Salut à tous ! Une bonne lecture et un bon dimanche surtout !


Pour Sirius, les trois jours de captivité passèrent rapidement et à la fin du troisième, il avait remarqué qu'une sorte de routine s'était installée. Il y avait toujours deux Aurors à l'intérieur de la cellule – parfois les deux étaient des apprentis – parce qu'ils avaient désormais confiance en Sirius pour ne pas attaquer Harry. Ombrage venait avec le petit-déjeuner – qui s'était amélioré depuis l'arrivée de Harry – et prenait Harry avec elle pendant quelques minutes chaque jour pour l'interroger.

Harry disait qu'elle discutait de son impression de sécurité et qu'elle essayait de faire en sorte qu'il critique Sirius. Harry n'avait rien dit – autrement, il aurait été déplacé hors de la cellule dans la seconde – mais il s'était montré distant les derniers jours et Sirius n'était pas sûr de savoir pourquoi. Il pouvait agir sur ordre d'Ombrage – ou peut-être contre ses ordres – il pouvait souffrir de ce mode de vie enfermé ou ça pouvait être l'après-coup de l'attaque des Détraqueurs. Sirius pensait intérieurement que c'était plutôt la dernière hypothèse, mais il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait y faire, car Harry ne voulait toujours pas lui en parler. Ou parler de quoi que ce soit d'autre, d'ailleurs.

Le déjeuner arrivait vers midi et demi et les Aurors étaient relevés à quatorze heures. Rattler arrivait toujours avec la relève et jouait aux cartes avec Harry et peu importe qui voulait jouer également. Rattler se débrouillait pour perdre au moins un jeu à chaque fois qu'ils jouaient, de façon à avoir une excuse pour récompenser Harry avec une Chocogrenouille – une façon pour Rattler de se faire continuellement pardonner pour les Détraqueurs, pensait Sirius, et il l'appréciait sincèrement.

Quelqu'un venait toujours vers seize heures. Habituellement, c'était Remus ou Dumbledore – parfois ils venaient ensemble – et hier, Rogue était venu également. Lui et Sirius s'étaient foudroyés du regard et Rogue avait fait des commentaires bruyants et plutôt spécifiques sur Remus et la pleine lune qui arrivait. Sirius avait été ennuyé par cela – et un peu curieux, car Rogue avait aussi lancé de nombreux regards éloquents en parlant – et était venu à la rescousse de Remus plus d'une fois. Cela, par chance, donna une excuse à Remus pour être un peu plus gentil avec Sirius. C'était agréable de pouvoir parler à nouveau de façon civile, même s'ils devaient se lancer une insulte de temps à autres.

Les visiteurs étaient congédiés quand le dîner arrivait, vers dix-neuf heures et après ça, l'heure du coucher était variable, bien que la relève arrivait à vingt-trois heures et que les Aurors n'avaient pas encore réussi à faire ça silencieusement. Le sommeil n'était pas non plus aisé après vingt-trois heures. Les Aurors de garde avaient l'obligation de faire des rapports horaires à Scrimgeour, ce qui réveillait souvent Sirius et même si ce n'était pas ça, Harry l'aurait réveillé.

Il passait ses nuits à marmonner et à se débattre dans le lit voisin de celui de Sirius. Sirius le réveillait plusieurs fois par nuit – Harry était alors désorienté et ne se souvenait pas vraiment de quoi que ce soit, avant de retomber dans un sommeil agité. Mais entre une heure et cinq heures, leur sommeil était généralement calme et profond.

Sirius attendait impatiemment une heure du matin pour pouvoir dormir. La montre de Harry, qui traînait près de ses lunettes sur le sol, affichait un peu plus de minuit.

« Non, marmonna Klenner, depuis la chaise près de la porte. Non- Arrêtez. »

Sirius vit Hemsley la secouer. Elle renifla, sa tête tomba sur son épaule et heureusement, elle devint silencieuse. Harry était gêné le matin – il s'excusait toujours auprès des Aurors de garde – mais Sirius ne pensait pas que c'était nécessaire. La plupart d'entre eux parlaient dans leur sommeil autant que lui le faisait.

« On est chanceux, hein ? » dit sèchement Sirius depuis le coin.

« Ouais. » répondit tristement Hemsley.

On lui avait dit de prendre des congés pour gérer le fait d'avoir perdu – enfin, elle n'était pas morte, mais c'était tout comme – McDuff, qui avait été sa partenaire dans tous les sens du terme. Beaucoup de choses avaient changé depuis que Sirius était Auror, mais pas ça. Hemsley avait pris deux jours de repos et était revenu travailler pour une garde de nuit. Sirius l'avait entendu crié sur Scrimgeour l'après-midi et semblait-il, il avait réussi à refuser de prendre plus de temps encore. Sirius ne pouvait pas l'en blâmer. C'était mieux de continuer à vivre.

« Je suis désolé. » dit doucement Sirius.

« Qu'est-ce que tu en as à faire qu'elle soit morte ? demanda Hemsley, levant ses yeux fatigués et rouges. Tu ne- tu ne t'ai jamais entendu avec elle. »

« Non. » confirma Sirius.

C'était vrai. Lui et James n'avaient jamais eu la même vision que McDuff et Hemsley – les quatre avaient été formé en même temps – et ils avaient été ennemis pendant l'examen des Aurors. Les deux étaient toujours Aurors aujourd'hui – ou l'avait été, dans le cas de McDuff – alors évidemment, ils s'en étaient bien sortis.

« Ça ne veut pas dire qu'elle méritait de mourir. » dit Sirius, incapable de trouver un mot plus approprié.

Hemsley grogna et reprit son observation du plafond.

« C'est un indice. » dit Klenner, brisant le silence.

Ensuite, elle murmura quelque chose à propos d'un dragon et laissa échapper un autre ronflement. Hemsley soupira et la secoua encore. Sirius jeta un œil à la montre et sourit largement. C'était bientôt l'heure.

Alors, comme s'il savait, Harry se retourna et commença à murmurer de façon incohérente contre son oreiller.


« Je vais fermer. »

« A tout de suite. »

Bouger. Harry bougeait. Il ne pouvait rien voir – peut-être que ses yeux étaient fermés ou peut-être qu'il ne se souvenait juste pas. Peut-être que sa vision était mauvaise, même à cette époque. C''était trop facile d'imaginer la maison pourtant, et le couloir. Il y avait été, après tout. Un bruit sourd. Quelqu'un qui court.

« Lily, prends Harry et va-t-en ! C'est lui ! Va-t-en ! Cours ! Je vais le retenir ! »

Un rire, puissant et froid.

« Avada Kedavra. »

Un bruit sourd.

Une respiration étranglée.

« Non. Non, James, non, non, non, non, non ... » disait-elle d'une voix ferme, presque silencieuse.

