Chapitre 2 : Promenons-nous dans les bois

En attendant le retour de Djidane, je retourne aider Cinna à l'extérieur du vaisseau. Je dois passer quelque chose comme une heure à voir ce qui peut être sauvé de l'épave du Prima Vista. Pendant ce temps, je sais que le voleur essaie de convaincre son chef Bach de le laisser partir sauver Grenat, puis il le combat pour obtenir le droit de quitter les Tantalas. Comme dans le jeu, il finit par ressortir du vaisseau, avec derrière lui Bibi et Steiner, qui a l'air passablement renfrogné. Devoir suivre un vaurien comme ça, même pour sauver sa chère princesse, c'est dur pour lui.

Je m'approche du groupe et je déclare :

« Vous allez sauver Grenat, pas vrai ? Je vous accompagne. »

Djidane me regarde avec de grands yeux ronds, et les autres sont à peine moins choqués.

« On ne peut pas te laisser faire ça, fait le jeune homme. Cette forêt est foutrement dangereuse, et tu n'as pas l'air de savoir te battre.

- Bien qu'il m'en coûte de l'avouer, ce malandrin a raison, renchérit Steiner avec un hochement de tête. Un tel lieu n'est pas approprié pour une demoiselle telle que vous.

- Je peux vous aider, je dis avec plus d'assurance que je n'en éprouve réellement. Je suis déjà venue ici, je devrais pouvoir vous guider jusqu'au repaire du maître de la forêt. C'est probablement là que la princesse est retenue. »

Ma proposition semble les surprendre. La réalité, c'est que j'ignore totalement si ce que je sais du jeu pourra m'aider maintenant. Tout est plus grand, plus complexe, plus réel. Plus dangereux aussi, sans doute. Mais j'ai bien réfléchi, et ma décision est prise :

« De toute façon, si vous ne me laissez pas venir avec vous, je vous suivrai quand même, et je risquerai encore plus ma vie ! »

Djidane finit par hausser les épaules et accepter. Steiner essaie de protester encore, mais le jeune voleur lui répond avec insolence qu'ils ne font que perdre du temps qu'ils feraient mieux de passer à chercher la princesse. Le chevalier finit par acquiescer à contrecœur, et nous nous mettons en route. Je passe devant, comme je l'ai promis, et je suis soulagée de voir que l'environnement ressemble assez à celui dont je me souviens pour que je puisse trouver des points de repère. Nous traversons d'abord un long chemin marécageux. Quelques Meidens s'enfuient en nous voyant, mais visiblement, ils ne faisaient qu'aller chercher leurs copains, car ils reviennent vite avec toute une meute. Je dois avouer que je suis pas mal terrifiée, car j'avais l'habitude que les combats ne se passent que contre un seul de ces monstres à la fois, et à ce que ce soit au tour par tour, et surtout, à être bien à l'abri dans ma chambre au lieu de devoir faire ce que je peux pour ne pas me faire boulotter par un lapin qui fait la taille d'un poney et qui a les crocs d'un fauve. En plus, la musique des batailles me manque. Je sais que c'est débile, il n'y a pas eu de musique depuis que je suis arrivée dans le jeu, mais pour le coup, ça me fait réaliser que ce que je vis n'a rien d'un jeu, même si cet univers ressemble à Final Fantasy IX. Heureusement, Steiner et Djidane éliminent très vite les Meidens. Bibi est visiblement aussi perdu que moi, pour l'instant je sais qu'il deviendra un mage surpuissant capable de lancer des météorites sur ses ennemis, mais pour l'instant, il ressemble surtout à un gamin paumé.

