Bonjour et bonne lecture !


« Tra ... Quoi ? »

« Chemin de Traverse, dit Sirius, en riant. C'est là où se trouve Gringotts. »

« Gringotts ? »

« La banque. Attends juste une seconde. »

Sirius s'était arrêté et avait sorti son bâton de sa poche. Il commença à se parler dans une autre langue – un langage qui semblait inventé de toutes pièces, selon Harry – avant de se tapoter le bras.

« Comment tu as fait ça ?! » demanda Harry, ébahi.

Patmol était maintenant blond avec des yeux bleus et un visage plus rond qu'auparavant.

« Reste tranquille », dit Patmol en tapotant la tête de Harry.

« A quoi je ressemble ? » demanda Harry, excité.

Patmol agita son bâton de nouveau et un miroir apparut. Harry l'attrapa pour observer son nouveau visage. Ses cheveux étaient aussi ébouriffés qu'avant, mais ils étaient plus proches du brun clair et ses yeux étaient bleus au lieu de verts.

« Comment tu as fait ça ? » répéta Harry.

« Magie » répondit Patmol, en jouant avec son bâton.

« Ça n'existe pas la magie » déclara Harry, par automatisme.

Mais comment aurait-il pu faire ça autrement ? lui souffla une petite voix dans sa tête.

« Pourquoi ça n'existerait pas ? » l'interrogea Patmol, légitimement.

« Juste ... Parce que » termina Harry, sans conviction.

« Ça existe » promit Patmol.

Harry le fixa, pas vraiment convaincu.

« Tu peux m'en montrer plus ? »

Patmol réfléchit un instant, jeta un rapide coup d'œil aux alentours et agita ensuite son bâton.

« Wingardium Leviosa. »

Harry sentit le sol disparaître sous ses pieds. Il baissa les yeux et remarqua, avec un petit cri de surprise, qu'il était en train de flotter. Il se trouvait désormais au-dessus de la tête de Patmol et le coup de pied qu'il donna ne toucha rien d'autre que de l'air.

« Tu me crois maintenant ? » demanda Patmol, en souriant.

Harry acquiesça, incertain de pouvoir parler, et se sentit descendre doucement vers le sol.

« Tant mieux, parce que sinon j'aurais dû te laisser là. »

Harry laissa échapper un rire tremblant.

« Alors, tu es un ... »

« Un quoi ? »

« ... sorcier ? » dit Harry, tout doucement.

« C'est ça. »

« Et c'est une baguette magique ? » dit-il en fixant le bâton de bois avec un intérêt nouveau.

« Exactement. »

« Je peux essayer ? » laissa-t-il échapper.

« Avec ma baguette ? demanda Patmol, réfléchissant un peu avant de hausser les épaules. Bien sûr. »

Harry l'accepta avec précaution, s'attendant presque à ce qu'elle le morde.

« Qu'est-ce que je dois faire ? »

« Essaye ... Dis 'Lumos'. »

« Lumos » dit Harry.

Il y eut un minuscule éclat de lumière au bout de la baguette de Patmol, si petit qu'il était difficile à apercevoir.

« C'est censé faire ça ? »

« D'habitude, c'est plus lumineux, expliqua Patmol, en haussant les épaules. Mais ma baguette n'est pas toujours prévisible avec les autres. »

« Lumos » répéta Harry, en l'agitant un peu.

La pointe de la baguette se mit alors à briller jusqu'à ce que c'en devienne presque aveuglant.

« 'Nox' ! » s'exclama Patmol, en se couvrant les yeux.

« Nox ! » s'empressa de dire Harry.

La baguette s'éteignit, suivie par tous les lampadaires environnants.

« Tu vas être un sacré sorcier » dit Patmol, en secouant la tête.

« Je ne suis pas un sorcier, déclara Harry, tandis que les lèvres de Patmol se serraient comme s'il savait quelque chose que Harry ignorait. Je ne peux pas l'être ! »

« Vraiment ? Il ne t'est jamais arrivé des choses étranges ? Tu n'as jamais fait des choses que tu ne pouvais pas expliquer ? »

« C'était de la magie ? » s'exclama Harry, les yeux écarquillés.

« Probablement. Tu pourras m'en parler sur la route pour Londres. Recule. » dit Patmol, en souriant.

« Comment va-t-on aller à Londres ? demanda Harry, tandis que Sirius agitait sa baguette. Tu as une voiture magique ? »

Avec un grand bang, un bus violet à trois étages se matérialisa. Harry le détailla avec les yeux écarquillés.