Un sanglot étouffé. Une porte qui claque. Des raclements. Harry avait vu assez de sa chambre pour deviner qu'elle barricadait la porte. Une pression – un peu comme un Transplanage, mais plus chaude.

« James ?! James ! James ! »

Puis rien. Le silence. Une marche qui craque et quelqu'un qui monte les escaliers. Un bang et un raclement. Et plus de chaleur, plus de pression. Juste quelque chose de duveteux sous ses pieds.

« Pas Harry, pas Harry, s'il vous plaît, pas Harry ! »

« Écarte-toi, idiote ... Écarte-toi maintenant ! »

« Pas Harry, s'il vous plaît non, tuez-moi si vous voulez, tuez-moi à sa place- »

« C'est mon dernier avertissement- »

« Pas Harry ! S'il vous plaît … Ayez pitié … ayez pitié … Pas Harry ! Pas Harry ! S'il vous plaît- Je ferais n'importe quoi- »

« Écarte-toi. Écarte-toi, idiote ! »

Le silence. Presque dix secondes de silence. Ensuite, un sort et un éclair d'une lumière verte aveuglante. Un autre bruit de chute, cette fois étouffé par le tapis, et l'obscurité à nouveau. Des bruits de pas légers.

« Avada Kedavra. »

De la lumière verte encore, et un cri. Il n'était pas sûr de savoir à qui il appartenait.


Harry ouvrit la bouche, haletant, et plaqua une main sur sa cicatrice avant que ses yeux ne s'ouvrent. L'air se chargea d'électricité et Sirius entendit la douche se briser à nouveau.

« Gamin, dit Sirius en observant le visage de Harry passé d'effrayé à énervé puis confus en l'espace de quelques secondes. Harry ? »

Sirius croisa le regard de Hemsley – il avait l'air prêt à s'approcher – et hocha la tête pour dire que Harry allait bien. Hemsley reposa son dos contre le dossier de sa chaise et répara la douche d'un coup de baguette avant que Harry ne le remarque et se sente coupable.

« Patmol ? » dit Harry en fronçant un peu les sourcils.

« Ça va ? » demanda Sirius.

« Un rêve. » répondit Harry en haussant les épaules.

J'avais pas remarqué, pensa Sirius en levant les yeux au ciel, mais il ne put retenir le sourire affectueux qui apparut sur son visage.

« Un mauvais ? »

Harry haussa les épaules de nouveau – Sirius ne manqua pas le geste évasif.

« Désolé de t'avoir réveillé- »

« Je ne dormais pas. » dit Sirius en se demandant quel genre de beaux rêves pouvaient laisser Harry dans un tel état de colère et de peur. Il jeta un œil à la montre de Harry – il était moins le quart, alors par chance, ce serait terminé pour cette nuit – ou pour quelques heures au moins.

« Tu veux en parler ? » demanda Sirius.

Harry était toujours peu enclin à expliquer pourquoi il ne voulait pas recevoir de sortilège d'Amnésie. Sirius comptait sur lui pour lâcher la raison à un moment ou un autre, mais il était resté silencieux jusque là.

« Pour dire quoi ? » demanda Harry, ses paupières recommençant à se fermer à nouveau.

« Ce que c'était ? » suggéra Patmol – Harry ne se souviendrait sans doute pas de cette conversation.

« N'y pense pas, murmura Harry. N'y pense pas. »

« Quoi ? »

« Rien, soupira Harry en se frottant le front. Est-ce que je saigne ? »

« Non, dit Sirius, un peu alarmé. Pourquoi ? »

« J'ai mal. » fut tout ce que réussit à dire Harry avant que ses yeux ne se ferment complètement.

Sa cicatrice lui fait mal … ? Sirius ne savait pas grand chose sur la cicatrice. Il avait prévu de coincer Dumbledore pour discuter aussitôt que son procès se terminerait – si Sirius obtenait un procès, et à la façon dont tout le monde évitait le sujet, il commençait à douter qu'il allait en avoir un – et entendre les théories du Directeur concernant la cicatrice. Sirius hésita avant de secouer Harry pour le réveiller à nouveau. Harry cligna des yeux et le dévisagea.

« Patmol ? »

« Ça fait mal ? » dit Sirius.

« Quoi ? » demanda Harry, faisant rire Sirius.

« Ta cicatrice. » dit Sirius.

Les yeux de Harry s'agrandirent encore un peu plus et il leva la main pour la toucher.

« Comment tu sais ça ? » demanda Harry, déconcerté.

Sirius rit encore davantage.

« Tu me l'as dit. »

Harry eut l'air encore plus désorienté.

« Pourquoi ça fait mal ? » insista Sirius.

« A toi de me le dire, marmonna Harry. Tu en sais plus que moi, apparemment. »

Quand est-ce qu'un beau rêve peut être effrayant ? se demanda Sirius.

« Tu t'es cogné ? »

« J'sais pas, dit Harry, mais il était évident qu'il mentait. Je- Ouais, j'ai du me cogner. »

Sirius renifla. D'après la courte expérience de Sirius, la cicatrice de Harry ne le dérangeait pas du tout – sauf quand les gens la regardaient, lui avait dit Harry – mais Sirius se souvint qu'elle l'avait démangé près du médaillon.

Voldemort, peut-être ? se demanda Sirius en plissant les yeux vers Harry, qui bougea et détourna le regard. Sirius sut, avec un instinct étrange et glaçant, qu'il avait raison – ou en partie. Ce n'était pas un sentiment agréable. Il n'est pas là en ce moment, cependant, n'est-ce pas ? s'interrogea Sirius en observant les quatre coins de la cellule. La lumière douce émise par la baguette de Hemsley dévoilait tous les recoins – le blanc était une couleur aisée à illuminer – et tout était vide. On est en sécurité au Ministère. Il ne peut pas être ici. Sirius était pourtant conscient que les Détraqueurs avaient réussi à descendre ici – dix d'entre eux – et que personne ne les avait trouvé pendant des heures. Pas si sécurisé que ça, en fait. Sirius se leva et Hemsley le regarda.

« Black ? »

Sirius alla jeter un œil à la porte de la cellule et Hemsley suivit ses gestes avec sa baguette, visiblement déconcerté. Sirius regarda à travers les barreaux de sa porte vers la pièce sombre. Il pouvait juste voir Fol-Oeil, endormi sur une chaise et Dora qui luttait pour rester éveillée, sa baguette éclairant à peine ses genoux. A part ça, tout était vide et les portes de l'ascenseur étaient fermées.

« Black ? » murmura Hemsley.

« Ramène ça ici, dit Sirius en faisant signe à l'Auror. J'ai besoin de lumière. »

C'était mieux de s'en assurer. Hemsley murmura quelque chose dans sa barbe, mais il se leva et s'approcha. Grâce à la lumière, Sirius put voir que oui, à part Fol-Oeil et Dora, c'était vide.

