J'espère que vous passez tous de très bonnes fêtes et/ou de très bonnes vacances ! Personnellement, je m'acharne sur le passage de l'anglais au tutoiement/vouvoiement français. Je vous le jure : cette sombre histoire est une plaie quand on veut traduire quelque chose. Qui vouvoie qui ? Heureusement que les livres sont là pour aider ! Bref, je ne vous embête pas plus : bonne lecture ! Et surtout, merci encore et toujours pour vos super commentaires !


« Je pense que tout le monde ici se souvient de Remus Lupin ? » demanda Dumbledore, dirigeant un visage rayonnant vers les membres de son équipe.

C'était les vacances de Pâques – pas que cela affectait beaucoup Remus, mais le personnel de Poudlard avait été particulièrement occupé jusque-là.

« Bien sûr, répondit le professeur McGonagall, offrant un sourire à son ancien étudiant, tandis que Flitwick lui adressait un signe de main joyeux. C'est un plaisir de vous revoir, Remus. »

« Vous aussi, professeurs. » dit Remus, en leur adressant un signe de tête.

Il sourit aux autres ; Chourave, son ancien professeur de botanique, Hagrid, qui l'avait serré dans ses bras à son arrivée, Emmeline Vance qui enseignait la défense, et Quirrell, le jeune professeur d'études des moldus. Le dernier, cela dit, il n'était pas heureux de le voir.

« Lupin. » dit Rogue, sèchement.

Servilus. La pensée vint spontanément, avant que Remus n'ait pu s'en empêcher. Bon sang, James. Tu avais toujours dit que tu m'aurais corrompu.

« Rogue. »

« Maintenant, je crois que nous savons tous pourquoi nous sommes là. » déclara Dumbledore, en se penchant contre le dossier de sa chaise.

« Pour parler du fils Potter, dit Rogue, sur un ton méprisant. Je n'arrive toujours pas à voir en quoi cela me concerne, Monsieur le Directeur. Je suis payé pour enseigner, pas pour poursuivre le meilleur ami mentalement dérangé de James Potter – et tout enfant qu'il aurait ou non kidnappé – dans tout le pays. »

« Je demande votre aide, Severus. » dit Dumbledore sur un ton agréable, mais ferme.

Les yeux noirs rencontrèrent les bleus et un moment passa avant que Rogue ne détourne le regard et soupire, mais sans pousser la contestation. Remus était surpris par cela, mais à nouveau, ils n'avaient plus quinze ans. Peut-être Rogue avait-il grandi autant que lui-même.

« Je crois que vous êtes toujours en contact avec Lucius Malefoy ? »

« Je manquerais à mon devoir si je ne l'étais pas, après qu'il m'ait 'honoré' de la garde de son fils, en cas de décès. »

« Ah, oui, répondit Dumbledore, sur un ton jovial. Draco, c'est cela ? »

Rogue acquiesça.

« Il sera à Poudlard- ? »

« L'année après la prochaine, répondit Rogue, avec brusquerie. Tout comme son frère. »

L'année après la prochaine ... pensa Remus.

« Comme Harry. »

Les occupants de la pièce se tournèrent pour le regarder.

« Si le garçon survit. » dit Rogue, l'air mécontent.

« Il survivra. » répondit Remus.

Il y avait un mince espoir que Sirius garde Harry en vie en raison de la prophétie, mais il y avait de l'espoir malgré tout et Remus s'y accrochait avec toute sa force.

Dumbledore s'éclaircit doucement la voix.

« Revenons à Lucius, Severus ; je veux que vous rejoigniez ses recherches du garçon. »

« Et quand vais-je trouver le temps pour ça, Monsieur le Directeur ? Puis-je vous rappeler que j'ai une classe d'A.S.P.I.C. de douze élèves cette année et avec les examens d'ici à peine deux mois- »

« J'en suis bien conscient, Severus, répondit Dumbledore, levant une main. Mais peut-être qu'une heure chaque dimanche pourrait y être allouée. »

Rogue sembla s'en offusquer et croisa les bras. Dumbledore fixa Rogue d'un air pensif.

« Au moins, dit-il finalement. Renseignez-vous sur l'avancement des recherches. »

Rogue le regarda, avec un visage de pierre.

« Lucius sera plus disposé avec vous qu'avec n'importe qui d'autre. »

Rogue sembla s'affaisser.

« Très bien, Monsieur le Directeur. »

« Merci, répondit Dumbledore, avec sincérité. Remus, je voudrais également vous conseiller de prendre contact avec Lucius Malefoy. »

« Pardon ? »

Les yeux de Dumbledore brillèrent.

« Je sais que vous et Lucius avez eu des relations tendues dans le passé, commença-t-il, faisant dire à Remus que c'était une version particulièrement édulcorée. Mais bien que vous ayez été d'une grande aide pour le Ministère ces deux derniers mois, leurs recherches n'incluent que les aurors et les tireurs de baguette et aux dernières nouvelles, vous vouliez participer activement. »

« Eh bien, oui, mais- »

« Puis-je vous suggérer de vous porter volontaire pour les recherches dans le monde moldu ? poursuivit Dumbledore. De cette façon, vous n'aurez pas beaucoup à faire avec Lucius. »

« Je lui enverrais un hibou quand nous aurons fini ici. » répondit Remus, avec détermination.

« Excellent. Minerva, avez-vous eu plus de chance au Numéro Quatre ? »

« Je m'y suis rendue trois fois depuis février comme vous le savez, dit-elle, d'un air pincé. Les voisins n'ont rien vu. Ça a été une surprise pour la plupart d'entre eux d'apprendre que les moldus avaient même un autre enfant ! »

Dumbledore fronça les sourcils.

« Il semble que je vais devoir retourner voir Pétunia Dursley, après tout, dit-il, en soupirant. J'imagine qu'elle n'en sera pas très heureuse. »

Les lèvres de Rogue frémirent.

« Je confirme, Monsieur le Directeur. »

Dumbledore lui adressa un regard perplexe, avant de sourire légèrement.

