Bonjour à tous ! Nouveau chapitre aujourd'hui ! Encore merci pour vos réactions toujours si encourageantes et à bientôt !
Malgré que la Tante Pétunia ait semblé détester la baguette de Patmol le jour précédent, Harry pensait qu'elle en aurait trouvé une bonne utilité pour elle-même ; la moindre petite poussière disparaissait d'un geste de poignet de Patmol, et le murmure d'un sortilège était la seule chose nécessaire pour récurer et recoller la tapisserie défraîchie, ou faire en sorte que les éponges lavent toutes seuls les lugubres fenêtres. C'était étrange – très étrange – de passer de totalement inconscient à la magie un jour à vivre avec quelqu'un qui s'en servait pour la moindre tâche le jour suivant.
Il y avait trois salles de bain au Square Grimmaurd et la seule chose qui fonctionnait était une douche au deuxième étage. Si l'un d'entre eux voulait utiliser les toilettes, ils devaient se rendre aux toilettes publiques du petit parc de l'autre côté de la route. Patmol insista pour que leurs camouflages magiques – comme ceux qu'ils avaient utilisés la nuit précédente – changent à chaque sortie, et insista également pour qu'ils changent de vêtements à chaque fois, ce qui était plus facile à dire qu'à faire.
Harry ne possédait qu'un jean trop grand et délavé, un short extra-large et quelques chemises déformées de Dudley, et les seuls vêtements que Patmol possédait étaient la robe sale qu'il portait déjà le jour précédent, et quelques autres qu'il avait trouvés dans la maison ; il s'attira un regard étrange d'une femme au parc alors qu'il portait le gilet brodé de son frère et un pantalon à fines rayures, et un autre encore plus étrange de l'homme qui les servit au supermarché.
Kreattur avait également désapprouvé l'apparence de Patmol, mais pour des raisons complètement différentes.
« Le traître à son sang essaye de prétendre qu'il est un Black à nouveau, marmonnait-il. Oh, oui, Kreattur le sait. Kreattur le voit. Oh, mais si la pauvre maîtresse et le maître Regulus étaient là pour le voir ... Maître Regulus serait mort de honte de voir ses si beaux vêtements sur le dos ingrat du maître. Ils disent qu'il est allé à Askaban pour meurtre, oh, Kreattur n'en doute pas, il a toujours eu un caractère démoniaque, et de penser que le plus beau gilet du maître Regulus soit porté par le cruel, le meurtrier- »
« Oh, tais-toi » cria Patmol, tirant un peu sur le gilet.
Il était plutôt serré – il semblait que Patmol avait des épaules plus larges que son frère – et Patmol n'avait pas l'air de beaucoup apprécier de le porter si l'on pouvait se fier à sa grimace.
« Manere Frigus, murmura-t-il, en tapotant sur l'un des placards du cellier. Ah, enfin. »
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Charme de refroidissement. »
Harry observa avec intérêt, mais cela ressemblait toujours à un placard normal selon lui. Curieux, il s'approcha et passa une main dans le froid.
« Tu peux me passer le lait ? » demanda Patmol à Harry.
« Même pas un 's'il te plaît', coassa Kreattur depuis la porte du cellier, d'où il les observait tous les deux. Pas que le morveux le mérite, mais la maîtresse aurait été honteuse de voir son propre sang parler comme un misérable sang-de-bourbe- »
« C'est quoi un sang-de-bourbe ? » demanda Harry.
Patmol laissa tomber le lait. La bouteille atterrit sur ses pieds et se répandit tout autour, mouillant ses chaussettes et son pantalon à rayures. Kreattur laissa échapper un cri, claqua des doigts et les dégâts disparurent.
« Ne dis pas ce mot, dit Patmol, avec une voix franchement effrayante. Jamais. Tu comprends ? »
Harry hocha la tête, en se sentant tout petit.
« Va-t-en, Kreattur » lança Patmol d'une voix irritée, en écartant l'elfe du pied.
Kreattur était avachi à ses pieds, inspectant les dommages faits au pantalon. Patmol soupira.
« Ce mot est ... Eh bien ... Un mot vraiment méchant pour une sorcière ou un sorcier né dans une famille moldue, expliqua Patmol, dont le visage s'était assombri. Comme ta mère. »
« Comment tu les appelles, alors ? »
« Nés de moldus. Tu as entendu ça, Kreattur ? Je t'interdis d'utiliser ce mot là. »
Kreattur sembla avoir avalé quelque chose de particulièrement déplaisant. Il s'éloigna du cellier, marmonnant entre ses lèvres.
« Je suis vraiment désolé de son comportement » dit Patmol, en regardant le dos de l'elfe avec dégoût.
« Il est toujours comme ça ? »
« La plupart du temps. Il- »
Il y eut un cri rauque en haut des escaliers, un bruit sourd et l'horrible portrait de Mme Black se mit à hurler. Patmol parut un peu effrayé mais il se leva et quitta le cellier, sa baguette serrée dans la main.
« Attends ici » dit-il à Harry d'une voix calme, avant de grimper les escaliers.
Il y eut un nouveau cri strident et un autre bruit sourd.
Harry attendit un moment avant de s'approcher de l'escalier et d'y monter à son tour. Il n'arrivait à rien voir sinon le mur du haut, mais il risqua l'ascension. Il n'arrivait pas à voir l'entrée – les murs de la salle à manger lui bloquaient la vue – et comme rien n'avait l'air de vouloir l'attaquer, il s'aventura un peu plus loin pour regarder derrière l'angle.
Un range-parapluie bosselé passa devant lui pour atterrir dans un bruit sourd et un nuage de poussière. Quelque chose cria en-dessous. Kreattur laissa échapper un petit son triomphant et Patmol, que Harry aperçut en bas des escaliers, se mit à rire tandis que Kreattur lançait le range-parapluie sur un autre doxy.