« Tout va bien, murmura-t-il quand Dora leva les yeux, inquiète. Merci. »

Il adressa son remerciement à Hemsley et retourna sur son lit. Harry était toujours éveillé, le manque de lumière rendant son visage plus pâle et ses yeux plus sombres.

Peut-être était-ce le rêve qui avait fait mal à Harry. Peut-être … peut-être avait-il rêvé de Voldemort ? Sirius fronça les sourcils, n'aimant pas cette idée plus qu'il n'avait aimé l'idée de Voldemort présent en personne. Mais Harry n'avait pas dit que c'était un cauchemar et Sirius ne pouvait imaginer Voldemort présent dans un beau rêve. Il observa Harry du coin de l'œil. Il était allongé à nouveau, la tête sur son oreiller, mais ses yeux étaient toujours ouverts, fatigués d'une façon qui n'avait rien à voir avec le manque de sommeil.

« C'était un souvenir ? » demanda gentiment Sirius.

Et Harry, étonnamment, acquiesça. Il ne regarda pas vers Sirius, mais Sirius sentit la barrière entre eux disparaître, ou s'affaiblir. C'était un sentiment amer, étant donné la cause, parce que brusquement, Sirius comprit. Harry n'avait jamais vu Voldemort – ils avaient toujours été très prudent avec lui, et avec le petit Neville Londubat aussi – jamais, avant cette nuit. Et donc, le seul souvenir que Harry pouvait avoir de Voldemort ne pouvait venir que de cette fois-là. Les pièces du puzzles qui avaient déconcertés Sirius pendant des jours reprirent leur place, l'une après l'autre.

Bien sûr, ça ne pouvait pas être un souvenir heureux, pas quand Voldemort s'était introduit dans la maison et avait assassiné Lily et James, mais comment cela pouvait être un mauvais souvenir, quand c'était – pour autant que Sirius le savait – le seul souvenir que Harry avait de ses parents ? Il le chérirait rien que pour ça, et le détesterait pour le reste. Sirius ne comprenait ça que trop bien, parce que c'était très proche de ce qu'il ressentait quand Peter apparaissait dans l'un de ses propres souvenirs.

Sirius se demanda combien de détails Harry se souvenait – probablement beaucoup, étant donné le temps qu'étaient restés les Détraqueurs – et il se demanda s'il saurait un jour. Ce n'était pas le genre de choses qu'il voyait Harry partager.

Mais il aurait au moins pu expliquer quel souvenir c'était, pensa Sirius. Si quelqu'un peut comprendre … Sirius avait même déjà vu James et Lily mourir – une fois à cause d'un Épouvantard (juste James, cependant) et des millions de fois dans ses rêves à Azkaban – et il avait vu leurs corps quand il était arrivé trop tard au Manoir. Harry savait à propos du dernier – l'histoire de l'épouvantard n'était pas quelque chose que Sirius se sentait à l'aise de partager et il ne pensait pas que Harry voudrait l'entendre.

Peut-être que Harry pensait qu'il ne pouvait pas comprendre … Ou peut-être qu'il essayait d'épargner Sirius des horreurs de cette nuit là. Ce serait tout à fait du genre de Harry. Ou peut-être était-ce l'opposé. Peut-être avait-il peur que Sirius pose des questions. Sirius leva les yeux et Harry détourna les yeux d'un coup, presque craintif et Sirius décida que c'était une combinaison des trois – et peut-être d'autres choses auxquelles il n'avait pas pensé.

Je ne lui demanderais pas ce qu'il s'est passé quand même, si ? Sirius se sentait honteux d'admettre qu'il ne connaissait pas cette réponse. Il s'était construit une version raisonnable de la façon dont s'étaient déroulés les événements. Il avait vu l'état de la maison, James dans l'entrée, sa baguette sur le canapé dans la pièce d'à côté et celle de Lily dans la cuisine, tandis que Lily elle-même était en haut dans la chambre détruite. Il avait accepté – aussi informé qu'il était et aussi logique que ses hypothèses – qu'il ne saurait jamais exactement ce qu'il s'était passé. Personne ne pouvait savoir. Mais maintenant, quelqu'un savait.

Et cela voulait dire que Sirius pourrait obtenir des réponses, pas seulement le déroulement des événements, mais d'autres choses qui l'avaient dérangé pendant des années. Voldemort les avait-il tué de suite ou avait-il joué avec eux d'abord ? Quels ont-été leurs derniers mots ? Avaient-ils essayé de se défendre ou avaient-ils abandonné au moment où Voldemort avait débarqué ? Avaient-ils eu peur ? Avaient-ils été en colère ? Avaient-ils blâmé Sirius pour avoir fait confiance à Peter, qui les avait trahi ? Sirius aurait donné sa main pour le savoir, mais il rendrait sa baguette avant de demander ces réponses à Harry.

Il était bien plus d'une heure du matin, mais Sirius ne pensait pas qu'il arriverait à dormir cette nuit après tout. Il regarda Harry à nouveau et cette fois, Harry lui rendit son regard. Sirius ne savait pas à quoi ressemblait son visage, mais d'une façon ou d'une autre, il réussit à rassurer Harry. Son visage d'enfant se détendit et Sirius sentit la dernière barrière entre eux se désagréger.

Harry descendit de son lit et vint se blottir contre Sirius. Sirius était quasiment sûr qu'il pleurait, mais c'était difficile à dire, car Harry avait rapidement enfoui son visage dans la robe de Sirius, de la même façon qu'il l'avait fait quand ils avaient visité Godric's Hollow à Halloween. Sirius entoura les épaules tremblantes de son filleul avec un bras et utilisa son autre bras pour tirer les couvertures sur eux. Harry se laissa aller étonnamment vite et recommença rapidement à marmonner des choses incompréhensibles – de vrais murmures, pas des protestations de cauchemars – dans la cellule calme.

Mais malgré le fait que Harry n'eut pas d'autre cauchemar, que Sirius était raisonnablement à l'aise - quand même prêt à tomber du petit lit – et très fatigué, le sommeil ne vint pas réclamer Sirius cette nuit là.


« C'est gentil de nous rejoindre, Madame Ombrage. » dit poliment Lucius, pendant qu'Ombrage fermait la porte du bureau.

C'était un bureau utilisé uniquement lorsque des membres éminents du Magenmagot voulaient s'entretenir avant, après – et éventuellement pendant – un procès. Il l'avait utilisé comme lieu de réunion lorsqu'il était un Mangemort et depuis que le Seigneur des Ténèbres avait disparu, il l'utilisait pour des rencontres secrètes dans le Ministère. Il jouait bien son rôle, car personne ne venait si loin. Ceux qui y venaient ne faisaient généralement que passer.

« M. Malefoy, dit-elle de sa voix mielleuse. Cornelius. »

Elle ne salua pas Dawlish et Lucius pouvait dire que cela hérissait l'Auror.

« Dolorès, dit nerveusement Fudge. Asseyez-vous, ma chère. »

« Merci. » dit-elle sagement en tirant une chaise près de Lucius.