« Ah, oui. J'avais oublié. »

Remus échangea un regard avec McGonagall, qui avait l'air aussi intrigué qu'il ne l'était.

« Y'a-t-il d'autres théories concernant les raisons pour lesquelles le garçon a été enlevé ? » couina Flitwick.

Dumbledore regarda Remus.

« Si Sirius avait voulu tuer Harry, il serait mort depuis longtemps, dit-il à contrecœur, même si cela était vrai. Le fait qu'ils se cachent me fait dire que Harry est toujours en vie. »

Et la prophétie, bien sûr.

« Il va devenir un mangemort, dit le professeur Chourave, avec tristesse. Ce pauvre petit garçon. »

« Si Sirius voulait l'emmener et l'élever comme un mangemort, il n'aurait pas dit aux Dursley qu'il prenait Harry, fit remarquer Remus. Ils auraient juste disparu tous les deux. Non, il le garde en sécurité pour pouvoir le livrer à Voldemort. »

Les visages autour de lui affichaient des expressions mélangées de pitié, d'inquiétude et – dans le cas de Rogue – de dégoût.

« Tout ça est très bien, Lupin, dit le maître des potions. Mais combien de temps avant que Black ne se fatigue d'attendre et décide de le tuer lui-même ? »

Flitwick frissonna et tomba de sa chaise.

« Eh bien, Lupin ? »

« Comment suis-je censé le savoir ? » demanda Remus d'une voix forte.

« J'aurais pensé, commença Rogue, vicieusement. Étant donné votre histoire, que Black serait venu te voir, pour chercher de l'aide ... Ou un complice, peut-être ... »

« Severus, vraiment ! » dit le professeur McGonagall, s'enflammant pour prendre la défense de Remus.

Hagrid se leva, l'air hargneux, et se rassit lorsque Dumbledore secoua la tête.

« Vous n'avez plus quinze ans. »

« J'en suis conscient, merci, Minerva ! » répliqua Rogue, brusquement.

« Alors, faites un effort pour vous conduire décemment, cria-t-elle. Le directeur était également ami avec Black et je ne vous vois pas l'impliquer, lui ! Ou moi-même, d'ailleurs ! »

L'un des dispositifs argentés posé sur le coin de la table était en train de bourdonner violemment.

« Pensez-vous, peut-être, qu'en tant que professeur, je lui ai appris tout ce qu'il sait ? Que je cache Black et Potter dans mon bureau pendant que l'on parle ? »

« Non, répondit Rogue, boudeur. Mais il est ... »

« Un loup-garou ? » demanda Remus, sur un ton las.

Rogue lui adressa un regard de pure haine.

« Ce sont des créatures des ténèbres. Tout le monde sait ça. »

Le visage d'Emmeline se contracta, mais Remus secoua la tête dans sa direction.

« Oh ? fit le professeur McGonagall, dont les lèvres étaient dangereusement pincées. J'aurais pensé que vous, Severus, auriez évité plus que n'importe qui de juger les gens par rapport à leur passé. »

Rogue ouvrit la bouche pour protester, mais sembla incapable de trouver les mots. Remus devait avouer que c'était plutôt drôle de regarder un homme de trente ans se faire sermonner par sa vieille collègue.

« Ou dois-je vous rappeler votre histoire loin d'être exemplaire ? Ou ce passé douteux en raison de vos propres choix, tandis que celui de Remus ne dépend que de circonstances sur lesquelles il n'avait aucun contrôle- »

« Minerva, je pense que ça suffit. » dit Dumbledore, avec calme.

Le professeur McGonagall s'apaisa, son visage particulièrement rouge.

« Tout va bien, Monsieur le Directeur, répondit Rogue, avec une expression indéfinissable. Mes mots ont dépassé ma pensée. »

Remus leva les sourcils. Rogue sourit d'un air méchant.

« Et je crois bien que Minerva essayait d'avoir sa propre revanche ... La perte de la Coupe des Quatre Maisons cinq années d'affilée doit faire des ravages ... »

Les narines de McGonagall s'agrandirent et elle adressa à Rogue un regard furieux. Dumbledore laissa échapper un petit rire.

« Après tout, les Gryffondor sont réputés pour leur fierté ... »

« Et les Serpentard pour leur humilité. » répliqua ironiquement Remus.

Le professeur Quirrell se mit à rire nerveusement.

« En effet, dit Rogue, en lui adressant un regard acerbe. Avons-nous terminé ici, Monsieur le Directeur ? J'ai des devoirs à corriger ce soir, si je dois trouver le temps de parler à Lucius demain. »

« Vous pouvez partir, Severus, si personne n'a rien à ajouter. »

Dumbledore balaya la pièce du regard, mais tout le monde secoua la tête. Rogue se leva et quitta le bureau, ses robes noires voltigeant derrière lui.

Il ressemble toujours à une chauve-souris, pensa Remus, amusé.

« Avez-vous encore besoin de moi, professeur ? » demanda-t-il.

« Non, Remus, vous pouvez y aller, déclara Dumbledore en désignant la porte du bureau. Bonne chance avec cette lettre. »

« J'en aurais besoin. » répondit Remus, morose.

« Je vais te raccompagner. » proposa Hagrid, de façon inattendue, tout en se levant.

Ils saluèrent les autres et s'en allèrent. Alors qu'ils descendaient les escaliers, Remus reprit la parole.

« Tout va bien, Hagrid ? »

Hagrid tapota maladroitement l'épaule de Remus.

« Tu avais l'air d'avoir besoin d'un peu de compagnie. »

Remus sourit.

« Peut-être, admit-il. Merci. »

Remus, plus que de rentrer directement chez lui, se retrouva finalement assis dans la cabane de Hagrid, avec une tasse de thé fumante de la taille d'un pot de fleurs en face de lui.

« Merci. » répéta-t-il.

Hagrid agita simplement une main gigantesque.

« Pas de problème. » dit-il.

