Réponses aux reviews :

Lanceleau (Gody) : C'est vrai que Simon a mis les pieds dans le plat. Genre. Vraiment bien. Et contentes que tu aimes toujours autant Luxus ! On adore le faire apparaitre et il reviendra plus souvent plus tard... mais je ne vais pas trop en dire non plus hehe. Erza, c'est une Ally 2.0. Tu lui dis noir sur blanc mais elle aura encore du mal à réaliser que c'est le cas...

jFANGIRLd (Gody) : On espère que ce chapitre va faire briller tes mirettes héhé. Le BROTP, il est precious. Et il va vite revenir, promis. c:

Sarah70801 (Gody) : Bien heureuses de voir que le développement des personnages te plait. Et ce n'est que le début ! Passe une bonne lecture ! ;)

Maye076 (Gody) : Fan du Miraxus ? Ne t'en fais pas, il y en aura encore plus tard. c:


Disclaimer : Fairy Tail ne nous appartient pas.


Raiting : T


JOUR 129 : garder la pêche


Le stylo tourne entre ses doigts pendant qu'il regarde la projection sur le vieux tableau. Un regard sur son poignet, rapidement, histoire de lui rappeler que le temps passe lentement et que, oui, il se fait bel et bien chier depuis la fin du mois de décembre. Pas la peine de préciser que Noël a été une véritable torture, lui qui a secrètement espéré que son père soit là pour cette année au moins, la transition avec la mort de Wendy étant assez rude malgré tout. Sauf que non, il s'est retrouvé tout seul, à boire comme un trou sur le canapé en chantant des comptines festives sans y mettre le cœur. Il n'oublie pas les messages alcoolisés qu'il a envoyé à tout son répertoire. Quoique, maintenant, il hésite ; est-ce que c'est Noël, le pire, ou le Nouvel An ? Parce qu'au lieu de faire la fête avec ses amis, qui se sont tous décidés à faire leur plan dans leurs coins, il a fini sur le balcon en train de loucher sur les feux d'artifice, emmitouflé dans un sac de couchage. Ça aurait dû aller en s'arrangeant, vu que c'est le retour des vacances. Mais, ah ! Quelle blague. Est-ce qu'il a croisé quelqu'un sur le campus qui fait partie de son entourage ? Que nenni ! À croire qu'ils sont tous restés chez eux, parce qu'ils ne se sont pas encore remis de leurs maudites festivités.

« J'espère qu'ils ont tous eu la gueule de bois, marmonne-t-il dans sa barbe en tournant la page de son cahier. »

Gerald pousse un soupir et se redresse un peu, en étirant ses jambes comme il le peut sous la rangée. Doucement, il se décide à tourner la tête pour inspecter l'amphithéâtre étonnement assez rempli. Ses doigts tambourinent la table pendant qu'ils étudient toutes les personnes ; certains suivent assidûment la présentation, d'autres piquent un somme et quelques groupes sont sur leur téléphone. Tiens. Il glisse ses yeux sur son propre portable. Son index tapote l'écran pour l'allumer et une moue apparait sur ses lèvres ; pas de message. À croire qu'ils l'évitent. Ce n'est pas à cause des textos qu'il a envoyés en étant bourré, il les a tous vérifiés au cas où. Ils doivent tous être occupés. Enfin, "ils". Plutôt "elles". Il a quand même eu le temps de faire le point sur ses relations durant deux semaines, pour constater qu'il est essentiellement entouré par des femmes. Et pas forcément des plus agréables...

Finalement, après une heure, le cours se termine et l'étudiant ne perd pas de temps pour rassembler ses affaires. Il a enfin du temps libre ce matin. Flâner est bien sa priorité, lui qui commence à se demander comment sa soirée va se passer. Gerald n'est pas du genre à stresser pour une compétition de natation ; il sait très bien qu'il est le meilleur. Le truc, c'est qu'il se demande si Erza sera vraiment là. Elle a très bien pu dire qu'elle venait juste pour lui faire plaisir. Et sa blague sur la pancarte, pareil. Envoyer un message, ça fera trop désespéré, non ? Il peut toujours lui demander s'il la croise par hasard sur le campus. Ou dans la bibliothèque. Ou chez elle.

Quoique, vu l'éclat rouge au loin, ce sera à l'université. Sans plus attendre, et aussi parce qu'elle lui a vraiment manqué, le voilà qu'il trottine vers elle tout en tenant la sangle de son sac à dos. C'est assez simple de la rattraper. Elle n'est pas du genre à marcher vite, surtout quand elle a de la musique dans les oreilles. Désormais à côté d'Erza, qui ne l'a pas du tout remarqué, il observe l'écouteur gauche. Il n'est pas stupide, il sait qu'elle a horreur d'être dérangée quand elle est plongée dans ses classiques. Donc c'est pas trop mal de juste attendre qu'ils entrent dans le patio, puisque c'est généralement là qu'elle les retire pour dire bonjour aux autres personnes de son groupe. Bon, ça, c'est quand elle est de bonne humeur, ce qui n'a pas l'air d'être le cas aujourd'hui.

Vu qu'il n'a pas envie de laisser sa chance lui filer entre les doigts, Gerald tapote timidement l'épaule de son amie qui sursaute. Elle se retourne et il observe avidement sa chevelure flamboyante virevolter derrière elle. Péché mignon qu'il assume. Ses yeux d'ambre s'écarquillent, elle qui de base comptait sans doute faire une prise de catch à la personne qui venait de l'interrompre. Et là, sa réaction le prend de court ; au lieu de tout simplement lui sourire, comme elle le fait d'habitude, Erza passe ses bras autour de sa taille pour l'attirer dans une étreinte. Il bat des cils, perplexe, mais bien heureux d'avoir un contact inopiné de sa part. Il la serre contre lui en retour, en plongeant son nez dans ses longues mèches. C'est drôle parce qu'il a l'impression de tout simplement oublier à quel point les derniers jours ont été ignobles, uniquement grâce à un câlin. Cette femme doit être une magicienne.

« Ça va ?, demande doucement l'étudiant quand elle s'écarte.
— J'ai envie de sécher les cours.
— Quoi ?
— Tu me suis ? »

Est-ce qu'elle lui laisse le temps de réaliser ce qu'elle vient de lui proposer ? Pas vraiment non, puisqu'elle commence à tourner les talons pour quitter rapidement le bâtiment. Le jeune homme regarde tout autour de lui, à la recherche d'une personne raisonnée dans ce petit groupe, soit ce qui devrait être le petit-ami de cette sauvage ; Simon est dans un coin, en train de bavarder avec d'autres personnes, un grand sourire collé aux lèvres. Ça lui montre qu'il n'a pas encore remarqué qu'Erza était arrivée, pour repartir aussi sec dès qu'il s'était pointé. Tiens, c'est bizarre ça. Pourquoi est-ce qu'elle veut louper une journée ? Elle a toujours été assez sérieuse pour ses études. Désormais intrigué, Gerald se décide à la suivre et la rejoint en quelques enjambées rapides. La voir tourner la tête vers lui et qu'elle lui sourisse lui flingue les neurones et, là, tout ce qu'il retient c'est qu'il va passer la journée avec elle.