« Pas exactement, dit Patmol sur le ton de la conversation. Pour deux, s'il vous plaît. »

Patmol donna une énorme pièce d'or et quatre argentées à l'homme trapu et mal rasé qui venait d'émerger du bus.

« Mais ... bafouilla Harry, fixant toujours le bus qui venait d'apparaître de nulle part. Mais ... »

« Plus tard » promit Patmol.

« Merci monsieur, siffla l'homme, en rangeant dans sa poche l'étrange monnaie de Patmol. Bienvenue à bord du Magicobus. Je suis Jeremy Phillips et je serais votre conducteur ce soir. Où souhaitez-vous aller, messieurs ? »

« Londres. Le Chaudron Baveur, répondit Patmol. Allez viens, gamin. »

Harry grimpa dans le bus en trébuchant derrière son parrain, incapable de retenir un petit sourire. Tandis que les Dursley l'avaient toujours appelé 'garçon' en évitant de prononcer son nom, Patmol s'adressait à lui en disant 'gamin' avec le même ton qu'il utilisait pour dire 'Harry' et il n'y avait rien de méchant là-dedans. Cela faisait du bien, pensa Harry, que l'on s'adresse à lui comme un être humain.

« Vous avez des bagages ? »

« Juste ça » répondit Patmol, en montrant le sac à dos de Harry sur son épaule.

« Un préférence pour le siège ? »

« On ne va pas dormir ... Un endroit où on pourrait parler sans être interrompu par d'autres passagers serait formidable. »

« Suivez-moi. » dit Jeremy, alors que le bus se lançait en avant.

Harry serait tombé si Patmol ne l'avait pas rattrapé. Ils furent guidés par un petit escalier branlant jusqu'à l'étage le plus haut bus, où quatre lits à baldaquin étaient attachés au sol.

« Vous avez l'embarras du choix, déclara Jeremy. Je serais en bas si vous avez besoin de moi. Sinon, j'espère que vous apprécierez votre voyage et je vous ferais savoir quand nous serons arrivés au Chaudron Baveur. »

« Merci » dit Patmol, en s'effondrant sur le lit le plus proche.

Harry s'assit sur l'autre. Jeremy leur adressa un petit signe de la main et commençait à descendre lorsque le bus sembla faire un nouveau bond en avant. Il prit de la vitesse, se faufilant au milieu d'un trafic que Harry n'avait jamais vu à Privet Drive.

« C'est pas dangereux ? » demanda-t-il, les mains agrippées au couvre-lit.

« Ça aide si tu ne regardes pas par la fenêtre » répondit Patmol.

Harry – qui venait de crier alors que le bus avait évité de justesse un groupe de coureurs – était plutôt d'accord.

« Alors, dis-moi à propos de la magie que tu as utilisée » proposa Patmol, qui s'était assis et regardait Harry avec intérêt.

« Euh ... Ok, alors, commença Harry. La semaine dernière, je crois que j'ai changé la perruque de ma maîtresse en bleu ... »

Harry n'était pas sûr de savoir depuis combien de temps ils étaient à bord du bus, mais le temps passa rapidement ; Harry avait parlé de Mme Peterson et comme Patmol semblait vraiment intéressé, il lui avait aussi parlé de la fois où il avait fini sur le toit des cuisines de l'école.

« Tu te souviens comment t'es arrivé là-haut ? » demanda Patmol, une fois qu'il eut fini de rire.

« J'ai pensé que c'était le vent » répondit Harry en secouant la tête.

« Je pense que tu as transplané » dit Patmol, après mûre réflexion.

Harry fit une grimace en entendant ce nouveau mot mais ne commenta pas. Il rangea sa question dans la partie 'à demander plus tard' dans un coin de sa tête.

« Si tu t'étais fait léviter, tu aurais réalisé ce qui t'arrivait ... Aaargh ! »

Il glissa du lit et tomba par terre dans un bruit sourd lorsque le bus s'arrêta soudainement. Harry avait simplement évité le même destin en s'accrochant à la barre du lit.

« Chaudron Baveur, Londres ! » cria Jeremy, en bas des escaliers.

« C'est notre arrêt » dit Patmol doucement, tout en se relevant.

Harry conserva son expression prudente et impassible, ne voulant pas rire. Patmol le remarqua.

« Oh allez » commença-t-il, avec un sourire. « Ça devait vraiment avoir l'air stupide. »

« Non, ça ... Bon d'accord » admit Harry, en essayant et en échouant à retenir un rire, tout en récupérant son sac à dos.

« Je pensais bien » répliqua Patmol avec un sourire, tandis qu'il menait Harry dans le petit escalier tournant.

