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Chapitre 13
La soirée du bal de Noël était longtemps restée au cœur des cogitations d'Hermione. Les mêmes questionnements revenaient sans cesse, lancinants. Au sujet de la bague de Gaunt, qui était aussi la Pierre de Résurrection, du médaillon de Serpentard, du couple formé par Ariana Dumbledore et Tom Jédusor, de Rogue, de Lily Potter… Tout cela était très encombrant. Elle avait bien tenté de s'assommer de lectures et de devoirs, et la manœuvre avait partiellement fonctionné. Néanmoins, chaque interstice, chaque seconde où elle n'avait pas à résoudre une équation de potions ou théoriser un sortilège finissait par être rempli d'images d'Horcruxes, alternant avec le visage aux allures cryptiques d'Ariana Dumbledore. Elle n'avait pas songé une seule seconde à reprendre rendez-vous avec elle, comme évoqué à la mi-décembre. Sa situation lui échappait. D'un côté, elle n'avait pas d'autre espoir que celui distillé par Dumbledore, et d'un autre… elle redoutait son mystère, cette puissance insondable qui émanait d'elle. Cette émanation n'était ni bonne, ni mauvaise, d'ailleurs.
Cela faisait des semaines qu'elle n'avait pas été parachutée dans son corps d'origine. Non pas que cela lui manque, mais elle trouvait seulement cela sournois, comme si elle aurait dû se méfier d'être si tranquillement implantée dans le second monde. Elle n'était même plus sûre de parvenir à compter sur Rogue pour la préparation de son antidote.
Le jeudi des vacances, veille du 25 décembre, elle avait transplané vers Hampstead, où habitaient ses parents. Elle n'avait pas eu le temps d'appréhender leurs retrouvailles et c'était tant mieux. Si cela avait été le cas, elle aurait sans doute été terrorisée. Tout fut parfait, de leur accueil, spontané et chaleureux, aux plats, exactement ceux qu'Hermione préférait. Elle avait retrouvé les vues et les parfums qui avaient bercé son enfance. La petite mangeoire de bois était toujours perchée près de la vieille glycine qui grimpait à l'assaut du mur du fond de la cour. Depuis le sofa, on pouvait observer sans mal les rouges-gorges, mésanges et sitelles, qui y batifolaient, parfois la tête à l'envers. Avec un peu de chance et beaucoup de patience, on pouvait même parfois y voir un pic noir. Les façades de briquettes étaient toujours aussi chaleureuses, les portes des maisons aussi colorées, les mares d'Hampstead Heath, opalescente. Cela sentait bon la cannelle, la confiture de cynorrhodon et, le matin, le parfum des toasts s'insinuait doucement sous la porte des chambres.
Hermione avait été si détendue, si heureuse, tellement entourée... elle s'était sentie tellement chez elle qu'elle… avait fini par avouer à sa mère qu'elle n'était plus vraiment elle-même. Et en même temps… qu'elle l'était toujours mais… plus complètement. Et cela avait été un cataclysme, comme un enchantement qui aurait pris fin. Ses parents avaient été inquiets, s'étaient fermés. Avait-on ravi leur fille ? Qui était donc celle qui avait partagé ces quelques jours de leur vie ? Retrouveraient-ils un jour la véritable Hermione ? Elle avait été incapable de les rassurer, de leur dire qu'elle était elle-même, Hermione, ici et là-bas.
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Finalement, elle avait quitté Hampstead dans le trouble d'une inquiétude latente et d'un malaise incontrôlable. Quand elle avait passé le portail de Poudlard, le dimanche soir, elle était au désarroi et plus seule que jamais. Fort heureusement, il n'y avait aucune retenue avec le professeur Rogue prévue ce soir-là. Durant la semaine de cours qui suivit, elle l'évita soigneusement en prenant notamment soin de ne jamais traîner à la fin des séances de potions et de ne pas passer trop de temps à la bibliothèque. Elle ne souhaitait répondre à aucune question concernant son antidote ou la tenue de ses vacances, ni même son état, puisqu'elle aurait été incapable de mentir. L'entraînement de Quidditch du mercredi soir fut enfin l'occasion rêvée pour évacuer les tensions. Merlin, comment n'avait-elle pas pensé plus tôt à voler ? C'était son échappatoire ici, la solution qui fonctionnait à chaque fois, le remède à la plupart de ses maux. Et en plus, elle était bonne, très bonne. Jessy Faucett ne cessait de le lui répéter. Peut-être cette dernière avait-elle senti, en excellente capitaine, que son moral frôlait les abysses.
