Réponses aux reviews (Ally et Gody) :
Flèche d'Argent (Ally) :
Ma petite fléchouille en inox ! Tu es là, on t'attendait et on avait envie de te faire un câlin quand on a lu.
C'est bien que tu ais changé d'avis pour Simon. Toute ton analyse nous a fait super plaisir et nous motive à écrire.
Pour répondre à ta question, oui, Ultia et Meldy sont lesbiennes.
Pour une raison obscure, tu es l'un des rares à avoir compris que Gerald est en tord et à ne pas prendre sa défense. Il est assez ironique que les deux seuls garçons qui commentent prennent le partie de la femme.
On espère que ce chapitre va te plaire et on a hâte de voir ta review. :)
Guestforlife (Gody) :
On publiera généralement aux alentours du weekend.
Des péripéties, oui, il y en aura et même beaucoup ! Sinon ce n'est pas drôle. En soit, oui, la relation entre eux est un peu ambiguë ; ils sont mutuellement attirés mais l'étiquette qu'Erza a attribué à Gerald permet de mettre un statut sur la situation. On va dire que c'est une façon de garder le contrôle.
Je te rassure, la mort de Wendy n'est pas une conspiration machiavélique ; elle est vraiment morte à cause de ses médicaments contre l'épilepsie.
Merci pour ton soutien et bonne lecture ! :)
Catly (Gody) :
J'aime ton analyse. Oui, Gerald est un idiot possessif qui se sent perdu, au final. Je suis ravie que ma note t'ait permis de voir Simon autrement. Au niveau des chapitres, on en fera au moins une soixantaine.
Bonne lecture. :)
GerzaForever (Gody) :
Ah, Wattpad, oui, c'est un univers spécial haha. En tout cas, nous sommes ravies que l'histoire te plaise. Et je te conseille vivement d'aller lire les histoires d'Ally ! Tu devrais aussi y laisser des commentaires pour l'encourager !
J'espère que ce chapitre te plaira, bonne lecture. :)
Châton Suprême (Ally) :
Mon chaton est de retour !
Ta review nous a fait mourir de rire (on était pas préparée) et tous tes compliments nous ont vraiment faits chaud au coeur.
Pour répondre à tes questions :
- Oui, Gerald et Luxus se connaissent. Ils ne sont juste pas forcément potes. En général, Gerald fait profil bas et n'est pas du genre à montrer sa fortune à tout le monde. Il est évident que, lorsqu'on est connecté à ce genre de milieu, on fréquente des gens pas forcément super fréquentables.
- Gerald n'est pas encore amoureux d'Erza, il l'aime beaucoup, elle lui plait beaucoup mais il n'est pas amoureux. Donc oui, tu pourrais dire que c'est un début.
- Erza a eu une vie, avant d'arriver chez la Draer, pas très stable et certaines choses continuent de la hanter en rêve. Mais de quoi s'agit-il ?
- Elle est avec lui par confort et parce qu'elle l'aime bien.
- « Serait-ce une dédicace de Gody pour la magnifique Ally ? » Nooooooon…
- Oui il sait qu'elle lui a menti parce que Gégé sait comment est Simon au lit.
- Peut-être qu'il y aura un passage à la piscine. Peut-être.
- Pourquoi il a changé de comportement ; il s'est senti blessé, il avait besoin de prendre un peu de distance parce qu'il ne court pas après les filles en couple, sauf qu'il s'y prend comme un couillon.
(Cette pique avec les nuages de fumée est déloyale)
- Pour répondre à ta question, oui, Ultia et Meldy sont lesbiennes et en couple. Contentes que cette idée te plaise. :)
Outre que le fait que ta review a cassé le site pendant trois jours, on l'a adorée et si tu veux en faire d'autres aussi longues ou plus, c'est avec plaisir.
En espérant, petit chaton, que cette lecture te sera plus agréable que la précédente et que tu ronronneras fort.