« Merci » dit Harry à Jeremy, tandis qu'ils sortaient du bus et rejoignaient cette nuit froide de février.

« Bonne nuit à vous. »

Le Magicobus disparut avec un bang, ce qui fit largement sursauter Harry.

« Par là » dit Patmol, dont la bouche frémissait.

« Tu peux rire » déclara Harry, en emboîtant le pas de son parrain. « Tu m'as bien laissé le faire tout à l'heure. »

Mais Patmol ne le fit pas. Au lieu de ça, il sourit.

« Tu ressembles vraiment beaucoup à Lily. »

Harry rayonnait. Je suis comme ma mère ... pensa-t-il joyeusement. Je ressemble à Papa, mais j'ai les yeux et la personnalité de Maman ... C'était étrange de se sentir excité à l'idée d'être comparé à des gens dont – avant ce soir – il ne savait rien. Des gens disaient toujours à Dudley qu'il ressemblait à l'Oncle Vernon, et même si cela faisait beaucoup rire Harry – il aurait détesté être comparé à son oncle – il avait aussi toujours été un peu jaloux, que Dudley puisse ressembler à l'un de ses parents.

« Tu vas où, Harry ? » demanda Patmol.

Harry se tourna et aperçut son parrain quelques pas derrière, luttant pour garder un air sérieux.

« Au Chemin de Travers ? »

« Traverse, corrigea Patmol, en riant désormais. C'est par ici. »

Harry dit demi-tour et adressa un sourire penaud à son parrain avant de se diriger vers la porte d'un pub à l'aspect crasseux. L'intérieur sentait vaguement la fumée, et comme l'heure du dîner était proche, le pub était plein de clients bruyants.

« Bienvenue au Chaudron Baveur » murmura Patmol, la main toujours posée sur l'épaule de Harry, tandis qu'ils se frayaient un passage dans la foule.

« Qu'est-ce que c'est que ça ?! » chuchota Harry, fixant une petite créature avec un long nez, des oreilles pointues et des yeux noirs et perçants.

« Un gobelin, murmura Patmol. Ne le fixe pas, ne le fixe pas, ils n'aiment pas – non, il nous a vus. »

Le gobelin se mit à sourire en révélant des dents blanches et pointues et agita une longue main dans leur direction. Patmol lui rendit le signe, en frissonnant.

« Ils sont effrayants et ils le savent. »

Ils poursuivirent leur avancée parmi la masse de clients.

« Très professionnel, cela dit, les gobelins, dit-il. Tant mieux pour nous, d'ailleurs. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Patmol réfléchit une minute.

« Moins tu en sais, Harry, déclara-t-il calmement. Mieux c'est pour ta sécurité. Pour l'instant, du moins. »

L'expression de Harry s'assombrit et Patmol reprit la parole.

« J'ai beaucoup de choses à t'expliquer, mais ce n'est pas le bon moment. Excusez-moi. » dit-il sur un ton bourru.

Une femme marmonna quelque chose et s'écarta. Patmol guida Harry jusqu'à une petite cour entourée de murs, occupée seulement par une poubelle et un chat à l'air hautain. Harry balaya l'endroit d'un œil incertain, tandis que Patmol s'avançait.

« Je ne me souviens jamais de la combinaison » grommela-t-il, en touchant le mur avec sa baguette.

« La combinaison ? »

« Tu en as besoin pour entrer sur le Chemin de Traverse. Trois en haut ... Un par là, ou deux ... ? » murmura Patmol.

Il fut silencieux un moment puis reprit la parole.

« Ah, oui. Recule, Harry. »

Il leva sa baguette et s'arrêta ensuite. Il se tourna vers Harry avec un air sérieux sur le visage.

« Une fois qu'on sera sur le Chemin de Traverse, j'ai besoin que tu restes proche de moi, d'accord ? »

Harry acquiesça.

« Continue de m'appeler Patmol. Si tu dois te présenter, ne mentionne pas ton nom de famille – je t'expliquerais plus tard, dit-il avec une grimace. Et, quoi qu'il se passe, ne laisse personne voir ta cicatrice. »

La main de Harry traça machinalement la forme familière qui barrait son front.

« A part ça, tout devrait bien se passer ; avec un peu de chance, personne ne sait encore que tu es avec moi et nous devrions être partis avant qu'ils ne s'en rendent compte. »

« Et tu expliqueras tout ? »

« Parole de maraudeur » déclara Patmol, avec un clin d'œil.

Les yeux de Harry se plissèrent.

« Laisse-moi deviner : plus tard ? »

« Brillant ce gamin » fit remarquer Patmol, tout en appuyant sa baguette sur le mur de la cour.