Le samedi matin, dans les vestiaires de l'équipe Serdaigle, elle se sentait ragaillardie, positive, même. Le soleil était au beau-fixe et il n'y avait pas un brin de vent. Malgré l'air glacé, c'était un temps idéal pour gagner un match de Quidditch. Faucett n'eut même pas à concocter un discours à électriser les foules... toute l'équipe avait de l'allant. Les serpentards semblaient motivés, eux aussi. Ce n'était pas l'équipe la plus aisée à rencontrer puisque leur capitaine, Urquhart, était un insupportable crâneur prêt à tout pour en découdre. Et c'était sans compter sur Gregory Crabbe et Vincent Goyle aux battes, dont on se demandait comment ils ne s'étaient pas tués l'un l'autre dans le passé, ou même un joueur adverse, voire un membre de l'assistance. Zabini ne présentait aucun danger en tant que poursuiveur et ce serait plutôt à lui de prendre garde à ses jolies petites fesses, songea Hermione. Dans le dos de madame Bibine, elle soutint son regard et il détourna les yeux, le menton haut. Malefoy, lui, était étonnamment moins fanfaron que dans le monde d'où elle venait. Il était là, et c'était tout. Quand l'arbitre siffla, tous décollèrent. Se délectant de l'onde de choc provoquée par l'impact de sa semelle au sol, Hermione rejoignit Faucett près de la tour du commentateur et lui lança un sourire assuré.
- Et nous voilà tous réunis pour un Serdaigle-Serpentard plus déséquilibré que jamais. Alors que l'équipe d'Urquhart est solide, la même depuis plusieurs années, Faucett doit se débrouiller avec plus de la moitié de nouvelles recrues.
- C'est faux ! hurla l'intéressée à l'intention de Zacharias Smith.
- Mais quel sac à crasse, siffla l'une des jumelles McKinnon en passant à leur hauteur, sans qu'Hermione n'aie le temps de la reconnaitre.
- Zabini a le souafle et slalome déjà vers Page. Quelle classe, ce Zabini ! Il lui faudra faire attention aux sautes d'humeur de Granger, elle a la batte facile ces derniers temps.
- La ferme Smith !
Hermione ne prêta plus attention aux commentaires du Poufsouffle et batta avec rage dans un cognard qu'elle expédia à quelques centimètres du crâne Zabini. Surpris, il prit un virage un peu trop serré et perdit la balle au bénéfice de Callisto McKinnon.
- McKinnon a le souafle. Ses statistiques sont plutôt mauvaises, mais nous allons voir comment elle se débrouille cette fois-ci. McKinnon passe à Bradley, non, McKinnon a le souafle et trompe Miles Bletchley ! Dix points en faveur de Serdaigle. Bletchley, inutile de savoir laquelle des McKinnon fonce vers toi, il suffit d'arrêter le tir... lança la voix traînante de Smith. Hermione jeta un regard rapide dans les tribunes. Rogue était assis aux côtés de Jédusor, qui se tenait raide, ses deux mains appuyées sur les cuisses. Sa grosse bague noire ne luisait pas au soleil, elle était totalement mâte et semblait même aspirer toute lumière.
- Malefoy a vu quelque chose ! Londubat plonge aussi ! Lequel des deux feinte ?
- Double batte Granger !
Hermione fit volte-face juste à temps pour frapper en même temps que Faucett dans un cognard lancé à toute allure par Goyle. Il fut redirigé vers Malefoy qui, l'évitant, perdit la trajectoire du Vif d'Or.
- Une mauvaise ruse pour Londubat, il faut dire qu'il est bien moins expérimenté que Malefoy. Heureusement que ce match ne se joue pas entre attrapeurs, les serdaigles n'auraient aucune chance.
- Mais qu'il la ferme bon sang ! vociféra Faucett.
Hermione ne put empêcher le souvenir de la bague de Gaunt de revenir hanter son cerveau. La bague, le médaillon... Ariana Dumbledore... d'un mouvement d'épaules, elle évita Crabbe qui avait foncé sur elle, se prenant sûrement pour un cognard.
