Chapitre 6 : Résurrection
Résumé : Mlle Parker n'en croit pas ses yeux. L'homme qu'elle a devant elle n'est autre que celui qu'elle pleure depuis trois mois. Face à lui, elle le confronte à ses mensonges. Après quelques explications, Jarod lui demande de passer la soirée d'Halloween avec lui. Elle accepte.
Au Manoir Grimwood (adresse connue seulement de Mlle Parker et Jarod.)
Ses yeux écarquillés fixaient l'homme, cette silhouette familière et pourtant redoutable. Son esprit tourbillonnait, incapable d'en saisir pleinement l'évidence de la situation. Jarod serait vivant ? Néanmoins là, près d'elle, si menaçant, si physique, si vrai que son cœur battait à vive allure, cognant sa poitrine. Elle tenta de reculer, seulement bloquée, sans aucune issue, il lui était impossible de lui échapper. La voix de l'intru portait une tonalité effarante, son rire diabolique faisant écho, distordue par une étrangeté qu'elle n'avait jamais entendu. « Tu es surprise de me revoir, Parker ? N'est-ce pas ce que tu désirais au plus profond de ton être, ma chère amie ? » Les mots de celui que l'on nommait : "le caméléon" claquaient dans l'air comme des coups de poignards, la clouant sur place. C'était bien Jarod devant elle, mais pas celui qu'elle avait connu. Celui-là était revenu d'entre les morts pour la terroriser et peut-être même se venger. Un frisson serpentait le long de sa colonne vertébrale. Elle versa une larme alors que le sourire de Jarod s'élargissait. Elle sentit le sol se dérober sous ses pieds, envahis par une multitude de questions sans réponses. L'atmosphère, autour d'eux, vibrait d'une énergie anormale. De mauvaises ondes. Plongée dans un abîme impénétrable, là où la frontière entre la réalité et l'irréel s'étiolait, emportant avec elle tout ce qu'elle pensait savoir. Mlle Parker se releva, debout, elle se retrouva face à lui.
« Alors Parker, on ne chasse plus ? il s'avança lentement vers elle, passant ses doigts sur la lame du couteau.
- Jarod… C'est toi ? Jarod, je suis si désolée pour ce qui est arrivé. Je suis vraiment désolée, s'excusa-t-elle, la voix larmoyante.
- Ça n'a plus d'importance, Parker, parce que ce soir, tu vas enfin comprendre que certaines portes, une fois ouvertes, ne peuvent plus se refermer. Ton monde et le mien ne sont plus les mêmes.
- Arrête, Jarod. Cesse ce jeu malsain, ses yeux étaient humides.
- Ce n'est pas un jeu. C'est la réalité. Celle que tu redoutes depuis que tu les as laissé me tuer. Désormais, Parker, tu ne pourras plus te cacher derrière tes mensonges, il se délectait de la voir aussi fragile.
- Je n'ai pas menti. J'ai essayé de te protéger, c'est ce que j'ai fait toutes ces années.
- Tu voulais te protéger toi-même, Parker. Tu as peur de ce que je suis et maintenant, tu vas devoir assumer les conséquences de tes actes, il la dévisagea de haut en bas.
- Non, je t'en supplie, Jarod. Si tu es là, s'il te plaît, montre-moi que tu es bien toi, elle lui tendit la main.
- Tu veux voir ? Regarde donc. Mais sache que tu ne pourras plus revenir en arrière une fois que tu auras vu la vérité en face.
- Mon arme, où est mon arme ? elle se toucha le corps. À la maison. Quelle idiote !
- Tu n'as pas besoin de ton arme. Je suis déjà mort, tu te souviens ?
- Jarod, s'il te plaît, je t'en prie, ne fais pas ça, elle plaça ses paumes devant elle. Je ferai ce que tu veux, je te le promets !
- Tes promesses ne valent rien, Parker. Tu n'as jamais su voir au-delà de tes propres intérêts. Cette nuit, la véritable nature de notre histoire éclatera, Jarod souriait de toutes ses dents.
- Je ne voulais pas que ça finisse comme ça, tu dois me croire... Jarod… Arrête, je t'en prie… Tu me fais peur, bégayant, elle avait du mal à trouver les mots justes. Jarod… Écoute-moi…
- C'est trop tard pour les supplications. Ce que tu as déclenché ne peut plus être arrêté. Ce soir, le passé te rattrape, et la vengeance frappera à ta porte. Hahaha hahaha hahaha, il ricana, son rire était désagréable, méchant.
