Bonjour à tous et bon dimanche ! (Exceptionnellement, je publie le matin au lieu du milieu/fin de journée) Comme le titre vous le laisse deviner, on arrive à un élément de l'histoire que vous attendiez :) Bonne lecture et à tout à l'heure.
Chapitre 24 : LA conversation
La faible lueur du jour le réveilla. Severus cligna plusieurs fois des yeux, puis les plissa à cause de cette lumière inhabituelle. En tant que résident des cachots pour la majeure partie de sa vie, il n'était pas vraiment habitué à se faire réveiller par les lueurs matinales. Et il n'avait pas particulièrement envie de s'y habituer non plus, songea-t-il en grommelant.
Il étira prudemment son corps et grimaça plusieurs fois, alors que ses douleurs et ses blessures se réveillaient elles aussi avec hargne.
Compte tenu de la sévérité de ses blessures, il était plutôt surpris d'avoir aussi bien dormi. Il ne se souvenait même pas d'avoir eu un cauchemar, ce qui était plutôt rare ! Avoir des rêves et des cauchemars réalistes était un effet indésirable de la suppression brutale et régulière de ses souvenirs et de sa pratique quotidienne de l'occlumencie. Bien sûr, l'utilisation combinée de sorts de guérisons, de potions – et ses blessures de façon générale – avaient certainement contribué à son sommeil profond tout au long de la nuit.
Il remonta son drap un peu plus haut et pensa avec un peu de nostalgie à son pyjama de flanelle grise. Il savait cependant parfaitement pourquoi Arrosa tenait à le faire dormir dans cet état de nudité indécent. Même à l'instant, la friction des draps doux lui donnait la sensation d'être récuré par le côté abrasif d'une éponge, à cause de ses terminaisons nerveuses sur-sollicitées. Le poids du tissu de son pyjama serait trop difficile à supporter, au bout d'un moment.
Alors que la lumière s'accroissait régulièrement, il observa son environnement. La nuit précédente, il n'avait pu que jeter un œil hâtif.
Comme dans la plupart des pièces de place Grimmaurd, cette chambre étroite était plutôt sombre et triste. Mais si vous regardiez avec suffisamment d'attention, vous pouviez deviner sa grandeur passée. Par ailleurs, on pouvait voir les signes d'une récente tentative de nettoyer et éclairer la pièce. La fenêtre qui laissait passer l'épouvantable lumière avait été lavée et il ne restait pas une toile d'araignée dans les coins, alors qu'elles étaient partout dans le reste de la maison. Même le parquet avait été poli, même s'il montrait les signes du passage du temps.
Dans le coin le plus éloigné de la pièce, une paillasse avait été installée. Les couvertures entassées lui donnaient l'aspect d'un nid. D'après la jambe grêle et les orteils démesurés qui dépassaient des couvertures, il pouvait deviner que Rink avait encore pris ses devoirs d'elfe de maison personnel à un cran supérieur. Et cela expliquait amplement l'état de propreté de la chambre.
Les elfes de maison.
Il devait interroger la fille – appelle-là Granger, se rappela-t-il intérieurement – à propos des elfes de maison. Il avait beaucoup de questions, depuis celle concernant sa réalisation que les elfes pouvaient aider l'Ordre, jusqu'à celle sur la manière dont elle s'y était prise pour faire reconnaitre les Grangers comme une nouvelle Maison. Cela faisait au moins plusieurs centaines d'années qu'il n'y avait pas eu la création d'une nouvelle lignée de Maison. Albus avait eu une lueur de joie démente, quand il l'en avait informé la veille au soir.
Qui aurait pu imaginer que les elfes de maison étaient la clef principale qui gâchait tous les plans du Seigneur des Ténèbres, dernièrement ? Et penser que c'était Granger, une Née-de-Moldus championne des droits des elfes de maison, qui était au milieu de tout ça… ça donnait à la situation une ironie toute Serpentard.
Et c'est une preuve supplémentaire que le Destin me hait. Ma propre étudiante est celle qui m'a mis à terre.