Prends ça Simon.


Les températures sont douces aujourd'hui. Le nageur remercie le soleil pour ça, mais pour aussi parce qu'il illumine actuellement le visage de son amie. Elle tient entre ses mains une barbe à papa tout en observant l'horizon avec une adorable moue satisfaite. Il est bien content d'avoir craqué et accepté de faire la grande roue, parce que la vue en vaut réellement la peine. Et, oui, la vue c'est Erza. Uniquement elle. Pourquoi regarder autre chose ? Ses cheveux rouges brillent, l'éclat doré de ses prunelles est plus fougueux, sa fossette si discrète et mignonne lui donne envie de presser ses lèvres tout contre sa joue. Son nez, adorable, se retrousse légèrement quand elle rit. Oh, son rire. C'est définitivement la plus belle mélodie qui puisse exister. Même le son du piano, à côté de ça, c'est pas terrible.

Deux minutes.

À quoi est-ce qu'il est en train de penser ? Et puis pourquoi il la fixe comme ça ? Il doit ressembler à un foutu psychopathe maintenant. Peut-être qu'en priant un dieu auquel il ne croit pas du tout, ça va l'aider à se rassurer ; elle n'a pas dû remarquer, elle est trop absorbée par cet amas de sucre plus gros que son visage. Gerald passe une main derrière sa tête pour se la frotter, nerveux et gêné. C'est doux et un peu court, vu qu'il a décidé qu'un petit rafraîchissement capillaire ne lui ferait pas de mal.

« Tu en veux ? »

La surprise aiguise les côtés pourtant déjà piquants de sa méfiance. C'est bien connu qu'Erza ne partage jamais sa dose de diabète de type deux, à moins d'y être forcée. C'est louche. Très louche. Pourtant elle penche le petit nuage rose vers lui, histoire de lui intimer de se servir.

« Tu me proposes vraiment ? »

Haussant les épaules, la demoiselle la lui met maintenant carrément sous le nez. Un peu décontenancé, il pousse légèrement son bras pour éviter de se retrouver avec la tête en plein dans la barbe à papa ; elle devrait un peu revoir sa délicatesse, de temps en temps. La grande roue se remet à doucement tourner et il se racle la gorge, en lâchant son poignet.

« Tu la fixes depuis 10 minutes. Je suppose que tu aimerais en avoir un peu. Pourquoi ne pas t'en être pris une d'ailleurs ? Ça va finir comme la dernière fois, tu vas baver sur ma nourriture. Donc prends en. »

Malgré qu'elle lui montre l'air d'une enfant obligée de partager sa sucrerie préférée, sa voix est aussi douce que le morceau en train de fondre sur sa langue. La fraicheur due à la hauteur a fait rosir ses joues et le bout de son nez et il ne peut pas s'empêcher de trouver ça chou. D'ailleurs, une fois sortis de l'attraction, elle le cache dans l'épaisse écharpe qu'elle porte, après avoir fourré ses mains dans les grandes poches de son manteau noir. Gerald traine des pieds à côté d'elle, juste pour le plaisir d'être à son allure et de sentir son bras effleurer le sien. Mais, même si c'est très plaisant, il n'a pas oublié son comportement inhabituel.

« Tu es très silencieuse, glisse-t-il. Un truc te tracasse ? »

Ses talons claquent les pavés qui constituent un sentier assez large au milieu du parc. Ils ont bifurqué ici après être partis de la petite zone toujours festive de la ville. Les feuilles sont toutes tombées et l'herbe est gelée à certains endroits. Les bancs, un peu humides, indiquent que ce n'est pas la peine d'envisager de s'asseoir. Le café, par contre, qui se situe à la fin de leur petite promenade semble être une délicieuse solution pour une conversation plus confortable. Il s'apprête à lui proposer cette solution mais elle se lance soudainement dans l'explication de ses vacances. Alors ils marchent lentement, côtes à côtes, et il l'écoute attentivement.

« … je pensais que ça l'aurait fait, marmonne-t-elle en s'arrêtant brusquement. Simon est gentil, patient, stable, il en a dans la tête, c'est un sportif. Je n'ai pas pris le premier venu non plus ! »

Un peu quand même.

« C'était si terrible que ça ?
— Entre Luxus et ses remarques, ma mère et ses regards qui valent mille mots… sans parler de mon grand-père qui s'est contenté de l'ignorer…
— Ça a l'air d'aller pour Simon quand même, non ? Il ne me parait pas traumatisé. »

Gerald la regarde passer ses mains sur son visage auparavant si souriant. Quand elle les retire, elle les remet bien au chaud, lèvres pincées, et retourne sur sa droite pour poursuivre la marche. Une fois que son amie a fini de conter ses vacances qu'elle a trouvé cauchemardesques, elle lui demande de parler des siennes. C'est bien plus rapide ; entrainements, films, trop d'alcool, sommeil agité et rebelote. Au fond de lui, il envie Simon, parce qu'il a été avec elle durant tout ce temps. Mais aussi parce qu'il a eu un bien meilleur comportement que lui depuis le début et que c'est bien pour ça, qu'aujourd'hui, c'est lui qui est avec elle, et non l'inverse. Il l'avoue. Il le sait. Il n'agit pas souvent comme une personne posée mais plutôt comme un enfant qui n'a pas ce qu'il désire. Ok, ça n'a pas dû être simple pour le rugbyman de se pointer dans la demeure de la rouquine, mais c'est toujours dur les rencontres avec la belle-famille, non ? Il n'a pas vraiment connu ce type d'événement, alors c'est relativement compliqué de se positionner.

Ils ont fini cette discussion depuis maintenant dix bonnes minutes mais elle a un goût d'inachevée. Désireux de la clore comme il se doit, le nageur attrape délicatement l'avant-bras d'Erza pour la retenir de faire un pas de plus et de quitter le parc. Elle le regarde avec incompréhension, son geste l'ayant sans doute perturbée. Une inspiration pour une dose de courage, et il se lance.