Lilo (Gody) :
Pourquoi trouves-tu Simon « insipide, chiant, nul » et, en prime, sans « aucun caractère » ? Parce qu'il est gentil ? Et que, contrairement à Gerald, ne couche pas à droite à gauche ? En sachant que, pour le moment, Simon n'a pas été mis dans une quelconque position où il dit amen à tout ce que lui demande Erza. Il faut m'expliquer, parce que j'aimerais comprendre correctement ton point de vue sur ce personnage. :)
Le coup de poing trop dur ? Pourquoi ? Comment aurais-tu réagi si l'un de tes ami(e)s, que tu apprécies énormément, caractérise votre relation de « passe-temps » parce qu'il ou elle est contrarié(e) ? La violence d'Erza est peut-être extrême, mais la rouquine possède un caractère explosif (cf : on peut le voir avec Luxus). Même si Gerald est en deuil, il n'est pas obligatoire que le manque de respect quant à son amitié avec Erza soit présent.
Concernant la partie de la « dragouille ». Comme dit précédemment, Gerald flânait à gauche et à droite même alors qu'il fréquentait Erza ; donc, oui, il essayait de la charmer mais, en sachant ce que fais ton ami(e) avec d'autres personnes, est-ce que toi tu serais apte à envisager quoique ce soit avec lui/elle ? Il y avait peut-être un jeu de séduction entre eux deux mais franchir le pas avec ce type de personnes, qui, soyons franches, ne respire pas la stabilité, ce n'est pas vraiment ce qu'il y a de mieux.
Les relations humaines sont complexes. Dans tous les cas, dans cette histoire, les personnages mûrissent peu à peu et apprennent à se connaitre ; il faut bien prendre en compte que ça fait un mois que Gerald et Erza se connaissent et, qu'avec ça, Gerald a été absent durant pratiquement deux semaines sans donner aucune nouvelle.
Je crois que j'ai dit à peu près tout ce que je voulais te répondre, donc je te souhaite une bonne lecture. :)
Luna (Gody) :
Pourquoi trouves-tu qu'Erza est trop dure avec Gerald ? À cause du coup de poing ? Si c'est le cas, je t'invite à lire la réponse que j'ai adressé à Lilo. :)
Macy (Gody) :
Pourtant Simon n'a pas encore une seule fois dit « amen à tout » à notre rouquine. Pour le moment, il n'y a eu que de brefs moments entre eux deux, alors c'est comme partir avec une fausse image de lui.
Si le chapitre t'as laissé ce goût là, alors c'est qu'on a réussi notre coup !
Simon ne doit pas tenir le rôle des attentions, non. Les relations sont différentes. Et, d'ailleurs, une amitié, ce n'est pas juste être là et accepter toute les phrases dures de l'autre et être d'accord, même si ce dernier a perdu un proche. Ça n'excuse pas mais c'est un facteur qui influence les émotions, oui. Sauf qu'il y a des limites, qu'Erza aussi à des sentiments et que se faire marcher sur les pieds alors qu'elle a passé une fin de journée à le consoler, c'est moyen.
En soit, la réaction de Gerald est aussi disproportionnée ; il n'accepte pas qu'Erza puisse entretenir une relation amoureuse et le lui fait sentir en étant dur et, à la fin du chapitre, pratiquement irrespectueux vis-à-vis de ce qu'ils ont construit.
On aime Ultia et Meldy, haha. Et on les verra souvent !
Bonne lecture. :)
Rivaillacanail (Gody) :
Oui, Eileen avait une classe incontestable et sa mort m'a aussi laissée un sale goût dans la bouche. Dommage que tu ne puisses pas en lire du fandom anglais, parce qu'il y en a certaines qui sont vraiment chouettes !
Merci pour ton soutien ! (et peut-être qu'Ally va publier un jour).
Bonne lecture. :)
GueGuest (Ally) :
Oui, c'est bien moi. Je ne suis pas morte. Et à moitié en service.
Xxx (Gody) :
Et bien, "gros nounours" est une catégorie au final flatteuse pour Simon parce que, après tout, Gerald n'est pas mieux si on regarde bien ! Ally et moi, on s'est vraiment éclatée en écrivant le passage avec Ultia et Meldy. C'est rafraichissant et ça change.
Pas que la rouquine soit sourde mais, avec le temps, ce genre de remarques finit par te passer au dessus de la tête. Qui n'a jamais vécu des taquineries de la sorte, au moins une fois dans sa vie ?
Très bonne lecture !
