La Tour de la Joie se dressait au sommet d'une colline escarpée, surplombant les plaines de Dorne. C'était un édifice solitaire, entouré de mystère et de secrets depuis des années. La tour était vieille et en ruine, mais sa signification était profonde. Erigée en pleine désolation des terres de Westeros, elle attirait convoitises et fantasmes.

Ned Stark s'approcha, le cœur lourd en espérant retrouver sa sœur Lyanna. Les vents chauds du sud soufflaient doucement, faisant onduler les herbes hautes des environs. L'atmosphère était imprégnée d'une tension électrique, comme si le temps lui-même retenait son souffle. Il redoutait ce moment comme il en avait rêvé. Il ne savait pas ce qu'il allait trouver à l'intérieur de la tour néanmoins, un lugubre pressentiment le saisissait intérieurement.

Lorsque le Loup atteignit l'immense porte en bois donnant accès aux escaliers, il sentit son cœur battre la chamade. Le moment de découvrir la vérité. Il fit grincer la porte et s'apprêta à pénétrer à l'intérieur quand on l'interpella :

"Qui ose entrer ? le menaça un garde, en empoignant son épée. Eloigne-toi, Stark !"

"Je ne suis pas ici pour chercher querelle... Je suis à la recherche de quelqu'un..."

Naïvement, l'homme ne prêta pas attention à ses dires. Il reconnaissait parfaitement le blason ornant le plastron de son adversaire. Toutefois malgré sa véhémence, il ne répondit pas sur la défensive.

"Je reconnais l'emblème de votre Maison, vous êtes un Dayne..."

Au même moment, les cinq bannerets qui accompagnaient le seigneur se présentèrent, faisant grimacer le rival qui se vit seconder par un autre chevalier. Ned esquissa un rictus vexé :

"Je vois, vous êtes les derniers membres de la Garde royale du défunt roi... Qu'il trouve la paix dans ce bas monde. Je n'ai pas souhaité sa mort"

"Menteur ! gueula le nouvel arrivant appartenant à la maison Hightower. Vous êtes un lâche lord Stark, tout comme votre père et votre frère qui ont péri sous la flamme du Dragon !"

"Comment osez-vous prononcer de telles paroles ?"

Le sang de Ned ne fit qu'un tour et il dégaina son épée. Lui qui se voulait magnanime se voyait dans l'obligation de riposter :

"Je ne veux pas faire couler de sang, ne me forcez pas la main..."

Le premier garde le fixa d'un regard accusateur, la lame tenue fermement :

"Je suis ser Arthur Dayne surnommé "l'Epée du Matin" et voici ser Gerold Hightower comme vous l'avez si bien deviné... Nous servions et nous servirons notre regretté souverain jusque dans la mort. Nous en avons fait le serment"

"Pourquoi surveillez-vous cette tour, alors ? Vous deviez être à Port Réal pour protéger votre si bien aimé roi. Honte à vous de pleurer sur son sort alors que vous n'étiez pas présents pour protéger sa personne !"

"Votre insolente honnêteté vous perdra lord Stark, soyez en certain... Si c'est votre sœur que vous cherchez, sachez qu'elle est ici par la volonté du Prince Rhaegar"

"Je ne laisserai pas ma sœur captive ici !"

Ned était assailli par une multitude d'émotions face aux soldats qui gardaient l'entrée. L'anxiété le rongeait, car il était persuadé que sa sœur était en mauvaise posture. Il craignait la vérité. Il avait cherché Lyanna pendant des mois, laissant sa famille derrière lui, laissant ses terres et son peuple pour le sud qu'il ne foulait jamais d'ordinaire. Cette confrontation était le moment qu'il avait redouté et espéré à la fois.

En constatant la hargne qui submergeait les deux hommes, il imagina avec terreur des horreurs qu'elle aurait pu subir pendant sa captivité. Il ressentait une boule de tension dans son estomac, ses pensées étaient tourbillonnantes, et il pouvait à peine penser clairement.

Les gardes étaient hostiles, résolus à protéger ce qui se trouvait à l'intérieur de la tour. Son visage généralement imperturbable, trahissait maintenant l'angoisse et la détermination. Il ne savait pas à quoi s'attendre de la part des gardes et il savait qu'un affrontement était irrévocable.

