Réponses aux reviews (Gody et Ally) :

jFANGIRLd (Gody) : On est teeeeellement ravie que la scène de torture soit si bien accueillie ! Parce qu'on s'est bien éclatée à l'écrire (drôle de chose à dire...). On apprécie énormément tes compliments, ça fait chaud au cœur c: on espère que ce chapitre va également te plaire, alors bonne lecture et à bientôt !

Flèche d'Argent (Ally) : Tu as toujours un estomac de fragile jeune fléchette. C'est extrêmement amusant. Toi qui est un si grand fan d'Eileen, nous sommes heureuses de voir qu'elle a relevé tes attentes (si ce n'est surpassé ?). C'est une sexy bad bitch dans l'âme après tout. Avec nous les parents respirent la classe. C'est important après tout. Il faut qu'ils pèsent dans le game ! En espérant que ce chapitre plus détente fera du bien à ton estomac. Bonne lecture !

YUMY (Ally) : Thank you for your review, it's good to know that you see these characters as badass and charismatic as we imagine them. The real show will start later. Hope you'll enjoy as well this chapter !

Mayaserina (Gody) : Oh oui, Eileen en tient un bon bout niveau violence... et, on peut dire ça, oui. Dans cette histoire, elle remplit pleinement son rôle de mère. Et ça va donner des choses très très intéressantes c: promis, les prochaines surprises ne vont pas de suite rivaliser avec la violence dont elle a fait preuve ! XD

Pepa (Ally) : Natasha c'est une gentille à coté d'Eileen... On voulait une femme qui en impose et qui intimide. Pari réussi manifestement et c'est un vrai plaisir. Malheureusement... Les actions vont attendre encore (oui on est des sadiques et on vous fait tous poireauter. La fanfic s'appelle pas Buttersweet pour rien u.u). En espérant que ce petit moment plus... détente, disons, te plaira aussi !

Guest (Gody) : On est contente de réussir à surprendre ! C'est bien l'un des buts de cette histoire qui ne fait que commencer... je te laisse en découvrir davantage ! Bonne lecture et merci pour ton commentaire !

Sarah70801 (Gody) : Merci d'aimer le style de l'histoire ! C'est vraiment un plaisir de l'écrire avec Alisha et, niveau sadisme, ça ne pouvait qu'atteindre ce stade qu'en ayant une collaboration avec elle héhé.


Disclaimer : Fairy Tail ne nous appartient pas.


Raiting : T


JOUR 114 : choisir sa vie de famille


Les murs tremblent et le cadre accroché tout contre vacille légèrement. Erza inspire et ramène ses genoux contre sa poitrine, en s'enfonçant un peu plus entre les coussins. Les bruits étouffés, qui viennent de la pièce d'à côté, la font frémir de peur. Il y a des choses qui cognent les cloisons. Elle ne sait pas ce que c'est, et elle ne veut pas le savoir. Pour éviter d'y prêter trop d'attention, elle saisit la télécommande pour appuyer frénétiquement sur le bouton du son. Quand le volume est assez fort, elle focalise toute son attention sur les images de son dessin-animé préféré. Des jolies fées habillées de vêtements étincelants, aux grandes ailes colorées, qui sauvent le monde avec leurs pouvoirs. Leurs cris couvrent ceux de ses parents, et la musique masque les collisions de la pièce voisine.

Elle n'a jamais aimé les disputes. C'est effrayant. Long. Stressant. Imprévisible. Pire encore ; ça n'apaise jamais son père, qui a l'air tant rempli de colère à leur égard. La chaleur et l'affection d'un cocon familial n'ont jamais existé avec lui. La frustration et son obsession du pouvoir le consument, jusqu'à ce qu'il explose. Sa mère lui a toujours répété que ce n'est grave, qu'elle doit simplement ignorer tout ça, grandir bien et en pleine forme, qu'elle se charge de le canaliser. Mais malgré toute la bonne volonté d'Eileen, il y a des choses qui sont incontrôlables, même si elle fait tout son possible pour distraire cet homme faisant office de figure paternelle.