« Harry ! appela-t-il. Tu peux monter si tu veux ! »
Harry pénétra dans l'entrée avec un air un peu coupable.
« T'as été rapide » commenta Patmol, en arquant un sourcil.
Harry ne dit rien mais sentit son visage s'enflammer. Il se demanda ce que Patmol allait dire ; l'Oncle Vernon l'aurait immédiatement renvoyé dans son placard. Patmol lui adressa un regard pensif – en s'asseyant sur une marche, laissant passer le range-parapluie qui volait encore devant lui – et reprit la parole.
« La prochaine fois, tu devrais attendre plus longtemps avant de te montrer. Ce serait moins suspect, dit-il après réflexion, tandis que Harry le dévisageait. Tu pourrais aussi piétiner un peu, ou avoir l'air essoufflé. Juste pour l'effet. »
« Tu n'es pas ... Tu ne ... »
« Je ne suis pas quoi ? » demanda Patmol, en lui désignant la marche sur laquelle il était assis.
Harry s'assit à côté de lui.
« Tu n'es pas fâché ? »
« Euh ... Non ... répondit Patmol, tandis que son expression changeait, lui donnant un air troublé. Je ne suis vraiment pas fait pour tout ce truc de parent, pas vrai ? »
Avant qu'Harry n'ait eu la chance de répondre à ça, il haussa les épaules et laissa échapper un rire proche de l'aboiement.
« Je vais te dire : tu manges tes légumes ce soir et on considère qu'on est quittes. D'accord ? »
« Euh ... Ok. » répondit Harry.
Patmol fronça les sourcils.
« Je ne suis vraiment pas doué. Tu aurais dû trouver ça excessif. »
« Désolé ? » dit Harry.
« Ne t'excuse pas, ce n'est pas de ta faute. »
Harry le dévisagea. Patmol était silencieux – les seuls bruits étaient ceux faits par Kreattur et les doxys.
« Et merde. »
Les sourcils de Harry se levèrent mais il ne sembla pas le remarquer.
« Je ferais ce truc de tuteur à ma façon. Je serais aussi responsable que je le veux et tu feras bien avec ça. »
« Euh ... »
« Et j'aimerais autant que tu n'utilises pas le mot que j'ai utilisé là, ajouta Patmol, l'air penaud. Ta mère me tuerait. »
« Qu'en penserait mon père ? » demanda Harry avec curiosité.
« Il aurait trouvé ça drôle, répondit Patmol, en souriant légèrement. Lui et Remus auraient sûrement fait un pari sur le mot que j'aurais lâché en premier, ou sur l'âge que tu aurais quand j'aurais réussi à te corrompre. »
La réaction collait avec le visage rieur que Harry avait vu dans le miroir de Patmol la nuit d'avant. Doucement, il construisait une image de ses parents, et plus il en découvrait – ce qui était encore limité – plus il souhaitait avoir eu une chance de les connaître.
Patmol ricana. Harry suivit son regard et tomba sur Kreattur, qui était en train d'essayer d'écraser un autre doxy.
« Pourquoi est-ce qu'il n'utilise pas la magie ? » demanda Harry, en pensant à la façon dont Patmol s'étaient occupés de ces bestioles la nuit passée.
« Les elfes de maison et les doxys sont des ennemis mortels, expliqua-t-il, en haussant les épaules. Certains elfes de maison veulent juste les voir partir, d'autres ... Disons, comme Kreattur, préfèrent leur infliger une mort douloureuse, je suppose. »
« Des ennemis mortels ? »
« Un elfe de maison vit pour servir, dit Patmol, tandis qu'ils observaient tous deux Kreattur sauter sur l'une des petites créatures grises. Un doxy est la preuve vivante que l'elfe a failli à sa mission de garder la maison propre. Ils le prennent comme une insulte personnelle. »
« Mais Kreattur a été là pendant des années, dit Harry. Ils ne devraient pas être tous partis pour maintenant ? »
Patmol réfléchit un instant.
« Non. Après que ma mère soit décédée, je pense que Kreattur s'est dit qu'à un certain niveau – un niveau très profond, inconscient – il ne servait plus personne. Les elfes de maison tirent de la fierté de leur travail seulement s'il y a quelqu'un pour l'apprécier – ou pour les punir de ne pas l'avoir fait. Maintenant qu'on est là, il a retrouvé son orgueil. »
« Qu'est-ce que sont les doxys ? demanda Harry, ses yeux en suivaient un qui fuyait Kreattur. Ils sont en vie ? »
Ils étaient plutôt petits – la taille d'une petite souris – et gris, avec des longues oreilles et un corps rond.
« Pas vraiment. Ils sont magiques, expliqua Patmol. Une maison moldue se salit si personne ne s'en occupe, pas vrai ? »
Harry acquiesça.
« C'est la même chose pour les maisons sorcières. Les protections s'affaiblissent, des résidus magiques se forment et créent ça. »
Il désigna l'un des doxys qui grignotait un morceau du tapis effiloché.
« Quand ils meurent – enfin, mourir n'est pas le bon mot mais c'est le seul auquel je pense – leur magie retourne renforcer la maison et ses occupants. »
« Alors les – tu as appelé ça des protections ? demanda-t-il, tandis que Patmol hochait la tête. Elles sont faibles ? »
« Il faudrait que je fasse quelque chose pour ça tout à l'heure, répondit Patmol, pensif. Mais se débarrasser des doxys est probablement un bon début. »
Harry regarda Kreattur sauter sur un autre doxy sur le tapis.