Alors que la lumière était forte désormais, Severus vit un mouvement du côté de Rink. Apparemment, son compagnon n'était pas particulièrement friand de lumière au réveil non plus, puisqu'il se tourna dans un grognement et tira la couverture au-dessus de sa tête. Severus eut un sourire compatissant. Il aurait aimé faire pareil.
Il n'était cependant pas certain de pouvoir lever son bras au-dessus de sa tête. Et encore moins de pouvoir se mettre sur le côté.
Et voilà. Il était de nouveau rappelé à sa condition misérable. Qu'Albus et le Seigneur des Ténèbres soient maudits tous les deux. Mais au moins, dans un moment de magnanimité, Albus lui avait attribué miss Granger comme infirmière. Il aurait plutôt parié sur le fait que le vieil homme l'aurait collé avec Potter, dans l'idée tordue de créer un lien entre eux. Ils ne seraient jamais sortis tous les deux vivants de cette expérience.
Il regarda vers la fenêtre et évalua la quantité de lumière pour deviner l'heure. Granger n'allait pas tarder à le rejoindre, comme l'étudiante performante et irritante qu'elle était. D'après Arrosa, elle était son étudiante performante et irritante à lui. Il était conscient que ça faisait toute la différence. Mais autant démarrer la journée tout de suite, avant qu'elle n'arrive.
- Rink, l'appela-t-il.
La bosse sous la couverture bougea et grogna un peu, mais l'elfe de maison en émergea finalement. Severus observa le mont de tissu, plissa les yeux et pinça les lèvres. Puis, un sourire plutôt cruel s'étendit sur son visage.
- Rink ! dit-il, sa voix claquant comme un coup de fouet.
L'elfe de maison, la mine froissée, sauta droit sur ses pieds, mais ses genoux noueux et ses épaules tremblaient. Severus cacha rapidement son sourire derrière sa mine sombre habituelle.
- Oui, professeur ? couina Rink, ses oreilles frémissantes sous l'attention.
Son amusement passé, Severus le salua d'un court signe de tête et lui dit, avec une trace d'agacement feint :
- J'ai besoin de son aide. Je ne doute pas que Granger va tambouriner à la porte sous peu.
Etonnamment, cependant, l'elfe de maison eut l'air outré à cette remarque. Intéressant.
- Miss a pris bien soin du Maître.
- J'en suis certain, répondit-il sèchement. Cependant, j'ai besoin d'aide pour ma toilette matinale, avant que Granger n'arrive.
Heureusement, Rink comprit le sens de sa demande sans qu'il ait besoin de donner tous les détails glorieux de sa condition. Il ne pourrait jamais accepter de perdre le reste de sa dignité. Encore pire si c'était avec une élève.
Hermione s'agita avec le plateau du petit déjeuner qu'on venait de lui tendre. Du coin de l'œil, elle pouvait voir Harry la fusiller du regard, de l'autre côté de la table. Elle savait qu'elle était une fois de plus l'objet de sa colère. Cette fois, cependant, elle n'avait pas envie de s'en faire. Même avec toute son attitude renfrognée, ce n'était pas suffisant pour retenir son attention. Elle avait un dragon bien plus intimidant à voir. Elle fait, elle se sentit même soulagée quand il se leva et quitta la pièce à grandes enjambées.
Elle vérifia une dernière fois son plateau, même si elle n'avait pas réellement à s'en faire. L'elfe de maison en charge de la cuisine avait préparé le petit déjeuner exactement comme Hermione l'avait recommandé. La nourriture était fade, comme les choses qu'elle avait déjà vues Snape manger à Poudlard. Sans parler du fait que c'était assez léger pour convenir à un homme qui venait de passer plusieurs jours à n'ingurgiter que des bouillons et des potions.
Elle ne parvenait pas à rester calme, cependant. Elle arrangeait et réarrangeait la petite serviette en tissu sur le plateau. Elle savait parfaitement pourquoi elle était si nerveuse. Il n'y aurait plus aucune trêve pour elle une fois qu'elle aurait monté ce plateau.