Avec un grondement, une brique commença à trembler et sortit de sa place, laissant un trou derrière elle. Harry regarda le trou s'agrandir, et quelques briques bougèrent encore jusqu'à ce que lui et Patmol se trouvent devant une grande arche. Le pub était toujours derrière eux – il pouvait toujours sentir la fumée des pipes et entendre le bruit des discussions – mais de l'autre côté de l'arche, il pouvait voir une rue pavée et sinueuse.

« Bienvenue sur le Chemin de Traverse » déclara Patmol, lorsqu'ils y entrèrent.

Harry était incapable de savoir où il devait regarder en premier ; malgré l'heure, il y avait encore un certain nombre de personnes réunies à l'extérieur des boutiques et devant les étales. Ils portaient tous des robes similaires à celle de Patmol, et certains arboraient des chapeaux pointus. A part ça, ils ne semblaient pas si différents des autres personnes que Harry connaissait. Ils n'avaient certainement pas tous des longues barbes ou des nez avec des verrues, bien que Harry ait vu une femme à l'air austère avec un grand sac rouge brillant tenir un crapaud. Derrière Harry, Patmol soupira.

« C'est bon d'être de retour, murmura-t-il. Par là. »

Harry le suivit à contrecœur, désireux de continuer à découvrir les alentours. Il resta proche de son parrain – ça aurait été trop facile de se perdre ici – mais ses yeux observaient tous les endroits où ses pieds ne pouvaient pas aller ; il vit un vieil homme chétif vendre des chaudrons, une belle et jeune sorcière vendre des amulettes de protection et un garçon aux cheveux roux à peine plus âgé que Harry sur ce qui semblait être un balai, poursuivi par sa mère et un autre garçon tout à fait identique qui riait et s'excusait auprès des gens que le garçon sur le balai avait percutés. Derrière eux venaient deux autres enfants aux cheveux roux, un garçon qui avait l'air d'avoir le même âge que Harry et une fille qui était un peu plus jeune, qui percuta Patmol.

« Désolé » dit le garçon, tandis que lui et sa sœur les dépassaient.

« Pas de problème » dit Patmol, les yeux fixés sur le garçon sur le balai.

« Est-ce qu'il vole ? » demanda Harry, en observant la famille ; la mère l'avait attrapé et était en train de crier sur son fils.

Patmol hocha la tête et sourit d'un air nostalgique.

« C'est quelque chose que James et moi aurions pu faire » dit-il, en regardant le jumeau boudeur désormais. Sauf que ça aurait été Lunard qui nous aurait pourchassés, par la mère de James. »

« Lunard ? »

« Un des anciens amis de ton père », dit Patmol, en recommençant à marcher.

Harry ne l'imita pas.

« Il est ... Harry ? »

Du coin de l'œil, Harry vit Patmol se tourner et se rapprocher de lui. Il était en train de parler mais Harry n'entendit pas ; Il était trop occupé à regarder l'étal de journaux. Sur la première page de chacun d'entre eux s'étalait une photo de Patmol – avec des cheveux noirs comme il les avait quand Harry l'avait rencontré – en dessous du titre 'AVEZ-VOUS VU CE SORCIER ?'. Harry ne savait pas s'il était plus choqué par ça ou par le fait que la photo bougeait, comme une télévision miniature sans son.

« C'est toi ? » demanda Harry à travers ses lèvres engourdies quand Patmol fut assez proche pour l'entendre.

« Oui. Harry ... »

« Qu'est-ce tu as fait ? » demanda Harry, en se demandant ce qu'il avait bien pu faire pour finir en première page des journaux.

« Je suis innocent, souviens-toi » dit Patmol.

Harry acquiesça machinalement.

« Je ... C'est une longue histoire » dit-il avec une grimace, écartant une mèche de cheveux de son visage.

Patmol prit une longue inspiration, l'air triste.

« Je peux tout te dire maintenant si tu veux – je n'aime pas plus que toi remettre les choses à plus tard – mais ça aurait plus de sens si tu me laissais t'expliquer quelques autres choses d'abord, et je préférerais autant ne pas le faire ici, dans ton intérêt. »

« D'accord » dit Harry, en hochant lentement la tête.

Patmol soupira et la tension de ses épaules se relâcha.

« Merci, gamin » dit-il, sa voix aussi sincère que la main qu'il avait à nouveau posé sur l'épaule de Harry.

« On va à la banque ? »

« Et le plus vite on aura fini ici, le plus vite on sera à la maison » répondit-il en acquiesçant.

« Par où il faut aller ? » demanda Harry.

