Résumé : Aragorn se lance sur la piste d'un mystérieux individu aux yeux perçants, évoquant ceux d'un serpent. Cette traque dépassera cependant de loin ses attentes, plongeant le rôdeur dans un enchevêtrement de mystères et de révélations inattendues.

0

Marche. Marche. Marche. Toi qui vagabonde sur les tapis de fleurs et de lichens. Que jamais ne cesse ta course. Que pour toujours tes bottes s'enfoncent dans la tourbe, la mousse humide et les feuilles mortes. Prends ton élan et saute par-delà les rivières et l'écorce pourrissante des arbres tombés au combat. Cours, s'il le faut, pour accomplir cette vie d'errance que tu t'es choisie.

Parfois, la solitude te sera douloureuse, et le vent te rendra sourd aux voix de tes semblables. Souvent, tu te retrouveras prisonnier des ronces et des orties. Depuis les chemins cachés par la brume jusqu'aux sentiers éclairés par la Lune, le doute sera ton unique guide. Arrivé de nulle part, tu devras faire mille tours et détours pour enfin atteindre l'inconnu. Seule la mort pourra arrêter ta course, et les traces que tu auras laissées derrière toi finiront irrémédiablement par s'effacer. Mais ton âme, elle, continuera de voguer vers de nouveaux horizons, là où aucune autre n'a jamais osé s'aventurer.

Marche. Marche. Marche. Toi, le rôdeur du soir, jusqu'à l'aube d'une nouvelle rencontre.

0

Il y avait en Arnor un petit village perché à flanc de colline, non loin de la forêt de Chet. Dans ce lieu, hommes et hobbits coexistaient pacifiquement depuis des générations.

Bree se trouvait au croisement de deux routes majeures : l'une venant du nord, menant à Fornost, et l'autre partant vers l'est en direction de la Comté. C'était donc une étape incontournable pour tout voyageur ou marchand digne de ce nom.

Aragorn ne se laissait guère perturber par les regards curieux que lui lançaient les habitants, tout en marchant d'un pas assuré au milieu de la ruelle animée. Les rôdeurs, tels qu'on les désignait ici, étaient depuis toujours accueillis avec une méfiance prudente, mais sans animosité. Après tout, ils n'étaient que des hommes à l'allure plutôt étrange, venant collecter des informations pendant quelques jours avant de s'évanouir aussi mystérieusement qu'ils étaient apparus.

Aragorn n'avait pas prévu de se rendre à Bree cet été-là, mais quelques semaines plus tôt, un coursier était venu le trouver pour lui délivrer un message urgent : un vieil homme répondant au nom de Gandalf souhaitait le rencontrer à l'auberge du Poney Fringant.

On ne pouvait guère refuser la demande d'un magicien. C'est pourquoi, Aragorn avait rapidement quitté les terres sauvages pour se rendre au lieu de rendez-vous.

Alors qu'il franchissait les portes de l'auberge, le rôdeur repéra d'un coup d'œil l'homme assis à une table, son regard perdu dans la fumée de sa pipe, créant un halo éthéré autour de lui.

"Gandalf, c'est toujours une joie de vous retrouver," le salua Aragorn avec un sourire sincère.

Le magicien se leva de sa chaise, sa barbe grise se balançant légèrement alors qu'il tendait la main au rôdeur. "Aragorn, je suis ravi que vous ayez pu répondre à mon appel, mon ami."

Bien que les retrouvailles étaient chaleureuses, le visage de Gandalf portait le poids de l'inquiétude. Il désigna une chaise à Aragorn, l'invitant à s'asseoir. Le rôdeur prit place en face de lui, attendant la raison de cette réunion.

"Plusieurs événements inquiétants se sont produits, dont l'un est particulièrement alarmant. J'aurais besoin de votre aide pour régler certaines affaires", déclara alors le magicien d'un ton grave.

Intrigué, Aragorn inclina la tête pour signifier qu'il était tout ouïe. "Parlez, Gandalf. Qu'est-ce qui vous tracasse ?"

"Une comète a été observée il y a quelques années près de Brie... Je crains que cela ne soit un mauvais présage, car on dit aussi que l'œil de Sauron a disparu de Barad-dûr. Si ces deux événements sont liés, peut-être que notre ennemi reprend des forces à l'heure où nous parlons. Peut-être même que certains Maiar ont décidé de le rejoindre en prenant forme humaine."

Aragorn fronça les sourcils, comprenant l'ampleur de la situation. " Si je me souviens bien, le dernier Maia parvenu à cette prouesse n'était autre que vous, est-ce que je me trompe ?"

Gandalf acquiesça d'un signe de tête. "Vous avez raison. Il s'agissait bien de moi. Cependant, ma transformation était le fruit d'une mission spécifique, et mon objectif était de guider et d'assister les peuples de la Terre du Milieu dans leur lutte contre les ténèbres. Ce nouveau Maia, s'il a réellement pris forme humaine, n'a peut-être pas des intentions aussi bienveillantes, j'en ai peur."

"Qu'attendez-vous de moi, précisément ?"

Le magicien prit une profonde inspiration. "J'ai besoin de me rendre à Isengard pour consulter Saruman. Par ailleurs, je voudrais aussi retrouver quelques vieux documents datant de l'époque d'Isildur, votre ancêtre. Il se trouve qu'un hobbit de ma connaissance a trouvé un anneau, un anneau pour le moins unique, si vous voyez de quoi je veux parler…"

À ces mots, Aragorn sursauta, réalisant l'importance de ce que le magicien sous-entendait.

"Pourrait-il s'agir de…" murmura-t-il d'une voix blanche.

Gandalf hocha lentement la tête, fixant Aragorn de ses yeux brillant. "C'est ce que je pars tenter de découvrir. En attendant, j'ai besoin que vous surveilliez les faits et gestes de quelqu'un en particulier."

" De qui s'agit-il ? "

"Un apothicaire qui sévit dans les environs de Brie depuis plusieurs années. Il se fait appeler Crowley par les habitants de la région."

0

" Allez-vous me foutre la paix, que diable !? "

Le rôdeur venait d'obtenir une place à la même table que son suspect. Cela faisait déjà plusieurs semaines qu'il traquait cet étrange marchand au visage constamment caché sous un ample capuchon.

"Pas tant que vous ne m'aurez pas montré votre visage," rétorqua Aragorn d'une voix dure.

"Et pourquoi le devrais-je ?" grogna l'homme face à lui. " Êtes-vous une sorte de garde ou une sentinelle, que vous exigez de connaître l'identité des gens ?"

"Quelque chose dans ce genre, oui ", confirma le rôdeur.

"Dans ce cas, je crains que vous ne soyez grandement déçu, car je tiens à préserver ma vie privée." objecta l'homme, son visage demeurant dissimulé sous son capuchon.

"Comprenez bien que ce n'est pas parce que je demande poliment que je ne peux pas obtenir des réponses par la force.", menaça le rôdeur, rompu à l'art de l'intimidation.

"Voulez-vous vraiment agresser un humble apothicaire, se contentant de vendre ses remèdes de village en village ?" rétorqua l'homme.

"Des rumeurs courent à votre sujet." expliqua Aragorn, qui espérait encore convaincre avant de devoir faire briller la lame de son épée.

Mais l'homme en face de lui se contenta de ricaner, faisant balancer son ample capuchon dans le mouvement.

"Oh, vraiment ? Peut-être mes remèdes n'ont-ils pas eu l'efficacité escomptée sur les malades de la région ?" Voulu savoir le dénommer Crowley.

"Votre médecine est réputée fiable. Les rumeurs concernent un tout autre sujet."

"Et de quoi s'agit-il, je vous prie ?", demanda l'homme, penchant légèrement sa tête sur le côté, l'air soudain intéressé par les arguments que le rôdeur allait fournir.

"Des enfants ont prétendu que vous aviez des yeux de serpent.", déclara Aragorn, allant droit au but.

Un lourd silence suivit cette déclaration.

"Vous me traquez depuis des semaines, simplement parce que des gamins effrontés font courir l'idée que j'ai des yeux de vipère ?"

"J'ai mené une enquête approfondie, et il semble qu'ils ne sont pas les seuls à avoir pu observer ce trait physique sur votre personne".

C'est à ce moment-là que l'aubergiste choisit d'apporter un pichet de vin à l'étranger.

"Merci," grogna l'homme au visage dissimulé, plaçant quelques pièces sur la table à destination du serveur avant de se servir un verre.

"C'est une quête bien singulière que de poursuivre un inconnu, ne serait-ce que pour corroborer une simple rumeur.", commenta finalement l'homme après avoir savouré une longue gorgée de vin.

"Vous n'avez donc pas l'intention de réfuter ces allégations ?", s'étonna Aragorn.

L'étranger haussa simplement les épaules tout en continuant à vider son pichet.

"Je vous conseille de prendre quelque chose de plus consistant si vous comptez apprécier plus longtemps ce vin, car il est particulièrement corsé.", l'averti le rôdeur.

"Je vous remercie de votre prévenance, mais je n'ai pas faim."

"Ne mangez-vous donc jamais ?"

"Qu'est-ce qui vous amène à penser cela ?"

"Depuis que j'enquête sur vous, je n'ai jamais vu une seule commande de nourriture dans les auberges que vous traversez, seulement des boissons."

"J'Ignorais que votre admiration pour moi s'étendait jusqu'à scruter le moindre de mes faits et gestes. Pour répondre à votre question, j'ai simplement un régime alimentaire particulier, mais je vous remercie de vous soucier de mon bien-être. C'est touchant venant d'un harceleur", ironisa l'homme en se levant brusquement de son siège.

"Je vous collerai à la peau jusqu'à ce que j'aie l'assurance que vous ne présentez aucune menace pour les habitants de Brie," répliqua Aragorn en se levant à son tour pour bloquer le passage à l'étranger.

L'homme au visage encapuchonné fit un pas en avant avec une assurance mesurée, ses yeux rencontrant enfin ceux d'Aragorn après plus d'un mois de traque.

"Votre obstination ne m'impressionne guère," rétorqua la créature aux yeux reptiliens.

Il y avait peu de choses qui pouvaient ébranler Aragorn en ce monde. Son éducation militaire prodiguée par Lord Elrond l'avait préparé à affronter n'importe quelle situation. Toutefois, ce qu'il vit en cet instant lui glaça le sang.

Il se souvenait d'avoir aperçu un œil semblable au sommet d'une tour, lors d'une de ses expéditions sur les terres noires du Mordor. Ce rouge-orangé éclatant et cette pupille fendue ne pouvaient appartenir qu'à un vassal de Morgoth. La possibilité que cet homme soit Sauron en personne n'était pas non plus à négliger. Après-tout, le Maia était connu pour sa ruse et son art de la dissimulation.

Cependant, malgré toutes les preuves sous son nez, Aragorn avait encore du mal à croire que l'homme aux yeux reptiliens était le Seigneur de ténèbre déguisé.

Il y avait déjà plus d'un mois que Gandalf lui avait confié la mission d'espionner l'individu. Il avait scruté chacun de ses faits et gestes, cherchant à percer le mystère de cet apothicaire dont les compétences semblaient dépasser celles de n'importe quel guérisseur qu'il avait pu croiser, à l'exception d'Elrond peut-être.

Cet homme savait guérir et désinfecter les plaies, réduire la fièvre, et il avait même assisté à des accouchements. Il se montrait doux et patient avec les enfants, ce qui le rendait encore plus intrigant. L'homme n'avait pas non plus le corps d'un guerrier. Sa silhouette était plutôt frêle sous la cape sombre qui l'enveloppait, et le rôdeur doutait fortement qu'il soit même capable de soulever une épée. Ses mains semblaient délicates, dénuées de callosités et de cicatrices, caractéristiques habituelles des combattants aguerris. Ses gestes étaient empreints de grâce et de finesse, bien loin de la rudesse et de la force brute que l'on attendrait d'un soldat.

Les deux hommes se tenaient face à face dans une tension palpable lorsque soudain, un cri perça l'agitation de l'auberge. Les conversations s'éteignirent d'un coup, et tous les regards se tournèrent vers une table où deux créatures aux pieds velus dansaient. Du moins, jusqu'à ce que l'une d'entre elles ne disparaisse mystérieusement sous le regard médusé de la foule.

Aragorn marmonna dans sa barbe, détournant brièvement son attention des enjeux de sa mission pour s'inquiéter d'un autre problème que le magicien lui avait mis sur le dos.

"Hobbits idiots...", grogna le rôdeur d'un ton agacé.

"Des individus disparaissent comme par enchantement sous des dizaines de regards, et c'est de moi qu'on se méfie..."; commenta l'homme à la capuche.

Aragorn laissa échapper un soupir fatigué, conscient que la situation allait certainement se compliquer en l'absence de Gandalf. Il se mit à réfléchir rapidement, contraint de prendre une décision qui ne l'enchantait guère.

"Vous, suivez-moi !", ordonna-t-il en saisissant fermement la manche de l'individu. "Je n'en ai pas terminé avec vous !"

Sous les protestations indignées de l'homme, Aragorn l'escorta jusqu'à l'étage. Ayant déjà consulté l'aubergiste quelques heures plus tôt pour savoir où les hobbits résidaient, il ne lui fut pas difficile de trouver son chemin à travers le dédale de couloirs. Lorsqu'il se trouva devant la porte de la chambre, il l'ouvrit d'un geste déterminé, poussant l'étranger à l'intérieur tout en pénétrant dans la pièce de taille modeste, où se dressaient quatre petits lits.

"Vous attirez bien trop l'attention sur vous, Monsieur Sous-Colline !" fit-il remarquer sévèrement à l'intention du seul occupant de la chambre.

"Qui…Qui êtes-vous ?" Bégaya le hobbit aux cheveux bruns, l'air terrorisé par l'irruption soudaine du Rôdeur.

"Êtes-vous effrayé ?", demanda distraitement Aragorn, jetant un regard furtif par la fenêtre, pour s'assurer que l'auberge n'était pas surveillée.

"Oui," avoua la petite créature d'une voix frêle.

"Apparemment, pas suffisamment," répliqua sèchement le Rôdeur. " Il n'était pas prudent d'utiliser votre anneau ici ! Je sais ce qui vous poursuit, et vous n'êtes désormais plus en sécurité dans cette auberge."

Soudain, trois autres hobbits firent irruption dans la pièce, armés de balais et de chandeliers pour affronter Aragorn, ce qui aurait fait joyeusement rire ce dernier si la situation n'était pas si critique.

"Éloignez-vous de lui !", s'écria le hobbit le plus rondelet des trois. "Ou je vous brise les jambes !"

"Vous avez du cran, jeune hobbit", reconnut Aragorn avec un petit sourire, "mais cela ne vous sauvera pas si vous devez affronter les créatures qui sont à votre recherche. Vous ne pouvez pas attendre le magicien plus longtemps, ils arrivent."

"Êtes-vous un ami de Gandalf ?", demanda soudain le hobbit aux cheveux bruns, la voix emplie d'espoir.

"Oui, en effet," confirma Aragorn. "Le magicien m'a confié une mission, mais il semble rencontrer des problèmes. Je vais donc vous aider autant que possible en attendant que les choses se résolvent."

"Devons-nous partir ?", demanda le hobbit avec un chandelier dans les mains.

"D'ici une heure, si nous voulons avoir une chance d'échapper aux Nazgûls", les informa Aragorn.

"Qui sont-ils ?", demanda un autre hobbit s'agrippant toujours à son balai.

"Les serviteurs du Seigneur des Ténèbres. Ils ne trouveront pas la paix tant qu'ils n'auront pas récupéré ce que votre ami cache dans sa poche."

"Et lui ? Qui est-ce ?", voulut savoir le hobbit téméraire en désignant l'homme silencieux qui avait observé toute la scène depuis un coin de la pièce.

"Ne prêtez pas attention à moi, messieurs. Je suis simplement retenu ici contre mon gré." Grogna l'apothicaire.

"Je pensais qu'il était l'un des leurs, mais il semble être quelque chose de différent..." tenta de leur expliquer Aragorn, qui n'avait pas anticipé de devoir voyager avec une telle compagnie hétéroclite.

"Mais je vous connais !" s'écria le porteur de l'anneau. "Vous êtes Monsieur Crowley, l'apothicaire ambulant qui vient à la Comté tous les ans vendre ses remèdes !"

L'homme encapuchonné le gratifia d'une petite courbette.

"Pourquoi un Baggins se ferait passer pour un Sous-Colline, c'est ce que je voudrais bien comprendre ici." déclara l'homme sur le ton de la conversation.

"Je m'appelle Frodo, Sous-Colline n'était qu'un pseudonyme pour passer inaperçu."

"Navré de vous le faire remarquer, Monsieur Frodo, mais il semble que vous ayez échoué dans cette tâche." ricana Crowley.

"Nous échangerons des banalités plus tard !", s'écria le Rôdeur, exaspéré. "Rassemblez vos affaires, nous partons."

"Attendez, nous ne savons même pas votre nom !", intervint Frodo.

"Vous pouvez m'appeler Grand-pas, je suis un Rôdeur", les informa Aragorn.

Après quoi, tous les hobbits rassemblèrent leurs modestes possessions sous la supervision d'Aragorn. Une fois prêts, le Rôdeur leur fit signe de le suivre, les guidant à travers les couloirs obscurs de l'auberge. Le silence était absolu, à peine perturbé par le murmure lointain du vent. C'était un instant de calme précaire, comme si le monde lui-même retenait son souffle.

"Je ne comprends toujours pas pourquoi je suis obligé de vous accompagner !" protesta l'homme encapuchonné.

Aragorn leva un doigt en l'air pour lui signifier de rester silencieux. Puis, avec précaution, il ouvrit la porte, jetant un regard circulaire sur les environs, avant de faire signe aux hobbits de le suivre à l'extérieur.

Ils se rendirent aux écuries, où Aragorn sella deux poneys et deux chevaux. C'étaient de braves bêtes, bien que non adaptées au long voyage qui les attendait.

Alors qu'il tendait les rênes à l'homme au visage dissimulé, le cheval se cabra soudain, saisi par une peur inexplicable.

"Les chevaux ne m'apprécient pas beaucoup," expliqua Crowley en faisant un pas en arrière.

"Apaisez-le en lui caressant le flanc. Il doit sentir votre nervosité", tenta de le rassurer Aragorn.

Mais l'homme au capuchon ne s'en laissa pas conter. "Il est hors de question que je grimpe sur ce canasson !" s'insurgea-t-il brusquement.

C'en fut trop pour le Rôdeur, qui était tout sauf patient en ce moment. "Il est hors de question que je vous laisse joyeusement gambader dans la nature alors que vous incarnez certainement un danger !" gronda-t-il d'une voix sévère. "Deux choix s'offrent donc à vous : montez volontairement sur cette monture, ou préparez-vous à voyager sanglé à l'arrière de mon cheval !"