G (Gody) :
Moh, il y en a eut de la douceur, plus d'une fois ! Sauf que ce n'est pas encore celle que vous, lectrices et lecteurs, attendaient depuis le début haha. Mais elle finira pas arriver, lentement mais sûrement.
Non malheureusement, la frustration sexuelle n'a rein à voir là-dedans ; personne n'aimerait qu'un(e) ami(e) rabaisse à ce point-là une relation. Les mots qu'il a choisi étaient maladroits et blessants (et comme dit pour les autres réponses, on ne justifie pas la violence d'Erza mais, depuis le début, la rouquine a un tempérament impulsif (cf : la bouteille d'eau qu'elle a renversé sur sa tête)).
Bonne lecture. :)
Disclaimer : Fairy Tail ne nous appartient pas.
Rating : T
JOUR 51 : chiot perdu
La première fois qu'il la voit, aujourd'hui, c'est dans le tram. Elle est calée dans un coin, avec ses écouteurs et un livre entre les mains. Son visage n'exprime rien, sauf peut-être de l'agacement quand elle relève la tête et croise son regard. Ils n'échangent aucun mot et sa tentative pour la rattraper est soldée par une vive douleur aux genoux et aux paumes ; il a trébuché en sortant du transport, tombant lourdement par terre avec une grimace.
Erza ne l'a pas attendu. Elle est partie sans même se retourner et ça lui tord le ventre, ça l'angoisse, ça le rend dingue.
Il se relève en soupirant, ramasse son téléphone qui s'est échappé de la poche de sa veste en cuir, puis observe l'état de sa main droite qui le picote ; du sang s'échappe lentement d'une plaie. Ça lui apprendra à ne pas regarder où il met les pieds. En attendant, il est deux heures en avance à l'université pour une seule raison, et cette dernière est partie sans demander son reste.
Ses baskets écrasent les feuilles aux multiples nuances de rouge collées par terre, par la pluie. Les dalles luisent encore de l'averse et la faible lumière des lampadaires donne une teinte jaunâtre au campus. Le soleil n'a pas encore pointé le bout de son nez et il se demande toujours pourquoi Erza perd son temps à traîner ici.
La deuxième fois qu'il la voit, elle est assise dans le patio du bâtiment. Ce n'est pas la seule, il y a deux autres filles qui gloussent en se racontant leurs dernières aventures. Gerald s'avance doucement vers la rouquine qui a le nez plongé dans un manuel de révisions cette fois-ci. Un tas de post-it ornent la page et il rêve juste de se mettre à côté d'elle et de l'aider, comme avant, comme ils l'ont toujours fait.
Il se racle un peu la gorge, levant presque timidement la main pour gentiment tapoter son épaule ; Erza s'écarte vivement, relevant la tête. Ses yeux d'ambre lui paraissent durs et froids et il se fige, incapable d'autre chose, jusqu'à ce que deux mains le tirent soudainement en arrière. Il écarquille les yeux, observant silencieusement les deux étudiantes d'avant qui commencent à lui expliquer qu'ils se sont vus à la soirée de vendredi.
Erza lève un sourcil, un lourd air accusateur dessiné sur son beau visage. Il gémit intérieurement parce qu'il sait pertinemment que ce n'est pas un détail qui va jouer en sa faveur pour rattraper sa bourde mais également son incapacité à s'excuser plus tôt.
Son coeur s'emballe en entendant son amie ranger ses affaires et il s'apprête à vivement protester ; elle ne lui en laisse pas l'occasion, une fois encore, s'en allant ailleurs tout en serrant plus que fermement les sangles de son sac. Les jacassements à ses oreilles sont une horrible dissonance, le rendant de plus en plus mal à l'aise, accentuant son sentiment d'oppression.
Gerald grogne, devenant de plus en plus tendu ; il n'apprécie pas de se sentir vulnérable. Sa voix est rauque de colère et il crache presque les mots, tant il désire s'éloigner de ces pimbêches.
« Lâchez-moi, je vous connais pas. »
Le seul bruit qui résonne suite à ça, ce n'est pas celui d'une nouvelle discussion, non, c'est celui des deux gifles qu'il vient de se prendre, gratuitement.