« Tu sais, tu devrais faire ce qui te rend heureuse. »

Son cœur s'emballe parce qu'elle a un regard profond et intense. Le soleil rend justice à cette mer dorée incrustée dans ses magnifiques yeux. Sa bouche délicieusement rose s'entrouvre, brillante. Elle l'humidifie d'un coup de langue furtif, bat des cils. Sa chaussure gauche gratte le sol.

« Justement. Je ne sais pas ce qui me rendrait heureuse actuellement. »

Lui ! Lui il sait comment faire, bordel ! S'il avait une énorme flèche rouge à ampoules clignotantes, il se la pointerait dessus. Envoyer un message alcoolisé, c'est peut-être pas le bon truc, mais il avait pensé qu'elle aurait compris que, même avec quelques verres en trop dans le pif, il était sincère dans ses paroles ; il veut la faire sourire et rire tous les jours, qu'elle vive des trucs incroyables à ses côtés. Être ami, ça lui va, oui, mais pas entièrement non plus. Il aimerait faire plus. Être plus.

« Tu n'as aucune idée ?, demande Gerald d'une voix un peu rauque. Vraiment aucune ? »

L'étudiante soupire un peu. Mord l'intérieur de sa joue. Regarde brièvement le sol puis lui, plus longuement. La brise soulève les feuilles mortes et sa chevelure flamboyante qui réchauffe le paysage. Dans sa tête, c'est un véritable foutoir. La petite bête noire hurle que c'est lui, sa solution.

Lui. Lui. Lui. Et re lui.

« Pas vraiment. »

Où est cette foutue flèche ? Quoique, si elle ne remarque pas elle-même, est-ce que ça vaut la peine de lui dire tout ce qu'il désire ? Vu son mode de pensées, une chance sur deux pour qu'elle en déduise qu'il est en train de lui faire une mauvaise blague alors que ce n'est absolument pas le cas. C'est trop tôt pour elle, et il n'a pas envie de l'effrayer. Voir Erza s'éloigner de lui parce qu'il commence à tomber amoureux d'elle, ce serait trop dur à supporter. C'est une question de timing, et il est persuadé qu'un moment idéal finira par arriver. Et puis, il doit aussi changer l'image qu'elle doit avoir de lui ; un gamin immature qui ne pense qu'à tremper son biscuit.

« C'est pas grave, souffle-t-il en lui donnant un petit coup de coude. Tu finiras bien par trouver. »

En attendant, il peut l'aimer silencieusement, comme il a commencé à le faire inconsciemment.


Les mains occupées par des vêtements, Gerald s'apprête à quitter la pièce pour filer dans la salle de bain et se changer. Sauf que ça n'a pas l'air d'être dans les plans de la rouquine, puisqu'elle hausse un sourcil en le voyant se diriger vers la porte. Perchée sur son lit, comme toujours, elle croise les bras.

« Mais tu fais quoi ?
— Je… vais me changer.
— Tu ne te gênes pas pour le faire devant moi d'habitude. »

Ou comment lui faire comprendre qu'elle refuse qu'il fasse ce strip-tease improvisé ailleurs.

« Je ne pense pas que ça plaise à Simon que je fasse ce genre de trucs devant sa copine.
— Il s'en fiche, soupire-t-elle.
— T'es sûre ?
— Simon me fait confiance. Il sait très bien que je ne vais pas te sauter dessus. »

Et, à son avis, c'est fort dommage. Bon, c'est une autre histoire. Mais quand même. Elle n'est pas un peu tentée parfois ? Il n'est pas si dégueulasse que ça non plus. Le concept de fidélité, il en a bien conscience. Il a simplement espéré qu'elle soit un peu attirée par lui. Au moins un tout petit peu. Si son charme ressemble à celui d'une limace à ses yeux, forcément ce sera complexe d'attiser la flamme.

« Comme tu veux, finit-il par marmonner. »

Le nageur se retourne en déboutonnant sa chemise. C'est rapide et il lève le bras pour la jeter dans un petit panier. Erza l'en empêche en se levant, ses mains plus petites attrapant son biceps. L'expression qui est en train d'étirer ses traits lui arrache un léger rire. Et hop, elle fronce aussitôt les sourcils parce qu'il se moque d'elle, puis une jolie moue fait son apparition.

« Pourquoi tu fais cette tête ?
— Mais ça ne va pas de jeter un tel bijou ! »

Un bijou ?

« Cette chemise te vas vraiment bien, tu devrais la traiter avec plus de douceur. »

Il la laisse prendre son vêtement, sans résister. Elle a des yeux plein d'étoiles en observant les détails noirs, élégants et distingués, qui maculent le col. La matière est de qualité, douce, soyeuse et légère. Ses doigts touchent les boutons gravés, assez discrets mais suffisamment luxueux pour être remarqué de près.

« Vraiment ?
— Oui. Elle est très jolie. Et tu as vu ce col ? Il est super classe !
— Tu l'aimes ?
— Bien sûr que oui ! »

Elle hoche vivement la tête, telle une enfant, et se retenir d'embrasser sa joue est difficile, tant il la trouve adorable.

« Je te la donne si tu veux. »

Sa bouche s'entrouvre. Son souffle se coupe, durant de longues secondes. Le temps que l'information monte.

« Pardon ? »

Un nouveau rire devant sa mine agréablement surprise.

« J'en ai d'autres. Tu aimes celle-là. Et puis tu portes bien les chemises pour hommes. »

Au moins, maintenant, elle en portera une qui est à lui. Il se sent comme un grand gamin égoïste en pensant ça. Mais un grand gamin égoïste très enthousiaste face à la perspective qu'elle porte un vêtement qui lui appartient. Bon, prendre en maturité, ça mettra du temps mais ça finira bien par venir.

« Mais je-
— Ta-ta-ta, la coupe-t-il. Un cadeau de ton plus bel et merveilleux ami, ça ne se refuse pas. »

Comme la demoiselle se doute bien qu'il n'en démordra pas, elle finit par esquisser un sourire timide.

« Merci Gerald. »

Délicatement, une paume vient s'appuyer tout contre son torse et une pression se fait sentir sur sa joue tatouée. Dans son ventre, un triple salto et des roulades, plus une invasion de papillons. Son cœur, lui, il décide de faire grève durant une fraction de seconde, le temps de s'en remettre. Il la regarde se réinstaller en tailleur sur son lit, à côté de son sac pour ce soir. Elle serre contre elle la chemise qu'elle continue d'observer avec une adoration débordante ; à se demander si elle préfère ce bout de tissu à lui. Ça pourrait se comprendre.

Un peu amusé par ce comportement, il décide que c'est l'occasion de changer de boxer. Le jeune homme se retourne à nouveau, retire l'ancien sous-vêtement, puis devient raide quand il entend la voix d'Erza s'élever. Son plan, à la base, c'était qu'elle ne reluque pas son cul quand il est nu, comme elle paraissait hypnotisée par les arabesques brodées. Loupé.