L'homme lâcha une exclamation outragée face à la menace. Il dévisagea Aragorn quelques secondes, puis soupira profondément, capitulant devant l'inévitable.

Après quoi, il fut en effet difficile de calmer les chevaux. La simple présence de Crowley suffisait à les rendre nerveux.

Aragorn avait pris la tête du groupe, guidant le petit convoi à travers les sentiers. Les étoiles scintillaient timidement à travers les nuages, offrant une lueur intermittente pour éclairer leur chemin. La nuit s'annonçait longue…

0

Aragorn fut étonné d'entendre le bruit distinct du trot d'un cheval approchant. L'apothicaire avait talonné sa monture pour se placer à sa hauteur.

"Si nous ne faisons pas une pause, les hobbits vont finir par tomber de fatigue, et nos montures ont besoin de boire !", l'avertit l'homme, son visage toujours dissimulé sous son capuchon, bien que le rôdeur ait percé son mystère.

"Je croyais que vous n'aimiez pas les chevaux", fit remarquer Aragorn, le regard toujours tourné vers l'horizon.

"Je dis que les chevaux ne m'apprécient pas, pas que je n'aime pas les chevaux. En outre, Bentley semble avoir un fer qui se détache !"

"Bentley ?" s'étonna soudain Aragorn, un sourire naissant sur son visage. "Vous avez donné un nom à ce destrier que vous refusiez de monter il y a encore quelques heures ?"

"Je ne pouvais décemment pas me contenter de le surnommer 'canasson', n'est-ce pas ? À présent que je suis assis sur son dos, il serait peut-être imprudent de le contrarier", expliqua l'apothicaire, ayant vraiment l'air de se soucier des états d'âme de sa monture.

"J'ai appelé le mien Aurora !" s'exclama Merry qui les avait rejoints, suivant leur conversation.

"En réalité, c'est un mâle", informa Aragorn en riant. Le rôdeur avait brièvement interrogé les hobbits pour connaître leur nom. Le porteur de l'Anneau était Frodo Baggins, accompagné de son fidèle jardinier, Sam Gamgee, ainsi que de Meriadoc Brandebouc et Peregrin Took.

"Dans ce cas, je le baptiserai Tornado", décida Merry.

"Ce n'est pas comme s'il avait l'air de s'en soucier..." argumenta Frodo. "Où allons-nous au juste, Monsieur Grand-Pas ?", demanda soudain le porteur de l'anneau sur le ton de la conversation, comme s'il parlait de l'itinéraire d'une balade de santé.

"Notre destination est Fondcombe, la demeure d'Elrond. Nous devons poursuivre notre route vers le nord." les informa Aragorn.

" Vous entendez ça Monsieur Frodo !", s'exclama Sam d'un air enjoué, "Nous allons voir des elfes !"

" Mon oncle Bilbo m'en a souvent parlé " acquiesça le hobbit. " J'espère que les elfes nous diront où est passé Gandalf. Son absence à notre lieu de rendez-vous m'inquiète…."

" Soyez inquiet pour vous-même, Monsieur Baggins" intervint Aragorn d'une voix sombre ", car vous courez de bien plus grands dangers que le magicien."

Après un long silence, Pippin soupira soudain d'un air las

"Je suis fatigué…"

" J'ai mal aux fesses ", grogna à son tour Merry.

" Et moi j'ai faim !" ajouta Sam. "Monsieur Grand-Pas, pourrions-nous faire une courte pause ? J'ai quelques tranches de lard dans mon sac que j'aimerais réchauffer."

"Surtout pas de feu ! Je vous rappelle que nous sommes toujours poursuivis !", répondit Aragorn d'un ton sévère.

Cependant, malgré les avertissements du Rôdeur, il était impératif de faire une halte.

Les hobbits, soulagés de descendre de leurs poneys, se laissèrent lourdement choir dans l'herbe, leurs jambes endolories protestant après cette épuisante chevauchée.

Pendant que Sam distribuait des pommes et quelques tranches de pain encore tièdes, Crowley se rapprocha des chevaux, leur murmurant des paroles rassurantes à voix basse pour apaiser leurs nerfs. Les montures semblaient avoir trouvé une certaine paix en sa présence, ce qui soulageait l'ensemble du groupe.

Pendant que les hobbits se restauraient et partageaient un maigre repas, Aragorn gardait une vigilance constante, scrutant les alentours sans relâche pour déceler la moindre menace. Son regard se posait souvent sur l'énigmatique apothicaire. L'attitude du supposé Maia déchu était intrigante. L'homme, toujours voilé par son capuchon, s'était approché des hobbits et s'était assis silencieusement à leurs côtés.

Si jamais il s'agissait bien de Sauron, n'aurait-il pas déjà tenté de récupérer son précieux anneau ? Aragorn avait pris un pari risqué en obligeant l'homme à les accompagner, et le temps lui était compté pour démêler toute la vérité dans cette affaire.

"Je n'ai pas grand-chose de chaud et ou de nourrissant à vous proposer, Monsieur Crowley", déclara soudain Sam, "mais peut-être voudriez-vous un fruit et une miche de pain ?"

"C'est très aimable à vous, monsieur Gamgee, mais je vais passer mon tour", répondit Crowley d'un ton cordial. "N'avez-vous pas pris de réserves de nourriture avant de partir ?"

"Seulement le strict nécessaire", l'informa le jardinier. "Je n'ai pas eu le temps de rassembler grand-chose avant que nous partions précipitamment."

"J'ai cru apercevoir quelques champignons près de ce bosquet là-bas", annonça Crowley en désignant du doigt l'endroit.

"Où cela ?", s'exclamèrent soudainement les quatre hobbits en chœur, salivant déjà à l'idée de pouvoir déguster l'un de leurs mets favoris.

"Ne leur donnez pas ce genre d'idée !" s'énerva soudainement Aragorn. "Je ne voudrais pas avoir à transporter un hobbit empoisonné jusqu'à Fondcombe ! "

"Ces hobbits savent certainement mieux que vous et moi faire la différence entre un champignon toxique et un comestible." répliqua l'homme.

"Ce n'est pas des hobbits dont je me méfie", argumenta le rôdeur en accentuant son regard sur les yeux camouflés de l'homme.

"Oh, je vous en prie !", s'impatienta Crowley. "Nous en sommes encore là ? Certes, je n'ai pas un physique conventionnel, mais c'est irrespectueux de votre part de me traîner ainsi de force alors que tout ce que j'ai fait depuis que je suis arrivé à Brie, c'est d'aider autant de gens que je le pouvais en les soignant. Et j'ajouterais même que…"

Crowley ne termina jamais sa phrase. Son regard était à présent fixé sur quelque chose derrière Aragorn.

"Mais, ne serait-ce pas du pluchea carolinensis que je vois là-bas?"

Sans plus se soucier du rôdeur, l'homme alla s'accroupir devant une plante aux petites fleurs blanches enracinée sur un talus.

"Qu'avez-vous trouvé, Monsieur Crowley?", demanda Sam, l'air intrigué. "Serait-ce une herbe aromatique ?"

"Désolé de vous décevoir, Sam, mais il s'agit plutôt d'une plante médicinale. La racine de guérit-tout a de très nombreuses propriétés médicinales, comme son nom l'indique. Ses vertus sont antifongiques, anti-nauséeuses, diurétiques, tonifiantes. Il combat la grippe, lutte contre la toux et fait baisser la fièvre. Il apaise les douleurs de l'estomac et favorise une bonne digestion. Il a également la propriété de réguler le cycle menstruel de la femme… Pas que l'un de nous en ait vraiment l'utilité," ajouta l'homme en déterrant délicatement la plante.

"Consommez-le en faisant infuser ses feuilles dans une tasse d'eau bouillante. En usage externe, en cataplasme, il calme les myalgies musculaires et articulaires dues aux rhumatismes ou à l'arthrose."

"Merci pour cet exposé," commenta Aragorn en levant les yeux au ciel, "mais je crains que nous n'ayons pas le temps pour une cueillette."

"Oh…", entendit-il soupirer à sa gauche. Merry venait de cacher derrière son dos ce qui ressemblait à des champignons.

"Que Eru me vienne en aide," soupira Aragorn, qui n'en pouvait plus de voyager avec des gens aussi écervelés.

Quelques instants plus tard, ils étaient de nouveau en selle, bien que Crowley portait avec lui plus d'une dizaine de racines encore pourvues de leur motte de terre. Quant aux hobbits, ils étaient en train soit de manger, soit d'échanger tout ce qu'ils avaient pu trouver de comestible au sol pendant leur brève halte.

Le voyage se poursuivit, et le groupe avança à travers les collines verdoyantes. Crowley semblait maintenant plus intégré au groupe, partageant ses connaissances sur les plantes et les herbes médicinales qu'il trouvait en chemin. Les hobbits étaient fascinés par ses explications, et Sam ne pouvait s'empêcher de poser des questions sur l'art de la guérison.

Aragorn était lui-même captivé par les connaissances de l'homme. Le rôdeur aurait pu lui-même disposer d'un don pour la guérison si ses choix ne l'avaient pas éloigné de ce chemin. Il se remémora les années qu'il avait passées en Errantry, errant dans les terres sauvages et cherchant à échapper à son destin royal. Ses pensées dérivèrent ensuite vers Lady Arwen, une amie chère qu'il n'avait jamais pu oublier, malgré leur éloignement.

La journée avançait, et le groupe se retrouva bientôt plongé dans les eaux d'un marécage. Les chevaux avaient beaucoup de mal à avancer dans la boue épaisse, et ils se virent obligés de mettre pied à terre pour tirer les animaux réticents par leur longe. Les hobbits échangeaient des regards inquiets tandis que le paysage sinistre du marécage s'étendait à perte de vue.

Le soir venu, alors que le crépuscule se glissait parmi les arbres moussus, Aragorn décida qu'il était temps de faire halte pour la nuit. Ils se retrouvèrent sur un petit îlot au cœur du marais, où ils installèrent leur campement.

"Sam, Frodo, Merry, Pippin", appela alors Crowley d'une voix autoritaire. "Enlevez vos vêtements pour que nous puissions les faire sécher."

Les hobbits s'exécutèrent, déposant leurs vêtements mouillés sur des branches basses pour les exposer à ce qui restait de chaleur dans l'air. L'homme encapuchonné leur tendit alors à chacun une couverture encore sèche pour les protéger de l'humidité.

Il se tourna ensuite vers Merry, qui avait chuté tête la première dans l'eau du marais quelques heures plus tôt. Ce dernier était maintenant en train de trembler comme une feuille. Doucement, Crowley prit une couverture et se mit à frotter les épaules du hobbit.

"Là", le rassura l'homme en s'attelant à sécher les cheveux du hobbit. "La compagnie d'un hobbit enrhumé est loin d'être une perspective agréable."

Merry lui adressa un sourire reconnaissant. Le reste du groupe, bien que silencieux, semblait également reconnaître la prévenance de Crowley dans cette situation difficile.

Aragorn se préparait à entreprendre sa ronde nocturne, déterminé à s'assurer que le camp demeurait sûr. Avant de toutefois s'aventurer dans l'obscurité, le rôdeur distribua à son groupe des armes rudimentaires.

"Maîtrisez-vous l'art de l'épée, messieurs ?" interrogea le rôdeur, scrutant d'un œil sceptique la posture de Crowley, tenant maladroitement son arme.

"Évidemment !" s'exclama l'homme, offusqué. "Il suffit d'enfoncer la pointe tranchante dans le corps de son adversaire," ajouta-t-il, tentant de paraître confiant.

Un rire étouffé s'échappa des hobbits qui se trouvaient derrière eux, et Aragorn commençait à éprouver les prémices d'une migraine en contemplant ce groupe d'amateurs.

Il prit donc congé pour sa ronde, tout en se promettant intérieurement de dispenser quelques leçons d'escrime élémentaire dès que l'occasion se présenterait. Après tout, que pouvait-on attendre d'un groupe composé de quatre hobbits et d'un prétendu apothicaire ? Il devait reconnaître que Crowley se montrait bien plus doué que lui pour apaiser les inquiétudes des hobbits. Cette facette de l'apothicaire ne le surprenait guère, car il avait déjà vu ce dernier interagir avec une horde d'enfants. Crowley semblait incroyablement à l'aise en présence des jeunes, et cette aptitude à veiller sur autrui se manifestait maintenant à l'égard des hobbits.

De retour de sa ronde, Aragorn fut accueilli par la vue réconfortante de tous les semi-hommes blottis autour de Crowley. L'homme encapuchonné était assis, veillant sur leur sommeil tel un gardien.

"Vous semblez avoir gagné leur confiance," fit remarquer Aragorn, tandis qu'il observait les hobbits dormir paisiblement.

"Ce n'est pas le cas de tout le monde ici", grogna l'homme encapuchonné, haussant les épaules avec une pointe de défiance.

"Une fois que vous aurez passé le regard de la Dame Galadriel et de Lord Elrond, et qu'ils auront confirmé que vous ne représentez aucune menace, alors seulement vous serez libre de partir," expliqua le rôdeur d'une voix grave.

"Qui sont-ils ? Les personnes dont vous parlez ? ", s'enquit l'homme au visage camouflé.

"Il s'agit de sages elfes qui ont déjà fait face au Seigneur des Ténèbres", répondit Aragorn, étonné par l'ignorance de Crowley.

"Je ne suis pas certain que les elfes croiront mon histoire", avoua soudainement l'homme, sa voix teintée d'incertitude.

"Exposez-la-moi, et nous verrons bien", insista Aragorn.

Crowley sembla hésiter un instant avant de répondre. "Il y a un petit problème à ce sujet, Grand-Pas. Et c'est que je n'ai pas non plus confiance en vous."

"Dans ce cas, nous sommes dans une impasse," conclut le rôdeur.

L'homme encapuchonné s'étendit lentement sur le sol humide, étirant son corps fatigué. "Il semblerait bien," concéda-t-il d'une voix endormie.

Quelques instants plus tard, Aragorn perçut le rythme régulier de la respiration de Crowley, harmonieusement mêlé à celle des hobbits. Si l'homme n'avait pas confiance en lui pour dévoiler sa véritable identité, il ne manifestait toutefois aucune réserve à l'idée de s'endormir à la vue du rôdeur, comme si une fragile trêve nocturne s'était instaurée entre eux.

Aragorn se retrouva ainsi seul avec ses pensées, son cœur lourd de nostalgie à la perspective imminente de revoir Arwen à Fondcombe. Le Rôdeur avait depuis longtemps renoncé à toute prétention au trône, malgré son espoir secret de conquérir le cœur de la Dame elfe. Les paroles catégoriques du seigneur Elrond résonnaient encore en lui : sa fille méritait d'épouser un roi, et Aragorn n'était pas de cette trempe.

Le rôdeur craignait en effet de répéter les erreurs de ses ancêtres en acceptant la couronne du Gondor. Il y avait trop de vies en jeu, et sa lignée était maudite depuis qu'Isildur avait succombé au pouvoir corrupteur de l'Anneau Unique. Les Nazgûls, ces spectres de l'ombre, incarnaient la preuve vivante que les rois n'étaient pas à l'abri du joug implacable du Seigneur des Ténèbres.

La mélancolie le submergea, et pour la chasser, Aragorn entonna une chanson en Sindarin, laissant les mots s'écouler doucement comme une rivière mélodieuse, berçant son esprit tourmenté.

"Qui est-elle ?", interrogea soudain une petite voix depuis le tas de couvertures.

C'était Frodo qui avait posé la question, sa voix empreinte de curiosité tandis qu'il se redressait sur sa couche. Ses grands yeux bleus semblaient scruter Aragorn, comme s'ils pouvaient percer l'âme du Rôdeur à travers son regard.

"La dame de votre chanson, qui est-elle ?", insista le hobbit.

Surpris par la perspicacité de Frodo, Aragorn répondit d'une voix teintée de nostalgie, "Une elfe qui a donné son amour à un mortel."

"Que lui est-il arrivé ?"

"Elle est partie," répondit le Rôdeur, sa voix teintée de tristesse. "Retournez dormir, le chemin jusqu'à Fondcombe est encore long, et vous aurez besoin de toutes vos forces," ajouta-t-il avec un sourire réconfortant.

0

Le lendemain matin, le groupe se remit en route dès l'aube. Les chevaux semblaient plus alertes après leur pause de la nuit, et ils progressaient plus rapidement à travers les eaux boueuses des marécages. Alors que le soleil levant commençait à percer les brumes, les oiseaux chantaient leurs mélodies matinales, ajoutant une note de vie à ce lieu autrement sombre et solitaire.

"Monsieur Crowley", demanda soudain Frodo d'une voix timide "Serait-ce indiscret de vous demander pourquoi vous cachez ainsi votre visage ?"

"C'est en effet une question délicate," répondit Crowley en rajustant nerveusement son capuchon. "Mais il semble qu'on ne me laissera pas en paix tant que je n'aurais pas expliqué ce détail. Si je cache mon visage, c'est tout simplement parce que mes yeux sont terriblement laids et font peur au commun des mortels, qui jugent souvent avant de connaître," termina-t-il en levant la tête dans la direction d'Aragorn, lui faisant ainsi comprendre que cette dernière phrase lui était personnellement adressée.

"Je comprends votre souci, Monsieur Crowley," dit Frodo d'une voix compatissante, "mais ne nous jugez pas trop vite non plus. Une fois que vous vous sentirez à l'aise en notre compagnie, je peux vous assurer que nous ne commenterons pas l'aspect de vos yeux."

Les mots de Frodo prirent clairement Crowley au dépourvu car l'homme sembla hésiter un moment avant de répondre :

"Comment pouvez-vous être si certain de ce que vous avancez ?"

"C'est simple," déclara Frodo, l'air assuré. "Sans vous, je serais orphelin. Mes parents seraient morts si vous n'aviez pas été dans les parages pour soigner leur fièvre, i ans. Peu importe donc votre apparence physique, puisque vos actes parlent pour vous, et vous êtes profondément bon, je le sais."

"Et puis, vous nous avez trouvé de délicieux cèpes plus tôt dans la matinée," rappela à son tour Sam, un sourire reconnaissant sur le visage. "Je n'aurais jamais cru qu'un humain puisse en connaître autant sur les champignons !"

" Hier, vous m'avez empêché d'attraper un terrible rhume !", renchérit Merry avec un petit rire.

Frodo hocha la tête, un sourire bienveillant aux lèvres avant d'ajouter :

"Chacun d'entre nous porte ses propres fardeaux et cicatrices, Monsieur Crowley. Nous n'avons pas à nous juger, mais à nous soutenir."

Les paroles de Frodo semblaient avoir touché l'homme, car lentement, il abaissa son capuchon pour révéler son visage.