Finalement, il était temps de parler à Snape. Plus de détour. Plus de répit d'une minute supplémentaire. Plus de tactique d'évasion.
Snape se réinstalla contre son oreiller, avec un grognement et l'assistance de Rink. Il réalisait que sa condition physique était probablement bien pire que ce qu'il avait cru, après son échange avec Arrosa. Même le tout petit exercice qui consistait à se rendre aux commodités l'avait fait haleter et lui avait donné des sueurs.
Il prit une profonde inspiration, la retint pendant 10 secondes et expira ensuite lentement. Merlin, qu'il détestait se sentir faible. S'il avait eu le moindre doute sur l'utilité de Granger, il était désormais convaincu que son assistance ne serait pas de trop.
Toc. Toc.
Il laissa échapper un reniflement amusé. Quand on parle du diable, on en voit la queue.
Il fit un signe de main à Rink pour qu'il se retire et appela.
- Entrez, miss Granger.
La porte s'ouvrit et laissa apparaître la jeune fille, avec un plateau sur la hanche et ce qui était probablement son petit déjeuner. Elle était visiblement nerveuse. Il connaissait parfaitement les signes de cette nervosité et il était même capable de dire qu'elle essayait de donner une image calme et indifférente.
Il lui donna quelques points – mentalement – pour cette tentative à moitié réussie.
Le plus remarquable, cependant, était que cette nervosité n'avait rien à voir avec de la peur. Severus connaissait bien la peur. Il pouvait en reconnaître les reflets dans le regard de quelqu'un, savait déceler son odeur écœurante dans l'air et en connaissait le goût sur le bout de la langue – bien plus intimement qu'il ne l'aurait voulu.
Et un point supplémentaire de gagné, décida-t-il, car il pouvait compter sur les doigts d'une main les personnes qui n'étaient pas effrayées par lui – ne serait-ce qu'un peu.
Un instant, il put presque voir la femme que cette jeune fille deviendrait, comme une image superposée : une Gryffondor audacieuse et intrépide, avec une intelligence vive et dangereuse cachée derrière ses yeux marrons sans prétention. Il trouvait cette image curieusement attrayante, d'autant plus en sachant que le potentiel de ce qu'elle pouvait devenir résidait entre ses mains à lui.
Un battement de paupière plus tard, cependant, et il voyait de nouveau la jeune fille, qui mordillait nerveusement sa lèvre inférieure et qui attendait son accueil.
- Ai-je l'air en si mauvais état, Granger ? demanda-t-il sèchement.
Il obtint un petit sursaut coupable et son rougissement d'embarras à s'être fait prendre en train de l'observer.
- C'est juste que…
Ses mots s'effacèrent dans une grimace.
Amusé, il la vit passer son plateau d'une hanche à l'autre, agitée. Sans aucun doute, elle cherchait la meilleure manière de lui répondre sans l'offenser en même temps. Il s'était vu dans le miroir de la salle de bains. Il était tout à fait conscient d'avoir l'air d'un cadavre.
- Pardon, professeur, mais vous avez l'air horrible et vous n'aviez pas l'air aussi mal en point, hier.
- Il fallait s'y attendre. Hier était une journée particulièrement éreintante.
Il l'observa attentivement de la tête aux pieds et fut de nouveau amusé de la voir se tortiller, mal à l'aise.
- Bien. Avez-vous prévu de me nourrir ou juste d'attendre debout ?
Elle sursauta comme s'il l'avait grondée et il dut contenir son hilarité. La déstabiliser serait visiblement aussi amusant – si ce n'est plus – que d'agacer Albus et Minerva.
Elle se redressa, releva les épaules et tint le plateau face à elle.
L'attitude typique d'un Gryffondor rassemblant son courage. Ensuite viendrait un assaut frontal. Il pinça les lèvres pour ne pas sourire, car ça aurait complètement ruiné l'effet qu'il cherchait à obtenir.
Sa mâchoire se contracta une fois et elle lui répondit, en lui tendant le plateau.
- Je suis là pour vous donner votre petit-déjeuner. J'espère qu'il vous plaira.
