Holà ! Enfin un nouveau chapitre, qui va vous faire très plaisir à tous, j'en suis sûre ! Encore et toujours un GRAND merci pour vos commentaires ! Et à très vite pour le prochain chapitre ! Ce week-end, j'espère. Bonne lecture !
Remus était très, très immobile.
« Tu me ferais confiance ? » demanda-t-il, finalement.
Il avait l'air d'être au bord des larmes. Harry acquiesça, en priant pour ne pas le regretter, en priant pour que Remus l'ai vraiment cru au lieu de juste dire qu'il le croyait. Remus ne serait pas capable de dire à tout le monde où était Sirius à cause du sortilège de Fidelitas, mais il pouvait toujours agresser Patmol et le faire sortir.
Harry fit signe à Remus de se rapprocher – il n'allait certainement pas prendre le risque d'être entendu – et il reprit la parole dans un souffle.
« Nous vivons au 12, Square Grimmaurd. »
Les yeux de Remus s'écarquillèrent.
« Tu rigoles ! »
Harry secoua la tête.
« Et personne n'a pensé à regarder là-bas depuis ton enlèvement parce que nous savions tous à quel point il détestait l'endroit, dit Remus, en secouant de nouveau la tête. Je pensais- avez-vous- vos voisins ? »
« Nos voisins ? » demanda Harry, stupéfait.
Je suis presque sûr que Rogue a parlé de ça quand il était venu.
« Vous ne savez pas ? » demanda Remus.
« Savoir quoi ? » répliqua Harry.
« A propos de Marlène ? »
« Elle est morte, répondit Harry. Elle est morte pendant la guerre. »
Remus secoua la tête, souriant, mais n'en dit pas plus.
« Au numéro 12, continua-t-il, l'air pensif. Ça explique aussi la Trace … Le Ministère ne pourrait même pas détecter un éternuement, étant donné les protections incroyables de cette vieille maison. »
« Tu n'as pas idée. » murmura Harry.
« Incroyable, dit Remus. Je me demandais comment Sirius s'en sortait sans magie. Il s'avère qu'il n'avait pas à s'en passer. »
Il se mit à sourire.
« Merci, Harry, de me l'avoir dit. »
« Tu ne diras rien, n'est-ce pas ? » demanda Harry, avec nervosité.
Il pensait qu'il pouvait faire confiance à Remus, mais c'était toujours mieux qu'il ne sache rien à propos du sortilège de Fidelitas. Remus pensait qu'Harry avait menti à Fudge quand il en avait parlé, maintenant qu'il savait qu'il n'avait pas bu le Véritaserum.
« Non. » lui assura Remus.
« Merci. »
Remus se leva.
« Je vais y aller maintenant. Tu pourras rentrer à la maison ce soir. »
Harry ne put retenir le sourire d'espoir qui apparut sur son visage.
Remus retira sa cape et la fourra dans sa poche, en quittant l'espace d'accueil. Ainsi, quand il sortit de l'hôpital, il portait simplement un jean délavé – il en avait vraiment besoin de nouveaux – et un tee-shirt usé. Personne ne le remarqua quand il débarqua – comme par magie – pour rejoindre la marée de moldus.
Il rejoignit une petite allée proche d'une librairie et, après avoir vérifié qu'il n'y avait aucun moldu dans les alentours, sortit sa baguette et se mit à tournoyer, en se concentrant sur le petit parc qui était en face du Numéro 12, où lui, James et Peter avaient souvent rencontré Sirius pendant les vacances, et plus tard, où ils étaient venus pour accompagner Sirius qui voulait voir Regulus.
Tout était pareil à ses souvenirs ; un carré d'herbe clairsemé entouré par des haies et une vieille barrière en fer. Il sortit de derrière un bosquet, lissa sa robe et traversa la rue.
Il pouvait voir le Numéro 12, mais devait se forcer à le garder dans son champ de vision ; ses yeux essayaient de regarder vers les autres maisons. Ce n'était pas une nouvelle mesure de sécurité – Orion Black avait placé celle-ci, avec plusieurs autres, l'été après leur troisième année pour essayer d'empêcher James, Remus et Peter de venir les voir.
Remus grimpa les vieilles marches de pierre. La porte était noire avec un heurtoir en forme de serpent, mais aucun de ces éléments ne semblait plus sinistre que la maison en elle-même ; il pensait que la porte avait été repeinte, et le heurtoir poli.
Remus leva la main pour sonner, mais préféra s'en abstenir. Il poussa la porte, mais elle ne bougea pas. Il la tapota une fois avec sa baguette en marmonnant 'Alohomora'. Elle s'ouvrit et Remus entra dans l'entrée sombre. La porte se referma derrière lui, en le faisant sursauter. Il rassembla tout son courage de Gryffondor et avança d'un pas. Le parquet craqua bruyamment.
L'entrée s'éclaira entièrement. Remus sursauta et regarda autour de lui, à la recherche de Sirius ou peut-être de l'employé de maison qu'Harry avait mentionné, mais aucun d'eux n'était là. Les lumières doivent être enchantées, pensa-t-il, en regardant les murs. La maison n'avait plus l'air aussi sinistre avec la chaleureuse lumière orange ; les murs étaient verts, pas noirs, et le sol ne ressemblait plus à un puits sans fond, mais était recouvert de parquet sombre. Remus tenta d'avancer encore d'un pas.
Voyant que rien ne se passait, il avança encore et essaya de se rappeler de l'agencement des lieux. Il n'avait toujours aucune idée d'où il allait lorsqu'il atteignit le bas d'un escalier. Il y avait un autre escalier sur sa gauche, mais celui-là descendait. Remus fronça les sourcils.
« En haut, alors. » marmonna-t-il.
Les escaliers ne craquèrent pas comme il s'y était attendu et il eut l'impression que Sirius – et possiblement Harry – avait fait un bon travail pour rendre cette maison habitable.
Le premier étage était silencieux, tout comme le second et le troisième. Remus commençait à se demander s'il n'aurait pas mieux fait de vérifier d'abord le rez-de-chaussée quand il atteignit le quatrième étage et se mit à entendre des voix, qui lui parvenaient d'une porte légèrement ouverte.
Il frappa doucement et poussa la porte.
« Harry ? » entendit-il quelqu'un dire d'une voix rauque.