Remus ajouta une quantité généreuse de sucre à son thé et le mélangea avec une cuillère de la taille d'une truelle.

« Alors, comment vas-tu ? Ça fait un moment depuis la dernière fois- »

« Tu as été bien occupé, répondit Hagrid, absolument pas rancunier. Et bien, merci. Occupé par mes affaires habituelles, je dirais. »

Hagrid se leva et sortit une fournée de biscuits-cailloux du four, avant de les placer sur la table, en face de Remus. Crockdur leva la tête avec espoir et se rapprocha pour reposer sa tête sur les genoux de Remus, en regardant les biscuits sans arrêt.

« Crockdur ! »

« C'est rien. » dit Remus, en grattant le chien derrière les oreilles.

Il se sentit un peu nostalgique, mais aussi plutôt heureux en entendant le chien gémir joyeusement ; il avait appris où il fallait gratter les chiens, par un chien – il bloqua aussitôt cette pensée et prit rapidement une gorgée de thé.

Il y eut un coup à la porte.

« Hagrid ? »

« Ça t'ennuie ? » demanda Hagrid, le regard fixé sur la porte.

« Pas du tout. » répondit Remus.

« Sers-toi un biscuit. » dit Hagrid, en se dirigeant vers l'entrée.

Remus, qui avait des années d'expérience avec la cuisine de Hagrid, en prit un et tandis que Hagrid était occupé avec le verrou, le découpa en murmurant 'Diffindo', et en donna une bonne partie à Crockdur quand Hagrid ne regardait pas.

« Comment ça va, Charlie, Tonks ? »

« Salut, Hagrid. » dit une agréable voix féminine.

« Bien, merci, répondit aimablement un garçon. Vous êtes occupés ? On a pensé qu'on devrait passer et voir comment ça allait. »

« C'est très gentil de vot' part ! dit Hagrid, avant que son ton ne se fasse un peu triste. J'ai Remus- »

« N'hésite pas à les inviter à entrer, Hagrid, déclara Remus. Ça ne me dérange pas. »

Hagrid se tourna et adressa un air rayonnant à Remus – qui répondit par un sourire – et s'écarta ensuite pour laisser deux étudiants – des septièmes années si Remus devait deviner – entrer. La fille trébucha sur le tapis et le garçon la rattrapa sans avoir même l'air conscient de le faire. Clairement, cela arrivait souvent. Le soleil d'avril les suivit jusqu'à l'intérieur.

« Bonjour. » lança le garçon en agitant joyeusement la main.

Il était roux, costaud et portait l'uniforme de Gryffondor – et le badge de capitaine de l'équipe de Quidditch. Il traversa la cabane et tendit la main à Remus.

« Charlie Weasley. »

« Remus Lupin. Je connais tes parents, je crois. » dit Remus, en souriant.

Il ne mentionna pas que c'était uniquement parce qu'il avait connu Gideon et Fabian Prewett – et par extension leur sœur aînée, Molly – durant la guerre.

Charlie montra la fille de Poufsouffle – elle était mince, avec un visage en forme de cœur et des cheveux courts et d'un jaune très vif – près de lui.

« Voici Nymphadora Tonks. » annonça-t-il, avec un sourire diabolique.

La fille se tourna vers lui, l'air ennuyé – ses cheveux devinrent rouges comme s'ils correspondaient à son humeur – avant de lever les yeux au ciel et de regarder Remus, curieuse.

« C'est juste Tonks. » dit-elle avec irritation.

Ses cheveux redevinrent jaunes, tandis qu'elle lui tendait la main.

« Heureuse de vous rencontrer, en tout cas. »

« Moi aussi, répondit Remus. Mais tu peux me tutoyer et ... Tu es consciente que tes cheveux viennent de changer de couleur ? »

« Mes cheveux ? » demanda la fille.

Ses cheveux se mirent à clignoter – rouge, bleu, vert, violet, orange, rose, noir, blanc et de nouveau jaune avant que le cycle ne se répète.

« Je ne vois pas bien ce que tu veux dire. »

Remus sourit et un instant plus tard, elle fit de même.

« Je suis métamorphomage. » expliqua-t-elle, et tandis qu'elle le faisait, ses cheveux se mirent à pousser, devinrent bouclés, passèrent par des dreadlocks et revinrent à leur style d'avant, court et en piques.

« Impressionnant, dit Remus, avant de froncer les sourcils. Tu as dit Tonks ? »

« Oui, et si tu m'appelles Nymphadora, je vais ... »

« Tu n'es pas la fille de Ted et Andy ? » demanda-t-il, en se demandant combien de filles métamorphomages du même âge, avec un prénom bizarre et un nom familier, pouvaient bien exister.

« Je savais bien que tu me disais quelque chose, s'exclama-t-elle, triomphalement. Ah, des biscuits-cailloux ! Euh ... Miam ... »

« J'ai été à l'école avec ... les sœurs de ta mère. » dit-il, incapable de parler de Sirius.

« Je vois, répondit Nymphadora, l'air curieux. Alors tu as dû connaître Sirius Black. »

Remus grimaça.

« Je l'ai connu, oui. »

Lui, Sirius et James avaient l'habitude de la garder, en réalité. Il ne dit pas cela, mais il ne put s'empêcher de poser une question.

« Tu aimes toujours les potions ? »

Ses yeux se plissèrent.

« Comment tu sais ça ? »

Remus finit par lui dire qu'il s'était occupé d'elle quand elle était petite et finit par lui parler d'une visite particulièrement mouvementée ; elle leur avait préparé des potions – de l'eau sucrée, plus exactement – et James avait pris les devants et leur avait lancé des sorts pour coller aux effets qu'elle avait annoncé. Remus avait fini avec une peau tachetée de rose et une voix ridiculement aiguë, Sirius avec une corne de licorne et des sabots et James lui-même avec des oreilles de chat et une queue. La petite fille avait trouvé cela terriblement amusant. Elle avait ensuite proposé à Sirius de se cacher et avait pris son apparence. Remus et James avaient joué le jeu tout du long – même s'ils avaient immédiatement remarqué que ce n'était pas lui - pourquoi donc Sirius aurait-il porté l'un des anciens maillots de football de Ted Tonks ? - jusqu'à ce qu'elle ne redevienne elle-même.