Une porte claque, puis une deuxième, et le voilà au même endroit qu'Erza. Son père, dans sa fureur irraisonnée, la soulève du canapé et la jette par terre sans ménagements. Le choc de cette chute la fait pleurer, plus de peur que de douleur. Il ne lui a jamais fait ça. Et elle ne comprend pas quelle faute lui a valu ça. A-t-elle monté le son trop fort ? Ses pensées s'affolent face à la colère qui émane de lui. Elle cherche à s'éloigner de lui mais il la retient par la cheville. Tout devient flou à l'instant où la paume bien plus grande que ses petites mains s'abat sur sa joue. Ça brûle et ça lui arrache ses premières larmes, ce qui a le dont d'énerver un peu plus l'homme devant elle. Pourquoi est-ce qu'il la frappe ? Avoir augmenté le son de la télé est vraiment si grave ? Pourquoi ne pas simplement le lui dire ?

Erza se recroqueville dans le coin le plus éloigné, dans une vaine tentative de protéger son corps elle le peut. Ses genoux se replient contre sa poitrine, pour y cacher son visage ; ce visage qui rappelle tant à son père celui d'Eileen. Est-ce pour ça qu'il est incapable de l'aimer ? D'être une personne douce, gentille, aimante ? Elle n'a jamais reçu de geste, ou de mots affectifs de sa part. Mais là, c'est un tout autre niveau. Elle a toujours su qu'il ne l'aimait pas, malgré tous ses efforts pour n'avoir ne serait-ce qu'un sourire de sa part, mais jamais elle n'aurait pensé qu'il la détestait à ce point. Pourquoi être resté avec elles alors ? Pourquoi est-elle née, si elle n'était pas voulue ? Est-ce que la relation de ses parents n'aurait pas été mieux si elle n'avait jamais été là ? Sa mère souffrirait moins sans elle.

Les questions tournent dans sa tête et lui retournent l'estomac, tout autant que la violence dont fait preuve son père. Eileen lui a toujours promis de la protéger. Pourquoi n'est-elle pas là ? Pourquoi est-ce qu'elle ne l'entend même plus ? Erza se met en boule, sanglotante, cherchant une échappatoire dans sa tête, comprenant qu'il n'y en aurait aucun de réel… quelque chose d'agréable à penser. Sa respiration s'accélère puis se coupe quand un coup brutal s'abat directement contre son ventre.

Et brusquement, elle se redresse, haletante. Ses doigts serrent le drap qui colle un peu à sa peau et elle sent la sueur glisser le long de son dos. Avec une longue inspiration, Erza repousse ses cheveux en arrière tout en fermant les yeux ; sa paume s'attarde contre son front alors qu'elle essaie de se ressaisir. Sa dernière expiration rejoint celle de Simon, qui vient de se retourner dans le lit, en grognant dans son sommeil. Elle envie son sommeil profond et réparateur. Elle aussi, elle aimerait pouvoir dormir aussi paisiblement chaque nuit. Erza sourit à peine en se demandant si elle ne l'a pas à moitié réveillé, en s'étant mise assise aussi rapidement. Elle devrait faire plus attention, elle n'a aucune envie de l'inquiéter. Même s'il y a peu de chance qu'il ait réellement été dérangé.

Doucement, en veillant à ne pas interrompre un peu plus sa torpeur, la rouquine quitte le lit, après avoir délicatement embrassé sa tempe. Quelques mèches lui collent encore au visage, sans doute rouge à cause de son récent cauchemar. L'heure affichée sur son réveil indique qu'il est minuit passé ; même si le bonheur d'être ici coule dans ses veines, le souvenir d'une vie de famille ruinée revient toujours plus violemment à cette période de l'année. Peut-être parce que ça lui rappelle que celle actuelle est avant tout un racolage de morceaux venant de plusieurs endroits différents. Non pas qu'elle ne l'aime pas. Non, loin de là. Elle aime sa mère, son frère et son grand-père de tout son cœur. Mais elle aurait aimé que cette famille se construise pour un autre motif…

C'est d'un pas traînant, parce que malgré tout elle a vraiment sommeil, qu'Erza décide de longer le couloir. Un mince jet de lumière argentée passe par les grandes fenêtres. Les rideaux ne sont pas entièrement tirés et ça la rassure de ne pas être dans le noir complet. Elle finit par poser sa main sur une poignée de porte familière. Sous la pulpe de son pouce, elle peut sentir la gravure maladroite d'un éclair. Timidement, aussi étonnant que soit ce comportement, elle rentre dans la pièce.

Luxus ne dort pas encore, vu l'éclat bleuté qui teinte son visage alors qu'il tape quelque chose sur son ordinateur portable. Elle se doute qu'il sait qu'elle est là, même s'il n'a pas levé les yeux pour les poser sur elle. À la place, seul le coin droit de ses lèvres s'étire.