« Par ici. »

Ils ne parcoururent pas plus d'une centaine de pas avant que Harry puisse voir la banque, se demandant comment il avait pu la manquer. Gringotts – comme c'était écrit en lettres dorées au-dessus de la porte – se trouvait dans un immense bâtiment de marbre blanc comme la neige. Debout de chaque côté des portes de bronze, portant des uniformes écarlates et or, se tenaient des gobelins. Cette fois, Harry ne les regarda pas, mais ses yeux s'agrandirent lorsqu'ils s'inclinèrent alors qu'ils passaient les portes. A l'intérieur, ils firent face à d'autres portes, brillantes et argentées cette fois. Au-dessus d'elles était gravé un message que Harry s'arrêta pour lire :

Entre ici, étranger, si tel est ton désir
Mais à l'appât du gain, renonce à obéir,
Car celui qui veut prendre et ne veut pas gagner,
De sa cupidité, le prix devra payer.
Si tu veux t'emparer, en ce lieu souterrain,
D'un trésor convoité qui jamais ne fut tien,
Voleur tu trouveras, en guise de richesse,
Le juste châtiment de ta folle hardiesse.

« Le juste châtiment ? » murmura Harry tandis qu'une autre paire de gobelins s'inclina tout près des portes argentées.

Derrière elles, un comptoir entourait toute la pièce – uniquement séparé par des portes dorées qui menaient certainement aux coffres – derrière lequel d'autres gobelins étaient assis.

« Les coffres de Gringotts sont protégés par pas mal de choses » murmura Patmol, alors qu'ils traversaient le grand hall de marbre jusqu'à un guichet libre ; la plupart des gobelins étaient en train de peser des pierres précieuses, des pièces ou d'écrire dans d'épais grimoires.

« Toutes sortes de sortilèges ou de protections ... Je pense qu'ils ont même un dragon ou deux. »

« Un dragon ? » s'exclama Harry, avant de plaquer ses mains sur sa bouche alors que son cri se mit à résonner en écho.

Plusieurs gobelins levèrent les yeux, leurs yeux noirs brillants.

« Désolé » dit Harry dans ce qui n'était pas plus qu'un murmure qui se répercuta contre les murs du hall.

Patmol lui adressa un sourire et ils s'approchèrent ensemble d'un gobelin.

« Excusez-moi » dit Patmol poliment.

Le gobelin ne les considéra aucunement ; il continua d'écrire dans son livre pendant encore une longue minute avant de finalement lever la tête.

« Oui ? »

« Je suis venu faire un retrait » dit Patmol.

« Quel coffre ? » demanda le gobelin, en découvrant ses dents pointues.

« Le compte de ma famille, dit Patmol, avec prudence. Le coffre des Black. »

« M. Black, dit le gobelin, intéressé. Oui, je reconnais désormais, même si cela fait des années depuis votre dernière visite. Je suppose que vous n'avez plus accès à la clé de votre coffre personnel. »

Patmol resta silencieux et Harry suivit son exemple. Le gobelin se mit à sourire méchamment.

« Je suis un peu surpris que vous soyez venu ... Vous savez sûrement qu'il y a une récompense pour votre capture ? »

« Je ne suis pas ici pour créer des problèmes, déclara Patmol, calmement mais avec fermeté. Je suis venu chercher mon or et je m'en vais. »

Le gobelin ne répondit pas. Patmol fronça les sourcils.

« Je ne serais certainement pas venu si j'avais su à quel point les choses avaient changé. »

« Changé, dans quel sens ? » demanda le gobelin, en croisant ses longs doigts.

« Je n'aurais jamais pensé rencontrer un gobelin davantage intéressé par les affaires des sorciers que par la satisfaction d'un ancien client. » dit Patmol, avec froideur.

Le gobelin au comptoir voisin laissa échapper un grognement de colère et fit tomber les rubis qu'il tenait. Ils s'étalèrent sur le comptoir et tombèrent sur le sol, mais le gobelin était trop occupé à écouter pour les ramasser.

« Les affaires des sorciers sont profitables de nos jours. » laissa échapper le gobelin avec un sourire cruel.

« M'aider l'est aussi. » dit Patmol.

« Vous parlez d'un pot-de-vin, M. Black ? » l'interrogea le gobelin, en découvrant ses dents pointues à nouveau.

« Si vous voulez être direct. J'appellerais plutôt ça une récompense pour la gestion professionnelle d'une affaire délicate. »

« De quel ... montant parlons-nous ? »

« Cela dépendra de votre professionnalisme. »

« Nous pouvons être très professionnels » promit le gobelin, tout en traçant avec son ongle interminable des motifs sur les pages de son grimoire.