Charlie était en proie à un fou rire au moment où Remus terminait l'histoire et il se renversa du thé sur lui, mais ne semblait pas le remarquer ou du moins ne semblait pas y accorder beaucoup d'importance. Nymphadora – Remus n'arrivait pas à penser à elle-même sous son nom de famille, sentant que ce serait impoli d'une certaine façon – était également en train de rire, ses cheveux devenus oranges, assortis à ceux de Charlie ; elle semblait se souvenir de plusieurs parties de l'histoire – elle devait avoir huit ans à l'époque, et donc suffisamment âgée pour s'en rappeler. Hagrid avait apporté quelques Fondants du Chaudron et affichait un air rayonnant, tandis qu'il remplissait leurs tasses de nouveau. Crockdur était parti baver sur Charlie.

Remus réalisa qu'il appréciait ce moment, tout en se sentant particulièrement seul ; d'un côté, c'était agréable de se trouver dans un environnement si amical, inclus dans les plaisanteries amicales des deux septièmes années, mais d'un autre côté, cela lui rappelait bien trop le temps où lui, James, Sirius, Peter et même Lily avaient cet âge.

Quelques années pouvaient tout changer, Remus le savait trop bien, et il finit par se demander si les deux jeunes gens devant lui seraient protégés de la cruauté de la vie, s'ils allaient devoir se forcer à survivre – comme il l'avait été – ou s'ils seraient tués par celle-ci, comme James, Lily et Peter l'avaient été. Il ne s'autorisa pas à penser que l'un d'eux puisse suivre le destin de Sirius. Mais Sirius avait l'air sympa à dix-sept ans aussi ...


« Juste pour que tu le saches, le prévenu Patmol, en s'arrêtant avec la main sur la porte du magasin de baguettes d'Ollivander. Ce type est bizarre. Et il sait ... Eh bien, tout. »

« Il saura qui on est ? » demanda Harry.

« Je serais surpris qu'il ne le sache pas. » répondit Patmol.

« Tu ne devrais pas attendre ici, alors ? » proposa Harry, en adressant à Patmol un regard nerveux.

« Nan. En plus, ta première baguette, c'est un peu comme si tu faisais tes premiers pas, ou que tu parlais pour la première fois. Je dois être là, c'est mon boulot. »

Harry décida qu'ils pourraient toujours partir s'il y avait une possibilité que l'homme appelle les aurors.

« Allez, rentre. »

Harry pénétra dans le minuscule magasin, en trébuchant un peu ; il était plus grand, aujourd'hui, en raison de son camouflage. L'intérieur était poussiéreux – Harry était habitué à la poussière désormais – avec un comptoir à seulement quelques pas de la porte. Il y avait derrière des étagères remplies de milliers de boîtes. Patmol se glissa derrière lui et ferma la porte. Il jeta un œil incertain sur la petite chaise dans le coin avant de s'y asseoir avec précaution. Il s'assit face à Harry et au comptoir, mais toutes les deux secondes, ses yeux se tournaient vers la vitre pour s'assurer que personne n'arrivait. C'était la première fois qu'ils s'aventuraient dans le monde magique depuis cette nuit de février et ils étaient tous les deux un peu sur les nerfs.

« Bonjour. » dit une voix douce, faisant sursauter Harry.

Harry entendit Patmol prendre une petite inspiration derrière et bouger un peu.

« Euh ... Bonjour. » dit Harry, en regardant son parrain pour avoir de l'aide.

Patmol se contenta de sourire.

« Je te l'avais dit. » murmura-t-il.

Harry se retourna vers l'homme. Il était âgé, avec des yeux pâles et embués et de fins cheveux blancs. Mr Ollivander attrapa la main de Harry et se mit à l'inspecter. Il cligna des yeux.

« Je me demandais si j'allais même vous voir un jour, Mr Potter. » dit Mr Ollivander avec douceur.

Il tourna ses yeux gris vers Patmol.

« Il y a plusieurs rumeurs déplaisantes qui courent ces temps-ci. »

« Nous avons entendu ça. » répondit Patmol, sinistrement.

« Vous avez les yeux de votre mère, dit Mr Ollivander, en reportant son attention sur Harry. Je me souviens quand elle venue acheter sa première baguette, j'ai l'impression que c'était hier. 25,6 centimètres, souple et rapide, bois de saule. Excellente baguette pour les enchantements. »

Mr Ollivander laissa tomber la main de Harry.

« Votre père, en revanche, avait préféré une baguette d'acajou. Plume de phœnix. Pliable. Un peu plus puissante et remarquablement efficace pour les métamorphoses. Je peux dire qu'il l'aimait beaucoup ... »

Mr Ollivander écarta la frange de Harry – blonde aujourd'hui – de sa cicatrice. Harry résista à l'envie de repousser sa main et d'aplatir ses cheveux.

« J'en suis désolé, mais c'est moi qui ai vendu la baguette responsable de cette cicatrice ... commença-t-il. 33,75 cm. En bois d'if. Une baguette puissante, très puissante, et entre des mains maléfiques ... Si j'avais su ce que cette baguette allait faire en sortant d'ici ... »

Il soupira et regarda à nouveau Patmol.

« Cyprès, n'est-ce pas ? 38 cm. »

« Et ventricule de dragon. » poursuivit Patmol, avec méfiance.

« Une baguette puissante, d'une autre façon. Et pas une baguette malfaisante, du moins pas au début ... »

Il adressa un regard perçant à Patmol.

« Ça n'a jamais été une baguette malfaisante. » dit Patmol, doucement.

« Vous l'avez toujours, alors ? »

Patmol hésita, mais acquiesça finalement.

« Puis-je la voir ? » demanda Mr Ollivander.