Elle avait l'air un peu inquiète. Lucius avait passé la semaine à lui murmurer à l'oreille, essayant de la pousser à discréditer Black parce que lui – Lucius – voulait Potter sous son contrôle. Poudlard arrivait dans seulement un an et demi et Lucius suspectait qu'ils auraient besoin d'au moins ce temps là pour influencer Potter, et aussi pour faire de même avec Drago. Ombrage était une femme pragmatique cependant, et elle savait que Lucius était celui qui agissait – pas son Fudge bien-aimé.

« Merci d'être venu. » dit Fudge.

Son chapeau était posé sur le bureau poussiéreux désormais et il jouait avec son mouchoir.

« Je suppose que vous voulez tous savoir pourquoi je vous ai fait venir ici ? »

Dawlish se redressa et Lucius réussit à s'empêcher de renifler juste à temps. L'homme ne vivait que pour l'attention et les compliments.

« Je me le demande. » dit Lucius en adoptant une expression curieuse.

C'était douloureux, mais évident que Fudge avait du mal à gérer les fardeaux de Ministre – pour l'énième fois durant son année de règne – et avait besoin d'aide. Il avait probablement déjà écrit à Dumbledore – une mauvaise habitude que Lucius et Dolorès essayaient de lui enlever – et avait maintenant appeler ceux qu'il considérait comme loyaux pour l'aider.

« J'ai besoin d'aide. » admit Fudge.

Ombrage et Dawlish affichèrent un air qui montrait qu'ils s'y étaient attendus et les trois partagèrent un regard de souffrance que manqua le Ministre préoccupé.

« C'est incroyable que vous ayez tenu si longtemps, dit Lucius en adoptant son air le plus prétentieux. Un homme de moindre envergure n'aurait même pas duré une heure avec toute la pression que vous supportez. »

Fudge bomba le torse, l'air revigoré. Lucius cacha une grimace. Il ne pensait pas que l'incroyable sérénité de Fudge soit admirable. Il pensait que c'était plutôt Fudge qui n'avait pas réalisé à quel point il avait rendu compliquée une situation déjà compliquée. L'homme avait la capacité de vivre d'illusions et de croire que les choses allaient parfaitement bien.

C'est utile – Lucius n'aurait certainement pas autant de contrôle s'il n'était pas aussi inconscient – mais c'était aussi agaçant, car cela demandait beaucoup de travail à Lucius. Franchement, si Lucius avait voulu être Ministre, il le serait déjà.

« Bien dit, M. Malefoy. » dit Dawlish en acquiesçant.

Ombrage lança un regard mauvais à Lucius – peut-être déçue de ne pas avoir été celle capable de réconforter Fudge – avant de plaquer ses mains sur ses genoux, patiente. Lucius compara son expression à un crapaud qui attendait son repas, même s'il n'en était pas certain. Il refusait que l'étang du Manoir devienne un foyer pour ces créatures.

« C'est Black. » dit Fudge, l'air à nouveau misérable.

La lèvre de Lucius se retroussa, Ombrage laissé échapper un bruit – un croassement ? se demanda Lucius avec un sourire narquois – et Dawlish grogna.

« Foutu Black, dit Dawlish, soudainement furieux. Il a conquis Scrimgeour maintenant, ce danger public ! Il n'est pas mort quand les Détraqueurs sont venus le chercher et maintenant, tout d'un coup, on le respecte et on lui fait confiance. J'aimerais bien lancer un sort à l'abruti responsable de cette farce – envoyez-le directement à Azkaban avec Black, je dirais ! »

Le visage d'Ombrage se durcit à l'entente de cela et Lucius trouva ce changement plutôt intéressant. Il rangea ses suspicions dans un coin de sa tête pour les utiliser plus tard.

« Bones et Rattler aussi – je pense toujours que vous avez fait erreur en abandonnant votre travail il y a treize ans quand vous avez décidé d'aller jouer avec les Aurors. » dit sèchement Ombrage, ses yeux globuleux fixés sur Dawlish.

Lucius partageait son avis – Dawlish, au moins, était corruptible. Ses successeurs Croupton – qui avait été en poste après lui et qui était parti voilà deux ans – et maintenant Bones et Rattler étaient bien trop professionnels, ce qui était une bonne chose pour le Ministère, mais une mauvaise pour Lucius.

Dawlish rougit.

« Je ne joue pas ! Et je suis bien placé pour remplacer Scrimgeour quand il fera une gaffe- »

« Scrimgeour est Directeur du Département des Aurors depuis la mort de Charlus Potter. »

Lucius avait été si soulagé à l'époque, mais Scrimgeour, malheureusement, s'était montré aussi compétent que Potter l'avait été.

« Il a eu treize ans pour 'gaffer', Dawlish, et ce n'est pas prêt d'arriver. J'attends plutôt qu'il prenne sa retraite, personnellement. »

Dawlish rougit à nouveau. Il avait le même âge que Scrimgeour et n'aimait pas vraiment le rappel.

« Ou peut-être que non ... » ajouta sournoisement Lucius.

« Très compétent, Scrimgeour, oui. » dit Fudge, distrait.

Il avait finalement récupéré son chapeau.

« Mais s'il continue de soutenir Black … il va falloir que j'intervienne … ce n'est pas bon, ce n'est vraiment pas bon. »

Dawlish souriait largement. Il n'y avait aucun doute qu'il serait promu Directeur des Aurors si Scrimgeour était mis de côté. Le Département des Aurors voudrait certainement promouvoir quelqu'un comme Robards ou ce dingue de Maugrey, mais Fudge aurait le dernier mot et Fudge ferait ce que Lucius lui dirait de faire et promouvrait Dawlish.

« Alors, Black ? » lança Ombrage.

« Cela fait une semaine et nous ne pouvons pas le laisser là indéfiniment. »

« Ce serait bien, pourtant. » murmura Lucius.

Fudge se mit à rire, mais il avait l'air inquiet.

« Je ne sais pas quoi faire. Je le renverrais à Azkaban si je pouvais, mais il a Potter et on ne peut pas lui retirer Potter sans un procès. Même si on pouvait, tous ces vautours de la Gazette seraient partout, à nous traiter de lâches et Scrimgeour et Bones ne me laisseraient pas- »

« Vous êtes le Ministre de la Magie ! s'exclama Ombrage, indignée. Vous devriez pouvoir faire ce que vous voulez ! »

« Ça ne marche pas comme ça, dit Fudge en faisant tourner son chapeau – Lucius imaginait qu'il n'aurait plus aucune forme au moment où ils auraient fini ici. Je ne peux pas- les gens- »

Fudge n'offrit pas plus d'explication que ça, mais il s'attendait visiblement à ce qu'ils comprennent.