Sirius était en train de lutter pour sortir du lit, tandis qu'un vieil elfe de maison essayait de l'y repousser. Son expression pleine d'espoir, presque désespérée, disparut quand il aperçut Remus. L'elfe de maison laissa échapper un cri de surprise et arrêta de lutter contre Sirius ; à la place, ses yeux, injectés de sang, se plissèrent et il avança d'un pas vers Remus, les mains levés de manière menaçante.
Remus jeta rapidement sa baguette et leva les mains pour que Sirius puisse voir qu'elles étaient vides ; si Harry avait tort, et que Sirius était vraiment un meurtrier, alors c'était la chose la plus stupide qu'il aurait jamais faite.
« Kreattur. » dit Sirius, en attrapant sa propre baguette.
Il la dirigea vers Remus.
« Je suis un peu déçu, Sirius, dit Remus, en essayant de cacher son degré de nervosité. Pas d'étreinte. Pas même une poignée de mains pour accueillir ton vieil ami. »
Sirius baissa un peu sa baguette, juste légèrement.
« Vieil ami ? demanda-t-il faiblement, en réussissant à se lever cette fois-ci, tout en se tenant à la table de chevet. La dernière fois qu'on s'est vu, tu ne voulais pas qu'on soit ami. »
Remus fronça les sourcils.
« Et, si ma mémoire est bonne, tu m'as accueilli de la même manière avec une baguette. »
« L'hypocrisie a toujours été un problème pour moi. » admit Remus.
Sirius sourit faiblement et baissa sa baguette ; son bras tremblait et il pouvait difficilement l'en empêcher.
« T'as une tête épouvantable. »
Et c'était vrai. Le Sirius qu'il avait vu à Londres, il y a quelques mois, n'avait pas l'air d'avoir passé sept ans de sa vie à Azkaban.
Celui-là, en revanche, oui ; il portait une robe froissé, pleine de sang et légèrement brûlée, il avait une barbe d'au moins une semaine et ses cheveux étaient emmêlés. Il était aussi pâle, en sueur et ses yeux étaient fiévreux. Remus repéra aussi quelques hématomes sur son cou, pareils à ceux de Harry.
« Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
« Rien. Je vais bien. »
« Délirant. » couina l'elfe.
Sirius le fit taire en un regard.
« Où est Harry ? Est-ce qu'il va bien ? »
Sirius essaya de regarder derrière Remus et vacilla. Il fut obligé de s'asseoir sur le lit. Remus essaya de faire un pas pour s'approcher de lui, inquiet, mais l'elfe laissa échapper un cri furieux et ne le laissa pas s'approcher plus près.
« Harry est à Ste Mangouste. » dit Remus, en se reculant.
Sirius perdit le peu de couleurs qui lui restait.
« Il va parfaitement bien, même si ça n'était pas le cas quand il est arrivé chez moi. »
L'expression pincée de Sirius s'adoucit un peu.
« Pourquoi il t'a envoyé ? »
« Qui dit qu'il l'a fait ? »
« Tu ne m'aurais jamais trouvé s'il ne l'avait pas fait. » dit Sirius, avec assurance.
Remus se posa quelques questions à propos de ça, mais toute curiosité sur le sujet quitta son esprit quand Sirius releva sa baguette. Remus regarda la sienne, qu'il avait jeté. Il n'avait aucune intention de l'utiliser, mais il se sentait nu sans elle.
« Pourquoi tu es là ? Tu es venu m'arrêter ? »
« Pose ça. » dit Remus, en désignant la main tremblante de Sirius.
Sirius fronça les sourcils en le regardant et essayant de stabiliser sa main.
« Non, je ne suis pas venu pour ça. »
« Quoi ? » dit Sirius, en baissant de nouveau sa baguette.
« Je crois que Harry m'en voudrait si je faisais ça. »
L'ombre d'un sourire glissa sur le visage fatigué de Sirius.
« C'est un bon gamin. »
« Je sais. »
Sirius lui adressa un regard curieux et secoua la tête.
« Je sais que tu ne voulais pas l'entendre ce jour-là à Londres, mais si tu es prêt à m'écouter, je pourrais tout te dire à propos de- »
« Peter ? » demanda Remus.
Sirius ouvrit la bouche, surpris.
« Tu sais ?! »
Cela semblait en être trop pour la voix déjà faible de Sirius ; il toussa et s'éclaircit la gorge plusieurs fois. Finalement, il retourna son attention sur Remus, l'air toujours stupéfait.
« Ferme ta bouche, Sirius, tu ressembles à un Détraqueur. »
La bouche de Sirius se referma immédiatement.
« Harry. » dit-il après un moment.
« Harry. » confirma Remus.
« Je ne peux pas croire que tu as réussi à rester assis assez longtemps pour lui laisser le temps de t'expliquer. » dit Sirius, en riant.
Son rire se transforma en toux et il fut obligé de s'asseoir de nouveau. Remus le fixa, inquiet, et cette fois, l'elfe était trop occupé à placer une tasse fumante dans les mains de Sirius que Remus fut capable d'approcher du lit.
Quand Sirius eut terminé de boire ce qu'il y avait dans la tasse et qu'il avait arrêté de tousser, Remus reprit la parole.
« Bien sûr que j'ai écouté. Tu n'as pas vu son air ; tu te souviens de ce regard que James utilisait pour- »
« Je me souviens de tous les regards de James. » dit Sirius, doucement.
Remus sourit légèrement.
« Celui quand il avait quelque chose d'important à dire- »
« -où il avait sa mâchoire serrée et qu'il ne fronçait pas les sourcils, mais que c'était tout comme ? »
« Exactement. » dit Remus.
« Alors tu nous crois- me crois ? »
« Assez pour venir ici et jeter ma baguette. » répondit Remus.
Sirius lui lança un regard malicieux.
« Tu me crois vraiment ou tu espères seulement ? »
« Je n'ai plus l'habitude d'être démasqué si facilement, dit Remus, en s'asseyant au bout du lit de Sirius. Et un peu des deux, j'imagine. Ça a du sens ; Peter était toujours occupé, ou absent – il n'a jamais été blessé en mission … Tu penses qu'il a changé de camp à quel moment ? »
« Un an avant ? Peut-être qu'il n'a jamais changé de camp, et qu'il était toujours comme ça. Je ne sais pas. Est-ce que ça a de l'importance ? »
« Pas vraiment, admit Remus. Je me demandais juste. »
« Je le hais. » murmura Sirius.
