une âme à son cadeau qui accompagnerait son papa. Il s'était grandement appliqué jusqu'à terminer le bracelet. Lorsque Kira eut terminé d'expliquer comment il avait fait, souhaitant qu'il lui porte bonheur, Akifumi l'avait pris dans ses bras, ému, le remerciant et lui promettant de ne plus retirer son cadeau de son poignet. Ce jour là, le père et le fils passèrent leur journée ensemble dans le calme, Kirarin le remerciant de nombreuses fois de tout ce qu'il avait fait pour lui.
Peu après, le petit garçon fit un nouveau pas en avant lorsqu'il commença à dormir seul dans sa chambre à côté de celle de son père. Akifumi laissait les panneaux séparant les deux pièces ouverts et l'enfant dormait avec son chien qui le rassurait beaucoup et qui l'avait motivé pour cela. Les premières nuits furent difficiles mais doucement, il commença à trouver un sommeil plus paisible qu'il avait commencé à obtenir depuis quelque temps. Il arrivait encore qu'il retourne dans les bras de son père pour dormir après un cauchemar violent mais tranquillement, il commençait à dormir seul et à dormir vraiment.
Quelques semaines plus tard, la maison plongea dans l'inquiétude alors que la santé de Rengu s'était subitement dégradée. Tous savaient que cela pouvait arriver. L'homme s'était retrouvé cloué au lit dans la chambre médicalisée de la maison et Hideaki n'était pas très optimiste. Encore une fois, toute la maison savait ce qu'il en était. Cela faisait très longtemps que le chef de famille était malade et chacun savait que les maladies graves qui l'atteignaient, incurables à l'heure actuelle, pouvaient le tuer à tout moment. Tous en étaient conscients, ayant prié pour que cela n'arrive pas. C'était parce qu'il savait cela que Rengu avait décidé de vivre sa vie comme il l'entendait, choyant sa famille adorée, préparant l'avenir de ses enfants. Il se refusait à se laisser aller aux idées noires, toujours souriant et de bonne humeur, profitant de la vie et de chaque instant. Lorsque son état s'était subitement aggravé, il avait été le moins inquiet de la famille, le moins paniqué alors qu'il tentait de rassurer tout le monde.
Son état continua pourtant à baisser, alourdissant les soins dont-il avait besoin chaque jour, l'empêchant de quitter sa chambre médicale et son lit, le privant de ses forces et de ses couleurs, le faisant souffrir bien qu'il tente de le cacher. Cela dura une semaine, puis deux, puis trois, Rengu déclinant de plus en plus. Hideaki s'était fait sombre, comme les autres médecins venus l'examiner. Tous avaient rapidement compris ce qui était en train de se passer malheureusement. Aussi, toute la famille entourait l'homme autant que possible, tentant de sourire quand même pour lui faire plaisir. Tous savaient qu'il était en train de mourir et tous tentaient de rendre ces jours doux et agréables le plus possible malgré ses souffrances. Cela faisait longtemps qu'ils savaient, tous s'étant préparés mais le voir arriver si subitement les avait tous terrifié, paniqué bien qu'ils tentent de ne pas le montrer au père. Satoshi s'était mis à veiller sur son fils unique avec attention, leur grief oublié. Ils avaient mis les choses à plat. à dire vrai, cela faisait longtemps que leur conflit d'origine n'existait plus, l'un comme l'autre ayant compris. Satoshi avait compris que les choix de son fils n'avaient pas été une mauvaise chose et qu'il n'avait pas abandonné Rui ou les traditions pour les affaires et Rengu avait compris l'importance de préserver et faire perdurer cet héritage que son père aimait beaucoup. Seulement, ils avaient été si longtemps fâché que lorsqu'ils s'étaient apaisés, ils n'avaient su comment renouer, entêté l'un et l'autre. En voyant ce qu'il était en train d'arriver, les deux hommes avaient trouvé cela stupide, renouant enfin. L'aîné venait donc passer beaucoup de temps à ses côtés.