« Je dis qu'il faut renvoyer Black à Azkaban par le prochain Portoloin disponible, dit Ombrage. Vous êtes le Ministre. Tout le monde acceptera votre décision. »

« Scrimgeour ne laissera pas ça arriver. » dit Dawlish en secouant la tête.

« Cornelius est le Ministre- »

« Et Scrimgeour est le Chef des Aurors, dit Lucius en coupant Ombrage, exaspéré. Oui, il est loyal envers le Ministère et envers vous, M. le Ministre, mais à présent, Black est sous la protection des Aurors et je doute que Scrimgeour le prenne bien si vous commencez à intervenir dans son Département. »

« Scrimgeour a besoin qu'on lui rappelle qui a le pouvoir, alors. » murmura Fudge.

« Certainement, confirma Lucius. Mais pas maintenant, quand tant de choses dépendent de Black et de son sort. »

« Qu'est-ce que vous suggérez alors, M. Malefoy ? » demanda Ombrage.

Lucius sourit, satisfait. Ils étaient pendus à sa bouche.

« Que l'on donne son procès à Black. »

Trois paires d'yeux incrédules se tournèrent vers lui et Lucius apprécia l'attention.

« Je ferais l'objet de moqueries- de la chair fraîche pour la Gazette ! » bafouilla Fudge, ahuri.

« Vous pensez honnêtement qu'il y a une chance que Black soit déclaré innocent ? demanda Lucius sans y croire. Même s'il a Dumbledore de son côté, tous les faits désignent Black comme le responsable du meurtre des Potter. »

« Il n'a pas la Marque. » dit Fudge, et Lucius se sentit étrangement conscient de la sienne, même si, par chance, les autres occupants de la pièce semblaient l'avoir oublié.

« Vrai, admit Lucius. Mais nous savons que Black était le Gardien du Secret. Il était le meilleur ami de James Potter – le parrain de Harry Potter ! Même si Black dit qu'il n'était pas le Gardien du Secret, qui peut confirmer ? Les Potter ? Il les a tué ! »

Pettigrow n'allait sûrement pas se montrer et même si d'une façon ou d'une autre, il développait une conscience, Lucius l'empêcherait d'y aller. Pettigrow en savait trop.

« Black ne s'en sortira pas sans preuve, même s'il se débrouille pour inventer une explication plausible à ses actions. »

Et Pettigrow était la seule preuve de Black.

« Alors Black sera condamné- » commença Dawlish, pensif.

« -et renvoyé droit à Azkaban, dit Lucius. Le Ministère gagnera en crédibilité pour avoir offert à un criminel le droit de parler – cela fera taire Black une fois pour toute, car une fois qu'il aura eu son procès, il ne pourra pas en demander un autre – et la population sorcière se sentira en sécurité. »

« Et s'il s'échappe à nouveau ? demanda Dawlish, et Fudge eut l'air à deux doigts de s'évanouir. Alors quoi ? »

« Il sera interrogé, bien sûr. Une fois qu'il sera condamné, le Ministère pourra utiliser tous les moyens qu'il juge nécessaire pour obtenir des réponses, y compris le Véritaserum, la Légilimancie ou n'importe quelle autre forme d'interrogatoire. Une fois que nous aurons les réponses, des mesures pourront être prises pour l'empêcher de s'échapper. »

Dawlish hocha la tête et Lucius en profita pour lâcher la dernière bombe.

« Bien sûr, si nous jouons suffisamment bien, nous pouvons faire tomber Scrimgeour avec lui. »

« Comment ? » demandèrent ensemble Dawlish et Fudge.

« C'est simple, dit Lucius avec un sourire suffisant. Parlez à l'un des journalistes de la Gazette demain, une fois que les dates de procès seront posées. Exprimez vos … inquiétudes concernant la proximité de Scrimgeour avec l'affaire, son attitude amicale avec Black et l'espoir que vous avez pour que le procès soit équitable malgré cela. Les journalistes feront le reste. »

Dawlish acquiesça encore et Fudge eut l'air impressionné.

« Quand Black sera condamné, vous, M. le Ministre, aurez tous les droits de démettre Scrimgeour de ses fonctions pour son manque de professionnalisme. »

« J'aime ça. » déclara Dawlish, et Fudge acquiesça.

Bien sûr que tu aimes ça, pensa Lucius, satisfait.

« Une seule condamnation suffira pour retirer à Black la garde du fils Potter- »

« Il restera toujours sous la responsabilité de sa tante, alors, dit Ombrage. Elle a remplit les formulaires avant que Black- »

« La moldue perdra toute crédibilité quand Black sera condamné. Aucun doute que Dumbledore essayera de jouer cette carte, mais Potter ne sera clairement pas en sécurité dans les mains d'une femme qui était prête à le confier à Black. Trouvez-lui une bonne maison, Dolorès, et les gens seront prompts à oublier que vous l'avez laissé à Black en premier lieu. »

Ombrage eut l'air déterminé de sauver sa réputation, comme Lucius s'y attendait. Elle serait partante pour participer à cela.

« Je ne peux voir qu'un seul problème avec ça. » dit Dawlish.

« Oh ? » demanda Lucius.

« Et bien, dit Dawlish. Une fois que les plans pour le procès seront annoncés, Black devra légalement être placé à l'isolement. »

Cela assurait qu'il ne pourrait pas corrompre ses gardiens ou leur jeter un sort, Lucius le savait. Et les Détraqueurs étaient utilisés à cet effet.

« On trouvera quelque chose. » dit Fudge, troublé.

« Il le faut, murmura Dawlish. Black aurait du être placé en isolement depuis le début. »

« Il l'était, dit piteusement Fudge. Mais ensuite, il a eut Potter et il a fallu sortir Black d'isolement pour la sécurité de Potter- »

« Il va falloir se débrouiller, dit sèchement Dawlish. L'isolement est nécessaire avant un procès- »

« Il n'était pas censé obtenir un procès ! » cria Fudge, son visage prenant une horrible teinte violette.

Il avait l'air extrêmement embarrassé.

« C'est bien le problème ! Nous n'avons pas suivi le protocole du Ministère, car nous avions besoin de gens pour protéger Potter et essayer de trouver une preuve pour renvoyer Black à Azkaban. »

« Et comment ça a fonctionné ? » marmonna Dawlish, apparemment gêné que Fudge lui crie dessus.

« Mal, parce qu'il va obtenir son procès et que ce sera compliqué – je n'ai aucun doute là-dessus ! »

« Ce n'est pas trop tard pour réparer les dégâts, dit doucement Lucius. Nous avons juste besoin d'avancer prudemment. »

« Nous avons besoin de surveillants incorruptibles, pas de Scrimgeour et ses sbires ! confirma Ombrage. En particulier, une fois que le procès sera annoncé et que Black aura besoin d'être isolé. Les Détraqueurs- »

« Les Détraqueurs sont hors de question avec Potter là-bas. » dit Lucius en secouant la tête.