Tous les doutes que Remus pouvait encore avoir sur l'histoire de Sirius disparurent avec ces trois mots, parce qu'en eux transpiraient la haine, la trahison et enfouie plus profondément, la douleur. Des émotions si fortes qu'elles ne pouvaient pas être falsifiées.
« Et je suis désolé. »
« Pour quoi ? »
« D'avoir pensé que tu étais l'espion. Pour avoir cru que tu ferais moins pour eux que je ne l'aurais fait. Pour ne pas t'avoir dit tout de suite qu'on avait échangé. »
Remus pencha la tête.
« Je suis aussi désolé d'avoir pensé que tu pouvais être comme ça. Et je suis désolé de ne jamais être venu te voir, ou de ne jamais avoir écrit. »
Il déglutit.
« Même si tu avais été coupable, je te devais au moins ça. »
« C'est rien, répondit Sirius. Oh, juste pour que tu le saches ... »
Il tira sur ses manches, et même si ses avant-bras étaient meurtris, il était évident qu'ils ne portaient pas la Marque des Ténèbres. Remus leva également ses manches pour montrer ses bras couverts de cicatrices. Sirius acquiesça et grimaça. Pendant un instant, Remus pensa qu'il allait être malade, mais il prit une longue inspiration et accepta une autre boisson des mains de l'elfe.
« Je vais me mettre à détester le chocolat à la fin de tout ça. » marmonna Sirius, en regardant la tasse avec le nez froncé.
Remus ouvrit la bouche pour demander encore ce qui lui était arrivé – ça n'avait pas l'air d'être une maladie normale – mais il savait que Sirius allait juste ignorer la question.
« Amis ? » demanda-t-il à la place, en lui tendant la main.
« Frères. » répondit Sirius, en serrant la main de Remus.
Soudainement, il eut l'air incertain.
« Si- si tu veux toujours- »
« Bien sûr, Patmol. » dit Remus, en levant les yeux au ciel.
Il étreignit Sirius – avec douceur, vu comme il semblait fragile – et finit par s'écarter.
« Tu n'es pas contagieux, pas vrai ? »
« Non, dit Sirius. C'est juste une intoxication alimentaire. »
Il jeta un coup d'œil à l'elfe.
« Je ne sais pas comment t'as fait ça. »
« Kreattur a passé des mois avant d'être guéri. En plus, Kreattur n'est pas aussi expérimenté que le Maître Sirius, et Kreattur ne savait pas à propos du chocolat. »
« Des mois ? grogna Sirius. Je ne peux pas passer des mois au lit ! »
« Tu as passé des années à Azkaban. » fit remarquer Remus.
« J'ai marché, soupira Sirius. Je rendais tout le monde fou – enfin, encore plus fou. »
« Tu ne peux toujours pas te passer de ta promenade quotidienne ? »
Sirius secoua la tête.
« Je finirais à mordiller les meubles. »
Remus savait que ça prendrait du temps avant que les choses ne reviennent à la normale, mais la facilité avec laquelle ils retombaient dans leurs anciennes habitudes le rassura sur le fait que le manque de James et Peter, et les sept – presque huit – années sans contact n'avaient pas ruiné leur amitié. Les fondations étaient toujours là – abîmées à quelques endroits – mais bien là. Ils pouvaient réparer ça.
Sirius sortit une boîte de Chocogrenouilles de la table de chevet, en déballa une et la fourra dans sa bouche.
« Le chocolat est mauvais pour les chiens. » dit Remus avec calme.
Sirius sourit largement.
« Je suis déjà malade. »
Il jeta un bonbon à Remus, qui l'attrapa machinalement.
« Ça et tu as un estomac plus solide qu'un chaudron en étain. » marmonna-t-il, en déballant le chocolat.
« C'est ça. » confirma Sirius.
Il resta silencieux quelques instants.
« Alors Harry est à Ste Mangouste ? »
« Oui. »
Remus regarda sa montre et laissa échapper un juron.
« Il doit sûrement se demander où je suis. »
« Quel service à Ste Mangouste ? » demanda Sirius avec nonchalance.
« Le service pédiatrique de la Reine Maëva, au quatrième- je connais ce regard, dit Remus, avec un ton menaçant. Sirius- »
Sirius afficha rapidement une expression innocente qui aurait pu tromper n'importe qui.
« Quoi ? »
« Tu ne peux même pas tenir debout. » dit Remus.
Sirius fronça les sourcils.
« Je me débrouillerais. »
« Ne sois pas stupide. » lança Remus sans mâcher ses mots.
« Je ne peux pas le laisser là-bas, Lunard. » murmura Sirius.
« Ce n'est pas ce que je te demande. Je peux le ramener à la maison ce soir si tu me donnes sa baguette. »
« Tu … Tu aiderais ? » demanda Sirius.
« C'est pour ça que je suis là. »
« Mais le Ministère- »
« Je me fiche de ce que pense le Ministère. »
« Dumbledore, alors ? C'est sûr qu'il- »
« Dumbledore veut ce qu'il y a de mieux pour Harry et c'est qu'il soit heureux et en sécurité. Le Ministère n'a pas réussi à le trouver ici, alors Voldemort n'en sera pas plus capable – si ou quand il reviendra – et à la façon dont Harry criait sur tous ceux qui t'insultait, je dirais qu'il apprécie plutôt ta compagnie, alors ça prouve le fait qu'il est heureux. Maintenant … Sa baguette ? »
Avant que Sirius n'ait pu dire quoi que ce soit, l'elfe disparut. Il réapparut une seconde après – en faisant grimacer Sirius à nouveau – en tenant la baguette de Harry contre sa poitrine.
« Je vais en prendre soin. » promit Remus.
Kreattur lui tendit la baguette et s'inclina légèrement avant de reculer derrière Sirius. Remus plaça la baguette dans sa poche et reprit la sienne sur le sol.
« Je devrais y aller. »
Sirius acquiesça.
« Tu veux que je te raccompagne ? »
Remus leva les yeux au ciel.