« Dans ce cas, nous pouvons nous accorder sur une augmentation des intérêts sur le compte des Black de disons ... cinq pour cent ? »

Les yeux du gobelin s'agrandirent mais il retrouva rapidement une expression plus lisse.

« Sept » négocia-t-il habilement.

« Cinq, répliqua Sirius avec fermeté. Ainsi que cinq pour cent de mon retrait d'aujourd'hui. Je vous assure qu'il s'agit d'une somme conséquente. »

« Très bien. »

Le gobelin le fixa pendant un long moment, avant que ses yeux ne tombent sur Harry.

« Veuillez me suivre. »

Le gobelin sauta de sa chaise et les rejoignit devant le comptoir. Au sol, ils étaient à peu près de la même taille, bien que la tête du gobelin ne soit deux fois plus large que celle de Harry et que ses jambes soient à moitié plus courtes.

Un autre gobelin apparut à côté d'eux, tenant dans les mains un sac d'objets apparemment métalliques.

« Voilà, Gurbock » dit-il en le tendant à l'autre gobelin.

Leur gobelin – Gurbock – hocha la tête en remerciement et l'autre gobelin s'en alla.

« Ça me fait penser, je vais avoir besoin de sacs. » déclara Patmol, tandis qu'ils traversaient le hall tous les trois.

« Ça vous coûtera », répondit Gurbock, en souriant d'une façon qui déclencha un frisson chez Harry.

Patmol réfléchit un instant, sans paraître pour autant surpris.

« Je vous donnerai un gallion pour tous les sacs dont j'aurais besoin » dit-il finalement.

« Deux. »

« D'accord. » répondit Patmol, en adressant un clin d'œil à Harry qui sourit après un instant d'hésitation ; il n'était pas sûr qu'il aimait les gobelins.

Le gobelin leur fit passer la porte dorée et Harry, qui s'était attendu à voir du marbre ou quelque chose d'aussi onéreux, fut surpris de voir qu'ils étaient arrivés dans un passage en pierre plutôt étroit, uniquement éclairé par des torches accrochées aux murs. Gurbock siffla et un wagon apparut de derrière un virage, attaché à des minuscules rails que Harry venait seulement de remarquer sur le sol.

« Tu peux grimper » dit Patmol, accompagnant Harry jusqu'au wagon.

Patmol grimpa ensuite, suivi par le gobelin et sans invitation particulière, ils étaient partis.

Gurbock ne dirigeait rien du tout – ce qui troublait Harry – et pourtant, le wagon trouvait son chemin dans un labyrinthe de chemins. A plusieurs reprises, le wagon tomba brusquement ou vira brusquement d'un côté et Harry, convaincu qu'il allait tomber, s'accrocha à son parrain. Par chance, Patmol n'en eut pas l'air dérangé ; s'il avait fait la même chose à la Tante Pétunia ou l'Oncle Vernon, ils l'auraient probablement repoussé.

« Est-ce qu'on va voir un dragon ? » demanda Harry alors qu'ils accéléraient dans l'obscurité.

« C'est à ça que servent les tintamars, répondit Patmol, en montrant le sac dans la main de Gurbock. « Plus le coffre est vieux, plus il y a de protections. »

« Le tien est vieux ? »

« Un des plus vieux, j'imagine, déclara Patmol, plutôt sèchement. A l'exception des coffres appartenant aux gobelins. »

« Tout à fait exact, M. Black. » approuva Gurbock en réajustant le sac de tintamars sur ses genoux.

Après un nouveau plongeon abrupt sur le rail qui fit réaliser à Harry à quel point il était content de ne pas avoir mangé, le wagon ralentit pour finalement s'arrêter devant un quai éclairé par une torche. Ils en sortirent, Harry se sentant un peu instable, avant que quelque chose de froid ne vint se glisser dans sa main.

« Secoue-le » murmura Patmol, en lui donnant un léger coup.

Harry s'exécuta, suivi par Patmol et Gurbock, et bientôt, le quai résonnait d'un son métallique.

« Veuillez me suivre » s'exclama Gurbock, les menant vers un passage en contrebas que Harry n'avait pas remarqué.

Leur chemin n'était pas éclairé du tout, contrairement à un passage adjacent d'où parvenait une lumière orange. Harry rentra dans le dos du gobelin à plusieurs reprises – incapable de voir quoi que ce soit – avant qu'ils n'atteignent une pièce circulaire. Des torches s'enflammèrent contre les murs. Il y avait une seule porte, de bronze, grande, ronde, avec le nom Black gravé dessus.