Il ferme les yeux, les poings tellement serrés que ses phalanges en ont blanchi. Une inspiration, une expiration, puis une nouvelle longue inspiration, très longue, et lente. Il en a besoin. Vraiment besoin. Quand ses paupières s'ouvrent, il fusille du regard les deux étudiantes et elles ne s'attardent pas, bredouillant un semblant d'excuses en prenant leurs babioles qui trainent sur l'une des tables.
La journée commence à peine qu'il en a déjà marre et qu'il rêve de tabasser le premier type qui le regardera de travers ; son père a pourtant essayé de canaliser ses pulsions, un pari réussi jusque là grâce aux différents sports qu'il a pratiqués et les connaissances que son paternel lui a inculquées, mais, maintenant, depuis le décès de Wendy, un fil s'est coupé. Actuellement, il est tout comme une boule de nerfs, une bombe à retardement.
Et le mutisme d'Erza ne l'aide pas à contrôler ses émotions.
Gerald souffle doucement en sortant son portefeuille, planté devant une machine ; un café n'est surtout pas la solution mais il en a besoin pour ne pas s'endormir. Les nuits sont courtes. Trop courtes. Et il peut rêver pour espérer goûter à nouveau au confort et à la sécurité des bras de sa rouquine. Ça lui apprendra à avoir accepté qu'une fille, hormis Wendy, dorme dans son lit.
Vu l'heure, le cours de son amie ne va plus tarder et c'est peut-être l'occasion de s'expliquer, même brièvement. Assez pour lui dire qu'il est désolé. Au moins ça. Il jette le gobelet après avoir fini son expresso puis marche à grands pas dans le couloir qui le mènera forcément à la demoiselle. Et, effectivement, c'est le cas, parce qu'il finit en face d'elle, à un mètre tout au plus.
La troisième fois qu'il la voit, elle a remis ses écouteurs et son regard noir le retourne toujours autant. Il le sent parfaitement qu'elle n'a aucune envie de lui parler, ni même de passer du temps en sa compagnie mais il demande uniquement quelques secondes, juste ce qu'il faut pour dire « pardon » et tourner la page. Parce qu'ils ne vont pas rester éternellement comme ça, pas vrai ?
« Hey, Erza, je- »
Mais bien sûr qu'elle ne le laisse pas dire un mot de plus. Elle préfère réduire la distance entre eux et fracasser son épaule contre son bras, faisant ainsi glisser la sangle dessus et permettre à son sac de lourdement tomber par terre, avec les restes de son coeur déjà éparpillés à ses pieds ; autant faire les choses correctement.
La porte de l'amphithéâtre se referme sous le nez des autres étudiants qui l'observent avec un air intrigué, presque désolé pour certains. L'envie de hurler remonte dans sa gorge mais il l'ignore. À la place, comme avant, Gerald inspire. Très longuement. Très lentement. C'est un grand garçon, il peut surmonter ça sans tout casser.
Donc il part vers le bâtiment de son domaine d'étude, ignorant à quel point il a l'impression de se déchirer à chaque pas. Comme d'habitude, il vérifie ses messages pour voir si elle va lui répondre ; et, par la même occasion, redécouvrir tout ce qu'il lui a écrit avec un profond désespoir, jusqu'à qu'il ne soit plus en mesure de le faire.
La salle est à peine remplie quand il rentre dedans. Il ne perd pas un instant pour s'installer au milieu et au fond, ayant une vue globale de ce qui l'entoure depuis son perchoir. Gerald sort un cahier et un crayon de son sac, en sachant pertinemment qu'il ne va quasiment rien noter. Il s'appuie contre le dossier de la chaise, yeux fermés, écoutant distraitement les bruits autour de lui. Ce n'est pas apaisant mais ça le distrait de ses pensées chaotiques.
Quelqu'un vient brusquement le tirer de sa tranquillité avec une pichenette droit sur sa tempe gauche ; il ouvre les yeux, prêt à envoyer bouler le coupable avant de finalement s'abstenir quand il croise deux orbes noirs et profonds.
Ultia prend la place à côté de lui avec un sourire satisfait dessiné sur ses lèvres roses. Pas de couleur sombre aujourd'hui, signe qu'elle se sent d'une humeur joviale et ça, c'est rare en ce moment. Elle pose son sac à main sur la table et retire son manteau crème, avec de la fausse fourrure au niveau du col. L'odeur subtile qui se dégage d'elle est quelque chose de rassurant pour lui, ayant connu cette jeune femme depuis sa tendre enfance.
