Titre : Le pouvoir des mots

Auteur : Lady Zalia

Résumé du chapitre précédent : Arrivés en 1350, Harry détruit sa baguette pour empêcher Voldemort de tuer des moldus. Suite à cet acte un peu stupide, il se fait capturer et torturer par la milice locale tandis que Voldy fait un massacre avant d'aller le libérer. Ils rejoignent Londres en volant et trouvent une taverne sorcière où ils peuvent enfin manger et se renseigner sur cette époque.

Réponse aux review pour qui je ne peux pas répondre en MP :

Ekateri : Merci à toi pour ta review et ta fidélité. Je suis désolé que la thématique du voyage dans le temps ne te plaise pas trop. J'espère malgré tout que tu liras l'histoire jusqu'à la fin, et que tu apprécieras tout de même les chapitres suivants. Merci aussi pour ton encouragement.

Saylen : Merci pour ta review et tes compliments qui me font chaud au coeur ! #^_^# Hé hé, je n'abandonne jamais une histoire en route. Je te laisse découvrir le nouveau chapitre, j'espère qu'il te plaira tout autant !


Chapitre 16

Après le repas, ils avaient regagné une chambre rudimentaire, meublée par deux lits, deux chaises, une table et une grande bassine en bois derrière un paravent. Contrairement à ce que Voldemort avait craint, l'aubergiste se fichait bien que ses clients soient des étrangers tant qu'ils payent en monnaie gobeline, cependant le mage noir était si paranoïaque qu'il avait placé une chaise contre la porte et s'était simplement assis sur le lit tout habillé.

Harry, de son côté, avait retiré la cape du Serpentard ainsi que sa tunique pour ne garder que son pantalon avant de se coucher. Il aurait bien fait une toilette, mais les lieux n'avaient évidemment pas l'eau courante, et sans baguette ils étaient incapables d'en invoquer.

Le Gryffondor bailla longuement. Le trajet et la douleur l'avaient exténué, sans compter le froid qui sévissait à l'extérieur. Ils avaient appris de la serveuse qu'ils étaient à la fin du mois de "Januarius1350", autrement dit Janvier. Ils allaient donc avoir besoin de vêtements chauds mais aussi d'un refuge solide s'ils voulaient passer l'hiver sans mourir de froid, ce à quoi Voldemort avait rétorqué qu'une fois de nouvelles baguettes obtenues, plus rien ne lui serait impossible.

Le libraire avait sombré dans le sommeil peu après tandis que le mage noir restait assis à ses côtés. Mais alors qu'il dormait depuis plusieurs heures, un grognement rauque le réveilla en sursaut. D'instinct, il tâtonna machinalement sous son oreiller pour y trouver sa baguette avant de se souvenir qu'il l'avait brisé, et il ouvrit complètement les yeux pour se redresser.

Voldemort était debout devant le lit, mais l'obscurité de la pièce ne permettait pas de voir grand-chose, et Harry attrapa ses lunettes avant de tendre la main en direction de la bougie sur la table.

- Lumos !

Une flamme apparut immédiatement, éclairant la scène qui se jouait dans la petite chambre. Le mage noir avait les muscles bandés, les mains tendues en avant, toute son énergie dirigée en direction de la créature noire qui était apparue devant eux.

Il s'agissait du même monstre quadrupède qui les avait déjà attaqués dans le présent, et Harry réalisa qu'il devait s'agir des fameux "chiens de Tindalos" mentionnés par le vieux sorcier roumain.

- Par Salazar, ces monstres continuent d'apparaître ici !

Harry s'approcha depuis le lit avant de sauter sur sa jambe valide.

- Confringo !

Par chance, le sortilège fonctionna du premier coup, et la créature explosa comme un ballon de baudruche trop gonflé avant de simplement s'évaporer dans l'air.

Voldemort laissa retomber ses bras le long de son corps, manifestement épuisé par sa lutte, et Harry l'obligea à se retourner pour observer son visage.

- Ça va ?

- Je vais bien, mais heureusement que je ne dormais pas. Cette créature nous aurait tous deux dévorés. Nous sommes beaucoup trop vulnérables sans baguette. Il faut que l'on s'en procure une avant demain soir.

Le Gryffondor se rassit sur le lit, son cœur battant encore la chamade. Il tremblait de tous ses membres et aurait payé cher pour un refuge, un lieu qui soit inaccessible aux créatures du livre, malheureusement ils étaient au beau milieu d'une auberge et ils n'avaient nulle part ailleurs où aller. Il s'attendait presque à voir d'autres sorciers débarquer en trombe, alertés par le bruit, cependant tout était silencieux, et il poussa un profond soupir avant de répondre au Serpentard.