« Comment ? »
Patmol lui offrit un sourire diabolique, et quelques secondes après, ce n'était plus un homme assis là mais un grand chien ébouriffé. Harry sursauta. Il allait falloir un moment avant qu'il ne s'y habitue. Patmol bondit et aboya sur Harry, en secouant la queue avant de se jeter sur un doxy.
A eux deux, Kreattur et Patmol semblaient avoir les choses sous contrôle. Harry les regarda un moment – en riant quand Patmol dérapa sur un trait de poussière en lâchant en cri qui sonnait incroyablement comme un juron – et fut ensuite emporté dans un jeu de pattes avec son chien de parrain, tandis que Kreattur poursuivait de mener sa guerre contre les doxys.
Si ce jour-là était une indication de ce qui allait encore venir, Harry pensa qu'il allait, en effet, adorer vivre avec Patmol.
Remus se disait que sa vie était aussi malheureuse qu'elle pouvait l'être. Il avait passé le dernier mois dans un camp de loup-garous, essayant de raisonner Greyback – qui était redevenu nerveux et avait mordu une fille le mois passé – et était revenu depuis seulement une semaine, avec un bon nombre de nouvelles cicatrices, pour apprendre que Sirius Black, son ancien ami devenu ennemi, s'était échappé d'Askaban ; très peu de nouvelles sorcières parvenaient jusqu'aux camps, malheureusement. Comme si ce n'était pas suffisant, les choses s'étaient encore empiré à l'arrivée d'un professeur Dumbledore hésitant et – pour la première fois depuis que Remus l'avait rencontré – paniqué.
« Je ne veux pas d'aurors ici, dit Remus. Je peux gérer Sirius si ça en arrive là. »
« C'est ce que je pensais » répondit doucement Dumbledore, avant de redevenir silencieux.
« Ça n'a pas de sens ! dit Remus, sa voix étouffée par ses mains tremblantes plaquées sur son visage. Sirius- »
Remus avait décidé depuis un long moment qu'il continuerait à appeler Sirius par son prénom, pour les mêmes raisons qu'il appelait Voldemort 'Voldemort'.
« -n'avait pas de raison de dire aux moldus qu'il emmenait Harry. Ça aurait été plus logique de simplement le kidnapper. »
« Je crains que Sirius n'ait été perturbé par son temps à Askaban, dit le professeur Dumbledore, avec des yeux vides. Ce qui a du sens pour lui peut ressembler à de la folie pour nous. »
« Sirius a toujours été un peu fou, admit Remus, l'ombre d'un sourire traversant son visage avant de se rappeler ce qui c'était passé et de le faire disparaître. Mais je ne comprends pas pourquoi il l'a emmené ! Harry a tué Voldemort, donc peut-être Sirius veut-il se venger, mais s'il voulait juste le tuer, il l'aurait déjà fait pour maintenant, non ? Il ne se serait pas embêté à l'adopter, il l'aurait juste tué et se serait enfui. »
« Vous oubliez la prophétie. »
Remus prit un moment pour y penser. James les avait fait asseoir, lui et Sirius, des années plus tôt et leur avait expliqué avec une voix anormalement sérieuse que Voldemort était après Harry. Peter n'était pas venu ce jour-là – il était malade – et n'avait donc pas été mis au courant. Remus pensa amèrement qu'il aurait préféré que ce soit Sirius qui fut malade et Peter qui ait entendu la prophétie. Lily et James seraient toujours ...
Non. Je ne penserais pas à ça. Remus força son esprit à revenir sur la prophétie. Il lui fallu un moment pour s'en souvenir et un autre moment encore pour identifier la partie dont Dumbledore lui parlait. Quand il y parvint, son cœur rata un battement.
« Aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit » murmura-t-il.
Dumbledore sembla plus âgé que Remus ne le connaissait.
« C'est possible, bien sûr, que Sirius tuant Harry sur l'ordre de Voldemort accomplisse la prophétie, dit-il gravement. Mais Voldemort, tel que nous le connaissons, prend la prophétie au sérieux. Sirius lui aura évidemment tout dit quand il aura changé de côté, et, si je suis correct, Voldemort voudra tuer Harry lui-même. Sirius pourrait donc se contenter de le garder en vie jusqu'à ce que ce moment arrive. »
« Donc Sirius ne lui fera pas de mal » dit Remus.
Dumbledore ferma les yeux.
« Nous n'avons aucune garantie de ça. La seule chose que nous pouvons dire – et encore, sans assurance – c'est que Harry est en vie. »
« Nous devons le retrouver » dit Remus, se levant pour se mettre à faire les cent pas.
« Savez-vous quelque chose qui pourrait nous aider à les trouver ? »
« Vous êtes en train de demander s'il m'a contacté ? demanda Remus, en s'arrêtant. Dites-vous que je suis en train de l'aider ? »
« Remus, asseyez-vous » demanda Dumbledore en soupirant.
Remus s'exécuta.
« Je n'ai rien dit de la sorte. Je demande votre aide, parce que vous le connaissez mieux que quiconque. »
« Je pensais le connaître » murmura Remus.
Il soupira longuement, en laissant sa tête tomber un peu en arrière.
« Vous avez dit qu'il était à Londres ? demanda-t-il. Est-ce qu'Enid est en sécurité ? »
« Mme Pettigrow est sous surveillance, lui assura Dumbledore. Elle sera déplacée dans un lieu sûr dans le courant de la semaine. »
« Et le garçon de Frank et Alice. Neville ? » demanda Remus, inquiet que Sirius ne cherche à accomplir la prophétie.
« Minerva est là-bas en ce moment. »
Remus acquiesça, soulagé.
« Il m'a été confirmé que Sirius s'est rendu au Chaudron Baveur. »
« Je ne pense pas qu'il y soit allé pour voir Tom, répondit-il sèchement. Il a dû aller sur le Chemin de Traverse. »
« Pas dans l'Allée des Embrumes ? »
Remus pinça les lèvres et secoua la tête.