Cette fois, elle n'attendit pas son invitation, mais posa brusquement le plateau sur ses genoux couverts du drap. Il baissa les yeux : un œuf poché et ce qui ressemblait à du porridge. Pas de café, mais ce qui semblait être un thé floral, d'après la couleur et l'odeur.
Il laissa échapper un soupir de soulagement inaudible. Rien sur le plateau de lui donnait envie de vomir. Il aurait eu du mal à expliquer la situation à Granger et elle aurait, sans aucun doute, tout rapporté à Alvarez. Qu'il soit damné s'il ne pouvait plus garder un minimum de contrôle sur lui-même.
Juste pour voir sa réaction, il lui demanda : « Vous n'allez pas me nourrir ? »
Tout son corps eut un mouvement convulsif.
Oh oui, définitivement plus amusant qu'avec Minerva.
- Peu importe, je vais me débrouiller, dit-il dédaigneusement, comme s'il faisait un immense sacrifice.
Il cacha un sourire derrière sa tasse de thé et le sirota, quand elle s'installa dans la chaise à côté de son lit. Tout le langage de son corps exprimait la raideur et le contrôle.
Il se concentra sur son repas un moment. Il aurait voulu que sa main tenant la cuillère ne tremble pas. Alors que le silence s'éternisait, il se demanda au bout de combien de temps elle craquerait. Il regarda son plateau et supposa qu'elle craquerait avant qu'il ne termine son œuf. Il se félicita quand elle prit la parole, juste au moment où il levait sa dernière cuillère.
- Voulez-vous que j'ouvre un peu la fenêtre pour faire entrer de l'air frais ?
D'après sa grimace soudaine, il était évident que ce n'était pas exactement ce qu'elle avait prévu de dire. Severus avait remarqué que le silence faisait des merveilles pour faire perdre leurs moyens à des sorciers et sorcières habituellement maître d'eux-mêmes, et pour les faire babiller comme des idiots. Pendant une seconde, il envisagea de la casser sèchement, mais il se ravisa. Cependant, cela ne voulait pas dire qu'il allait la laisser s'en sortir facilement.
Voyons de quoi est faite cette sorcière.
- Laissez-la fermée, miss Granger, dit-il finalement, avant de boire une nouvelle gorgée de thé.
Ce n'était apparemment pas la réponse qu'elle attendait, d'après son air surpris. Mais une étrange compulsion lui fit de nouveau ouvrir la bouche.
- Vous êtes sûr ? Je veux dire, ça ne me prendra qu'un instant pour vous l'ouvrir.
Severus la fixa sans laisser transparaître ce qu'il pensait.
- Oh, d'accord, déclara-t-elle finalement en regardant partout, sauf dans sa direction. Pas de fenêtre.
Elle redevint silencieuse, mais il pouvait presque lire ses pensées, alors que son visage expressif ne cessait de changer : il n'agissait pas normalement. Il ne criait pas. Ne lui disait pas à quel point elle était idiote. Où était la leçon ? La déception ? L'incitation à réfléchir avant de parler ? Les commentaires coupants qui écornaient l'ego ?
Vraiment, c'était encore plus divertissant qu'il ne l'avait imaginé au départ. Il vit ses épaules se redresser petit à petit et décida de lui couper la tête avant qu'elle ne rassemble son courage une nouvelle fois.
- Tout bien réfléchi, ouvrez-la.
- Quoi ?
- La fenêtre, miss Granger, répondit-il en la désignant d'un signe de tête, avec une expression qu'il réservait habituellement aux premières années… Et à Neville.
- Oh ! Oui, la fenêtre.
Elle se leva, l'air totalement confus, sans remarquer le sourire narquois derrière elle. Elle ouvrit la fenêtre et revint se planter au milieu de la pièce.
Bien sûr, il ne pouvait pas trop la charrier d'un coup ou elle deviendrait soupçonneuse. Et ça enlèverait tout le fun. Il était probablement temps de démarrer l'interrogatoire qu'elle attendait de subir, sans le moindre doute. Il repoussa le plateau sur un côté du lit et bougea contre son oreiller jusqu'à trouver une position confortable.