« Reste au lit, Sirius. Je reviens dans peu de temps. »
Remus quitta la pièce, pendant que Kreattur plaçait avec autorité une autre tasse de chocolat chaud dans les mains de Sirius. Je lui ferais dire ce que lui et Harry ont fait, se promit-il à lui-même. Et ensuite, je verrai si je peux faire quelque chose pour ses hématomes. Remus sortit de la maison et ferma la porte d'un coup de baguette. Il avait une démarche presque sautillante en tournant à droite et en passant devant le Numéro 11, et il réalisa qu'il ne s'était pas senti aussi heureux depuis des années.
Il transplana au bout de la rue et se retrouva dans la même allée – près du libraire – d'où il était parti. Remus tapota ses poches pour vérifier qu'il avait toujours les deux baguettes et il approcha le mannequin très laid dans la vitrine de Purge & Dowse Ltd.
« Je suis là pour voir Harry Potter. »
Le mannequin acquiesça légèrement et Remus passa à travers la vitre, rejoignant le hall de Ste Mangouste où il fut immédiatement intercepté par Maugrey Fol-Oeil.
« Lupin. » dit l'Auror grisonnant.
« Fol-Œil. » répondit Lupin, en souriant alors qu'il lui tendait sa baguette.
La bouche abîmée de l'Auror frémit.
« Là pour aller voir le garçon ? »
« Oui, pourquoi ? »
« Une sorcière quelconque du Ministère est venue lui parler tout à l'heure, dit Fol-Œil en lui rendant sa baguette. Paraîtrait qu'ils vont le bouger dans la matinée. »
Pas si je peux y faire quelque chose. Les sourcils de Remus se levèrent.
« Où ? »
« De retour chez les moldus, dit Fol-Œil. Apparemment, le garçon n'était pas très heureux. Les guérisseurs ont appelé Dumbledore. Il est avec lui maintenant, il m'a demandé de te chercher. »
Remus le salua rapidement et se dirigea vers l'ascenseur le plus proche. En l'attendant, il se dit que ça aurait été sûrement plus rapide de prendre l'escalier. Il se tourna juste au moment où les portes s'ouvraient. Roulant des yeux, il entra et appuya sur le bouton du quatrième étage.
Il s'arrêta deux fois – une fois au premier étage et une fois au troisième pour laisser entrer une guérisseuse en robe vert clair et une sorcière en robe noire – et Remus salua Mary MacDonald et sa sœur Susan qui le soignait régulièrement quand la pleine lune se passait mal. Il se dirigea ensuite vers le couloir du quatrième étage et passa les premières doubles portes sur la gauche jusqu'à un autre couloir, appelé Service pédiatrique de la Reine Maëva.
Les murs étaient recouverts de licornes et de dragons, et des lutins colorés suivirent son avancée dans le couloir, en lui faisant des grimaces amusantes. Remus connaissait bien l'endroit ; sa mère était guérisseuse – elle avait démissionné après sa morsure – et avait été capable de le soigner à la maison la plupart du temps, mais à l'occasion, elle l'avait amené ici.
Sa chambre se trouvait sur le côté droit du couloir, près de l'inscription 'blessures causées par des créatures magiques', tandis que Harry était gardé dans une chambre à la fin du couloir dédié aux 'admissions générales'. Après que les Aurors aient vérifié sa baguette, Remus entra dans la pièce et tomba sur une vision à laquelle il ne s'attendait pas ; le contenu du plateau-repas de Harry avait été ignoré et abandonné sur la table de chevet tandis que le plateau lui-même était posé sur les genoux de Harry, entre lui et Dumbledore, et servait de support pour une tour de cartes plutôt complexe.
Le bout de la barbe de Dumbledore était noirci et le nez de Harry était recouvert de suie.
Alors que Remus refermait la porte, la tour explosa et Harry éclata de rire.
« C'était toi ou moi ? » demanda Dumbledore.
« Je … euh … je ne suis pas sûr. » dit Harry.
« On prend tous les deux une dragée alors. » s'exclama Dumbledore, avec enthousiasme.
Il y eut un petit froissement de papier, Harry fourra quelque chose dans sa bouche et fit la grimace.
« Terre. » déclara-t-il.
Dumbledore prit plus de temps pour choisir le sien.
« J'espère que celui-là est à la fraise, dit-il. Je suis tombé sur une dragée au vomi quand j'étais enfant et j'ai arrêté d'aimer ces bonbons. »
Il y eut un instant de silence, Dumbledore attrapa un mouchoir et cracha quelque chose dedans.
« Maintenant, je me souviens pourquoi ; viande crue. »
« Eurk. »
« C'est également mon avis, mon garçon. Tu peux y aller. »
Remus s'éclaircit la gorge tandis qu'Harry choisissait une nouvelle carte. Ils levèrent tous les deux la tête, l'air un peu coupable, en remarquant enfin Remus.
« Ah, Remus ! s'exclama Dumbledore. Une dragée surprise de Bertie Crochue ? »
« Non, merci, répondit Remus, en souriant. J'ai eu une expérience malheureuse avec une dragée au goût ver de terre, il y a quelques années ... »
« Dudley m'a fait manger un ver une fois. » dit Harry, en faisant la grimace.
Dumbledore le regarda avec intérêt, ses yeux pétillants. Harry haussa les épaules.
« Ce n'est pas aussi terrible que vous le pensez. »
« Sirius pouvait aussi manger n'importe quoi. » dit Remus, en se souvenant de transformer son sourire en une grimace au dernier moment.
Quelque chose dans les yeux de Harry s'obscurcit et pendant un moment, son esprit sembla visiblement bien loin de sa petite chambre d'hôpital. Dumbledore jeta un œil à Remus, inquiet, et Remus haussa les épaules.
« Ouais. » dit Harry, en se forçant à rire.
Il plaça rapidement une carte.
« Votre tour, professeur. »
Dumbledore ajouta une autre carte.
« Ça sera ma dernière partie, mon garçon. Minerva n'était déjà pas enchantée que je sois parti. »
« Désolé. » dit Harry.
« Ça ne me dérange pas du tout. » lui assura Dumbledore.
« Merci, monsieur. »
Dumbledore sourit pour lui faire comprendre qu'il avait bien entendu ses remerciements et agita ensuite la main en direction des fondations de leur tour de cartes.
« Je crois que c'est ton tour, Harry. »
Harry acquiesça, le visage contracté par la concentration tandis qu'il plaçait une carte au-dessus de celle de Dumbledore et attendit quelques instants. Ils continuèrent à échanger des cartes et la tour prit forme à nouveau.
