Salut, salut ! Hyper productive ces derniers temps, j'espère que ça vous fera aussi plaisir à vous qu'à moi ! Bonne lecture tout le monde !
« Beurk, dit Tonks en plissant le nez. Avec un goût pareil, il faut être idiot pour penser que ça n'a pas été empoisonné ! »
Elle reposa la fiole vide et Gutnich – l'Auror qui la supervisait ce matin-là – se mit à rire.
« Celui-là est mauvais, confirma-t-il. Mais concentre-toi. Qu'est-ce que tu sens ? »
« Des vertiges, dit Tonks. De la fatigue – mais ça peut être parce qu'il est sept heures et que ça fait des heures qu'on fait ça- »
« Concentre-toi. » soupira-t-il.
« Ne t'énerve pas. » murmura-t-elle.
Il ne sembla pas l'avoir entendu.
« Des vertiges, dit-elle encore en bougeant pour poser son dos contre le mur. Et un peu malade. Ça fait mal. Et mes yeux me piquent. »
« Bien, dit-il, et sa voix lui sembla étrange. Tu peux suggérer- »
Elle n'entendit pas la fin de ce qu'il avait dit.
« Hmm ? » dit-elle platement.
« Un antidote. » dit-il.
« Les symptômes sont plutôt généraux, dit-elle en se frottant les yeux. Tout pourrait marcher. »
« Nomme un antidote. »
« L'antidote pour les poisons communs. » réussit-elle à dire.
« Bien, lui dit-il, mais elle se sentait trop mal pour ressentir la moindre fierté. Donne un ingrédient. »
« Bézoard ? » demanda-t-elle.
« Tu me le demandes ou tu me le dis ? »
« Je le dis. » répondit-elle en faisant mine de savoir de quoi elle parlait.
« Cours. » lui dit-il.
« Quoi ? » demanda-t-elle en plissant ses yeux enflés – qu'elle ne semblait pas capable de soigner, malgré ses compétences.
« Cours ! cria-t-il, et elle se leva d'un bond. Autour de la pièce jusqu'à ce que tu n'en puisses plus et ensuite, sors ta baguette et lance un charme du Bouclier et tiens-le aussi longtemps que possible. »
Tonks s'élança en avant, forçant ses pieds à avancer. D'autres apprentis courraient aussi – Tonks passa près d'Edwards et de Brown en leur grognant un salut. Edwards se débrouillait pour se tenir au mur, apparemment aveugle et Brown haletait, luttant pour respirer.
La prochaine chose que Tonks sut, elle était allongée sur un lit métamorphosé et un guérisseur s'affairait autour d'elle.
« Complètement ridicule. » disait la guérisseuse en lui plaçant une bouteille dans la main.
Ses yeux étaient si enflés qu'elle n'arrivait pas à lire l'étiquette.
« Complètement tarés, tous autant que vous êtes. Bois ça. »
Elle l'avala – ça avait le goût du jus d'orange – et elle cligna plusieurs fois des yeux, sa vision redevenue normale.
« C'est mieux ? »
« Ouais, merci. » dit-elle.
« Il y a quelqu'un d'autre à terre, monsieur. » dit un jeune guérisseur – sûrement un apprenti, pensa Tonks – visiblement amusé par l'agitation de son mentor.
La guérisseuse jura dans sa barbe et jeta une autre bouteille à Tonks avant de s'élancer vers Patel, sa robe verte citron volant derrière elle. Tonks avala la seconde potion – celle-là avait un désagréable goût d'eau de mer – et sauta du lit pour retourner voir Gutnich.
« Salut. » dit-elle.
McKinnon et Florence avaient pris sa place et McKinnon était en train de prendre un échantillon d'un poison. Elle était surprise de les voir – Florence n'était pas venue du tout hier. D'après Ben, elle avait toujours du mal à accepter la mort de Melvin et McKinnon avait également sauté quelques leçons dernièrement. McKinnon était triste à propos de Melvin, mais Tonks pensait qu'il y avait encore autre chose qui l'ennuyait. Il se passait forcément quelque chose.
« Ça va, Tonks ? » dit Gutnich.
« Oui, répondit Tonks, bien que sa bouche avait toujours un drôle de goût. Quand est-ce que vous êtes arrivées toutes les deux ? »
« Il y a dix minutes. » dit Florence en haussant les épaules.
« Dur de se réveiller encore ? » demanda Tonks avec sympathie.
Florence dormait toujours tard – ce n'était pas rare pour elle de manquer un cours matinal chaque semaine – mais elle en avait encore plus manqué récemment à cause de Melvin. Elle n'avait rien dit, mais Tonks pensait que c'était évident qu'elle n'avait pas bien dormi. Elle avait l'air absolument épuisé.
« C'est ridicule, murmura Florence, tandis que Marlène s'en allait vers les guérisseurs, le visage franchement vert. Je veux dire vraiment. Qui a la brillante idée de nous mettre un cours à quatre heures du matin ? »
« C'est un oui ? » demanda Tonks, amusée par son irritation.
« Oui, j'ai eu du mal à me lever, grogna Florence. Mais qu'est-ce qu'ils imaginent ? Quatre heures du matin, c'est pas une heure correcte ! »
« On va être Aurors, lui rappela Tonks, avec un bâillement mal placé. Vigilance constante et tout ça. »
« Ridicule. » dit Florence.
« Tu sais ce qui est ridicule ? dit Gutnich en tapant leur tête avec sa baguette. Votre manque d'attention. Pour la deuxième fois, Prewett, choisis un poison. Il ne reste qu'une demi-heure et tu n'as toujours rien essayé. »
Florence attrapa une fiole qui contenait une substance violette épaisse et la déboucha. Elle la renifla et fronça le nez, avant de la lever devant elle.
« Santé. » dit-elle en faisant la grimace.
Le poison la rendit aveugle en une minute environ, mais elle semblait remarquablement détendue à propos de ça et réussit à faire le tour de la pièce une fois – même si elle rentra de manière spectaculaire dans Yaxley, qui souffrait d'un poison qui lui donnait des hallucinations et qui avait une attaque de panique – et fut capable de localiser et d'avaler l'antidote correct en arrivant.
McKinnon était aussi revenue à ce moment-là et parlait doucement à Tonks. Tous les murs qui s'étaient baissés pendant les mois où elles avaient été apprenties ensemble étaient de retour. Cependant, elle semblait aussi abrupte et détachée que jamais et cela frustrait Tonks au plus haut point.