- Alors ?
Elle lui adressa un regard perplexe et il poussa un soupir exagéré.
- J'ai entendu la version de Dumbledore concernant les évènements qui se sont déroulés. J'ai entendu la version d'Alvarez. Je n'ai pas entendu votre version. Commencez avec les elfes de maison, continuez avec votre arrivée bêtement précipitée à Sainte Mangouste pour aller chercher la médicomage Alvarez, puis terminez avec votre punition consistant à vous occuper de moi.
- Ce n'est pas une punition ! claqua-t-elle, avant d'ajouter tardivement : professeur.
Il ne fit pas de commentaire, mais haussa un sourcil, l'expression moqueuse, parfaitement conscient que cette attitude l'agaçait. Comme elle agaçait la plupart des gens qu'il connaissait, d'ailleurs.
Elle reprit sa place dans le fauteuil à côté du lit et glissa bizarrement ses mains sous ses cuisses.
- Je n'ai pas fait grand-chose, concernant les elfes de maison, vous savez.
- La fausse modestie ne vous va pas. Avec votre implication des elfes de maison, vous avez à vous seule déréglé l'équilibre des lignées des grandes Familles et les liens des elfes habituellement noués avec les familles de sorciers les plus anciennes et les plus établies. Vous avez mis le Seigneur des Ténèbres en colère, car leur aide a dérangé plusieurs de ses plans – même si je ne pense pas qu'il ait actuellement compris que ça venait d'eux. Vous avez presque causé ma mort et avez réussi à plonger l'Ordre du Phoenix dans le chaos. Vraiment Granger, je ne pense pas que même Potter, aussi agaçant qu'il soit, ait réussi à renverser autant de plateaux de thés d'un seul coup.
- Harry n'est pas… Oh peu importe, souffla-t-elle avant de revenir au cœur du sujet. Ça ne s'est pas passé comme ça. Vraiment pas. Ça fait des années que je m'intéresse aux elfes de maison.
- Je suis parfaitement au courant de vos tristes et douloureux efforts avec la SALE.
- C'est S. A. L. E. Et mes efforts n'était pas tristes, se défendit-elle, outragée. En plus, c'est grâce à ces efforts que la matriarche de Poudlard, Lonny, m'a remarquée. Et je n'avais aucune idée qu'elle allait me donner – à ma famille je veux dire – une lignée d'elfes de maison.
Son agacement envers lui s'atténua face à l'exaspération qu'elle éprouvait devant les actions des elfes de maison.
- Je ne suis même pas sûre de comprendre ce que ça implique, dit-elle en levant les mains en l'air.
Elle prit une profonde inspiration et replaça ses mains sous ses cuisses avant de poursuivre.
- J'avais bien remarqué que la magie des elfes de maison est différente de la nôtre et qu'ils ne sont pas bloqués par des barrières anti-intrusion ou des sorts de protection, donc ça avait du sens de leur demander de l'aide. Ils ont accepté, c'est tout.
Elle redevint silencieuse quelques instants, avant de demander, d'une voix faible :
- Vous a-t-il réellement torturé à cause de moi ?
- Les Gryffondors et leur complexe du sauveur, soupira Severus.
Comme elle avait vraiment l'air en détresse, il brisa une longue tradition et décida de lui répondre.
- Le Seigneur des Ténèbres ne sait pas que les elfes de maison aident l'Ordre en enlevant ses cibles potentielles avant qu'il ne les atteigne. La plupart des sorciers ne remarquent même plus les elfes de maison. Ce serait inconcevable pour un sorcier qu'un elfe de maison puisse – ou même veuille – agir comme ils le font actuellement. C'est pour cette raison que le Seigneur des Ténèbres a trouvé adéquat de me renvoyer dans l'Ordre pour découvrir la défense secrète d'Albus. Son choix de méthode pour me renvoyer n'était qu'un amusement pour lui, pas une conséquence qui vous est imputable, ajouta-t-il dans un haussement d'épaules indifférent.
De façon intéressante, Granger prit une teinte blanche à cette dernière phrase.
