Coucou !
Je me suis rendu compte récemment que j'avais plusieurs petits textes sur SVSSS. A défaut de les poster tous indépendamment, je me suis dit que j'allais faire un petit recueil hihi.
Premier texte : Shizun forever, ou comment le Luo Binghe original se sent seul. [Luo Binghe / Shen Jiu]. Pas de TW particulier.
Luo Binghe était incroyablement seul.
Il y avait les femmes, bien sûr ; ses femmes. Elles étaient là par centaine, à se prosterner à ses pieds, à le supplier pour un regard, un geste attendri. Il a changé, osaient murmurer certaines d'entre elles, au détour d'un couloir. Il faisait semblant de ne pas les entendre, de ne pas les voir. Il y avait des univers infinis, il y avait des possibilités illimitées. Mais jamais il n'aurait pu songer que l'une d'elle mènerait à ça.
Il était tard, et son lit était vide. Luo Binghe ne voulait voir personne ce soir, parce qu'aucune de ses épouses n'aurait été capable de réchauffer son lit de toute façon. Tout était incroyablement froid et triste. Il savait pourquoi, mais l'admettre était trop dur. Trop insoutenable. Pourtant, en fond de lui restait cette voix, insupportable ; je ne veux pas vivre dans un monde où tu ne me regardes pas. Luo Binghe aurait voulu en rire, se moquer de sa propre faiblesse. Mais il était trop médiocre et trop stupide pour ça. Il ne pouvait s'empêcher de penser que tu avais raison, finalement. Il pensait au sang, il pensait aux cris, il pensait à ce rire hystérique qui avait résonné longtemps entre les murs de pierre, puis entre les parois de son crâne. C'était tout ce qu'il restait de son Shizun ; de la folie et des regrets. Et peut-être aussi cette sensation glaciale de ses draps.
Demain, Luo Binghe songea, demain les draps seront verts.
Les saisons défilaient et les jours se ressemblaient. La solitude restait la même.
Il renvoyait les femmes, une à une. Il faisait construire à chacune d'elle un immense palace où vivre loin de lui. Certaines se regroupaient ensemble, et grand bien leur fasse ; elles n'auraient pas à être aussi seules que lui. Et malgré son harem qui diminuait drastiquement, Luo Binghe ne se sentait pas plus mal. A vrai dire, il n'y avait qu'une pensée qui continuait de l'obséder inlassablement. Je ne sais pas quoi faire sans toi.
Je ne sais pas où mettre mes mains.
J'essaye de dormir, mais ça ne vient pas.
Je ne veux pas vivre dans un monde où tu ne me regardes pas.
Bientôt, il se trouva vraiment seul. Plus de femmes, plus de servantes ; plus personne dans son palais trop grand, trop vide. Mais ce n'était pas un grand changement pour Luo Binghe, déjà profondément enfermé dans ses pensées les plus mélancoliques. Il y avait un endroit où tout ceci n'était pas arrivé. Il y avait un lieu où il n'avait pas été comme ça. Il y avait un monde où Luo Binghe avait un endroit où poser ses mains et une personne avec qui dormir. Il y a un monde où tu me regardes encore.
Tout le linge avait été changé pour des étoffes vertes. Luo Binghe avait choisi la couleur avec soin, puis l'avait disposée dans toute sa demeure avec cette même application qu'il avait eu avec ce faux manuel de cultivation, il y a bien des années de ça. Lui qui voulait apprendre désespérément ; lui qui ne demandait rien d'autre que l'approbation d'un maître, lui qui ne voulait qu'être regardé avec la même tendresse qu'il ressentait alors.
De rage, Luo Binghe brûla sa demeure, et tout le vert à l'intérieur.
Ce n'était pas sa maison, de toute façon. Il n'en avait pas eu la moindre depuis sa mère. Sa mère lui manquait, souvent. De même que ce bijou en jade qu'elle lui avait offert, il y a longtemps de ça.
Autour du brasier devenu cendres, des plantes grimpaient et des fleurs poussaient, et tout ce vert printanier le rendait malade. Je voulais juste que tu me regardes vraiment. Mais il ne l'avait jamais fait. Il ne pourrait plus jamais. Luo Binghe se souvenait encore de ses cris de douleur, mais jamais de ses excuses - car son Shizun n'aurait jamais pris sur lui de se faire pardonner. Et pourtant, malgré tout, si Shen Qingqiu s'était excusé, juste une fois, peut-être, peut-être…
Avec des peut-être, on pourrait mettre les douze pics en bouteille.
Luo Binghe s'effondra alors dans l'herbe verte, si verte, trop verte. Il s'effondra, et songea un dernier instant ;
Je ne veux pas vivre dans un monde où tu ne me regardes pas.