« Je suis contente que ce soit fini. » dit Tonks, tandis qu'elle, Florence, Ben et Yaxley – qui étaient devenus plus ou moins inséparables depuis l'attaque des Détraqueurs dans les cachots – prenaient la sortie par le placard à balais.
Tonks pouvait imaginer des conséquences bien pires dues à l'incident avec les Détraqueurs que de passer du temps avec Yaxley et vu que Yaxley avait révisé ses opinions sur Tonks depuis l'école ou du moins qu'elle était capable de les garder pour elle, Tonks était plus que disposée à la tolérer.
« Pareil. » grogna Ben, se grattant distraitement un bouton dans le cou – son poison lui avait causé de l'urticaire.
« Je ne sais pas pour vous, mais moi, je vais directement retourner me coucher – pour quelques heures, du moins. » marmonna Florence – qui clignait toujours des yeux et essayait de retrouver sa vision.
Elle et Tonks étaient de garde pour Sirius et Harry cette après-midi, avec Shacklebolt.
« Pareil. » dit Yaxley en riant, avant d'afficher un air penaud, comme si elle venait de réaliser ce qu'elle avait dit et qui avait dit exactement la même chose.
Tonks croisa le regard de Ben et ils mirent tous deux à rire, brisant effectivement la tension. C'était un peu forcé, mais personne ne sembla le remarquer. McKinnon tenta un rire quelques secondes plus tard et la tension repartit de plus belle.
Tonks cherchait quelque chose à dire – Ben faisait apparemment pareil – quand Fol-Oeil passa la tête hors de son bureau et appela Tonks.
« On se voit ce soir. » dit-elle.
Florence l'enlaça, Yaxley sourit de manière un peu gênée, McKinnon acquiesça et Ben lui demanda 'je peux venir aussi ?' sans le moindre bruit, juste avec les lèvres.
« Nymphadora. » dit Fol-Oeil, alors qu'elle refermait la porte.
« Monsieur. » dit-elle en croisant les bras.
Il avait l'air troublé cependant et son regard agacé s'adoucit.
« Que se passe-t-il ? Est-ce que Sirius- »
« Greyback est mort. » dit-il, l'air sinistre.
Après que Fol-Oeil soit rentré dans les détails – qui étaient horribles et la rendirent nauséeuse – et ne s'arrange pour qu'elle le rejoigne pour le briefing sur leur nouvelle affaire, il la congédia. Tonks rentra à la maison. Maman était au travail, alors elle transplana directement dans la maison – faisant peur à Papa, qui renversa son porridge sur Canis – et se traîna de l'entrée jusqu'à sa chambre. Elle se changea rapidement – sa robe actuelle avait une odeur persistante de poison qu'elle n'aimait pas et elle ne pensait pas non plus que Remus apprécierait – prépara un sac et transplana sur le pas de la porte de Remus.
« Remus ? » appela-t-elle doucement en frappant à la porte.
« Oh oui, sois discrète maintenant, après avoir fait autant de bruit en transplanant, lança-t-il, avant de poursuivre. Je ne viens pas t'ouvrir. Mais n'hésite pas à entrer, si tu le dois vraiment. »
Luttant contre un sourire – elle n'avait jamais vu Remus si tôt après une pleine lune et son attitude grincheuse lui était inconnue – elle ouvrit la porte et entra.
« Je suis là. » dit-il, et elle le repéra assis à la table de la cuisine.
Une de ses jambes était posée sur une chaise, saignant sans cesse d'une vilaine plaie au niveau de sa cheville et son tee-shirt était posé sur le dossier de cette même chaise. Son dos et ses épaules étaient recouverts de longues égratignures, tout comme ses bras, elle pouvait maintenant le voir. Il y avait un livre énorme ouvert sur la table, appuyé contre un petit chaudron bouillonnant et Remus avait des bandages sur les genoux. Il y en avait aussi sur le sol et sur le petit espace qu'il restait sur la table.
« Horrible, hein ? » dit-il, sans lever la tête.
C'est juste un peu de sang, se dit-elle à elle-même et elle prit un moment pour s'assurer que sa voix ne tremblerait pas.
« J'ai amené du chocolat. » offrit-elle.
Il leva un bras et il l'agita doucement. Elle s'assit à sa droite, son dos tourné vers le plan de travail et les yeux posés sur le chaudron qui contenait une potion bleu d'encre.
« C'est quoi ? »
« Un peu de tout, dit-il en jetant un œil à la potion par-dessus le livre – qui parlait de soins. Ça devrait accélérer la guérison, réduire les cicatrices et assainir le sang. »
Il attrapa une fiole de Dictame et laissa tomber quelques gouttes sur une coupure de son avant-bras. La plaie fuma et se referma, laissant une toute petite marque.
« Dure nuit alors ? » demanda-t-elle.
Il leva les yeux au ciel, ne s'embêtant pas à répondre. Au lieu d'être offensée, elle était amusée.
« Tu veux de l'aide ? »
Il grogna et reposa le Dictame.
« Il n'y a pas grand chose là-dedans. » dit-elle en fronçant les sourcils.
« Vraiment ? » ironisa-t-il.
Elle s'agaça et il dut le sentir, car il soupira et reprit la parole.
« Je sais. C'est la première fois que j'ai à utiliser mon propre stock depuis des mois. Je n'avais pas réalisé qu'il ne restait plus grand chose. »
« Sainte-Mangouste ? »
« Quoi ? »
Tonks passa devant lui et s'accroupit près de sa jambe blessé.
« Tu vas à Sainte-Mangouste habituellement ? »
Elle releva son pantalon de pyjama – en se reculant un peu, car il était plein de sang – et essaya de choisir où commencer.
« Oh, dit-il. Non. »
Il hésita un peu.
« Un ami me soigne. Il utilise toujours son propre stock. »
« Et il n'est pas venu aujourd'hui ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
Elle fit tomber quelques gouttes de Dictame sur la cheville de Remus et soupçonna que ça faisait bien plus mal qu'il le laissait paraître. Ses mains se serraient en poings et ses lèvres blanchirent, mais c'était tout.
« Non. » dit-il sur un ton parfaitement normal.
Elle ajouta quelques gouttes de plus.
« Il ne pouvait pas prendre quelques minutes de son temps pour t'aider ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
Remus méritait mieux que ça.
« Ce n'est pas de sa faute ! » s'écria Remus.