Remus avait été frappé par la nostalgie et se souvenait de James et Sirius qui faisaient souvent des parties de bataille explosive, ou utilisaient les cartes pour construire des tours, et en grandissant, des maquettes de la Cabane Hurlante ou de Gringotts. Quelque part à la maison, il avait une photo de la reproduction de Poudlard qu'ils avaient construit au début de leur septième année.
Harry fut le responsable de l'explosion cette fois, en essayant d'équilibrer une carte au-dessus d'une autre. Il laissa échapper un cri lorsqu'elles s'enflammèrent entre ses doigts et il attrapa une dragée dans la boîte que Dumbledore lui tendait. Harry étudia la petite dragée verte, et avec un peu plus d'appréhension que la dernière fois, il la glissa dans sa bouche. Il se détendit une seconde plus tard.
« Menthe. »
Dumbledore se mit à sourire et réunit les cartes en une pile d'un geste de baguette. Il plaça la boîte de dragées au-dessus.
« Tu peux garder ça. » dit-il gentiment, en les glissant vers Harry.
« Comme- comme un cadeau ? » demanda Harry, en le fixant, abasourdi.
« Tu n'es pas habitué aux cadeaux ? » demanda Dumbledore, en fronçant les sourcils.
« Patmol est le seul qui m'en ai jamais- » dit-il, en s'arrêtant finalement, les joues roses.
Remus ferma les mains pour former des poings et les fourra dans ses poches. Le froncement de sourcils de Dumbledore se durcit encore.
« Je vois. Peut-être que j'en parlerais à Pétunia quand on te ramènera à la maison, demain matin. »
« Non, s'il vous plaît, ne faites pas ça. Monsieur, ils- »
Harry sembla penser qu'il ferait mieux de se taire et referma la bouche.
« Nous en parlerons demain. » dit Dumbledore au bout d'un moment.
Il serra la main de Harry.
« Remus, un petit mot ? »
Remus suivit le directeur à l'extérieur de la chambre d'hôpital, en ayant l'impression qu'il avait de nouveau quinze ans et qu'il allait avoir des problèmes. Il ne peut pas savoir ce que j'ai prévu …
« Je crois qu'Alastor vous a trouvé ? »
« Oui, monsieur, répondit prudemment Remus. Il a dit que Harry n'avait pas très bien pris la nouvelle de son déplacement. »
« C'est souvent difficile d'accepter une nouvelle quand on vous crie dessus, soupira Dumbledore. Même si cette nouvelle aurait été difficile à accepter, peu importe qui l'aurait apporté. »
« Il va bien maintenant ? »
« Peut-être que non, mais il l'a accepté. »
Remus ne répondit rien.
« J'espérais que vous puissiez nous accompagner demain matin. » poursuivit Dumbledore.
« Moi ? »
« Harry vous fait confiance. Il serait bien plus enclin à participer si vous êtes là. »
« Alors vous m'utilisez pour qu'il accepte la situation ? » demanda Remus.
« J'avais surtout espéré que vous auriez rendu plus simple une situation qui va être difficile en apportant un peu de familiarité. » répondit doucement Dumbledore.
Cela aidait Remus à se sentir un peu mieux.
« Une situation difficile ? »
« Harry est très attaché à son parrain, dit Dumbledore, en fronçant légèrement les sourcils. Et pas du tout, si je ne m'abuse, à sa tante, son oncle et son cousin. »
« J'ai eu la même impression. » dit Remus.
« Je crois aussi que le sentiment est partagé et je n'ai donc pas informé Pétunia. »
« Vous allez juste vous y rendre directement ? »
« J'ai l'impression que c'est ce qu'il y a de mieux, dit Dumbledore avec tristesse. Je ne veux pas penser au pire, mais si je les prévenais, ils pourraient trouver une excuse ou simplement ne pas être chez eux à notre arrivée. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre ce risque, car cela pourrait donner à Sirius une opportunité de récupérer Harry. »
Intérieurement, Remus ne pensait pas que Sirius soit en état pour récupérer qui que ce soit, mais il garda le silence.
« J'ai aussi l'intention de proposer à Pétunia que vous puissiez avoir Harry pendant les week-ends. Ce sera plus facile si vous êtes présent, je pense. »
« Pourquoi maintenant ? » demanda Remus, et il n'eut pas besoin de feindre son ton légèrement amer.
« Parce qu'il a été exposé à notre monde, expliqua Dumbledore en soupirant un peu. Bien plus tôt et plus brusquement que je ne l'avais espéré, mais ça ne peut être modifié. Je ne pense pas qu'il le prendrait très bien si nous lui enlevions tout ça en l'espace de quelques heures. »
« Probablement pas. »
« Êtes-vous prêt à en prendre la responsabilité ? »
« Oui, monsieur. » dit Remus.
« Splendide, dit Dumbledore, rayonnant. Je vous verrais demain matin. »
« Quelle heure ? »
« Disons neuf heures. » lui dit Dumbledore.
Il finit par se diriger vers le couloir, son chapeau orange et brillant touchant presque le plafond.
Remus déglutit, en se sentant un peu coupable pour ce qu'il s'apprêtait à faire, mais il repoussa ce sentiment. Si Dumbledore connaissait la vérité, ça ne le dérangerait pas. Par Merlin, il m'aurait même aidé ! Remus se mit à rire silencieusement – les Aurors de garde lui adressèrent des regards intrigués – et il retourna dans la chambre de Harry, en fermant la porte derrière lui.
« Tu l'as trouvé ? » demanda Harry, avec excitation.
Remus sortit la baguette et la lui donna.
« Merci. »
Harry la cacha, en la glissant sous son oreiller, et regarda ensuite Remus avec appréhension.
« Est-ce que tu … Patmol était à la maison ? »
« Il l'était. »
Le visage de Harry s'éclaircit, visiblement soulagé. Il fronça ensuite légèrement les sourcils.
« J'ai été parfaitement courtois, Harry. » ajouta Remus.
L'expression de Harry disparut.
« Il est toujours à la maison, alors ? »
« Il n'est pas vraiment en état pour bouger. » dit Remus.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » s'écria Harry, ressemblant encore plus à James à ce moment-là.
« Chut. » dit Remus, en jetant un œil en direction de la porte.
Harry sembla mortifié par sa bêtise.
« Désolé ! Il est blessé ? »
« Quelques coupures et des hématomes. » dit Remus.
