U.N.A fait parti de la série Dragons de Mojo sur mon profil Ao3.


Grandline

Namur songeait à quelques semaines de vacances, loin de son équipage. Loin de ses hommes qui participaient à la connerie humaine. Peut-être que cinq à huit semaines, cela serait une bonne idée. Il pourrait même en profiter pour contacter des connaissances. Ah, non, mauvaise idée. Personne ne le laisserait tranquille aussi longtemps. Même en escale sur une île, loin des autres commandants, et surtout de sa flotte, il n'était pas seul. Il se frotta le nez, se demandant si c'était une bonne idée de s'éloigner de la ville.

Namur jeta un œil à la liste que quelqu'un lui avait remise avant son départ du vaisseau mère. Était-ce Blamenco ? Impossible, il était chargé de la corvée de nourriture avec Thatch. Il s'en souvenait déjà plus. Enfin, ce n'était pas important. La liste comportait des choses peu communes que seul Fossa ou peut-être Atmos connaissaient. Tant pis pour eux, le Gyojin rangea soigneusement le morceau de papier dans sa poche. Il bifurqua à droite, déboulant dans une venelle. Au bout de cette dernière se trouvait une librairie. Il continua son chemin le long d'une rue pavée, passant des demeures colorées collées les unes aux autres, puis l'homme-poisson réussit à sortir de la ville. Le pirate fit une pause pendant quelques minutes, sentant déjà le changement dans l'air.

S'il n'était plus dans la cacophonie des rues animées, il n'était pas encore seul. En effet, ses poursuivants étaient vraiment persistants. Le commandant les attira donc dans un endroit reculé ; au sommet d'une colline avec un immense cerisier, le lieu parfait où faire une sieste amplement mérité. Avant cela, il se devait de régler son petit problème. Qui suivrait aussi minutieusement comme ça un Shirohige Kaizoku ?

Des enfants, apparemment.

Namur cligna des yeux. Sans même qu'il leur demande, les trois enfants étaient apparus. Deux petites filles et un petit garçon. Leurs âges, difficile à dire à cause de leur maigreur inquiétante. L'homme-poisson fronça les sourcils en leur signalant de s'avançant.

Ce qu'ils ne firent pas. Et heureusement ! Cela voulait dire qu'ils ne faisaient pas confiance au premier venu !

— Alors pourquoi me suivez-vous, gamins ?

— Vous voyez ! Je vous l'avais dit qu'il nous avait remarqué ! s'exclama soudainement l'une des filles, possédant une courte chevelure noire.

Namur resta interdit. Comment l'avait-elle grillé ? Le haki. Non, impossible, elle n'était qu'une enfant. Le commandant se composa.

— J'attends, dit-il fermement.

Tiens, le seul garçon du lot ressemblait beaucoup à quelqu'un qu'il connaissait. La rousse, elle, ne lui offrait aucun souvenir alors que la deuxième fille… Il y avait quelque chose qui l'intriguait.

— Nous sommes venus vous demander de l'aide, commença le garçon, s'agitant nerveusement.

— Et comme vous êtes dans un puissant équipage et que vous êtes également… continua la fille aux cheveux noirs avec un sourire crispé.

— Un homme-poisson, nous nous demandions si ce serait possible que vous fassiez dégager Arlong des îles Conomi sur East Blue, termina la rousse du groupe.

Namur se laissait tomber sur l'herbe. Il leur demandait, avec toute l'autorité qu'il possédait, de savoir avec lui et de lui raconter en détail ce qu'ils savaient. Ensemble, les enfants lui racontèrent dans le moindre détail. Au fur à mesure, le visage du commandant se renfermait.

Si Jinbei apprenait ce que Arlong faisait, sans doute… Non, il ne pouvait pas déranger Jinbei, surtout que l'autre homme-poisson était en mission pour son capitaine. De plus, les gamins lui avaient demandé et non aux autres.

— Très bien, je vais m'en occuper.

Sur ces mots, le pirate disparut à la vitesse de la lumière sous le regard hébété des garnements.


Nami aurait préféré se faufiler dans un navire de la marine ou se cacher dans la cale d'un autre navire pirate. Celui-là était bien trop grand à son goût. Dans son cahier, elle notait les jours qui passaient de peur de perdre le fil. Tant qu'ils faisaient attention lors de leurs sorties nocturnes, tout irait bien.

Enfin, sur un navire de la marine, s'ils se faisaient attrapés, c'était direction un orphelinat de la marine où ils entraînaient les gosses à être de gentils soldats dociles. La dernière fois, cela avait été le cas, toutefois, le groupe s'était échappé juste à temps.

Cependant, Nami ne voulait pas avoir le moindre problème sur ce navire gigantesque.

De plus, le trio n'avait pas choisi le meilleur équipage. La rousse se souvenait encore de la mini-crise de panique qu'elle avait eu en découvrant le Jolly Roger. Ambre, sans surprise, avait trouvé l'idée drôle. Usopp, lui, avait été partagé entre rire et panique.