« Tu sais que c'est mauvais pour les yeux ce que tu fais ?, marmonne-t-elle en refermant derrière elle. Ne viens pas te plaindre dans quelques années. »

Son bref signe de la main lui intime de ne pas faire un autre sermon, parce que ça lui passe largement au-dessus de la tête.

« Je me demandais quand est-ce que tu allais venir. »

Il semble quand même avoir d'autres préoccupations qu'elle, puisque son regard n'a toujours pas lâché l'écran. D'ailleurs, curieuse et en oubliant à moitié son premier but, la rouquine saute sur son lit pour inspecter ce qui lui requiert autant de sérieux.

« Woh ! Qu'est-ce que tu crois faire, le piment ? C'est confidentiel !

- Si confidentiel que tu le fais dans ton lit ?, réplique Erza.

- J'aime travailler dans le confort. C'est bon pour mon dos. »

Voilà qu'il ferme d'un mouvement rapide son ordinateur portable, la privant d'une possible lecture. Déçue, elle fait la moue ; un détail qu'il ne remarque pas immédiatement, puisqu'il n'allume pas tout de suite sa lampe de chevet. Le blond pousse un soupir en roulant des yeux, mais range son ordinateur dans sa table de nuit. De toute façon, ses protestations sont vaines avec lui et ça ne risque pas de changer.

« Toujours le même problème ?, demande-t-il avec son habituel ton bourru.

- Non, je venais juste voir comment tu allais, si tu travaillais pas trop, tout ça quoi…

- Sois plus crédible que ça p'tite tête. Ton visage parle pour toi en plus. »

La concernée fronce les sourcils puis croise les bras.

« Oh, fais pas ta vexée. T'as des cernes plus creusés que les grottes dans lesquelles on se planque.

- Mais-

- Et je t'assure qu'elles sont profondes, ajoute-t-il en la coupant, avant de poursuivre plus doucement : tu continues de faire des cauchemars ? »

Erza hoche lentement la tête, après s'être un peu frotté le bras.

« Je peux dormir avec toi ? »

Sa question ne surprend pas la militaire ; depuis qu'ils sont petits, il n'a pas été rare qu'elle squatte son lit pour se sentir en sécurité et apaisée. Il a toujours pris très à cœur son rôle de grand-frère, et n'a jamais failli dans ses tâches. Donc, évidemment, il accepte sans hésiter et soulève la couette pour lui intimer de se glisser en dessous. Elle ne perd pas un instant, en soupirant quand elle remarque la chaleur qui en émane. Lorsque sa joue touche l'oreiller, le regard électrique de Luxus la transperce.

« Quoi ?, marmonne-t-elle.

- C'est quand la dernière fois que t'as eu une vraie nuit de sommeil ? Parce que, sérieux, tu fais peur. Comment Simon fait pour ne pas faire une attaque en se réveillant ? »

Sa paume claque son avant-bras et il pousse une petite plainte.

« Je sais plus trop, répond lentement l'étudiante. Peut-être… il y a un mois et demi, à peu près. Quelque chose comme ça.

- Une raison particulière ?

- Hum… j'ai dormi dans… un bon lit. »

Voilà qu'il hausse un sourcil, en croisant les bras.

« Tu peux être un peu plus précise ? »

Elle gémit et remonte légèrement la couverture, cachant son menton. Pourquoi parler de ça à cette heure-là ? Ça ne sert à rien qu'il sache la fréquence apocalyptique de son sommeil, et il ne peut rien y changer, à moins d'accepter de l'avoir comme doudou jusqu'à la fin de ses jours. Elle veut juste dormir, et cette discussion va l'en empêcher.

« Erza, insiste-t-il.

- Je vois pas ce que je peux dire en plus, bougonne-t-elle. C'était un lit particulièrement confortable et… luxueux.

- Ne me dis pas que… Fernandez ? »

Luxus passe sa main sur son visage en lâchant un soupir rempli de désespoir.

« T'as dormi avec lui ?

- C'est arrivé quelques fois. Mais c'est rien !

- En quoi c'est "rien" ? C'est normal qu'il s'accroche comme une sangsue, tu lui envoies des faux signaux !

- Pas du tout, siffle-t-elle. J'ai été parfaitement claire quant à notre relation, en plus. Dis pas n'importe quoi. On est juste amis.