« C'est quoi cet air de chiot sur ton visage ? »
Il pousse un soupir, un de plus qui s'ajoute à sa longue liste d'exaspérations ; ce n'est pas qu'il n'apprécie pas sa tentative de discussion, mais uniquement le surnom dont elle vient de l'affubler. Gerald la regarde rassembler sa longue chevelure d'un noir de jais sur un côté de son cou. Ils sont brillants, soyeux, beaux. Elle a toujours été assez coquette, mine de rien, mais elle cache son jeu. Ce n'est pas une poupée sans défense, bien au contraire ; il est même quasiment certain qu'elle a tous les antécédents des personnes présentes dans la salle.
« Qu'est-ce que tu fais ici ?, demande-t-il finalement en reportant son attention vers le tableau vierge. Ce n'est pas l'aile du droit ici.
- Je m'ennuie. Et puis, tu as l'air d'avoir besoin de compagnie. »
Les ongles parfaitement manucurés de la demoiselle tambourinent sur le bois du long bureau. L'amphithéâtre est en train de se remplir peu à peu, signe que le cours va très bientôt débuter.
« Je ne pense pas que ce soit très intéressant pour toi d'être là. »
Haussant doucement les épaules, Ultia se penche un peu plus vers lui. Son haut offre un généreux décolleté qui ôterait la raison à plus d'un garçon présent ici ; sauf lui, parce qu'il n'est pas dupe et qu'il la connait.
« Tu sembles bien triste.
- Et ça t'étonne ?
- Ne fais pas ton sarcastique avec moi, Gerald. »
Le concerné ne répond pas tout de suite. À la place, il se saisit de son stylo pour le faire habilement tourner entre ses doigts ; penser à toutes ces choses l'amènent trop rapidement vers une crise d'angoisse et il refuse de retomber dans ce cercle vicieux. La mort de sa mère, petit, lui a fait découvrir cet univers et il n'a réellement aucune envie d'y retomber, pas maintenant. Il ne peut pas compter sur le cours qui est en train de commencer, parce que la simplicité du programme lui donne plus une crise d'urticaire qu'un échappatoire.
Dans tous les cas, Ultia ne s'en ira pas sans une brève discussion sur ses tracas.
« Erza refuse de me parler. »
Son marmonnement ressemble à un long grognement. Pourtant, son amie semble le comprendre puisque le coin de ses lèvres se met à frémir ; elle sait déjà ce qu'il se passe. En même temps, toutes les personnes qui ont été présentes dans le bar la dernière fois sont au courant de son actuelle situation. Ce n'est pas très dur.
« Je trouve qu'elle a un joli crochet du droit. »
Gerald contracte un peu sa mâchoire.
Peut-être qu'il a été trop loin ce jour-là. C'est possible. Mais qu'est-ce qu'elle espérait, aussi ? Qu'il soit heureux et épanoui après un décès et un rejet ? Il reste humain et, en prime, très arrogant et fier. Alors non, il ne va pas jouer les hommes câlins, attentionnés, mielleux, alors qu'il se sent rejeté.
« Si tu le dis, répond-il dans un souffle, ça n'a pas d'importance. »
Il ouvre son cahier pour y inscrire la date du jour ; même si le cours ne l'intéresse pas, il reste organisé. Quelques notes suffiront. Le regard insistant d'Ultia le transperce, signe qu'elle n'en a pas fini. Donc l'étudiant tourne la tête, agacé.
« Quoi ?
- Tu vas laisser les choses en plan comme ça ? »
Son stylo finit entre le creux des pages.
« Ça s'arrangera tout seul. »
Ça, c'est son côté têtu qui parle. Et peut-être autre chose aussi.
« Permets-moi d'en douter. »
La jeune femme croise les jambes, faisant remonter sa jupe noire le long de ses cuisses pâles. Elle dégage une certaine assurance et ça peut être intimidant. Les Milkovich sont connus pour leur ténacité.
