Ce texte fait suite au texte précédent « Les Noces de Shindo Hikaru ».
Le Banquet de noces
Fujisaki Akari et son fiancé Murakami Kichirou avaient rendez-vous le lendemain matin avec leur maîtresse de cérémonie. Il n'était sans doute pas strictement nécessaire qu'ils finissent par eux-mêmes le plan de table de leur banquet de noces, mais cela ferait gagner du temps, et le temps dépensé par cette maîtresse de cérémonie coûtait cher. Certes, leurs parents finançaient largement leur mariage, cependant les deux fiancés y contribuaient et souhaitaient ne pas se montrer trop prodigues. C'était d'ailleurs un des points qui les avaient rapprochés : une saine gestion de leurs finances et une juste répartition de leurs dépenses communes, dans la limite de la courtoisie.
Ils étaient donc penchés ce soir-là, dans le petit appartement d'Akari, sur le plan de la salle de banquet qu'ils avaient réservée, les tables rondes pour les invités tracées en noir et leur table longue en rouge. Akari avait confectionné une série de post-it marqués au nom de leurs invités, de couleurs différentes selon le degré de relation : famille, amis, collègues, et directeurs. Ils étaient actuellement concentrés sur la table des amis d'Akari, et leur placement s'avérait plus difficile que prévu, en raison notamment d'un invité très spécial.
« Tu sais, commenta Akari, je me suis d'abord demandé si c'était égoïste ou lunaire de la part d'Hikaru, d'insister autant pour que son partenaire à notre mariage soit son satané goban. Mais finalement, ce n'est que la suite parfaitement logique du mariage que son grand-père a bien voulu officier il y a deux ans. Si on lui demande de venir en couple, il choisit son goban.
— Je n'y comprends pas grand-chose, essaya Kichirou, mais je croyais pourtant qu'il était en fait en couple avec Toya Akira, et que ce mariage tapageur avec son goban était une manière de cacher leur relation à leurs parents respectifs et aux responsables de l'Institut de Go.
— Tu n'es pas le seul à penser cela, soupira Akari, et, très franchement, j'ai renoncé à trouver une définition claire à leur relation. »
Elle émit un murmure de réflexion avant de reprendre :
« Pour moi, c'est un ménage à trois, entre Hikaru, Toya, et le jeu de go, représenté par ce satané goban. Et je ne suis pas tout à fait sûre que Hikaru soit le seul à y imposer le jeu de go. Toya est tout aussi obsédé que lui. Ou presque, Hikaru est sans doute le pire des deux. Est-ce que je t'ai raconté la fois où Hikaru a essayé de voler ce goban dans la remise de son grand-père ? C'est à cette époque-là qu'il a commencé à jouer.
— Non, je ne crois pas que tu m'en aies déjà parlé, même si je crois me souvenir que son grand-père y a fait allusion, lors de son mariage. »
Akari hocha la tête, et reprit :
« Je te raconterai ça plus tard, quand il sera là, car franchement ses dénégations sont amusantes. Mais pour l'instant, il faut absolument que tu gardes en tête que le jeu de go est sinon plus, au moins aussi important dans la vie de Hikaru qu'un partenaire romantique.
— C'est pour ça que tu veux absolument réserver une place au goban à la table de tes amis ? questionna Kichirou.
— Sans goban, avoua Akari, il y a peu de chance que Hikaru se pointe à notre mariage plutôt qu'à l'Institut de Go. Et je veux qu'il soit là. Ce petit idiot me doit bien ça.
— Mais qui d'autre que Shindo accepterait de s'asseoir à côté d'un goban ?
— Toya, évidemment. C'est la deuxième raison pour laquelle je l'ai personnellement invité, même si nous ne sommes pas proches.
— Tu n'aurais pas plutôt dû lui demander de convaincre Shindo de laisser le goban chez lui ?
— Chez eux, tu veux dire. Et il ne faut pas se fier aux apparences : si Toya n'arrive pas à convaincre Hikaru de venir sans le goban, Toya apportera les goke pour qu'au moins ils puissent en faire bon usage. Je te le répète, Toya est presque aussi cinglé de go. Et chez lui, c'est presque génétique.
— Tout de même, perdre une place pour loger un goban ! s'offusqua Kichirou. Tu ne trouves pas ça ridicule, quand même ?
— Ce n'est qu'une place honorifique, qui ne nous coûtera rien en nourriture, ni boisson, ni souvenir. On voit bien à la télé d'autres mariés loger leur peluche ou poupée. En plus, Hikaru nous remettra très certainement une enveloppe de couple à cinquante mille yens pour honorer son mariage et le nôtre.
— Alors là, protesta Kichirou, ça n'est plus seulement ridicule, mais mercantile.
— Autant en profiter ! Et puis, cela fera une animation supplémentaire. Est-ce que tu sais combien cela coûte, un cours particulier avec l'un d'entre eux ? Je connais un petit nombre d'autres invités qui ne seront pas fâchés d'en profiter.
— N'oublie pas que je les ai déjà vus jouer l'un contre l'autre, une fois. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça a été mouvementé.
— Ce n'était pas un match officiel ! objecta Akari. Et même si ça se passe comme ça, c'est d'autant mieux qu'ils viennent ensemble. S'ils nous font un esclandre, nos familles respectives se sentiront obligées de se tenir à carreau, par opposition. Je préfère une dispute de go plutôt que les élucubrations érotomanes de ma tante. Elle serait capable d'essayer de te séduire et prendre à part pendant le banquet.
— Est-ce que je l'ai déjà rencontrée celle-là ? s'inquiéta Kichirou.
— Épouse-moi d'abord, asséna Akari, comme ça tu ne pourras plus t'enfuir. »
Un silence de réflexion les enveloppa, Kichirou inquiet à la perspective de cette tante apparemment nymphomane, Akari préoccupée par le bon placement de ses post-it.
« Bon, on est d'accord pour mettre le goban ici et Hikaru et Toya de part et d'autre ? »
Ce texte a été rédigé dans le cadre de la cent soixante-septième nuit du FoF, le forum d'écriture francophone sur fanfiction. Les thèmes proposés étaient « noces » et « égoïste ». Pour plus d'informations, vous pouvez m'envoyer un MP.