Aragorn, qui avait écouté l'échange en silence, retint soudain son souffle, non pas à la vue des yeux de Crowley, mais au rouge flamboyant de sa chevelure. L'apparence de l'homme n'était définitivement pas humaine. Pourtant, il devait admettre que la réaction de Frodo et des autres hobbit était surprenante car aucun d'eux ne cilla devant l'aspect de l'apothicaire. Au contraire, ils paraissaient tous enthousiastes que Crowley se révèle à eux.

"Monsieur Crowley", dit Sam en s'approchant avec un sourire timide, "vos cheveux sont vraiment magnifiques. On dirait du feu !"

Crowley parut légèrement embarrassé par l'attention portée à sa chevelure, mais ne recula pas. Il semblait que les hobbits et leur extraordinaire gentillesse avaient réussi à percer la carapace de l'homme, une prouesse bien plus efficace que n'importe quelle menace qu'Aragorn aurait pu proférer pour obtenir des réponses.

"Et vos yeux !" s'exclama Frodo avec un enthousiasme contagieux, "on dirait ceux d'un dragon !"

"Serpent !" le corrigea Crowley, levant un doigt comme pour souligner l'importance de la précision. "Il n'y a pas de dragon qui rôde ici, nous ne parlons pas la même langue !" ajouta-t-il en faisant siffler une langue serpentine entre ses lèvres.

Le rôdeur sursauta devant ce nouveau trait physique animal. Cela ne sembla toutefois pas préoccuper les hobbits outre mesure, qui rirent comme s'ils assistaient à un tour de magie.

"Mon oncle m'a raconté qu'il avait rencontré un changeur de forme au cours d'une de ses aventures. Raconta Frodo, ses yeux brillants d'amusement. " Son nom était Beorn, et il pouvait se transformer en un ours gigantesque. Pouvez-vous faire une telle chose vous aussi ?"

"Pas ici", répondit Crowley, secouant la tête. "J'ai à peine réussi à rassurer les bêtes, je ne gâcherais pas tous mes efforts de manière aussi irréfléchie."

"Mais vous le pouvez, n'est-ce pas ? Pourrez-vous nous le montrer ?", insista Frodo.

"Si vous insistez", soupira Crowley.

Aragorn, resta muet de surprise devant cette nouvelle révélation. Ainsi, il aurait affaire à un changeur de forme, et non à un Maia comme il l'avait initialement pensé.

Quand le soir vint, le groupe était enfin parvenu à quitter les marécages. Après avoir longé une rivière pendant plusieurs heures sans trouver un passage sûr pour la traverser, Aragorn décida qu'il était temps d'établir leur camp pour la nuit. Les eaux tumultueuses de la rivière semblaient trop dangereuses à traverser dans l'obscurité naissante.

Tandis que les hobbits et le changeur de forme s'activaient pour préparer le campement, Aragorn se pencha près de la rivière, étudiant les lieux afin de trouver un endroit propice pour traverser le lendemain. Il espérait qu'au petit matin, les eaux seraient plus calmes.

Le crépuscule enveloppait lentement le groupe alors qu'ils se reposaient autour de leur maigre repas. Sam, le plus préoccupé par la santé de tous, s'émut soudainement de l'apparente inappétence de Crowley.

"Mais vous n'avez rien mangé depuis trois jours !", s'exclama-t-il, tendant un morceau de pain à l'homme-serpent avec insistance.

" Je n'ai tout simplement pas le même régime alimentaire que vous.", répondit Crowley d'un ton exaspéré.

"Ah ! Vous êtes un serpent, c'est vrai !" comprit soudainement Sam. "Il doit y avoir quelques souris dans les environs ! Voulez-vous que je vous aide à en attraper une ?"

Pour toute réponse, Crowley se roula par terre en s'esclaffant, ignorant le regard vexé du hobbit.

"Merci pour votre offre généreuse, Sam", déclara finalement le changeur de forme en essuyant les larmes qui perlaient dans ses yeux reptiliens. "Ce que je voulais dire, c'est que je n'ai pas besoin de me nourrir."

"Pourquoi ne pouvez-vous pas manger, Monsieur Crowley ?", voulut comprendre le jardinier.

Crowley secoua la tête. "Ce n'est pas que je ne peux pas manger, c'est juste que je n'ai pas besoin de le faire. Ma forme actuelle ne nécessite pas de nourriture comme les vôtres. Je trouve ma subsistance dans d'autres choses."

Pippin, l'air horrifié par cette perspective, demanda incrédule : "Comment est-ce possible ?"

Crowley se contenta de hausser les épaules à la question du hobbit.

" Cela explique pourquoi vous ne mangiez rien dans les auberges ", commenta Aragorn, à qui aucun détail n'échappait.

"J'avais déjà oublié que vous m'espionniez depuis un mois avant que vous ne me forciez à vous suivre", grogna Crowley en levant les yeux au ciel, visiblement agacé.

"Pourquoi suiviez-vous, Crowley, Monsieur Grand-Pas ?", demanda Pippin, mâchant avec difficulté son morceau de pain rassis.

"Gandalf m'a demandé de le surveiller jusqu'à ce que nous découvrions sa véritable identité", se justifia Aragorn. "Les villageois des environs parlaient d'un homme enveloppé de la tête aux pieds dans une cape noire, une description qui correspondait à peu près à celle des Nazgûl."

"Merci bien !", s'exclama soudainement Crowley d'un air grognon." Maintenant, me voilà contraint de vous suivre, alors que je pourrais être paisiblement en train de mener ma petite vie d'apothicaire !"

Frodo, semblant peu affecté par les lamentations de Crowley, demanda : "Qui sont les Nazgûl ?"

Aragorn décida qu'il était sage d'expliquer clairement la situation aux hobbits.

"Les Nazgûl sont des serviteurs du Seigneur des Ténèbres, Sauron. Ils étaient autrefois des hommes, mais ils ont été corrompus par les Neuf Anneaux de Pouvoir. À présent, ils ne sont plus que des spectres, ni vivants ni morts, et leur seule mission est de traquer l'Anneau Unique pour le ramener à leur maître."

Les hobbits écoutaient attentivement les explications du rôdeur, de plus en plus conscients des dangers qui les entouraient. Crowley, quant à lui, paraissait intrigué par cette histoire.

"Alors, en m'espionnant, vous craigniez que je sois l'un de ces Nazgûls ?"

Aragorn hocha la tête. "Il y avait des similitudes troublantes dans les descriptions des villageois. Heureusement, il semble que nous ayons fait fausse route. Les Nazgûls ne sont pas capables de prendre la forme d'un serpent", déclara-t-il sans pour autant avouer qu'il avait eu d'autres hypothèses sur l'identité du changeur de forme.

"Comment l'anneau unique a-t-il pu arriver entre les mains de cette créature que Bilbo à rencontré dans les montagnes ? ", voulut savoir Frodo.

"L'Anneau a une histoire longue et sombre, Frodo", expliqua Aragorn, cherchant les mots justes. "Il a été forgé par Sauron pour asseoir son pouvoir sur la Terre du Milieu. Il était censé lui donner le contrôle sur tous les autres Anneaux de Pouvoir. Mais il a été perdu pendant de nombreuses années."

Frodo était attentif, les yeux fixés sur Aragorn, montrant sa soif de comprendre les détails de cette histoire. Il n'était pas le seul, car les hobbits et même Crowley s'étaient tous réunis en cercle autour du rôdeur, désireux d'entendre comment l'Anneau de Pouvoir avait quitté la main de Sauron.

Soupirant légèrement, mélange d'exaspération et d'amusement, Aragorn décida de satisfaire leur curiosité.

"Écoutez, mes amis, cette histoire remonte aux temps anciens de la Terre du Milieu," commença-t-il d'une voix grave qui captiva l'attention de son petit auditoire. "Il y a de cela deux générations d'hommes, Isildur était le fils d'Elendil, l'un des derniers descendants des Númenóréens, et le frère cadet d'Anárion. Ensemble, ils gouvernaient les royaumes de Gondor et d'Arnor, et leur alliance était notre dernière lueur d'espoir face à Sauron. Leur union se nommait l'Ultime Alliance, un pacte entre Gondor et Arnor pour résister aux ténèbres grandissantes."

Les hobbits et Crowley écoutaient attentivement, absorbés par les mots d'Aragorn comme si l'histoire qui se déroulait devant eux.

"Ensemble, ils réussirent à affaiblir Sauron et à le priver de son corps physique," continua Aragorn, sa voix grave résonnant dans la clairière, "C'est lors de cette bataille que Sauron perdit l'Anneau unique, qui glissa de sa main coupée et tomba sur le champ de bataille. Isildur, au lieu de détruire l'Anneau, décida de le garder, en souvenir de la victoire. C'était une décision qui devait hanter les générations futures. L'Anneau exerça une emprise sur lui, une influence sournoise qui rendit Isildur dépendant de sa puissance."

Aragorn marqua une pause, laissant les mots pénétrer les esprits attentifs de ses auditeurs. Il poursuivit, son regard se perdant dans les souvenirs du passé. "Isildur retourna en Gondor, mais il fut finalement trahi et tué lors d'une embuscade d'Orcs. L'Anneau, échappa de sa main et sombra dans l'oubli pendant de longues années. Jusqu'à ce que vous en héritiez, Frodo."

Il adressa un regard bienveillant au jeune hobbit, puis conclut, "Isildur était un homme courageux, mais sa décision de ne pas détruire l'Anneau a eu des conséquences majeures pour le monde. C'est un rappel que nos actions et nos choix peuvent avoir un impact durable sur le destin de tous."

Bien que les hobbits et Crowley avaient été captivés par l'histoire d'Aragorn, la fatigue finit par les gagner et ils s'installèrent pour la nuit. Les hobbits se blottirent les uns contre les autres pour se tenir chaud, tandis que Crowley et Aragorn veillaient. Les murmures de la rivière voisine berçaient le camp, créant une ambiance paisible malgré les dangers qui les entouraient.

Mais au milieu de la nuit, un léger soupir traversa les lèvres de Frodo. Crowley, qui était resté éveillé, alla vérifier le hobbit avant même que le rôdeur ait eu le temps de comprendre que le hobbit était en proie à un cauchemar.

"Frodo", chuchota doucement le changeur de forme, "tout va bien. Vous êtes en sécurité."

Les paroles de Crowley réussirent à apaiser l'inconscient troublé de Frodo, et progressivement, la respiration du hobbit redevint calme.

"Peut-être devrions-nous éviter ce genre d'histoires avant l'heure du coucher ?", chuchota Crowley à l'intention du rôdeur.

Aragorn, conscient du malaise qu'il avait involontairement provoqué, acquiesça doucement. "Il serait préférable en effet. Je ne veux pas perturber les nuits de Frodo davantage."

Le reste du groupe dormit paisiblement, ignorant le petit drame qui s'était joué dans l'obscurité. Le matin approchait, et avec lui, une longue chevauchée en perspective.

0

La pluie commença à tomber le lendemain, une fine bruine qui s'intensifia rapidement, faisant monter dangereusement le niveau de la rivière.

Le groupe se retrouva confronté à un dilemme. Traverser la rivière gonflée par les pluies serait dangereux, même pour des nageurs aguerris comme Aragorn. Les hobbits, quant à eux, n'avaient aucune chance face au torrent.

"Nous devrions nous abriter", conseilla le rôdeur. "La pluie ne devrait pas durer éternellement."

Cependant, à peine eut-il prononcé ces paroles que l'air se remplit d'un cri sinistre. Les Nazgûls semblaient avoir retrouvé leurs traces, les sabots de leurs montures résonnant au loin.

Aragorn jeta un coup d'œil à la rivière déchaînée, hésitant sur la meilleure manière de la traverser. Il n'y avait pas de temps à perdre. Le rôdeur vérifia rapidement les provisions, s'assurant qu'elles étaient bien emballées pour éviter d'être endommagées par l'eau. Il ordonna alors aux hobbits et à Crowley de prendre les devants, tandis qu'il restait à l'arrière pour couvrir leur retraite.

Le petit groupe entra dans la rivière en file indienne avec leurs chevaux tenue en bride, l'eau froide montant rapidement jusqu'à leurs genoux. La pluie rendait l'eau encore plus agitée, mais ils n'avaient pas d'autre choix. Ils progressèrent, prudemment, les hobbits se tenant fermement les uns aux autres pour ne pas être emportés par le courant puissant.

C'est alors que l'accident tant redouté arriva. Alors qu'ils tentaient de s'avancer davantage, une vague plus forte que les autres submergea Sam, lui faisant perdre pied. Ce dernier, ne sachant pas nager, cria de terreur en glissant dans les eaux turbulentes de la rivière.

"Sam !", hurla Frodo, désespéré de voir son ami emporté sans qu'il puisse intervenir.

Aragorn réagit instinctivement. Il se précipita dans l'eau, nageant le plus rapidement qu'il pouvait afin d'atteindre Sam. Le rôdeur atteignit le hobbit en un temps record, le saisissant fermement par le bras pour le ramener à la surface. Cependant, même avec toute sa vigueur, Aragorn se trouvait en difficulté, luttant contre le courant impitoyable qui menaçait de les engloutir tous les deux. La situation semblait de plus en plus désespérée, quand soudain, une ombre massive apparut sous la surface tourbillonnante de la rivière.

Une forme longiligne serpentait à travers les flots, venant dans leur direction. Puis la tête d'un serpent perça les eaux troubles, et Aragorn eut un choc en reconnaissant les yeux dorés de la créature. Crowley était venu à leur secours.

Aragorn n'hésita qu'à bref instant avant de se cramponner au dos de la créature, Sam en remorque. Avec une force impressionnante, Crowley les ramena vers la rive, nageant contre le courant avec une aisance surprenante. Une fois qu'Aragorn eut déposé le corps inerte de Sam sur le sol, il constata avec effroi que le hobbit ne respirait plus. Un cri de terreur s'échappa des lèvres de Frodo, qui les avait rejoints en hâte. Les autres hobbits se regardèrent, partagés entre l'angoisse et l'impuissance, ne sachant que faire pour sauver leur compagnon.

"Pousssez-vous," siffla alors une voix sinistre dans leur dos.

Le rôdeur se retourna brusquement pour observer la métamorphose du serpent en Crowley. La scène était à la fois terrifiante et fascinante. Les écailles noires et rouges s'enroulèrent sur elles-mêmes, se fondant pour former la silhouette familière de l'homme aux cheveux roux. Ses yeux reptiliens, d'un or intense, prenaient à présent tout l'espace de ses yeux, ne laissant aucune place au blanc laiteux.

Le changeur de forme s'agenouilla alors près de Sam, examinant rapidement le hobbit inanimé. L'inquiétude pesait lourdement dans l'air, mais Crowley, avec une concentration intense, commença à presser doucement sur la poitrine de Sam. Aragorn ignorait ce que l'homme tentait de faire, car il était clair que le hobbit s'était noyé.

Après quelques interminables secondes, le hobbit eut pourtant un petit hoquet, très vite suivi d'une quinte de toux. Ses yeux s'ouvrirent lentement, et il toussa violemment l'eau qu'il avait avalé tout en essayant de reprendre son souffle.

L'ensemble du groupe poussa un soupir de soulagement alors que Sam reprenait peu à peu ses esprits.

Frodo se pencha sur son ami, les yeux embués de larmes "Sam ! Tu es vivant !"

Sam, toujours essoufflé, leva une main tremblante pour toucher le visage de Frodo. "Je... J'ai bien cru que ce serait mon dernier bain…." déclara-t-il avec un faible sourire.

De l'autre côté de la rivière, les Nazgûls étaient maintenant bien visibles, leurs formes spectrales hurlant dans le vent.

"Ils ne pourront pas traverser la rivière, du moins, pas pour l'instant. Mais ils trouveront rapidement un passage. Nous devons continuer.", déclara le rôdeur d'un ton résolu.

À ces mots, Crowley prit Sam dans ses bras et le plaça sur son propre cheval, le couvrant de sa cape pour le garder au chaud. Les autres hobbits montèrent également en selle, prêts à reprendre leur fuite éperdue. La compagnie s'élança alors au galop, laissant derrière eux les Nazgûls hurlants.

Ils poursuivirent ainsi leur chevauchée à travers la campagne accidentée, s'éloignant de la rivière tumultueuse. La journée était sombre et pluvieuse, mais le groupe était déterminé à mettre autant de distance que possible entre eux et les Nazgûls. Les chevaux avançaient d'un pas rapide, bien conscients du danger qui les poursuivait.

Ils parcoururent une grande distance jusqu'à ce qu'ils atteignent enfin les ruines d'Amon Sûl. Le site n'était plus que vestiges, cependant, c'était un endroit stratégique pour faire halte, offrant un peu de protection face aux éléments et un point de vue élevé pour surveiller les environs.

"Vous m'avez sauvé la vie là-bas, Monsieur Crowley. Je ne pourrais jamais vous exprimer ma gratitude suffisamment", déclara Sam alors que le changeur de forme appliquait consciencieusement une huile aux effluves d'eucalyptus sur sa poitrine congestionnée.

Crowley sourit devant les remerciements, son visage arborant une chaleur rare. "Je suis content d'avoir pu vous aider, Sam."

"C'était vraiment impressionnant de vous voir vous métamorphoser !", ajouta Pippin. "Une seconde vous étiez un homme, et la suivante, bam ! Un énorme serpent !"

,

"Existe-t-il d'autres hommes-serpents comme vous ?" voulut savoir Frodo, toujours avide de connaissances.

"Pas vraiment," répondit Crowley en rangeant son flacon d'huile dans son sac. Ses yeux reptiliens semblaient s'être soudain assombris, donnant à son visage une expression presque mélancolique. "Bien que j'aie longtemps fréquenté un homme-caméléon et une femme-mouche."

"Où sont-ils à présent ?", demanda Pippin, son visage affichant une curiosité égale à celle de Frodo.

"Je l'ignore, mais j'espère que c'est loin d'ici," déclara Crowley avec une moue de dégoût "Ce ne sont pas des démons très amicaux, pour ainsi dire."

"Des démons ?", répéta soudain Frodo en fronçant les sourcils.. "Je pensais que vous étiez des changeurs de forme !"

"Cette association à des animaux n'est que le fruit d'une malédiction," expliqua calmement Crowley en s'asseyant.

"Pourquoi avez-vous été maudits ?", intervint Aragorn, qui espérait que l'homme-serpent allait enfin révéler ses secrets.

"Disons que j'ai remis en question l'ordre d'une force supérieure, et que cela m'a valu une sévère punition," marmonna Crowley, son visage affichant un mélange de douleur et d'embarras. "Mais sans vouloir vous offenser, je n'ai pas très envie de m'épancher sur cette période de ma vie plutôt désagréable."

"Pensez-vous que Beorn, l'homme ours, a été maudit lui aussi ?", demanda Pippin, tentant de changer de sujet.

Aragorn n'écouta toutefois pas la suite de la conversation, ses doutes concernant Crowley revenant en force.