L'expression de Harry vacilla un peu.
« Il dit qu'il a aussi une intoxication alimentaire, mais c'est probablement à cause de tout le chocolat qu'il mange- Harry ? »
Harry était devenu très pâle et l'inquiétude émanait de son corps par vagues. Il fixa Remus.
« Tu peux le sentir, pas vrai ? »
« Comment- »
« Tu renifles, expliqua Harry. Je pense que tu ne réalises même pas quand tu le fais, mais tu le fais. »
« La plupart des gens ne le remarquent pas. »
« La plupart des gens ne vivent pas avec un homme-chien. »
Remus sourit et avec une aisance acquise avec l'expérience, il changea de sujet.
« C'est vrai … En parlant d'homme-chien, le tien est impatient de te voir. »
Le visage de Harry s'éclaircit à nouveau et le reste de la culpabilité de Remus pour le faire évader s'évanouit ; tout ce qui pouvait rendre un enfant de neuf ans aussi heureux – sans impliquer d'explosifs – ne pouvait pas être une mauvaise chose.
« Tu devrais y aller, alors. » dit Harry après un moment.
« Oh ? » demanda Remus.
« Pour qu'ils ne t'accusent pas. »
Remus se mit à sourire doucement.
« Je veux dire, si tu pars et que cinq minutes après, je ne suis plus là, ils vont tout de suite comprendre ce qu'il s'est passé. Si tu pars maintenant, par contre, tu peux rentrer chez toi et être là quand ils commenceront à poser des questions. »
« Et qu'est-ce que je dois répondre, d'après toi ? »
« C'est toi le Maraudeur, dit Harry, en haussant les épaules. Patmol dit que tu peux toujours te sortir de toutes les situations. »
« Presque toutes les situations. » dit Remus.
Harry arqua un sourcil.
« James et Sirius ont toujours été bons pour voir à travers moi. »
Ou sentir, plutôt, mais je pouvais aussi le faire … Sentir les mensonges exigeait généralement un effort conscient, à moins que la personne ne mente très mal. Mieux ils mentaient, plus c'était difficile à repérer, ce qui faisait prendre le risque de manquer ce qui était dit. Il n'y avait aucun intérêt de savoir que quelqu'un était en train de mentir si l'on ne savait pas ce qu'il avait dit. Au final, Remus se fiait davantage à ses oreilles et à ses yeux.
« Je parie qu'ils l'étaient. » dit Harry, avec un petit sourire qui faisait Remus se demander quelles histoires Sirius lui avait raconté.
Il ne demanda pas.
« Je suppose que c'est une bonne chose que ce n'est pas eux que tu doives convaincre. »
« Une très bonne chose, confirma Remus, en souriant et en bougeant sur sa chaise. Où est-ce que je te rejoins, alors ? »
« Me rejoindre ? »
« J'ai dit à ton parrain que je te ramenais à la maison, dit Remus, en arquant un sourcil. Tu ne t'attends pas à ce que je te laisse vagabonder tout seul dans Londres, pas vrai ? »
« Avec un peu de chance, je n'aurais pas besoin de vagabonder du tout, dit Harry, d'une façon un peu ambiguë. Mais d'accord ... »
« Tu es en retard. » dit Harry, en faisant sursauter Remus.
Remus, comme prévu, était retourné chez lui et y était resté plusieurs heures après s'être mis d'accord pour rejoindre Harry à neuf heures. Il n'était probablement pas beaucoup plus de neuf heures, mais Harry mourrait d'impatience de rentrer et de retrouver son parrain. Remus a dit qu'il avait parlé d'intoxication alimentaire … Je parie ma baguette qu'il est toujours malade à cause de cette affreuse potion, pensa Harry, en jetant un œil anxieux en direction du Numéro 12.
« Dumbledore est venu chez moi pour me dire que tu avais disparu, expliqua Remus. Personne n'a rien vu ou entendu, apparemment. »
Il avait l'air un peu impressionné.
« L'hôpital masque la Trace et les protections ont effacé la magie que tu as laissé là-bas ; c'est mauvais pour les patients, apparemment. Fudge était furieux. Et tout ce qu'ils ont trouvé, c'était des draps tâchés sous le lit. »
« Oh, ça. » dit Harry, un peu gêné par le regard de Remus.
« Oui, ça. Je me demandais où tu avais mis le thé. »
Harry étira un peu les lèvres, mais ne réussit pas à former un vrai sourire maintenant qu'ils étaient si proches de la maison et qu'il ne savait à quoi s'attendre pour Patmol. Remus avait dit qu'il était malade, mais à quel point ?
« Dumbledore a trouvé ça drôle, je crois. »
La culpabilité lui serra le ventre.
« Il était encore à Ste Mangouste ? »
« Oui, dit Remus, en grimaçant. Il n'a pas l'air capable de rester à Poudlard aujourd'hui il est au Ministère maintenant, je pense. »
« Il pense que tu es chez toi ? »
Remus secoua la tête.
« Je lui ai dit que j'allais patrouiller à Londres ce soir. »
Il secoua de nouveau la tête et reprit la parole, en marmonnant.
« Je ne peux toujours pas croire que je lui ai menti. »
« Désolé, dit Harry. C'est de ma faut- »
« J'ai choisi de le faire volontairement, dit Remus, avec douceur. C'est plus que j'ai du mal à penser qu'il m'ait cru ; le seul secret que j'ai été capable de lui cacher, c'est celui à propos des Animagi et ce n'est pas vraiment le mien. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Harry. Tu es un loup, non ? »
« Eh bien, oui- »
« Et Dumbledore le sait, dit Harry, en fronçant les sourcils. Alors ça n'a aucun sens- »
Le visage de Remus se ferma complètement.
« Sirius est sûrement malade d'inquiétude. » dit-il, en jetant un œil à sa montre.
Toutes les questions à propos de loups et de Dumbledore s'évanouirent.
« Prêt ? » demanda Remus, en remarquant le visage plein d'espoir de Harry.
Harry marcha aux côtés de Remus, en espérant que personne ne les regarde, ou – s'ils les regardaient – qu'ils ne remarqueraient pas qu'il portait son pyjama d'hôpital.