Nous progressons plus lentement que ce à quoi je m'attendais, mais nous arrivons à la clairière par où nous apercevons d'un côté, une cascade qui indique la direction d'Alexandrie, et de l'autre, une rivière qui nous permettra de quitter la forêt. J'essaie d'en graver l'emplacement et l'orientation dans ma mémoire pour pouvoir la retrouver quand nous devrons fuir après avoir vaincu le maître de la forêt. Puis nous reprenons notre chemin, en nous arrêtant plusieurs fois pour combattre les monstres que nous croisons. Grâce aux encouragements de Steiner et de Djidane, Bibi semble prendre peu à peu confiance en ses pouvoirs, mais pour ma part, je suis toujours aussi inutile. Enfin, après plusieurs heures de marche, nous arrivons dans la clairière que je cherchais : une fontaine naturelle trône au milieu, délicatement éclairée, et dans un coin, j'aperçois Moglière qui se cache dans sa souche. J'indique aux autres qu'on devrait pouvoir se reposer ici, puis je vais parler au Mog pour essayer de le rassurer. Il me confirme qu'il a bien vu passer un Maton qui avait capturé une jeune fille, évidemment la princesse, puis il me raconte qu'il a reçu une lettre de Steelskin, et il me la lit avec beaucoup d'enthousiasme. Bibi s'approche avec curiosité :

« Qui c'est, Steelskin ? Demande-t-il.

- C'est un autre Mog, coubo ! S'exclame Moglière. C'est le plus grand explorateur de notre espèce, il a décidé qu'il parcourrait le monde entier un jour ! C'est mon idole, coubo ! »

Je souris en les laissant continuer de discuter, et je vais me désaltérer à la fontaine de jouvence, avant de me laisser tomber lourdement sur le sol.

« Tu n'avais pas menti, lâche Djidane en s'installant à côté de moi. Tu n'es peut-être pas une aventurière expérimentée, mais tu connais bien la forêt, faut le reconnaître.

- Désolée de ne pas pouvoir aider dans les combats, je souffle honteusement.

- T'inquiète. Avec moi, tu n'as rien à craindre, et le vieux ne se débrouille pas trop mal non plus, commente-t-il avec un geste du doigt désinvolte en direction de Steiner. Tu penses qu'on est encore loin ?

- Je ne suis jamais allée jusqu'à la tanière du Maître de la forêt, je réponds prudemment. Mais je pense qu'on a fait la moitié du chemin. Peut-être ?

- Super, fait le jeune homme avec un sourire resplendissant. Repose-toi un peu, je vais faire un tour et vérifier qu'on est en sécurité ici, mais il n'y a pas l'air d'avoir de traces de monstres dans les environs. Si c'est bon, on va passer la nuit ici, et on sauvera la princesse demain. »

Il se lève et va annoncer la nouvelle à Steiner, qui s'est installé seul dans un coin de la clairière, l'air inquiet. Puis il s'éloigne en jonglant joyeusement avec une de ses dagues. Quand il revient, nous installons le campement. Nous mâchonnons dans un silence tendu les rations de voyage que Djidane a prises dans les décombres du Prima Vista. Je dirais bien qu'elles sont mauvaises, mais ce n'est même pas exactement ça, elles ont plutôt le goût et la consistance d'un bloc de papier. Mais je meurs de faim, et je n'ai aucune envie d'être la seule du groupe à faire la fine bouche. Je m'installe aux côtés de Bibi dans la tente que nous avons apportée et je m'endors presque instantanément. Quand je me réveille, Steiner est déjà levé et s'affaire dans le campement pour pouvoir repartir le plus tôt possible. Je me lève, encore un peu groggy, et j'essaie de l'aider de mon mieux, mais je suis plus dans ses pattes qu'autre chose. Il me donne des ordres secs, sans méchanceté, mais un pli soucieux barre son front et il est visiblement préoccupé. Je l'entends marmonner :

« La princesse a besoin de moi, et je suis là à dormir à la belle étoile. Ce n'est pas digne d'un chevalier. »

Grâce à ses efforts, nous partons rapidement. Il me faut un peu de temps pour retrouver mes marques, mais j'arrive finalement à reconnaître le chemin qui conduit à la tanière du Maître de la forêt. L'atmosphère se fait plus étouffante à mesure que nous progressons, et un silence de mort s'installe. Aucun monstre ne nous attaque plus et nous serrons les rangs, peu rassurés. Après un temps qui me paraît long, nous distinguons enfin l'ouverture dont partent d'innombrables racines que je connais bien. Je m'arrête, et Djidane lâche nonchalamment :

« Je demanderais bien où on est, mais ça se passe de commentaires. Bon, ben quand faut y aller... »

Il sort ses dagues et s'avance avec une confiance que je lui envie. Steiner dégaine son épée et le suit, protégeant de son corps un Bibi qui serre son bâton avec inquiétude. Je me place derrière eux sans trop savoir quoi faire pour les aider à ce stade. Je ne me suis jamais battue de ma vie, et je sais d'avance que ce combat ne sera pas une promenade de santé.