- Concentration, Granger !
- Et voilà, Granger nous fait à nouveau le coup de celle qui n'est pas là.
D'un coup de batte hargneux, Faucett percuta un cognard qui passa à quelques centimètres seulement de la tour du commentateur.
- Faucett ! Ça, ce n'est pas autorisé par le règlement ! bafouilla Smith, une main sur la tête. Madame Bibine n'a pas vu l'action. À quand l'usage des multiplettes pour les arbitres, je vous le répète...
Le médaillon étincela devant les yeux d'Hermione, et les rayons du soleil glacial, filtrés par ses cils, projetèrent des ombres stroboscopiques tout alentours. Elle revit Ariana Dumbledore lever sa baguette blanche pour… Par Morgane, sa baguette blanche… Hermione s'immobilisa. Elle avait cru jusqu'au bout qu'elle se retrouverait face à Albus Dumbledore car… c'était la baguette de Sureau, qu'elle avait en main ! Son cœur s'emballa et elle se tint les tempes, lâchant le manche de son balai. Elle eut un vertige et soudain, tout disparut.
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Hermione reprit connaissance dans la petite chambre de Sainte-Mangouste plus brusquement que jamais, avec un cri surpris. Non, pas ici, pas maintenant, pas pendant le match. Elle s'avança dans la pièce cherchant une échappatoire, un moyen de revenir… mais elle le savait très bien, il fallait se rendre à l'évidence, elle ne pouvait pas décider de ces choses-là. Sur le grand lit blanc sommeillait son corps, tout aussi pâle que les draps, un peu bleuté, aussi. Une guirlande maigrichonne pendait en place de rideau, et un très grand sapin de Noël, apporté très sûrement par Hagrid, peinait à contenir sa hauteur dans la pièce. Minerva McGonagall se tenait là, assise, se tordant les mains. Ses traits étaient creusés et elle paraissait plus âgée que jamais. Même la couleur de ses yeux semblait avoir terni. Elle jeta un regard vers la porte, puis le reporta sur la gisante, sans changement d'expression. Soudain, trois coups étouffés furent frappés.
- Oui, lança la directrice de Poudlard.
Hermione tendit le cou.
- Bonjour, Horace.
Slughorn venait d'entrer dans la chambre, mal à l'aise. Ses épaules imposantes étaient recouvertes d'une capeline marron qu'il accrocha à un porte-manteau, après avoir lancé un bref sortilège de séchage. Il s'avança vers McGonagall, passant une main nerveuse dans ses cheveux rares et gras. Sa moustache de morse frémit.
- Bonjour, Minerva. Je suis… je suis venu ici sur votre demande, mais sachez que je n'ai aucune certitude de pouvoir vous aider.
- Il s'agit d'aider Miss Granger, Horace, trancha-t-elle.
Slughorn semblait prendre soin de ne surtout pas poser ses yeux couleur de vase sur le lit où se trouvait le corps presque mort. Il détourna le regard plusieurs fois, puis finit par le laisser traîner vers Hermione, paupières crispées.
- Oh Miss Granger, Miss Granger. Minerva, c'était une si excellente élève, excellente. Enfin, pas autant que Potter...
Il eut un petit rire gêné.
- Mais Potter, c'était autre chose. Miss Granger, une personne si discrète, si volontaire, comment est-ce possible ?
- Cela fait des mois qu'il en est ainsi Horace, ce n'est plus le moment d'être surpris.
- Minerva enfin, ayez un peu d'indulgence pour mon pauvre cœur fatigué, imaginez à quel point c'est délicat pour moi de me trouver ici…
McGonagall eut un soupir froid.
- Elle a tenté de se suicider grâce à une potion de Magie Noire qu'elle a elle-même préparée, mais cela, vous le savez.
Aux termes "Magie Noire", Slughorn avait frémi.
- Minerva, Minerva, si vous m'avez fait venir ici dans l'espoir que je puisse vous conseiller un antidote à une potion de Magie Noire, c'est non. C'est non, non, non, ânonna-t-il.
- Enfin, Horace !
- Je n'ai jamais, jamais touché à la Magie Noire ! Minerva, enfin, pour qui me prenez-vous ?
- Peut-être pour celui qui a expliqué en détail le fonctionnement des Horcruxes au mage qui allait semer le chaos dans le monde magique ? rétorqua-t-elle.