« Je ne vois pas de raison pour laquelle il serait allé là-bas, particulièrement si Harry était avec lui. Les enfants se font vite remarquer dans l'Allée des Embrumes, dit-il, tandis que Dumbledore acquiesçait. Il a probablement été chercher de l'argent. Je sais que personne ne cherchait Harry à ce moment-là, mais quand même ... L'emmener avec lui en public était risqué, et sûrement pas quelque chose qu'il aurait fait s'il avait le choix. »
« Pour l'argent ? Sirius n'avait pas l'air de s'en préoccuper pendant la période de l'Ordre. »
« Il ne s'en préoccupe pas, je ne pense pas, mais il n'est pas assez fou pour penser qu'il s'en sortira sans. Et l'argent est la seule chose sur le Chemin de Traverse qui ne peut pas être commandée par hibou. »
« Je vais demander à la ministre d'envoyer des gens là-bas dès demain. Quelque chose d'autre ? »
« Si j'ai raison et qu'il est allé à Gringotts pour chercher de l'argent, alors il a probablement décidé de rester à un endroit pour un moment ... Ce qui me fait penser que Harry est toujours avec lui ... Quelqu'un a vérifié son ancien appartement ? »
« Je me suis renseigné au ministère, déclara Dumbledore. L'appartement a été récupéré un an après qu'il ait été envoyé à Askaban. Ses affaires ont été consignées comme preuves et sont détenues dans un entrepôt de stockage du ministère. L'appartement n'est pas habité actuellement, et sous surveillance des aurors au cas où Sirius déciderait d'y retourner. »
« Mais il ne l'a pas fait encore ? »
« Pas à notre connaissance. Y'a-t-il un autre endroit où Sirius pourrait être amené à aller ? »
« Poudlard, peut-être ? James, Peter, Sirius et moi connaissions le château mieux que personne ... Il n'a aucune raison d'aller là-bas, cela dit. Si Harry avait été à l'école, il aurait peut-être pu, mais non ... »
Remus réfléchit longuement. Le Manoir des Potter avait été détruit pendant la guerre et la maison de Lily et James à Godric's Hollow n'était pas en état pour être habitée.
« Le seul autre endroit auquel je peux penser, c'est le Square Grimmaurd, mais Sirius détestait- »
« C'est vide, dit Dumbledore. Alastor s'y est rendu samedi, puis lundi- »
Harry a été emmené mardi, pourtant, pensa Remus. Dumbledore sembla lire ses pensées.
« Il a été demandé à Marlène d'y jeter un œil, mais nous n'avons pas eu de retour. »
Remus acquiesça, avant de soupirer.
« Je n'ai vraiment aucune autre idée d'où il pourrait aller, Professeur. »
« Merci pour votre aide, alors, Remus. Je dois retourner à Poudlard, mais je resterai en contact ; votre vision de la façon de penser de Sirius pourrait bien aider à trouver Harry. »
« C'est tout ? » demanda sèchement Remus.
« Pour l'instant. Je pense que les aurors auront des questions, mais elles attendront un jour de plus, je pense- »
« C'est la seule façon dont je peux aider ? Répondre à des questions ? »
« La seule façon ? Remus, votre aide a été précieuse. »
« Je veux participer aux recherches, dit Remus. Je veux aider. C'est le fils de James et de Lily ! C'est mon filleul ! »
« Pardon ? »
« La nuit où Harry est né, James et Sirius se sont infiltrés dans les bureaux de Sainte-Mangouste et m'ont inscrit comme 'marraine' de Harry. Ce n'est pas très légal, mais James ne l'aurait pas fait s'il ne voulait pas. »
Remus avait balancé ça très rapidement, trop agité pour s'occuper du fait que son calme habituel était en train de disparaître et qu'il n'était pas loin de se mettre à crier.
« Ah, oui, je me souviens- »
« Moi aussi. Je vous l'ai dit la nuit où vous avez emmené Harry chez sa tante » dit Remus, amer.
« Remus, vous savez pourquoi je ne pouvais pas vous donner la garde de l'enfant ... » répondit Dumbledore.
« Je peux comprendre que vous vouliez le garder en sécurité, et qu'il grandisse en dehors de l'intérêt des gens » dit Remus, frustré.
Ils avaient déjà eu cette conversation de nombreuses fois dans le passé.
« Je ne comprends pas pourquoi vous m'avez interdit le moindre contact avec lui. Et encore moins pourquoi j'ai dû me tenir éloigné après l'évasion de Sirius ; Harry aurait été en sécurité avec moi ! Vous auriez pu placer des protections – peut-être pas aussi puissantes qu'elles l'étaient avec Pétunia, mais suffisamment puissantes – et j'aurais été capable de le protéger. »
« Remus, vous savez pourquoi je ne pouvais pas faire ça- »
« Je suis dangereux une nuit par mois. Il aurait pu aller chez Arabella ou retourner chez sa tante pour la pleine lune et rester avec moi le reste du temps ! J'ai- »
« Le ministère n'aurait pas approuvé » le coupa Dumbledore.
« Depuis quand vous préoccupez-vous de ce que le ministère fait et n'aime pas ? » demanda Remus.
« La dernière chose dont nous avions besoin était que le ministère s'inquiète de votre capacité à vous occuper de lui et vous retire la garde. Ainsi que la mienne. »
« La dernière chose dont nous avions besoin était que Sirius le kidnappe ! » cria Remus.
Avec une respiration tremblante, il s'appuya contre le mur.
« Je suis désolé, Professeur » dit-il, en se cachant le visage de ses mains.