- Il… Il vous a presque tué !
Un instant surpris, parce que qu'elle semblait outrée pour lui, il ne put s'empêcher de rire. Jusqu'à ce qu'une douleur aigue traverse ses côtes meurtries toujours en guérison. Il enroula un bras étroitement autour de lui et la regarda dans les yeux.
- Ne soyez pas indignée pour moi, c'est du gâchis. Je suis un espion pour l'Ordre, Granger. Je suis l'espion du Seigneur des Ténèbres. Je n'ai ni passé, ni futur, seulement le présent. Et dans le présent, je suis toujours en vie et capable de continuer les tâches qui m'incombent.
- Mais…
- Assez, dit-il en coupant l'air d'une main. Dites-moi ce que vous avez fait avec Alvarez.
Elle ne voulait pas stopper cette conversation. Il pouvait le voir dans la rigidité de son dos et la manière dont ses mains s'agrippaient douloureusement à ses jambes, mais sa compassion supposée le mettait mal à l'aise et il ne voulait pas creuser ce sujet. S'en soucier signifierait que quelqu'un serait finalement blessé. S'en soucier signifiait que vous commencez à penser à un futur, à faire des plans, à avoir des rêves. Il avait abandonné ses rêves et n'avait aucun futur.
- Alvarez ? répéta-t-il, alors qu'elle rechignait à parler.
Elle fut parcourue d'un faible tremblement, accompagné d'un son frustré étouffé et conclu par un soupir. Il avait vu ce type de réaction assez souvent chez Minerva pour savoir que Granger ferait ce qu'il lui demandait, même si elle n'en avait pas envie.
- Quand vous étiez blessé, personne ne semblait vouloir faire quoi que ce soit. Ca me dérangeait alors j'ai parlé à Dumbledore, mais il m'a dit que madame Pomfresh était partie. Vous étiez en train de mourir, dit-elle en agrippant de nouveau ses jambes furieusement, et je ne pouvais pas rester là à ne rien faire à… à me tourner les pouces. Je me suis souvenue de notre visite à la médicomage Alvarez et l'instant d'après, j'étais dehors.
- Sans aucun plan ?
- Non, admit-elle en secouant la tête.
- Sans savoir comment faire venir Alvarez pour me voir ?
- Non, répondit-elle à nouveau, visiblement embarrassée. Je n'ai même pas pensé au Fidelitas, c'est la médicomage qui m'a proposé d'utiliser le sortilège Somnambul.
- Donc, sans réfléchir au danger dans lequel vous pouviez mettre l'Ordre – y compris votre précieux Potter – vous êtes allée à Saint Mangouste.
Elle était désormais rouge de honte et avait les épaules basses.
- Oui.
- Je vois.
De nouveau, le silence s'étira jusqu'à ce que Granger reprenne la parole.
- Vous ne criez pas.
Il laissa échapper un souffle amusé.
- Devrais-je crier ?
- Oui. Enfin… Je veux dire… Oui. Vous criez tout le temps…
Elle s'interrompit brusquement avant de reprendre.
- Je suis allée contre les ordres de Dumbledore. J'ai mis l'Ordre en danger. J'ai menti. Vous avez dit que je devais apprendre à réfléchir et je ne l'ai pas fait. J'ai réagi. Et maintenant, vous ne criez pas alors que vous devriez. Vous êtes déçu. Et vous ne voudrez probablement plus m'enseigner. Et vous…
- Avez-vous terminé ?
Hermione stoppa sa tirade à cette interruption.
- Je… Vous… Oui.
- Bien. Vous avez fait plusieurs choses correctement. Vous avez fait plusieurs erreurs. Vous avez géré mon arrivée à Grimmaurd, une situation de crise, avec aplomb. Miss Granger, je n'essaie pas de vous obliger à utiliser une logique froide et stricte dans toutes les situations. Les gens sont rarement logiques, même quand ce serait dans leur intérêt de l'être. Ils ne réagissent pas à la lettre comme le conseillent les livres. Et, finalement, ce n'est pas le but de ce que j'essaie de vous enseigner.