- Oh, vous êtes injuste, Minerva, souffla-t-il laborieusement en s'écroulant dans un fauteuil, épongeant d'un mouchoir à carreaux les grosses gouttes de sueur qui se formaient sur son front plissé. C'est oublié, c'est pardonné, Dumbledore a...
- Ne parlons plus de Dumbledore, si vous le voulez bien.
- Je ne peux rien faire pour vous… pour Miss Granger, Minerva, rien, rien, rien, trépigna-t-il. Tout au plus pourrions-nous trouver un antidote ingrédient par ingrédient grâce aux lois de Golpalott, mais nous ne serions pas plus avancés. Non, la Magie Noire… c'est beaucoup plus, Minerva, beaucoup plus sournois, cela demande bien plus d'investissement, de noirceur…
Il avait serré le poing, comme un bon acteur essaie d'embarquer son auditoire à la suite de ses émotions.
- Cela demande une vraie volonté de nuire, de détruire… Severus n'a pas ?...
- Severus est mort ! rétorqua brusquement McGonagall, la voix cassée, sur un ton qu'Hermione n'avait jamais entendu de sa bouche.
- Severus aurait pu vous aider ! Il avait...
- Il n'est plus là pour cela, Horace !
- Il avait tout un tas de carnets sur lesquels il notait tant et tant de choses utiles et inutiles de son écriture en petites pattes de mouches indéchiffrable, êtes-vous...
Soudainement, une lueur passa dans le regard éteint de McGonagall et elle fronça subrepticement les sourcils. Avait-elle enfin compris que les carnets desquels Hermione avait tiré la recette de la potion étaient ceux du professeur Rogue ?
- Par Merlin, Horace, quand cesserez-vous de remuer la terre au-dessus des cercueils ?
- Oh, Minerva, je n'y pensais pas ! Mais mettez-vous donc à ma place ! Je ne suis pas un homme de Magie Noire ! s'exclama Slughorn, sa voix de stentor tremblant à l'excès.
- Je vous conjure d'apporter une solution ! Vous êtes maître des potions, par Serpentard !
Slughorn mâchonna quelques mots imperceptibles sous sa grosse moustache arquée, et se passa les mains sur le visage. Puis il soupira, et fit tambouriner ses doigts sur les accoudoirs du siège miteux. De temps à autres, il jetait vers McGonagall un regard à la dérobée, comme s'il craignait qu'elle l'alpague de nouveau. Cela dura longtemps. Et soudain, il hésita :
- Minerva, je...
Sa mine s'était légèrement éclaircie.
- J'ai peut-être une idée...
La Directrice leva un sourcil interrogateur, accueillant cette sortie inespérée. Slughorn se mordit l'intérieur de la joue.
- Mais il ne voudra pas, il ne voudra jamais sortir de sa retraite... D'autres avant lui ! Ah, jamais, jamais je n'aurais dû céder à Dumbledore et à ses sirènes !
- Lâchez le morceau, Horace ! tempêta-t-elle, si vivement qu'Hermione eut un rire nerveux.
- J'y viens, j'y viens... Oui, oui... Cela pourrait marcher...
McGonagall leva les yeux au ciel. Si elle n'avait pas eu tant de contenance, Hermione jurait qu'elle l'aurait volontiers frappé.
- Après tout, c'est une Granger… Oui, peut-être voudra-t-il bien mobiliser ses connaissances pour elle… Connaissez-vous le fondateur de la Très Extraordinaire Société des Potionnistes, fondée en 1907, Minerva ?
L'intéressée fronça les sourcils. Slughorn eut un rire mystérieux.
- Ah, ah...! Oui, oui... Vous pourriez tenter de …convaincre Hector Dagworth-Granger.
Hermione eut à peine le temps de se dire que c'était du génie, et tout se brouilla autour d'elle. Son esprit fut soudain transvasé dans l'infirmerie de Poudlard.
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- Ah ! Tu es réveillée ! s'exclama une voix à ses côtés.
Hermione ouvrit des paupières pâteuses et posa un regard vaseux sur Isobel. Elle fut rassurée d'être soustraite à la présence de Slughorn qui la dégoûtait passablement.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce qu'on… est-ce qu'on a perdu ?
L'écossaise eut une mine réjouie et leva les sourcils.
- On a gagné ? s'exclama Hermione.