« Oui, mais pendant ce temps là, Black rassemble des soutiens ! dit Fudge, alarmé à cette idée. Nous ne pouvons pas retirer les Aurors et laisser Potter seul avec Black- »

« Scrimgeour vous dirait l'inverse- » marmonna Dawlish.

« Peut-être alors que nous devrions retirer Potter, dit Lucius, satisfait qu'ils en soient arrivés là, la partie finale et la plus importante de son plan. Il me semble que le problème de tout cela, c'est Potter. Les Aurors ne seront plus autorisés en bas une fois que Black sera placé en isolement, mais Potter ne peut pas resté sans surveillance et il est hors de question qu'il soit laissé là-bas avec des Détraqueurs. »

« Black ne laissera pas Potter sortir de son champ de vision. » dit Ombrage en levant les yeux au ciel.

« Il pourrait, si en échange, il obtient son procès, dit Lucius. Black était Auror – il comprendra l'obligation d'isolement. En plus, ce sera seulement temporaire, en ce qui concerne Black. Il retrouvera Potter une fois qu'il aura prouvé son innocence. »

« Ce qui n'arrivera jamais, dit Ombrage. Mais que suggérez-vous que l'on fasse de Potter en attendant ? »

« Il y a toujours le bureau de Bones. » dit Dawlish, mais cette idée fut de suite écartée.

Tout le monde se plongea dans ses pensées, mais il n'échappa pas à Lucius que tous les yeux s'étaient posés sur lui, attendant une autre bonne idée. Lucius fit semblant de réfléchir avant de froncer les sourcils, l'air pensif. Il avait déjà la solution à cela avant d'arriver au Ministère ce matin, mais il ne voulait pas que cela se voit.

« Le fils Potter restera avec moi, bien sûr. »


« Severus. » lança joyeusement Dumbledore, lorsque celui-ci fut accompagné à l'intérieur de la cellule par un Auror qu'il ne connaissait pas.

Potter leva la tête – lui et Rattler jouaient à se lancer un ballon, tandis que le Directeur mélangeait des cartes de Bataille Explosive. Potter marmonna un bonjour, avant de lever la main, juste à temps pour attraper la balle.

« Magnifique, grogna Black, depuis l'un des lits. Deux fois en deux jours – comme nous sommes chanceux. »

« J'allais dire la même chose. » dit Severus, observant l'apparence de Black.

Il était pâle et les cernes sous ses yeux étaient plus prononcées que la veille.

« C'est toi qui vient. » dit Black, irrité.

Et une humeur colérique. Tous les doutes que Severus avait eu – concernant ce que Black lui avait dit sur le fait d'être un monstre comme Lupin – disparurent. Et il semblait, puisque Black était toujours là, que tout le monde en était inconscient.

« Tu te sens bien, Black ? » demanda Severus en espérant juste que Black admettrait simplement sa condition.

De cette façon, les Aurors pourraient mettre Potter en sécurité, ainsi qu'eux-mêmes. L'irritation de Black se transforma en confusion.

« Parce que ça t'intéresse, Servil- »

Potter s'éclaircit la gorge et Black lui fit la grimace.

« -Rogue ? »

Visiblement, si Black et Potter avaient retrouvé leur familiarité au point de se lancer des grimaces, ils avaient géré le problème qui les avait affecté dernièrement.

« Lupin est aussi malade en ce moment, il me semble. » dit Severus.

Black sembla y réfléchir pendant un instant, avant de grimacer.

« Je me demandais si c'était une simple coïncidence ou si c'était peut-être la même origine ? »

Potter s'était arrêté pour écouter. Le ballon se cogna contre son épaule et rebondit. Rattler le ramassa et les yeux de Black le suivirent du regard avant de se reposer sur Severus.

« On ne voudrait pas que Potter attrape quelque chose alors qu'il est sous la protection du Ministère, n'est-ce pas ? »

« Je ne crois pas que le manque de sommeil soit contagieux. » dit Black.

Severus le fixa, déçu.

« Si c'était la vraie cause. » le railla-t-il.

Il sursauta lorsque les cartes que Dumbledore mélangeait explosèrent.

« Honnêtement. » dit-il en éteignant la barbe du Directeur d'un coup de baguette.

« Vous êtes inquiet pour la sécurité du garçon, Severus ? » demanda Dumbledore en ramassant les cartes.

Oui ! voulait crier Severus. Dans quelques petites heures, Black va devenir un monstre – comme si son esprit brutal n'était pas suffisant – et Potter va être coincé ici avec lui ! Si les promesses qu'il avait faite – à lui-même, à Dumbledore et à la tombe de Lily – n'étaient pas suffisantes pour garder le garçon en sécurité, alors la pensée d'une Narcissa furieuse était plus qu'assez. Un Potter mort ruinerait ses plans.

Le ballon glissa des mains de Rattler et roula vers Black qui se jeta dessus. C'était un réflexe parfaitement canin et l'inquiétude de Severus grandit encore.

« Euh … Patmol ? » dit Potter, ayant l'air de ne pas savoir choisir entre le choc et le rire.

Black lança la balle à Rattler et se rassit, l'air penaud.

« Je peux avoir un instant avec Potter ? s'entendit-il demander. Seul ? »

« Severus- ? » commença Dumbledore, tandis que Black observait Potter.

Potter haussa les épaules, mais ses yeux étaient écarquillés, presque craintifs.

« Je serais rapide. » dit Severus en faisant signe au morveux de le suivre.

« Vous ne pouvez pas emmener le garçon. » dit Scrimgeour.

Lui et l'autre Auror fronçaient les sourcils.

« Je n'ai aucune envie de le garder. » le railla Severus.

« Parlez ici, insista Scrimgeour. Nous allons partir- »

« Et emmenez Black avec vous, je suppose ? » dit Severus.

Ils échangèrent tous un regard ennuyé.

« C'est ce que je pensais. Vous êtes peut-être heureux de passer du temps seul avec lui, mais pas moi et je refuse qu'il soit présent pendant que je parle avec Potter. »

« Harry peut y aller, dit lentement Black. Je suis un prisonnier, mais ça ne veut pas dire que Harry ne peut pas partir. »

Scrimgeour semblait prêt à protester.

« Je suis son tuteur, dit Black en arquant un sourcil, avant d'avertir Rogue. Tu ferais mieux d'être rapide, par contre. »

Rogue acquiesça.

« Et si tu fais quoi que ce soit qui le perturbe, je jure à Merlin que je- »

« Me ferait du mal, j'en suis sûr, dit Severus en levant les yeux au ciel. Viens, Potter. »

« Severus, que- »

Sachant qu'il le regretterait plus tard, Severus ouvrit la porte pour Potter et ils sortirent avant que Dumbledore n'ait pu terminer d'articuler sa question.

« Potter ?! s'exclama l'Auror de garde à l'extérieur de la cellule. M. Rogue- »

« C'est Professeur Rogue, Miss Dale. » s'écria Severus.

