Petit mot du jour (Gody et Ally) :

Les chapitres avancent et les stats de l'histoire également. Pourtant, nous avons très peu de retours et c'est dur de savoir si cette histoire vous plait, ou, au contraire vous déplait. Un simple commentaire est source de motivation, l'inverse est tout le contraire ; la régularité des publications dépend énormément de ce facteur. Écrire cette histoire prend du temps, même si nous nous amusons à le faire.

Donc. Donnez votre avis, faites un signe que vous êtes passés ici.

Bonne lecture.


Disclaimer : Fairy Tail ne nous appartient pas.


Rating : T


JOUR 34 : attache


« Hey ? »

Erza lève lentement les yeux de son cahier qu'elle vient à peine de fermer. La dominant de toute sa hauteur, le grand brun, aussi appelé Simon, lui offre un sourire nerveux tout en tripotant les rebords de son téléphone. Le contraste de son physique et de son approche plutôt timide est assez amusant, tant qu'un léger sourire titille le coin de ses lèvres alors qu'elle range tranquillement ses affaires.

Elle finit par se lever tout en remarquant qu'ils sont déjà seuls dans l'amphithéâtre ; les gens ne perdent vraiment pas de temps, c'est incroyable.

Finalement, la rouquine fait face à l'étudiant qui serre maintenant la sangle de son sac à dos.

« Oui ?, demande-t-elle en levant un sourcil.
- Hum… comment dire. En fait. J'ai cherché pas mal d'approches. Et… je me suis dit que ce serait mieux de juste me… lancer. »

La rouquine hoche la tête, encore intriguée par l'objet de sa venue. Les voilà désormais en train de sortir de la salle et de marcher côte à côte dans les couloirs bien remplis du bâtiment. Simon sent la menthe et le gel pour ses cheveux brossés en arrière. Il a un sourire qui tire vers la droite, surtout lorsqu'il a l'air d'être gêné. Erza peut très bien le remarquer parce que quand il part après lui avoir donné son numéro, son visage est un mélange de joie et de timidité.

Donc, plantée au milieu du campus dont les arbres perdent leurs feuilles, elle a dans sa main un bout de papier avec des numéros. Son téléphone vibre soudainement dans sa poche, l'arrachant à sa contemplation du paysage qui se prépare pour l'hiver. Reprenant sa route vers l'arrêt du tram le plus proche, Erza consulte le message qu'elle vient de recevoir ainsi que l'heure ; malgré sa légère interaction sociale du jour, elle n'est pas en retard pour le FaceTime avec sa mère.

Satisfaite, elle entre dans le véhicule qui vient d'arriver, se faufilant péniblement entre les personnes déjà présentes dans la rame. Elle se cale près des portes opposées à celles qu'elle a utilisées, ignorant royalement les gens autour d'elle. Il est aux alentours de midi et c'est toujours une grande idiotie de prendre les transports en commun à cette heure-ci. Pourtant, à chaque fois, elle le fait.

Ses mains glissent sur les poches de son long manteau, cherchant désespérément ses écouteurs ; au moins, ça, ça peut rendre le trajet supportable.

« Salut toi. »

Erza gémit intérieurement, stoppant ses gestes. Elle tourne un peu la tête pour croiser le regard brillant d'un étudiant qui lui offre un sourire éclatant. Ses mèches blondes tombent devant ses cils noirs et épais.

« Tu es toute seule ? Alors que tu es aussi jolie ?
- Je ne vois pas le rapport, répond-elle lentement, et j'aime ma tranquillité.
- Les habitudes sont faites pour être bousculées. Et si je te raccompagnais ? »

Elle entrouvre les lèvres, pas très sûre de ce qui est en train de se passer, là, tout de suite.

« Ça ira pour moi.
- J'insiste. Les rues ne sont pas très sûres en plus de ça alo-
- Elle n'est pas seule. T'en fais pas. »

Un sursaut manque de faire tressaillir son corps quand un bras puissant l'attire vers une source de chaleur plus qu'agréable. Malgré tout, la rouquine roule des yeux parce que c'est beaucoup trop simple de reconnaître cette voix et cette odeur musquée. Elle rejette quand même la tête en arrière, tête qui s'appuie contre le torse musclé de cet incroyable arrogant qu'elle côtoie un peu trop, afin de le dévisager.

« Vous allez me faire gober que vous êtes ensemble ?, rit doucement le blond en se tenant à la barre au dessus de sa tête.
- Tu peux retourner te toucher dans ton coin ?, demande brusquement Gerald d'un ton sec. Tu me gâches la vue.
- Sois poli, marmonne la rousse en posant sa main sur l'avant-bras appuyé contre son ventre, et, si ça ne te dérange pas, ajoute-t-elle à l'intention de son prétendant, j'aimerais que tu nous laisses tranquilles. J'ai des choses à régler avec… »

Les mots se bloquent dans sa gorge ; jouer la comédie sur certains points n'est pas encore son fort.

