! Je vous conseille d'avoir lu le manga jusqu'à l'arc de la traque mortelle même s'il n'y a pas de spoils évidents.!

Je me rend compte que j'écris toujours le même plot avec ces deux-là, juste dans des situations différentes TT C'est triste (sorry), pas vraiment une happy end, faudra s'en contenter


Les journées étaient interminables, et se ressemblaient toutes. Il fallait se faire discret, surveiller les autres exorcistes et les nouvelles règles qui pouvaient être ajoutées.

Itadori avait l'impression de tourner en rond. Il avait enfin retrouvé Fushiguro, mais ce n'était pas suffisant pour le rassurer. Parce que le temps leur manquait, que rien ne semblait avancer, que Sukuna se faisait étrangement silencieux. Parce que Gojo n'était toujours pas de retour et que cette satanée traque ne semblait jamais pouvoir se terminer.

Et aussi, Fushiguro l'évitait. Il en était presque certain.

- Eh, Itadori ! La bouffe est prête !

Itadori reconnut la voix de Kurusu, et lui répondit d'un faible sourire avant de la suivre retrouver les autres.

Elle était puissante, c'était leur seul moyen de libérer Gojo. Et malgré qu'elle partage son corps, elle avait comme lui gardé sa personnalité. Elle était joviale et gentille, faisait de son mieux pour aider le groupe. Alors Itadori avait du mal à comprendre pourquoi il ne l'aimait pas.

Pas qu'il la déteste, mais il avait toujours l'impression de se forcer lorsqu'il devait lui parler.

Dans le salon, il s'installa dans le dernier fauteuil libre, et observa Kurusu s'installer à côté de Fushiguro. Ils ne s'étaient pas encore parlé aujourd'hui en dehors de bonjour de politesse. Itadori ne réussit même pas à croiser son regard de tout le repas. Il était trop occupé à discuter avec la jeune femme.

Il fallait être aveugle pour ne pas comprendre qu'elle avait un faible pour lui. Elle ne le quittait presque pas, lui proposait toujours son aide, même pour des choses complètement futiles. Itadori se demandait si ce n'était pas ça justement, qui l'empêchait d'apprécier un minimum cette fille. Voir qu'elle arrivait sans mal à capter l'attention de Fushiguro lorsque lui parvenait à peine à tenir une simple conversation.

Il n'en voulait pas à l'autre garçon, loin de là. Itadori savait ce qu'il avait obligé Fushiguro à traverser. Ils n'en avaient presque pas parlé, mais l'incident de Shibuya devait l'avoir marqué autant que lui. Tous les morts, les civils, les dégâts qu'ils n'avaient pas réussi à éviter, la courte sortie de Sukuna qui n'avait rien arrangé. Sans parler de cette traque qui concernait aussi sa sœur.

Fushiguro avait beaucoup à digérer, et Itadori n'était peut-être pas le mieux placé pour l'y aider.

Il le savait, pourtant c'était frustrant de perdre si brusquement sa compagnie. C'était idiot, et complètement absurde, mais Itadori était peut-être bien jaloux.

Jaloux de cette fille qui n'avait aucun problème pour l'approcher et lui parler. Qui n'avait pas besoin de s'inquiéter des dégâts qu'elle pourrait lui faire si elle perdait le contrôle de son fléau. Elle n'avait pas à se sentir coupable des morts qu'elle avait provoqué, du danger qu'elle pourrait représenter pour Fushiguro. Elle n'avait pas à penser à sa mort prochaine.

Oui, c'était probablement de la jalousie.

Itadori ne voulait pas y penser. Ce n'était pourtant pas son genre de tant réfléchir à quelque chose, alors plutôt que de rester dans cet appartement étriqué il préféra sortir.

Il se sentirait plus utile en faisant un tour du quartier pour surveiller les alentours. Ils s'étaient réfugiés dans un immeuble à l'écart des principaux combats, ils étaient sommairement au calme ici, mais il pouvait arriver n'importe quoi pendant cette foutue traque.

Itadori se promit de ne pas s'éloigner, il laissa ses jambes le guider sur les routes détruites et les trottoirs fissurés le long des bâtiments. Le silence ne l'aida pas à se changer les idées, c'était toujours les mêmes choses qui tournaient en boucle. Itadori détestait se sentir aussi impuissant, rien n'allait en s'arrangeant. Même s'ils parvenaient à ajouter les règles qu'ils voulaient au jeu, ensuite quoi ? Ils n'avaient toujours pas de moyen pour se débarrasser de Kenjaku, pour protéger Tengen, Gojo était toujours enfermé, et Sukuna restait un danger.