Il avait enseigné à la fille pendant sept ans et elle était toujours incapable de l'appeler correctement.

« Vous êtes autorisé à emmener le garçon ? » demanda l'Auror en charge de Dale, se levant.

Sa main glissa sur sa poche, où se trouvait certainement sa baguette.

« Vérifiez, je vous en prie. » lança Severus.

Une fois que l'autre apprenti – Hill – se le fit confirmé par Scrimgeour, Dale et l'autre Auror s'écartèrent pour les laisser passer.

« Alors, dit Potter tandis qu'ils entraient dans l'ascenseur. Pourquoi tout ça, Monsieur ? »

Severus garda le silence avant d'avoir passé le troisième rang d'Aurors – qui voulurent aussi leur poser des questions – et d'avoir atteint le Niveau Dix. Severus ne pouvait plus entendre personne, mais il savait grâce à son expérience que ça ne voulait pas nécessairement dire qu'ils étaient seuls. Il lança un sort silencieux pour détecter la personne la plus proche, mais il ne montra qu'un groupe de quatre dans le couloir, qui était suffisamment loin pour ne pas avoir à s'inquiéter qu'ils les entendent.

« Monsieur ? » dit Potter.

« Potter, dit Severus, irrité. Puisque je t'ai amené jusqu'ici pour te parler, tu t'attends vraiment à ce que je ne le fasse pas ? »

« Euh … non ? » dit Potter, confus.

« Alors, attends gentiment que je débute la conversation quand je serais prêt. »

Potter l'observa avec un drôle d'air et commença à parcourir le couloir.

« Où vas-tu ? »

« Je me dégourdis juste les jambes, dit Potter par-dessus son épaule. Je ne m'éloigne pas, je le promets. »

« Comme tu dis. » lança Severus, juste assez fort pour que Potter l'entende.

Potter plaça ses mains dans ses poches – Severus entendit quelque chose qui ressemblait à du parchemin dans l'une d'elles – et posa ses yeux verts sur Severus. Ils avaient cet étrange éclat en eux, comme les yeux de Dumbledore.

« Puisque je suis venu jusqu'ici pour vous écouter, vous vous attendez vraiment à ce que je ne le fasse pas ? »

Sale petit insolent- Severus ferma les yeux et se concentra pour inhaler dans son esprit les vapeurs d'une potion Calmante qu'il préparait dans sa tête – c'était une technique mentale de relaxation qu'il avait développé récemment, pour l'aider à gérer les jumeaux Weasley. Il laissa échapper un souffle profond et ouvrit les yeux. Potter attendait patiemment, les yeux toujours brillants. La lèvre de Severus se retroussa.

« Je ne tolérerais aucune insolence. » lui dit Severus.

Potter remonta ses lunettes, patient, et Severus laissa tomber.

« Je voulais te parler de la condition de Black. »

« Quelle condition ? » demanda Potter platement.

Severus perdait patience très rapidement.

« Sa lycanthropie. » siffla Severus en levant les mains devant lui.

« Sa- oh, dit Potter, le coin de ses lèvres se relevant. Ça. »

Severus ferma les yeux et avala mentalement une tasse de potion Calmante. Il compta jusqu'à dix et rouvrit les yeux.

« Oui, dit-il sèchement. Ça. Tu as prévu quelque chose ? »

« Pas vraiment, dit Potter en haussant les épaules. Ça ne devrait pas être un problème. »

« Pas un- idiot ! Black est déjà un monstre quand il est dans son état normal ! »

Le visage de Potter s'assombrit.

« Il sera incapable de se contrôler une fois que la lune sera haute et le fait que Black soit ton parrain ne va pas te garder en sécurité ! »

« Ça ira très bien, dit Potter, visiblement toujours ennuyé par le commentaire sur le monstre. Et si ça ne vous ennuie pas, j'aimerais retourner à- »

« Ton père était pareil, cracha Severus en perdant son contrôle. Il faisait confiance à Black – pensait que Black ne pouvait pas se tromper, ne pouvait pas faire de mal à quiconque – mais Black est celui qui a choisi Pettigrow, tu te souviens, Potter ? Black est capable de tuer- »

Severus le savait mieux que n'importe qui.

« -encore plus ce soir que les autres soirs- »

« Il ne va pas me faire de mal ! » dit férocement Potter, mais son visage était devenu gris.

Severus ressentit un soupçon de culpabilité. Potter n'était qu'un enfant- le fils de Potter, cependant. La culpabilité disparut.

« Je redescends. » lui lança Potter.

Pourquoi ne comprend-il pas que j'essaye de le protéger ?!

« Tu vas te faire tuer ! »

Severus s'élança et attrapa le poignet de Potter. Potter sembla trop surpris pour faire quoi que ce soit. Severus garderait le garçon cette nuit – c'était la seule option. Il leur dirait à tous que Potter avait admit avoir peur de Black durant leur conversation et que Severus l'avait donc emmené pour le protéger. Ce n'était pas si loin de la vérité.

« Allez. »

Il tira sur le bras de Potter et Potter trébucha derrière lui.

« Quoi- mais le- l'ascenseur est par là- »

« Nous n'y retournons pas. Pas ce soir. » s'écria Rogue.

« Patmol ne me fera pas de mal. » protesta Potter en essayant de desserrer la main de Severus.

J'espère que tu apprécies ça, Lily, pensa Severus, les dents serrés.

« Ce n'est pas la peine de discuter. »

Potter laissa échapper un mot qu'il avait du apprendre de la bouche de Black.

« Dis ça près de moi encore une fois et je lance un sortilège de Récurage sur ta langue. » dit-il.

« Sirius n'est pas un loup-garou ! » cria Potter en freinant avec ses talons.

Severus s'arrêta et relâcha Potter.

« Je te demande pardon ? » demanda Severus, les lèvres pincées.

Potter le foudroya du regard, le visage rouge, et frotta son poignet.

« Vous avez entendu- »

« Severus ? »

« Harry ?! »

Severus se tourna pour voir Fudge, Lucius et Ombrage fondre sur eux. Une autre personne disparaissait dans le coin au fond du couloir.

« Bonjour, M. le Ministre, dit Potter, résigné. Mme Ombrage, M. Malefoy. »

« C'est plutôt surprenant. » dit Lucius en arquant un sourcil vers Severus.

« La Tante du garçon voulait que je le transmette un message. » dit Severus.

C'était la première chose qui lui était venue à l'esprit et il était un suffisamment bon menteur pour qu'ils le croient.

« Quel message ? » demanda bruyamment Ombrage.

« S'il vous était destiné, je vous l'aurais dit. » répondit Severus en retroussant les lèvres.

Le visage d'Ombrage devint aussi rose que ses vêtements.

« On retournait à la cellule. » ajouta Potter, ses yeux défiants Rogue de le contredire.