- Londubat a attrapé le Vif d'Or…
- Fantastique !
- … en même temps que Malefoy s'est précipité pour te rattraper au vol, la sermonna-t-elle presque.
- Je n'y peux rien ! bouda-t-elle.
Le silence emplit la pièce, et aucune d'elles ne parla pendant un long moment. Finalement, Isobel céda :
- Où en est ton antidote ?
- Ça avance, ça avance…
- Tu as revu Dumbledore ?
- Non, évidemment, pas depuis Noël, se justifia Hermione.
Isobel eut un air déçu. Il y avait une chose qu'Hermione ne lui avait pas dite, quelle que soit l'issue de ses recherches, elle ne retrouverait plus jamais l'Hermione qu'elle avait connue. Si on la sauvait là-bas, cette Hermione mourrait. Et si c'était l'inverse, eh bien… elle resterait ici.
- Tu…
- Le professeur Rogue m'a demandée de le prévenir quand tu te réveillerais. Qu'est-ce que tu allais dire ?
- Non… non rien. Le professeur Rogue ?
Quand Isobel quitta la pièce, Hermione jeta son regard au loin, au travers des hautes fenêtres de l'abside de l'infirmerie. Il fallait absolument qu'elle se mette au clair sur cette histoire de mort hypothétique de "l'autre" Hermione Granger. N'était-elle pas, elle-même, cette Hermione, et l'autre en même temps ? Plus les jours avançaient, plus elle se fondait dans cette identité qui, en fait… était la sienne. Elle était cette Hermione. Et elle était l'autre Hermione. Boire cette potion, remplacer "l'autre Hermione", ne revenait pas à avoir assassiné quelqu'un. Ce n'était tout de même pas comme si elle avait tué… mettons… Padma Patil, pour prendre sa place. Hermione, Hermione… elles étaient seulement deux façades d'elle-même. Peut-être les différentes dimensions étaient-elles étudiées au Département des Mystères ? Il faudrait qu'elle s'y penche, un jour… un jour mais, pas aujourd'hui. C'était impossible, il y avait trop à faire. Il lui fallait tout d'abord trouver cet antidote. Des pas résonnèrent dans le couloir et la porte de l'infirmerie s'ouvrit à la volée, la voix de Madame Pomfresh s'éleva de son petit bureau :
- Doucement, enfin, ce n'est pas une écurie, ici !
Rogue leva les sourcils et passa la tête dans l'entrebâillement de la porte.
- Bonjour, Pompom.
- Oh, bonjour Severus.
Quand il se dirigea vers Hermione, son visage était fermé. Il attrapa au vol une chaise qui traînait au centre de la pièce et s'assit près d'elle.
- Granger. Sincèrement. La prochaine fois que vous souhaitez faire gagner un match aux serdaigles, par Morgane, prenez-vous y de manière classique, articula-t-il tout bas.
Elle baissa les yeux et réprima un sourire.
- Si Malefoy n'avait pas été là...
- J'imagine que si le chevalier Malefoy ne s'était pas senti investi de la mission de sauver princesse Granger, quelqu'un dans le public aurait eu la bonne idée de lancer un Arresto Momentum ? s'exclama Hermione, encore toute renfrognée sous le poids des souvenirs du bal de Noël.
- On parle à voix basse dans l'infirmerie ! s'écria Madame Pomfresh.
Rogue grogna.
- J'imagine, oui.
Il croisa les bras sur son torse, et s'appuya lourdement au dossier de la chaise, qui protesta d'un craquement sonore. Sa cuisse bondit plusieurs fois, nerveusement.
- Miss Granger, j'ai pris rendez-vous de votre part avec le professeur Dumbledore.
- Vous avez fait... quoi ?
Hermione avait sursauté, les yeux écarquillés, outrée d'une telle prise d'initiative.
- Demain, onze heures. Vos évanouissements, vos angoisses… cela ne peut plus durer.
- Par Merlin, vous l'avez fait à ma place ! Je n'y crois pas.
- Je suis directeur de la maison Serdaigle, et par la Dame Grise, je décide encore de ce qui est le mieux pour mes élèves, tambourina-t-il.
Elle souffla du nez bruyamment, comme un taureau irrité. Elle était en colère, mais seulement en surface. Seulement parce qu'il avait pris la décision à sa place, cette décision qu'elle était elle-même sur le point de se résoudre à prendre.