« … mon copain. »

L'étudiant secoue la tête et finit par leur tourner le dos, tout en lâchant des commentaires peu agréables. Si le tram avait été moins rempli, nul doute qu'elle aurait fracassé son visage contre la vitre face à son manque de respect. Mais, à la place, elle prend une longue inspiration puis se retourne en repoussant Gerald.

Habillé d'un pull noir, d'un pantalon et de chaussures tout aussi sombres, il a l'air d'avoir passé une abominable nuit vu les valises sous ses yeux. Sa paume est toujours appuyée contre sa hanche et elle sent ses doigts se contracter légèrement quand le tram tourne brusquement. Son regard se balade sur son corps, étudiant sa robe de laine avec un certain intérêt.

« Tu peux me lâcher ?
- Il regarde toujours.
- Et alors ?
- Il va revenir sinon.
- Tu profites uniquement de la situation.
- Un peu. Mais pas trop. »

Elle s'apprête à répliquer autre chose mais le jeune homme glisse soudainement sa main derrière son dos, l'approchant pour la presser contre lui. La tête enfoncée dans son torse, Erza lâche un grognement puis essaie de se reculer.

« Ne fais pas l'enfant et lâche-moi. »

Avec une moue déçue, il obéit et elle en profite pour de nouveau être dos à lui. Elle trouve finalement ses écouteurs et, avec un sourire satisfait, elle en glisse un dans son oreille. Consciente du regard insistant qui la transperce, mais aussi parce qu'elle lui en doit une et qu'il semble assez triste pour une raison qui lui échappe, l'étudiante lui tend le deuxième écouteur.

« Tu toucher mon épaule. Uniquement mon épaule, insiste-t-elle. Si tu dérapes, je te déboite la mâchoire.
- Pas besoin d'être aussi violente, soupire Gerald en se penchant. J'ai compris. »

Son menton s'appuie contre l'endroit désigné, sous sa surprise ; elle n'a pas un instant pensé à cette possibilité. Il y a son souffle qui caresse sa joue et c'est agréable, même si elle ne le dira pas à voix haut. Ses doigts effleurent sa main quand il prend ce qu'elle lui offre, puis il louche sur son téléphone.

« Cette musique. Elle est sympa. »

Erza hoche la tête, encore plongée dans toutes ses pensées. Cette situation, elle n'est pas nouvelle ; elle a déjà eu des relations, elle sait comment ça se passe. Sauf que là, elle n'est pas avec lui et elle ne compte certainement pas envisager cette possibilité. Il est peut-être, contre toute attente, un ami formidable mais vu sa fâcheuse tendance à draguer les demoiselles qui sont à son goût, ça ôte toute envie de se projeter.

Mais d'ailleurs, pourquoi diable pense-t-elle à ça ?

Le trajet est interminable. Sa proximité lui vrille la tête et Erza se concentre autant qu'elle le peut pour ignorer la tentation qu'il représente ; peut-être qu'elle devrait sortir et se trouver quelqu'un, pour une nuit ?

Son arrêt arrive enfin, indiqué par une voix grésillante. Gerald s'est donc redressé puis s'est mis à la suivre. Elle hausse un sourcil, mimant une question silencieuse à laquelle il répond sans se départir de son habituel sourire, ce sourire qui lui parait pourtant bien fade et faux.

« Je te raccompagne. Je n'ai pas envie que d'autres hommes viennent te courtiser sans aucune décence. »

Elle rit un peu, acceptant donc sa proposition. Échanger avec lui est simple, plaisanter tout autant, et sa présence est si chaleureuse qu'elle a parfois du mal à lui dire au revoir. Elle a appris à l'apprécier, lui et son irrépressible envie de la taquiner inlassablement.

Ils finissent par arriver devant le portail de la résidence et Gerald tapote le bout de sa chaussure contre le muret. Ses mains sont dans ses poches pendant qu'il mâchouille sa lèvre inférieure ; cet air de chiot battu, elle le connait.

« Tu ne peux pas rester, si c'est ce que tu attends de savoir. »

Erza cherche ses clés dans son sac, sous l'expression outrée que lui offre le jeune homme.

« Pourquoi ?
- J'ai des choses à faire. »

Un papier tombe et elle soupire, se penchant pour le ramasser ; Gerald est cependant plus rapide. Il l'étudie soigneusement, yeux plissés, puis il la jauge.

« C'est qui, Simon ? »

Lâchant un profond soupir, la rouquine lui reprend ce qui lui appartient pour le mettre cette fois-ci dans sa poche. Il a l'air un peu déçu par son silence mais se ressaisit très vite, s'approchant d'elle d'un pas, réduisant son espace vital en miettes. Erza se tend, retenant aussi son souffle quand il sent le sien qui s'écrase une nouvelle fois contre son visage.

« On se voit plus tard ?
- Si tu veux, chuchote-t-elle.
- Parfait. »

Gerald est imprévisible ; il l'a toujours été. Ses lèvres s'appuient contre sa joue rose à cause du froid. C'est chaud, doux, ferme, et elle n'a pas le temps de réaliser ce qu'il vient de faire qu'il s'est écarté en riant.