« Elle est nouvelle, cette cicatrice. »

Histoire de ne pas être à nouveau face à elle en étant totalement nu, il enfile en quatrième vitesse un jogging noir, sans prendre la peine de mettre quelque chose en dessous ; la montée de stress ne l'aide pas à utiliser tous ses neurones. Gerald met les poches correctement et lisse des plis invisibles, sous le regard attentif de l'étudiante.

« Ah, euh- ouais. C'est arrivé durant les vacances, ajoute-t-il en se mettant à côté d'elle, une fois le sac poussé plus loin sur le lit.
— Comment tu as fait ?
— Je sortais les poubelles, tranquillement. Et là je vois un mec qui tente d'agresser une fille contre le mur, juste à côté des bennes. J'avais un peu bu, mes réflexes n'étaient pas incroyables. Le type avait un couteau, poursuit-il tout en se penchant. Quand j'ai voulu protéger la fille, pendant la bagarre, ce foutu truc m'a entaillé le cul. J'ai fini à terre mais, t'as bien vu, je sais me défendre.
— Humhm, approuve-t-elle.
— Donc j'ai fait une balayette. Bam, le type fini aussi au sol ! Je le désarme, j'appelle les flics, je récolte des félicitations et cette cicatrice débile aux fesses.
— Wow. Rien que ça ?
— Ouais, rien que ça. C'était une soirée de dingue. »

Elle esquisse un sourire en s'inclinant vers lui. Une longue mèche finit sur sa cuisse et ses doigts se contractent, lui qui rêve de les faufiler dans sa crinière, comme à son habitude. Ça, plus un long baiser. La fuite est la solution, alors il se lève, toussote, veut repartir vers son armoire mais un doigt l'en empêche. Oui, un doigt. Celui qui tient la ceinture de son jogging, prêt à le baisser s'il ose faire un pas de plus.

« Tu me dis la vraie version maintenant ? »

Merde.

« C'est pas trépidant, ni intéressant alors- »

Et zou, son vêtement glisse sur ses cuisses, exposant à nouveau ses fesses bombées et raffermies par le sport. Ça lui apprendra à ne pas avoir mis un boxer ou tiens, son maillot de bain. Gerald fait volte-face en tenant le devant, afin que ses attributs restent au chaud. Elle glousse et mord sa lèvre et c'est injuste parce que lui aussi, il veut la mordre.

« Dis-moi.
— J'ai bu. Trop bu. Et j'ai sorti les poubelles.
— Et ensuite ?
— J'ai glissé, grogne-t-il en remettant en place son pantalon de sport.
— Où ça ? »

Sa voix est taquine, et son sourire bien trop malicieux à son goût.

« Sur ces putains de marches trop angulaires. »

Sa virilité s'est envolée au loin. Tant pis. Il la retrouvera au détour d'une allée. Ou ce soir, en remportant sa compétition.

« Pauvre chou. Il a besoin d'un bisou magique pour aller mieux ? »

Est-ce qu'elle plaisante ? Il a un doute. Son visage ayant subitement changé, on dirait celui d'une pro du poker quand elle s'y met. Comment être sûr ? Et puis ce n'est plus un gamin. Un bisou magique ? Pour lui ? Sur lui ? Ses lèvres sur sa peau. Pour un bisou. Sur ses fesses. C'est peut-être pas si mal. Puis c'est encore un peu un enfant. Il a le droit alors.

« Bon, tant pis, soupire-t-elle en s'allongeant.
— Quoi ? Mais ! Attends ! Oui il veut !
— Trop tard. Va te changer. »

Lui qui a parlé de timing plus tôt, il a définitivement loupé le coche. Il peut encore tenter une façon de rattraper son manque de chance, juste au cas où.

« Il se sent seul tu sais. Il a besoin d'affection. »

Un énorme silence s'abat. Et il hésite entre courir se cacher dans sa gène à cause du sous-entendu qui peut-être très mal interprété, ou tout simplement sauter par la fenêtre... son appartement est à plus de quinze mètres du sol, ça devrait le faire, non ?

Erza se redresse sur les coudes pour l'observer intensément. Elle le juge, là.

« Attends... c'est pas ça que je voulais-
— Tu devrais y aller.
— Oui. »

C'est comme ça qu'il finit dans la salle de bain, pour finir de se préparer. La honte l'accable et il se maudit pour ne pas être capable de s'exprimer convenablement quand elle est là ; Gerald retire ce qu'il a dit, ce n'est pas une banale magicienne mais une enchanteresse de catégorie quatre. Il gémit, cognant son front contre le miroir tout en se sentant comme un cas désespéré. Ce sentiment disparaît bien vite quand il entend le rire de son amie s'élever.

Rectification : pas catégorie quatre. Non, non, vraiment pas. Elle est clairement hors-catégorie. Sinon comment expliquer qu'il la trouve terriblement craquante alors qu'elle mange juste une gaufre ? Il est vrai que ce n'est pas le meilleur repas conseillé pour un midi, mais elle lui a sorti les yeux les plus mielleux possibles. Ce n'est qu'un homme, comment refuser ça ? Impossible ! Même un monstre aurait cédé. Alors il lui a fait une assiette remplie de cochonneries qu'il a pris le temps de cuisiner, en étant bien évidemment surveillée par la jeune femme qui trépignait d'impatience à l'idée de se gaver de douceurs.

« C'est si bon !, s'extasie-t-elle après avoir avalé une énorme bouchée. Je rêverais de manger ça tous les matins ! »

Gerald décide de se mordre la langue pour éviter de rétorquer qu'elle a juste à être avec lui pour que ça arrive. La patience, c'est vraiment dur à acquérir. Son père lui a toujours dit que ça viendrait avec le temps et qu'il aurait des facilités pour ça, lui qui est censé avoir l'âme d'un stratège. Mais les affaires, c'est toujours différent du reste alors il doit fournir des efforts. Et, au final, quand il regarde Erza, il se dit que ça en vaut largement la peine, même si elle n'a pas encore réalisé ce qui est en train de changer entre eux deux.

« Ne mange pas aussi vite, tu vas avoir mal au ventre après, marmonne le nageur.
— J'ai un estomac en acier !
— Je suis pas certain. »

Elle se contente d'hausser les épaules en terminant la chantilly. Le coulis de chocolat est sa prochaine victime, avec les restes de ses gaufres éventrées. Son appétit est impressionnant.