« Si vous promettez de me la rendre, intacte. » répondit sévèrement Patmol.

« Oui, oui. C'était une baguette loyale, je crois me souvenir. Je doute que je puisse la revendre si je le voulais et ce serait une honte de détruire quelque chose d'aussi magnifique. »

Patmol échangea un regard avec Harry et tendit sa baguette au vieil homme qui la détailla et la leva jusqu'à son oreille. Tout fut calme pendant un moment et Harry eut le temps de s'interroger sur la santé mentale du fabricant de baguettes, avant que Mr Ollivander ne soupire et ne rende la baguette à Patmol.

« Non, ça n'a jamais été une baguette malfaisante, dit-il avec un sourire faible. Eh bien, maintenant, Mr Potter. Vous êtes là plus tôt que la normale, mais vous étant qui vous êtes, je ne peux pas en être surpris ... »

Il sortit un mètre d'une poche de sa robe.

« De quelle main tenez-vous la baguette ? »

« Droite. » répondit Harry.

Patmol l'avait laissé essayer sa baguette pour lancer quelques sorts basiques, même si la baguette de Patmol était plutôt imprévisible. Parfois, il était difficile d'obtenir quoi que ce soit mais à d'autres occasions, elle renforçait incroyablement le sort lancé par Harry, comme elle l'avait fait la nuit quand ils avaient quitté Privet Drive.

« Tendez le bras ... Oui ... Maintenant, restez là. »

« Attendez. » dit Patmol.

Il agita sa baguette et Harry diminua de plusieurs centimètres, revenant à sa taille normale. Mr Ollivander leur adressa à tous les deux un regard curieux.

« Ça aurait pu rendre les choses difficiles, dit-il finalement, avant de sourire. Ça a toujours été une bonne baguette pour les sortilèges informulés. »

Patmol acquiesça. Mr Ollivander brandit le mètre et se rapprocha de Harry à nouveau.

« Je pense que votre tuteur vous a informé sur la science des baguettes magiques ? »

« Oui, monsieur, dit Harry. La baguette choisit son sorcier, c'est ça ? »

« Alors, vous écoutiez ce jour-là, dit Mr Ollivander à Patmol. Je n'étais jamais sûr ... Oui, Mr Potter, c'est essentiellement cela. Chaque baguette est unique, tout comme chaque sorcier est unique. »

Le mètre était maintenant en train de mesurer l'écart entre les narines de Harry et Harry se mit à loucher pour le regarder faire. Un éclat de rire mal dissimulé le fit regarder en direction de Patmol, le fusillant des yeux.

« Chaque baguette de chez Ollivander renferme des substances magiques très puissantes. Nous utilisons du poil de licorne, des plumes de phœnix ou des ventricules de cœur de dragon ... »

Il continua à discuter tout en mesurant Harry – la raison pour laquelle l'écart entre ses deux yeux pouvait être important dépassait Harry – et Mr Ollivander finit par s'écarter.

« Ça ira comme ça. »

Le mètre tomba au sol et s'enroula comme un serpent. Mr Ollivander s'éloigna derrière le comptoir. Pendant un instant, Harry s'inquiéta du fait qu'il pourrait être en train d'appeler le Ministère, mais il revint quelques secondes plus tard avec un tas de boîtes. Harry souffla.

« Essayez donc celle-là, Mr Potter. »

Harry accepta une baguette, mince et noire.

« Bois d'ébène et crin de licorne. 30 cm. Précise. »

Harry eut l'impression que ça sonnait comme une baguette de fille, mais il l'agita malgré tout. L'encrier sur le comptoir explosa, recouvrant Harry et Mr Ollivander. Patmol riait dans son coin.

« Je ne crois pas qu'elle m'aime beaucoup. » dit Harry.

« Cette baguette ne semble aimer personne. » dit Mr Ollivander, en tapotant sa robe avec un mouchoir.

Il encouragea Harry d'un geste à reposer la baguette.

« Peut-être celle-ci, dit-il, en tendant une baguette un peu courbée à Harry. Érable et plume de phœnix. 17 cm. Plutôt souple. »

Cette fois, Harry avait à peine levé la baguette qu'il la lui retira.

« Poirier et ventricule de dragon. 22 cm. Flexible. »

Celle-là brûla la main de Harry quand il essaya de la prendre. Il jura discrètement – dans les deux mois durant lesquels Harry et Patmol avaient vécu ensemble, il avait appris des jurons plutôt sympas – et la rendit au fabricant de baguettes.

Patmol semblait s'amuser, en regardant Harry rejeter et être rejeté par pas loin d'une quarantaine de baguettes. Il avait essayé tous les cœurs qu'Ollivander pouvait offrir, et au moins un de chacun des types de bois et il commençait à sentir que Mr Ollivander commençait à ne plus avoir suffisamment de synonyme pour 'flexible'. Harry avait aussi réussi à détruire la moitié de la boutique ; il avait mis le feu au comptoir, fait disparaître un des pieds de la chaise de Patmol, fait tomber l'une des étagères et avait fait un sacré trou dans le plafond quand une des baguettes avait relâché quelque chose qui pouvait simplement être décrit comme un éclair.

« Un client difficile, commenta Mr Ollivander, qui semblait de plus en plus heureux à chaque échec. Mais nous finirons bien par trouver celle qui vous convient ... Peut-être quelque chose de moins habituel ... Oui, je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas ... »

Il disparut et revint un moment plus tard avec une boîte noire.

« Bois de houx et plume de phœnix. 27,5 cm. Facile à manier et très souple. »

Harry prit la baguette. Au moment où il toucha le bois doux, une sorte de chaleur se répandit dans ses doigts, puis dans son bras, mais c'était agréable, pas comme la brûlure de la baguette en poirier. Il reconnut aussi la sensation ; c'était la même qu'il avait ressentie lorsqu'il avait fini sur le toit des cuisines de l'école, juste avant de changer la perruque de Mrs Peterson en bleu, et la même sensation qu'il avait eu quand il avait verrouillé toutes les portes de la maison la première semaine de sa vie avec Patmol.