« En plus, tu sais pertinemment que non. Tu t'es excusé au moins ? »
Il inspire ; il aimerait mais toutes ses tentatives sont soldées par un profond mutisme, accompagné d'un certain dédain et de colère. Ça, c'est quand Erza ne l'ignore pas.
« Elle ne me laisse pas en placer une. »
Ultia glousse, comme amusée par sa réponse.
« Alors tu comptais vraiment t'excuser ? Wow. Et bien. Ça, c'est une première. »
Bien évidemment que, triste ou déprimé ou quoique ce soit d'autre, elle ne manquerait pas l'occasion de lui lancer une pique. Une passion, pour elle. À force, il s'y est habitué. Gerald la regarde du coin de l'oeil ; elle fait mine de consulter l'heure sur sa toute nouvelle montre.
« Tu lui as envoyé des messages ?
- Elle m'a bloqué, soupire-t-il, alors ça ne sert à rien. »
Et il est toujours choqué par cette action. Le souvenir est encore vivace dans son esprit.
« Tu es allé chez elle ?
- Ultia. Elle m'ignore, me bloque. La prochaine étape, c'est sans doute d'appeler les flics pour harcèlement si je me pointe là-bas. »
Elle enroule lentement une mèche autour de son index.
« Et avec un fraisier ?
- Comment tu sais que-
- Quand tu bois, le coupe-t-elle en prenant soin d'articuler chaque mot, tu parles beaucoup. Et surtout d'Erza. »
Bien... C'est gênant, d'une certaine façon. Il se sent encore plus pathétique maintenant. Comme accroché à la jambe d'une femme qui ne le remarque même pas.
Gerald frotte sa nuque, touchant par la même occasion les mèches bleues qui l'effleurent ; peut-être qu'un tour chez le coiffeur ne lui ferait pas de mal. Rafraîchir un peu tout ça.
« Si elle ne veut pas me voir, je ne vais pas insister. Qu'elle reste avec son merveilleux petit-ami qui la comble tellement qu'elle en est heureuse. »
Une vive douleur remonte de son pied et il retient un cri, se redressant prestement face à l'attaque de la demoiselle. Son talon aiguille s'est enfoncé dans le bout de sa basket et, bon sang, ça fait un mal de chien ! Il sait qu'elle prend plaisir à martyriser les hommes avec l'arme dangereuse qui lui sert de chaussure. Ultia ne rate jamais une occasion de s'en vanter, tant qu'il a arrêté de compter le nombre de personnes qu'elle a embroché avec ses foutus talons ! Il grogne et se retient de se pencher pour frotter et apaiser sa souffrance, se contentant simplement de la fusiller du regard.
« Il y a une nouvelle pâtisserie qui a ouvert et Erza veut y aller. Sauf qu'elle n'a pas le temps, à cause des cours, des révisions, de Simon.
- Mais-
- Alors tu vas bouger ton petit cul d'hétéro, le coupe-t-elle une nouvelle fois en appuyant son index sur ses lèvres, et lui acheter son fraisier, parce que tu es un formidable ami qui veut se faire pardonner. D'accord ? »
C'est une question réthorique.
Ça crève les yeux.
Et il hoche la tête.
Parce que c'est de sa faute tout ça.
Donc voilà pourquoi il se retrouve devant ladite boulangerie, le nez rouge par le froid, parce qu'elle est toute récente et déjà très connue, vu la queue pour y accéder. Gerald souffle sur ses mains avant de les remettre dans les poches de sa veste, sautillant presque sur place pour chasser le froid qui l'engourdit ; cet automne va être rude.
Quand il entre enfin dans l'établissement, c'est avec un véritable sourire satisfait. La chaleur l'accueille et il prend son temps pour choisir, même s'il a déjà repéré le fraisier. Il peut aussi s'acheter un petit quelque chose pour lui, ça fait longtemps qu'il n'a pas goûté à une bonne pâtisserie. Quelques personnes s'impatientent derrière lui et il estime avoir assez embêter les prochains clients.
Sa carte bancaire s'appuie sur l'écran du TPE puis il récupère le sachet contenant le fruit de son pardon. De sa main non occupée, Gerald consulte l'heure ; quinze heures trente, le timing parfait pour un bon goûter. La rouquine n'a jamais cours l'après-midi, aujourd'hui, donc c'est l'occasion rêvée. Ultia lui a bien fait comprendre que la cible n'a rien prévu et qu'elle sera dans son appartement.