- Tu veux te venger ? Et comment, Jarod ? En me rendant folle ? Qu'est-ce que tu comptes faire de moi ? Ce n'est pas digne de toi, tu ne me ferais jamais de mal.
- Oh, mais je ne suis pas celui que tu crois. » il rougissait de plaisir.
Le caméléon, déterminé à attraper Mlle Parker, la poursuivit dans toute la pièce. Dans sa fuite, elle se dirigea vers la porte d'entrée et réalisa qu'elle était verrouillée de l'intérieur. « Au secours, À l'aide ! Aidez-moi ! Au secours ! Je t'interdis de... Éloigne-toi de moi, Jarod ! Je suis en train de devenir folle. À l'aide ! Hey, il y a quelqu'un ? Il y a un cinglé qui veut me tuer ! » Elle avait beau hurler et tambouriner avec ses poings contre la planche de bois, non, cela ne servait à rien, personne ne répondit à l'appel. Puis elle pivota rapidement retournant dans le vaste salon. Il n'était plus très loin d'elle. Les pas du caméléon se rapprochaient doucement de la jeune femme tandis qu'avec célérité, elle s'élança vers l'escalier principal. Ces derniers, ornés de bois sombre, apparemment sculptés à la main, s'élèvaient majestueusement depuis le hall, en une courbe gracieuse vers un palier au sommet plongeant vers deux corridors bien distincts de chaque côté, menant à différentes ailes du manoir. Prise de panique, Mlle Parker atteignit le palier et hésita un bref instant, puis fit demi-tour pour redescendre à toute vitesse de l'autre côté, recherchant désespérément un refuge. Le caméléon à toute enjambée suivait de près les mouvements de Mlle Parker, gravissant une à une les marches avec maladresse afin d'atteindre l'étage supérieur. Soudain ses pieds s'emmêlaient, elle chuta brutalement. Il riait. Jarod toujours derrière sa proie, réagissait aussitôt et attrapa la cheville de Mlle Parker, la retenant de justesse. Incliné au-dessus d'elle pour maintenir son équilibre, Jarod lâcha la cheville de la jolie brune pour saisir fermement ses poignets. Leurs regards se croisèrent, l'urgence de la course se mêla à un moment figé dans le temps, où la tension entre les deux amis devenait insoutenable. Il soupira. Mlle Parker avait remarqué que Jarod ne tenait plus le couteau dans ses mains et que c'était elle qu'il détenait. Elle ne comprenait pas ce qui arrivait. Il était devenu le chasseur, et elle, sa proie. Malgré tout, quelque chose l'intrigua.
« Jarod… Je crois que j'ai une illusion.
- Ah, quelle illusion ? demanda-t-il, son ton avait changé.
- Tu as été tué, Jarod, de trois balles. Tu es un fantôme… Alors pourquoi, je sens ton corps contre le mien ? Je sens ta main me caresser. Ton souffle chaud sur mes lèvres. Suis-je en train de perdre la raison ?
- Désolé de te décevoir, mais je ne sais pas de quoi tu parles, ma chère. Cette illusion que tu mentionnes. Peut-être que tu perds la tête, mais tu ne perds pas la raison. Quand il s'agit de moi, tu es… Disons, un peu déboussolée, ai-je tort ? se moqua-il. Peut-être que mon souffle sur tes lèvres et ma main sur ton épaule sont le fruit de ton imagination trop fertile, Parker. Ou encore que, même dans la tourmente, tu as juste besoin de sentir ma présence pour te rassurer. Et avoue-le, je suis difficile à oublier, n'est-ce pas ? Il esquissa un sourire charmeur, taquin, jouant avec l'ambiguïté de la situation, un petit mélange entre ironie et séduction.
- Difficile à oublier, peut-être, la jeune femme laissa échapper un léger rire nerveux, certainement pas difficile à ignorer, Jarod. Ta présence ici... Vois-tu, c'est comme une farce d'Halloween et j'ai déjà eu ma part de frayeurs pour la nuit. Je te prierai donc de t'en aller !
- Hum… M'en aller ? Tu n'y penses pas ? Je suis très bien là où je suis.
- C'est très agréable de te sentir contre moi, mais tu m'écrases la poitrine, Jarod, articula-t-elle avec un soupçon de sarcasme, l'idée de son caméléon spectral la traversa furtivement.
- Oh, pardon, Milady. J'oublie parfois ma tangibilité… Ou plutôt son absence, le doute entre son jeu de mots et la situation s'installa. J'espère que ça ne te dérange pas trop ?
- Oh, Jarod. Je ne sais pas ce que tu es censé représenter, mais c'est clairement dérangeant.