Yuma en faisait autant, s'occupant de son mari avec beaucoup d'amour, lui ayant promis depuis longtemps qu'elle veillerait sur leurs enfants s'il disparaissait. Hideaki était toujours auprès de lui également. Les enfants de Rengu venaient dés qu'ils le pouvaient alors que le père avait refusé qu'ils n'aillent pas en cours ou cessent leurs activités pour lui. Et Kira, Kira passait la majeure partie de son temps avec lui. Il était le plus jeune, le plus fragile et le moins préparé de la famille à ce qui arrivait. Il aimait énormément son grand père avec qui il avait rapidement lié un lien spécial. Il adorait passer du temps avec son grand père toujours doux, joyeux et souriant, rassurant. Ce qu'il se passait le terrifiait. Son père lui avait expliqué aussi délicatement que possible ce qu'il se passait et ce qu'il risquait d'arriver. Kirarin s'était montré extrêmement affecté et touché, la peur et la tristesse transparaissant nettement chez lui. Il s'était mis à passer beaucoup de temps avec Rengu. Et c'était alors la première fois qu'il avait refusé nettement et catégoriquement quelque chose. Il avait refusé de quitter son grand-père lorsqu'on avait tenté de le tirer de son chevet dans la journée. Le petit garçon était souvent sur le lit de son grand père, dans ses bras, lui donnant des câlins qu'il n'offrait normalement qu'à son père. Cela avait énormément touché Rengu qui avait beaucoup discuté avec lui pour lui expliquer et tenter de le rassurer. L'enfant se faisait pourtant de plus en plus sombre au fur et à mesure que les choses se dégradaient.
Début Octobre, après un mois de cet état, Rengu était au plus mal, tous sentant le pire arriver. La demeure s'était faite silencieuse et sombre, comme tout ses habitants. Kira s'était fait extrêmement silencieux, mangeant peu, ses cauchemars s'aggravant l'empêchant de dormir. Il était toujours nerveux et paniqué, hanté. Il pensait beaucoup sans en parler à personne. Il n'y avait que blottit contre la statu de Rui qu'il se tranquillisait un peu et Akifumi l'emmenait souvent au temple. Le père et le fils faisant alors la sieste contre la statu du dragon, seul endroit où ils parvenaient à trouver un peu de repos. Cela en arriva à un point ou chaque soir, on se demandait si l'homme serait toujours là le lendemain.
Une nuit, Kira se leva discrètement, ayant patiemment attendu que son père épuisé ne s'endorme lourdement avant de le quitter. Depuis une semaine, ils dormaient de nouveau ensemble comme pour se rassurer. Cela faisait quelque jours que le jeune garçon avait une idée en tête, une idée qu'il avait gardé pour lui. Il voulait essayer cette nuit. En pleine nuit, il se leva donc en veillant à ne pas réveiller son père. Il remonta la couverture sur lui, sachant qu'il était épuisé et que comme lui, il n'avait pas beaucoup dormi ou mangé ces derniers temps avec l'état de Rengu. Suivit de son fidèle petit Katsuo qui ne le quittait jamais, il sortit en silence avançant dans les couloirs déserts et sombres de la maison. Lentement, il gagna la chambre de son grand-père. Il entra furtivement, sachant qu'il y avait toujours quelqu'un. Et en effet, il trouva Hideaki et Yuma, endormis dans des fauteuils de la chambre. Katsuo entra avec autant de discrétion. Il tourna son attention sur Rengu, ne faisant pas un bruit. L'homme était allongé sur son lit médicalisé, inconscient, intubé, perfusé et sous surveillance de machines mesurant ses constantes. Cette vision le choquait toujours autant, le paniquant. Il voulait mettre fin à ça tout de suite.