Tonks fut surprise par tant de véhémence. Ils s'assirent en silence – Tonks un peu stupéfaite, Remus qui fulminait – et Tonks reprit son travail de soin. Remus, apparemment pris par surprise, laissa échapper quelques mots qu'elle ne s'était pas attendu à entendre dans sa bouche et il réussit ensuite à se reprendre.
« Désolé. » dit-elle en grimaçant.
Elle examina sa cheville, qui était couverte de sang séché et qui semblait toujours rouge par dessous, mais elle avait cicatrisée.
« C'est bon. » murmura-t-il en bougeant sa cheville.
« Comment c'est ? »
« Mieux. »
Appliquer du Dictame n'était pas difficile, mais elle se sentit quand même fière de ses toutes nouvelles compétences médicales. Elle se leva et se plaça derrière lui.
« Commence par les pires. » dit-il, et elle s'exécuta.
« Je n'en ai plus. » dit-elle, lui montrant la bouteille vide par-dessus son épaule – elle avait allongé son propre bras pour le faire.
« J'imagine que tu ne connais pas de sortilèges de soin ? » demanda-t-il.
« Euh non, désolé. »
Elle n'avait jamais eu à s'inquiéter des sortilèges de soin, car il lui suffisait simplement de faire pousser un peu de peau sur ses coupures. Pire que ça et Maman paniquait et la traînait à Sainte-Mangouste.
« Bordel. » dit-il.
« Désolé. »
Il haussa les épaules.
« Je peux les nettoyer pour toi, par contre. »
« Je suis déjà contaminé. » dit-il.
Elle lui tapota la tête et il se retourna en la foudroyant du regard.
« Ton tact avec les malades a besoin de s'améliorer. »
« Je suis Auror, pas guérisseuse. » dit-elle avec dignité.
« Tu es apprentie Auror. » corrigea-t-il.
Elle secoua la tête en luttant contre un sourire, avant de faire apparaître un linge et de l'eau chaude. Ensuite, elle s'éloigna pour aller chercher du sel dans l'un des placards de la cuisine et ajouta quelques pincées dans l'eau. Elle termina de s'occuper de son dos et le fit lever les yeux vers elle pour qu'elle puisse laver la coupure sur son front. Elle mit accidentellement de l'eau salée dans son œil et s'emmêla dans les bandages lorsqu'elle tenta de recouvrir la blessure, mais finalement elle réussit à entourer complètement le haut de sa tête.
« Fini. » dit-elle, avant de renifler.
Il avait l'air de porter un gros turban blanc. Remus toucha les bandages et soupira, mais le coin de sa bouche se releva.
« C'est un sourire, Remus ? » demanda-t-elle.
« Définitivement pas. » dit-il sérieusement, mais un petit sourire s'installa sur son visage.
Tonks fit apparaître un large sourire sur son propre visage, du moins jusqu'à ce qu'elle se rappelle de la raison de sa visite. Son sourire disparut et Remus eut l'air inquiet.
« J'ai dit quelque chose- »
« Non, lui assura-t-elle. Je- euh … J'ai des nouvelles pour toi et je ne suis pas sûre de savoir comment tu vas le prendre. »
« Je vois. » dit-il platement.
« Du chocolat ? » proposa-t-elle joyeusement en attrapant son sac.
Les yeux de Remus brillèrent lorsqu'elle sortit la tablette et la lui tendit, mais il fronça les sourcils. Il regarda le chocolat, la regarda et soupira.
« C'est une mauvaise idée. » dit-il en le repoussant vers elle.
« Quoi ? » demanda-t-elle, sans savoir ce qu'il voulait dire, mais elle était sûre de ne pas aimer son ton sérieux.
« Je n'ai pas encore petit-déjeuner, alors si tu me donnes ça, tu n'en auras pas du tout. »
« Oh. »
Tonks se mit à rire et Remus lui lança un drôle de regard, se demandant apparemment ce qu'elle avait pensé qu'il voulait dire. Tonks ne savait pas vraiment ce qu'elle avait imaginé et aurait bien aimé avoir son opinion sur la question, mais il resta silencieux. Il s'appuya contre le dossier de la chaise, ajusta son turban – un morceau de bandage s'était échappé et tombait sur son œil – et lui lança un léger sourire troublé. Elle cassa deux morceaux de chocolat et les garda pour elle et offrit le reste à Remus. Il en aurait plus besoin qu'elle une fois qu'il saurait pour Greyback et il avait probablement besoin de sucre après cette nuit.
Il en mangea un peu de suite – en souriant tout le temps, apparemment incapable de s'en empêcher – et versa le contenu de son petit chaudron dans une tasse de thé avant de le boire. Tonks fronça le nez.
« Potion de soin et chocolat ? demanda-t-elle en arquant un sourcil. Je parie que c'est un délicieux mélange. »
« C'est le petit-déjeuner des champions. » dit-il avec dignité, avant de dévorer un nouveau morceau de chocolat.
Tonks grignota son propre morceau, amusée.
« Alors, quelles sont les nouvelles ? »
Tonks ouvrit la bouche, la referma et se prépara.
Dis-lui simplement, lui dit une voix dans sa tête. On aurait dit Fol-Oeil.
« Greyback est mort. »
Remus se figea. Elle s'était attendue à une réaction – un rire, un cri ou de l'incrédulité – mais il resta juste assis, immobile. Il n'avait même pas l'air choqué, juste neutre.
« Remus ? » demanda-t-elle en tapotant doucement sur le côté de sa tête bandée.
Brusquement, ses yeux revinrent dans la réalité et il se tourna pour la regarder. Et il y eut la réaction à laquelle elle s'était attendue. Espoir, incrédulité, inquiétude, joie, confusion et un million d'autres sentiments passèrent sur son visage. Le résultat était une étrange expression presque douloureuse qui lui donnait l'impression d'être à deux d'exploser de rire ou d'éclater en sanglots.
« Comment ? » demanda-t-il avec une voix rauque.
« C'est assez … dérangeant, en fait. Fol-Oeil était secoué. Sa cellule – les barreaux, le sol, les murs, le plafond – même les toilettes ! - a été recouverte d'argent. Il ...euh … et bien … son corps- »
« Je peux imaginer, dit faiblement Remus. Donc empoisonnement à l'argent ... »
Il secoua la tête.
« C'est fou ! J'avais toujours imaginé qu'il- enfin, je ne sais pas ce que j'avais imaginé, en fait, mais ce n'était pas- »
« Tu vas bien ? » demanda-t-elle.