- Dérangeant ? susurra-t-il. Et si je te disais que le mystère des âmes perdues est une bien meilleure compagnie que l'éternité solitaire ?
- Arrête avec tes divagations, Jarod. Tu n'es pas vraiment réel. Tu es juste un tourbillon de souvenirs qui refuse de me laisser en paix.
- Oh, mais les souvenirs ne sont-ils pas plus réels que la réalité, elle-même, hein ? Ne me sous-estime pas, Parker. Tu sais très bien que je pourrais te hanter jusque dans l'au-delà.
- Je te trouve trop réel pour quelqu'un qui est mort. Je… J'ai l'impression d'être folle.
- Ce n'était pas mon intention de te mettre mal à l'aise, Parker. Cependant, avec le Centre, il y a de quoi devenir un peu fou ! Crois-moi, j'ai des raisons d'être là.
- Des raisons ? Comme celles qui ont fait de toi, ce que tu es maintenant ?
- Chaque ombre à sa lumière, Parker.
- Jarod, elle le frôlait, lui, ses joues, son cou, son dos. Oh ! Si je comprends bien, tu n'es pas mort ? »
Mlle Parker, stupéfaite le poussa violemment, se redressa et se leva pour lui faire front. Ses mains tremblaient, ce n'était pas de peur, c'était de rage pure, brute, sourde. Son regard, d'ordinaire si froid et pourtant si maîtrisé, était embrasé, irradiant d'une colère intense et incontrôlable. Sa mâchoire crispée, les muscles du visage tendus, accentuaient l'animosité de ses traits. Elle cria contre le caméléon, le soupçonnant de vouloir s'amuser à ses dépens, le semant de lui dire la vérité sur le champ. Ses yeux d'habitude d'un bleu éclatant, étincelaient d'une lueur brûlante. Ne pouvant plus contenir sa fureur, Mlle Parker était prête à exploser. Son poing se serrait si fort qu'elle sentait ses ongles s'enfoncer dans sa chair. Elle scruta l'homme, l'accusant de vouloir la torturer. Elle se noya dans un flux d'émotions : comme la frustration d'avoir été manipulée, la colère de s'être laissée berner, et le soulagement paradoxal d'apprendre qu'il était encore en vie. Et dans un geste impulsif, sa main s'éleva, décrivant une trajectoire bien acérée. Le coup rapide et bruyant du bruit sec de sa paume ouverte frappant la joue de Jarod se fit entendre, apparue une marque rouge de ses doigts sur sa peau. Jarod, choqué par la force de l'attaque et de l'agressivité de son amie, s'écarta d'elle.
« Comment se fait-il que tu sois toujours en vie, Jarod ? Je t'ai vu. J'ai vu Lyle te tirer dans le dos ! Non, c'est impossible ! Sydney m'a dit que tu avais été incinéré...
- Je vais t'expliquer, la coupa Jarod.
- Tu étais là, gisant sur le sol… Il y avait du sang partout et… Et toi, tu étais inconscient…
- Si tu arrêtais de parler, ne serait-ce, que trois secondes, je pourrais éventuellement, Parker, te l'expliquer.
- J'ai cru que ton corps avait disparu, je… Je ne sais plus ce que je dois penser, elle le gifla de nouveau. Tu es là, physiquement, mais...
- Parker, tu devrais t'asseoir.
- J'ai passé trois mois à pleurer sur une tombe vide croyant que ton âme était dans l'au-delà, elle le claqua encore une fois pour être sûre qu'il était bien fait de chair et de sang. Jarod, comment as-tu pu me faire ça ? elle s'apprêta à le frapper quand il la stoppa.
- Arrête de me gifler, ça suffit ! Jarod tendit sa main pour attraper le poignet de Mlle Parker, arrêtant ainsi sa main en l'air. Il ne jouait plus. Je suis sincèrement désolé. Je n'aurais jamais voulu te faire souffrir de la sorte, je suis… Je t'en prie, Parker, pardonne-moi, murmura-t-il le cœur plein de remords.
- Te pardonner ? Jarod, tu n'as aucune idée de ce que j'ai vécu ces derniers mois.
- Je suis ici maintenant.