"Êtes-vous, d'une manière ou d'une autre, lié à Sauron ?" demanda finalement le rôdeur, son visage exprimant clairement ses suspicions.

"Je n'ai jamais entendu parler de ce Sauron avant que vous n'en parliez hier soir," avoua l'homme aux yeux de serpent.

"Mais de quelle force supérieure parlez-vous alors ? À qui avez-vous déplu ? Êtes-vous un Maia ?" insista Aragorn.

"Celle que je servais se faisait simplement appeler 'Dieu' avant de me bannir," grogna Crowley avec une moue enfantine. "Et comme je vous le disais plus tôt, je suis un démon. Avant cela, je faisais partie des anges de Dieu, mais c'était il y a très longtemps."

"Qu'est-ce qu'un ange ?", voulut savoir Sam.

"Une sorte de soldat du ciel," répondit Crowley en haussant les épaules.

"Wow, alors vous étiez un guerrier ?", s'étonna Merry, son visage s'illuminant d'admiration.

"Loin de là!", s'exclama Crowley avec un petit rire amusé. "Vous m'avez vu ? Je ne sais même pas comment tenir une épée. Non, j'étais guérisseur, comme je le suis encore aujourd'hui."

Le regard doré de Crowley croisa alors celui d'Aragorn avant qu'il ne déclare : "Mais pourquoi parlerais-je plus en détail de moi alors que notre guide ne nous a pas encore dévoilé son véritable nom ? "

Le rôdeur comprit qu'il n'en apprendrait pas davantage sur Crowley ce soir. Il se résolut donc à révéler son vrai nom à ses compagnons de voyage.

"Je m'appelle Aragorn", déclara-t-il en posant la main avec solennité sur son cœur.

Crowley inclina légèrement la tête, exprimant sa curiosité envers le rôdeur.

"Aragorn," répéta-t-il, roulant le nom sur sa langue avec un pointe d'ironie. "J'ai révélé bien plus sur moi en quelques jours à des inconnus qu'en cinq années passées à Brie. Peut-être pourriez-vous nous en dire plus à votre sujet. Tout ce que nous savons de vous, c'est que vous obéissez aux ordres d'un magicien sénile, harcelez des apothicaires, sauvez des hobbits imprudents et que vous chantez des balades mélancoliques aux heures les plus sombres de la nuit. Y a-t-il peut-être une dame qui hante vos pensées, cher Rôdeur ?"

"Il y a une dame, en effet", confia Aragorn d'un ton mélancolique, "mais son souvenir est loin derrière moi, comme une mélodie lointaine dans la nuit, un rêve qui s'est estompé avec le temps."

Les hobbits échangèrent des regards empreints de tristesse, tandis que Crowley semblait perdu dans ses pensées. Finalement, ce dernier demanda, toute trace d'humour envolé :

"Qu'est-ce qui vous a séparé d'elle ?"

"Nous ne sommes pas du même monde…" murmura le rôdeur, le regard soudain sombre.

"Je ne vous demanderais pas de nous raconter votre histoire d'amour ce soir," déclara Crowley en s'étirant soudainement, rompant l'atmosphère tendue qui régnait alors. "La dernière fois que vous nous avez conté une histoire, Frodo en a fait des cauchemars."

L'intéressé sursauta soudain avant de rentrer la tête dans ses épaules, l'air honteux.

"Je ne voulais pas vous offenser, Frodo," le rassura le rouquin avec un sourire désolé. "Je voulais juste faire valoir le point que les histoires du rôdeur étaient effrayantes. Non, que dites-vous plutôt d'une chanson avant d'aller dormir ?"

Les visages des hobbits s'illuminèrent à l'idée d'une chanson.

"Bien, il ne reste plus qu'à trouver le sujet", déclara Crowley, jouant du suspense en se grattant théâtralement le menton. Son regard doré pétillait d'anticipation. "Notre ami Aragorn ici présent m'a inspiré une chanson en particulier."

"Oh, chantez-la-nous !", s'exclama Merry, son visage rayonnant d'excitation.

Crowley se redressa un peu, prenant une profonde inspiration avant de commencer à chanter :

shorts/flS1R77zKpM

I wish I was on yonder hill

'tis there I'd sit and cry my fill,

And every tear would turn a mill,

Iss guh day thoo avorneen slawn.

Aragorn se tenait là, plongé dans un océan d'incertitudes, essayant de déchiffrer le jeu que Crowley était en train de jouer. Tout dans la voix de l'homme était empreint de douceur, une mélodie envoûtante qui le faisait hésiter. Était-ce une ruse destinée à lui faire baisser sa garde ?

Shule, shule, shule aroon,

Shule go succir agus, shule go kewn,

Shule go dheen durrus oggus aylig lume,

Iss guh day thoo avorneen slawn.

Aragorn se tenait là, plongé dans un océan d'incertitudes, essayant de déchiffrer le jeu que Crowley était en train de jouer. Tout dans la voix de l'homme était empreint de douceur, une mélodie envoûtante qui le faisait hésiter. Était-ce une ruse destinée à lui faire baisser sa garde ?

I'll sell my rock, I'll sell my reel,

I'll sell my only spinning wheel,

To buy my love a sword of steel

Iss guh day thoo avorneen slawn.

Shule, shule, shule aroon,

Shule go succir agus, shule go kewn,

Shule go dheen durrus oggus aylig lume,

Iss guh day thoo avorneen slawn.

Come, come, come, o love,

Quickly come to me, softly move;

Come to the door, and away we'll flee,

And safe for aye may my darling be!

Lorsque Crowley acheva son étrange mélodie, le rôdeur fut pris de court en sentant une larme solitaire glisser sur sa joue. Cette chanson avait éveillé en lui des émotions profondément enfouies, déclenchant des souvenirs mêlant douceur et amertume.

0

Bien qu'Aragorn fût un homme de peu de paroles, il semblait que Crowley l'ait percé à jour d'un simple regard. L'homme avait déniché l'une de ses faiblesses, et le rôdeur ne pouvait qu'espérer que cela ne se retournerait pas contre lui.

Alors qu'il errait autour de la forteresse, la chanson de l'homme-serpent hantait encore ses pensées. La nuit s'étendait dans une obscurité profonde, les étoiles parsemant le ciel comme des joyaux scintillants. Les murs en ruines semblaient refléter les barrières mentales du rôdeur, détruites par une simple mélodie.

Aragorn avait ressenti une étrange connexion avec Crowley, se demandant si l'homme n'avait pas, lui aussi, vécu une histoire d'amour comme la sienne.

Bien que le rôdeur n'eût pas saisi toutes les paroles, chantées dans une langue inconnue, il avait discerné une promesse d'amour désespéré dans la voix de Crowley. Peut-être était-ce là l'ultime secret que l'homme-serpent gardait jalousement, enfoui encore plus profondément que son apparence reptilienne.

Les cris perçants des Nazgûls l'arrachèrent brutalement à ses réflexions. Le cœur du rôdeur s'emballa soudain, son instinct de protecteur prenant le dessus, et il se précipita dans une course effrénée en direction du campement.

À mesure qu'il s'approchait, il vit des lueurs vacillantes éclairant la nuit. Les hobbits avaient allumé un feu en son absence, et cela avait alerté les Nazgûls quant à la position de leur campement. Une brève malédiction s'échappa des lèvres d'Aragorn, mêlée à un soupir d'exaspération. Pourquoi Crowley ne les avait-il pas empêchés de commettre une telle ânerie ?

Ce qu'Aragorn découvrit en pénétrant dans leur campement le plongea dans une terreur froide. Crowley se tenait là, métamorphosé en un gigantesque serpent, protégeant de sa masse écailleuse Frodo et les autres hobbits. Ils étaient encerclés par les Nazgûls, tandis que chef des spectres s'adressait à eux en langue Noir. Le serpent géant ne lui accorda qu'un sifflement menaçant en guise de réponse.

Les hobbits, terrorisés mais déterminés, brandissaient les armes qu'Aragorn leur avait confiées au début de leur périple. Sans hésiter, le Rôdeur se jeta dans la mêlée, son épée fendant l'air même si elle ne faisait que traverser les spectres comme si ces derniers n'étaient faits que de brume.

Un autre Nazgûl, tel un prédateur insidieux, tenta une attaque sournoise par l'arrière, profitant du voile de ténèbres pour surprendre Aragorn. Cependant, le Serpent vint à son aide, balayant d'un coup de queue le spectre et l'envoyant voler dans l'obscurité. D'un geste rapide et précis, Aragorn pivota sur ses talons, faisant tournoyer son épée pour déjouer l'attaque d'un de leurs ennemis qui tentait de s'en prendre à Crowley.

Les cris stridents des spectres remplissaient l'air, créant une cacophonie de hurlements déchirants, tandis qu'Aragorn et le serpent se dressaient en protecteurs farouches de leurs compagnons.

Les Nazgûls, habitués à semer la terreur, se trouvèrent déconcertés face à cette alliance improbable. Le corps massif du serpent ondulait avec une grâce surprenante. Ses écailles étincelantes capturant la lueur argentée de la lune dans une danse mortelle. Quant au rôdeur ,il maniait son arme avec une grâce guerrière. À chaque coup d'épée, les lames s'entrechoquaient avec un éclat d'étincelles, repoussant les assauts ennemis. Cependant, malgré leurs efforts, l'un des Nazgûls parvint à percer leur défense, blessant le serpent d'un coup de lame. L'arme maudite s'enfonça profondément dans les écailles du reptile, provoquant un sifflement de douleur de ce dernier.

Malgré la blessure, Crowley ne montra aucun signe de faiblesse et le corps massif du reptile se dressa dans un mouvement menaçant .Les spectres, pour la première fois, montrèrent des signes de retraite. Il ne fallut que quelques intimidations de plus de la part d'Aragorn pour que finalement, les serviteurs du Seigneur des Ténèbres soient contraints de se retirer, réintégrant l'obscurité d'où ils avaient surgi.

Le campement recouvrit son calme sous le voile argenté de la lune. Le regard du rôdeur se posa alors sur Crowley, redevenu homme et gisant au sol, sa cape maculée de sang. À ses côtés, Sam était à genoux, les épaules secouées de sanglots.

"Tout...Tout est de ma faute", sanglota le hobbit en reniflant. "Je voulais préparer un repas chaud pour le groupe, alors j'ai allumé le feu."

"Ce qui est fait est fait," déclara Aragorn d'une voix froide. "Rassemblez les affaires aussi rapidement que possible avec l'aide de vos compagnons, Monsieur Gamgee. Je ne sais pas combien de temps nous avons avant que les Nazgûls ne reviennent".

Sam, Frodo et les autres membres du groupe obéirent sans discuter, s'activant à rassembler leurs affaires en hâte.

"Ne soyez pas trop dur avec eux," intervint Crowley avec un sourire pâle. "Les hobbits ont tendance à raisonner plus avec leur estomac qu'avec leur tête... Et je suis aussi en faute, puisque j'ai eu la malheureuse idée de m'endormir pendant votre ronde."

Aragorn esquissa un sourire compatissant alors qu'il se penchait pour examiner de plus près la blessure de l'homme-serpent. Le flan de Crowley présentait des fissures sombres là où la lame du Nazgûl l'avait touché, comme si une puissance maléfique s'était insinuée en lui.

"Les blessures infligées par les lames des Nazgûls sont maudites, et elles peuvent se propager si on ne les soigne pas correctement", informa le rôdeur avec une voix teintée de préoccupation tout en soulevant délicatement Crowley.

Il fut toutefois surpris de la facilité avec laquelle il parvint à le porter, le rouquin étant aussi léger qu'une plume.

"Peut-on être maudit deux fois ?", murmura Crowley dans ses bras " Car, au cas où vous l'auriez oublié, je ne suis pas à moitié serpent pour le plaisir. Et cette blessure fait un mal de chien."

Aragorn ignora la remarque de Crowley et s'attela plutôt à aider le rouquin à monter en selle avec précaution. "Nous devons partir maintenant, car je ne suis pas certain de pouvoir vous soigner convenablement ici."

"Rappelez-moi, qui est le guérisseur ici ?" répliqua Crowley avec un rire faible.

Le rôdeur rejoignit l'homme-serpent sur le dos de son cheval, se préparant à partir. Pendant ce temps, les hobbits avaient chargé leurs bagages sur les montures, prêts à suivre Aragorn dans la nuit.

Le rôdeur, à la tête du groupe, guida les chevaux à travers la forêt. La blessure de Crowley rendait le voyage encore plus difficile, mais ce dernier ne se plaignit pas. Les hobbits étaient sombres et silencieux, se sentant trop coupables de l'attaque qui venait d'avoir lieu pour dire mot.

Ils chevauchèrent ainsi pendant des heures à travers la nuit. Aux premières lueurs de l'aube, Aragorn ralentit enfin, faisant signe à tous de faire de même. Ils avaient trouvé un petit ruisseau, une véritable oasis dans leur fuite effrénée.

S'agenouillant près de l'eau claire, Aragorn trempa ses mains pour boire et se rafraîchir le visage. Il prit également soin de donner un peu d'eau à Crowley, qui semblait avoir du mal à rester éveillé après les épreuves de la nuit.

Les hobbits, exténués, se désaltérèrent aussi, buvant avidement à la rivière. Frodo profita de cette halte pour se rapprocher discrètement d'Aragorn, ses yeux empreints d'inquiétude.

"Combien de temps avant d'atteindre Fondcombe ?", demanda-t-il.

Aragorn essuya son visage mouillé et tourna son regard vers Frodo, sa mâchoire serrée par la gravité de la situation. "Encore trois jours de chevauchée."

"Va-t-il tenir ?", s'inquiéta le hobbit en jetant un regard inquiet à Crowley, qui était blanc comme un linge.

"Je ne suis pas en sucre, Frodo, et j'ai connu bien pire qu'un coup d'épée, croyez-moi." grogna le rouquin en tentant de se redresser sur le cheval d'où il était perché.

Frodo tenta de lui rendre son sourire, mais ses yeux trahissaient l'inquiétude qui pesait sur lui. Crowley montrait des signes inquiétants d'empoisonnement, les étranges craquelures noires s'étendant peu à peu sur son visage. C'était comme si le poison se propageait dans les veines de l'homme-serpent.

Après s'être désaltéré, le groupe reprit sa route, l'atmosphère lourde de préoccupations. Le reste de la journée passa dans une chevauchée silencieuse, les hobbits gardant un œil inquiet sur l'homme-serpent.

Il ne fallut pas attendre la fin de la journée pour voir Crowley perdre connaissance sous l'effet de la douleur. Aragorn refusa de faire halte pour la nuit, sachant que le temps était compté s'il voulait sauver la vie de l'homme-serpent.

"Pas mes ailes…", murmurait Crowley en se tordant de douleur, tandis qu'Aragorn tentait de le maintenir immobile sur leur cheval.

La nuit était tombée depuis quelques heures, et avec elle était montée la fièvre de l'homme-serpent.

"Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer," tenta de le rassurer le rôdeur. "Vous êtes en sécurité."

L'homme-serpent battit soudain des paupières pour adresser un regard aveugle au rôdeur. Ses yeux dorés étaient troublés par la fièvre, et Aragorn n'était pas certain que Crowley soit vraiment conscient.

"C'est déjà trop tard, n'est-ce pas ? Elle me les a déjà arrachées ?" murmura-t-il, le désespoir se lisant dans son regard.

Aragorn restait muet, le cœur lourd, cherchant les mots qui pourraient apaiser cette douleur. Cependant, il fut interrompu par Sam.

"Il est plus pâle qu'un mort, et nous sommes encore à deux jours de Fondcombe," s'exclama-t-il, l'anxiété perçant dans sa voix. "Si nous ne le soignons pas ici et maintenant, il va mourir !"

Face à l'urgence de la situation, Aragorn hocha la tête, résigné. Il ne pouvait plus ignorer l'état critique de Crowley, et une décision devait être prise.

Le rôdeur fit donc halte, déposant délicatement le corps de l'homme-serpent sur le sol humide. L'obscurité de la nuit enveloppait le petit groupe, et les étoiles brillaient dans le ciel, comme autant de lueurs d'espoir. Sam se précipita vers eux, posant sa main sur le front du blessé.

"Il est brûlant !" s'exclama le hobbit, la panique perçant dans sa voix.

Frodo s'approcha, l'expression inquiète. "Que pouvons-nous faire ?"

Aragorn réfléchit un instant. "Il y a peut-être un remède", annonça-t-il. "Sam, connaissez-vous la feuille de roi ?"

"Oui, mais ce n'est qu'une mauvaise herbe", objecta le jardinier en fronçant les sourcils.

"Cette 'mauvaise herbe', comme vous dites, peut soigner la blessure de Crowley. Pouvez-vous aller en chercher pendant que je m'occupe de lui ?"

Le hobbit ne se fit pas prier deux fois et s'élança au pas de course, suivi de près par Pippin et Merry. Pendant ce temps, Frodo resta aux côtés d'Aragorn, observant le rôdeur tenter de soulager la fièvre de leur ami.

Aragorn débarrassa doucement Crowley de sa cape, prenant conscience que celle-ci avait dû lui tenir chaud. Dans la manœuvre, le rôdeur eut un choc en découvrant le dos de l'homme. Une série d'étranges os brisés descendait tout le long de sa colonne vertébrale, jonchée de plumes aussi rouges que ses cheveux. C'était comme si...

Les mots de Crowley lui revinrent brusquement en mémoire. "Pas mes ailes... S'il vous plaît..."

Aragorn pouvait désormais compter six membres dans le dos de l'homme, six ailes dont il ne restait plus que des moignons. Devant cette mutilation évidente, une vague de nausée le submergea. Il s'efforça toutefois de garder son calme malgré le choc de la découverte.

Pendant que Sam, Pippin et Merry couraient dans les bois pour trouver des feuilles de roi, Aragorn se concentra sur les soins immédiats à apporter à Crowley. Il nettoya délicatement la plaie avec un tissu propre et l'homme-serpent gémit faiblement tandis que Frodo lui tenait la main.

" Aziraphale ! ", appela désespérément Crowley.

Soudain, dans un éclat lumineux, Aragorn sentit une nouvelle présence venir à leur rencontre. Un cavalier monté sur un grand cheval blanc, tout en élégance et majesté était escorté par quatre hobbits dévalant la clairière.

"Une elfe ! C'est une elfe !", s'écria Sam, les mains remplies de feuilles de roi, tandis que la belle dame descendait de sa monture avec une grâce qui semblait irréelle.

Le soulagement emplit le cœur d'Aragorn en reconnaissant celle qu'on surnommait " L'étoile du soir ". Ses cheveux noirs tombaient en cascade sur ses épaules, et ses yeux étaient empreints de douceur.

"Elen síla lúmenn' omentielvo" le salua-t-elle d'une voix douce comme la brise d'été.