« Je sais pas- c'est étrange, d'essayer de réaliser ça … Il est mort ! lança Remus, avant de lâcher un petit rire incrédule. Ils savent qui est responsable ? »
« C'est ma nouvelle affaire, dit Tonks en haussant les épaules, avant de rougir. Je n'aurais probablement pas du dire- »
« Je n'ai rien entendu. » promit Remus.
Il leva la main comme s'il voulait passer une main dans ses cheveux, il frotta le bandage à la place.
« Merlin. Il est mort. Assassiné. »
Il ne semblait toujours pas y croire en fait, il se répéta ces mots – ou variations de ces mots – à lui-même pendant plusieurs minutes. Tonks commençait à s'inquiéter.
« Remus ? demanda-t-elle, hésitante. Tu es- »
« Quel cirque. » dit-il en se frottant les yeux.
Tonks fut soulagée de l'entendre dire autre chose.
« Sirius et Harry sont en prison, Greyback a été tué à Azkaban … soupira-t-il bruyamment. Le camp. »
« Le- »
« Le camp. » s'écria-t-il, visiblement impatient.
Tonks sursauta, mais mit cette impatience sur le compte de Remus qui récupérait toujours de la pleine lune. Évidemment, ses émotions étaient un peu désordonnées. Ou peut-être qu'il était juste fatigué et stressé.
« Le camp de Greyback, dit-il, avant de se taire et d'avoir l'air gêné. Désolé, je ne voulais pas crier- »
« C'est rien, dit Tonks en rejetant ses excuses. Qu'est-ce qui ne va pas avec le camp ? »
« Ils ne suivent pas les informations sorcières, dit Remus, l'air fatigué. Je doute qu'ils sachent même qu'il a été arrêté – Greyback est quasiment la seule personne qui quitte jamais cet endroit et la plupart des autres sont si obnubilés par la propagande de Greyback qu'ils se fichent de ce qui se passe dans le monde sorcier. C'est inhabituel, mais ce n'est pas incroyable que Greyback soit absent plusieurs semaines. Ils ne vont pas même soupçonner- »
« Ils doivent avoir une idée quand même, non ? »
Remus renifla.
« Peu probable. Dora, tu y étais – tu as vu comme il les fascine ! »
Elle n'avait pas l'impression d'en avoir vu assez pour le dire, mais elle en avait vu assez pour croire le jugement de Remus en la matière.
« Leur père ne peut rien faire de mal. »
« J'en parlerais à Fol-Oeil, murmura-t-elle. Je doute qu'il ait pensé à ça et il va bien falloir qu'on trouve un moyen pour leur apprendre la nouvelle ... »
Elle s'arrêta, réfléchissant. Peut-être qu'ils pourraient envoyer un hibou à quelqu'un qui vit là-bas – Remus voudrait bien leur donner un nom, non ? Ou peut-être-
« Quoi ? » demanda-t-elle.
Remus la regardait comme si elle passait à côté de quelque chose d'évident.
« Je suis pratiquement le messager idéal, dit-il, surpris. Ça ne t'a pas semblé- »
« Tu détestes là-bas, dit Tonks, un peu blessé qu'il se soit attendu à ce qu'elle lui suggère d'y aller. Je ne vais sûrement pas te demander d'y retourner et Fol-Oeil non plus. »
« Fol-Oeil demanderait, si, dit Remus. Il serait fou de ne pas le faire – c'est la façon la plus rapide de leur apporter la nouvelle et celle qui a le moins de chance de mal tourner- »
« Le moins de chance ? demanda-t-elle, incrédule. Remus, de ce que j'ai vu, tu n'étais pas vraiment, euh … populaire parmi les gens qui vivent là-bas. Si tu y vas en annonçant que Greyback a été tué, quelqu'un va croire que c'est toi qui l'as fait. »
« Ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent, dit-il tristement. C'est un meilleur choix que de les laisser croire que le Ministère est derrière ça. »
« Mais il ne l'est pas- »
« Azkaban est sur le territoire du Ministère, dit Remus. C'est tout ce qui va compter pour eux- »
« Alors tu ne vas pas leur dire comment il est mort ? demanda-t-elle, perplexe. Ça rend très difficile d'expliquer comment toi, tu as su, non ? Et si tu ne peux pas l'expliquer, alors ils vont définitivement croire que tu l'as fait ! »
« Si tu as une meilleure idée, alors j'aimerais bien l'entendre. » dit-il sèchement.
Ils se restèrent assis en silence – Tonks cherchait une solution à leur problème – et Remus fusilla la table du regard.
« Dora, je suis désolé, dit-il en levant la tête après un moment. J'ai été un vrai con ce matin, non ? »
« Non, bien sûr que non, dit rapidement Tonks. T'es évidemment juste fatigué- »
« Dora. »
Tonks se mordit la lèvre et sa frange changea de couleur, un étrange vert mêlé de rose.
« Et bien, peut-être un petit peu. » dit-elle sur un ton d'excuse.
« Pardon, dit-il en se frottant les yeux. D'habitude, je ne suis pas aussi- en fait si, mais habituellement, ça n'a pas d'importance. »
La voix de Remus se brisa, il posa ses coudes sur la table et enfouit son visage dans ses mains.
Parce qu'il n'y a personne dans le coin, finit Tonks dans sa tête.
« Remus ... »
Il prit quelques inspirations et laissa échapper un rire tremblant, mais il ne leva pas les yeux.
« Par Godric, je suis une épave ce matin. » murmura-t-il.
« T'en as bien le droit. » dit-elle.
Elle trouva un morceau de peau saine près de son épaule – un endroit sans blessure – et elle y posa sa main. Il sursauta à ce contact.
« Tu viens de passer une nuit terrible- »
« La pire depuis un moment. » confirma-t-il d'une voix étouffée.
« Greyback est mort- »
Son épaule se tendit sous sa main.
« Je sais que tu ne l'aimais pas, mais- »
« Je le haïssais, dit-il avec une voix rauque. Je suis content qu'il soit- mort. »
« C'est quand même beaucoup à digérer, dit-elle fermement. Et puis, il y a Sirius ... »
Si son épaule s'était tendue avant, c'était désormais de la pierre. Elle pouvait voir la mâchoire de Remus trembler et ses respirations étaient tremblantes. Son visage était toujours caché par ses mains meurtries.