- Alors explique-moi. Je veux tout savoir ! Comment as-tu fais pour t'en sortir ? »
Jarod, installé sur l'un des fauteuils en cuir du salon, débuta son récit, l'histoire palpitante de sa renaissance. La jeune femme, assise sur le canapé, l'écoutait. Ainsi, tout avait commencé après l'incident traumatisant où la balle de ce cher Lyle avait failli lui ôter la vie. Obligé de simuler sa propre mort, le caméléon avait été secrètement évacué vers un lieu sécurisé, hors de la portée du Centre et sous la vigilance très attentive de Sydney, sa figure paternelle et son mentor, une personne de confiance, échappant à une fin tragique. Et ce fut le point de départ d'une évasion atypique pour lui. Jarod, là, aux portes de l'agonie, avait été clandestinement acheminé vers une maison isolée dans un petit coin de campagne. Sydney, bien conscient des limites en tant que psychiatre, avait fait appel à un médecin émérite, un allié pour superviser et prodiguer les soins vitaux à son protégé. Ce médecin, dont les liens professionnels solides et amicaux avec Sydney lui garantissaient une discrétion et une prudence absolue, avait donc piloté avec maestria les différentes étapes du processus de guérison du patient, naviguant à travers les vicissitudes médicales pour sauver la vie du jeune caméléon. Et enfin, ce maestro de la médecine des temps modernes avait élaboré un plan d'effacement de toute trace de l'ancienne vie de Jarod. Cette mesure avait permis de le rendre « libre » et virtuellement « mort » aux yeux impitoyables du Centre, mais également du Triumvirat. Ensemble, ils avaient œuvré à créer une nouvelle identité pour le caméléon, procédant à des modifications radicales, et ce, au niveau de ses empreintes digitales et même numériques, ainsi que de ses dossiers médicaux, lui assurant son anonymat total dans l'ombre de la société. Aujourd'hui, Jarod était une autre personne, un autre homme et à ce jour, il n'y avait ni expérience, ni chasse, ni surveillance ni peur. Rien !
« Je suis désolé, Parker. Je ne sais pas quoi dire d'autres.
- Pourquoi ne pas m'avoir contacté pour me faire savoir que tu étais vivant ? Que tu allais bien ? Tu te moquais bien de moi, hein !
- Non. J'ai fait une promesse.
- Une promesse ? À qui ?
- J'avais promis à Sydney de ne pas entrer en contact avec toi. Jamais ! C'était sa condition pour que je puisse être libre, pour ne plus être traqué, pour reprendre le contrôle de ma vie. Seulement… Le prix de ma liberté était bien trop élevé. Je ne pouvais pas supporter l'idée de ne plus te revoir. Je suis revenu… Pour toi.
- Jarod, je... Je ne sais pas quoi dire.
- Cela en valait la peine, et maintenant, je réalise que ma liberté ne signifie rien sans la possibilité de t'avoir près de moi.
- Jarod, je suis contente que tu sois en vie. Vraiment. Je... Ça a été une journée assez étrange et épuisante. Il est préférable que je m'en aille. Je vais rentrer.
- Attends, Parker ! il lui prit la main. Avant de songer à partir, pourrais-tu me faire l'honneur de passer cette soirée d'Halloween avec moi ? S'il te plaît. On a mis énormément d'efforts pour préparer cette soirée, regarde, il y a même un dîner spécialement pour nous. Ce serait vraiment dommage de ne pas en profiter.
- Tu sais Jarod, tu as un certain talent pour me convaincre. Je suppose que je pourrais rester un peu. Juste un peu... Pour toi.
- Parfait, merci ! Tu ne le regretteras pas, je te le promets. »
Jarod et Mlle Parker debout, face à face, discutaient tranquillement malgré l'ambiance angoissante qui y régnait. Lorsque des bruits sonores perturbèrent la conversation, faisant tressaillir Mlle Parker. Son visage pâlit immédiatement et ses yeux, eux, s'ouvraient de plus en plus, elle saisit instinctivement l'épaule du caméléon, ses doigts se contractaient sous l'effet de la peur. Des légers crissements provenaient de toute part s'intensifiant, amplifiant le mal être de Mlle Parker. Son cœur s'accéléra à une vitesse folle alors que la terreur se lisait sur son visage. « Jarod, qu'est-ce que c'était ? » Jarod tenta de la calmer. Mlle Parker se pressa dans les bras du caméléon, s'agrippant à lui, cherchant une forme de réconfort auprès de lui. « Je... Je ne sais pas ce qui se passe ici. Je déteste ce genre d'endroit, Jarod ! Je… J'ai l'impression qu'on cherche à nous effrayer. » La détresse ancra ses racines. Jarod, conscient de son état, la rassura, la tenant serré, lui caressant le dos, dissipant au mieux ses craintes. « Je suis là, Parker, ne t'inquiète pas. Il ne t'arrivera rien, je te protégerai tant que tu resteras avec moi. » Elle le regarda. « Jarod… »