Au milieu de la clairière où nous débouchons, il y a Blambourine : une espèce de fleur gigantesque dont émergent de multiples racines ainsi que cinq branches géantes mais extrêmement flexibles qui s'agitent dans notre direction. Il n'a pas d'yeux visibles, mais il s'est carrément aperçu qu'on était là ! Je tremble comme une feuille derrière Steiner en cherchant des yeux un endroit où me mettre à l'abri. Dans un coin, derrière le monstre, j'aperçois la princesse Grenat, prise dans un réseau de racines. Pendant que mes compagnons passent à l'attaque avec un cri (de combat pour Djidane et Steiner, de terreur pour Bibi), je me faufile aussi discrètement que possible vers elle pour la libérer. Je tire de toutes mes forces pour arracher les racines, mais au moment où je m'apprête à casser la dernière, j'entends un bruit sourd derrière moi. Sans que j'ai le temps de réagir, je sens un choc incroyable dans mon dos et je me retrouve projetée à plusieurs mètres de là. Un des « bras » de Blambourine m'a heurtée de plein fouet et je parviens à peine à rester assez consciente pour glisser la main dans ma poche. Je sors une des fioles de Potion que j'ai achetées, je dévisse le bouchon et la porte avec difficulté à mes lèvres. Le liquide froid glisse dans ma gorge et je me sens immédiatement revigorée. Je me redresse en secouant la tête pour me clarifier les idées et je regarde en direction du combat. C'est plus mal engagé que ce que j'espérais : mes trois compagnons sont atteints de Cécité. Steiner et Djidane restent maîtres d'eux et se contentent de réagir instinctivement aux attaques qui leur sont portées. Ils ne se débrouillent pas trop mal, mais ils ne peuvent plus attaquer le boss, et surtout, Bibi est en train de paniquer et de lancer des sorts au hasard, qui manquent régulièrement de les toucher. Je m'apprête à me rapprocher pour les aider quand je sens quelque chose me frapper légèrement dans le dos. Je sursaute et je manque de hurler de terreur, mais une main se pose fermement sur ma bouche. Je me retourne et je reconnais Frank. Quelle idiote, je l'avais oublié ! Il hoche la tête et me souffle :

« Occupe-toi de la princesse, je vais les aider, ok ?

- J'ai de quoi les soigner, je réponds. Je vais avec toi, on sera plus efficaces. »

Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça : je sais bien que je n'ai rien réussi à faire depuis le début de l'aventure. Mais j'ai planifié de participer à ce combat comme je le pouvais, j'ai acheté des remèdes pour pouvoir aider, donc je ne veux pas que ce soit pour rien. Le jeune homme me dévisage, visiblement surpris, puis il hoche à nouveau la tête. Il me dit d'aller donner un Lasik à Steiner, puis de m'occuper de calmer Bibi pendant que lui soignera Djidane. Je lui donne mon deuxième Lasik, puis je m'attelle à la tâche qui m'est assignée. Je m'approche du chevalier en fixant Blambourine pour pouvoir anticiper les attaques. C'est débile, parce que je ne serais sans doute pas capable de les esquiver de toute façon mais heureusement, la stratégie de Frank est bien plus directe : il court en direction du monstre en hurlant, pare un coup de branche de son épée longue, puis tranche plusieurs racines qui essaient de la saisir avant d'interpeller Djidane et de lui lancer un Lasik. J'en profite pour soigner Steiner, qui me remercie avant de partir à l'assaut, et le combat reprend de plus belle. Je m'approche ensuite doucement du mage noir, et je l'interpelle aussi calmement que possible. Il sursaute tout de même et lance un sort de Brasier dans ma direction. Je me jette à terre in extremis en criant :

« C'est moi, Claire, ne m'attaque pas !