Un grondement fit lever la tête à Itadori. Il ne reconnaissait pas ce quartier, et son immeuble n'était plus en vu. A force de se perdre dans ses pensées, il était allé trop loin. Sur le point de faire demi-tour, un autre grondement retentit, faisant trembler le sol cette fois-ci.

Merde, un des batîments s'effondrait. Itadori crut entendre des explosions, il y avait peut-être un combat plus haut, il ne devait pas rester ici. Même en réagissant rapidement, des murs entiers de l'immeuble s'écrasaient déjà contre la route. Quelques coups infusés d'énergie occulte lui permirent de ne pas finir sous les gravats, et il parvint à facilement s'en échapper.

C'est la poussière qui le fit tousser une fois loin de l'immeuble qui continuait de se décomposer dans un énorme fracas. Itadori était définitivement seul, si un combat avait détruit cet immeuble, les adversaires ne l'avaient pas remarqué. Ou peut-être que le bâtiment s'était fragilisé depuis le début de la traque et avait fini par s'effondrer de lui-même.

Itadori se laissa un peu de temps pour reprendre son souffle et rebrousser chemin, quand derrière lui, il entendit des pas se rapprocher. Une voix l'appela, il reconnut Kurusu et lui fit signe qu'il n'avait rien. Itadori remarqua au dernier moment Fushiguro derrière elle, et les mains qui vinrent violemment agripper ses épaules.

- T'es con ou quoi ?! On a dit qu'on prenait aucun risque, et toi tu sors sans rien dire !

Itadori fut trop surpris pour essayer de se défaire de la poigne de Fushiguro. Il avait l'air furieux, et même prêt à le frapper. C'était étrange de l'entendre hurler, particulièrement contre lui.

- Et si tu t'étais retrouvé devant d'autres exorcistes ? Et s'ils t'avaient tué ?! Tu veux crever ?!

Sukuna n'aurait pas laissé une chose pareille arriver si facilement, mais Itadori sentait que ce n'était pas ce que l'autre garçon voulait entendre. Il posa une main autour du poignet de Fushiguro, prêt à s'excuser, avant de remarquer son regard bien plus brillant que d'habitude.

Oh, Fushiguro était en colère, mais il avait aussi le coin des yeux humides.

Itadori se sentit complètement stupide.

- Fushiguro-

- Stop, stop ! Ça suffit !

Il n'eut pas le temps de dire plus, Kurusu les séparait déjà, de crainte de les voir se battre. Comme si Itadori était capable de frapper Fushiguro.

Le reste de la journée, Itadori se sentit particulièrement minable. Il n'arrivait pas à s'enlever de la tête le visage de l'autre garçon. Parfois il se disait qu'il avait eu peur pour lui, et la seconde suivante qu'il était seulement désespéré par son comportement inconscient.

Au final, si Fushiguro le suivait, c'était à chaque fois à cause de Sukuna. Parce qu'il devait le tuer si le fléau prenait complètement le contrôle. Pour Itadori, il était précieux, un moment de répit dans tout ce chaos. Mais Fushiguro était peut-être revenu à la raison, Itadori, lui, n'était qu'un réceptacle condamné à mort. Rien de plus.

Peu importe. Il devait s'excuser. Itadori n'en avait pas eu le temps sur le moment, et depuis c'était impossible de trouver un instant tranquille pour parler avec Fushiguro.

Après avoir soigné ses quelques égratignures, Itadori avait rejoint sa chambre. Il n'avait pas faim, et même s'il n'avait pas non plus sommeil, il ne voulait pas rester avec les autres. En entrant, il avait trouvé sur le lit des bandages propres, une bouteille d'eau et quelques biscuits.

Il devait définitivement s'excuser.

C'était tard lorsque Itadori n'entendit plus personne parler. Tant pis, il ne voulait pas attendre le lendemain, alors le plus discrètement possible il se rendit devant la chambre de Fushiguro. Mais il eût beau toquer, personne ne lui ouvrit. Itadori hésita, il ne voulait pas obliger l'autre exorciste à lui faire face. Peut-être même dormait-il déjà.

Déçu, et après un soupir, il rebroussa chemin, jusqu'à entendre un léger raclement de gorge provenant du balcon. Encore Itadori se sentit stupide. C'était au tour de Fushiguro de s'occuper du premier tour de garde.

La gorge de nouveau nouée, Itadori alla le rejoindre. Il s'installa contre la balustrade, n'osant pas regarder l'autre garçon. Une main derrière la nuque, il réussit à murmurer :

- Hey… mh, je voulais m'excuser, pour tout à l'heure. T'as raison, j'ai pas réfléchi, j'aurais dû vous prévenir. C'était bête, j'ai -

- Arrête ça.