Les gardes échangèrent un regard déterminé puis se ruèrent sur le Loup. La bataille qui s'ensuit fut rapide et violente. Les bannerets Nordiens aidèrent leur suzerain et plongèrent dans le duel. Chaque coup étaient précis et mortels. Le premier à tomber fut Hightower, tranché au flanc suivit d'un soldat du Nord. La rage qui submergea le seigneur lorsqu'il vit son homme à terre, baignant dans une mare de sang lui donna la fougue nécessaire pour enchainer plusieurs maniements violents. Ser Arthur Dayne fut percuté à l'épaule, il recula de quelques pas :

"Vous êtes un adversaire redoutable Stark, moi qui vous pensais d'une clémence légendaire"

"Je n'ai aucune clémence pour ceux qui touchent à ma famille. Votre bon roi le savait, cela ne l'a pas empêché de tuer les miens et désormais, son corps gît au sol"

L'un de ses bannerets se jeta sur lui et tandis qu'il faisait diversion, Ned parvint à le désarmer, envoyant sa lame voler au loin. Il se figea en grimaçant suite à l'échec :

"Il semblerait que vous faites aussi preuve d'ingéniosité mon seigneur..."

"Tenez votre langue où ce sera la dernière fois que vous la manierez ! le menaça son rival. Maintenant, dites moi ce qui est arrivé à ma sœur, je veux connaître la vérité !"

"Votre sœur a simplement laissé ses sentiments prendre le dessus..."

"Mensonge !"

"Oh vous croyez ? Allez donc lui demander vous même. Elle n'aimait guère son prétendant, votre ami Robert Baratheon et s'est plût en côtoyant le Prince Aegon"

Eddard voyait rouge, les mots emprunts de venin qu'articulait le chevalier le mettait hors de lui :

"Si vous tenez à la vie, je vous en conjure, taisez-vous !"

Il ne souhaitez pas l'achever, cependant le récit qu'il avait entendu le forçait à agir, son épée le démangeait et d'un coup habile, il planta la pointe dans la faille de son armure. Elle s'enfonça dans la chair molle, faisant crier de douleur l'homme qui cracha un filet rougeâtre. Pris de remords, le seigneur entama une prière en son esprit, demandant le pardon pour l'effroyable geste commis. Il ne supportait plus les effluves de sang :

"Navré chevalier, mais vous ne m'avez pas laissé le choix. Je vous avez prévenu, vous en prendre à ma famille revient à signer votre mort"

Il nettoya d'un revers de main Glace, l'épée de sa Maison avant de la ranger à son fourreau. Il était temps pour lui de retrouver Lyanna.

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La lourde porte de la Tour de la Joie grinça, révélant un couloir sombre et étroit. À l'intérieur, un long escalier paraissant sans fin surplombait la hauteur de la colonnade creuse. Ned levait les yeux, observant la cime. Comment avait-il pu en arriver là, comment avait-il pu entrer en guerre. La vérité le tétanisait car elle révélait la triste nature des choses : pour sa sœur. Il avait tué pour sauver sa sœur.

Il monta les marches pour se retrouver nez à nez avec une vieille porte sans serrure. Il la poussa avec lenteur. La pièce qui apparut était petite et modeste, éclairée par une seule chandelle sur une petite table près du lit. Les murs en pierre blanche réfléchissaient la faible lueur, créant une atmosphère à la fois intime et solennelle. Une forme se dessinait blottie sous les drap, le corps d'une femme dont la couverture cachait une partie du visage. En reconnaissant l'intrus entrer dans la chambre, elle se redressa en murmurant faiblement :

"Ned... Est-ce bien toi ?"

Ce dernier se précipita au chevet de sa sœur et tomba à genoux, larmoyant. Ses mains s'emmêlèrent dans ses cheveux en la fixant avec émotion :

"Oui, Lyanna, c'est moi, ton frère. Je t'ai enfin retrouvée..."

Il caressa sa joue avec une précaution presque religieuse, puis saisit sa main qu'il serra fortement contre sa poitrine. Leurs yeux se rencontrèrent et des larmes commencèrent à rouler sur son visage. Il assistait à la triste vérité, celle de retrouver Lyanna en piteux état, isolée dans une pièce entourée de murs de pierres :

"J'ai tellement prié pour que tu sois en vie. J'avais peur de ne jamais te revoir."

"Je le savais, Ned. Je sentais ta présence même à travers la distance. Je savais que tu viendrais un jour et j'attendais en priant les Anciens Dieux. Ils m'ont entendu, tu es là dorénavant"

L'homme embrassa ses paumes et chercha à recouvrer une respiration lente. Il reprit après une courte pause :

"Je suis désolé pour tout ce que tu as dû endurer, pour toutes les souffrances que tu as endurées."