- Désolé, fait-il d'une voix contrite et paniquée en tournant la tête de tous côtés pour essayer de voir quelque chose. Où est le monstre ?

- Ne t'inquiète pas, Frank est arrivé pour aider Djidane et Steiner. Je n'ai pas de quoi te soigner pour l'instant, mais ils vont gagner, tu vas voir. »

Je pose ma main sur son épaule pour le rassurer et le guider à l'écart du combat qui continue de faire rage, puis je le conduis vers la princesse, que je finis de libérer. Je la tire par les épaules pour m'assurer qu'elle ne puisse pas être blessée, puis je me laisse tomber sur le sol en continuant de parler à Bibi pour le rassurer. Moins d'une minute plus tard, je vois Blambourine se tordre de douleur en poussant un cri horrifiant, avant de s'effondrer sur le sol, mort. Je me relève sur-le-champ en jetant un regard inquiet en direction de Frank. C'est maintenant que ça devient sérieux.

Steiner s'approche pour s'assurer que la princesse va bien pendant que j'aide Bibi à se relever. Après avoir englouti une potion et en avoir donné une à Djidane, Frank vient administrer au mage noir son dernier Lasik et fait boire un remède à la princesse en ignorant le regard noir que lui lance le chevalier. C'est à ce moment-là que la terre se met à trembler : trois monstres, mélanges d'araignées et de plantes, surgissent du sol au centre de la clairière, et je sais qu'il y en a d'autres qui arriveront derrière nous. Sans plus réfléchir, je m'écris :

« Courez ! Ils vont nous tuer ! »

Je n'ai guère besoin de convaincre Bibi : le petit mage noir est aussi terrifié que moi et il se met à s'enfuir aussi vite que possible. Je dois pousser Frank pour qu'il commence à détaler à son tour, en encourageant Djidane à faire de même. Steiner quant à lui semble un instant partagé entre son envie d'en découdre et son besoin de protéger Grenat, mais cela ne dure pas : il prend la princesse dans ses bras et nous rejoint dans notre fuite éperdue.

Je prends initialement la tête de l'équipe pour essayer de retrouver la rivière qui sort de la forêt. Nous slalomons entre les troncs d'arbres en essayant de ne pas nous prendre les pieds dans les souches, les racines et les rochers qui sont sur notre chemin. Mon cœur bat à tout rompre sans que je sache si c'est l'effort physique ou la panique qui est en train de s'installer. Je me gamelle plusieurs fois, et Djidane et Frank doivent s'arrêter pour me protéger des monstres qui nous poursuivent, les tuant sans difficulté mais en perdant un temps que je sais précieux. Lorsque nous arrivons enfin sur le chemin dégagé qui sort de la forêt, Steiner et Bibi ont pris de l'avance sur nous, et la horde d'Arachnées en furie nous talonne. Leurs crissements stridents me percent les oreilles et m'empêchent de me concentrer. Mon pied agrippe une nouvelle racine et je m'étale à nouveau par terre. Je vois Djidane et Frank se retourner à nouveau pour m'aider, mais je sais que le sort de pétrification va bientôt nous rattraper. Je crois que je leur crie de partir et de m'abandonner, mais la panique m'empêche de réfléchir et je me contente peut-être de le penser très fort. Je vois juste Frank tendre sa mappemonde à Djidane et le pousser vers la sortie avant de s'élancer vers moi en tirant son épée. Il tue deux des monstres qui s'apprêtaient à m'attraper, puis m'agrippe par un bras pour m'aider à me relever.

« Pars devant, je leur apprends la politesse et je te rejoins dans une seconde. » me dit-il avant de parer un nouveau coup et de transpercer une autre Arachnée.

Je lui obéis instinctivement. Je ne sais pas si c'est parce qu'il est particulièrement convaincant, si j'ai perdu toute capacité à penser et agir par moi-même, ou plus simplement si j'ai peur de mourir et si je suis prête à faire n'importe quoi pour survivre. Je me remets à courir comme une dératée vers la sortie de la forêt, les yeux fixés vers l'ouverture éclairée qui grandit de plus en plus dans mon champ de vision.