La réponse était sèche et nette. Itadori leva aussitôt la tête vers Fushiguro qui avait déjà les yeux rivés sur lui. Il n'avait pas l'air en colère, ou agacé qu'il l'ait rejoint. Il semblait surtout fatigué.

- Arrête de faire comme si tout est toujours de ta faute, il continua dans un soupir. C'est moi qui m'excuse. J'aurais pas dû réagir comme ça.

Itadori ne s'attendait pas à des excuses, principalement parce que pour lui Fushiguro n'avait rien fait de mal. Ce n'était pas son genre de se laisser aller à ses émotions, mais ce n'était pas une raison pour lui en vouloir.

- C'est juste que… ça me fait flipper.

Ça non plus, ce n'était pas une phrase qu'il pensait entendre de la part de Fushiguro. Il avait presque murmuré, comme s'il n'était pas complètement sûr de vouloir que Itadori l'entende.

- Ouais, je sais que ça fout la trouille tous ces trucs, Itadori tenta de le rassurer.

ll aurait bien posé une main sur son épaule, mais il n'osait pas bouger. Il le savait, c'était la traque, Sukuna, la vie de sa sœur en danger qui le préoccupaient. Fushiguro secoua la tête, et laissa un faible ricanement lui échapper.

- Non, je te parle pas de ça.

Bon, Itadori n'était peut-être pas si doué que ça pour lire les gens. Il attendit que l'autre garçon s'explique, mais le silence dura un long moment. Peut-être qu'il ne voulait pas lui parler, peut-être que, au final, il ne voulait pas voir Itadori. Il faillit repartir lorsque Fushiguro se décida enfin à dire quelque chose.

- Ce qui me fait peur, c'est toi. Je sais ce que t'es, que t'es le réceptacle de Sukuna, que viendra un moment où tu vas devoir mourir, et-,... Ça me fait peur. Parce que je t'ai fait une promesse, et je pourrais pas la tenir.

Dans un grognement, Fushiguro cessa de parler et dévia son regard d'Itadori. Il fixa de longues secondes ses mains, il hésita, plus réussit à ajouter dans un souffle :

- Je suis incapable de te tuer.

C'était une mauvais nouvelle, un exorciste incapable de tuer un réceptacle le moment venu. C'était dangereux, inconscient, pourtant Itadori ne pouvait pas ignorer le début de sourire qui tentait d'étirer ses lèvres.

- Je suis désolé de t'avoir autant ignoré ces derniers jours aussi, continua le garçon en regardant maintenant les immeubles devant eux.

- C'est pas grave. T'avais besoin d'être seul, répondit Itadori.

- Non, c'est pas ça non plus.

Après un soupir, Fushiguro réussit à se tourner vers Itadori pour le regarder dans les yeux. C'était un peu le même genre de regard que lorsqu'il lui avait crié dessus plus tôt dans la journée. Il n'y avait plus de colère, mais ses yeux avaient la même inquiétude.

- Je voulais prendre mes distances, parce que tu dois mourir. Mais c'est trop tard, t'es trop important maintenant... J'ai pas la moindre idée de ce que je vais faire si tu me demandes de te tuer.

Itadori ne pensait pas un jour voir de la peur dans les yeux de Fushiguro. Particulièrement à cause de lui. Ils étaient encore trop brillants, il craignait d'y voir des larmes s'en échapper s'il tentait encore de parler.

Ce n'était pas comme ça qu'il aurait aimé savoir que Fushiguro tenait à lui. Ce n'était pas avec une voix aussi tremblante et un regard aussi fuyant qu'il voulait entendre ça. Il ne pouvait même pas s'en réjouir, pas en sachant le dilemme qu'il lui imposait.

- Je sais que c'est égoïste, je suis désolé. Je veux pas te traiter comme ça, j'ai pas envie de te repousser à cause de mon incompétence. Mais j'y pense tout le temps, dès que je te vois j'imagine devoir te-, que Sukuna débarque et-... C'est juste, trop.

Fushiguro ne lui laissait plus le temps de parler et de donner la moindre réponse à ce flot de paroles. C'était sûrement la fatigue et le silence de la nuit qui le poussait à se débarrasser de toutes ces angoisses sans plus être capable de s'arrêter.