« Je peux la sentir. » dit Harry, incertain.

« Agitez-la. » souffla Mr Ollivander, difficilement visible derrière la pile de boîtes posée sur le comptoir.

Harry s'exécuta et une gerbe d'étincelles rouge et or jaillit du bout de la baguette et retomba tout autour de lui. Patmol afficha un visage rayonnant.

« Oh bravo ! s'écria Mr Ollivander. Oui, en effet. Très bien ... Et curieux. Oui, très curieux. »

« Qu'est-ce qui est curieux ? » demanda Harry, en rendant la baguette – presque à contrecœur – pour que Mr Ollivander puisse l'emballer.

« Je me souviens de chaque baguette que j'ai vendue, Mr Potter. Chaque baguette. Et il s'avère que le phœnix qui a fourni cette plume en a fourni une autre – juste une autre. C'est très curieux, en effet, que cette baguette vous convienne, quand on sait que sa sœur vous a fait cette cicatrice. »

Harry échangea un regard avec Patmol, qui avait l'air troublé.

« Curieux, vraiment, la façon dont les choses se produisent ... Je crois que vous avez un bel avenir, Mr Potter. Après tout, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom a fait de grandes choses également ... Terribles, oui, mais quelle envergure ! »

Harry frissonna. Patmol avait raison. Cet homme était bizarre.

« Qu'est-ce que j'ai senti quand j'ai pris la baguette ? » demanda Harry, en payant.

« Votre magie, répondit Mr Ollivander, l'air satisfait d'entendre cette question. Les baguettes sont seulement des intermédiaires, après tout. Un intermédiaire très puissant, évidemment, mais un intermédiaire malgré tout. Elles ont un pouvoir en elles, mais il ne peut être exploité sans un sorcier. Un sorcier, cependant, peut posséder de la magie sans baguette. »

Mr Ollivander lui offrit le paquet marron et les raccompagna en dehors du magasin – après que Patmol ait relancé le sort pour grandir Harry.

« C'était intéressant. » dit Harry.

« Ça l'est toujours, répondit Patmol. Déballe ta baguette. A partir de maintenant, tu l'emmènes partout avec toi. »

Harry s'exécuta et glissa la baguette dans la poche arrière de son jean. Patmol eut l'air de vouloir dire quelque chose de drôle, mais s'en empêcha visiblement.

« Où est-ce qu'on va maintenant ? »

« Poudre de cheminette, dit Patmol. Il y avait un vendeur près de l'apothicaire, mais je crois qu'il est parti ... »

Ils se promenèrent environ dix minutes avant de trouver une étale près du glacier. Patmol envoya Harry chercher des glaces pendant qu'il achetait un sac de la poudre brillante et récupérait un bon de commande par hibou auprès du vendeur.

« Un hibou ensuite, je pense, proposa Patmol. Ensuite, on pourra utiliser des bons de commande et on aura plus besoin de venir aussi souvent. »

« J'ai vu un 'Royaume du hibou' tout à l'heure. » dit Harry, avec la bouche pleine de glace.

« Eeylops ? » demanda Patmol.

Harry haussa les épaules.

« Je crois. »

« De mémoire, c'était pas loin du Chaudron Baveur. »

Patmol mena Harry en bas de la rue et dans le magasin. Harry hésita, le pied posé au travers de la porte ; il faisait noir, l'intérieur était uniquement éclairé par des lampes à huile dispersées de-ci de-là et le seul rayon de lumière naturelle venait de la porte ouverte. Tout autour d'eux luisaient des paires d'yeux, un bruit de frottement d'ailes et des hululements légers.

« Bonjour, les salua une sorcière, qui s'approchait d'eux. Vous avez besoin d'aide ou vous voulez juste regarder ? »

« On cherche un hibou. » dit Patmol.

Harry renifla et se baissa, en riant lorsque Patmol essaya de lui taper l'arrière de la tête.

« Ne m'accuse pas, tu l'as dit ! »

Patmol le fusilla du regard et tapota la tête de Harry.

« Ils ne sont pas morts du tout, pas vrai ? Ils se cachent ici, et ils se moquent de moi. »

« Qui est mort ? » demanda la sorcière, l'air inquiet.

« Euh ... Mon dernier hibou. » dit Harry, en affichant une expression sinistre.

Patmol s'étrangla.

« Oh, je suis désolée, mon chéri. » dit-elle, en tapotant son épaule.

Elle adressa un regard noir à Patmol pour oser en rire. Harry acquiesça, en essayant de conserver un air misérable.

« Je sais que c'est difficile de perdre un animal de compagnie ... Ils garderont toujours une place spéciale dans ton cœur, cependant, et j'ai toujours pensé que c'était plus facile d'apaiser la douleur en trouvant un autre animal pour nous tenir compagnie. »

« Ouais ... Euh ... C'est ce que j'espérais, dit Harry. Et j'ai toujours aimé les hiboux. »

« Moi aussi, commenta la sorcière. J'ai toujours trouvé que c'était des créatures intelligentes, bien plus malignes que les chats ou les chiens – ou Merlin me pardonne, les crapauds – et bien plus pratiques. Les moldus ont l'air de penser que les chiens peuvent porter les journaux, mais j'aimerais bien le voir. »

Patmol grogna légèrement. La sorcière le regarda d'un drôle d'air.

« Je peux vous offrir quelque chose à boire, monsieur ? »

« Non, répondit Patmol. Vous pourriez nous montrer les hiboux par contre. Ce serait très bien. »

« Vous cherchez quelque chose en particulier ? » demanda la sorcière.

« Juste un hibou. » répondit Harry, en adressant un regard sournois à son parrain.

« Il va à Poudlard, cette année. » mentit Patmol, en hochant la tête vers Harry.

« Oh, assez parlé, déclara la sorcière. Tu vas envoyer des lettres et des paquets régulièrement, j'imagine ? »

Harry sourit et acquiesça.