« On va l'accompagner. » dit Lucius en s'attribuant Potter avec un large sourire.

Potter lui rendit son sourire, distrait.

« Nous allions là-bas justement. »

« Ça me va. » dit Potter en foudroyant à nouveau Rogue du regard.

« Je n'ai pas fini- » commença Rogue.

« Moi si, dit platement Potter. Dites à ma Tante que je suis heureux et en sécurité avec P- Sirius et remerciez-la encore pour les papiers. »

« Allons-y alors, Harry. » dit Fudge en tapotant l'épaule du garçon.

Les quatre personnes s'en allèrent vers l'ascenseur, laissant Severus debout derrière eux. Potter regarda en arrière et leva un sourcil comme pour dire 'j'ai gagné'.

Severus pensa qu'il aurait sûrement besoin d'un bain de potion Calmante pour se remettre complètement, mais il se contenta d'un plein gobelet. Il prit une nouvelle inspiration. Si Potter a dit la vérité et n'a pas seulement dit ça pour me faire partir … Severus n'arrivait pas à déterminer s'il était plus soulagé ou plus agacé qu'on lui ai menti en premier lieu. Si Potter avait menti … Personne ne peut dire que je n'ai pas essayé, pensa-t-il sombrement. La mort de Potter serait le fait de sa confiance aveugle et bornée et je refuse d'avoir ça sur ma conscience.


« Tu es revenue. » souffla Fenrir, rampant sur le sol de sa cellule jusqu'aux barreaux.

Elle était là à nouveau et elle avait l'air plus en forme que la fois précédente, même si elle semblait un peu malade. La pleine lune allait se lever dans quelques heures.

« Apparemment. » dit-elle en retirant un peu de terre de sa robe.

Sa voix était un peu rauque.

« Tu es venue me libérer, n'est-ce pas ? » demanda Fenrir, complètement excité à cette idée.

Il ne l'admettrait jamais, mais il était inquiet de ce qui allait se passer lorsque la lune se lèverait ce soir. Les Détraqueurs voleraient toute trace de contrôle qui lui restait et dans les confins de sa minuscule cellule, sans son clan pour lui tenir compagnie … c'était la première fois que la lune lui apportait de la peur et pas juste une excitation sauvage.

« Je t'ai déjà dit que je voulais que tu pourrisses ici. » dit-elle froidement.

Il prit un instant pour digérer ça.

« Mais tu as changé d'avis, n'est-ce pas ? Tu es venue sauver ton père. Une si bonne fille … si bonne- »

« Tais-toi. » dit-elle en s'écartant de la cellule.

Elle avait l'air dégoûté et cela lui donna l'impression de recevoir un coup de poignard.

« Je veux toujours te voir pourrir ici. »

« Alors … alors tu vas me laisser ici ? demanda-t-il. Avec eux – avec les Détraqueurs ? »

« Non, dit-elle. J'ai réfléchi. »

« A mon propos ? » demanda-t-il en tendant le bras vers elle à travers les barreaux.

Son ongle toucha le bas de sa robe avant qu'elle donne un coup de pied dans sa main.

« A ton propos. » confirma-t-elle en acquiesçant.

Il retira sa main et elle se rapprocha. Il pouvait la toucher s'il tendait le bras, mais il n'osa pas. Il lui fallut un moment pour réaliser qu'il avait peur d'elle. Cela la fit rire et ce n'est pas un son agréable. Il se demanda si elle l'avait sentit.

« Evanesco. » dit-elle en faisant disparaître son petit matelas, ainsi que les couvertures.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-il.

« Argentum. » dit-elle, agitant sa baguette vers les toilettes en partie cachées par un mur à hauteur de la taille dans le coin.

Les toilettes se mirent à briller et Fenrir sentit une nouvelle vague de peur.

« Qu'est-ce que tu fais ? » répéta-t-il, et cette fois, il s'éloigna d'elle.

« Argentum. » dit-elle encore.

Cette fois, ce furent les barreaux qui commencèrent à briller. Fenrir se plaça au milieu de la cellule et la regarda avec méfiance. Le sort qu'elle lança après était plus long et il n'entendit pas tout. Les murs et le sol se mirent à briller et pendant un instant, Fenrir eut l'impression d'être dans une bulle. Puis le sentiment s'estompa. Il n'était pas blessé, réalisa-t-il avec soulagement.

« C'était quoi ça ? »

« Un sort, dit-elle. Que j'ai créé. »

Elle écarta sa baguette et croisa son regard. Ses yeux étaient tristes, mais secs.

« Tu vas mourir, Père. Mais avant de mourir, tu vas savoir ce que ça fait d'être chassé, comme je l'ai été et comme tous mes frères et sœurs l'ont été. Tu vas avoir peur, tu vas avoir mal et tu vas finir par être attrapé. Et alors, tu sauras comment on se sent quand on perd tout. »

« Tu vas me tuer ? » demanda-t-il, sans comprendre.

Il était son père, son créateur. Ils étaient de la même famille.

« Oui. Mais je vais d'abord te faire détester ce que tu es. Tu aimes être un loup, pas vrai ? »

Fenrir acquiesça et un côté de sa bouche se leva pour former un sourire amer.

« Je vais prendre ta faiblesse et l'utiliser pour te détruire. »

Un autre éclat attira le regard de Fenrir et il vit l'une des pierres du sol de sa cellule se recouvrir d'argent.

« Quoi- pourquoi ça fait ça ? » demanda-t-il.

« Parce que je l'ai ensorcelé pour le faire, lui dit-elle. Et à chaque minute qui passe, une autre se transformera. »

Fenrir baissa les yeux sur le sol et fit un décompte rapide des pierres. Chaque minute … Il lui restait plusieurs heures avant que le sol entier ne soit recouvert. Il leva les yeux vers elle et la vit le regarder – quelque chose lui dit qu'elle savait ce qu'il avait compris.

« Une fois que le sol sera recouvert, ce sera le tour des murs et du plafond. » annonça-t-elle simplement.

« Mais- »

Fenrir s'arrêta lorsqu'une autre pierre se transforma.

« Quelqu'un va le remarquer. »

« Tu crois vraiment ? » demanda-t-elle tristement.

Il ne le pensait pas – les Détraqueurs étaient aveugles et les gardiens humains garderaient leur distance ce soir à cause de la pleine lune.

« Je pensais que tu étais supposée être quelqu'un de bien, dit-il, désespéré. Tu es l'une d'entre eux. »

« Oui, dit-elle calmement. Mais je suis d'abord un monstre, grâce à toi. »

« S'il te plaît. » dit-il en s'approchant un peu.

Si elle s'approchait assez, il pourrait attraper sa baguette. La maîtriser. Il était plus fort qu'elle, même après une semaine et demi passée à Azkaban.

« On se retrouvera en enfer, Père. » murmura-t-elle.

Une quatrième pierre se recouvrit d'argent et elle se retourna, prête à s'en aller.