Le chemin n'est pas long avec le tram et il est bien heureux de tomber sur une âme charitable qui lui permet de rentrer. Ses pas ont l'air de résonner dans le couloir et son coeur bat vite et fort. C'est bien la première fois qu'il stresse à l'idée de toquer à sa porte, tant qu'il reste d'abord stoïque devant. Le jeune homme secoue sa main pour chasser le tremblement, serre le poing, se lance.
La quatrième fois qu'il la voit aujourd'hui, Erza est en pyjama. Du moins, elle est habillée avec un long et ample sweat-shirt qui n'est pas le sien, ni à elle. Son sang ne fait qu'un tour mais Gerald essaie d'esquisser un gentil sourire, tout en lui montrant le sachet de la boulangerie.
« Je me suis dit que… que ça te ferait plaisir. »
La rouquine ne dit rien ; c'est son regard qui parle pour elle. Il brille un peu, mais brièvement, parce qu'elle remonte ses yeux vers les yeux. Elle ne dit rien quand elle prend ce qu'il tient. Et lui, il n'a pas le temps de prononcer l'ombre d'une excuse parce qu'elle lui ferme la porte au nez.
Gerald soupire.
Retoque.
Attend.
Sauf que là, ce n'est pas une charmante demoiselle qui lui ouvre, non. C'est Simon. Avec les sourcils froncés et un semblant d'air intimidant plâtré sur son visage.
« Tu veux quoi ? »
Oh, trois fois rien ; juste sa copine, celle qu'il n'est pas fichu de satisfaire.
« Pas voir ta tête en tout cas. »
Le brun s'apprête à répliquer quelque chose mais il ne lui en laisse pas l'occasion, tournant les talons pour partir vers le bar le plus proche. En trouver un n'est pas compliqué, vu que Crocus est une grande ville qui accueille beaucoup d'étudiants et de nouvelles entreprises. Il y a de quoi passer de bonne soirée ici.
Mais, là, Gerald a une toute autre optique vis-à-vis de la boisson ; noyer sa colère, sa tristesse et son désespoir, le tout avec un soupçon d'angoisse. Il s'est installé au bout du comptoir pour avoir sa tranquillité, juste après avoir envoyé un message à Ultia pour lui signaler sa présence dans ce merveilleux endroit. Son portable retourne dans sa poche et sa gorge brûle sous le feu du rhum.
Les verres s'enchaînent et il perd le compte, en plus de sa notion du temps. Quand son amie arrive, il a la joue appuyée sur le bar et le téléphone posé près de son nez ; son index caresse l'écran dans l'espoir de le voir s'allumer avec un message d'une magnifique et parfaite rouquine.
Quel abruti il a été, franchement. Pourquoi lui parler comme ça ? Il aurait pu juste dire qu'il n'était pas d'humeur, qu'il avait besoin de temps. Plein d'autres trucs qui ne le font pas passer pour le plus gros des connards sur la planète entière.
« Je suis tellement con, souffle-t-il en louchant sur la bouteille d'alcool.
- Oui, tu l'es, approuve Ultia en se servant.
- Merci de me soutenir, marmonne-t-il en finissant son verre cul sec.
- Toujours dans tes grandes idées, très cher ! »
Un râle plaintif s'échappe de sa gorge quand il s'avachie lamentablement sur le comptoir.
« Je suis un con...
- Tu l'as déjà dit.
- Qu'est-ce que je suis censé faire maintenant… »
Son gémissement fait rouler des yeux l'étudiante en droit. Elle prend une petite gorgée de la boisson puis pioche dans le ramequin de cacahouètes.
« Je suis un déchet.
- Au moins tu es un déchet qui a le mérite d'être mignon. »
Gerald se redresse en posant ses mains sur le bords du meuble. Ses cheveux sont bien plus en pagaille que d'habitude mais ça, c'est parce qu'il a la fâcheuse tendance à furieusement les ébouriffer quand un événement se passe de travers.
« Tu me trouves mignon ?, demande-t-il avec un petit sourire.
- Tu un as une tête de chiot perdu. Tout le monde veut un chiot. Donc ça ira pour toi.