« Tu as parfaitement le droit d'être un peu … éteint. »
Tout le corps de Remus tremblait désormais et ses respirations ressemblaient à des sanglots. Elle l'avait déjà vu nerveux – comme quand il lui avait parlé de sa condition ou quand il gérait Malefoy. Elle l'avait vu inquiet – comme il l'était quand Greyback avait attaqué Matt et au camp et quand Greyback les avait coincé dans cette même maison il n'y avait pas si longtemps. Elle l'avait vu triste – comme quand il l'avait réconforté après la mort de Melvin et quand il parlait des Potter – mais elle ne l'avait jamais vu bouleversé. Il était littéralement en train de craquer devant ses yeux. Même sa petite crise au Ministère après avoir vu Sirius n'avait rien à voir.
C'était si surprenant que, pendant un moment, Tonks n'eut aucune idée de ce qu'elle devait faire. Cela disparut presque immédiatement. Elle aimait penser que c'était ses instincts de Poufsouffle qui reprenaient le dessus.
Elle tira sur sa chaise pour s'approcher de lui – elle pouvait s'imaginer perdre l'équilibre et tomber sinon – et l'entoura de ses bras. C'était un peu étrange – le coin de la table lui rentrait dans les côtes et l'un de ses bras entourait les deux bras de Remus – il était toujours penché au-dessus de la table, le visage dans les mains – mais c'était suffisant.
Les coins du parchemin commençaient déjà à s'assouplir – Harry l'avait tant touché ces derniers jours. C'était évident que Harry ne l'avait pas dessiné – il n'avait jamais montré aucun intérêt pour le dessin et n'avait pas la patience suffisante pour produire ce qui était, à l'avis de Sirius, non pas une grande œuvre d'art – il suspecta l'auteur d'être jeune – mais un beau dessin. Si l'on ne faisait pas attention au style, bien sûr. Sirius lança un regard triste au blason de son équipe de Quidditch – l'artiste avait-il vraiment été obligé de le dessiner en feu ?
« Alors, qui l'a dessiné ? » demanda Sirius.
« L'une de mes amis. » répondit Harry mystérieusement.
Mais son visage s'illumina et Sirius put sentir une vague de bonheur irradiée de lui. Sirius pensa que c'était vrai. Il connaissait quelqu'un qu'il pouvait considérer comme un ami. Harry ne les avait pas encore nommé, mais Sirius pensait que c'était probablement une bonne idée. Il savait que Harry avait du les rencontrer quelque part dans le Ministère et il suspectait que leur rencontre n'ait pas été complètement légal. C'était probablement mieux que les Aurors ne l'apprennent pas.
« Je trouve qu'il est génial. »
« Le dragon n'est pas mal. » admit Patmol, et Harry sourit largement.
Les yeux du dragon n'étaient pas exactement de la même taille et il manqua de le mentionner, avant de se retenir.
Au lieu de ça, le regard de Sirius se posa sur la porte, comme il l'avait fait toutes les dix minutes depuis la veille. Au lieu que ce soit Rogue – l'abruti – qui ramène Harry hier, Harry était revenu avec Fudge, Malefoy et Ombrage. Ombrage et Malefoy s'étaient contentés de parler à Harry, pendant que Fudge avait annoncé qu'ils étudiaient la possibilité d'un procès – enfin – et qu'il reviendrait 'plus tard' pour les détails.
'Plus tard' était arrivé depuis longtemps et Sirius attendait toujours cette visite. Il espérait juste que Fudge n'avait pas changé d'avis. Dora le vit regarder dans sa direction et ses cheveux devinrent rouges. Sirius lui sourit – il n'était pas sûr de savoir ce qu'il avait fait pour l'énerver à ce point, mais elle avait sa baguette dans un nœud cet après-midi – et reçut un regard noir en retour.
Sirius détourna les yeux, supposant que c'était mieux de la laisser tranquille. Il était fatigué – Harry avait encore mal dormi et quand ils avaient été réveillés, ils s'étaient tous les deux inquiétés de Remus et de la pleine lune – et il ne voulait pas qu'on lui refuse le procès qu'il attendait depuis huit ans à cause d'une dispute ou d'une perte de contrôle.
Ce fut un long après-midi. Harry s'endormit et Rogue fut le seul visiteur. Il jeta un œil à Sirius, foudroya Harry du regard et ressortit, l'air absolument livide. Sirius n'avait même pas eu le temps de l'insulter. Remus ne vint pas – il n'était sans doute pas en état de quitter la maison et Sirius espérait toujours, pour la centième fois, que cette nuit n'avait pas été trop difficile. Dumbledore, Rattler ou aucun autre membre du Département de la Justice Magique ne vinrent non plus. Sirius imagina que Dumbledore devait être à Poudlard. Il avait passé pas mal de temps au Ministère ces derniers jours et Sirius soupçonnait que ça n'avait pas du le rendre très populaire auprès de McGonagall.
L'équipe du Département de la Justice Magique travaillait certainement avec Fudge pour organiser le procès de Sirius – du moins, il l'espérait – ce qui était une très bonne chose, sauf pour le manque de bonne compagnie dans les cachots. Rattler n'était pas là pour jouer à des jeux – ils étaient surtout destinés au bien-être de Harry, mais le plus souvent, Sirius les rejoignaient. Amélia ne leur rendit pas visite non plus – elle apportait parfois à Sirius des mots croisés de la Gazette – et Scrimgeour n'avait même pas fait une seule apparition. Sirius respectait Scrimgeour plus qu'il ne l'aimait, mais au moins, l'homme était enclin à parler à Sirius comme s'il était humain.
Alors, Sirius se contenta de rester assis dans sa cellule, ennuyé, écoutant Harry marmonner occasionnellement – à propos de Chocogrenouilles et de balais heureusement, pas à propos de Voldemort ou de laisser Sirius dans la caverne – et essayant d'ignorer les regards furieux de Dora qui lui brûlaient un côté de la tête.
« Tu t'en fiches complètement, en fait ? » demanda-t-elle à un moment.
« De quoi ? » répondit Sirius, stupéfait.
Shacklebolt jeta un œil à Tonks, mais ne semblait pas enclin à intervenir pour le moment, même si Sirius savait que Shacklebolt le ferait si Dora dépassait les bornes : Shacklebolt était quelqu'un de bien. L'autre apprentie – une fille mince avec des cheveux noirs – était endormie depuis le début et ne bougea pas d'un pouce, même là.
« De- de rien ! » répliqua furieusement Dora.
Ses cheveux – rouges vif surtout, avec des touches de violet et d'orange – donnaient l'impression à sa tête d'être en flammes. Sirius n'était pas sûr de savoir quoi répondre. Il lança presque une réplique pleine d'humour, mais quelque chose lui dit que ça ne le mènerait nulle part. Alors il ne répondit rien et Dora retrouva son regard noir.