- On ne me la fait pas à moi, Scarlett. »

Ses paupières se ferment pour lui montrer qu'elle aimerait vraiment dormir. Sauf qu'il n'est pas du genre à laisser tomber, non, évidemment, ce serait trop beau. Et « beau » n'est pas un mot qui va de pair avec « Luxus ».

« Il te plait, non ?

- Simon me plait.

- C'est pas ma question. Je te demande si Gerald te plait, passi Simon te plait. »

Elle grogne et rouvre les yeux pour le fixer à son tour.

« Tu sais, c'est pas parce que je dors dans son lit que ça signifie un truc. Je dors bien avec Mira parfois ! Pourquoi ce serait différent avec lui ?

- Parce que Mirajane n'a pas de pénis. Du moins je l'espère. Ah, et aussi, parce qu'elle n'a jamais montré de l'intérêt pour développer une relation avec toi ?

- Je vois pas le rapport. »

Avec deux doigts, le grand blond se pince le pont du nez ; il a l'air désespéré par ses réponses et elle ne comprend pas pourquoi.

« Bon. Te tracasse pas avec ça, soupire-t-il. T'as grand besoin de dormir pour avoir un minimum de capacités de réflexion. On en parlera plus tard. »

Ignorant sa pique, Erza se retourne et enfouit son visage dans l'oreiller. Elle entend l'interrupteur de la lumière, le froissement de la couette, la voix grave et basse de Luxus qui lui souhaite bonne nuit puis, plus rien.


Ce qui est pratique avec Simon, c'est qu'il est un très bon dormeur, surtout lorsqu'il a conscience qu'il est en vacances. Ça l'arrange, aujourd'hui, parce qu'il ne se rendra pas compte qu'elle a déserté le lit pour trouver le sommeil ailleurs ; elle n'a pas la force pour gérer une possible dispute.

Sauf que même si le brun n'est pas encore réveillé, ce n'est absolument pas le cas de Luxus qui l'attend de pied ferme, avec son traditionnel café serré à la main. Éviter son regard ne va rien changer, ni même décider de partir en courant dans une autre pièce, puisqu'il la rattraperait à vitesse grand V. Donc, tant bien que mal, Erza décide de faire face en trempant sa biscotte dans son chocolat chaud, le tout avec un air innocent.

« Tu sais qu'on a une discussion à terminer ?, glisse-t-il tranquillement.

- Quelle discussion… ? »

Bon, faire face oui, mais pas trop non plus.

« Ne joue pas à ça.

- Jouer à quoi ? »

Mince, voilà qu'elle a trempé trop longtemps sa tartine et qu'elle vient de faire le grand plongeon dans son bol. Idéal pour feindre une plainte pour nettoyer tout le laitage dispersé à côté.

« Tu te rends compte que tu peux nettoyer et parler en même temps ?, dit-il lentement tandis qu'elle est en train de s'affairer.

- Quand on ne sait pas parler en buvant, on ne critique pas ceux qui peuvent pas faire deux choses en même temps. Surtout le matin. »

Le grand blond hausse un sourcil dans l'incompréhension de ce qu'elle veut lui faire comprendre. Les neurones sont difficiles à connecter à cette heure.

« Heu… Si je fais ça je m'étouffe. Comme t-

- C'est bien ce que je dis. Tu ne peux pas. Donc d'abord je nettoie. »

Ses grands doigts viennent pincer le pont de son nez en signe d'exaspération, un geste qui revient très souvent depuis son arrivée et qui traduit son absence de patience, celle qui a déjà atteint sa limite..

« Plus vite c'est fait, plus vite tu seras tranquille.

- Mais j'ai rien à dire, gémit la rouquine en jetant l'éponge dans l'évier. Tout va bien. Et je ne sais pas de quoi tu veux parler, en plus ! »

Luxus prend une gorgée de son café en levant les yeux au plafond. Puis il pose la tasse sur le plan de travail et oriente son corps vers elle, qui vient d'essuyer les traces d'humidité avec un torchon.

« Je vais te donner un indice alors. Ça concerne ta relation foireuse avec un gars, certes sympathique, mais pas fait pour toi, et celle avec un gars bizarre à qui tu envoies des signaux contradictoires. »

Sa paupière tressaute et ses phalanges blanchissent alors qu'elle serre le tissu.

« J'envoie aucun signal…

- Oh putain, ça va être long… »

Avec une expression désespérée peinte sur son visage, le militaire s'installe sur un tabouret. Il lui fait signe d'en faire de même, d'un vague mouvement de la main.