Il s'avança donc, grimpant sur le matelas en silence et avec précaution, Katsuo s'asseyant sagement en le regardant. Il avait beaucoup réfléchis. Aujourd'hui, il sentait beaucoup mieux sa magie grâce à la méditation. Il la sentait couler en lui en des centaines de petites rivières, il arrivait à moduler cette circulation. Il comprenait de mieux en mieux ce pouvoir. Depuis peu, il avait compris que son amie invisible était en faite une véritable part de lui, avec simplement, une sorte de personnalité propre qui lui était entièrement dévouée. Il savait que son amie invisible, sa magie, pouvait faire des choses extraordinaires et il commençait à saisir qu'il pouvait peut-être lui même s'en servir de sa propre volonté. Lorsque l'état de son grand-père avait empiré, qu'on lui avait expliqué que rien ne pouvait le sauver, qu'il faudrait un miracle, il s'était dis que peut-être, sa magie pouvait faire ce miracle. Il ne voulait pas voir mourir son papy qu'il aimait tant. L'idée le terrorisait, l'emplissant d'un sentiment d'abandon, de solitude et de tristesse atroce. Il trouvait cela tellement injuste. Son grand père était quelqu'un de bien, de si gentil qui avait tellement fait pour lui. Pourquoi devait-il être touché par un tel malheur quand des gens comme Vernon vivaient bien ? Il trouvait cela terrible et ça le mettait en colère. D'aucune façon il n'arrivait à accepter de voir mourir Rengu. Toute la famille semblait résignée mais lui n'y arrivait pas. Il n'aimait pas cette idée que tous aient abandonné tout espoir. Il avança lentement sa petite main, prenant celle froide et inerte de son papy. Il la serra doucement avant de regarder son visage immobile dans son coma qui durait depuis trois jours. Il posa sa seconde main sur le cœur de l'homme, murmurant tout bas :
- N'abandonne pas papy s'il te plaît, pria-t-il. Je vais t'aider un peu.
Il ferma les yeux, se calmant en respirant comme la méditation lui avait appris. Il se concentra sur ce qu'il voulait faire, sentant sa volonté inébranlable l'emplir soudain. Il aimait tellement sa famille, tellement. Jamais il ne pourrait rester sans rien faire en les voyant souffrir ou pleurer. Cela lui semblait complètement impossible. Pour eux, pour les aider, il se sentait courageux, comme lorsqu'il voulait leur faire plaisir. Il ne pouvait pas ne pas essayer. Et il était confiant, sa magie ne l'avait jamais abandonné. Elle était si merveilleuse. Il était persuadé au plus profond de lui qu'il pouvait soigner son grand-père et sa magie lui murmurait qu'il avait raison. Alors rien ne pouvait le faire renoncer. Il se concentra, se focalisant sur le fait qu'il voulait soigner son papy, qu'il voulait qu'il soit en pleine forme et qu'il ne soit plus malade. Il visualisa sa magie en lui, lui transmettant sa volonté, lui demandant de l'aider, de réaliser son souhait. Il pensa à tout l'amour qu'il avait pour l'homme, à son désir de le sauver. Au début, rien ne se passa et il désespéra un peu avant d'avoir une idée. Il se concentra pour changer l'écoulement de sa magie, s'essayant à un exercice qu'il tentait pour la première fois. Il guida son pouvoir, le faisant sortir de sa main sur la poitrine de Rengu et l'infiltrant en lui avec toute sa volonté de le soigner, de le guérir. Il croyait en sa magie de toute ses forces, il savait qu'elle pouvait le sauver et il redoubla de détermination, continuant à se concentrer de toute ses forces pour réussir.
Soudain, tout alla très vite, sa magie entra dans le corps de Rengu plus vivement et il la senti s'activer, poursuivant alors ses efforts. Une vive lumière blanche brilla sous sa main, réveillant brusquement les deux veilleurs alors qu'une puissante vague d'énergie s'échappait du corps de l'enfant pour parcourir la demeure. Cela réveilla instantanément tout le monde, tous sentant la vague puissante sans se l'expliquer. Tous se levèrent d'ailleurs en sursaut, sentant qu'il se passait quelque chose. Ce fut la lumière aveuglante provenant de la chambre de Rengu qui y attira tout le monde. Lorsqu'ils y entrèrent, ils ne purent rien voir, aveuglé alors que la source était manifestement le lit du père de famille. Inconscient de ces manifestations extérieures, Kira se concentrait toujours. Il avait l'impression de voir les énergies de son grand-père comme il percevait sa magie en lui. Cependant, Rengu n'avait pas autant de rivières que lui loin de là, elles ne brillaient pas et il ne sentait pas de magie comme la sienne. Il n'y fit pourtant pas attention lorsqu'il sentit son pouvoir s'attaquer à ce qu'il devina être les maladies de son grand-père. Il les percevait comme une masse sombre, froide et terrifiante en lui. Voulant le débarrasser de tout ça, il se focalisa dessus de toutes ses forces, se jurant de réussir et ne doutant pas. Progressivement, il vit le mal être rongé et détruit le motivant davantage et finalement, tout fut parti jusqu'à la dernière poussière. Il vit les énergies de son papy reprendre de la vigueur et s'écouler doucement en lui, son instinct lui murmurant qu'elles étaient revenues à la normale. Il se détendit en même temps que sa magie se calmait, satisfaite et lui disant qu'elle avait terminé son travail. Il la résorba donc avec le sourire, cessant. Il avait réussi, il le savait. Il remercia sa magie d'une pensée chargée de gratitude avant de sombrer complètement, se sentant faible et épuisé.