Sirius passa une heure à travailler sur Azkaban dans son esprit – qui ressemblait à nouveau à une île, mais qui était toujours loin d'être achevé. Il passa également un moment à se demander dans quel état se trouvaient Keira et le médaillon. Avec un peu de chance, elle l'avait détruit, mais Sirius s'inquiéta qu'il ait pu l'attaquer. Cela, bien sûr, le ramena à ses inquiétudes concernant Remus et il soupira bruyamment, Dora le fusillant d'autant plus du regard.
C'était un après-midi très long, très inconfortable – pour tout le monde, semblait-il.
Fudge arriva avec le dîner et Sirius ne savait pas qui il était le plus excité de voir arriver entre le repas et le Ministre. Il salua Fudge – qui avait l'air plutôt irrité d'avoir été forcé de porter le dîner de Sirius et de Harry – et se tourna pour réveiller Harry, s'arrêtant seulement lorsqu'il entendit d'autres personnes entrer. Il semblait que pour se rattraper du manque de visiteurs de l'après-midi, tout le monde avait décidé de venir maintenant.
Scrimgeour, Amélia et Rattler étaient tous là. Scrimgeour avait l'air préoccupé et un peu ennuyé, Amélia était fidèle à elle-même, impassible et Rattler avait l'air aussi jovial qu'à l'accoutumée. Ombrage suivait, arborant une robe rose à dentelle franchement hideuse et un air hautain. Et en dernier, mais pas des moindres, Malefoy et Narcissa entrèrent et Sirius se demanda ce qu'au nom de Merlin, ils venaient faire dans sa cellule. Malefoy souriait de manière narquoise et l'expression de Narcissa était illisible. De tous les enfants Black – Andy, Bella, lui-même et Reg – elle avait toujours été la meilleure pour ça. Par-dessus l'épaule de sa cousine, il vit Shacklebolt donner un coup de coude à l'autre apprentie avant que Scrimgeour ne voit qu'elle dormait pendant une garde de journée.
Sirius se retourna vers Harry et le trouva réveillé, posant ses lunettes sur son nez. Il avait l'air un peu surpris de voir autant de monde dans la petite cellule.
« C'est le dîner ? » demanda-t-il simplement.
« Le dîner de Black, dit Fudge. Tu mangeras plus tard, Harry. »
Harry et Sirius échangèrent un regard incertain et alors, s'accordant sur un plan silencieux, allèrent s'asseoir à table. Fudge s'était déjà installé sur l'une des petites chaises.
« Vous voulez manger maintenant, Black, ou plus tard ? »
Sirius lança à son dîner un regard impatient. Il y avait une espèce de soupe, du poulet rôti et un assortiment de légumes fumants. Il fut presque tenté de manger maintenant – pour faire attendre tout le monde, comme ils l'avaient fait attendre toute la journée – mais il secoua la tête.
« Si quelqu'un l'ensorcelle pour qu'il reste chaud, je le mangerais plus tard. »
Amélia s'exécuta et le fit flotter pour aller le déposer au bout du lit de Sirius. Scrimgeour, Ombrage et Amélia s'assirent sur les chaises restantes et Rattler, Malefoy et Narcissa firent apparaître leurs propres sièges.
« J'imagine que ça concerne mon procès. » dit Sirius.
S'il vous plaît, pensa-t-il. S'il vous paît, s'il vous plaît …
« C'est le cas. » dit Amélia.
« Je vais en avoir un ? » demanda Sirius.
Harry semblait retenir sa respiration – son visage devenait lentement rose. Sirius lui donna un coup de coude et il laissa échapper un souffle, l'air penaud. Personne n'avait encore répondu. Le cœur de Sirius se mit à battre bruyamment dans sa poitrine.
S'il vous paît. S'il vous paît, s'il vous plaît, s'il vous plaît …
« En effet. » répondit Fudge.
« OUI ! » dit Sirius, avant de pouvoir s'en empêcher.
Le sourire de Harry était si large qu'on aurait dit qu'il allait lui déchirer le visage en deux.
« Oui ! Merci ! Mer- »
« Il se tiendra, poursuivit Fudge, et Sirius se tut immédiatement pour entendre les détails. Dans dix jours à partir d'aujourd'hui, dans la salle d'audience numéro dix. »
« A dix heures ? » demanda Sirius en ricanant.
Rattler et l'apprentie auparavant endormie furent les seuls à rire. Fudge leva les yeux au ciel et échangea un regard exaspéré avec Malefoy.
« Vous serez jugé par le Magenmagot au complet, ainsi que par le Conseil de loi magique. »
Sirius acquiesça.
« Bien sûr, dit-il. Bien. »
Il ne pouvait pas s'empêcher de sourire largement. Je vais avoir un procès ! Finalement, finalement, je peux prouver que je suis innocent. Il n'avait pas Peter, ce qui allait rendre les choses difficiles, mais il s'en débrouillerait. Il devrait parler de Patmol, mais une fois qu'ils verraient ça, ils seraient plus enclins à croire que Peter était un rat. Et puisque Sirius avait été prudent de ne pas laisser échapper la vérité, ils ne seraient pas préparés pour cette vérité. Rien que le choc pour les convaincre.
« Merci ! »
« Ce sera un procès public. » dit Amélia.
Sirius fronça les sourcils et hocha la tête. Il ne voulait pas spécialement que son procès soit ouvert à tout le monde, mais il n'allait pas se battre contre eux, pas au moment où ils venaient de lui donner un procès.
« Il y a aussi la question de l'isolement, dit Scrimgeour. Je vais retirer les Aurors. »
Sirius jeta un œil à Harry et sourit largement.
« Ils seront remplacés par des Détraqueurs. »
Sirius tomba de haut. Ce n'était pas une sensation agréable. Harry avait l'air effrayé.
« Mais- mais vous ne pouvez pas. » bafouilla Sirius.
Il avait commencé à reconstruire Azkaban, mais il avait encore besoin de plusieurs heures avant d'être capable de lancer de nouveau son Patronus. Si les Détraqueurs s'en prenaient à Harry, il ne serait pas capable de faire quoi que ce soit.
« Vous avez vu ce qu'ils ont fait- »
« Des arrangements ont été fait pour M. Potter. » dit Ombrage, parlant pour la première fois.