« Il n'est pas utile de s'excuser » dit Dumbledore en posant une main sur l'épaule tremblante de Remus.
Avec elle, Remus fut surpris de sentir une odeur de culpabilité. Le professeur Dumbledore souhaite également que les choses aient été faites différemment, maintenant ...
« Que vous soyez bouleversé est compréhensible, et que vous soyez en colère l'est encore plus. Je dois vraiment retourner à l'école mais je vais voir ce que je peux faire pour que vous soyez inclus dans les recherches. »
« Merci, dit Remus, de sa voix étouffée. Il y a de la poudre de cheminette sur la cheminée. »
« Oui, je me souviens. Prenez soin de vous, Remus, et faites-moi savoir si vous pensez à autre chose. Bureau du directeur, Poudlard. »
Il y eut un sifflement et il disparut. Remus se laissa glisser contre le mur et commença à pleurer.
Harry entra en courant dans la bibliothèque, à la recherche d'un endroit où se cacher. Il écarta rapidement l'idée des étagères qui recouvraient les murs – il n'arriverait jamais en haut à temps – le bureau était fixé au mur donc se cacher en dessous ne marcherait pas ... Harry sortit sur le palier du deuxième étage, percutant quasiment Kreattur au passage.
« Désolé » dit-il à la hâte, l'elfe le dévisageant.
Patmol avait menacé de le libérer après un commentaire particulièrement désagréable et Kreattur était un petit peu sur les nerfs quand il était auprès d'eux ces temps-ci, même si Patmol n'avait pas l'intention de suivre sa parole jusqu'au bout ; Patmol avait expliqué à Harry que Kreattur était obligé de rester dans la maison, principalement pour qu'il n'aille pas dire au Ministère de la Magie où Harry et Patmol se trouvaient. Harry, résigné à l'idée de passer quelques instants en compagnie de Kreattur, était déterminé à être courtois, malgré qu'il n'aimait pas beaucoup l'elfe.
« Potter le morveux devrait regarder où il va, dit Kreattur en direction du tapis mangé aux mites. Kreattur aurait pu être blessé. Pas comme si le maître s'y intéressait. Le maître est un misérable sans-cœur et- »
« Tu penses que tu pourrais m'emmener en bas avec ton truc d'apparition-disparition ? » demanda Harry à bout de souffle.
La veille, dans l'après-midi, Patmol avait magouillé avec une tapisserie dans le salon et s'était débrouillé pour lier Kreattur à Harry. Bien que l'elfe doive désormais obéir aux ordres d'Harry, ce dernier, qui était bien trop habitué à recevoir des ordres, trouvait plus poli de lui demander.
« S'il te plaît ? » ajouta-t-il.
« Le morveux a des jambes mais il veut que Kreattur fasse le déplacement pour lui, oh, oui. Ma pauvre maîtresse pleurerait de voir Kreattur utilisé comme moyen de transport- »
« Je dois me cacher de Patmol, dit Harry. C'est un jeu. Et si Patmol me trouve, il gagne, mais s'il n'y arrive pas, je gagne. »
Harry avait très vite compris que Kreattur appréciait Patmol autant que Patmol aimait Kreattur, ce qui ne volait pas très haut. Il avait compris qu'ils feraient chacun ce qu'ils pouvaient pour embêter l'autre ; Patmol aimait raconter plus bruyamment que nécessaire à quel point sa mère avait été horrible et Kreattur aimait chercher des failles dans les ordres les plus simples.
« Il ne pourra pas savoir que je suis descendu, vu qu'il est au premier étage. »
« Le maître n'aime pas perdre » dit Kreattur avec joie.
Il fixa Harry avec un regard curieux et finit par lui tendre la main. Harry l'accepta. Les doigts osseux de Kreattur se serrèrent dans les siens et ils furent tous les deux compressés. Les oreilles de Harry se bouchèrent et il eut l'impression de passer dans un tube et ensuite, avant même qu'il n'en soit conscient, il était debout dans la cuisine. Il se raccrocha à un coin de la table de peur de s'effondrer.
« Merci. » souffla-t-il, en haletant et en essayant de se réorienter.
« Au moins, le morveux a des manières » marmonna Kreattur.
Harry ignora la remarque et s'affaira à préparer du thé. Il se dit que d'ici à ce que Patmol réalise qu'il n'était pas à l'étage, le thé serait prêt et ils pourraient faire une pause avant de reprendre le ménage.
« Tu en veux ? » demanda-t-il à Kreattur en attrapant les tasses d'argent poli dans la commode.
Kreattur le fixa comme s'il n'avait jamais vu Harry avant.
« Kreattur ? »
« Non, répondit Kreattur lentement. Non, Kreattur est trop occupé pour boire du thé. Le maître ne laisserait jamais Kreattur s'arrêter pour le thé. »
« Ça n'embêtera pas Patmol » dit Harry, en déplaçant le nécessaire jusqu'au plan de travail.
« Non, pas de thé » répondit Kreattur.
Ses oreilles battirent lorsqu'il secoua la tête.
« Potter le morveux devrait s'asseoir. Kreattur va servir. Le maître ne pardonnera jamais à Kreattur si le petit morveux se brûle avec la théière. »
L'elfe s'approcha et chassa Harry.
« Le maître aime les scones avec le thé, marmonna Kreattur. Oh, oui, Kreattur se souvient, des scones avec de la confiture. »
« Tu veux de l'aide ? » demanda Harry, en se levant de la table de la cuisine.
« Non, non. Kreattur vit pour servir la Maison des Black » dit Kreattur, en claquant des doigts.
De la farine, du sucre et des œufs flottèrent depuis le cellier. Harry fut soudainement très heureux qu'ils aient vidé et re-rempli le cellier la veille, car Kreattur aurait certainement fait les scones sans même vérifier que les ingrédients étaient frais.