Dans la pièce, après un long moment de lumière, celle-ci s'éteignit enfin. Toute la famille et les domestiques avaient rappliqué, Akifumi un peu paniqué de ne pas avoir trouvé son fils à son réveil. Tous eurent besoin d'un moment pour se refaire à la lumière tamisée de la chambre. Cela fait, ils découvrirent Kira, affalé sur le torse de Rengu, extrêmement pâle et le visage en sueur. Il tremblait, respirant de manière erratique. Une seconde plus tard, l'homme jusque là dans le coma se mit à tousser et à s'agiter, démontrant son éveil. Hideaki réagit alors, accourant pour lui retirer les tubes qu'il avait dans la gorge. Akifumi se précipita vers son fils, paniqué de le voir dans cet état. Il le prit dans ses bras pour le tirer du lit alors que Rengu se réveillait définitivement. Tous restèrent sans voix en le regardant. Il avait soudain retrouvé un teint sain et agréablement coloré, plein de santé. Ses cernes profondes avaient disparus, ses joues creusées avaient repris du volume. C'était incroyable. Il se redressa avec l'aide du médecin subjugué, semblant reprendre ses esprits entouré de tous.
- Papa ? appela doucement Suzumi n'y comprenant rien comme tous. Comment tu te sens ?
- Je... je... je me sens bien, dit-il l'air un peu confus et surpris. Je me sens très bien. Je me sens même en pleine forme.
- Tu arrives à respirer normalement, constata sa femme.
- Oui, confirma-t-il. Je... je n'ai plus mal, remarqua-t-il ensuite en tâtant sa propre poitrine. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Tous se posait d'ailleurs la question mais un cri paniqué les fit sursauter :
- Hideaki-sensei ! appela Akifumi qui s'était reculé à l'écart avec son fils.
Tous se tournèrent vers lui. Il tenait son fils qui tremblait de plus en plus fort dans ses bras, l'air inconscient. Il était plus pâle qu'un mort, transpirant comme prit d'une violente fièvre alors qu'il ne respirait beaucoup trop vite. Le médecin accourut sur le champs, venant examiner l'enfant dans les bras de son père au bord de la panique. Rapidement, il alla préparer une injection qu'il lui administra, lui évitant de justesse les convulsions, contenant les tremblements sans parvenir à les faire cesser. Dans l'urgence du moment, il fit installer le petit garçon avec Rengu sur son lit, celui-ci s'écartant un peu pour faire de la place, focalisé sur son petit fils autour duquel Hideaki s'agitait. Reprenant rapidement ses esprits, il se souvint soudain. Dans son coma, il avait entendu Kira lui dire de ne pas abandonner, lui assurant qu'il allait l'aider. Et puis il avait senti une force titanesque entrer en lui. Il ne savait comment mais il était certain qu'il s'agissait de Kirarin. Il s'était senti submergé. Cela n'avait pourtant pas été désagréable loin de là. Il avait senti tellement d'amour et d'affection pour lui, une telle envie de le sauver, de le soigner et de le voir vivre une longue vie. Il avait perçu une volonté et une détermination comme il n'en n'avait jamais connu, une force sans limite. C'était magnifique et brillant, pur. Puis il s'était soudain réveillé, se sentant plein de force et de vitalité, plus en forme qu'il ne l'avait été depuis ses vingts ans. Il ne savait pas comment, il ne savait pas l'expliquer mais il savait qu'il le devait à Kira. Il en était certain.