La raison de la présence de Narcissa et Malefoy s'éclaircit soudainement.
« Non. » dit-il.
Les yeux de Harry se posèrent sur son visage, plein de questions.
« Black, soyez raisonnable, dit Fudge en faisant tourner son chapeau. Le garçon ne peut pas rester avec vous pendant que les Détraqueurs sont là, pas après ce qui s'est passé la dernière fois ... »
Les yeux de Harry tombèrent sur ses mains et il évita soigneusement le regard de ceux qui fixaient leur attention sur lui après les paroles de Fudge.
« Non, il ne peut pas. Alors les Détraqueurs ne viennent pas. »
Scrimgeour ouvrit la bouche.
« Je ne remets pas en cause l'isolement – c'est important pour un procès juste et tout ça- »
Et c'était le cas. La dernière chose dont il avait besoin, c'était qu'on l'accuse d'avoir corrompu ou ensorcelé les gens pour le croire.
« -mais vous pouvez garder les Détraqueurs où ils sont tout en retirant les Aurors. »
« Black- » commença Ombrage.
« Je ne suis pas un danger pour Harry. Nous n'avons pas besoin d'être surveillé – je ne fais que le dire depuis que nous sommes ici. Je l'ai prouvé quand les Détraqueurs sont venus ! Les Aurors n'ont rien pu faire – je ne les blâme pas, ajouta-t-il lorsque Scrimgeour se tendit. -c'était une situation terrible. Mais Harry et moi étions sans surveillance, dans la cellule, toute la nuit- »
« Il y avait des Détraqueurs. » fit remarquer Ombrage.
« Ils essayaient de nous attaquer, pas de nous surveiller, s'écria Harry. Si Pa- Sirius n'avait pas été là- »
« S'il n'avait pas été là, nous ne serions pas dans cette situation, M. Potter, dit Ombrage, s'attirant un regard noir de Harry. En vérité, je peux même dire que nous nous porterions tous mieux. »
« Pas moi. » murmura Harry, mais Sirius ne pensait pas que quelqu'un d'autre l'ait entendu.
« Légalement, dit Sirius en posant une main sur l'épaule de Harry. Harry est aussi impliqué que moi. Il n'y a aucune loi qui dit que nous ne pouvons pas vivre ensemble – ce serait même vrai si je n'étais pas son tuteur. »
Et c'était vrai. Ce n'était pas inhabituel pour les prisonniers de partager leur cellule, tant qu'ils ne se battaient pas et ne causaient pas d'autres troubles.
« On ne peut pas vous faire confiance- »
« Nous avons vécu ensemble dans une maison – quasiment tout seuls- »
« Vous aviez des visiteurs ? » demanda brusquement Rattler.
« Je vous ai dit que je ne vous donnerais pas de réponses avant mon procès, dit Sirius, mais mentalement, il se maudit d'avoir dérapé. Dans tous les cas, ça a duré un an. Et même quatorze mois – presque quinze – depuis que j'ai pris Harry et il n'a pas l'air mort ou blessé à mes yeux. »
« A Sainte-Mangouste l'année dernière- »
« Je vous l'ai dit : ce n'était pas lui, dit Harry en levant les yeux au ciel. Il n'aurait jamais- »
« Même si Black- Sirius, dit Amélia lorsque Sirius ouvrit la bouche pour la corriger. N'était pas responsable pour vos blessures, M. Potter, le fait est qu'il n'a rien fait pour les empêcher. »
Sirius pria pour Harry garde la bouche fermée – s'il disait quelque chose sur Sirius incapable de les empêcher car il n'était pas là, Sirius ne pourrait pas rattraper ça.
« Il a empêché les Détraqueurs. » murmura Harry en fusillant la table du regard.
Sirius soupira, soulagé et Amélia laissa échapper une autre sorte de soupir.
« M. Potter- »
« Nous ne te laisserons pas tout seul avec Black, dit Scrimgeour. Je suis désolé, Potter, mais nous ne sommes pas prêt à prendre de risque à ce niveau-là. »
Scrimgeour lança même un petit regard d'excuse à Sirius.
« Et si je refuse qu'il aille chez les Malefoy ? » demanda Sirius.
Amélia soupira à nouveau.
« Tant que M. Potter reste ici avec toi, les Aurors resteront en surveillance. Tant que les Aurors restent là, nous prenons le risque que tu dupes quelqu'un- »
« Ils sont là depuis presque deux semaines, dit Sirius. Si je comptais duper quelqu'un- »
« Tant que les Aurors restent là, nous courons le risque que tu en dupes un, poursuivit bruyamment Amélia comme si il n'avait rien dit. Et donc, ça ne comptera pas comme de l'isolement. Ton procès sera repoussé jusqu'à ce que tu sois prêt à coopérer. »
« Et si je ne leur parle pas ? » demanda Sirius.
Mais il savait que ce n'était pas le but de l'isolement. L'objectif principal était qu'il ne puisse pas gagner d'alliés pendant les préparatifs du procès, mais également que tous les gens à qui il avait pu lancé un sort aient le temps de montrer des symptômes et d'être guéri.
Personne ne prit la peine de lui répondre.
« Comprends-nous, Sirius. Cette situation est déjà inhabituelle. »
Les yeux d'Amélia passèrent sur Harry.
« Nous avons – même s'il n'y avait pas le choix à ce moment-là – déjà dévié de la procédure du Ministère. »
Sirius était d'accord – ce n'était jamais arrivé que ce soit des Aurors qui gardent les cellules et non des Détraqueurs.
« Avec ton procès qui arrive, nous essayons de gérer ça d'une manière aussi professionnelle que possible – nous sommes déjà observés- »
« -Skeeter nous massacre tous. » dit Scrimgeour avec ses yeux durs.
Sirius comprit soudainement pourquoi ils voulaient un procès public. C'était pour donner au Ministère une chance de montrer ô combien ils étaient compétents, quand Sirius leur avait enlevé ça. Si Sirius était condamné, le Ministère serait félicité pour sa juste décision et si – non, quand – il serait innocenté, ils seraient aussi bien vu de lui avoir donné une chance de le prouver. Et aussi mal vu d'avoir chasser un innocent pendant si longtemps. Il dut se forcer à cacher son ricanement.
« Un procès de cette taille doit se passer selon les règles – tu étais Auror, Black, tu dois comprendre- »
« J'irais. » dit Harry.
« Quoi ? » demanda plusieurs personnes – Sirius inclus.
