Merci à Jenny4594, Cora Velena et P-lette pour leurs encouragements qui me vont droit au coeur. Merci aussi à ceux qui ont follow/fave, j'en suis fort ravie!
Voici donc les rencontres 3 et 4. Suivant vos réactions je posterai la cinquième (plus longue) en deuxième partie de semaine donc n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ou même juste me dire si vous voulez la suite. Je prends l'tout :)
La troisième fois que Drago vit Hermione Granger, il avait eu six mois de plus pour s'y préparer. Sa mère allait enfin être libérée, et Drago avait vite calculé qu'il y avait de fortes chances que Granger soit dans les parages puisqu'elle avait suivi l'affaire. Il put constater qu'il ne s'était pas trompé lorsqu'il arriva aux grilles de la prison. Elle avait encore le nez dans un livre, nota-t-il en arrivant à sa hauteur. Il n'osa rien dire, il avait l'impression qu'il avait perdu le droit de jamais l'importuner. Baisser la tête était devenu une habitude bien trop confortable de toutes façons.
Granger finit cependant par le remarquer et referma son livre.
-Malfoy, salua-t-elle d'un ton neutre.
-Granger, répondit-il dans un marmonnement, toujours aussi peu éloquent en sa présence.
-D'après les rapports réguliers que nous avons reçu, ta mère a été maintenue en bonne santé et n'a pas trop souffert de son emprisonnement.
Il acquiesça, toujours incapable de parler.
-Le ministère m'a chargée de suivre sa réintégration au monde des sorciers, continua Granger qui semblait s'accommoder de son silence. Je pense qu'elle aura besoin de calme et de pouvoir profiter de sa liberté pendant quelques temps, alors je n'ai pas l'intention de lancer le suivi rapidement. Je vous enverrai un hibou d'ici un mois pour faire le point.
Drago hocha la tête, silencieux toujours. Granger cessa de parler, lui adressa un dernier regard un peu curieux, puis elle replongea dans son livre en attendant que les gardes acheminent Narcissa Malfoy jusqu'à eux.
Après quelques interminables minutes, Drago parvint à s'éclaircir la gorge.
-Merci, articula-t-il en fin de compte.
Elle sembla stupéfaite et décrocha lentement les yeux de son livre pour lui adresser un regard interloqué, comme si elle avait du mal à croire qu'il avait vraiment prononcé ce mot-là. Drago se sentit idiot et pas à sa place, alors il baissa la tête. Granger resta à le dévisager un moment puis reprit sa lecture.
Quelques instants silencieux de plus, et Drago vit enfin sa mère au bout du chemin. Il soupira de soulagement et sentit son cœur s'emplir d'espoir à la vue familière de la matriarche Malfoy. Narcissa offrit un sourire fatigué mais bien présent à son fils avant de le serrer dans ses bras une fois arrivée à sa hauteur. Drago se sentit tout petit et accueillit l'étreinte comme un enfant égaré qui retrouve enfin le chemin de la maison. Sa mère ne lâcha pas sa main lorsqu'elle échangea quelques mots polis avec Granger. Drago n'écouta pas vraiment, trop occupé à s'émerveiller de l'équilibre retrouvé à la simple vue de sa mère soudain libre.
Narcissa tira sur sa main pour l'inciter à la suivre après avoir salué Granger, et Drago dut se faire violence pour revenir à lui. Il emboîta le pas à sa mère non sans avoir jeté un dernier regard à Granger. Il glissa un au revoir maladroit tout bas, même lui n'était pas sûr d'avoir vraiment prononcé les mots adéquats. Granger le regarda un instant, un air indéchiffrable sur le visage, puis elle lui offrit un très léger sourire avant de sortir sa baguette pour transplaner.
Drago se surprit à se demander quand serait leur prochaine rencontre.
oOo
La quatrième fois que Drago Malfoy vit Hermione Granger, ils ne s'étaient pas croisés pendant deux mois, et il faillit s'étouffer avec son café matinal. Il était occupé à lire sur la terrasse –une activité qu'il ne lâchait plus depuis la fin de la guerre– lorsqu'il avait entendu sa mère saluer quelqu'un non loin. En levant les yeux, il avait eu la surprise de croiser les yeux noisettes de Granger. Il fit de son mieux pour ne pas recracher sa gorgée de café, mais la quinte de toux qui suivit fut douloureuse. Granger ne put s'empêcher de laisser un léger sourire amusé se glisser sur ses lèvres et Drago se sentit encore plus gêné. Il baissa la tête et reprit son livre pour se donner contenance. Sa mère le sauva en déclarant qu'elle parlerait avec Granger dans le salon et elles s'éloignèrent.
Drago allait reprendre sa lecture lorsqu'un souvenir particulièrement désagréable l'assaillit. Granger. Le salon Malfoy. C'était somme toute une très mauvaise idée, réalisa-t-il avec horreur, conscient qu'elle y avait été torturée des années plus tôt.
Le jeune homme se leva comme sur ressort et rattrapa les deux femmes.
-Mère, évitons le salon, veux-tu ? Déclara-t-il en haletant légèrement. Pourquoi ne pas boire un thé dans le jardin d'hiver ? Le soleil ne tape pas encore sur les vitres donc il devrait faire frais.
Narcissa sembla surprise un court instant, puis elle réalisa d'où venait la réaction inattendue de son fils. Elle acquiesça silencieusement, soudain consciente de son faux pas.
-Soit, concéda-t-elle. Emmène notre invitée là-bas, je vais nous chercher du thé.
Drago pesta intérieurement, il n'avait aucune envie de passer plus de temps que nécessaire en présence de Granger. Elle le mettait mal à l'aise et il n'avait rien à lui dire. Mais l'image de Granger écroulée au milieu du salon, hurlant de douleur sous la torture, le ramena brutalement à la réalité de ses méfaits et de son inaction. Guider Granger dans un endroit moins chargé de douleur, c'était bien la moindre des choses.
Lorsqu'elle fut installée, elle lui offrit un léger sourire reconnaissant. Drago ne sut pas comment réagir, une fois de plus perturbé par l'absence de repères dans ce monde d'après guerre. Il finit cependant par trouver une bribe de courage et releva les yeux vers elle.
-Lisette LeLapin, articula-t-il difficilement sous son regard surpris. C'était intéressant.
-De rien, répondit-elle.
-Je n'ai pas dit merci, s'emballa-t-il, presque nerveusement.
-Oh.
Elle parut vouloir le déchiffrer un instant, et il aurait voulu reprendre le contrôle de ses mots, mais il avait usé de tout son courage pour l'instant.
-Merci de m'avoir évité le salon, dit-elle en fin de compte. J'apprécie le geste.
Il n'avait rien à répondre, c'était encore plus définitif que toutes les autres fois où il aurait voulu parler. Comment pouvait-elle le remercier alors même qu'il avait permis qu'on la violente sous ses yeux dans ce même salon des années plus tôt ? Il sentit la nausée le gagner et battit en retraite.
-Pardon... ma mère ne devrait pas tarder, marmonna-t-il. Pardon.
Il s'enfuit sans demander son reste, trop honteux et un peu triste. Il réalisait soudain que la jeune femme avait cessé d'être une saleté à ses yeux depuis bien longtemps. Pourtant il avait la certitude que de sales mots étaient encore gravés dans la chair du bras de Granger, cicatrices ineffaçables d'un passé violent. La nausée ne le quitta plus, et il ne chercha pas à recroiser Granger ce jour-là. Il avait été naïf de penser qu'il finirait un jour par reprendre le dessus.