- Je ne sais pas comment je dois le prendre…
- Comme un chiot avec une pancarte sur laquelle est écrit « Erza, adopte-moi ! »
- Ça fait pas… un peu désespéré ? »
Elle hausse un sourcil en faisant tourner le liquide ambré dans son verre.
« Pas plus que tu ne l'es actuellement. »
Un autre gémissement et il frappe encore son front sur le comptoir.
« Je suis un déchet…, répète-t-il.
- Non, un chiot, le corrige Ultia en souriant.
- Bah je suis un chiot rejeté. »
La bouteille est maintenant vide, parce qu'il vient de boire au goulot malgré les protestations assez furieuses de la demoiselle. Elle frappe son épaule et il grogne de douleur, l'estomac en vrac et la tête qui tourne.
« Je comprends pas pourquoi elle a choisi ce mec, marmonne-t-il.
- Simon ? Peut-être parce qu'il est plus stable que toi et qu'il ne court pas après les filles.
- Mais je suis fidèle !
- Ça, elle n'en sait rien. Ce n'est pas comme si tu avais arrêté de coucher pendant que tu lui tournais autour. »
Une poignée de cacahouètes finit dans sa bouche et il la mastique lentement, son regard vide braqué sur le visage en porcelaine de la future avocate.
« Elle mérite quelqu'un qui s'occupe bien d'elle, dans tous les domaines.
- Oh et tu es l'homme de la situation, c'est ça ?, s'amuse Ultia en faisant signe au barman.
- Oui. Au moins je la comblerais au lit. »
Erza mérite d'être emmenée au septième ciel et c'est une honte que ce Simon ne soit pas fichu de lui procurer une once de plaisir ! Il sait y faire, lui. Il la ferait gémir et crier, encore et encore. Il la ferait supplier. Il peut imaginer sa voix se briser en prononçant son nom, dans toutes les intonations possibles. Il peut très bien imaginer ses cuisses crémeuses et fermes, galbées, posées sur ses épaules ou vigoureusement enserrer sa taille. Son goût doit être délicieux, aussi. Oh, comme il aimerait la faire jouir avec sa langue pour mieux la savourer... Qu'est-ce qui serait plus agréable ? La laisser tremblante et immobile grâce à sa bouche ? Ou bien pousser en elle tout en admirant ses expressions de plaisir orner son visage jusqu'à épuisement total ? Erza est une femme incroyable à consommer sans modération, et c'est ce qu'il veut pour la nuit entière.
« Qu'on soit clair : si tu te mets à bander, je me casse. »
Oups… il s'est encore emballé.
Ultia plisse un peu les yeux. Lui baisse les siens sur son entrejambe pour vérifier son état, puis relève le menton.
« R.A.S. »
Son portable vibre soudainement mais il ne réagit pas ; ce n'est pas intéressant, juste une notification de vidéo, sans aucun doute. Personne veut d'un chiot comme lui.
Une nouvelle bouteille se pose devant eux et son regard pétille. Oh, comme il va regretter tout cet alcool très bientôt.
« Tu ne regardes pas ?
- Pour quoi faire ?
- C'est peut-être Erza.
- Elle m'a bloqué. »
Trop occupé à servir les verres, Gerald ne proteste pas quand la jeune femme s'empare de son téléphone ; il n'a rien à lui cacher.
« C'est quoi, alors ?, se renseigne-t-il en grignotant encore des cacahouètes.
- Erza. »
Une passe en travers de sa gorge et le fait tousser. Il avale le reste de son verre puis reprend rapidement son portable, manquant de le faire tomber. Son coeur bat bien trop vite que ça lui fait presque mal et l'excitation coule dans ses veines.
Le message est assez court ; elle lui demande de ramener sa tête de chiot au cinéma pour vingt-et-une heures. Ce n'est pas une proposition. C'est juste une chance de se rattraper et c'est à lui de la saisir. En ayant accessoirement dessaoulé un minimum.
Ultia rit doucement devant son expression comblée.
« Tu sais quoi ? Pour une fois, tu as raison. »
Cette fois-ci étonnée, l'étudiante penche la tête.
« On voit que tu es bourré… en quoi j'ai raison ? »
Son sourire s'agrandit.
« Je suis un chiot. »