« Comme je suis sympa, déclare-t-il quand elle s'est assise, je vais te laisser choisir par quoi tu veux commencer.

- On est vraiment obligé de parler de ça ? »

Non parce que vraiment, elle n'en a pas envie. Et si elle avait besoin de conseils pour ses relations, primo, elle en aurait déjà demandé, et secundo, certainement pas à son frère.

« Oui.

- Mais-

- D'accord, j'ai compris, c'est à moi de décider. Commençons par Simon, avant qu'il se réveille. »

Elle s'apprête à protester mais, soudainement, il se penche sur sa droite et sort un bout de papier de la poche arrière de son jean usé.

« Qu'est-ce que tu…

- C'est une liste, répond-il en le dépliant.

- Une liste de quoi ?

- Des raisons qui montrent qu'être avec Simon, c'est une connerie. »

Qu'est-ce que..?!

Quand est-ce qu'il a pris le temps d'écrire ça ? C'est une feuille A4 entièrement remplie à la main qu'il a sous les yeux. Sérieusement ?

L'envie de déjà se masser les tempes la saisit, et elle se demande ce que va donner le reste de la journée, à ce rythme-là.

« C'est une blague…

- Autant que ton couple. »

Elle décide d'ignorer la pique, et Luxus se racle la gorge, secoue un peu la feuille pour qu'elle soit droite, puis se lance :

« Numéro un : il est pas assez affirmé.

- T'aurais préféré que je me mette avec un matcho ?

- Numéro deux : il est trop coincé et t'as des tendances libertines, poursuit-il sans ciller.

- C'est un argument complètement fallacieux ça ! »

La rouquine s'indigne et croise les bras. Sauf qu'il a l'air de s'en foutre royalement, puisqu'il continue de lire les lignes.

« Numéro trois : il sait pas te tenir tête.

- C'est faux. On est juste sur la même longueur d'onde.

- C'est ça... numéro quatre : tu vas devoir passer ton temps à lui mentir à propos de ta mère et toi. »

Silence. Elle remue un peu, soupire, gratte sa nuque ; difficile de le contredire là-dessus.

« Tu vois que j'ai écrit de très bonnes raisons. Numéro cinq : il a peur des araignées ! Résultat ? Il sera incapable de te défendre.

- C'est quoi le but ?, s'agace-t-elle en grognant. T'es en train de me dire que tu préférerais que je me mette avec Gerald ?

- J'ai jamais dit qu'il était mieux… »

Ses joues se gonflent pendant que Luxus appuie son index sur le prochain tiret.

« Numéro six : pour lui, les fraisiers sont surcotés. »

La rouquine incline un peu la tête, intriguée par cette déclaration.

« Comment tu peux savoir ça ?, demande-t-elle lentement. Tu as vu Simon une seule fois et-

- Et donc, comment accepter ça ? C'est ta gourmandise préférée ! Tu n'as jamais toléré que quelqu'un la profane. »

Mais c'est qu'il l'ignore vraiment en plus !

« Ne me dis pas que tu as envoyé quelqu'un me surveiller, parce que si c'est le cas je-

- Numéro sept : il est l'homme le plus niais que j'ai jamais vu, la coupe-t-il encore.

- Hé !, proteste-t-elle. C'est ton opinion personnel ça ! Ça ne compte pas.

- Le fait est que t'as jamais aimé ces trucs gluants. »

Il prend une gorgée de son café, histoire de s'éclaircir la gorge, avec cet air satisfait collé au visage. Celui qui lui donne envie de jeter sa boisson tout contre, pour l'effacer.

« Numéro huit : j'aime pas sa gueule.

- Mais ! C'est pas une raison valable ça.

- C'en est une pour moi. Numéro neuf : ils est mauvais au lit, et t'es du genre sportive à péter les lattes du lit.

- Comment tu sais que-

- Je dirige les forces spéciale et l'unité secrète de l'armée je te rappelle. Tu me demandes vraiment comment je fais pour savoir des choses aussi simples ?

- Qu'est-ce que-

- Numéro dix : il-

- T'en as encore beaucoup ?, siffle-t-elle. Abrège. »

Luxus passe à la fin de sa liste, tenant le papier du bout des doigts par les coins du bas.

« Numéro quarante-cinq : il dort trop profondément.

- C'est quoi cet argument à la con ?

- Même un ours en hibernation aurait capté ton déplacement. Je t'ai entendu de ma chambre. J'ose même pas imaginer son manque de réaction quand tu fais tes cauchemars.