Il se sentait prêt à exploser – pas à cause de l'excitation, il ne le pensait pas, mais à cause d'autre chose ; il avait l'impression que ça leur prenait un temps fou pour traverser la route et grimper les marches du Numéro 12, mais il n'osa pas se mettre à courir au cas où quelqu'un regarderait.
Remus glissa la main dans sa poche pour attraper sa baguette et pouvoir ainsi ouvrir la porte, mais il fut trop long et la baguette de Harry était déjà dans sa main. Il tapota la porte avec comme il avait vu Patmol le faire, se sentant autorisé à le faire maintenant qu'il était à l'intérieur du sortilège de Fidelitas et des protections de la maison. Rien ne se passa. Agacé, il la tapota encore et sans savoir s'il l'avait fait correctement cette fois ou si c'était son désespoir qui avait agi, la porte s'ouvrit doucement.
Harry la poussa avec impatience et se lança si vite dans l'entrée que le parquet n'eut pas le temps de produire son habituel craquement. Il craqua cependant lorsque Remus le suivit à l'intérieur d'une démarche plus calme. Les lampes s'allumèrent.
« … peux marcher, je ne suis pas un infirme- » entendit-il Patmol dire depuis l'autre bout du hall.
Il y eut un silence.
« Harry ? »
« Patmol ! » cria Harry, en se mettant à courir.
Il y eut un grand éclat dans la cuisine et des bruits de pas, avant que Harry ne percute son parrain à la moitié de l'escalier qui menait dans la cuisine.
« Merci Merlin. » lâcha Patmol d'une voix rauque, en l'enlaçant.
Il s'écarta, en examinant Harry à la recherche de blessures, et sembla plutôt satisfait. Harry faisait la même chose et ne semblait vraiment pas aussi satisfait avec ce qu'il vit – ou sentit plutôt ; Patmol était bien plus mince qu'il ne l'était une semaine plus tôt.
« Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? » demanda Harry, en fixant les joues creuses de son parrain, ses hématomes qui commençaient à s'estomper et sa barbe de plusieurs jours.
Patmol se mit à rire sans joie.
« Les morts-vivants. Sauf celui-là, ajouta-t-il, en désignant sa joue. Celui-là, c'est Marlène. »
« Je croyais que tu avais dit que vous ne connaissiez pas les voisins. » dit Remus à Harry, en s'approchant avec un peu d'hésitation.
« Elle habite à côté ? » demanda Harry.
Patmol sourit largement.
« Elle est dans le coup-, dit Remus en montrant la maison. -aussi ? »
« Je lui ai tout dit, sauf le secret des Animagi et l'endroit où nous vivons, dit Patmol tristement. Alors j'imagine. Une fois qu'elle se sera calmée, du moins. Elle n'était … euh … pas très contente quand je suis parti- »
Il frotta la blessure sans avoir l'air d'y penser.
« -mais elle ira bien dans une semaine ou deux. »
« Mais au nom de Godric, ça veut dire quoi les morts-vivants ? » demanda soudainement Remus.
« C'était une blague. » dit Patmol, sans regarder Harry.
Remus pinça les lèvres.
« Sirius Orion- »
« Ton deuxième prénom, c'est Orion ? » demanda Harry.
« Oui, répondit Patmol sur un ton à moitié amusé, à moitié exaspéré. Et j'imagine que tu vas beaucoup l'entendre maintenant que Lunard est dans le coin. »
« Pourquoi ? Tu le dis souvent ? » demanda Harry à Remus.
« Seulement quand je vais avoir des ennuis. » marmonna Patmol, avant de se mettre à tousser.
Alors oui, pensa Harry.
« Où est la chaise la plus proche ? » demanda Remus.
« J'sais pas. La cuisine, sûrement. » dit Harry, en désignant les escaliers de la tête.
« Allons-y. » dit Remus, en écartant Harry du chemin pour pouvoir aider Patmol qui toussait toujours.
Harry les suivit, inquiet.
Kreattur était dans la cuisine quand ils entrèrent, redressant une chaise que Patmol avait apparemment renversé, trop impatient de rejoindre Harry, et essuyant ce qui semblait être du chocolat chaud renversé. La table était toujours recouverte des bonbons que Patmol et Harry avaient acheté à Honeydukes, voilà une semaine.
Kreattur se figea quand ils s'approchèrent, regardant Patmol avec une expression exaspérée, Remus avec un air curieux et Harry avec un sourire. Harry lui rendit son sourire et manqua de s'asseoir sur la chaise proche de celle sur laquelle Remus avait forcé Patmol, mais quand il repéra le chocolat chaud sur la cuisinière, s'y rendit plutôt. Il remplit une tasse et la posa en face de Patmol qui le fusilla du regard, mais il en prit une gorgée.
« Est-ce que tu en veux ? » demanda Harry à Remus.
« Oui, merci. » répondit Remus.
Harry remplit deux tasses en argent, en posa une devant Remus et garda l'autre pour lui. Remus fit une grimace en regardant la tassa et ne fit aucun geste pour la prendre. Patmol se mit à rire doucement. Remus jeta un œil aux bonbons sur la table.
« Ça ne m'étonne pas que tu sois malade, dit-il. Il y a quelque chose qu'on appelle une overdose de sucre. »
Il regarda la tasse dans les mains fines de Patmol.
« C'est la première depuis que tu es parti cet après-midi. » dit Patmol, en prenant une autre gorgée de sa boisson.
« Oh ? » demanda Remus, en regardant l'éponge dans les mains de Kreattur.
« Je n'ai même pas pris une gorgée de celle-là. » dit Patmol.
Remus soupira.
« Qu'est-ce qu'il y a dans ta poche, gamin ? »
Harry baissa les yeux, en se souvenant pour la première fois qu'il avait dans la poche de son pyjama le jeu de bataille explosive et la boîte de dragées surprises de Bertie Crochue de Dumbledore. Il les sortit et les montra à Patmol, en expliquant avec joie les règles du jeu. Patmol se mit à sourire.
« Il faudra qu'on y joue. J'étais un homme de cartes avant. »
« Ça ne se dit pas, homme de cartes. » dit Remus, en souriant.
« Trouve un meilleur mot pour le décrire, alors. » répliqua Sirius, en lui souriant en retour.
« Amateur de pyrotechnique ? » suggéra Remus.
Il tendit machinalement la main pour attraper sa tasse et la retira au dernier moment.
« Abruti. » lança Patmol.
« Crétin. »
Les yeux de Patmol se plissèrent.