Il ferma les yeux un instant et les rouvrit.
- Ce n'est pas un examen. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. A ma plus grande horreur, vous êtes une Gryffondor. Vous allez réagir comme une Gryffondor. Mais il n'y a aucun mal à combiner cette tendance avec ce qu'on pourrait appeler une « intelligence Serpentard », c'est-à-dire penser à ce que vous allez faire et à ce que les autres vont faire. Je veux que vous réfléchissiez au-delà des règles et des livres. Par-dessus tout, je veux que vous pensiez à la myriade de conséquences qui peuvent résulter d'une seule action. Il y a toujours des conséquences. Je veux que vous appreniez à choisir la meilleure de ces conséquences. Alors dites-moi la première erreur que vous avez faite ici.
- Je suis allée chercher le docteur Alvarez sans autorisation.
Il roula des yeux et elle rougit de nouveau.
- La première, Granger. Allez chercher Alvarez n'était pas votre première erreur.
Quand il la vit hésiter, il répondit à sa place.
- Vous avez quitté la maison sans dire à qui que ce soit où vous alliez. Vous auriez pu être capturée. L'Ordre n'aurait jamais su où commencer les recherches. Je peux vous assurer que voir le Seigneur des Ténèbres me donner votre cadavre ensanglanté pour que je le rapporte à Potter ne m'aurait pas rendu heureux. Maintenant, commençons par le début et réfléchissons ensemble aux choix que vous aviez à chaque étape pour voir si c'était la bonne ou la mauvaise décision.
- Vous voulez qu'on refasse chaque étape ?
- N'êtes-vous pas à ma disposition ? Avez-vous quelque chose de mieux à faire ?
Elle s'agaça face au sarcasme, mais son regard changea et eut une lueur agacée et – peut-être, s'il l'interprétait correctement – amusée. Il se demanda ce que ça ferait d'avoir quelqu'un d'autre qu'Albus qui serait capable de lui répondre. Mais il écrasa aussitôt ce désir fragile de connexion. C'était s'en soucier, à nouveau. Et s'en soucier le conduirait à se faire tuer, s'il n'était pas assez prudent.
- Non, professeur. Je n'ai rien de mieux à faire, puisque vous savez parfaitement que je dois prendre soin de vous.
- Bien. Commençons, alors.
Hermione baissa la tête, mais pas assez vite : Severus la vit rouler des yeux. Il devrait se souvenir de l'embêter pour ça, un peu plus tard.
Elle était totalement rincée.
Elle était fatiguée au point de ne même plus porter d'attention aux titres inscrits sur les tranches des livres qu'elle parcourait du doigt, dans l'étagère de la bibliothèque des Black. Elle ne les lisait pas vraiment, elle attendait de voir lequel lui sauterait dans les bras. Une pensée dangereuse, d'ailleurs, puisqu'il s'agissait de livres de sorcellerie et qu'il n'était pas impossible que l'un d'eux essaie de sauter et de la mordre. Mais en vérité, elle était trop fatiguée pour s'en inquiéter.
Alors, ses pensées faiblement tournées sur la nature de livres potentiellement agressifs, Hermione continua à parcourir les étagères en quête d'un livre qui pourrait occuper le professeur Snape pendant son confinement.
Elle ne pouvait même pas dire qu'elle faisait quelque chose de particulièrement physique. Tout ce qu'elle avait fait était de répondre aux questions de Snape. Beaucoup de questions… dont les réponses amenaient inévitablement d'autres questions. Elle avait seulement eu un peu de répit pendant les repas et les moments de soin. Ensuite, l'interrogatoire avait systématiquement recommencé.
Et ça avait été un interrogatoire.
Les Aurors et Scotland Yard n'avaient rien à apprendre à Severus Snape quand il s'agissait d'obtenir une réponse. Même passer ses examens ne serait probablement pas aussi exténuant.
Elle était presque sûre que son cerveau avait désormais la consistance du porridge. Celui grumeleux, avec des raisins.