- Tu as raison. Je pensais qu'une fois le grimoire traduit, elles nous laisseraient en paix, mais j'aurais dû m'en douter. La formule a des conséquences. Cthulhu est capable de transcender l'espace et le temps, il ne faut pas s'étonner si ces monstres peuvent faire la même chose.

- Tu parles comme l'un de ces fanatiques.

Harry haussa les épaules.

- Le sorcier roumain a dit qu'il existait, et il faut bien se rendre à l'évidence, cette magie est réelle. Nous sommes parvenus à voyager dans le temps alors que je n'avais même pas de baguette entre les mains. Nous avons vu plusieurs choses qui dépassaient notre compréhension. Si on veut pouvoir y survivre, il faut le reconnaître.

Le mage noir s'assit à son tour, et pour une fois il avait l'air ébranlé.

- Je n'aime pas les choses que je ne peux pas prévoir. Ces attaques sont une calamité. J'ai usé beaucoup de magie et d'énergie ces derniers jours et je vais atteindre ma limite tôt ou tard. Il faut trouver une manière de mettre fin à cela… Je refuse de croire que nous allons finir par mourir à cause de ce maudit grimoire.

- Et pourquoi ne pas chercher Paul de Tudèle ? S'il est encore en vie, il pourra peut-être nous en apprendre davantage… Et s'il a déjà été absorbé par le grimoire, il faut espérer que nous puissions mettre fin aux apparitions en le détruisant complètement. Il vivait à Paris, en France. Ça ne devrait pas être si difficile de le retrouver… Et en dernier recours, nous pouvons toujours nous rendre jusqu'en Roumanie et anéantir le culte.

- Tout serait réglé si tu nous ramenais au présent.

Voldemort lui avait jeté un regard particulièrement intense, mais il ne se laissa pas impressionner.

- Sauf que c'est hors de question. Je te l'ai dit, je refuse de sacrifier la sécurité de mes amis et de ma famille pour toi. Je ne compte pas nous laisser mourir pour autant, je te rassure. Mais nous resterons à cette époque, et mettrons fin à ces apparitions. Puis nous nous installerons quelque part, sans personne pour nous déranger. En attendant, repose-toi un peu sur moi. Nous sommes deux dans cette galère.

Étrangement vulnérable, Voldemort s'étendit sur le lit et entoura sa silhouette de ses bras, l'incitant à s'allonger à ses côtés.

- Je ne me suis jamais reposé sur personne. Nagini était la seule à qui j'accordais véritablement ma confiance et maintenant elle est loin. Même si je n'arrive pas à te haïr pour cela, il va me falloir du temps avant de pouvoir simplement fermer les yeux et me laisser aller.

Harry avait l'impression que son amant se mettait à nu en disant cela, et il passa un bras autour de sa taille avant de plonger sa tête contre lui.

- Même si mes actions peuvent te paraître égoïstes et contraire à ton intérêt, je veux passer ma vie à tes côtés et je tiens à toi. J'ai refusé de te laisser mourir alors que tu affrontais mes amis, mais je ne pouvais pas non plus rester sans rien faire alors que tu cherchais à les tuer. Maintenant que nous sommes dans le passé, je n'ai plus que toi, et je ferais tout pour te rendre heureux. Même si ça prendra du temps, je veux me montrer digne de ta confiance et te soutenir comme tu me protèges. Tu l'as dit toi-même, je t'appartiens maintenant, alors ne t'épuise pas à la tâche. Je n'irais nulle part sans toi et je ne laisserai rien ni personne te faire du mal.

Le mage noir l'incita à reculer pour pouvoir le regarder dans les yeux.

- Tu… Tu penses que tu pourrais monter la garde quelques heures le temps que je me repose ?

Le Gryffondor se redressa complètement pour s'installer en position assise. Il avait pu dormir la veille et venait de faire une sieste de plusieurs heures. La nuit n'était pas encore terminée, mais il se sentait suffisamment en forme pour rester éveillé.

- C'est bon. Dors un peu. Je te réveillerai au moindre problème. De toute façon, avec mon pied, je ne compte pas bouger d'ici.

Voldemort devait véritablement être épuisé, car il ferma les yeux et sembla sombrer presque instantanément dans le sommeil.

Les heures suivantes passèrent dans un silence angoissant. Harry se sentait incapable de dormir, s'attendant à voir une créature surgir de l'obscurité d'un instant à l'autre. Il voulait aussi prouver à son amant qu'il était capable de le protéger et qu'il pouvait se reposer sur lui.