- Il sait me calmer. J'ai juste besoin de le réveiller, c'est pas un drame.

- C'est bien ce que je dis. T'es obligée de le réveiller toi-même. Il est pas fichu de le faire seul. »

Sa patience s'est définitivement effilochée. Irritée par cette liste qu'elle trouve absolument stupide et déplacée, même si elle veut bien accorder qu'il a raison sur certains points – mais juste certains, ce qu'elle va, évidemment, s'abstenir de lui dire - la demoiselle saisit la feuille pour la déchirer sous le regard déçu du militaire.

« Je ne vais pas rompre avec Simon. Il m'apporte aussi du bon, tu sais. »

Elle rassemble la vaisselle de son bref petit-déjeuner pour la mettre dans l'évier. D'un geste assez brutal, elle tourne le curseur du robinet pour que l'eau coule.

« Pourquoi j'ai l'impression que tu essaies aussi de t'en convaincre ?, rit-il en posant sa tasse à côté de la sienne. Ah et, tiens, est-ce que tu serais au moins capable de dire un aspect qui est si positif que ça ? Parce que moi, je n'en vois aucun. »

Frotter l'assiette qui contenait ses biscottes d'une façon aussi rude trahit sa nervosité mais aussi une colère bien particulière ; celle qui implique le sentiment d'être acculée et de paraître vexée et intraitable afin de fuir cette conversation. Sauf que c'est complètement inutile et stupide de mentir à un membre de sa famille, surtout lorsque ce dernier fera tout pour que la vérité surgisse. Alors, même si elle a hésité à répondre tant sa mâchoire est contractée, Erza se lance.

« J'ai l'impression d'être normale avec lui. D'être comme tout le monde, de venir d'une famille comme toutes les autres, d'avoir grandi comme n'importe qui. Juste… ouais. D'être normale. »

Du coin de l'œil, elle le voit tripoter le torchon dont elle s'est servie juste avant. C'est presque hésitant. Timide. Peut-être le signe d'un moment de regret de sa part, pour l'avoir poussée à cracher le morceau aussi sèchement.

« Pourquoi renier ça ?, poursuit-il plus doucement. Pourquoi te cacher derrière cette relation ?

- Je ne me cache pas. C'est juste que… »

Elle se tait un instant et coupe l'eau, après avoir déposé la dernière tasse sur le rebord de l'évier. Vient-elle de remarquer qu'elle s'est menti, là, juste à cet instant même ? Oui. Bien sûr. Et ça lui donne envie de se gifler pour être aussi lâche.

« Écoute p'tite tête, soupire Luxus en posant une main sur son bras. T'es pas entièrement toi, avec lui, et j'ai… j'ai simplement peur que ça te fasse plus de mal que de bien, au final. Et lui dissimuler la vérité, feindre que tout est rose… ça le blessera aussi. Simon a l'air d'être un chic type, ouais. Mais… pas celui qui te correspond. »

Ses doigts serrent un peu son muscle, délicatement. Une pression pour lui signifier qu'il restera quand même derrière elle, même si elle décide de s'enfoncer dans cette histoire avec celui qui partage actuellement sa vie. Ou, du moins, un petit morceau. La face visible de l'iceberg est toujours celle qui effraie le moins.

« Réfléchis-y, d'accord ? Tu n'es pas obligée d'emprunter cette porte pour te sentir normale. - Tu peux l'être autrement.

- Et comment ?, marmonne-t-elle faiblement. En restant seule peut-être ?

- Pourquoi pas en étant avec quelqu'un qui te comprend ? »

L'étudiante fronce un peu les sourcils, perplexe ; qu'est-ce qu'il veut dire par là ? Qu'elle doit s'amuser à trouver un type louche qui aime les affaires bien plus que douteuses ? Mais, il est censé lui dire de fuir ça bon sang, pas de foncer dedans ! Et puis, comment mettre le grappin sur une personne dans ce domaine sans taper dans une tranche d'âge qui dépasse largement la sienne, qui pourrait l'aimer au moins autant que Simon, et qui en plus lui corresponde ?

Quel blagueur.

Quand ils entendent une marche de l'escalier grincer, ils s'écartent et Luxus penche légèrement la tête, histoire d'observer silencieusement le visage chiffon de son petit-ami, encore à moitié endormi. Il frotte une paupière avec un poing mi-clos avant d'esquisser un sourire à son attention, doux et tendre.

« Vous êtes debout tôt.