Il fallut un moment à Hideaki pour contenir et endiguer la crise. Kira était tombé en état de choc et le médecin s'était très rapidement activé pour agir, le couvrant chaudement, lui administrant de l'oxygène et des médicaments. L'enfant fut finalement stabilisé, le médecin se redressant dans le silence lourd de la pièce.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Masao après un moment.
- Nous nous étions endormis. Nous avons été réveillé par la lumière et l'énergie, répondit Yuma. Mais on y voyait rien. Vous êtes arrivé et...
Le silence tomba de nouveau, tous cherchant à comprendre alors que Akifumi caressait les cheveux de Kira d'une main tremblante. Hideaki entreprit d'examiner Rengu et cela ne fit que confirmer ce que tous voyaient : il semblait aller parfaitement bien. Tous déstabilisés, il fallut un moment pour qu'ils se reprennent. Le médecin prit les choses en main. Il ordonna à Rengu de ne pas bouger et de rester dans son lit tant qu'il n'était pas certain qu'il allait bien. Il demanda à Yuma de rester avec lui puis il réquisitionna Daisuke, le majordome, Eirin, la domestique et mère d'Hayate et Kasumi, une autre domestique. Il leur demanda de l'aider à prendre un peu de matériel. Il pria ensuite Akifumi de prendre son fils, expliquant qu'il fallait aller le coucher et le mettre sous surveillance. Délicatement, se reprenant, le jeune père enroula son enfant dans une couverture, vite aidé de Suzumi, puis il le prit dans ses bras et le groupe se mit en route pour la chambre du petit garçon, son petit chien suivant en couinant. Kirarin fut installé sur son futon, soigneusement couvert alors que le médecin installait une machine pour le surveiller. Il l'examina, s'assurant qu'il était bien stable et ne pouvant que constater la soudaine faiblesse extrême de tout son corps. Une fois certain qu'il ne pouvait rien de plus, il le laissa sous la surveillance de son père, de Setsuna, de Kahei et d'Hayate qui avaient suivis le mouvement. Katsuo s'était allongé contre son petit maître, sa tête posée sur sa poitrine.
Il était alors près de cinq heure du matin et personne n'eut la moindre envie d'aller se recoucher. Hideaki retourna voir Rengu qui tentait de persuader sa famille qu'il allait parfaitement bien, s'inquiétant davantage pour Kira que pour lui même. Longuement, le médecin l'examina, forcé de constater avec stupeur qu'il n'avait plus aucun symptôme et que tout était normal. Prudent, il annonça qu'ils se rendraient à la clinique dés le lendemain pour faire des examens plus poussés, exigeant que l'homme reste au lit tranquillement sans bouger jusque là. Au matin, personne n'obligea les enfants à se rendre en cours, tous trop secoués pour penser à ça. Dés que cela fut possible, Hideaki partit à l'hôpital avec Rengu, Yuma et Satoshi afin de voir ce qu'il se passait. Le reste de la famille avait alors rejoint la chambre de Kira, l'enfant dans le coma, très affaibli. Tous se posaient milles questions sur ce qu'il s'était passé, le père de famille leur ayant déjà dit que Kira avait fait quelque chose qui lui avait fait du bien. Discutant en veillant sur l'enfant, tous ne purent qu'en venir à la conclusion que Kira s'était d'une manière ou d'une autre débrouillé pour que ses dons extraordinaires agissent sur Rengu. Mais aucun ne se doutait encore à quel point...
Lorsque les aînés rentrèrent ce soir là, les rejoignant au chevet de l'enfant, ce fut un Rengu bien debout et l'air en pleine forme qui se présenta. Tous eurent bien du mal à le croire lorsqu'il expliqua qu'il n'y avait plus une trace des maladies qui le rongeaient depuis longtemps. Des maladies incurables, qui n'avaient aucun traitement, graves et mortelles. Le médecin confirma, les examens n'avaient dévoilé qu'un homme en pleine forme à la santé parfaite. Il n'y avait plus une trace de maladie ou même de signe indiquant qu'il avait pu être malade. Rengu était une meilleure forme que n'importe lequel d'entre eux. Tous restèrent choqués et sans voix, posant les yeux sur Kira :
- Il m'a sauvé la vie et il m'a guéri, constata Rengu n'en doutant pas un instant.