« Vu l'heure, on a le temps pour regarder un film. Ça te tente ? Ou tu préfères peut-être rentrer.
— Tu ne seras pas en retard pour ton échauffement ?
— Non, du tout. »

Bon, peut-être un peu, mais ce n'est pas grave.

« Au fait. Tu sais que j'avais demandé à Luxus de… me… fournir quelques informations sur toi, commence-t-elle de but en blanc.
— Oui, je sais, répond-il avec un grand sourire. Pourquoi tu parles de ça ?
— Tu le sais et… ça ne te dérange vraiment pas ?
— Non, du tout. »

Pour ne pas dire qu'il en est ravi.

« D'ailleurs, si tu as des questions sur ça, tu peux me les poser. Ça ne me dérange pas du tout. »

Une petite prière pour qu'elle le fasse, parce que ça gonfle son égo et sa fierté masculine dès qu'elle s'intéresse autant à lui. Et ça lui donne aussi l'impression d'être une véritable pile électrique. Il se sent capable de tout dans ces moments.

« Non, ça va. »

Fais chier !

« On le regarde ce film, alors ? »

Ah… Erza et les transitions. Cet art si délicat. Avec elle, c'est un peu comme se prendre une bourrasque en plein visage, avec plusieurs branches en plus. C'est trop gros pour ne pas être remarqué. Mais c'est mignon, tant c'est maladroit. Bien que son égo vient de se faire assassiner deux fois à la suite, il fait taire la voix boudeuse du gamin capricieux en lui qui veut piquer une crise parce qu'on lui a refusé sa friandise - sa friandise étant l'attention de sa charmante dame - pour lui sourire de façon plus ou moins amusée.

Le chemin vers la maturité commence par là.

« Qu'est-ce que tu proposes ?, sourit-elle en attrapant son verre de lait pour aller vers le canapé.
— Ça dépend, qu'est-ce que tu veux. Comédie ? Romance ? Aventure ?
— Science-fiction ? »

Évidemment. Pourquoi choisir parmi ce qu'il propose ? Oui, Erza a parfois quelques bizarreries de caractère. Mais c'est ce qui fait son charme et sa personnalité unique, et probablement ce qui l'a fait tomber amoureux. Il en est absolument sûr maintenant.


Ce n'est pas sa première compétition mais il a toujours ce soupçon de trac. Celui qui lui chatouille le ventre. Ce n'est pas un mauvais stress, c'est plutôt celui qui le motive et qui le fait se dépasser. Gerald n'a pas peur de perdre et le fait que son père ne soit pas présent ne lui pèse pas sur la conscience ; il est là quand il le peut, ça a toujours été comme ça entre eux. Le message qu'il est en train de lire est amplement suffisant, jusqu'à ce qu'il soit interrompu par un appel.

« Ultia ?
Tu sais lire un écran, bien joué.
Tu as un soucis ?
Pourquoi j'en aurais un ?
— Parce que tu ne m'appelles que dans ces moments ? »

Il entend un cliquetis, celui d'un clavier.

« Alors, quelque chose ne va pas ?, lui redemande-t-il en s'appuyant contre les casiers du vestiaire.
Tu te sens prêt ?
— Pour ?
Pour ta compétition, idiot. »

Gêné et touché en comprenant pourquoi Ultia a décidé de l'appeler, le jeune homme passe sa main sur le haut de sa tête pour lisser ses cheveux. Ça lui fait toujours ça, dans ces moments. L'attention féminine le touche d'une manière plus forte que celle masculine. Il n'a pas besoin qu'on lui en explique la cause, il la connait parfaitement.

« Je vais m'en sortir.
Désolée de ne pas être là pour admirer ta victoire.
— Ouh, j'ai intérêt à vraiment gagner là.
Tu es mon poulain, bien sûr que tu vas gagner.
— À croire que c'est toi qui m'entraîne, rit-il.
Mes ondes positives aident beaucoup. »

Il cale doucement le téléphone entre son épaule et sa joue, de façon à pouvoir se changer tout en lui parlant, oubliant carrément la possibilité de mettre le haut parleur ; les oreilles qui trainent, ce n'est pas un mythe et il n'a aucune envie que quelqu'un les entende discuter. Ultia a sa façon de l'apaiser. L'entendre parler le rassure et anéantit le peu d'angoisse qu'il a pu avoir concernant la rencontre de ce soir. C'est comme être gonflé à bloc et c'est incroyable.

« Tu comptes juste remporter la victoire ?, se renseigne-t-elle.
— Ça ne me ressemble pas. »

Ultia ricane. Elle aime entendre ce genre de réponses.

« Tu vises un nouveau record personnel aussi ?
— J'y compte bien. »

Parce qu'il a des preuves à faire. Pour lui, son père, son entourage. Peut-être qu'ils s'en fichent bien qu'ils gagnent ou non, mais pour lui, cette victoire sera a représentation de sa détermination et son besoin de se surpasser, de donner toujours plus. Un besoin de fierté. Une sensation d'être remarqué. Félicité. Admiré, peut-être. C'est un but. Un trou béant à remplir, parce qu'il lui manque quelque chose.

« On fêtera ça. »

Gerald hoche la tête puis la tourne pour regarder l'horloge. Ses doigts tambourinent la porte du casier et il prend une longue inspiration.

« Je dois y aller.
Amuse-toi ! »

Son portable finit sur le tas de vêtements. Quand il s'avance vers les portes menant à la piscine, son cœur se met à avoir un tout nouveau rythme ; c'est urgent, il a hâte, il veut nager, s'épuiser, être satisfait, gagner. Le ventre noué, il balaie du regard la foule présente sur les estrades. D'abord un côté, qui semble être fait pour son adversaire, puis l'autre. Il lui faut moins d'une minute pour river ses yeux sur la femme qui s'agite au milieu, avec une pancarte. Gerald se retient de rire mais rougit de plaisir.

Tiens.

Il se concentre un peu plus, histoire de mieux observer ce qu'elle est en train de porter. Et c'est exactement ce à quoi il pensait, explosant tous ses rêves les plus fous. C'est sans doute juste pour l'occasion et le soutenir mais, là, pour cette fin de journée, elle porte la chemise qu'il lui a offert plus tôt. Il résiste vraiment à l'envie de sourire comme un abruti mais c'est vraiment dur. L'étudiant s'arrache difficilement à sa contemplation, se consolant en se disant qu'il aura largement le temps de découvrir comment elle s'est décidée à porter cet habit. Dans tous les cas, il ne sera absolument pas déçu ; cette rouquine a du goût.