- C'est que tu n'as pas vu l'heure, répond le blond en passant à côté de lui. Déjeune, t'auras besoin de force. Et habillez-vous chaudement et confortablement, ajoute-t-il après s'être un peu éloigné, il y a du travail dans nos écuries. Trente minutes, pas plus.

- Tu sais qu'on est pas à l'armée ici ?, lui demande-t-elle en croisant les bras.

- Tant pis, je ferais du cheval tout seul. »

Erza se tend subitement, effrayant au passage le brun qui semble être perdu depuis le mot "écurie".

« Hors de question ! »


« Voici Arod, ton compagnon du jour.

- C'est Erza qui a choisi le nom ?

- Je vois pas ce qui te fait dire ça… »

Les yeux sombres de Simon ont l'air de pétiller tandis qu'il caresse son cheval, un immense sourire aux lèvres. Ses mouvements sont lents et délicats alors qu'il apprend à faire connaissance avec la grande et majestueuse bête.

« Tu sais en faire ? »

C'est d'une main assez ferme que le militaire tient les rênes de sa monture.

« Pas du tout, avoue-t-il avec un sourire timide. Je suis plutôt dans la mécanique. Hum… alors on peut dire que… je manipule d'autres chevaux. »

Se mordant légèrement l'intérieur de sa joue, la rouquine pose son regard sur le visage stoïque de son frère, qui n'a pas bougé d'un centimètre depuis la tentative de blague de l'étudiant. Un détail qui ne lui échappe pas non plus, puisqu'il vient de se frotter machinalement la nuque, signe évident de sa gêne.

« Tu vas devoir te contenter de chevaux qui ne font pas "vroum vroum" pour aujourd'hui. »

Elle se retient d'envoyer sa chaussure sur la tête de cet homme sans tact quand il tourne les talons pour se diriger vers elle, sa fidèle monture grise, Hasufel, le suivant sans protestation.

« Sérieusement ?, murmure-t-il.

- Il n'est pas méchant, répond-elle dans un marmonnement. Tu ne veux pas être gentil pour une fois ?

- Tu connais pas l'expression ? Gentil n'a qu'à œil. »

Retenir son soupir n'est pas évident mais elle y parvient. Un sourire aux lèvres, elle fait un léger signe de tête à Simon, pour lui intimer de la rejoindre à son tour. Il s'exécute sans perdre un instant, comme pour enterrer sa petite boutade d'avant. Quelque chose que Luxus n'as pas oublié, puisqu'il roule des yeux en s'éloignant vers un sentier.

« Ne sois pas tendu quand tu seras sur la selle, lui conseille-t-elle en caressant la soyeuse robe alezane d'Arod. Il ne t'arrivera rien.

- Je n'en ai jamais vraiment fait. Je suis pas sûr. »

Attendrie, Erza embrasse brièvement sa joue puis tapote ses fesses ronde. Ne s'attendant certainement pas à ce geste, le brun sursaute et s'écarte un peu ; elle oublie parfois qu'il est du genre à ne pas apprécier qu'elle pose ses mains sur cette zone, ou qu'elle s'en approche trop. Un détail qui la chagrine, mais elle fait avec.

Après s'être installé sur son dos, Erza lui explique la posture à avoir pour être à l'aise, et mieux contrôler son cheval.

« Épaules en arrière, le dos droit mais pas crispé, sinon tu vas te faire mal. Les coudes près du corps. Hum… les pouces comme ça, ajoute-t-elle en lui montrant. Toujours tournés vers le ciel et les mains basses. Ah, j'ai failli oublier. Les pieds doivent être derrière la sangle. Voilà, parfait ! »

Il ne lui parait pas très serein mais il finira par s'habituer. Du moins elle l'espère, sinon la route sera très longue pour lui. Par simple précaution, elle décide de l'observer à la dérobée. Vraiment, c'est juste par sécurité, parce que Luxus, bien évidemment, ne lui a pas donné le cheval le plus docile avec les étrangers. C'est qu'il porte bien son nom quand même…

Malgré ces petits détails, la balade se déroule sans accrocs et lui fait un bien fou. Gripoil, son chouchou qu'elle a élevé depuis qu'il était un poulain, est toujours un bonheur à monter. Quoi de mieux qu'un bon bol d'air frais en famille pour oublier tous les tracas des derniers mois ? L'insouciance est rare et y goûter, de temps en temps, lui donne cette sensation que tout est à sa place.