« Tu auras besoin d'un animal costaud, alors, dit la sorcière, qui se tapotait le menton. Un animal de qualité ... »

Elle claqua la langue en réfléchissant et sourit ensuite.

« Nous avons quelques grand-ducs, suggéra-t-elle. Ils sont populaires chez les Sang-Purs. »

« Oui, je sais, répondit Patmol, laconiquement. Je préférerais quelque chose d'un peu différent. »

La sorcière parut surprise par sa réaction. Harry essaya de réfléchir à une excuse, mais Patmol le battit là-dessus.

« Son dernier hibou était un grand-duc. » murmura-t-il à la sorcière, en désignant Harry de la tête.

« Dans ce cas, s'empressa-t-elle de dire. Nous avons de très bons grand-ducs d'Amérique. Ils sont un peu plus rares. »

Patmol secoua la tête.

« Ils me font peur, dit-il. Quelque chose dans les yeux ... Ils ont toujours l'air mécontents. »

Personnellement, Harry n'avait rien contre les grands-ducs d'Amérique, mais ne dit rien. C'était un hibou qu'ils allaient partager, ils devaient donc tomber tous les deux d'accord.

« Nous avons vendu notre dernière chouette rayée lundi dernier, dit-elle, les sourcils froncés. Et nous n'en aurons pas d'autres avant la semaine prochaine. »

Ses yeux s'éclaircirent tout à coup.

« J'ai une idée. Nous avons quelque chose d'un peu plus rare si vous êtes intéressés. »

« C'est quoi ? » demanda Harry.

« Nous avons une chouette des neiges en ce moment. Elle est encore jeune, mais certaines personnes les préfèrent jeunes, puisqu'elles sont plus faciles à dresser. »

Patmol et Harry échangèrent un regard.

« On peut la voir ? » demanda Patmol.

« Bien sûr. »

La sorcière les fit traverser la boutique, éloignant à l'occasion des oiseaux en liberté de son chemin, jusqu'à ce qu'ils aient atteint une partie légèrement plus éclairée. Il y avait de nombreux jeunes hiboux – certaines cages étaient même occupées par des mères en train de couver – et ils trouvèrent la chouette perchée à l'arrière.

Harry n'aurait jamais deviné qu'il s'agissait d'une chouette des neiges ; elle était grise, et chaque image qu'il avait vue de chouettes des neiges montrait des chouettes blanches. Elle était recouverte d'un manteau inégal de plumes grises, et ses ailes étaient parsemées de blanc et de noir. Ses yeux dorés se tournèrent vers eux, d'une manière presque hautaine, et Harry aurait presque pu rire à la façon dont son comportement différait totalement de son apparence juvénile.

« Elle est différente, en effet. » dit Patmol, amusé.

« Elle sera magnifique quand elle aura perdu ses plumes de bébé. » expliqua la sorcière.

La chouette claqua du bec, comme si elle confirmait.

« Peut-elle voler ? » demanda Patmol.

« Bien sûr. »

« C'est tout ce qui compte alors, dit Patmol, en haussant les épaules, avant de se tourner vers Harry. Qu'est-ce que tu en penses ? »

La chouette effleura son doigt et glissa son bec dans sa main. Patmol sourit.

« Combien ? »

« Dix gallions. » répondit la sorcière.

« Pour une chouette ? » répliqua Patmol, en arquant un sourcil.

« C'est une espèce rare. » expliqua la sorcière.

« Pas faux. » dit Patmol, en fouillant dans sa poche pour trouver les pièces.

La sorcière les aida à trouver une cage suffisamment grande pour la chouette quand elle aurait fini sa croissance, et expliqua à Harry – puisque Patmol semblait maintenant s'ennuyer et préférait s'occuper en jouant avec une chouette effraie à l'air irrité – les basiques pour s'occuper d'elle. Ils achetèrent aussi des friandises pour hiboux qui, d'après la sorcière, devraient aider au dressage.

Ils quittèrent le magasin et furent tous les trois éblouis par la lumière du jour.

« Laisse sortir la chouette. » dit Patmol.

Harry s'exécuta et elle alla se percher sur l'épaule de Patmol. Celui-ci jeta un œil aux alentours et, une fois qu'il s'était assuré qu'il n'y avait personne autour, reprit la parole.

« Donne-lui l'adresse de la maison pour qu'elle nous rejoigne là-bas. »

« Tu ne peux pas ? »

« Pas si tu veux qu'elle trouve l'endroit. »

Cela prit un moment à Harry pour comprendre ce qu'il voulait dire. Il finit par acquiescer.

« Ok, euh ... Peux-tu nous rejoindre au 12, Square Grimmaurd ? »

Harry se sentit un peu ridicule, mais la chouette hulula une fois et s'envola, son aile tapant dans le nez de Patmol.

« Excellent. »

Patmol rétrécit la cage et la fourra dans sa poche.

« Ça aurait été une galère de la porter partout. »

Harry acquiesça. Ils s'engagèrent à nouveau dans la rue. Harry avait pensé qu'ils iraient à la librairie, mais apparemment l'éduquer sur le Quidditch était en tête des priorités de Patmol ; il fut presque traîné dans le magasin par son parrain impatient.

L'intérieur était plus grand que Harry ne s'y était attendu. C'était très lumineux et très bien décoré. Un des murs – celui où il y avait la vitrine – présentait des balais de différentes tailles et était recouvert de boiseries rouges qui se poursuivaient dans tout le magasin. Le second mur était dédié à l'équipement – de grosses balles rouges que Patmol appelait des Souaffles, des noires appelées Cognards et des minuscules Vifs d'or, tout comme des lourdes battes, des gants, des lunettes de protection et toutes les sortes de protections matelassées qui pouvaient exister.

Les autres murs étaient dédiés à la ligue de Quidditch, avec de larges bannières, des posters des différentes équipes et de joueurs en particulier. Sur l'étagère en dessous, il y avait des livres – soit sur les équipes, soit sur les joueurs – et diverses marchandises ; il y avait des choses plus communes comme des chapeaux, des écharpes, des badges de toutes formes et de toutes tailles, des figurines et il y avait également des robes, des battes et des balles dédicacés.