Et le pire de tout, c'est qu'elle était maintenant certaine que cet homme la prenait pour une imbécile finie. Elle n'avait rien fait correctement. Enfin, si, une partie honnête d'elle-même lui rappela qu'elle lui avait sauvé la vie. Mais après ça, elle n'avait rien fait de bien. Il avait été visiblement déçu. Juste au moment où elle pensait avoir gagné un peu de son respect.
C'était tellement déroutant de discuter avec lui. Il avait la capacité de lui donner envie de crier de frustration et, l'instant d'après, elle le trouvait drôle – d'une manière totalement sombre et tordue. C'était des émotions frustrantes et elle n'avait aucune idée de la manière de les gérer. Harry et Ron, d'habitude, savaient la faire crier de frustration ou rire. Mais jamais les deux en même temps.
Et penser à Snape ne l'amenait nulle part et lui donnait juste l'impression de remuer le porridge entre ses oreilles.
Son ongle s'accrocha le long d'un volume en cuir sur les herbes. Non, décida-t-elle. Pas celui-là.
Des sortilèges domestiques ? Définitivement non.
- Miss Granger ?
Hermione se détourna de l'étagère.
- Bonsoir, professeur Vector, lui répondit-elle.
- Vous cherchez quelque chose à lire ? demanda-t-elle en faisant un signe de tête vers la bibliothèque.
- Pas pour moi, pour le professeur Snape.
Vector eut un rire amusé.
- Bonne chance avec lui. Essayez peut-être quelque chose sur la magie théorique. Ça pourrait l'occuper un moment, pour qu'il ne soit pas sur votre dos.
- Merci. Je vais essayer ça.
- Si vous me le permettez, miss Granger, vous semblez un peu fatiguée.
Hermione ne put retenir son grognement.
- Pardon, professeur. Je suis fatiguée oui. Le professeur Snape avait beaucoup de questions, aujourd'hui, et il est très minutieux.
- Minutieux ? Je crois que le mot que vous cherchez est implacable. J'ai travaillé sur des équations arithmantiques pour quelques expériences en potions du professeur Snape. Les Poufsouffles ne sont pas les seuls qui ont des tendances de blaireau tenace.
Hermione s'étouffa et toussa, alors que l'image d'un Snape habillé de noir et de jaune canari lui vint brusquement à l'esprit.
- Oui, ajouta Vector avec des yeux pétillants de malice, l'imaginer à Poufsouffle m'a fait le même effet, la première fois.
Quand Hermione rit, Vector eut un sourire.
- Voilà, jeune fille. Ne laissez pas le professeur Snape vous user. Je vais même vous confier un secret : il aboie plus méchamment qu'il ne mord.
- Merci, professeur, dit Hermione et secouant la tête.
Après une pause, elle interpella le professeur Vector.
- Professeur ?
- Mmm ?
- Je voulais juste vous dire que votre matrice, l'autre nuit, était… je n'ai même pas de mots pour le dire. Les tableaux numériques, les équations, les… Je ne sais pas par où commencer.
L'air amusé de Vector s'estompa et elle fixa Hermione un moment, jusqu'à ce qu'elle ait l'impression d'être sous le regard inquisiteur de Snape.
- Voudriez-vous voir mes calculs, miss Granger ?
- Vraiment ? demanda-t-elle, surprise.
Vector rit de nouveau.
- Miss Granger, je crois que vous êtes la seule personne dans cette maison qui soit excitée de voir les équations arithmantiques qui ont mené à la création de la matrice de l'Ordre.
- L'arithmancie a toujours été ma matière préférée à Poudlard.
Vector lui adressa de nouveau un regard inquisiteur, mais Hermione, qui soudain n'était plus du tout fatiguée, était bien trop excitée à l'idée de voir les équations pour y faire attention.
Et voici pour cette semaine. Je sais que ça vous semble court, mais croyez-moi, les chapitres s'allongent au fil du temps (je le vois au temps que je passe à les traduire). J'espère que ça vous a plu ! L'histoire commence juste :)
N'hésitez pas à me laisser vos encouragements en partant, merci d'avance et belle semaine à tous. A dimanche prochain.
Lena.