Se déliant les épaules, Gerald part vers le plongeoir qui lui est assigné. Les applaudissements pour les encouragements résonnent dans l'enceinte du bâtiment. Les spots illuminent l'eau transparente, qui remue déjà et déforme les traits dans le fond. C'est toujours impressionnant. L'adrénaline commence à monter dans son sang. L'officiel lui fait signe de s'approcher de son plot, tout comme à l'autre étudiant qui ne tient pas en place. Lors du premier coup de sifflet, ils s'approchent de leur plongeoir. Fernandez lève les mains pour mettre correctement ses lunettes, en se raclant la gorge. Il remue ses jambes, les dégourdit, l'autre homme en faisant de même. Les lignes de sécurité s'agitent un peu. Un seconde coup de sifflet et ils montent. Il se penche, inspire, pose les mains sur le rebord du plongeoir et fixe son regard vers l'autre bout ; sa tête est vide, toute son attention focalisée sur l'envie de gagner

Un troisième coup de sifflet.

Et ils plongent.


C'est vraiment drôle ce contraste entre maintenant et ses vacances. Alors qu'il a été seul durant deux semaines, il est désormais entouré par une foule qui remplie le bar de Kana. Les pintes se succèdent à une vitesse folle pendant qu'il est au milieu, avec Erza, en train de fêter sa victoire et son nouveau record. Simon s'est d'ailleurs pointé en entendant la nouvelle, lui qui ne dit jamais non pour boire en bonne compagnie, même si pour lui la natation reste un truc de sirène. Cet ours grincheux est parti vers le comptoir pour commander une nouvelle tournée, lui permettant d'être seul avec la femme la plus ravissante de l'univers.

Elle tient entre ses doigts sa nouvelle médaille, un immense sourire sur ses lèvres. Et lui, il est juste fichu de l'observer, parce que bordel, cette manière dont son visage rayonne ne devrait pas être permise. C'est de l'artillerie lourde. Il a aussi déjà trois bières dans le nez, donc ça ne l'aide pas. La rouquine a moins bu que lui, comme elle a raconté son exploit à Simon qui a tout écouté sans broncher. Quel gentil garçon. Il aimerait aussi être vu comme tel. Quelqu'un d'adorable. Main sur le cœur. Pas uniquement comme le play-boy de l'université.

« Oh, Mira ! »

Gerald relève la tête de la table, sourcils haussés. Un éclat de blanc apparait et s'installe à côté d'Erza, qui serre contre elle la nouvelle venue. Ça fait longtemps qu'il ne l'a pas vue. Depuis la fête trop alcoolisée et pas du tout sérieuse. Plutôt ironique de sa part de la décrire de la sorte, lui qui a passé une grosse partie de ses soirées avec des cadavres de bouteilles à côté de lui.

« Je suis contente que tu aies pu te libérer !
— Je n'allais pas louper une occasion de te voir, depuis le temps, lui glisse-t-elle en enlaçant son cou d'un bras tout en embrassant longuement sa joue. Tu es magnifique ce soir ! Cette chemise est superbe. Où tu l'as dégotée ?
— Petit cadeau de ce grand champion. »

À peine la phrase finie que le regard de la femme, que tous comparent à un ange, est braqué sur lui. Il déglutit, pas très serein. Mais il sourit, l'air de rien.

« Ça fait un bail !, s'exclame-t-il.
— De ce que j'ai compris, oui, lui répond-elle avec un petit rire. Merci de m'avoir aidée la dernière fois.
— C'est normal. J'allais pas te laisser avec des dégénérés. »

Qui sait ce qui aurait pu se passer ? Rien de bon, pour sûr.

En gardant un léger sourire, le nageur accueille Simon qui revient avec la nouvelle commande d'alcool. Il aperçoit Kana qui n'a pas arrêté de s'affairer. Ça, c'est durant la première partie de la soirée. La deuxième, qui commence aux alentours de vingt-trois heures, c'est totalement autre chose. Déjà, il y a moins de monde. Beaucoup moins de monde. Quelques groupes, souvent de quatre personnes, occupent des tables à différents coins du bar. Et puis il y a eux, installés au milieu, ayant collé les meubles ensemble pour un plus grand espace. Ça n'a pas dérange la gérante des lieux qui, désormais, s'est jointe aux festivités ; elle sait très bien que les gens restants vont terminer leur consommation puis s'en aller.

La brune s'est installée à côté de lui, alors qu'il est en train d'écouter attentivement les dires de Mirajane :

« Donc,, c'est le clitoris, juste ici. Et c'est important de le bichonner, HO-RI-ZON-TA-LE-MENT. Ou circulairement. Les deux marchent vraiment bien. Mais le plus important, c'est d'écouter ta partenaire. »

Le téléphone dans sa main droite, elle s'est décidée, en bonne samaritaine, d'expliquer à des messieurs - dont elle a furtivement écouté la conversation - comment faire plaisir à une femme, avec à l'appuie un schéma de l'appareil génital féminin. Erza, tout autant impliquée dans le discours, n'a pas manqué de jeter un coup d'd'œil à la barmaid dont la main a subtilement glissé sur sa cuisse, sous la table, dissimulant ce contact intime. Mal à l'aise, Gerald remue un peu avec la sensation d'avoir trompé son amie par ce simple geste la dérangeant.

« Mais pourquoi tu m'expliques ça ? C'est totalement inutile !, soupire le garçons avec des cheveux mi-longs et bruns. Je sais comment faire du bien à une femme. Je remue le doigt de bas en haut là une minute là, et c'est bon. »

Une giclée de bière finit sur le visage du certain Ren, qui glapit. La rouquine s'étouffe encore avec son verre pendant que Simon n'a pas quitté son téléphone de la soirée, ne lui prêtant pas la moindre attention. C'est étrange et ça lui donne envie de réfléchir à la raison de son comportement définitivement inhabituel. Et puis, il rêve peut-être, mais une étrange tension pèse entre les deux. C'est louche, vraiment.

Le rire de Kana chatouille ses oreilles mais ça ne l'atteint pas. Gerald est bien trop focalisé sur les mimiques de la rouquine qui vient en aide à sa meilleure amie, prête à zigouiller les hommes qui refusent d'écouter ses conseils capable de changer les statistiques des femmes satisfaites au lit. Ce qui le tire de son observation, c'est la chaleur du souffle mentholée de la brune atterrissant sur sa joue. Sa bouche effleure son oreille, discrètement, tandis qu'elle appuie la main auparavant sur sa cuisse tout contre son épaule.

« Qu'est-ce que tu fais après ?, lui demande-t-elle dans un chuchotement sensuel.
— J'avais pensé rentrer et dormir.
— Déjà ? Tu ne veux pas pleinement fêter ta nouvelle victoire ? »

Il entrouvre les lèvres et tourne la tête vers elle, qui s'est écartée pour mieux le regarder. Ses yeux lilas brillent de désir et voilà que cette d'inconfort revient. Ça le prends aux tripes. Cette impérieuse envie de tout oublier entre ses cuisses a disparu durant les vacances, remplacée par le besoin de ne plus se cacher et de faire face.