Une première larme silencieuse glissa sur sa joue, et Itadori s'empressa de la faire disparaître du bout des doigts. Il se sentait si idiot d'avoir cru que Fushiguro le voyait comme un simple réceptacle. Itadori glissa prudemment sa main contre le coin de l'œil du garçon, ne voulant pas laisser d'autres larmes s'en échapper. Fushiguro n'avait pas bougé, il n'avait pas fait le moindre mouvement de recul lorsqu'il avait posé ses doigts contre sa joue. Alors Itadori n'avait aucune raison de s'éloigner.

- J'ai pas l'habitude de m'attacher comme ça, marmonna Fushiguro. Et j'ai déjà vu mourir tellement de gens, je-... Je veux pas le revivre, pas encore, j'en peux plus.

C'était frustrant d'entendre sa voix si épuisée, et de ne pas pouvoir le consoler. Itadori n'avait aucun moyen de le rassurer, aucune alternative à lui proposer, il ne pouvait qu'essuyer ses larmes, fixer les yeux de Fushiguro et sentir sa peau douce sous ses doigts. Il était presque certain de pouvoir deviner son souffle contre ses propres joues en se concentrant bien.

D'étranges idées traversèrent son esprit, des choses qu'il ne pouvait pas se permettre, alors il s'autorisa plutôt à entourer doucement l'autre garçon de ses bras. Encore, Fushiguro le laissa faire.

Mais Itadori trouva bien pire de poser sa tête contre son épaule, de pouvoir entendre sa respiration d'encore plus près et d'avoir une effluve de son odeur. Et sentir les mains de Fushiguro s'agripper à son dos n'arrangea rien. À cet instant, il maudit particulièrement fort Sukuna, du plus profond de son être. Parce que Itadori se rendait compte de tout ce que ce foutu fléau le privait. Parce qu'au final il n'avait pas envie de mourir. Pas quand il pouvait tenir Fushiguro au creux de ses bras.

- Je suis désolé, il ne put que misérablement répondre contre son cou. Je suis désolé, je suis vraiment pas mieux.

C'était mauvais, inconscient et stupide, un peu comme la plupart des décisions de Itadori. Il se recula légèrement, juste assez pour pouvoir observer le visage de Fushiguro, et sans se laisser le temps de plus réfléchir, osa l'embrasser.

Lui aussi était égoïste. Bien plus qu'il aurait bien voulu se l'avouer.

Itadori sentait son visage brûler et sa respiration se couper sous l'appréhension. Fushiguro laissa échapper un faible grognement, à peine audible, avant de s'accrocher un peu plus à la veste de Itadori.

À bout de souffle, Itadori s'éloigna, le cœur encore en pagaille, et se sentit honteux.

- Désolé, j'ai-, merde… c'était -

Il recula, s'obligeant à se détacher de la chaleur de Fushiguro et de ses mains. Il devait rentrer, retourner dans sa chambre et dormir. La fatigue le rendait encore plus idiot que d'habitude.

Itadori s'était résolu à mourir pour les autres. C'était son rôle, il devait s'y tenir.

Même si ça signifiait obliger Fushiguro à faire le sale boulot. Même si ça voulait dire le laisser seul. Même si ça voulait dire ne pas être certain de le voir être sain et sauf à la fin de cette foutue guerre.

Il devait mourir.

Il devait mourir.

Il devait-

La main qui attrapa brusquement la manche de sa veste l'empêcha de s'enfuir plus loin. Itadori se retourna vers Fushiguro. Ils étaient aussi perdus l'un que l'autre. Parce qu'ils avaient des responsabilités, parce qu'ils ne voulaient pas les suivre, parce que tout ça était injuste et cruel.

- Je suis désolé, je sais absolument pas quoi faire, souffla Fushiguro.

Itadori n'avait pas le courage de le laisser seul. Il ne voulait pas le laisser imaginer qu'il était le seul à tout remettre en question.

En quelques pas, Fushiguro était de retour contre lui. Itadori n'osa pas l'embrasser de nouveau, même s'il en mourrait d'envie.

Il voulait le rassurer. Lui assurer qu'il n'avait pas à s'inquiéter, qu'il n'allait pas mourir, qu'une fois Gojo libéré, tout pourrait s'arranger. Il voulait se persuader qu'il avait le droit de vivre un peu plus longtemps. Il avait envie de croire que Fushiguro n'aurait jamais à avoir son sang sur les mains.

Tout ce qu'il demandait, c'était d'être capable de le faire sourire plutôt que pleurer.

- Je suis désolé Fushiguro, c'était tout ce que Itadori parvenait à murmurer contre son oreille. Je suis tellement désolé.

C'était injuste.

Putain d'injuste.

Parce qu'il devait mourir.

Il devait mourir.

Il devait mourir, et peu importe ses efforts, il ne pouvait pas offrir de fin heureuse à Fushiguro.