Incapable de parler, Aragorn hocha la tête, submergé par l'émotion de la retrouver après toutes ces épreuves.

Arwen tourna son attention vers Crowley, qui gisait, faible et souffrant dans les bras du rôdeur. Elle s'agenouilla près de lui et posa sa main sur son front.

" Le irith veren ni man carnil, na lle adar voe ni selven ", déclara la Dame, un pli soucieux sur son beau visage.

" Mellon dínen nan hest, a na duvanen Fondcombe " contesta Aragorn alors que la dame proposait de prendre la relève en amenant elle-même Crowley au Seigneur Elrond. Il ne pouvait décemment pas la laisser risquer sa vie, alors même que les Nagzuls étaient encore à leurs trousses.

"Taure sále amin nildi na taure menen úna ", insista Arwen d'une voix douce mais ferme.

Aragorn reconnut la justesse de l'argument. De plus, le Seigneur des Ténèbres cherchait Frodo, pas Crowley. Il acquiesça donc silencieusement à la proposition de la Dame, déplaçant précautionneusement le corps de l'homme-serpent pour le hisser sur le dos du cheval blanc. Ce dernier sursauta en sentant l'aura démoniaque de Crowley, mais ne cabra pas.

"Les chevaux ne m'aiment pas…", murmura Crowley alors qu'il reprenait conscience.

" Mais vous les aimez, vous, n'est-ce pas mon ami ? ", tenta de plaisanter Aragorn tout en ajustant tendrement la cape autour des épaules de l'homme.

"Vous avez fini par vous lasser de moi, Maître rôdeur ? ", demanda Crowley dans un chuchotement à peine audible.

Aragorn lui adressa un sourire compatissant avant de répondre. "Je vous présente Dame Arwen. Veillez sur elle pour moi jusqu'à ce que nous nous retrouvions, voulez-vous ?"

Le rouquin hocha faiblement la tête en signe d'approbation, ses yeux dorés reflétant une profonde gratitude avant de se refermer.

L'elfe prit soudain les rênes et lança sa monture au galop. Aragorn observa la silhouette élégante de l'elfe s'éloigner, une étoile fugace dans la nuit sombre. Puis, se tournant vers les hobbits, il dit d'un ton rassurant : "Nous devons reprendre notre route. Fondcombe n'est plus très loin. Continuons à avancer, mes amis, et restons vigilants."

0

"Quelle folie vous a donc conduit à laisser Arwen ramener cet homme à Fondcombe !" tonna le Seigneur Elrond, sa voix résonnant à travers les majestueuses arches de la salle d'audience. "Il s'en est fallu de peu pour qu'elle revienne indemne, car les serviteurs du Seigneur des Ténèbres l'ont prise en chasse !"

Le rôdeur garda la tête basse, en proie à un fort sentiment de culpabilité. Il avait plié un genou à terre en signe de soumission, acceptant aussi dignement que possible les reproches de son père adoptif.

Tandis que les hobbits avaient été conduits vers un lieu où ils pourraient enfin se sustenter et se reposer, Aragorn avait rejoint Elrond pour prendre des nouvelles d'Arwen et de Crowley. Il n'avait toutefois pas anticipé la colère qu'il trouverait dans les yeux du Seigneur elfe à son arrivée.

"Les serviteurs du Seigneur des Ténèbres en avaient après le porteur de l'Anneau", tenta de s'expliquer Aragorn. "je ne pensais pas qu'elle deviendrait une cible si Crowley était à ses côtés."

"N'avez-vous donc pas vu les yeux de l'homme ? À quoi l'anneau leur servirait-il, leur maître étant de retour ?"

Aragorn releva la tête à cette dernière remarque, rencontrant enfin le regard d'Elrond. Le visage de l'elfe, habituellement serein et bienveillant, était marqué par l'angoisse et la fatigue. Le rôdeur comprenait les inquiétudes de ce dernier, mais un besoin irrépressible de défendre la cause de Crowley s'empara soudainement de lui.

"Mon seigneur", répondit Aragorn en se redressant sur ses pieds "je suis conscient que mes actions ont pu entraîner des conséquences imprévues. J'ai été aveuglé par ma volonté de protéger le porteur de l'Anneau, et je n'ai pas assez réfléchi aux dangers potentiels. Mais Crowley est un homme digne de confiance. Certes, il est sous l'emprise d'une malédiction, mais il a le cœur noble. C'est lui qui a protégé Frodo des Nazgûls. Puis la lame d'un spectre l'a touché, et cela l'a gravement blessé."

"J'ai pu parler à l'homme. Il est étonnamment doux et inoffensif", intervint Gandalf, faisant sursauter le rôdeur.

Aragorn n'avait jusqu'alors pas perçu la présence du magicien, tapi dans un coin de la salle d'audience. Le visage de l'Istar était lacéré de plaies et de bleus. Où qu'il soit allé pendant tout ce temps, ce ne devait certainement pas être dans un endroit agréable.

"Gandalf!", s'écria le rôdeur, heureux de voir son ami encore en vie après tout ce temps sans nouvelle. "Que vous est-il arrivé ? J'ai pu accomplir la mission que vous m'aviez assignée, mais j'étais inquiet de votre disparition."

"Saruman s'est rallié au camp ennemi et a tenté d'obtenir mon soutien", expliqua le magicien en s'avançant pour serrer dans ses bras Aragorn. "Mais lorsque j'ai refusé son offre, il m'a retenu dans sa tour jusqu'à ce que les aigles de Manwë volent à mon aide."

Aragorn écarquilla les yeux de choc devant cette terrible nouvelle. Ainsi, Saruman avait changé de camp ?

"Je suis navré pour les épreuves que vous avez endurées et heureux que vous ayez réussi à vous échapper", déclara Aragorn avec un sourire compatissant pour le magicien.

"Merci pour vos mots de réconfort, mon ami, mais nous avons à parler de choses plus importantes", dit Gandalf en retournant son regard sur le Seigneur Elrond.

"Avant d'être enfermé dans sa tour ", poursuivit le magicien, "j'ai pu consulter les ouvrages de Saruman. J'étais parti le voir pour obtenir des informations sur l'Anneau de Pouvoir et l'étrange comète qui était tombée près de Brie il y a plus de cinq ans. Ce phénomène coïncidait étrangement avec la disparition de l'œil de Sauron au-dessus de la forteresse de Barad-dûr. J'ai d'abord craint que le Seigneur des ténèbres ait finalement trouvé un moyen de retrouver une forme corporelle, et que l'étoile tombée du ciel n'était autre que Sauron réincarné."

" Et qu'avez-vous découvert ?", demanda Elrond, écoutant attentivement le récit de Gandalf.

" Une magie très ancienne et très noire est en cause ici, et cela a directement un lien entre Sauron et Crowley, mais pas comme je le pensais. Lorsque j'ai rencontré cet apothicaire à Brie, j'ai tout de suite senti l'aura sombre de l'homme. Toutefois, Crowley était un guérisseur qui avait déjà sauvé de nombreuses vies humaines, et je ne pouvais pas me permettre de le condamner sans preuve. En regardant dans la pierre de clairvoyance de Saruman, j'ai alors découvert une réalité troublante. J'y ai vu ce que je pense être Melkor en plein rituel, tentant de redonner un corps physique à Sauron, son vassal. Cependant, son invocation a échoué, et à la place, c'est Crowley qui a été envoyé pour le servir.

" Envoyé d'où ?", voulu comprendre le seigneur Elfe.

" J'ai interrogé Crowley à ce sujet. Un homme charmant au passage", cru bon de préciser le magicien avec un petit sourire en coin à l'intention d'Aragorn avant de se retourner vers Elrond pour poursuivre, "Le pays d'où il vient n'a rien de semblable à toutes les contrées que j'ai pu visiter en Terre du Milieu et j'en ai conclu conclu qu'il ne peut venir que d'un autre monde ".

"Cette histoire n'a aucun sens…", murmura Aragon, qui avait du mal à croire à l'explication du mage.

" L'univers est vaste, Aragorn." lui confia Gandalf avec un soupir las, laissant entrevoir sa fatigue "Lorsque j'ai interrogé Crowley, il a été catégorique sur le fait de que le créateur de l'univers était une femme, alors que nous savons très bien que Ilúvatar est un homme".

"Où voulez-vous en venir ?", demanda Elrond.

"Qu'il y a autant de monde comme le nôtre qu'il y a d'étoiles dans le ciel. Ils sont semblables à celui créé par Ilúvatar, à quelques différences près. Crowley est comme un reflet de Sauron, partageant ses traits physiques, mais il n'a pas vécu les mêmes choses que le seigneur des ténèbres. Tandis que le Sauron de notre monde s'est laissé pervertir par Melkior, la version que vous abritez entre ces murs a refusé de s'allier au Valar déchu".

"Il joue peut-être juste la comédie !", argumenta le seigneur elfe.

"Aragorn a raison sur un point, mon Seigneur", contesta le magicien. " La lame d'un Nagzul a blessé Crowley. Ce qui signifie que son essence est encore pure. S'il avait été un serviteur du seigneur des ténèbres, la lame l'aurait simplement traversé sans l'atteindre.

"Sait-il ce que vous venez de nous dire ?", demanda le rôdeur, la gorge serrée, une expression perplexe dans le regard.

Le magicien soupira légèrement. "Je n'ai pas voulu le brusquer après tout ce qu'il a traversé. Il est encore affaibli par sa blessure, et je doute que cela soit agréable d'apprendre que vous avez été échangé contre un autre..."

"Échangé ?" répéta Aragorn, visiblement déconcerté.

"Oui, c'est le principe même de l'invocation," expliqua Gandalf. "Melkior a probablement échangé le Sauron de ce monde contre un autre. Il a dû penser que Crowley serait identique à son vassal, mais il est évident que ce n'est pas le cas. De plus, l'invocation fonctionne dans les deux sens. Si l'Œil de Sauron a soudainement disparu de la tour, c'est parce que le Melkior d'un autre monde l'a invoqué contre Crowley."

Les explications complexes tourbillonnaient dans l'esprit d'Aragorn, lui donnant un léger mal de tête. S'il avait bien compris cette histoire étrange, Crowley était bel et bien Sauron, mais venant d'un monde où il n'avait pas été corrompu par Melkior. La notion qu'il puisse exister d'autres royaumes parmi les étoiles le laissait étourdi. Son esprit mortel peinait à saisir cette nouvelle réalité, à la fois terrifiante et fascinante.

"Puis-je... le voir ?", osa enfin demander le rôdeur à l'attention du Seigneur elfe.

Elrond laissa échapper un soupir résigné et acquiesça. "Il est encore en train de récupérer dans la salle de guérison," l'informa l'elfe. "Suivez-moi..."

Le rôdeur inclina la tête en direction du magicien avant de suivre les pas du Seigneur de Fondcombe.

"Vous l'avez soigné, malgré vos doutes sur le fait qu'il soit bel et bien Sauron ?", demanda Aragorn alors qu'ils marchaient.

"Ce n'est pas dans la nature d'un guérisseur de laisser un malade mourir, qu'il soit seigneur des ténèbres ou non," déclara Elrond d'un ton empreint d'autodérision. "Bien que je doive avouer qu'Arwen s'est davantage occupée de ses blessures que moi, et je n'ai pas eu grand-chose à dire à ce sujet. Elle et Crowley s'entendent étonnamment bien..."

"Crowley semble avoir un don pour gagner l'amitié des gens," fit remarquer Aragorn en souriant.

"Vous avez raison sur ce point, il a un cœur noble."

"Avez-vous eu l'occasion de parler avec lui ?"

"Très peu, il est plutôt réservé à mon égard, mais il ne ménage pas ses plaintes envers les soigneurs," répondit Elrond.

Aragorn et Elrond entrèrent l'un après l'autre dans la salle de soin, et le rôdeur se sentit rassuré en voyant l'homme-serpent endormi sur l'un des lits.

"Je vais vous laisser," déclara l'elfe. "Mais je reviendrai plus tard pour changer ses pansements."

"Merci d'avoir permis qu'il se rétablisse et qu'il reste à Fondcombe," murmura Aragorn, veillant à ne pas réveiller le rouquin endormi.

"Ne me remerciez pas encore," répondit Elrond d'un air las. "Il doit encore passer devant le regard de la Dame Galadriel avant d'être innocenté."

L'elfe quitta alors la pièce, laissant Aragorn seul avec l'homme-serpent.

Crowley était étendu sur le lit, sa poitrine se soulevant et s'abaissant doucement au rythme de sa respiration apaisée. Il semblait paisible dans son sommeil. Son visage, fin et parsemé de taches de rousseur, ressemblait à un firmament étoilé. Sa longue chevelure rousse, soigneusement peignée, s'enroulait en une auréole sur les coussins, telle un coucher de soleil. Aragorn avait du mal à croire que cet homme puisse être une version altérée de Sauron.

"Il est parti ?", chuchota soudain Crowley, ses yeux s'entrouvrant légèrement.

"Qui ça ?", demanda Aragorn, étonné que l'homme ait simulé le sommeil tout ce temps.

"Elrond !", répondit le rouquin, jetant un regard inquiet en direction de la porte. "Tu parles d'un guérisseur ! Il m'oblige à manger dès que je me réveille ! Trois repas par jour, vous rendez-vous compte ?"

"Vous êtes certainement l'homme le plus à plaindre de la Terre du Milieu," plaisanta Aragorn, esquissant un sourire.

"Je suis un démon malheureux...", soupira Crowley avec une grimace. "Ils veulent que j'avale des potions au goût terrible, alors que je leur ai dit que c'était de la mauvaise herbe, seulement digne de médecins de pacotille."

Souriant face aux facéties de son ami, Aragorn se surprit à penser que la présence de Crowley lui avait manqué ces derniers jours.

"Je vous plains sincèrement," déclara le rôdeur, son sourire persistant. Cette remarque sembla apaiser Crowley, qui s'affaissa soudainement sur ses coussins, l'air épuisé.

"Frodo et les autres vont bien ?", s'enquit soudain l'homme, un pli soucieux marquant son front.

"Ils viendront vous rendre visite une fois qu'ils auront pris un bain et un peu de repos," le rassura Aragorn.

"Je ne voudrais pas paraître impoli, mais vous devriez suivre leur exemple," fit remarquer l'homme-serpent en fronçant le nez. "Pas que je n'apprécie pas de vous voir, mais vous avez une mine affreuse et vous sentez l'orc. On dirait que vous avez voyagé pendant plus de sept jours, poursuivi par une horde de spectres sanguinaires..."

Aragorn ne put retenir son rire cette fois-ci.

"Très bien, je vais donc suivre votre conseil et aller prendre un bain."

"Et le sommeil, n'oubliez pas le sommeil, très bon pour la peau. Au moins huit heures pour un effet bénéfique," marmonna Crowley, ses propres yeux de serpent semblant lutter contre la fatigue qui le guettait.

"Je tâcherai de prendre cela en compte lorsque j'irai prendre un peu de repos. Qui ne voudrait pas avoir une belle peau ?"

"Qui, en effet...", parvint à chuchoter le rouquin avant que sa respiration ne redevienne régulière.

"Dormez bien, mon ami," déclara le rôdeur avec un regard doux.

Il avait mille questions à poser à cet homme étrange, mais il savait se montrer patient. Les réponses viendraient en temps et en heure.

0

Cette première visite avait été suivie d'une série d'autres, ponctuées de rires et de plaisanteries de hobbits. Crowley était rarement laissé seul tandis qu'il récupérait de sa blessure. La plupart du temps, Arwen et lui discutaient de l'art de la guérison, du moins quand Frodo, Sam, Pipin ou Merry n'étaient pas dans la même pièce. Aragorn était heureux de voir ses compagnons en sécurité. Une réunion aurait bientôt lieu pour discuter du sort de l'Anneau Unique et du destin de la Terre du Milieu. Mais en attendant, ils pouvaient prendre un peu de repos tout en appréciant leur séjour à Fondcombe.

"Regardez ce que j'ai trouvé pour vous, Monsieur Crowley ! Une bonne soupe vous remettra sur pied en un rien de temps," chanta Sam en déposant un plateau de nourriture sur le lit du blessé. Tout ce que parvint cependant à obtenir le hobbit fut des gémissements mécontents de l'homme-serpent qui suppliait qu'on arrête d'essayer de le nourrir.

"Ça ne vous ferait pourtant pas de mal de prendre un peu de poids," fit remarquer Aragorn, écoutant d'une oreille distraite Crowley discuter avec les hobbits tandis qu'il consultait un ouvrage sur les Valar et leur système hiérarchique. Le rôdeur était curieux de savoir où placer Crowley dans toute cette histoire.

"Insinueriez-vous que je suis maigre ?", cracha soudain le rouquin d'un ton venimeux, montrant ses dents devant la pique du rôdeur.

"Oui," répondit simplement Aragorn, la tête toujours plongée dans son livre.

"Apprenez que je ne mange qu'une fois tous les dix ans au Ritz, qui est, pour résumer, un lieu très réputé pour sa gastronomie."

"Le Ritzzz?", répéta soudain Aragorn, relevant la tête de son livre, curieux d'en apprendre davantage sur le monde de Crowley.

Toutefois, le rouquin se contenta de renifler, l'air boudeur, avant de détourner la tête. Il était difficile de croire en cet instant que cet homme était âgé de certainement plusieurs siècles. Comprenant ce qui était en jeu, les semi-hommes n'hésitèrent pas à aider Aragorn dans sa quête de vérité.

"Où habitiez-vous avant d'arriver à Brie?", demanda Pippin d'une voix innocente, lançant un regard suppliant à Crowley.

"Quartier de Soho à Londres," répondit Crowley, les bras toujours croisés dans une posture mécontente.

"Je n'ai jamais entendu parler d'un tel endroit," déclara Merry, fronçant les sourcils. "Est-ce loin d'ici?"

"Je crois... Je n'en suis pas vraiment certain," marmonna Crowley, visiblement hésitant. "J'étais en train de conduire ma Bentley," commença l'homme avant d'être coupé par Sam.

"Vous aviez appelé un autre cheval Bentley?", demanda le hobbit avec étonnement.

"En quelque sorte...", éluda Crowley avant de poursuivre. "Donc, j'étais en train de conduire, quand soudain, il y a eu un grand flash de lumière. La minute suivante, je m'écrasais en catastrophe dans le champ de ce vieux fermier. Je ne sais qui, de lui ou de moi, a eu le plus peur."

"Vous avez certainement voyagé par magie !", s'exclama Frodo avec un grand sourire.

"Magie ou non, je me suis retrouvé dans un lieu inconnu sans possibilité de rentrer chez moi. Au début, je pensais avoir remonté le temps, mais lorsque j'ai vu des orcs pour la première fois, j'ai alors compris que je ne venais pas du même monde."

Les quatre hobbits avaient chacun la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés.

"Étiez-vous apothicaire aussi, là où vous viviez ?", demanda à son tour Frodo.