Patmol l'attira vers un présentoir proche du comptoir, où de petites figures en plastique volaient au-dessus d'un terrain miniature.

« Tu vois celui-là ? Celui qui vole au milieu ? dit Patmol, tandis que Harry hochait la tête. C'est l'Attrapeur ... »

Patmol commença à expliquer les règles du jeu. C'était assez facile à suivre, pensa Harry, et il était impatient d'essayer, même s'il n'était pas sûr du moment où il aurait cette chance.

« Désolé, mon chéri. » dit une femme d'âge moyen, en trébuchant contre un meuble rempli de pots de cires pour balais.

« C'pas grave. » murmura Harry sur un ton absent, les yeux rivés sur les petites figurines.

« Et tu te demandes de qui Dora tient sa maladresse. » dit affectueusement un homme au ventre rond à la femme en question.

La femme s'en offusqua et parut particulièrement intimidante pendant un instant ; elle était grande avec des yeux gris, des cheveux bruns et des pommettes hautes. L'homme – son mari, d'après l'impression de Harry – cligna de l'œil. Le visage de la femme s'adoucit largement et elle se mit à sourire.

« Hey, gamin, viens voir ça. » l'appela Patmol.

Il était debout près d'un étalage de balais et désigna un présentoir de balles dorées.

« Ce sont des Vifs d'or ? » demanda Harry, en tendant le bras pour en attraper un.

Patmol lui attrapa la main.

« Ne les touche pas si tu ne veux pas les acheter, le prévint-il. Ils ont une mémoire tactile et la dernière chose que veulent les gens, c'est un Vif d'or qui ne les reconnaît pas. »

Harry fourra ses mains dans ses poches pour ne pas être tenté de toucher. Patmol rit en le regardant.

« Tu ressembles vraiment à ta mère. »

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« James aurait supplié d'en acheter un. »

« Je pensais que t'avais dit que Papa jouait comme Poursuiveur ? »

« Oui, mais il a aussi été Attrapeur ; il était Attrapeur au début parce qu'il n'y avait pas de postes de Poursuiveur disponibles quand nous étions en deuxième année. A partir de la troisième année et jusqu'à la sixième, il a joué Poursuiveur et en septième année, il est redevenu Attrapeur. »

« Pourquoi ? »

« Dave Goujon était un an au-dessus de nous – il jouait Batteur depuis sa troisième année et ensuite, il a eu un accident avec le Saule Cogneur et sa coordination n'était plus assez bonne pour rester Batteur, alors il est devenu Attrapeur. »

« Un accident avec le Saule ? » répéta Harry.

« C'est un arbre de Poudlard. Il y avait un jeu plutôt répandu pendant notre deuxième année, le but était de s'approcher le plus possible ... Nous, les Gryffondor, nous étions les meilleurs, bien sûr, mais Goujon a presque perdu un œil. Le jeu a du s'arrêter là ... »

« Perdu un œil ?! »

« L'arbre l'a frappé, expliqua Patmol, en haussant les épaules. Vraiment moche. »

« Ce n'est pas plus dur d'être Attrapeur que Batteur ? Je veux dire, le Vif d'or est plus petit. »

« Oui, mais le Vif d'or n'essaye pas de te faire tomber de ton balai. Si tu rates un Cognard et qu'il t'atteint ... »

Harry grimaça ; plus tôt, il avait vu une des petites figurines se faire percuter par une balle noire. La figurine avait presque perdu un bras (même si Patmol lui avait assuré que l'effet était exagéré et que le pire qui pouvait vraiment arriver était une fracture).

« Enfin, Cornedrue jouait Attrapeur parce qu'aucun autre ne pouvait – le seul qui était intéressé était un première année et tout le monde sait que les premières années ne peuvent pas jouer. »

Ils se retournèrent pour jeter un œil aux balais – Patmol était curieux de savoir à quel point ils s'étaient améliorés durant les sept dernières années. La femme qui avait trébuché quelques temps plus tôt était là, avec son mari.

« Je reste convaincue qu'on devrait lui acheter un hibou. » dit-elle, en inspectant un balai brillant.

« Dromeda, je te le répète, elle voudra un balai, pas un oiseau. En plus, elle a déjà ce chat rougeaud- »

« Oui, Ted, mais à quoi va lui servir un balai ? répondit la femme, en passant à un autre présentoir. Les hiboux sont pratiques- »

« Dromeda, elle travaille dur. Elle devra continuer si elle veut être acceptée par le D.J.M. »

La femme acquiesça.

« Nous devrions lui offrir quelque chose de divertissant. »

« Voilà pourquoi tu es son préféré. » l'accusa la femme.

« Bien sûr, répliqua l'homme. Ce n'était pas mon idée de l'appeler Nymphadora ... »

La tête de Patmol se releva brusquement et son visage perdit toutes ses couleurs. La femme poussa son mari, en riant.

« Excusez-moi ? »

Un vendeur apparut.

« Nous aimerions acheter un Comète 260. »

« Excellent choix, dit l'homme, tout sourire. Nous sommes en rupture de stock en ce moment, malheureusement, mais nous en aurons de nouveau pour le seize- »

« C'est bon, répondit la femme, en souriant. Tant qu'on peut le mettre au pied du lit de ma fille pour le- »

Harry n'entendit pas le reste ; Patmol l'avait attrapé et l'avait traîné derrière une grande pile de boussoles de balais.

« Tu les connais ? » demanda Harry.

« La femme, c'est ma cousine. » répondit Patmol.

Harry lui adressa un regard sceptique. Il ne trouvait pas du tout qu'elle ressemblait à Patmol, à l'exception des yeux peut-être, mais d'un autre côté, il ne ressemblait pas non plus à Dudley. Ils attendirent jusqu'à ce qu'elle tourne le dos pour se glisser en dehors du magasin et se mélanger à la foule de vacanciers.