Gurbock s'en approcha et plaqua la main dessus. Dans un grincement, la pièce entière se mit à tourner ; la porte du coffre se trouvait désormais à l'entrée du passage par lequel ils étaient arrivés, et cette porte était ouverte. Harry s'en trouva bouche bée. Dans un coin se trouvait une collection de trésors familiaux à l'aspect coûteux – armure, un ensemble de dagues tâchées de sang, un coffre débordant de bijoux, et des sacs en cuir de la taille du sac à dos de Harry, tous remplis de rubis, de diamants et de saphirs. Le reste de la pièce – qui était aussi grande que le Numéro quatre de Privet Drive, était rempli de pièces d'or, d'argent et de bronze, en piles aussi hautes que Patmol. Au fond du coffre se trouvait une autre porte de bronze, suffisamment ouverte pour que Harry puisse apercevoir encore un peu plus de trésors.

« Je vais avoir besoin de ces sacs, Gurbock » déclara Sirius, l'air un peu étourdi.

Gurbock fouilla dans les poches de sa veste écarlate et en sortit trois sacs de cuir, de la même taille que celui qui contenait les tintamars.

« Sortilège d'Extension ? » demanda Patmol, en les acceptant.

« Chacun d'entre eux pourra contenir jusqu'à deux mille gallions, dit Gurbock. Vous avez parlé d'un retrait conséquent, n'est-ce pas ? »

« Ouais, souffla Patmol. Quel est le taux de change pour la monnaie moldue ces temps-ci ? »

« Approximativement cinq livres pour un gallion » annonça le gobelin.

Les yeux de Harry s'agrandirent un peu, puis encore un peu plus lorsque Patmol lui tendit un sac et l'invita à le remplir de pièces en or. Harry fixa son parrain, qui recula – glissant sur une émeraude qui faisait presque la taille de sa tête – et fourra une poignée entière de pièces dans son sac. Après un moment, Harry suivit son exemple, mais ajouta des pièces d'argent et de bronze également. Il leur fallut presque dix minutes pour remplir les trois sacs et encore, ils avaient à peine entamé l'amas de trésors. Gurbock se traîna vers la porte, pressa à nouveau la main contre celle-ci et elle retourna à sa place, verrouillant ainsi le coffre de Patmol.

« Combien de place tu as dans ton sac à dos ? » demanda Patmol.

« Je ne sais pas. Un peu » répondit Harry.

« Ça t'ennuie si on met ça ... dit-il, en soulevant les sacs de pièces. Dedans ? »

Harry secoua la tête. Patmol ouvrit un des sacs qu'il tenait et en sortant trois pièces d'or qu'il tendit à Harry – qui les attrapa avec précaution, conscient de n'avoir jamais eu autant d'argent de toute sa vie – et glissa ensuite trois autres pièces dans sa propre poche.

« Ça devrait être assez pour rejoindre la maison, dit-il en refermant le sac avant d'aller ouvrir le sac à dos de Harry. Ne bouge pas. »

Harry sentit les sacs d'or tomber dans son sac ; non seulement il entendit le son des pièces mais son sac à dos se mit à peser trois fois plus lourd.

« Tintamars », déclara Gurbock, en les sortant de nouveau.

Harry secoua le sien. Un rugissement résonna dans les tunnels, bien trop proche à l'avis de Harry.

« C'est un dragon ? » murmura-t-il, en se rapprochant de son parrain.

Patmol acquiesça, visiblement pas inquiet pour un sou. Ils traversèrent de nouveau le chemin, et alors qu'ils passaient devant le tunnel à l'éclairage orangé, Harry jura qu'il avait vu une queue épineuse disparaître dans un virage tout au bout. Gurbock les mena jusqu'au wagon et après un rapide trajet, ils étaient sortis, éblouis par la lumière des torches.

« Donne, je vais le porter » proposa Patmol, en hissant le sac à dos de Harry sur son épaule tandis qu'ils parcouraient le chemin en pente jusqu'aux portes dorées.

« Merci » dit Harry, en passant la main sur sa frange trempée de sueur.

« Bien, bien » fit le gobelin, en regardant Patmol, puis Harry.

Il fit un pas en avant, levant un de ses longs doigts pour repousser une mèche de cheveux du front de Harry. Patmol se figea.

« C'est un revirement de situation plutôt inattendu. »

« Je ne sais pas de quoi vous parlez » dit Patmol d'un air pincé.

« Oh, je suis sûr que si. »

Gurbock adressa un sourire sauvage à Patmol avant de se tourner vers Harry.