« Je fête déjà pleinement, sourit Gerald en prenant sa bière. »

Sceptique, mais peut-être aussi perdue par ce nouveau comportement, la barmaid trinque avec lui ; il devrait prendre le temps de lui expliquer ce qui a changé, parce qu'elle reste une précieuse amie. Ce n'est pas le moment de faire des faux pas et de tout foutre en l'air par maladresse. Mais, en attendant, il profite des échanges endiablés entre les jeunes femmes et les inconnus, qui sont dorénavant en train de boire leurs paroles.

Ouais, c'est vraiment une bonne manière de savourer cette folle soirée.


Ça commence à devenir une habitude d'avoir Erza sur son dos. Elle a une nouvelle fois trop bu et elle le regrettera demain matin, alors qu'elle ne sera pas fichue de se souvenir de cette soirée. Un moment pourtant bien drôle. Il compte bien tout lui raconter en observant ses mimiques. Mais avant ce lendemain douloureux pour cette rouquine éméchée, il y a encore du temps. Là, elle a la joue mollement appuyée sur le côté droit de sa tête. Ses bras enlacent à peine son cou pendant que ses cuisses serrent légèrement sa taille. Elle soupire quand il s'arrête devant un passage piétons, sous le regard de quelques passants qui n'ont pas l'air de voir souvent quelqu'un porter une autre personne.

« Pourquoi vous vous évitez, Simon et toi ? »

Cette question lui tourne dans la tête depuis le début de la soirée. Le rugbyman a toujours la manie de la coller. Cet homme des cavernes n'est pas le genre à se contenter d'un regard tendre, au loin. Lui, il a besoin d'avoir une main sur elle, ou un bras contre le sien. Un petit contact, peut-être dans le but de se rassurer ou d'être pleinement satisfait. Mais, depuis ce matin déjà, il n'est pas les pattes d'Erza, bien au contraire. Il a l'air de l'esquiver. C'est intriguant et étrange.

« On a eu une dispute, baragouine-t-elle près de son oreille.
— Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
— Hum… t'as déjà passé des vacances pourries. Je voulais pas en rajouter en te parlant de mon couple qui déraille. »

A-t-il bien entendu ? Il en oublie presque de traverser alors que c'est vert pour les piétons.

« Je suis ton ami, non ?
— Mais c'est ta journée aujourd'hui. Et ta soirée. Je gâcherais pas ça. »

Comment lui dire que cette révélation est la cerise sur le gâteau pour lui ? Bon, ça le serait vraiment si ça n'avait pas l'air d'autant boulverser Erza.

« Tu ne gâches jamais rien, rétorque-t-il en marchant plus doucement sur le trottoir. À quoi je sers sinon ? Je n'aime pas te voir minée. En plus t'as l'air d'avoir l'alcool triste, là. Je te préfère souriante.
— Tu es trop gentil. »

Un sourire aux lèvres, il s'arrête dix minutes plus tard devant le portail de l'appartement de son amie. Elle ne bouge pas de son dos mais resserre plutôt sa prise autour de lui. Surpris, Gerald tourne la tête vers son visage.

« Ça ne va pas ?
— Je n'ai pas envie de rentrer. »

Il fronce les sourcils.

« On ne va pas aller dans un autre bar.
— Nan. C'est pas ça. Je… veux aller chez toi. »

Il déglutit.

« Tu es ivre et-
— Je veux juste dormir dans un bon lit, le coupe-t-elle dans un marmonnement. Le tien est le meilleur. »

Oh.

Le film dans sa tête s'est arrêté aussi vite qu'il a commencé. Le jeune homme retient une moue déçue ; pas la peine de faire l'enfant, il sait qu'elle est fidèle. Et puis, au moins, elle va passer la nuit à ses côtés, et c'est merveilleux. Même si c'est plus pour son matelas que pour lui...

« Bon… allons chez moi alors. »

Le bout de ses oreilles doit être rouge, tout comme son nez. Le mois de janvier reste froid, surtout la nuit. La chaleur des cuisses toniques de la rouquine garde ses paumes brûlantes. Même si elle n'en a pas l'air, son étreinte est confortable. Elle a fini par fourrer son nez dans ses cheveux, sur le sommet de son crâne.

« Tu les as lavés ?, murmure-t-elle.
— Après la compétition, oui. Je n'aime pas sentir le chlore. »

Ses petits doigts tripotent son t-shirt. Ses mains se sont faufilées sous sa veste pour rester dans un agréable cocon et ça le fait sourire. La notion du temps lui a échappé mais il sait qu'il est vraiment tard. Certains lampadaires sont éteints, les voitures roulent plus vite, il y a moins de passants. Les bruits ont l'air décuplés. Il apprécie d'habiter dans un quartier tranquille, loins des ennuis. C'est une quantité de stress en moins, sauf quand il se met à penser à l'immeuble de son amie qui n'est certainement pas le plus luxueux.

Gerald traverse les voies du tram, histoire d'accéder au trottoir voisin qui le mènera vers son appartement. Il en a pour une vingtaine de minutes à pieds mais ça ne le dérange pas. Les transports à cette heure-ci peuvent être pires que les rues. La demoiselle ne proteste pas. À la place, elle divague.

« Je t'ai déjà dit que j'aimais tes fesses ?
— Oui, rit-il.
— Elles sont rondes et ont l'air douces, poursuit-elle en ignorant sa réponse, comme des pêches !
— Tu utilises trop cet emoji…
— J'aime bien les pêches. Mais pas autant que les fraises. »

Combien de verres ont été vidés, déjà ?

« Quoique… si tes fesses ressemblaient à des fraises, ce serait inquiétant… »

Sans doute trop pour que ce soit raisonnable. Le jeune homme secoue la tête par dépit ; des fois, c'est un véritable bébé, il l'admet. Mais lorsque Erza s'y met, c'est pire.

« Ou alors… tu portes un maillot de bain fraise ! Comme ça, ça ferait pêche et fraise. C'est parfait !
— Mais où est-ce que tu vas chercher ça ?
— Parlant de maillot de bain, poursuit-elle sans transition comme d'habitude, celui de natation est sympa. Je l'aime beaucoup. »

Sympa ? Il est juste noir, avec une bande blanche sur le côté. Plus banal que ça, c'est impossible.