Finalement, aucune nouvelle attaque ne vint briser la quiétude ambiante, et le libraire ressentit un incroyable soulagement en voyant le soleil poindre à l'horizon. Ils avaient beaucoup à faire aujourd'hui, et malgré la précarité de leur situation, il avait une foi absolue dans le mage noir. Voldemort allait leur procurer de l'argent, des baguettes, allait soigner son pied et trouver un logement. Il en était persuadé.

De fait, le Serpentard se réveilla quelques secondes plus tard, et Harry se sentit fasciné par son air ensommeillé. Il dormait généralement bien moins que lui, et c'était la première fois qu'il pouvait l'admirer dans une telle vulnérabilité, ses iris pourpres encore embrumés par le sommeil.

- Bonjour. Tu as pu te reposer suffisamment ?

Les quelques secondes d'hébétude dissipées, il se redressa si vivement que Harry dû s'écarter pour éviter de se prendre un coup de tête.

- Que… J'ai dormi plus que prévu.

- C'est que tu devais en avoir besoin. Ce ne sont que quelques heures, et il faut bien que tu recharges ton énergie. Le jour vient juste de se lever, j'ignore quelle heure il peut être, mais je suppose que les boutiques ouvrent un peu plus tard. Est-ce que tu penses que nous pouvons nous permettre de déjeuner ?

Voldemort lui jeta un regard condescendant.

- Notre priorité absolue est l'achat de baguettes et si le prix est resté le même, il nous faut réunir 14 Gallions. Pour les obtenir, je dois lancer des sortilèges d'attraction informulés et sans baguette, ce dont tu es incapable. Je pense que tu vas pouvoir te contenter d'un seul dîner d'ici à ce que nous les ayons récupérées.

Le Gryffondor soupira et se renfrogna, mais hocha néanmoins la tête.

- C'est bon j'ai compris. Un simple non aurait suffi. Inutile de te montrer aussi méprisant, je ne suis pas un de tes larbins, je te rappelle.

Il se dépêcha de s'habiller mais ne put retenir quelques halètements alors que ses mouvements réveillaient la douleur dans son pied. Il aurait aimé pouvoir marcher avec des béquilles, malheureusement ce n'était pas non plus la priorité du mage noir. Une fois à l'extérieur, Voldemort l'installa sur le cheval qu'il dirigea à la longe à travers les rues de Londres jusqu'au lieu indiqué par l'aubergiste.

Le "quartier" sorcier était en réalité un étrange marché en plein air dissimulé entre les arbres. Il y avait quelque chose de féérique dans ces étals fait de branches et de feuilles. Il était agréable de retrouver des éléments familiers de leur époque, et Harry eut même l'impression que son irascible compagnon se détendait peu à peu.

Voldemort avait les deux mains tendues en direction du sol et le Gryffondor devait bien reconnaître qu'il était doué. S'il n'avait su très exactement ce qu'il mijotait, il n'aurait jamais deviné qu'il était en train de voler des pièces à tous les sorciers et sorcières qu'ils croisaient. Il faisait exprès de frôler les gens mais à aucun moment un bruit métallique ou un éclat doré ne l'avait trahi.

Lorsqu'ils arrivèrent devant la roulette du marchand de baguette, l'homme qui les accueillit portait le même tablier de cuir que Garrick Ollivander à leur époque, cependant sa tenue était complétée par une robe bordée de fourrure, un chapeau de feutre et des bottes en cuir. À l'image de ses successeurs, il avait les cheveux gris, comme si tous les Ollivanders vieillissaient de manière prématurée, cependant ses yeux vifs les observaient avec attention.

- Bien le bonjour messieurs ! Je suis Geraint Ollivander, meilleur fabricant de baguettes de tout le continent !

Comme chaque fois qu'il s'adressait à quelqu'un dont il requerrait les services, le Serpentard adoptait un ton à la limite de l'obséquiosité et Harry s'amusa de ce changement de comportement.

- Bonjour monsieur Ollivander. Votre réputation vous précède, on nous a dit grand bien de vos baguettes. Les nôtres ont été brisées suite à un malheureux accident et nous sommes venus en racheter des nouvelles.

- Bien, très bien. Je ne crois pas vous avoir jamais vendu de baguette, ce sera donc une première. Vous m'en direz des nouvelles. Commençons par vous, monsieur ?

- Peverell. William Peverell.

- Peverell. Ce nom me dit quelque chose… Quelle était votre précédente baguette, monsieur Peverell ?

- Bois d'If et plume de phénix, 33,75 centimètres.