Mais le côté parfois moins plaisant, dans ces moments, c'est que lorsque quelque chose la tracasse, elle y pense. Et quand elle y pense, c'est énormément. Ça tourne dans sa tête et voilà qu'elle se repasse en boucle la discussion qu'elle a eu avec Luxus, sur ses relations. C'est malin, tiens ; quelle mauvaise idée de lui bourrer le crâne comme ça. Elle n'a plus douze ans, merde ! Et voilà, maintenant qu'elle vient de se dire ça, elle a l'impression de redevenir cette adolescente qui n'aimait pas qu'on lui montre les choses telles qu'elles le sont, même si elle s'évertue à faire l'autruche.

Maudit Luxus !

Erza ne peut pas empêcher la réaction enfantine de plisser les yeux en lançant un regard noir à son frère, qui se permet de lui sourire avec toutes ses dents. Elle décide de tourner la tête et de l'ignorer, reportant son attention sur la nature environnante.

Tout est calme à cette période de l'année. Silencieux. Mais pas effrayant pour autant. La légère brise hivernale la fait parfois frissonner, en opposition avec le timide soleil qui tente de les réchauffer un peu. Il fait danser les taches de la robe gris pommelée d'Hasufel, et donne un éclat doré aux poils soyeux d'Arod. Gripoil, lui, d'un blanc parfait et immaculé, ferait presque réfléchir la lumière. Elle est vraiment fière de ses chevaux, grands et doux, qu'elle ne peut s'empêcher d'admirer tant ils sont magnifiques. Ils lui font oublier toutes les pensées désagréables qui la parasitaient un peu plus tôt. Son bassin accompagne le pas tranquille de sa monture, qui aimerait vraiment galoper. Elle peut le sentir, lui aussi est impatient de se défouler. Mais Simon ne tiendrait pas forcément, et une chute d'un mètre quatre-vingts ne lui plairait pas beaucoup….

Lorsqu'ils sont de retour sur le chemin des écuries, le sentier est plus large et l'espace entre les arbres plus importants, lui laissant la possibilité d'observer les environs mais aussi la route peu empruntée, vu qu'elle mène à leur domaine, sur sa gauche. C'est pourquoi elle hausse un sourcil en entendant une voiture au loin et qu'elle finit par la chercher du regard, pour découvrir qui s'est perdu sur ce bout de bitume.

« Oh, waoh !, s'exclame Simon avec des étoiles plein les yeux. Vous avez vu ça ? C'est une Mercedes-Benz 500K ! Ce modèle n'existe quasiment plus ! J'en reviens pas..

- Pas la peine de te mettre à bander.

- Mais c'est hallucinant ! »

Ignorant les dernières paroles des garçons, la rouquine intime à Gripoil de s'élancer vers la maison, Luxus n'aura qu'à tenir Arod. Le cœur battant à tout rompre, elle reconnait évidemment cette voiture, et c'est pour ça qu'elle tient à rentrer le plus vite possible. Son ventre tordu de joie, elle rêve de se blottir dans cette prochaine chaleur réconfortante.

Le vent siffle dans ses oreilles et fouette son visage, par la vitesse de son cheval. Ses muscles puissants roulent sous sa peau, et le poussent à accélérer encore. Les deux énergumènes derrière elle arriveront un peu plus tard, mais elle s'en fiche pas mal. Cette sensation de liberté, en parfaite harmonie avec son compagnon, gonfle son cœur de bonheur. Plus encore en sachant ce qui l'attend à l'arriver. Le paysage défile flou autour d'elle, mais ses yeux sont rivés sur le bout du chemin. Une fois les pieds à terre, elle flatte l'encolure de sa monture, trempée de sueur après son effort. Mais ses oreilles, droites et pointées vers l'avant, lui font comprendre qu'il a tout autant apprécié qu'elle. Un dernier baiser sur le bout de son nez, puis elle se rue vers la voiture qui s'est à peine garée. Toujours avec cette incroyable élégance qu'à sa mère, Eileen sort du véhicule en se tournant à moitié vers elle, un doux sourire peint sur ses lèvres couleur vermillon..

Sans perdre un instant de plus, elle saute à son cou pour la serrer fermement contre elle, paupières closes, emplie d'amour et de joie. Les bras de sa mère l'étreignent avec toute l'affection qu'elle possède, sa joue posée sur le dessus de sa tête.

Et c'est dans ce cocon de douceur et de tendresse, qu'elle réalise que, enfin, elle est à la maison.