- Et n'oubliez pas que demain soir...
La porte d'entrée de l'infirmerie s'entrebâilla dans un grincement sonore, et le visage constellé de taches de rousseur de Ginny Weasley apparut.
- Oh, désolée. Je venais... je venais seulement pour savoir comment allait Granger.
- Eh bien, voyez-vous Weasley, Granger va très bien. Depuis qu'elle parfait ses acrobaties aériennes avec Malefoy, elle renoue avec l'essence même de sa maison.
Hermione soupira en secouant la tête, une main sur le visage, et Ginny eut un sourire.
- Bon, à plus, Granger, dans ce cas. Au revoir, professeur.
Elle poussa la porte, dont le battant ne claqua pas.
- N'oubliez pas que demain soir, nous mettrons à profit votre retenue pour enfin commencer votre antidote.
- Quoi, demain ? Mais je n'ai fait aucune recherche !
Rogue lui jeta un regard atterré.
- Pensez-vous réellement que je suis sur le point de vous coller une interrogation écrite ? J'ai accepté de vous aider pour cet antidote. Et bien que je ne puisse rien faire pour la partie Magie Noire au sujet de laquelle j'espère bien que le professeur Dumbledore pourra vous donner quelques indices supplémentaires, j'ai bon espoir de rapidement monter un remède aux ingrédients simples.
- D'accord, admit-elle, battue par une telle volonté. J'oubliais ! J'ai vu mon corps, à nouveau. Et j'ai aussi vu Horace Slughorn. Il a conseillé à Minerva McGonagall de contacter Hector Dagworth-Granger dans l'espoir qu'il puisse l'aider à mettre au point un antidote.
- Vraiment ? s'étonna Rogue.
Il parut soudain légèrement indigné.
- J'espère bien que nous n'aurons pas besoin de déranger le fondateur de la Très Extraordinaire Société des Potionnistes pour concocter un antidote simple à quatre ingrédients de base.
Hermione eut soudain un peu honte. Evidemment, il n'était pas question de contacter Dagworth-Granger pour la partie de potions élémentaires, mais plutôt concernant la Magie Noire.
- Néanmoins, Granger...
Sa voix se fit plus basse.
- Je pense qu'il nous faut travailler sur l'antidote ailleurs qu'aux cachots. Les potions de Magie Noire sont soumises à déclaration, et bien que nous n'y toucherons pas de sitôt, je préfère ne pas être... surpris en...
Il hésita un moment.
- Votre compagnie... en...
Elle fronça les sourcils. Par Merlin, où voulait-il en venir ?
- Nous devons être discrets, trancha-t-il.
Hermione allait soumettre une idée qui lui paraissait évidente, quand il la balaya :
- Non, pas dans mon bureau.
- La Salle sur Demande ? questionna-t-elle enfin.
Le professeur Rogue fronça les sourcils.
- Je n'ai pas connaissance de cette salle…
- Je l'ai évoquée en vous racontant mes souvenirs. J'y ai préparé ma... potion. Septième étage, en face de la tapisserie de Barnabas le Follet apprenant la danse à des trolls. Passez dans le couloir trois fois en songeant à ce dont vous avez besoin, et la porte apparaîtra, chuchota-t-elle rapidement.
Il hocha la tête et se redressa, un peu incrédule. Puis il lissa sa veste.
- À demain, donc, Miss Granger.
Des pas précipités résonnèrent, et Madame Pomfresh apparut à la porte de son bureau.
- Severus ! Bon anniversaire !
Rogue fit volte-face et leva exagérément les sourcils.
- Merci, Pompom, répondit-il, un peu gêné. Voyez-vous, Miss Granger s'est appliquée à m'offrir un fantastique numéro de voltige sur balai, qui ne s'est fort heureusement pas mal terminé. J'ai été gâté.
Hermione pouffa légèrement en secouant le visage et le suivit du regard, jusqu'à ce qu'il tire sur lui la porte de l'infirmerie. Les claquements des talons de ses bottes s'éloignèrent peu à peu.
- Ah, bonjour Potter, bonjour à nouveau, Miss Weasley. Il fait suffisamment beau temps pour que vous ne traîniez pas dans les couloirs à cette heure, l'entendit-elle sermonner d'une voix lointaine. Dehors.