" Si on veut. Je dirigeais dans l'ombre la plus grande entreprise pharmaceutique mondiale. En d'autres termes, je disposais de beaucoup de moyens pour créer et vendre des remèdes. Mais la plupart du temps, je me contentais de flâner dans la librairie d'un ami. "

"Cet ami doit terriblement s'inquiéter de votre disparition !", murmura Sam d'une voix peinée.

Crowley baissa soudainement la tête, se refermant comme une huître alors qu'il haussait les épaules.

" Le connaissant, il n'a même pas encore remarqué mon absence…"

"Mais qui ne s'inquiéterait pas pour son ami quand celui-ci a disparu depuis plus de cinq ans ?", intervint Merry en posant ses bras sur ses hanches en signe d'indignation.

"Nous sommes tous les deux des immortels," leur rappela Crowley. "Il nous arrivait parfois de ne pas nous croiser pendant plus de deux cent ans. Mais nous finissions toujours par nous retrouver, peu importe le temps ou la distance," ajouta-t-il, ses lèvres s'étirant en un sourire timide.

"Vous semblez beaucoup l'aimer," fit remarquer Pippin.

Crowley soupira soudain, redevenant sombre.

"Nous ne nous sommes pas spécialement quittés en bon terme la dernière fois que nous nous sommes vus..."

Sam plaça alors ses mains sur celles de l'homme-serpent, faisant sursauter ce dernier.

"Si c'est un vrai ami, Monsieur Crowley, alors je suis certain qu'il a remarqué votre absence. Peu importe si je me disputais avec Monsieur Frodo, s'il disparaissait soudainement, je ratisserais toute la Comté et les alentours de Brie pour le retrouver !"

"Sam…", murmura Frodo à ses côtés, l'air ému par cette déclaration.

Seul Aragorn aperçut à cet instant la larme solitaire qui coulait de l'œil reptilien de Crowley.

"Nous parlons beaucoup de moi, mais que dire de vous ", demanda soudain le rouquin, déterminé à détourner l'attention vers Aragorn. "À quoi ressemble la vie d'un rôdeur ?"

Les flammes dans l'âtre crépitaient doucement, éclairant les visages attentifs des hobbits. Aragorn ne voyait aucun mal à en dire plus sur lui, il se lança donc dans des explications quant-à sa vie de rôdeur.

"Les rôdeurs du Nord sont un peuple de guerriers errants. Nous avons juré de défendre la Terre du Milieu et de la débarrasser du mal," répondit Aragorn, dont le regard profond semblait chercher des réponses dans les flammes.

"N'êtes-vous jamais fatigué d'errer sans avoir un endroit où demeurer?" interrogea Frodo en fronçant les sourcils.

"Je suis satisfait de la vie que je mène," le rassura Aragorn en posant une main réconfortante sur l'épaule du hobbit. "Je comprends que certains aiment la douceur d'un foyer, mais j'ai toujours été trop épris de liberté pour accepter de m'établir quelque part..."

Les flammes dans l'âtre évoquaient le crépitement des feux de camp sous un ciel étoilé, et l'esprit d'Aragorn voyagea vers les horizons infinis, parcourant les terres sauvages et les montagnes escarpées.

Déjà enfant, il s'échappait de Fondcombe pour partir explorer la forêt et ses alentours. Aragorn était une âme vagabonde, comme l'appelait parfois affectueusement Elrond. Durant ses leçons avec son père adoptif dans la grande bibliothèque, le jeune enfant qu'il était autrefois ne parvenait à rester dans cet espace clos que parce qu'on lui donnait des cartes à étudier. Ce monde, si grand, à la fois si proche et si lointain. Aragorn aurait tout donné pour en explorer chaque parcelle et en découvrir de nouvelles. Lorsqu'Elrond lui avait annoncé qu'il était de lignée royale, le jeune prince avait soudain eu peur. Peur qu'on le force à monter sur un trône, condamné à rester assis et à prendre des décisions tandis que le monde continuait de tourner là dehors. "Qui voudrait être roi?", avait-il alors répondu à son père adoptif. Après quoi, Elrond l'avait envoyé avec les rôdeurs, et Aragorn avait accepté avec soulagement la vie qu'on lui offrait.

"Si un jour vous passez par la Comté," déclara soudain Frodo, sortant le rôdeur de ses réflexions. "Venez me voir à Cul-de-Sac. Je peux comprendre que vous aimiez l'aventure et les grands espaces, mais un lit et un bon repas chaud seront toujours à votre disposition si vous passez."

"Merci pour votre offre, Frodo," répondit Aragorn, un sourire chaleureux illuminant ses traits marqués par la pluie et le vent. "Je prendrai cela en considération la prochaine fois que je serai de passage."

0

Les pas d'Arwen et Aragorn résonnaient doucement sur les sentiers ombragés des jardins de Fondcombe. Les fleurs déployaient leur beauté chatoyante sous le doux crépuscule, tandis que les chants des oiseaux se mêlaient aux murmures du vent. Une sérénité imprégnait l'atmosphère, reflétant l'amour que les deux êtres partageaient, malgré un destin cruel.

"Vous vous êtes attaché à eux...", fit remarquer Arwen alors qu'ils marchaient côte à côte.

"C'est vrai," avoua le rôdeur, laissant ses yeux errer sur les jardins éclairés par les dernières lueurs du jour. "Les hobbits ont cette particularité d'inspirer l'empathie et l'amitié aux gens qui croisent leur chemin."

La lumière douce de l'après-midi caressait leurs visages, illuminant les traits délicats de l'elfe. Elle poursuivit avec un sourire en coin : "Et qu'en est-il de Crowley ? Cela ne vous effraie pas, ce que Gandalf et mon père prétendent à son sujet ?"

Aragorn sourit en retour et répliqua : "Pas plus qu'à vous, il semblerait".

"Il est facile de parler avec lui," confirma l'elfe, effleurant du bout des doigts une rose rouge épanouie sur un mur de ronce. "Même s'il peut se montrer impulsif par moments."

"En effet," concéda le rôdeur. "Il est à la fois enfantin et vulgaire, et je me demande toujours comment ces deux traits de caractère parviennent à s'aligner sur la même personne."

"En dépit de tout cela," ajouta Arwen en cueillant la rose "il est profondément empathique et à l'écoute des besoins des autres.""

" Vous avez raison " concéda Aragorn avec un petit sourire indulgent en songeant à l'homme-serpent.

" Pensez-vous que Dame Galadriel le laissera rester avec nous ?", demanda la Dame, une lueur d'inquiétude illuminant son regard.

" Je ne peux pas l'affirmer …", avoua Aragorn.

Une goutte de sang perla soudain du doigt de la Dame, qui s'était piqué avec les épines acérées de la fleur. Aragorn réagit promptement en utilisant un mouchoir pour éponger la petite goutte de sang qui perlait sur sa peau délicate.

Un court silence passa avant qu'Arwen ne reprenne la parole :

"Et vous, Aragorn, resterez-vous à Fondcombe longtemps ?"

Le rôdeur hésita un instant, son regard plongé dans les yeux bleus de l'elfe.

"Pas si le conseil décide d'envoyer quelqu'un détruire l'Anneau."

"C'est une quête périlleuse...", s'inquiéta la dame, détournant son regard du sien. "Père m'en a parlé, et il prévoit d'envoyer un bateau venir me chercher..."

"Vous entendez l'Appel...", comprit Aragorn, une lourde tristesse prenant place dans son cœur à l'idée de ne plus jamais revoir Arwen une fois qu'elle serait partie en terre immortelle.

L'elfe soupira doucement. "Chaque jour, de plus en plus. Mais vous me manquerez terriblement..."

Aragorn tenta de la réconforter. "Le chagrin sera moins pesant avec le temps. Nous savons tous les deux que je ne peux vous offrir ce que votre cœur désire. Vous rencontrerez quelqu'un de digne de vous, là-bas, je n'en doute pas un seul instant."

Les doigts délicats d'Arwen s'entrelacèrent avec les siens. "Je vous souhaite de trouver une femme qui vous rendra heureux. À moins que vous ne désiriez être un rôdeur pour le reste de votre vie ?"

Aragorn contempla le jardin, réfléchissant à sa réponse. "Je n'ai, hélas, rien à offrir à une femme, sauf une vie d'errance."

Un instant de silence s'installa, baigné de souvenirs. Aragorn se rappela le jour d'été où il avait rencontré Arwen pour la première fois. Son cœur de jeune homme avait été conquis par la beauté et la gentillesse de la dame elfique. Mais il avait dû faire un choix, renonçant à son trône et à son amour pour se consacrer à la protection de la Terre du Milieu. Il avait accepté cette vie errante, une vie dépourvue de liens profonds avec quiconque, sauf avec des amis éphémères.

La main d'Arwen caressa la sienne, apportant une douceur à sa décision difficile. "Vous la trouverez, laissez-moi y croire pour vous, puisque vous semblez en douter," murmura-t-elle avec une tendresse infinie.

0

Après leur conversation, Arwen eut l'idée d'organiser un somptueux banquet pour célébrer l'arrivée des hobbits à Fondcombe. Tous avaient pu reprendre des forces grâce à l'hospitalité des elfes. Pour l'occasion, la dame avait insisté pour que Aragorn revête des vêtements plus formels. Il était, après tout, né à Fondcombe, et les armoires de ses appartements étaient encore remplies d'étoffes dignes d'un prince.

Les quatre hobbits étaient déjà assis à table lorsque Aragorn arriva au banquet. C'était la fin de l'été, et une grande table, nappée de soie, avait été dressée dans la cour du palais. Une abondance de victuailles y était disposée, pour le plus grand plaisir de Frodo et ses amis, qui ne se firent pas prier pour entamer les réjouissances.

Aragorn s'installa aux côtés d'Arwen, lui offrant un sourire chaleureux avant de réaliser que la chaise de Crowley était encore vide.

"Il n'aime pas manger," informa la dame en suivant le regard d'Aragorn. "Mais j'ai tout de même réussi à le convaincre de venir. Il ne devrait plus tarder."

Comme si les paroles de l'elfe avaient été entendues, Aragorn aperçut soudain la chevelure flamboyante de l'homme-serpent se diriger vers eux. Il était accompagné de Gandalf, et tous deux riaient sans se soucier des regards curieux des invités qui les observaient. Il était en effet rare, même pour un elfe, de voir deux Maiar dans une même pièce.

Crowley portait une robe aux teintes orangées, ornée d'une ceinture écarlate. Les manches et le col de sa tenue étaient bordés de fils d'or tissés en motifs complexes. Ses cheveux n'étaient plus tressés, comme Aragorn avait l'habitude de les voir. Au lieu de cela, ils étaient laissés libres, tombant jusqu'à sa taille et ondulant comme des flammes. Le rouquin semblait chercher quelqu'un parmi les convives, et lorsque ses yeux dorés rencontrèrent ceux d'Aragorn, son visage s'illumina d'un large sourire.

Le cœur d'Aragorn sursauta brusquement à cette vue.

"Croyez-le ou non", murmura Arwen en se penchant vers lui, "mais il porte l'une de mes robes ce soir."

Le vin qu'Aragorn avait dans la bouche fut aussitôt craché, suscitant un rire enchanté de la dame elfe.

"La dernière fois que je vous ai vu aussi nerveux, vous m'offriez un bouquet de roses alors que vous aviez à peine 15 ans."

Aragorn n'eut pas le temps de répondre, car Crowley s'exclama soudain en venant à leur rencontre :

"Je vous préviens, je suis uniquement là pour les boissons. Cette belle dame ici présente m'a vanté les mérites du vin elfique, et il fallait que j'en ai le cœur net."

Il fit ensuite une gracieuse révérence à Arwen et lui embrassa délicatement la main.

"Vous ne serez pas déçu, mon ami !", le rassura la dame elfe avec un doux sourire.

Les deux immortels semblaient se connaître depuis bien plus longtemps que quelques jours, et ils passèrent une grande partie du banquet à discuter. Aragorn supposa que cette complicité était liée au fait qu'ils avaient sans doute le même âge. Le rôdeur se sentait un peu déplacé à cette fête, comme s'il n'avait pas sa place ici.

Sur un coup de tête, Aragorn se leva soudainement et se tint devant l'homme-serpent et la dame, interrompant leur conversation animée.

"M'accorderiez-vous cette danse ?" demanda-t-il en tendant sa main à l'elfe.

Son amie accepta, mais ses yeux exprimaient une incompréhension évidente alors qu'ils rejoignaient les autres danseurs.

"Quelle est cette expression étrange sur votre visage ?" murmura Arwen.

La valse était douce, rythmée par le chant d'un elfe et les cordes d'une harpe.

"Je ne vois pas de quoi vous parlez", réfuta le rôdeur en faisant tournoyer la dame sur elle-même.

"Vous dites que Crowley est enfantin, mais vous n'êtes pas non plus très doué pour cacher vos sentiments. Vous êtes jaloux, avouez-le, et vous vous comportez comme un petit garçon en manque d'attention", soupira la dame.

"Je ne suis pas jaloux !", se défendit le rôdeur d'une voix haut perchée, attirant quelques regards. "Je ne suis pas jaloux", répéta-t-il en chuchotant cette fois. "Pourquoi le serais-je ?"

"C'est justement la question que je me pose," murmura la dame. "Aragorn, vous savez que je n'ai pas beaucoup d'amis dans ce palais, à part vous. Crowley est une bouffée d'air frais après plus de 2 000 ans à moisir entre ces murs. Ne pouvez-vous pas me laisser un peu profiter de sa compagnie ?"

"Si, bien sûr que si," répondit le rôdeur, rougissant de honte en réalisant que son comportement n'était pas approprié. "Je vous présente mes excuses, ma dame. Je ne m'imposerai plus entre vous et Crowley, vous avez ma parole."

"Dans ce cas, vous ne verrez aucun inconvénient à ce que je danse avec lui."

Le cœur d'Aragorn fit un nouveau bond dans sa poitrine, mais cette fois-ci, il parvint à se maîtriser.

"Je vous en prie," répondit-il avec un sourire qui se voulait sincère tout en libérant la main de sa partenaire de danse.

L'elfe ne se fit pas prier pour rejoindre de nouveau le rouquin à la table du banquet. Crowley était en train de discrètement donner son dessert à Merry. Lorsque Arwen s'avança pour lui proposer de partager la prochaine danse avec elle, ce dernier refusa avec un signe mouvement véhément de tête.

"Je n'ai pas l'habitude de danser sur ce genre de tempo " se justifia Crowley en riant nerveusement.

"Vous n'aurez qu'à m'apprendre une danse de chez vous," sourit la dame. "Je demanderai aux musiciens de s'adapter à votre rythme."

"Je ne pense pas que ce soit possible. La moitié de la salle serait sans doute scandalisée que je fasse danser leur princesse ainsi," expliqua Crowley, prenant en considération la délicate situation dans laquelle il se trouvait.

"Je suis certaine qu'ils s'en remettront," déclara la dame elfe avec un petit clin d'œil.

"Oh oui, monsieur Crowley! Montrez-nous une danse de chez vous!", s'exclama Pippin en applaudissant avec enthousiasme.

"La chanson que vous nous avez chantée pendant notre voyage était si belle, ne pourriez-vous pas nous en faire découvrir une autre par la même occasion?", demanda Merry avec un grand sourire.

"Vous chantez ?", demanda soudain Arwen, semblant charmée par la perspective que son nouvel ami ait un certain talent pour la musique.

"Je me débrouille..."; murmura timidement Crowley.

"Dans ce cas, je vous en prie, acceptez de nous faire découvrir un air de votre monde" s'exclama l'elfe.

Arwen jeta alors un regard suppliant à son père, qui avait suivi l'échange, attendant son assentiment. Ce dernier hocha nonchalamment la tête, sachant d'avance qu'il ne pouvait pas refuser cet amusement à sa fille. Aragorn était cependant certain que le seigneur elfe garderait un œil sur Crowley pendant toute la durée de la danse.

Avec un petit rire cristallin, Arwen tira alors Crowley de sa chaise pour l'accompagner devant les musiciens.

"Demandez-leur de jouer ce dont vous avez besoin," déclara la dame. "Ce sont de grands artistes qui sauront s'adapter à vos exigences, du moment que vous êtes précis sur ce que vous désirez entendre."

"Pardonnez-moi…" répondit Crowley avec un moue d'excuse, "mais je peux créer ma propre musique."

"Que voulez-vous dire?" s'étonna la Dame.

"Bien qu'elle ne serve pas à grand-chose, c'est l'une des rares magies dont je suis encore capable," expliqua Crowley en se mordant nerveusement la lèvre.

Puis, avec un mouvement de recul, le rouquin leva les mains, comme pour pincer les cordes d'une harpe imaginaire.

Tous les elfes lâchèrent une exclamation étonnée en entendant une note musicale s'évader dans l'air.

"C'est incroyable," s'exclama Gandalf depuis son siège. "Je vous en prie, Crowley, continuez!"

Devant les yeux brillants du vieux magicien et de l'assemblée d'elfes, Crowley accepta d'aller plus loin dans sa démonstration de magie.

watch?v=QTEQ8sqycTU

Le son qu'il produisit n'était semblable à aucun autre qu'on ait pu entendre en Terre du Milieu. L'homme-serpent bougeait ses mains avec grâce dans le vide, et bientôt, de nouveaux instruments s'ajoutèrent au premier. C'était comme si mille cordes étaient pincées, résonnant dans l'air. Puis Crowley commença à chanter dans une langue inconnue, aux sonorités si étrangères que tous les elfes se penchèrent sur leurs sièges, espérant capter une parole commune à leur propre langue. Si quelqu'un avait douté que Crowley venait d'un autre monde, le contraire aurait été difficile à contester maintenant.

Contrairement à la musique liturgique elfique, purifiée de la moindre émotion, sans mélisme ni demi-ton, Crowley laissa place à un univers empreint de sensualité. Ce fut d'ailleurs dans le même esprit qu'il fit danser Arwen tout en continuant à chanter. Très vite, l'elfe suivit le rythme de Crowley. La valse raide céda sa place à des mouvements amples où le corps se libérait des entraves des codes et des conventions.

La dame elfe s'amusait, c'était évident au vu de son grand sourire et de son regard pétillant. C'était un spectacle pour les yeux et les oreilles, et Aragorn contempla ses deux amis comme s'il avait devant lui deux astres tournoyant l'un autour de l'autre dans une grâce à nulle autre pareille.

La scène était devenue étrangement accablante pour le Rôdeur, qui prit discrètement congé du banquet. Arwen et Crowley semblaient être faits l'un pour l'autre, et la dame elfe avait peut-être enfin trouvé l'amour qu'Aragorn lui avait tant souhaité. Il était heureux pour elle, mais il préférait les laisser profiter de cette félicité sans l'ombre de sa présence. Il laissa ses pas le guider vers la tombe de son père.