— Ils viennent beaucoup trop de fois, soupira Ambre, embêtée par les allées et venues constantes des pirates.

— Pensez-vous qu'ils vont remarquer qu'on leur vole des provisions ? demanda Usopp, occupé à faire un dessin.

— J'espère pas, souffla Nami, assise en face d'eux. J'espère juste qu'ils vont faire escale rapidement.

Sauf que les jours devaient des semaines. Les enfants s'impatientaient. Les provisions des pirates ne diminuaient pas assez.

— S'il faut partir, je peux me transformer, murmura Ambre.

— S'il faut partir, on fera bien attention à ne pas se faire attraper.

— Je m'ennuie.

— Moi aussi.

Nami soupira longuement. Travailler dans le noir était impossible. Durant leurs excursions, ils n'avaient pas trouvé la moindre bougie pour remplacer la leur qui avait fondu.

— Un pendu ? proposa Ambre à ses deux amis.

— Oui.

De toute façon, ils n'avaient pas mieux à faire.

Puis, des éclats de voix les incitèrent à se cacher. La porte de la cale s'ouvrit brusquement. De sa position, Usopp compta quatre hommes dans la quarantaine à peu près.

— Commandant Thatch nous a demandé d'apporter une caisse de farine !

— Et c'est où ? demanda quelqu'un en se grattant le crâne.

— Aucune idée, je ne vais jamais en cale.

Drapeau rouge, songea Ambre en train de ramper entre les diverses provisions, tout en faisant attention à ne pas être vu. Elle s'immobilisa, observant Usopp rejoindre Nami dans sa cachette. Doucement, ils se dirigèrent loin des hommes, en direction de la sortie. Les pirates bougeaient les caisses, soulevaient les étoffes et discutaient à mi-voix. Nami fit signe à ses amis de quitter la pièce, ce qu'ils firent immédiatement.

Sauf, qu'au même moment, l'un des pirates se détourna de sa tâche et les aperçut.

— Hé vous !

Ses mots attirèrent l'attention de ses congénères. Les hommes se lancèrent à la poursuite des enfants. Ces derniers montèrent les escaliers menant à un étage supérieur, s'engouffrèrent dans un couloir, bousculèrent la plupart des personnes qu'ils croisèrent qui ne s'attendaient pas à voir des enfants sur leur navire. Nami prit à gauche, ses amis la suivant. Ils glissèrent sous les jambes de quelques pirates hébétés, glissèrent sur le bois humide d'un couloir en train d'être épongé. Ils montèrent à la va-vite une échelle, en descendirent une autre et montèrent des escaliers. Comme le navire était grand, et que, selon Ambre, il y avait de nombreuses personnes, la fuite commençait à être difficile. Ils se cachèrent dans une chambre pendant quelques minutes pour reprendre leur souffle. Quand la voie fut libre, les enfants reprirent leur course à pas feutrés. Au bout de quelques minutes, des gens les aperçurent et se lancèrent à leur poursuite.

Nami, Ambre et Usopp se perdaient dans l'immensité du Moby Dick, jouant à cache-cache avec les pirates qui connaissaient leur présence.

La seule issue possible était le pont supérieur où toutes les grosses pointes résidaient.


Izou s'était isolé du reste des commandants. Un peu de calme lui ferait du bien. Le seizième commandant nota l'absence de Namur sur le pont supérieur. Enfin, il ne l'avait pas vu depuis leur passage près de l'île-Déjà-Vu. Peut-être que l'homme-poisson faisait sa paperasse. Si Izou avait su qu'il devait faire autant de boulot, il n'aurait jamais accepté de devenir un commandant.

Thatch s'étala brusquement sur le sol. Tiens, avait-il encore débité une blague aviaire à Marco ? Vu l'air désintéressé du dernier, cela ne pouvait pas être le cas. Ah non, c'était l'un des hommes de Thatch qui avait causé l'accident. Le pirate entraîna son commandant à l'infirmerie malgré les protestations de ce dernier. Izou se concentra sur l'horizon. Une petite pause était nécessaire avant de s'attaquer à la montagne de papiers qui se cumulait sur son bureau.

Sauf que le calme ne dura pas quand un boucan de monstre le brisa d'un coup sec :

— Commandant ! Oyaji ! hurla un pirate en déboulant sur le pont supérieur, des intrus !

Tiens, c'était nouveau ça. Il existait des gens suffisamment suicidaires pour s'introduire sur leur vaisseau mère ? Izou fronça les sourcils tandis que leur père demandait des précisions sur la nature des intrus.

Au moment où leur frère s'apprêtait à parler, quelqu'un cria :

— Attrapez les gosses !

Ce qui firent réagirent tous les commandants. Ils se tournèrent comme un seul homme vers la scène surréaliste. Trois enfants dont l'âge semblait impossible à deviner à cause de leurs apparences venaient de faire leur entrée sur le pont. Ils se précipitèrent vers la rambarde avec l'intention de quitter le Moby Dick.

À moins qu'ils aient un rafiot, c'était impossible.