« J'ai dit que j'irais. » dit Harry en serrant la mâchoire, exactement comme le faisait James quand il avait décidé d'être têtu.
Amélia se détendit, tout comme Scrimgeour et Malefoy.
« Harry- »
« Tu veux ton procès ou non ? » s'écria Harry.
Mon procès. Sirius soupira. Il n'avait pas menti quand il avait dit à Fudge qu'il se souciait plus du bien-être de Harry que du sien. Mais le bien-être de Harry était-il en danger ? Malefoy n'essayerait rien alors que le Ministère savait que Harry était avec lui. S'il faisait du mal à Harry, il serait arrêté dans la seconde.
En réalité, Malefoy serait certainement agréable – il espérait sûrement que si Sirius était condamné, il obtiendrait la garde de Harry. En fait, Sirius était sûr que c'était ce que souhaitait Malefoy. Harry Malefoy, pensa Sirius en fronçant le nez. Alors Harry ne serait sans doute pas en danger – ce serait sûrement déplaisant, mais si Harry était prêt à y aller … Sirius ne voulait quand même pas qu'il y aille. Mais ne pas le vouloir était-elle une raison suffisante ?
Oui, pensa Sirius férocement, mais son côté rationnel – dont la voix ressemblait à celle de Remus – se fit entendre.
« Bien. » dit Sirius.
Tout le monde eut l'air estomaqué, avant de se mettre à parler en même temps.
« Taisez-vous ! cria-t-il. Il y a des conditions. »
« On t'écoute. » dit Scrimgeour.
« D'abord, dit Sirius. Il est clair que c'est seulement temporaire. Que j'accepte de le laisser partir avec mon adorable- »
Sirius fusilla Narcissa du regard et elle leva un sourcil en retour.
« -cousine et son arrogant mari ne veut pas dire que j'abandonne la garde. »
« Évidemment. » répondit Ombrage.
« Bien. Ensuite, je veux que Harry soit autorisé à assister à mon procès. » dit Sirius.
« Bien sûr. » dit Rattler.
« Bien, répéta Sirius. Je veux aussi qu'on rende sa baguette à Harry et qu'il puisse l'amener avec lui chez les Malefoy. »
Scrimgeour et Amélia échangèrent un regard et les yeux de Harry étincelèrent. Malefoy avait l'air pensif.
« Il n'attaquera personne, dit Sirius. Mais étant donné l'attaque des Détraqueurs – qui s'est passée au Ministère, je le rappelle – je me sentirais mieux si Harry avait un moyen de se protéger. »
« Je ne vois pas de problème avec ça. » dit Narcissa avec un sourire, avant que quiconque ne puisse répondre.
« Très bien, dit Amélia. Il y a autre chose, Sirius ? »
« Gamin ? »
Harry secoua la tête.
« En fait, j'aurais une demande. » dit Narcissa, l'air timide.
« Madame ? » demanda Fudge.
« J'aimerais demander un Auror pour superviser M. Potter pendant qu'il restera avec nous. »
« Narcissa, ce n'est pas- » commença Malefoy.
« Lucius, le garçon a été attaqué. » dit Narcissa, les yeux brillants de larmes.
Sirius ne pouvait pas croire ce qu'il voyait.
« Je ne pourrais pas le supporter s'il lui arrivait quelque chose, ou à n'importe lequel d'entre nous ! Et si d'autres Détraqueurs viennent ? Et s'ils s'en prennent à Hydrus ou Drago ? »
La main de Narcissa était serrée autour du poignet de son mari et ses yeux bleus brillaient en fixant Scrimgeour.
« S'il vous plaît, Auror Scrimgeour. Pour ma tranquillité d'esprit ... »
« Bien sûr, Madame. » répondit brusquement Scrimgeour.
Malefoy eut l'air exaspéré, mais il embrassa la main de sa femme et garda le silence.
« Merci, murmura Narcissa en essuyant ses yeux. Sirius, tu veux avoir un mot à dire sur la personne qui sera responsable de la surveillance de ton filleul ? Si c'était moi- »
Malefoy semblait frustré.
« Peut-être Dawlish. » lança-t-il en coupant Narcissa.
« Fol-Oeil. » lança habilement Sirius.
Malefoy pâlit un peu.
« Fol-Oeil est occupé, Sirius. » dit Dora, irritée.
« Il travaille sur une autre affaire, dit Scrimgeour en hochant la tête. Une nouvelle. »
Lui et Dora échangèrent un regard sinistre.
« C'est assez important qu'il se concentre sur ça pour le moment. »
« Je pense vraiment à Dawlish. » continua d'insister Malefoy, mais personne ne l'écoutait vraiment.
Les yeux de Narcissa étaient plongés dans ceux de Sirius et celui-ci n'avait aucune idée du jeu auquel elle jouait, mais étant donné qu'elle ne les avait pas dénoncé cette fois-là sur le Chemin de Traverse, il imaginait qu'elle était de son côté. Ou du moins, qu'elle n'était pas contre lui.
« Bien, dit Sirius. Pas Fol-Oeil. »
C'était dommage – avec Fol-Oeil, Malefoy serait resté sur ses gardes. C'était un ancien membre de l'Ordre, il ne se faisait aucune illusion sur le passé de Malefoy. Et en tant qu'ancien ami de James, il serait bien placé pour garder Harry en sécurité. Il y avait une autre personne qui pouvait effrayer encore plus Malefoy cependant, et malgré ses problèmes apparents avec Sirius, elle préférerait mourir plutôt que laisser quelqu'un faire du mal au fils de Lily et James.
« McKinnon, alors. »
Cela fit taire Malefoy et les yeux de Narcissa étincelèrent. Dora et les autres apprentis laissèrent échapper des cris de surprise.
« C'est juste une apprentie- »
« Je me porte garante de sa compétence. » dit calmement Amélia.
« Peut-être qu'un r-roulement serait mieux. » dit Malefoy en parlant directement à Fudge.
« C'est idiot, Lucius. » dit Narcissa.
Ses larmes avaient complètement disparu et elle avait l'air aussi calme qu'à l'habitude.
« On ne peut pas attendre d'un Auror – une apprentie, en plus – qu'il puisse surveiller le garçon pendant dix jours, continua Lucius, l'air un peu désespéré à présent. Elle va être épuisée et qu'est-ce qu'elle fera le soir- »
« Elle peut prendre la seconde chambre d'ami. » dit sereinement Narcissa.
Sirius laissa échapper un rire proche de l'aboiement en voyant l'air horrifié sur le visage de Malefoy.