« Même parmi les gobelins, votre histoire est légendaire, Harry Potter. »

Il me connaît ... J'ai pourtant changé d'apparence ! Harry le dévisagea.

« Comment ... ? » dit-il, en regardant le gobelin qui était toujours en train de sourire.

Patmol était devenu tout blanc mais au moment où Harry le regarda, il reprit des couleurs et se redressa de toute sa taille.

« Souhaitez-vous un autographe maintenant ou lors de notre prochaine visite ? » déclara froidement Patmol.

Gurbock parut un peu insulté.

« Ou pouvez-vous passer à autre chose et faire votre travail ? »

Gurbock les regarda curieusement pendant un très long moment.

« Par ici, M. Black » dit finalement le gobelin, ses yeux noirs brillant à la lumière du hall de marbre.

Patmol sembla soulagé, et à l'instant où Gurbock se retourna, il fit signe à Harry de plaquer sa frange.

« J'aimerais qu'un des sacs soit changé en argent moldu, dit Patmol, dont la voix était toujours aussi froide. Et vous pourrez prendre vos cinq pour cent parmi ceux-là. »

Gurbock accepta le sac et disparut derrière le comptoir. Patmol sembla sur les nerfs le temps où il leur fallut attendre et soupira de soulagement lorsque le gobelin revint avec une liasse de billets. Patmol les rangea dans une poche de sa robe.

« Voulez-vous votre clé, M. Potter ? » demanda Gurbock, alors qu'ils se détournaient du comptoir.

« Ma quoi ? » l'interrogea Harry, fronçant les yeux en regardant le gobelin.

« Je pense qu'il parle de la clé de ton compte à Gringotts » expliqua Patmol.

« J'ai ... J'ai un coffre ? »

« James et Lily ne t'auraient pas laissé sans rien » dit Patmol, en secouant la tête comme si Harry était fou.

« Vous bénéficiez d'une petite fortune dans le coffre six cent quatre-vingt-sept, précisa Gurbock. Le contenu du coffre de la famille Potter vous sera accessible quand vous aurez l'âge requis. »

« Euh ... fit Harry, en regardant Patmol qui haussa les épaules. J'imagine que je vais prendre ma clé maintenant, si je peux. »

« Vos papiers d'identité ne seront pas nécessaires, déclara Gurbock, en jetant un œil à la cicatrice de Harry. Attendez ici, s'il vous plaît. »

Il revint un instant après, en portant une petite clé dorée.

« Quand vous souhaitez accéder à votre coffre, présentez-la à un gobelin au comptoir. »

Harry acquiesça et la rangea dans sa poche.

« Passez une bonne soirée » déclara Gurbock, en jetant un autre regard curieux vers Harry.

Patmol hocha la tête d'un air raide.

« Merci » dit Harry.

Tandis qu'ils sortaient, Harry eut l'impression que Patmol marchait aussi vite qu'il pouvait, en se retenant de courir ; Harry devait presque trottiner pour tenir la distance. Dehors, le Chemin de Traverse était presque vide et presque aussi sombre et cela sembla rendre Patmol nerveux ; il n'arrêtait pas d'observer les ombres, vérifiant constamment que Harry était proche et ses doigts étaient blancs autour de sa baguette.

« Comment il a su qui j'étais ? » demanda Harry tandis qu'ils retournaient vers le pub qu'ils avaient traversé un peu plus tôt.

Patmol jeta un œil autour de lui avant de se rapprocher.

« Ta cicatrice » expliqua-t-il, à voix basse.

« Ma cicatrice ? » murmura Harry, qui essayait de déterminer laquelle de ses milliers de questions il voulait poser en premier.

Patmol acquiesça.

« Je sais à quel point ça doit être frustrant, dit-il en grimaçant. Si nous avions eu plus de temps, je t'aurais tout expliqué avant qu'on ne vienne, mais je ne pense pas qu'il faudra longtemps à Dumbledore pour réaliser que tu es avec moi et qu'il vienne jeter un œil... »

« Qui est Dumbledore ? »

« Le directeur de Poudlard, répondit Patmol, en recommençant à marcher. Un bon ami à moi, et un ami de ta mère et ton père. C'est aussi la dernière personne que nous voulons voir maintenant. »

« Pourquoi ? »

« Il ne sait pas que je suis innocent. Tu retournerais chez ta tante et ton oncle et moi je retrouverais ma cellule avant même que l'on comprenne ce qu'il nous arrive. »

« Et il ne sait pas que je suis avec toi ? »

« S'il ne le sait pas déjà, il le saura bientôt », conclut Patmol d'une manière sinistre.