Je crois que j'entends un cri derrière moi quand la pétrification rattrape Frank, mais je l'imagine peut-être seulement. Puis je me retrouve sous la lumière du soir tombant, enfin sortie de ce bois maudit. Bibi est accroupi un peu plus loin pour reprendre son souffle, et Steiner est en train de s'occuper de la princesse. Djidane me regarde, les yeux écarquillés sous l'effet du choc. Il s'approche des racines pétrifiées qui bloquent désormais l'accès à la forêt, incapable de réaliser ce qui vient de se passer. Je l'entends souffler :

« Frank... »

Il donne un coup contre la pierre solide qui le sépare de son ami, sans résultat. Je me contente de l'observer sans pouvoir bouger, ni même réfléchir. C'est une odeur nauséabonde qui me tire de mon état de choc. Je baisse les yeux et je m'aperçois qu'il y a une tache sombre qui s'étale sur mon pantalon et descend le long d'une de mes jambes. Génial. En plus de tout le reste, j'ai réussi à me pisser dessus de trouille. Comme si ce n'était pas assez de me sentir coupable du sort de Frank.

Djidane se retourne vers moi, et j'essaie de dissimuler mon état en rougissant de honte, mais il ne dit rien. Il pose une main lasse sur mon épaule, puis se dirige à pas lourds vers le campement de fortune, où il commence à monter la tente avec des gestes lents. Je n'ose pas me rapprocher, mais je vois que la princesse se réveille doucement et que son chevalier servant commence à se disputer avec le jeune voleur. Grenat met fin à la discussion d'une voix calme, mais malgré cela, tout le monde peut voir que Steiner ne supporte pas celui qu'il va appeler « ce sale brigand » à longueur de journée. Enfin, il est décidé de passer la nuit là, en attendant que la princesse soit en état de voyager. Celle-ci entre sous la tente, et Djidane s'allonge près du feu, de même que Bibi, mais Steiner décide de monter la garde. Il s'approche cependant de moi :

« Ce n'est pas prudent de vous tenir à l'écart ainsi, mademoiselle Claire, dit-il d'une voix sérieuse. Il y a des monstres dans la Brume, vous savez, et vous devriez vous reposer après toutes vos... émotions.

- Emotions ! je m'exclame en sentant mes joues brûler d'embarras. C'est comme ça que vous appelez ça, vous ! Je suis vraiment trop nulle !

- Vous ne devriez pas parler ainsi. Vous avez été très brave. »

Je me peux pas m'empêcher de désigner mon pantalon humide en essayant de retenir les larmes qui me montent aux yeux sous le coup de l'humiliation :

« C'est du courage, ça ? Parce que ce n'est vraiment pas l'impression que ça me donne, à moi ! »

Le soldat reste silencieux un long moment, avant de reprendre la parole sur un ton posé :

« Lors de ma première bataille, je n'ai pas su me contrôler non plus. Et non seulement je me suis fait dessus, mais j'ai été incapable de lever mon épée pour tuer mon ennemi. Mon commandant m'a longuement morigéné, m'a condamné à vingt coups de fouet en public et m'a rappelé qu'il était de mon devoir de me battre non seulement pour ma patrie, mais aussi pour mes camarades d'armes. Je ne pense pas que quiconque brille la première fois qu'il fait face à l'horreur des combats. Je ne vous connais que depuis peu, certes, mais je sais une chose : alors que vous n'aviez ni arme ni entraînement, vous avez fait face à un ennemi extrêmement dangereux et vous n'avez pas hésité à risquer votre vie pour me soigner, pour sauver monsieur Bibi et pour protéger la princesse. Votre conduite a été parfaitement honorable et je vous suis infiniment reconnaissant de vos actions, en mon nom et au nom de sa Majesté.

- Merci. » je souffle après un instant de silence. Même dans le jeu, je crois que je ne l'ai jamais vu autant parler.

Il me répète de me rapprocher du campement et me propose de mettre mon pantalon à sécher près du feu en me tendant une étoffe pour me couvrir en attendant. Il me laisse sombrer peu à peu dans un sommeil agité pendant qu'il se remet au garde-à-vous, prêt à réagir à toute menace.