« Alors on joue à ça ? »
Remus sourit largement.
« Non, ne faisons pas ça. »
« Tu sais que je gagnerais. » lança Patmol joyeusement.
« Tu ne gagnerais pas. » répliqua Remus, amusé.
« Il gagnerait, dit Harry, sur un ton d'excuse. Lui et sa mère ont eu beaucoup d'entraînement depuis qu'on a emménagé. »
« Je pensais qu'elle était- »
« Morte ? dit Patmol. Oui, elle l'est, merci Merlin. Elle a un portrait, par contre. »
En disant cela, il regarda Harry. Les yeux de Patmol semblaient parfois un peu vides – un effet secondaire d'Azkaban, Harry le savait – mais ils semblaient bien plus vivants qu'ils ne l'avaient été depuis un moment – malgré sa maladie – et la joie semblait s'y être installée pour rester.
« Un portrait plutôt malheureux, en ce moment. »
Harry sourit d'un air penaud.
« Euh ... »
Patmol l'observa en attendant qu'il reprenne la parole.
« Après … euh … Kreattur et moi, on est rentré et tu n'étais pas avec nous … je … euh … ouais. »
Il jeta un œil en direction de Remus, incertain de ce qu'il pouvait dire en face de lui.
« Par accident ? » demanda Patmol.
« J'sais pas, avoua Harry. Ce n'était pas volontaire, si c'est ce que tu veux dire. Elle peut rejoindre Kreattur dans son placard. »
« Il y avait un maléfice de Glu Perpétuelle dessus. »
« Plus maintenant. » répondit Harry, en haussant les épaules.
« Vous avez des secrets, on dirait ? » demanda Remus, amusé.
« Peut-être. Puisqu'on parle de secrets, cela dit, qu'en est-il de toi étant un loup ? » demanda Harry.
Patmol s'étouffa sans raison particulière. Le regard de Remus se tourna vers lui, puis vers Harry de nouveau.
« Qu'en est-il de moi, étant un loup, Harry ? » demanda-t-il.
« Je ne suis pas sûr, avoua Harry. C'est juste … étrange. Tu as changé de sujet à Ste Mangouste et de nouveau, au parc. »
Patmol se mit à rire dans sa tasse d'argent. Remus se tourna vers lui, exaspéré.
« Je ne peux pas croire que tu n'aies pas- »
« Oui, mais ce n'est pas à moi de- »
« Je sais, soupira Remus. Merci, je suppose, mais maintenant- »
Patmol lui envoya un regard éloquent.
« Il ne va pas- »
« Il pourrait. »
« Comment tu sais ? »
« Comment toi, tu sais ? » contra Remus.
« Parce que je vis avec lui. Et ça ne dérangeait ni James, ni Lily. Je veux dire, si c'était le rejeton de Servilus alors peut-être, mais- »
« Je vais vous laisser parler. » décida Harry, en sachant quand il était bienvenu et quand il ne l'était pas.
« Où tu vas ? » demanda Patmol, surpris.
Il allait essayer de découvrir ce qu'ils cachaient à propos de cette histoire de loup.
« Je vais … euh … ranger ma chambre. »
Il commença à monter les marches et était arrivé à la deuxième quand Patmol et Remus se mirent tous les deux à crier.
« NON ! »
Le cri de Patmol était bien plus faible que celui de Remus, mais Harry se figea.
« Quoi ? »
Patmol semblait un peu amusé.
« A chaque fois que James allait faire quelque chose d'incroyablement stupide ou dangereux – plus souvent encore quand on n'était pas avec lui, ajouta-t-il, en tournant la tête vers Remus. Il disait à Charlus et Dorea- »
« Tes grands-parents, Harry- »
« Il sait qui sont ses grands-parents, Lunard. » dit Patmol, en levant les yeux au ciel.
Harry sourit largement.
« Bref, ranger sa chambre était toujours son excuse. »
« Toujours. » ajouta Remus, pour plus d'effet.
« Vous voulez dire que vous ne me croyez pas ? » demanda Harry, ses lèvres frémissantes.
Malgré le temps sans se voir, Patmol et Remus semblaient avoir retrouvé l'agréable camaraderie que Patmol avait toujours décrit avec mélancolie.
« Ne jamais croire un Potter qui dit qu'il va ranger sa chambre. » déclarèrent ensemble Patmol et Remus.
« James était si ordonné qu'il n'avait jamais besoin de ranger et tu es si bordélique que tu ne t'embêtes jamais à ranger. »
« Je vais vraiment ranger ma chambre. » mentit Harry.
Aucun d'eux ne sembla le croire.
« Si j'entends une explosion, ou un cri de douleur ... » l'avertit Patmol.
« Alors ton devoir de parrain sera accompli et ce sera le plus beau jour de ta vie. » dit Remus à Patmol, en reniflant.
Patmol ouvrit la bouche et la referma.
« Pas faux. »
Il se retourna vers Harry.
« Je ne sais pas ce que tu as prévu, mais s'il te plaît, essaye de ne pas mettre trop de bazar parce que je ne suis pas en état pour nettoyer. »
Il jeta un œil vers Kreattur qui était en train de fouiller dans les placards.
« Et sois prudent. » ajouta Remus.
Patmol essaya de dissimuler son rire dans une toux.
« Quoi ? »
Patmol murmura quelque chose qui fit Remus lui adresser un regard mauvais, mais n'entendit pas ce que c'était.
« Tu es prévenu. » lança Patmol, après Harry qui montait les marches deux à deux, en riant.
Harry, maintenant au rez-de-chaussée, resta en haut de l'escalier. Écouter aux portes ou en haut des escaliers était une malheureuse habitude incurable qu'il avait commencé à prendre chez les Dursley, mais cela s'était certainement avéré utile ces derniers temps.
« Ton chocolat va refroidir, Lunard. » dit Patmol.
« Oh, tais-toi, lança Remus, en riant. Un peu plus et j'aurais pris ça pour une tentative de sabotage. »
« Mais non. »
« Non. C'est juste que ta mère avait des mauvais goûts en matière de tasses de thé. »
« Ma mère avait des mauvais goûts pour tout. »
Ils rirent tous les deux – le rire de Patmol se transforma en toux – et Harry, qui n'avait aucune idée de ce qu'ils racontaient, haussa les épaules et continua à monter dans les étages.