0

Sur la pierre froide où reposaient ses ancêtres, les restes de l'épée légendaire qui avait jadis vaincu Sauron étaient déposés. La lame d'Elendil était brisée, et aucun forgeron de cette époque n'était capable de la réparer. Même si Aragorn n'avait jamais eu besoin de cette arme pour protéger la Terre du Milieu des serviteurs de Morgoth, il ressentait toujours une pointe de tristesse en voyant son seul héritage réduit en miettes.

L'humeur sombre d'Aragorn ne fit que s'aggraver tout au long de la nuit. Il veilla jusqu'aux premières lueurs de l'aube, errant le long des remparts de la forteresse, plongé dans ses pensées sur sa vie d'errance. C'est alors qu'il aperçut en contrebas, en lisière de la forêt encore plongée dans l'obscurité, un cortège de lumière qui se déplaçait rapidement. La Dame de Lórien était arrivée, voyageant à une vitesse surprenante.

Galadriel avait mené un combat silencieux contre Sauron tout au long des siècles, et il était naturel que la Dame veuille interroger Crowley sur ses intentions. Aragorn espérait de tout cœur que Galadriel le jugerait digne de confiance. Si Crowley avait feint d'être autre chose que ce qu'il prétendait être, elle le découvrirait immédiatement.

Une heure passa, puis deux, alors qu'Aragorn observait le soleil se lever à l'horizon. Soudain, dans un ciel dépourvu de nuages, un éclair frappa l'une des tours de la forteresse elfique. Cette tour abritait la salle de guérison où Crowley était soigné. Le Rôdeur comprit immédiatement que Galadriel était allée rencontrer l'homme-serpent dès son arrivée à la forteresse.

Sans vraiment réfléchir, il se mit à courir à leur rencontre. Il n'avait pas peur pour la reine elfe, son instinct lui hurlait qu'il devait arriver auprès de Crowley le plus rapidement possible. Son sang bourdonnait à ses oreilles, et son cœur martelait sa poitrine, tout en criant une seule chose : "Crowley. Faites qu'il ne soit rien arrivé à Crowley".

C'était comme si Aragorn était revenu à cette nuit où il avait vu les ailes arrachées du dos de l'homme-serpent. Son ventre se tordait encore d'horreur à l'idée d'une telle mutilation. Crowley était un immortel, mais il avait certainement subi des tortures pires que la mort.

Lorsqu'il pénétra dans la chambre, faisant claquer la porte dans un bruit sourd, il découvrit un véritable chaos. Des objets avaient été brisés dans la pièce, des draps jonchaient le sol, et des oreillers de plumes étaient déchirés. Au milieu de ce désordre, la Dame de Lórien était à genoux, le visage baigné de larmes. Cependant, Crowley était nulle part à portée de vue.

"Que lui avez-vous fait ?", demanda Aragorn d'une voix autoritaire, oubliant à qui il s'adressait alors que la colère le submergeait.

"J'ai plongé dans son esprit...", murmura la dame d'une voix blanche, les yeux hantés par ce qui semblait être un pur cauchemar. "J'ai vu son passé, son monde... Nous avions raison, il n'est pas d'ici. Il n'est pas le Sauron que j'ai rencontré le jour où il a forgé les Anneaux de Pouvoir..."

"Où est-il ?", s'inquiéta le Rôdeur.

"Parti...", répondit Galadriel d'une voix distante. "Je lui ai révélé la vérité sur sa présence en Terre du Milieu. J'ai estimé qu'il avait le droit de savoir..."

"Vous l'avez certainement blessé en lui révélant qu'il a été échangé !", s'écria Aragorn en faisant demi-tour, partant à la recherche de son ami, où qu'il puisse être.

Être un Rôdeur avait ses avantages, et il parvint facilement à pister l'homme-serpent jusqu'aux jardins de Fondcombe. Le paysage était baigné d'un soleil matinal, donnant aux jardins un aspect presque irréel.

"Crowley? Êtes-vous là?" appela-t-il d'une voix inquiète.

Soudain, une tête de serpent émergea d'un pommier à proximité. Aragorn sursauta de surprise, ne s'attendant pas à voir Crowley sous cette forme.

"Laissez-moi en paix!", siffla le serpent. "Je veux être seul, seul, vous entendez?"

"Laissez-moi juste rester à proximité, vous voulez bien?", répondit calmement Aragorn en reculant prudemment. "Je vous promets que je ne troublerai pas votre paix. Sachez simplement que je serai là si vous avez finalement besoin de quelqu'un à qui parler."

L'énorme serpent se contenta de retourner se cacher dans les branchages, et Aragorn estima que c'était le signe que Crowley acceptait sa présence discrète. Quelques minutes passèrent ainsi dans le silence avant qu'Aragorn n'entende un sanglot.

"Comment réagiriez-vous, Rôdeur, si votre ami le plus cher décidait de vous échanger contre un autre ?" demanda la voix étouffée de Crowley. Ce dernier avait certainement retrouvé son apparence humaine, à en juger par l'absence de sifflement.

"Je suppose que je serais triste", réfléchit Aragorn, qui s'était adossé à un petit muret de pierre. "Triste et en colère", ajouta-t-il.

"Plus de six mille ans à le sortir des emmerdes, à sauver sa foutue peau d'ange et à le regarder s'empiffrer pour au final être échangé contre un autre moi !", cracha l'homme-serpent.

"Si cela peut quelque peu soulager votre peine, il a certainement perdu au change. Le Sauron de notre monde n'avait plus de forme physique pour le contenir. Il n'était plus qu'un gigantesque œil au sommet d'une tour..."

"Aziraphale n'a jamais été doué pour les invocations...", ricana soudainement Crowley, toujours perché dans son arbre. "La dernière fois qu'il a essayé, il a perdu son corps."

"Ah-zir-af... Désolé, je n'arrive pas très bien à prononcer ce nom, mais ce n'est pas la première fois que vous l'évoquez." s'excusa le rôdeur pour sa maladresse.

"Non, je vous en prie, continuez à écorcher ainsi son prénom. Même dans mon monde, les gens avaient du mal à le prononcer. Il a toujours détesté ça !" répondit le rouquin avec un rire sans joie.

"Aziraphaze, Azipharase, Aziphaphas..." déclara alors Aragorn, prenant cette fois-ci bien soin de mal dire le nom de la créature qui avait fait du mal à Crowley.

Un nouveau rire se fit entendre depuis l'arbre. Cependant, il se transforma très vite en sanglots, que l'homme-serpent ne pouvait manifestement plus contenir.

Ce son déchira le cœur du Rôdeur, qui se leva subitement pour venir à la rencontre de Crowley dans l'arbre. Il escalada en un rien de temps les branches jusqu'à atteindre finalement l'homme, qui s'accrochait au tronc, le visage caché sous sa longue chevelure rousse. Ses épaules tremblaient, ponctuées de quelques gémissements. Et on avait cru voir le Seigneur des Ténèbres dans cet homme si sensible ? Aussi doucement que possible, Aragorn l'entoura de ses bras, afin que Crowley prenne appui sur lui. L'homme-serpent se laissa mollement faire, pleurant désormais contre l'épaule du Rôdeur.

"Il... Il a dit qu'il avait besoin de moi pour ériger un nouveau monde. Je lui ai répondu que ses plans étaient complètement foutus... Que je ne voulais plus participer à toute cette merde... Nous ne nous sommes pas quittés en bons termes, mais je ne pensais pas qu'il..."

Aragorn passa sa main dans le dos du rouquin, dessinant des cercles apaisants en murmurant une mélodie apaisante. Crowley se tut alors, se laissant entièrement submerger par le chagrin dans l'emprise protectrice du Rôdeur. Après un long moment, où les larmes de Crowley semblèrent finalement s'être taries, Aragorn racla sa gorge pour demander :

"Comment vous sentez-vous ?"

"La liste est longue, je le crains," grinça Crowley d'une voix usée. "Fatigué, trahi, seul, perdu... Tout est si différent ici... Je ne reconnais même pas une seule de mes étoiles dans le ciel."

"Vos étoiles..." répéta soudain Aragorn, interloqué.

"Oui, Alpha du Centaure, par exemple," pleurnicha Crowley en reniflant bruyamment sur la tunique du Rôdeur. "Déjà qu'on ne la voyait pas bien depuis la Terre. Juste une misérable petite lumière parmi une flopée d'autres. Alors qu'elle est bien plus spectaculaire de près que de loin ! En les créant, je les ai teintées de centaines de couleurs et de variations, mais tout mon travail n'a servi à rien, puisqu'aucun œil mortel ne pouvait les admirer. Et à présent, lorsque je lève la tête pour regarder le ciel, même moi je ne peux plus les voir..."

"Vous avez créé les étoiles," comprit soudain Aragorn, pris d'un vertige.

C'était comme si l'un des douze saints illuminés, les créateurs de l'univers, était en train de pleurer dans les bras du Rôdeur.

"Seulement une partie d'entre elles," répondit Crowley en soufflant sur une de ses mèches rouges qui lui barrait la vue. "C'était mon principal travail avant que les humains ne soient créés. Nous n'avions pas besoin de guérisseurs, nous les immortels, alors il fallait bien m'occuper en attendant."

"Crowley !", cria Aragorn, tentant de ramener l'homme-serpent au présent en l'agrippant par les épaules. "Êtes-vous en train de me dire que vous avez participé à la création de votre monde?"

Non…, criait l'esprit d'Aragorn. Cela ne se peut pas... Galadriel aurait relevé cette énormité. Crowley était un Maia, comme Gandalf, une sorte de divinité mineure, mais pas... Pas...

"C'est beaucoup plus glamour sur le papier, croyez-moi !", grogna le rouquin en hochant la tête, l'air honteux. "Mère avait une vision très ineffable de ce que devait être le monde. Détournez-vous un poil de ses plans, et vous vous retrouviez comme moi, les ailes coupées et chutant dans les flammes de la damnation éternelle."

"Qui était cette mère dont vous parlez?", parvint à articuler Aragorn, alors que son cœur tambourinait toujours dans sa poitrine, menaçant d'exploser.

"Gandalf m'a prévenu que dans votre monde, la divinité à l'origine de toutes choses est un homme. Ilúvatar, je crois que vous l'appelez, ce que je trouve assez pompeux, soit dit en passant...Mais dans mon monde, c'est une femme qui a créé l'univers. Nous étions ses anges, ses premiers-nés, créés dans l'unique but de l'aider à mettre en œuvre ses plans. Mais l'idée de simplement travailler à créer le monde dans le but d'accueillir une autre espèce ne plaisait pas à tout le monde. Certains d'entre nous se sont rebellés, il y a eu une guerre, puis deux camps ont rapidement surgi. Celui du bien, qui était en accord avec le plan divin, et celui du mal, qui remettait tout en question. Je dois avouer que j'ai essayé de négocier pour que mes étoiles soient un peu plus visibles vu du ciel terrien, et cela n'a définitivement pas plu à Dieu."

"Vous avez été renié... Car vous remettiez en question les décisions de votre mère.. Avez-vous, avez-vous perpétué le mal après cela ?" demanda le Rôdeur, qui voulait en avoir le cœur net sur ses hypothèses concernant la nature de Crowley.

"Les hommes sont bien plus créatifs en matière d'horreur que n'importe quelle créature du mal," argumenta l'homme-serpent en fronçant les sourcils devant le regard accusateur d'Aragorn. "Je n'avais qu'à les laisser faire et observer leur propre décadence... Les guerres, les massacres, les maladies. Pour l'ancien guérisseur que j'étais, c'était pire que de la torture, croyez-moi. Mais je me suis gardé d'intervenir autant que possible, car je ne pouvais leur ôter ce que je leur avais délibérément offert."

"Et qu'était-ce ?"

" La liberté de choisir leur destin." répondit l'homme-serpent d'un ton solennel.

Un long silence passa, laissant au rôdeur un moment pour digérer toutes ces informations.

"Que faisait votre ami dans tout ça ? Je veux dire, avant qu'il ne vous trahisse ?" demanda-t-il à nouveau, la gorge nouée d'anticipation.

Crowley grimaça douloureusement à la mention d'Aziraphale, mais offrit tout de même une réponse à la question du Rôdeur.

"Eh bien, disons qu'il a donné aux hommes la force de se défendre. Il leur a donné le feu, bien que Dieu ne lui ait pas explicitement ordonné de le faire. Mais il n'a jamais été puni pour cette initiative. Ce devait donc faire partie du grand plan de Dieu. Il était comme moi, un ambassadeur, mais dans le camp du bien. Il passait son temps à réunir les connaissances que les hommes avaient acquises au fil des siècles. Mais lentement, il s'est renfermé sur lui-même, perdu dans son petit monde étriqué. La plupart du temps, je devais opérer dans l'ombre pour le sauver de ses fantasmes délirants. Puis ça ne lui a plus suffi, et lorsque Dieu lui a offert plus de responsabilités, il a accepté. Il était convaincu de pouvoir changer le monde, de le rendre meilleur... Mais tout ce qu'il a fait, c'est imposer sa propre vision du bien, sans avoir conscience qu'elle était défectueuse."

Aragorn resta silencieux quelques instants, songeant aux paroles de Crowley. Gandalf et Elrond avaient eu tort. L'homme aux yeux de serpents face à lui n'était pas un reflet de Sauron. La vérité était à la fois plus terrifiante et grandiose à la fois.

"Que pensez-vous d'une bonne nuit de sommeil ?", suggéra le Rôdeur en gratifiant le rouquin d'un sourire. "J'ai entendu dire par un de mes grands amis que c'était très bénéfique pour la peau."

Crowley cligna des yeux, semblant désorienté par le changement de conversation.

"C'est une idée charmante…" déclara finalement le rouquin, rendant son sourire à Aragorn.

0

En chemin pour rejoindre leurs chambres, ils passèrent devant la stèle de l'illustre ancêtre du Rôdeur, une statue de pierre finement ciselée qui représentait un ancien roi, couronné et vêtu d'armure. Crowley se figea devant la statue, dont la luminosité tamisée mettait en valeur les moindres détails de la sculpture.

"Cet homme vous ressemble…", murmura l'homme-serpent en fixant le visage de la statue avec insistance.

"C'est peut-être parce qu'il s'agit de mon ancêtre ?" répondit le Rôdeur avec un sourire en coin.

"Mais il est couronné…" fit remarquer Crowley, l'air interdit.

"Porter cette couronne n'est plus un gage d'honneur, je le crains…", déclara Aragorn, le regard lointain. Il se rapprocha de la stèle, passant la main sur la surface de la pierre usée par le temps.

"C'est donc de cela dont Arwen voulait parler, lorsqu'elle disait que Elrond s'opposerait à votre union tant que vous n'auriez pas repris votre vraie place ?"

Le Rôdeur se contenta de hocher doucement la tête.

"L'aimez-vous ?", osa demander le rouquin.

"Plus que je ne pourrais jamais le dire," déclara Aragorn, "mais je refuse d'être quelqu'un d'autre pour me montrer assez digne aux yeux de son père. C'est le seul sacrifice qu'il ne pourra jamais obtenir de moi."

"Je comprends…", murmura Crowley. "Je n'ai jamais rien refusé à Aziraphale, jamais. Sauf cette fois où il m'a demandé de devenir ce que je n'étais pas…"

"Il faut être soi-même pour pouvoir aimer," murmura le Rôdeur. "Je ne l'aimerais plus de la même façon si je faisais semblant d'être un autre. Je ne me sentirais alors plus aimé pour ce que je suis, mais pour le mensonge que j'incarne."

Sur ces paroles, les deux hommes continuèrent leur marche silencieuse à travers les couloirs du palais. Il était compréhensible que Crowley refuse de retourner à la salle de guérison après la visite impromptue de la Dame de Lorien. Aragorn invita donc l'homme à dormir dans ses propres appartements.

"Vous lui manquez, vous savez… À Arwen," murmura le rouquin en s'étendant sur le lit. Les appartements étaient élégamment décorés, des draperies en soie elfique flottaient doucement, et des bougies parfumées répandaient une lumière douce et apaisante.

L'idée de partager sa couche avec un autre homme aurait peut-être mis mal à l'aise le rôdeur s'il s'était agi d'une autre personne que Crowley. Toutefois, Aragorn ne s'inquiéta pas de pousser sans ménagement le rouquin, qui prenait toute la place dans le lit. Ce dernier réagit à peine, grognant de fatigue tout en se décalant légèrement pour que Aragorn puisse s'étendre.

"Elle me manque aussi…", murmura le rôdeur en fermant les yeux, cessant de lutter contre la fatigue.

Puis, en un souffle à peine perceptible, il s'abandonna enfin au doux baiser du sommeil.

0

Après cette étrange nuit, Crowley prit l'habitude d'occuper les appartements d'Aragorn. Il ne fallut pas longtemps pour qu'Arwen se joigne à leur veillée. Tous trois s'entendaient à merveille, et rarement le Rôdeur était laissé seul depuis la nuit du banquet. Il y avait aussi les hobbits et leur bonne humeur contagieuse. Les soirées étaient généralement remplies de rires, de chants et de conversations passionnantes.

"Ils s'aiment", déclara un jour Crowley, qui observait Sam et Frodo rire alors que les deux hobbits s'amusaient à se poursuivre dans les jardins du palais.

La dame elfe, l'homme-serpent et le rôdeur étaient quant à eux installés dans l'herbe verte, profitant de la douceur automnale pour partager un pique-nique.

"Ils ont l'air d'excellents amis, en effet", acquiesça Arwen avec un sourire tendre en observant à son tour les hobbits.

"Je veux dire qu'ils s'aiment, d'un amour profond", précisa le rouquin.

Cette dernière remarque fit soudain ouvrir les yeux du rôdeur, qui s'était jusqu'alors laissé bercer par les rires et le chant des oiseaux.

Méditant sur ces mots, Aragorn scruta le duo joyeux de hobbits qui couraient dans les jardins, des sourires rayonnants éclairant leur visage. Un léger froncement de sourcils traduisait sa réflexion intérieure.

"Mais ce sont des hommes...", intervint-il en se redressant, sa voix trahissant sa confusion.

Les yeux dorés de Crowley se tournèrent vers le rôdeur.

"En quoi cela peut-il empêcher leur amour ?", demanda l'homme-serpent d'une voix douce.

"Cela... cela ne se fait tout simplement pas...", bafouilla Aragorn, sa voix teintée d'embarras, tandis qu'il baissait les yeux, ne pouvant soutenir le regard intense de son ami.

Un instant de silence s'écoula avant que Crowley ne décide de réagir d'une manière inattendue.

"Ma douce, voulez-vous bien accorder une faveur de ma part à notre rôdeur ?, demanda-t-il sur le ton de la confidence, un sourire malicieux étirant ses lèvres.

Arwen inclina légèrement la tête, ses beaux yeux bleus étincelants d'une lueur espiègle.