Elle ne lui répondit pas et laissa sa sensibilité prendre le dessus, la jeune femme éclata en sanglot. Son frère ne put comprendre la raison quand elle se pencha pour attraper de l'autre côté du lit, un linge enveloppant un petit être :

"Voici mon fils, lui présenta t-elle calmement pour ne pas le réveiller. Il est le fils de Rhaegar..."

"Quoi ? Comment est-ce possible ? balbutia le seigneur en observant le nouveau né, cet ignoble personne a osé salir ton innocence..."

"Je t'en conjure, ne blâme pas le Dragon, ni cet enfant. Il est le fruit innocent de notre union..."

"Robert ? interrogea t-il avec stupeur, si Robert venait à l'apprendre..."

"Je sais Ned, c'est pourquoi tu ne dois jamais lui dire la vérité" lui tendit-elle l'enfant avec supplice.

Au même moment, elle commença à tousser fortement, plaquant ses mains contre sa cage thoracique pour atténuer la douleur.

"Tu es blessée, tu as de la fièvre, conclut le frère protecteur tandis qu'elle le rassurait en désignant son fils en priorité, tu es malade"

"Ce n'était pas de ta faute. Promets-moi de prendre soin de lui"

Elle leva avec difficulté son bras pour montrer le bébé emmailloté. Le petit garçon ouvrit des yeux curieux et observa son oncle avec fascination :

"Pourquoi t'es tu enfuie avec Rhaegar ? Pourquoi avoir trahi Robert ? Il a mis les Sept Royaumes à feu pour te retrouver..."

"Je l'aimais..."

"Tu l'aimais ? Alors tout cela était vrai, tu es réellement partie ?"

"Je t'en prie mon frère... Si Robert venait à l'apprendre"

"Tu veux que je mente ?"

"Si Robert l'apprend, il le tuera. Tu le sais, tu connais le caractère des Baratheon, tu sais qu'il serait capable de le faire. C'est pourquoi tu dois me promettre Ned"

Eddard caressa doucement la joue du garçon et lui offrit un sourire tendre. Il ne pouvait pas être indifférent devant ce petit être :

"Cet enfant te ressemble... Il sera sous ma protection à Winterfell et personne ne connaîtra sa véritable identité. Je te le promets Lyanna"

"Que vas-tu inventer pour que Westeros te croit ?"

"Je dirais qu'il est de moi"

"Mais tu es promis à Catelyn Stark, tu ne peux pas revenir chez toi avec un bâtard dans les bras. Personne ne te croira, tu es Eddard Stark, celui qui est reconnu pour être la droiture incarnée..."

A ses mots, il baissa honteusement la tête en admettant qu'elle avait raison. Qui le penserait capable d'infidélité. Qui le penserait capable de briser les vœux de son mariage. Qui le penserait capable de souiller le nom de sa Maison. Personne :

"Tu n'as pas tort mais je reste un homme et la guerre change les hommes. Si je fais la promesse de l'élever comme un Stark, alors il sera élevé tel quel, quoi que l'on dise de moi. J'assumerais les conséquence de cette revendication"

"Mon frère, comme je suis fier de toi... bredouilla la jeune femme apaisée, qui luttait contre le mal interne qui la rongeait. Protège notre secret. Ne laisse jamais personne découvrir la vérité, Il ne comprendrait pas."

"Comment veux-tu l'appeler ? l'interrogea t-il, je ne connais pas son nom"

"Jon, il s'appelle Jon. J'aimerais me reposer maintenant..."

Il serra sa main et déposa un baiser sur son front quand il comprit son dernier souffle arrivé. Lyanna Stark s'éteignit doucement en se perdant dans un sommeil sans réveil, l'esprit rassuré par la protection à venir de son fils.

La douleur aigue qui le traversa lui fit tourner la tête. Ned baissa le visage afin de laisser les larmes perler le long de ses joues puis, sans détourner le regard, ni s'attarder sur le corps inerte de sa sœur, il prit Jon qui en tant que bâtard du Nord s'appellerait Snow et quitta les lieux sans la moindre explication. Lyanna Stark était morte en couche, la vie l'avait quitté alors qu'elle l'a donnait. Était-ce son destin en tant que femme ou une fatalité qu'elle ne pouvait contourner ? Eddard devrait porter le lourd secret de cette rencontre jusqu'à la fin de son existence, telle était sa dernière promesse.