Quand Patmol arriva finalement en bas – environ une heure après Harry et Kreattur – Harry en était à son troisième scone et sa tasse de thé était presque vide.
« T'as fini par comprendre, alors ? » l'interrogea Harry, en étalant plus de confiture sur son scone.
« Non, grommela Patmol, en se remettant de sa surprise. Je pensais que tu devais être quelque part dans mon ancienne chambre. »
« Pourquoi t'es descendu ici, alors ? »
« J'ai senti la nourriture » avoua Patmol avec un sourire penaud.
Harry ricana et poussa une tasse de thé vers lui.
« T'as été productif. »
« Grâce à Kreattur » dit Harry, en mordant dans son scone.
« Kreattur ? » dit Patmol, en se figeant avec la cuillère suspendue au-dessus du pot de sucre.
Il jeta un œil à l'assiette bien entamée de scones.
« Kreattur a fait les scones ? » demanda-t-il brusquement.
« Et le thé. » répondit Harry, imperturbable.
« Alors, il est bon pour quelque chose, dit Patmol, en fronçant les yeux vers la tanière de Kreattur. Qui l'aurait cru ? »
Harry fronça également les sourcils, mais en direction de son parrain. Patmol le remarqua et soupira, en faisant une grimace.
« Merci, Kreattur. » lança-t-il.
Kreattur marmonna quelque chose de derrière la porte de son repère. L'expression de Harry s'éclaircit instantanément, faisant sourire Patmol.
« Quoi ? » demanda Harry.
« Ta mère avait le même air quand James et moi étions invités à des événements au Ministère et où il fallait faire la conversation à des vieux politiciens guindés. »
Harry sourit.
« Certains d'entre eux étaient les pires des enfoirés prétentieux que j'ai jamais rencontré et ils étaient tous si ennuyeux qu'ils auraient pu mettre un insomniaque en hibernation, mais il fallait qu'on reste aimable. »
Harry se mit à rire dans sa tasse de thé. Patmol le regarda pendant un moment, puis tourna les yeux vers sa propre tasse de thé puis vers l'assiette de scones.
« Ça a intérêt à ne pas être empoisonné » annonça-t-il, en guise d'avertissement.
Harry se mit à rire et du thé sortit par son nez.
Ils passèrent le reste de la journée dans la salle de bain du premier étage – comme dans le reste de la maison, les serpents semblaient être une décoration répandue ; les poignées des armoires, de la porte, les robinets et le pommeau de douche étaient tous en forme de serpent – à essayer de récupérer un certain degré de fonctionnalité. Patmol avait réclamé l'aide de Kreattur – l'elfe avait réussi à faire marcher les toilettes à nouveau – mais ils les avaient aussi rendu fous tous les deux avec ses murmures incessants, alors Patmol l'avait renvoyé à nouveau.
« Ça me rappelle les retenues » dit-il avec émotion, en aspergeant l'évier avec un jet d'eau savonneuse provenant de sa baguette.
« Ils vous faisaient laver les éviers ? » demanda Harry, incrédule.
Patmol sourit face à son air choqué.
« Toute la salle de bain des préfets, dit-il piteusement. Et nous n'étions pas autorisés à utiliser la magie, en plus. »
« Qu'est-ce que vous aviez fait pour mériter ça ? » demanda Harry, en lâchant son éponge.
Patmol sourit d'une façon que Harry commençait à très bien connaître ; avec un air penaud, mais sans la moindre trace de regret pour ce qu'il avait fait.
« C'était l'idée de James, dit-il. Le préfet de Serpentard – Yaxley, je crois que c'était son nom – était vraiment insupportable avec nous ... Toujours à nous appeler, James et moi, des traîtres à leur sang et à donner du fil à retordre à Lunard parce qu'il portait des robes d'occasion ... Ta mère plaisait déjà à Cornedrue- »
« Cornedrue, c'est mon père ? » demanda Harry, confus.
Patmol eut l'air choqué.
« Je ne t'ai pas encore dit ça ? »
Harry secoua la tête et Patmol grogna.
« Désolé, gamin, oui, James était Cornedrue. Remus était Lunard – tu connais celui-là – je suis Patmol et Peter était Queudver. »
« Attends, dit Harry, en dévisageant son parrain. Ton nom, ce n'est pas Patmol ? »
« Euh ... non. » dit Patmol.
Harry le fixa.
« C'est Sirius. T'as sûrement dû entendre Kreattur le dire. »
« Sirius Black, souffla Harry, en s'attaquant à une saleté particulièrement revêche avec son éponge. Non, je ne l'ai pas entendu ; il t'appelle seulement 'maître'. »
Patmol – Sirius – ricana.
« Alors, pourquoi vous aviez des surnoms ? »
« Pour nos formes d'animagus. »
« Patmol pour un chien, Queudver pour un rat ... pourquoi Lunard et Cornedrue ? »
« Lunard était ... un loup, expliqua Patmol, en changeant légèrement d'air. Cornedrue était un cerf. »
« Ma mère était un animagus aussi ? »
Patmol secoua la tête. Harry prit un moment pour digérer tout cela.
« Et vous aviez fait quoi, alors, pour mériter la salle de bain des préfets ? »
Patmol se mit à sourire.
« Comme je disais, Yaxley était un vrai con. Il pensait qu'il était meilleur que ta mère, parce qu'il avait des parents sorciers et pas elle – tu te souviens de l'expression qui commence par -s ? »
Harry acquiesça et se mit à rire.
« Il ne l'aimait pas parce que ses parents n'avaient pas de pouvoirs magiques ? C'est idiot. »
« La guerre était entièrement liée à ça. » dit-il avec gravité.