"Vous savez que je ne peux rien vous refuser, Crowley", répliqua-t-elle, jouant de son charme avec élégance.

Alors, avec une grâce infinie, l'elfe s'avança pour déposer sur la joue du rôdeur un doux baiser. Tout au long de ce geste, Aragorn resta figé sur place.

Alors que la bouche d'Arwen, légère comme un pétale de rose, se posait sur sa peau, le rôdeur se surprit à observer avec une fascination presque irrésistible les lèvres de Crowley. et son regard de braise. Tout dans la posture et le regard du rouquin ne se résumait plus qu'à un seul mot : tentation.

Puis, aussi rapidement qu'elle s'était approchée, la dame s'écarta, laissant sur la peau d'Aragorn le souvenir de sa bouche, fraîche comme un bouton de rose.

Devant le rougissement évident du rôdeur, ses deux amis éclatèrent de rire, s'amusant de leur petite farce. Il ne fallut pas longtemps à Aragorn pour retrouver ses esprits et rejoindre à son tour l'hilarité générale.

Le rôdeur se sentait profondément heureux. Il craignait toutefois que le destin ne lui arrache ce qui lui était devenu cher au fil des semaines. Le souvenir du baiser d'Arwen se mêlait souvent à l'image troublante de Crowley, lui rappelant que les chemins du cœur pouvaient être aussi sinueux que les sentiers de la Terre du Milieu.

Aragorn redoutait le moment où Arwen devrait partir pour les Terres Immortelles, et où Crowley se verrait contraint à vivre parmi les Valar. C'était un fardeau qu'il portait en silence, un poids sur son cœur.

Afin de confirmer ses soupçons concernant la véritable nature de l'homme-serpent, Aragorn alla un beau matin retrouver Dame Galadriel, juste avant le début du conseil d'Elrond.

"Vous avez menti…" déclara sans ambages le rôdeur à l'intention de la Dame.

"Alors vous avez déjà tout compris ? ", demanda Galadriel, assise devant une fenêtre faite de vitraux aux teintes bleutées "J'espère sincèrement que ce ne sera pas le cas des autres seigneurs elfe, car si l'un d'eux l'apprend, ils préviendront les Valar. Crowley sera alors amené devant Iluvatar, et on exigera de lui qu'il prenne sa place sur le quinzième siège. Celui qui est demeuré vide depuis que Melkor s'est détourné de la chanson des Ainur.

Ainsi, le rôdeur avait bel et bien compris la situation. Crowley, bien que déchu, appartenait à la race des Valar. Il était le reflet de celui qui s'était détourné d'Ilúvatar. Le plus grand seigneur des ténèbres que la Terre du Milieu ait jamais connu. Il était le reflet de Melkor.

"Êtes-vous vraiment prête à cacher sa véritable identité aux Valar ?", demanda avec espoir Aragorn, prêt à tout pour que l'identité de Crowley demeure secrète

" Vous avez ma parole, Aragorn " le rassura la Dame. "J'ai vu toute la douleur qu'il a endurée, les sacrifices qu'il a faits pour que les Hommes de son monde soient libres de leurs choix," déclara la dame d'une voix prophétique. "Je ne supporterais pas qu'un tel être soit de nouveau puni pour avoir fait ce que personne d'autre n'a osé faire."

0

La réunion était composée d'un représentant pour chaque race de la Terre du Milieu. Il y avait le Prince elfe Legolas de Mirkwood, le nain Gimli d'Erebor, et enfin, Boromir, l'intendant Denethor II du Gondor. Bien sûr, Gandalf, Aragorn, Crowley et Frodo étaient également présents. Tous avaient été conviés à ce conseil pour décider du destin de la Terre du Milieu.

"Frodo, veuillez poser l'Anneau sur ce rocher," demanda Elrond au hobbit en lui désignant la table au centre de la pièce.

Le hobbit s'exécuta d'un mouvement incertain avant de déposer délicatement l'Anneau sur le rocher désigné.

Dès que Aragorn put voir l'éclat doré, il sentit son cœur soudain empli de grandeur. C'était comme si une voix s'insinuait dans son esprit pour lui chuchoter ses désirs les plus sombres. Mais étaient-ce vraiment les siens ? N'était-il pas déjà heureux de la vie qu'il s'était choisie ?

Secouant la tête pour chasser ses pensées, il constata que tous les gens autour de l'Anneau étaient dans le même état que lui quelques secondes plus tôt. Il s'agissait certainement d'une magie sombre, capable d'empoisonner les cœurs et d'endormir les esprits. Tandis que les membres du conseil se disputaient pour savoir qui serait le prochain porteur de l'Anneau, les yeux du Rôdeur se tournèrent vers Crowley. La mâchoire du rouquin était crispée et ses poings serrés de rage.

"Tout va bien ?" chuchota le Rôdeur en effleurant la main de son ami.

Des yeux qui n'avaient plus rien d'humain se tournèrent alors vers lui. L'homme-serpent semblait lutter pour se maîtriser.

"Cet objet a été perverti…", siffla soudain le rouquin d'une voix sombre qui poussa toute l'assistance à se tourner vers lui. "Quiconque le portera se verra utilisé pour servir les desseins de celui à qui cet anneau appartient."

"Et qui êtes-vous pour affirmer une telle chose?", demanda le dénommé Boromir avec un regard de profond dégoût destiné à l'homme-serpent.

"Crowley a aidé Frodo à atteindre Fondcombe en toute sécurité. Il est un Maia, tout comme moi," intervint Gandalf d'une voix assurée.

"Encore un magicien?" cracha l'homme avec une grimace. "Il en pousse de partout ces temps-ci, ma parole."

"Gardez vos commentaires pour vous, Boromir," le réprimanda Elrond. "Crowley est un de mes invités, et vous lui devez le respect comme à tous les autres membres du conseil."

"Comment pouvez-vous être si certain de ce que vous avancez?", demanda soudain Gimli à l'intention de Crowley.

"Je peux l'entendre…", déclara l'homme-serpent, l'air hanté. Puis le rouquin détacha ses yeux de l'anneau pour rencontrer ceux d'Aragorn. "C'est la voix d'Aziraphale," ajouta-t-il d'une voix blanche.

"Ne le laissez pas entrer dans votre tête, Crowley!", l'avertit soudain le Rôdeur.

"De qui parle-t-il? ", demanda soudain Legolas en fronçant les sourcils.

Mais le rouquin ne répondit pas au prince elfe et fit un pas dans la direction de l'anneau. Instinctivement, Aragorn lui agrippa le bras, l'empêchant d'aller plus loin.

"Il me demande de venir gouverner le monde à ses côtés…" murmura Crowley, les larmes coulant soudain de ses yeux reptiliens. "Qu'ensemble, nous pourrons éliminer les guerres et la maladie."

"Ne l'écoutez pas !", insista Aragorn, resserrant sa prise sur le bras du rouquin. "N'oubliez pas ce qu'il vous a fait subir, comment il vous a échangé contre un autre."

"Mais il dit qu'il a besoin de moi..." gémit Crowley en tentant à nouveau de se libérer.

"C'est précisément le problème. Il existe une différence majeure entre être nécessaire et être aimé. Il se sert de vous sans égard pour votre bien-être", déclara le Rôdeur avec détermination.

Après ces paroles, Crowley abandonna son combat pour s'approcher de l'Anneau.

"Vous avez raison…", murmura finalement l'homme serpent avant de se tourner vers Elrond, le regard triste mais déterminé.

"Cet objet a besoin d'un feu spécial pour être détruit, n'est-ce pas ?" demanda-t-il à l'elfe.

"Il ne peut être détruit que dans les flammes du Mordor," acquiesça Elrond. "Mais comment savez-vous cela ?"

"Dans mon propre univers, les êtres divins ne peuvent être réduits à néant que par ce qu'on nomme le feu des enfers. Nous n'aurons pas nécessairement à nous aventurer jusqu'au Mordor, car je connais le moyen de l'invoquer. Si vous m'y autorisez, je suis prêt à le faire ici même," offrit Crowley, avec solennité.

Le seigneur elfe sembla méditer un instant avant d'approuver d'un mouvement de tête.

"Comment pouvez-vous lui accorder une telle confiance ?", intervint subitement Boromir en avançant d'un pas. "Et si tout ceci n'était qu'un piège ? S'il servait secrètement la volonté de Sauron ?"

Avant même qu'Elrond ait l'occasion de répondre, Crowley se planta fermement devant l'homme, ses poings serrés par la colère.

"Le créateur de cet anneau m'a infligé bien plus de douleur que vous ne pourriez jamais imaginer ! Et s'il est à l'origine de tous les maux qui affligent ce monde, je considère que c'est de mon devoir de mettre un terme à son règne de terreur !"

"Que comptez-vous faire, exactement ?" interrogea soudain Elrond qui montrait des signes d'impatience.

"Le brûler" déclara simplement Crowley d'une voix assurée, révélant ainsi ses intentions claires et tranchantes.

L'assemblée s'empressa de répondre à la demande de l'homme-serpent. Autour de l'Anneau, qui avait été disposé au sol, Crowley dessina alors une étoile à cinq branches à

"J'ai terminé les préparatifs," déclara soudain Crowley en se relevant. "Il ne me reste plus qu'à réciter l'invocation pour faire apparaître le feu des enfers."

"Allez-vous réciter un sort en langue noire ?", s'inquiéta soudain Legolas.

"Non," répondit le rouquin en haussant les épaules. "Tout le monde pense que le langage ou le sens des paroles ont un impact sur la puissance de la magie noire, mais cela n'a jamais été le cas."

Gandalf acquiesça soudainement aux paroles de l'homme-serpent.

"La magie noire n'est qu'émotion... Peur, colère, haine et souffrance..." ajouta tristement le magicien à l'intention de l'assemblée. "Je vous en prie, Crowley, commencez..."

"Je vous préviens... Ma musique diverge de celle de vos Valar…"déclara l'homme-serpent en levant les bras vers le ciel.

La voix de Crowley s'éleva alors dans l'air, mélodieuse et remplie d'une infinie tristesse :

watch?v=j7JF6tf7OSQ

We could've had it all

Rolling in the deep

Soudain, un étrange son de corde commença à résonner tandis que l'Anneau Unique tremblait au sol, semblant se défendre contre une menace invisible. Crowley modula sa musique, y injectant peu à peu une colère palpable. Lentement, de fines flammes commencèrent à danser autour de l'Anneau.

There's a fire starting in my heart

Reaching a fever pitch, it's bringing me out the dark

Finally I can see you crystal clear

Go ahead and sell me out and I'll lay your ship bare

La violence et l'amertume transpiraient dans chaque note de Crowley, mais l'homme-serpent avait réussi à canaliser ses émotions négatives à travers sa chanson. Les flammes se transformèrent en un brasier ardent, illuminant les visages des membres de l'assemblée alors que l'homme continuait de chanter avec passion.

See how I'll leave with every piece of you

Don't underestimate the things that I will do

There's a fire starting in my heart

Reaching a fever pitch and it's bringing me out the dark

The scars of your love remind me of us

They keep me thinking that we almost had it all

The scars of your love they leave me breathless

I can't help feeling

We could've had it all

Rolling in the deep

You had my heart inside

Of your hands

And you played it

To the beat

L'Anneau semblait siffler et se tordre comme s'il était lui-même vivant. Quoi que fasse Crowley, cela ne lui plaisait de toute évidence pas.

Throw your soul through every open door

Count your blessings to find what you look for

Turn my sorrow into treasured gold

You pay me back in kind and reap just what you've sown

Le mot final de la chanson provoqua soudain une explosion qui projeta toute l'assemblée au sol. Aragorn perdit alors l'équilibre, et tout devint noir autour de lui.

Lorsque le rôdeur rouvrit les yeux, tous les membres du conseil essayaient péniblement de se relever. Au sol, il y avait maintenant une tache noircie, comme si l'Anneau avait simplement été réduit en poussière. Puis son regard se posa sur le corps de Crowley, étendu sans vie à quelques pas de lui. Aragorn se hâta de réduire la distance qui les séparait pour vérifier son ami. La peau de l'homme semblait encore plus pâle qu'à l'ordinaire et de larges cernes bordaient ses yeux à présent clos.

"Crowley ?", l'appela-t-il avec une inquiétude grandissante.

Le rouquin, cependant, ne réagissait pas. Gandalf, témoin de cette scène, se précipita pour venir à leur vieil homme fit une grimace en passant sa main sur le visage de Crowley, comme s'il sondait les forces du Valar évanoui.

"Que se passe-t-il, Gandalf ?", demanda le rôdeur d'un ton alarmé.

"Je crois qu'il est devenu humain..." déclara enfin le magicien, les yeux écarquillés de surprise.

0

"Ça veut dire que je vais vieillir ?", s'exclama Crowley en se redressant sur son lit, ses cheveux ébouriffés et un large sourire illuminant son visage.

"Peut-être plus lentement que le commun des mortels, mais le temps finira par vous rattraper," répondit Gandalf avec un sourire compatissant.

"C'est génial !" s'extasia le rouquin.

"Vous êtes content de devenir vieux et de mourir ?", demanda Frodo avec étonnement.

Les hobbits avaient insisté pour rester aux côtés de Crowley jusqu'à ce qu'il se réveille. Il était étonnant de voir leur ami sous des traits entièrement humains, enfin débarrassé de sa malédiction. Il n'était plus qu'un homme sans pouvoirs, destiné à vieillir et à mourir comme tout mortel.

"Bien sûr ! Vous n'imaginez pas à quel point il est terrible de rester le même alors que tout le monde vieillit et meurt autour de vous !"

Elrond racla soudainement sa gorge pour rappeler sa présence dans la chambre.

"Désolé…" murmura le rouquin avec un sourire contrit.

Les yeux de l'homme, à présent d'un brun noisette, rencontrèrent alors ceux d'Aragorn. Bien qu'aucun mot ne fut échangé, le rôdeur parvint à lire entre les lignes du visage de son ami. Il y avait peut-être un peu de peur, mais surtout de la reconnaissance et du soulagement. Il y avait aussi quelque chose qu'Aragorn avait encore du mal à identifier, une sorte d'attachement qui allait au-delà de l'amitié. Plus tard, il comprendrait de quoi il s'agissait, et il pourrait peut-être rendre ce regard. Mais pour l'instant, le rôdeur était tout simplement heureux que Crowley ait vaincu ce qui restait du seigneur des ténèbres. L'Anneau de Pouvoir avait été détruit. Tous pourraient bientôt rentrer chez eux en toute sécurité, et cette sombre histoire ne serait bientôt plus qu'un lointain souvenir à raconter au coin du feu.

"Aragorn?", murmura doucement le rouquin avec un air de malice dans le regard.

"Oui, Crowley?" demanda le rôdeur en lui rendant son sourire.

"Je crois que j'ai faim," avoua son ami en riant.

"Hourra!" s'écria Sam. "Je t'apporte de la soupe dans un instant !"

0

Les chevaux étaient prêts et sellés, impatients de prendre la route. Quatre hobbits étaient déjà installés sur leurs poneys, frémissants d'excitation à l'idée de retrouver leur douce et bien-aimée Comté.

Aragorn s'étonnait que Crowley et Elrond fussent en retard. Leur départ avait pourtant été planifié depuis plus d'un mois. À peine eut-il le temps de se faire cette réflexion qu'il aperçut trois silhouettes venant à leur rencontre à travers les bois, l'une d'entre elles encapuchonnée. Cependant, Crowley n'avait plus besoin de cacher son visage à présent qu'il était devenu humain.

Qui pouvait donc bien être cette personne au milieu de Elrond et Crowley, si ce n'était pas ce dernier ? Arrivée à leur hauteur, la plus petite des figures abaissa soudain son capuchon, révélant des traits familiers. La lumière du matin caressait son visage, mettant en valeur ses yeux étincelants et ses cheveux d'un noir de jais.

"Arwen ?", demanda le rôdeur, trop choqué pour croire en ce que ses yeux voyaient.

Les oreilles de la dame n'étaient désormais plus pointues, et son cou avait été allégé du poids de son collier d'immortalité, un cadeau des Valar à la famille d'Elrond. La dame passa devant lui en souriant, puis grimpa sur le dos d'un des deux chevaux.

"Eh bien ?" demanda-t-elle avec un petit sourire en coin. "Nous y allons ?"

Aragorn ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, mais pas un traître mot ne parvint à en sortir.

"Ma fille a choisi la mortalité", déclara Elrond, ses yeux scrutant le visage d'Arwen avec une affection paternelle. "Je ne peux lui offrir la vie que son cœur désire, mais vous et Crowley le pouvez manifestement. C'est pourquoi je vous la confie, et je vous saurai gré de veiller à sa sécurité."

Crowley, à son tour, prit les devants et monta en selle derrière la Dame.

"Nous vous suivrons partout où vous irez, Rôdeur", annonça le rouquin avec un sourire encourageant "Il vous suffit de montrer la voie."

Aragorn ne put que répondre par un sourire sincère, son cœur gonflé d'amour face à la confiance que lui accordaient son père adoptif, Arwen et Crowley à cet instant.

Un jour, tous trois partageraient bien plus qu'un simple sourire. Il y aurait de nombreuses aventures, des milliers de kilomètres parcourus et de folles nuits d'amour. Mais pour le moment, alors que le rôdeur se hissait à son tour sur son cheval, ce sourire lui suffisait amplement pour croire en l'avenir.

0

Un, deux, trois. Marchons ensemble dans les bois et les plaines, à l'abri des foules, des grands et des puissants. Rôdons le long des chemins, jusqu'à ce que nos cœurs battent à l'unisson. Que nos respirations ne soient plus qu'un même souffle se confondant avec le chant du vent.

Parfois, nous marcherons dans tes pas, dans les contours que tes pieds laisseront dans la poussière. Souvent nous serons à tes côtés, et quand le monde s'ouvrira à toi dans toute sa splendeur, tu n'auras alors qu'à tourner la tête pour dire " C'est beau, n'est-ce pas ?" et nous te répondrons "oui" tout en admirant les sillons qui vallonnent ta peau et le ciel dans tes yeux.

Jamais plus tu ne marcheras seul vers l'ailleurs, car tu as trouvé des êtres qui, comme toi, chérissent les voyages hors des sentiers battus. Et, lorsque nous serons las d'avoir tant erré, alors nous pourrons nous étendre sur les tapis de mousses et de bruyè nous parleras de la terre, nous chanterons aux étoiles, et chaque nuit, nous goûterons à l'amour, nous enlaçant toujours plus étroitement les uns aux autres. Enfin, lorsque nos paupières se fermeront, nos esprits continueront à vagabonder vers des lieux qu'aucune autre âme n'a jamais osé explorer.

Un, deux, trois. Rôdons ensemble, ami, amant, amour, depuis l'aube des temps anciens jusqu'au crépuscule d'une nouvelle aire.

FIN