« À tout à l'heure chérie. »

Son clin d'oeil la dégèle et elle s'apprête à lui lancer ce qu'elle trouve sous la main, sauf qu'il est déjà parti avec un sourire satisfait. Alors elle rentre, jette son sac sur son lit, puis prend son téléphone pour lui envoyer un message.

« Je vais te déboîter ! »

Elle espère qu'il peut sentir toute sa haine et sa colère à travers l'écran.

« Le bassin ? Vendu ! Rdv à 18h »

Erza gémit bruyamment et se retient d'arracher ses cheveux. Bon sang, il la rend dingue !

« J'apporte de quoi passer une bonne soirée. »

Ignorant ce dernier message, la rouquine retire ses chaussures et va vers sa cuisine. Elle remplit la bouilloire, l'allume, puis sort une tasse et un sachet de thé. Son ordinateur est déjà prêt sur son bureau et un sourire étire ses lèvres, impatiente de parler avec sa mère ; étant très souvent en voyage, avoir un tête à tête avec elle est extrêmement dur. Donc, la moindre occasion, elle saute dessus. Et ça lui fait du bien.

Eileen a toujours été une présence qu'on remarque. Une force de caractère impressionnante. Un savoir incroyable, admirable. Une ténacité hors normes. Même si elle n'a pas été présente pendant une bonne partie de sa vie, les brefs moments où elle a été là ont tous été merveilleux.

Quand l'appel se termine, un goût de trop peu s'installe en elle, comme à chaque fois. Il est quinze heures et le fauteuil lui a donné mal aux fesses. Erza se lève, s'étire, prend sa tasse vide, et se motive pour une session de ménage avant que son ami se pointe ; parce qu'elle sait qu'il va venir. Il ne se défile jamais, même si elle le menace de mort.

La preuve ; à dix-huit heures pile, le voilà en bas, tout sourire. Il fait déjà nuit et les lampadaires éclairent faiblement la rue. Elle l'observe de sa fenêtre, accoudée sur le rebord, une expression qu'elle espère blasée sur son visage.

« Tu m'ouvres ?, demande-t-il avec une voix forte.
- Non, je n'en ai pas envie.
- Mais allez !
- Tu es bien dehors, je trouve. »

Elle a appuyé son menton contre ses bras, un rictus moqueur aux lèvres ; de toute façon, il ne peut pas rentrer si personne ne l'aide.

« Erza, c'est injuste. »

Un rire franchit ses lèvres puis elle se redresse, main contre sa fenêtre.

« Bonne soirée. »

Elle la referme, partant ensuite vers son canapé avec satisfaction. Ses paupières chutent et elle profite entièrement de la musique qu'elle a mis. Puis, quelques minutes plus tard, quelqu'un sonne à sa porte et elle y va, en traînant des pieds, parce qu'elle sait déjà qui c'est.

« Et maintenant, tu me laisses entrer ?
- Comment tu as fait ?
- Pour ? Ah ! Une femme très serviable m'a aidé. »

La rouquine croise les bras en s'appuyant contre l'entrée.

« Va la voir alors, elle doit t'attendre.

- Je lui ai demandé de me faire entrer dans la résidence, pas dans son vagin.
- Propre. »

Gerald s'incline, mimant une révérence, la faisant éclater de rire.

« Gentleman à votre disposition, Milady. »

Essuyant une petite larme d'amusement au coin de son oeil, elle lui permet de faire un pas chez elle, refermant derrière lui lorsqu'il finit par s'avancer dans son petit salon, une fois ses chaussures retirées.

« J'ai apporté du vin. »

Et, vu la bouteille, pas n'importe quel vin. Elle observe attentivement la bouteille qu'il a posée sur la table-basse puis glisse ses yeux sur son sac, dans lequel il trifouille.

« Qu'est-ce que tu cherches ?
- Ça ! »

La paire de menottes qu'il tient avec une certaine fierté manque de la faire rire ; il ne peut pas être sérieux, si ?

« Pourquoi tu as ramené ça ?
- Bah. Pour pimenter la soirée !
- Je ne crois pas non.
- Tu es une rabat-joie, Erza. »

L'alcool est bon et se boit rapidement, comme les autres bouteilles qu'elle a ensuite apportées, avec de quoi manger. Gerald parle beaucoup ce soir mais semble toujours retenir quelque chose qui le travaille ; elle ne le force pas, préférant qu'il fasse le premier pas s'il désire se confier. Puis, peu à peu, il s'endort sur le canapé, lui exposant clairement le fait qu'il va dormir ici ce soir.

La rouquine mordille sa lèvre, étudiant attentivement les traits détendus de son ami qui inspire et expire dans un rythme régulier. Ils se sont installés par terre, s'appuyant juste contre le canapé, laissant à la demoiselle la possibilité de couvrir ses arrières ; il peut dormir ici mais pas sans une certaine sécurité.

Donc les menottes vont servir.

Et sa table-basse également.

Gerald bat des cils quand elle a fini d'attacher sa cheville.

« Mais-
- Pas de "mais". Je te connais. »

Elle jette sur lui une couverture, résistant facilement devant ses yeux de chiot.

« Bonne nuit. »