Les sourcils de Harry se levèrent.
« Mais tu as complètement raison ; c'est idiot. C'est pour ça qu'on a décidé de s'occuper de son cas. »
« Comment ? »
« Je voulais mettre quelque chose dans sa nourriture. » dit Patmol, en vérifiant si le robinet marchait.
De l'eau sale et orange gicla dans toutes les directions depuis la bouche du serpent et il s'empressa de refermer le robinet et de se secouer comme un chien.
« Lui faire pousser une barbe, teindre ses cheveux en rose, quelque chose comme ça. Cornedrue pensait que ce n'était pas suffisant. Je ne me souviens plus si c'était Lunard ou ton père qui l'avait fait, mais quelqu'un a mis la main sur un calamar vivant – on a trouvé quelques sorts pour le rendre un peu plus malin et pour qu'il survive dans un bain, et on a aussi fait en sorte que son encre devienne collante – et on s'est débrouillé pour le mettre dans les tuyaux juste avant le bain de Yaxley. »
« Pourquoi ça s'est mal terminé ? »
« Qu'est-ce qui tu fais dire ça ? »
« Tu as dit que vous aviez été attrapé » dit Harry.
« C'est à cause de Lunard, renifla Patmol. En tant que chercheur, il aurait du mentionner que les sorts qu'on avait placé sur le calamar pour améliorer son encre allaient réagir avec le sortilège d'engorgement posé sur le robinet à bulles. »
« Qu'est-ce qu'il s'est passé, alors ? » demanda Harry, en essayant de ne pas rire face à l'image qui se formait dans sa tête.
« Le calamar s'est mis à grandir. » expliqua Patmol, avec rire proche de l'aboiement.
Il toucha de nouveau le robinet avec sa baguette, murmurant quelque chose et le tourna à nouveau. Cette fois, il coula normalement, avec de la belle eau propre.
« Le truc n'avait aucune idée de ce qui lui arrivait et a commencé à cracher de l'encre partout – de l'encre très collante, je dois dire- »
« Ça a recouvert Yaxley ? »
« Oh, oui, répondit Patmol, joyeusement. Oui, je pense qu'il n'a pas réussi à se nettoyer complètement avant un mois. Mais ça nous a aussi touché ; Cornedrue, Lunard, Peter et moi avons laissé des traces d'encre de la salle de bain des préfets jusqu'à notre dortoir. »
Harry grimaça avec compassion.
« La vieille Minnie n'était pas du tout contente quand elle a tout découvert. »
« Minnie ? »
« Le professeur Minerva McGonagall, dit Patmol. Professeur de métamorphose et aussi directrice de Gryffondor. »
« Elle était stricte ? » demanda Harry.
Son titre l'impliquait certainement.
« Oui, mais juste aussi, même si on ne le pensait pas à ce moment-là. Tu verras ce que je veux dire dans quelques années. »
« Quand ? »
« Quand tu iras à Poudlard, répondit Patmol, en lui adressant un drôle de regard. On en a parlé au dîner, non ? »
« C'est vrai. » répondit Harry, en se souvenant.
Il adressa un sourire penaud à son parrain.
« Désolé. »
Patmol se mit à sourire, en attrapant son éponge.
« T'en fais pas. Mais, quand tu iras là-bas – à Poudlard, je veux dire – n'oublie pas de jeter un œil au lac. »
« Pourquoi ? »
« Disons juste qu'un certain très grand céphalopode avec une encre extrêmement collante y a élu domicile ... »
« Bordel. » déclara Patmol avec force le troisième jour.
Il jeta un journal sur la table.
« Quoi ? » demanda Harry, en baissant sa cuillère.
« J'avais à moitié espéré que Dumbledore et le ministère auraient voulu garder ça secret. »
« Ça ? »
« Le fait que je t'ai kidnappé. » dit Patmol, avec un sourire tendu.
Il soupira en direction du journal et le poussa vers Harry.
« Ils ont organisé des recherches. »
Harry fixa sa photo sur la première page du journal qui était juste à côté de celui de Patmol, qui semblait grogner sur le photographe.
« Comment ils ont eu ma photo de classe ? Et pourquoi est-ce qu'elle bouge ? »
Il se souvenait du jour où elle avait été prise ; plus tôt dans la journée, Dudley l'avait poussé et il avait poussé Dudley en retour, juste au moment où Mme Peterson tournait les yeux vers eux. Elle lui avait fait la leçon sur le fait de traiter ses camarades avec respect et avait fait en sorte de le garder sous surveillance pour s'assurer qu'il ne blesse personne d'autre. Elle s'était mise juste derrière le photographe quand la photo de Harry avait été prise, en le dévisageant. Ça n'avait rien de surprenant que le Harry de la photo ait l'air si terrifié.
« Ta tante a dû faire une copie, répondit Patmol, qui semblait distrait. Et ils l'ont enchanté pour qu'elle bouge parce que les sorciers n'ont pas l'habitude des photos immobiles. »
« Oh » dit Harry, en commençant à lire l'article.
Le kidnapping de Harry Potter, l'enfant que nous connaissons tous comme « l'autre garçon qui a survécu » (photo ci-dessus), a semé le doute concernant les partisans de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom dans les esprits de la communauté magique pour la première fois depuis sept ans. Il apparaîtrait que le tueur en série Sirius Black (photo ci-dessus) ait approché Potter mardi soir à une aire de jeux près de sa maison de Little Whinging et l'ait persuadé de quitter sa famille moldue, qui, heureusement, n'a pas été blessé durant l'enlèvement.