Atmos, Blamenco et Fossa se saisirent des gamins. Un garçon, deux filles. Épuisés, nota Izou en s'approchant.

— Des mioches ?! s'étrangla Thatch.

— Je t'emmerde !

— Ambre, ça ne va pas de dire ça ! chuchota Nami, les yeux écarquillés.

— Ils vont nous jeter par-dessus de toute façon. Pourquoi être poli ? questionna Ambre, gesticulant pour être libéré de la poigne du pirate qui la retenait.

— Si ce serait le cas, on ne vous aurait pas empêché d'aller faire joujou dans la flotte, riposta quelqu'un.

— Sauf que vous pouvez très bien nous interroger et pis nous jeter à la flotte.

— Ah, ouais. Pas faux, commenta Usopp.

— Arrête de dire ça comme si tu parlais d'expérience… Nami ferma sa bouche en voyant l'air de son amie. Non sérieux ?

— Ils sont pas très sympathiques l'équipage des Cent Bêtes de Raizo… Ah non, Kaizo.. Non… Ah oui, Kaido.

Izou cligna des yeux. Puis, il somma à ses frères de lâcher les enfants. Parfois, ses frères commandants ne connaissaient pas leur propre force. La rousse frotta ses épaules tandis que le garçon massait son bras droit.

— Gurararara, et si vous nous disiez ce que vous faites sur mon navire ? fit Shirohige, amusé par la situation.

Nami blanchit, ne l'ayant pas vu. Usopp grinça des dents, refusant de répondre.

— On voulait simplement aller à la prochaine île, répondit Ambre, à peine angoissée.

Shirohige contempla ses options. Il pouvait donner l'ordre à ses commandants de les jeter dans l'eau sauf qu'il n'était pas quelqu'un de cruel. Il pouvait également les laisser à bord le temps d'accoster une île ou… les intégrer à son équipage. Cela faisait fort longtemps qu'il n'avait pas accueilli d'enfants sur son navire. La dernière fois concernait quelques-uns de ses commandants quand il était encore aux prémices, avant même de devenir un empereur. Un sourire naquit sur son visage. Et quelque chose lui disait que ces enfants avaient besoin d'un endroit stable où évoluer. De plus, il ne pouvait pas laisser partir les Héritiers de l'équipage des Loups Célestes — connu à travers le monde piraterie comme avoir été l'équipage allié au Roi des pirates.

L'Empereur ne rendit pas tout de suite sa décision. Il devait s'assurer de quelques petites choses.

— Avez-vous déjà entendu parler de Kajaranh ?

Murmures et chuchotements d'étonnement parmi les pirates. Très peu de personnes connaissaient Kajaranh. Il fallait être un mordu d'histoire pour en avoir entendu parler. Ses commandants le regardaient avec surprise. L'Empereur se concentra sur les trois enfants. De par son expression, la rousse n'en savait rien. Le garçon était tout aussi confus. Ce qui était une bonne chose ; Kajaranh était l'une des plus grandes tragédies de l'histoire. Seul l'enfant aux cheveux blonds paraissait savoir de quoi il en retournait.

— C'est quoi ? entendit-il l'un des gamins chuchoter à la blonde.

Au lieu d'une teinte bleutée, ses iris montraient un violet profond et semblaient presque scanner son âme.

— Une partie horrible de l'histoire, répondit-elle sur le même ton.

Le silence tomba. Les enfants échangeaient de rapides paroles, toutes inaudibles. Des regards furtifs se portaient sur la Grandline.

Oyaji ? appela Marco, son premier commandant.

— Oubliez ce que j'ai demandé, gurararararara. Bienvenue à bord.

— Ah non, on part, dit l'enfant aux cheveux roux en croisant les bras.

Shirohige la regarda longuement avant de parler de nouveau :

— Comment comptez-vous faire sans bateau ?

— On a des moyens que vous n'avez pas, furent les mots du garçon.

— Izou, appela le géant.

Le natif de Wano se plaça à ses côtés. Il sourit aux nouvelles recrues, comprenant déjà ce que son capitaine s'apprêtait à lui dire.

— Prends soin d'eux.

— Évidemment, oyaji.

Le commandant de la seizième flotte se tourna vers ses nouvelles charges leur adressant un nouveau sourire.

— Bienvenue dans l'équipage.

Cette simple phrase fit réagir tous les pirates présents sur le pont. Leurs voix se mélangèrent et créèrent une unique salutation. Toute protestation, aussi faible qu'elle fut, se perdit dans le brouhaha. Le soir même, une fête en leur honneur eut lieu.

Ce soir-là, les enfants avaient eu une conversation privée sur cette situation inattendue. Elle présentait des avantages à ne pas négliger comme la possibilité de manger à leur faim, d'apprendre les cordes de la vie d'un marin, d'emmagasiner des compétences futures ou encore de pouvoir grandir sans avoir à s'inquiéter du moindre danger.

Le seul inconvénient était le secret qu'ils partageaient.

Un secret qui les liait tous.