« Si tu le dis ? Je ne vois pas trop en quoi, mais d'accord.
— Il met vraiment en valeur tes fesses. »

Ah, voilà pourquoi. Mais. Dans ce cas, ça signifie, selon le théorème de la pêche, qu'elle le reluque autant qu'il la reluque ?

« Tu serais quand même mieux sans... »

Voilà qu'il manque de s'étouffer avec sa salive. Gerald tousse, les joues rouges, avec à nouveau ce film déconseillé aux plus jeunes. Il retient un grognement, parce que c'est frustrant de subir ça. Pire encore quand son corps réagit au quart de tour. Pourquoi faut-il qu'il soit aussi réceptif ? Bon sang.

« Je me demande qui de nous deux a le meilleur boule. On devrait comparer un jour.
— Ce soir ?, lui propose-t-il rapidement et de façon taquine, sans chercher à être sérieux.
— D'accord. »

Par le Saint Exceed.

Pourquoi diable fait-il aussi chaud, maintenant ? C'est bien ce qu'il se demande en tentant de marcher droit, malgré l'inconfort entre ses jambes. Repenser à l'agréable rondeur de son fessier, c'est traitre.

« Mais le test doit être réalisé en suivant des règles précises !, pépie-t-elle.
— Ah oui ? Lesquelles ?, se renseigne-t-il avec la voix un peu enrouée.
— Tu me laisseras toucher. Pour vérifier si c'est bien ferme.
— Ça fonctionne dans les deux sens ?
— Bien sûr ! Sinon ce ne serait pas juste ! »

Ça palpite. Autant en haut qu'en bas.

« Pourquoi ces règles ?, poursuit-il avec un timbre définitivement plus rauque.
— Je pourrais être sûre que tes fesses sont bien comme des pêches : à croquer. »

Son cerveau carbure, là. Gerald tente de trouver le message caché derrière tout ça. Il arrive très vite à la conclusion qu'il n'y en a qu'un, et c'est une fois qu'il est devant le portail de l'immeuble.

« Tu... veux qu'on couche ensemble ? »

Il voit sa main droite trembler alors qu'il sort le badge pour ouvrir les portes. La rouquine a serré les cuisses pour lui faciliter la manœuvre, tenant pratiquement seule sur son dos. Seigneur, cette femme se rend-elle compte de l'emprise qu'elle a sur lui ?

« Naaaaan. Pourquoi tu parles autant de boules. On parle juste de nos boules, c'est tout. »

Son pouce appuie frénétiquement sur le bouton de l'ascenseur. Les lumières du hall se sont allumées dès qu'ils ont pénétré à l'intérieur. Elles brillent sur le carrelage blanc.

« Mais, si on couche ensemble tu seras nu… et je pourrais tout regarder.
— Attends… coucher c'est pas juste regarder…
— Tu veux pas faire un strip-tease plutôt ?, lui chuchote-t-elle à l'oreille pour ne pas faire de bruit.
— T'en as déjà eu un tout à l'heure. »

Même si ce n'était pas un moment incroyable pour sa dignité, à cause de l'histoire de sa nouvelle cicatrice.

« Donc t'es d'accord pour en faire. »

Il s'est fait avoir comme un bleu. Soit c'est l'alcool, soit cette chippie est vraiment douée. Ou les deux ?

« T'es vraiment le meilleur ami possible ! »

Ouch. Son cœur !

Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrent et qu'ils se retrouvent dedans, le nageur sent ses genoux défaillir. D'un geste théâtral, sa paume s'appuie contre l'une des parois et il renifle dramatiquement. Erza, elle, n'a pas bougé et est restée suspendue à son dos avec un petit sourire.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?
— Ma dignité vient de me tacler...
— Oh. Si c'est que ça, ça va ! »

Il roule des yeux, se relève, l'amène dans son appartement, ferme derrière, traîne des pieds vers sa chambre en se retenant de râler qu'elle commence vraiment à peser, soupire, envoie valdinguer son sac qu'elle avait mis sur son dos et la pose enfin sur son lit. À ce point de la soirée, l'étudiante ronronne quasiment de contentement. Elle occupe le matelas telle une étoile de mer, sans ciller.

« Tu te changes avant, la prévient-il en croisant les bras.
— Mais je suis fatiguée, geint-elle en gigotant comme une enfant.
— Pas mon problème.
— Tu m'aides alors ? »

Refuserait-il l'occasion de se tenir à moins de dix centimètres d'elle ? Certainement pas ! D'un bond, Gerald se retrouve à côté de cette renarde qui lui sourit, les yeux brillants à cause de l'alcool et de la malice. Il plonge dans son regard sans même hésiter, son côté moral parti très loin avec sa sobriété, tandis qu'il déboutonne sa chemise en veillant à ne pas toucher sa peau d'ivoire. Son cœur tambourine dans sa poitrine à une vitesse folle, et ses lèvres sont devenues sèches. La pression dans son pantalon grandit alors qu'il remarque qu'il ne voit pas l'ombre d'un soutien gorge.

Ah, cette diablesse.

L'atmosphère dans la pièce a changé. Le comportement d'Erza aussi. Elle a levé une main et il la sent se poser sur sa nuque, puis à l'arrière de sa tête. Son odeur remplit ses narines. Ça lui donne envie de s'enivrer davantage. Le dernier bouton de la chemise est défait et, là, il lui suffit simplement d'en pousser les pans pour apprécier la beauté de ses seins. Un véritable brasier l'anime, dévastant le peu de bonnes manières qu'il peut avoir pour Simon. Lui aussi, il a bu. Et il n'est absolument pas un saint, surtout pas quand les ongles de la rouquine gratte son crâne quand elle saisit ses cheveux. Un frisson d'excitation remonte aussitôt et il se rapproche un peu.

« Tu sais ce que j'ai envie de faire, maintenant ?, chuchote-t-elle. »

Un mouvement lent et sensuel et elle est désormais sur ses cuisses. La pression exercée sur son aine lui donne envie de gémir, sans retenue. Ses mains le démangent, lui qui a envie de les poser sur ses fesses pour les saisir fermement. Mais ce n'est pas encore à lui de faire le premier pas. Erza doit le faire. Alors il se contente de toujours avoir les yeux rivés sur son visage aux joues roses et à la bouche délicieusement humidifiée.

« Non, murmure-t-il d'une voix rauque. »

Sa poitrine se presse contre son torse. Ses paupières se ferment lorsque le souffle chaud de la jeune femme se mélange au sien. Il sent ses lèvres effleurer les siennes, délicatement. Mais pas de pression. Sauf sur son épaule. Une envie de rire monte mais il se retient. À la place, Gerald rouvre les yeux pour apprécier le visage endormi de son amie.

Le timing est vraiment nul, entre eux.