Albus Dumbledore est celui qui a autorisé, en premier lieu, le garçon à vivre chez les moldus. Il fait face désormais aux critiques du public pour ne pas avoir déplacé le garçon plus tôt. « Le fils Potter aurait dû être déplacé aussitôt après l'évasion de Black » nous confie une sorcière de Bath. « Ou au moins, la maison aurait dû être placée sous le contrôle des aurors. »
Dans sa déclaration de la nuit dernière, Albus Dumbledore a admis avoir pensé que Harry était en sécurité grâce aux protections qu'il avait placé autour de la maison de Little Whinging peu après la chute de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. William Weasley, un jeune briseur de sorts, s'est entretenu avec les journalistes après avoir étudié la propriété : « J'ignore ce qu'il s'est passé, a dit Weasley. Pour autant que je sache, les protections étaient parfaitement fonctionnelles mardi soir et ont commencé à faiblir très tard dans la nuit ou même possiblement mercredi matin. Tout ce que je sais, c'est qu'elles ont désormais disparu. » Il a également ajouté que les protections étaient « puissantes » et qu'un affaiblissement si rapide « n'est pas normal ». Il n'y a pas de doute, Black est derrière tout ça.
Après avoir quitté la maison de Little Whinging, il apparaîtrait que Black ait altéré son apparence ainsi que celle de Potter pour monter à bord du Magicobus, qui les a conduit au Chaudron Baveur, à Londres. Le conducteur du Magicobus, Jeremy Phillips, a discuté avec eux sans remarquer quoi que ce soit d'inhabituel. « Ils avaient l'air sympa à mes yeux, comme un père et son fils, a-t-il dit pendant sa déclaration, ce matin. Je n'ai rien suspecté, mais je suppose que c'est une bonne chose parce que je n'ai pas d'entraînement particulier. J'aurais pu terminer comme Pettigrow. »
Le personnel de Gringotts, la banque des sorciers, a confirmé la présence de Black et Potter dans leurs locaux et également un retrait dans le coffre de famille des Black, sans pour autant en indiquer le montant aux aurors ou aux journalistes. Interrogé sur le sujet, le personnel a refusé de donner des détails autres que le fait qu'ils aient été présents, en raison de leur politique de confidentialité. Les aurors enquêtent actuellement sur la possibilité que Black ait un complice parmi les gobelins mais jusque-là, les gobelins sont catégoriques sur le fait qu'ils ne s'impliqueront pas dans les affaires sorcières.
La localisation de Black et Potter reste donc inconnue, mais rien n'indique qu'ils aient quitté la Grande-Bretagne. Dans une déclaration, ce matin, la ministre Bagnold demande « à quiconque qui possède la moindre information sur Black ou Potter de prendre immédiatement contact avec le bureau des aurors ». Elle rappelle également au public que « Black est en possession de sa baguette et ne doit donc pas être approché directement ».
En supplément de l'investigation menée par le Département de Justice Magique, Lucius Malefoy, le généreux donateur du ministère, a accepté de financer des recherches menées par des volontaires : « Cette situation me brise le cœur, a dit M. Malefoy alors qu'il quittait le ministère hier soir. Qu'un enfant si jeune et sans défense tel que le petit Harry Potter se trouve entre les mains d'un homme comme Sirius Black. En tant que père de deux garçons du même âge que le jeune Potter, je sens que c'est un devoir moral d'aider autant que possible. Ma femme et moi pensons tous les deux qu'un peu d'argent est un petit prix à payer pour porter secours à Potter. » M. Malefoy a aussi ajouté qu'il se joindrait lui-même aux recherches quand il en aurait le temps et encourage les autres à faire de même. « Je ne crois pas que quelques heures de mon temps, ou le temps de quiconque, soient plus importants que la vie d'un enfant. J'invite les personnes intéressées à me contacter par hibou et je leur confierais un rôle approprié dans les recherches. »
Jusqu'à ce qu'il soit retrouvé, nos pensées se dirigent vers Harry Potter, qui doit certainement être terrifié, et vers sa famille moldue, qui a dû être secoué par l'enlèvement.
« Secoué ? dit Harry, en retenant un rire. Ont-ils seulement parlé aux Dursley ? »
« Hmm ? fit Sirius, l'air toujours distant. Oh, probablement que non. »
Sa chaise crissa sur le sol tandis qu'il se levait pour se verser une tasse de thé.
« Tu en veux une ? »
Harry secoua la tête.
« Tu penses quoi du reste ? » demanda Patmol, avec circonspection, en désignant le journal.
« Je ne sais pas, dit Harry, qui fixait le titre 'LE GARÇON QUI A DISPARU'. Tout le monde a l'air vraiment inquiet ... »
« Je t'avais dit qu'il y aurait du monde après nous. » dit Patmol, en se rasseyant.
« Je n'avais pas réalisé qu'il y aurait autant de monde à chercher ... » admit Harry, en grattant le vernis de la table avec son ongle.
Patmol souffla sur sa tasse fumante avant de regarder Harry de nouveau.
« Ils ne me connaissent même pas ! »
Il fut surpris de voir l'air contrarié de Patmol.
« J'ai fait n'importe quoi » dit-il, en laissant sa tête tomber dans ses mains.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda Harry, qui regardait ses céréales détrempés.
« Je suis un idiot, murmura-t-il. J'aurais juste dû te laisser là-bas. »
Harry fixa son parrain, dont le visage faisait toujours face à la table. Il attendit quelques secondes que Patmol dise quelque chose, mais il n'ouvrit pas la bouche. Blessé et troublé, Harry écarta sa chaise de la table et se leva. Patmol laissa échapper un drôle de reniflement et leva les yeux, désorienté.
« Harry ? » demanda-t-il, avec un air étonné.
Harry se tourna et grimpa les escaliers de la cuisine, sans savoir s'il était heureux ou triste de ne pas entendre les pas de Patmol derrière lui.