- Oh, je vois. Un tempérament flamboyant… Un mélange très puissant. Je ne pourrais bien entendu pas vous reproposer exactement la même, mais essayez celle-ci…

Il lui fit manipuler plus d'une dizaine de baguettes avant de finir sur une baguette rigide de 35,1 cm en bois de cerisier avec un cœur en crin de Sombral.

Geraint Ollivander semblait extatique face à la difficulté de son client. Lorsqu'il parvint enfin à trouver une baguette qui convenait, le vieux fabriquant bondit sur place et s'exclama si fort que plusieurs sorciers regardèrent dans leur direction. Voldemort semblait lui aussi très satisfait de sa nouvelle baguette, car il ne cessait de la faire tourner entre ses doigts avec une sorte de fascination enfantine que Harry ne lui avait jamais vu.

- Un crin de Sombral… J'ignorais qu'il existait des baguettes avec un tel cœur.

- En effet, c'est assez rare. Ce sont des baguettes capricieuses, connues pour n'obéir qu'à des sorciers capables d'affronter la mort en face. Vous devez être assurément un sorcier talentueux.

Il paya immédiatement sa baguette sans faire de commentaire, mais Harry voyait bien qu'il était fier du qualificatif. Le Gryffondor s'approcha à son tour, presque aussi impatient que le jour de sa toute première baguette.

- Je suis Harry Potter, monsieur. Et ma précédente baguette était en bois de Houx et plume de phénix. Par contre, je serais incapable de vous redonner sa longueur exacte.

- Oh, c'est amusant. Si l'on se base sur les anciennes croyances, vos précédentes baguettes vous prédestinaient à être en opposition. Le houx repousse le mal tandis que l'if représente la mort. J'imagine que vous êtes cousins ? Il est peut-être de bon augure que vous les ayez perdues !

Voldemort et Harry se regardèrent sans comprendre, et face à l'air scrutateur du vieux sorcier, ce fut le mage noir qui répondit.

- Nous sommes simplement associés. Pourquoi cette question ?

- Oh, je pensais que vous étiez de la famille de Iolanthe Peverell et Hardwin Potter. Ils se sont mariés il y a quelques années. Une famille respectable. Mais trêve de bavardages, essayons cette baguette, monsieur Potter !

Harry profita que le fabriquant était occupé à sortir des boîtes pour questionner le Serpentard à voix basse.

- D'où tiens-tu le nom de Peverell ? Je pensais que c'était une invention de ta part.

- Un très lointain ancêtre du nom de Cadmus Peverell qui aurait vécu au XIIIe siècle. Il doit être déjà mort à cette époque.

- C'est amusant. Nous sommes peut-être de très lointains cousins !

Voldemort lui jeta un regard indéfinissable, cependant ils furent interrompus par Ollivander qui lui tendait une première baguette.

Comme pour le mage noir, il fallut de nombreux essais à Harry avant d'en trouver qui lui convenait. Il fut finalement accepté par une baguette flexible de 28,5 cm, en Chêne rouge et crin de Sombral. Comme la première fois, il sentit une magie réconfortante le traverser, comme s'il venait de retrouver un membre perdu, et il offrit un sourire radieux aux deux sorciers qui l'observaient.

- C'est celle-ci ! Par Merlin, cette sensation est incroyable. Ça m'avait tellement manqué !

- Tiens, c'est étrange, très étrange même… Vous savez, en tant que fabriquant de baguettes magiques, on vend rarement deux baguettes avec un même cœur au cours de sa vie, et pourtant je peux vous affirmer avec certitude que les crins de vos deux baguettes proviennent de la même créature ! Comme je vous l'ai dit, les sorciers reconnus par une baguette en crin de Sombral sont assez exceptionnels, de ce fait nous en fabriquons très peu. Je ne voudrais pas vous effrayer, messieurs, mais il y a des chances pour que vous soyez amenés à affronter un péril mortel.

Cette fois, Voldemort ne souriait plus du tout. Il sortit la somme nécessaire pour la seconde baguette et la déposa sur la balance avec une force inutile, faisant résonner le plateau en métal.

- Merci bien, monsieur Ollivander. Ce sera tout.

Le marchand dut comprendre que ses commentaires n'étaient plus les bienvenus, car il empocha l'argent avant de les saluer d'un simple signe de tête, tandis que le mage noir incitait déjà Harry à s'éloigner.

- Pourquoi es-tu énervé ? C'est plutôt amusant que nos baguettes soient jumelles, non ?

- Je ne suis pas énervé, je n'avais simplement pas envie d'écouter ces racontars de vieillard. Nous avons encore beaucoup à faire. Maintenant, il va nous falloir acheter des ingrédients et du matériel pour brasser des potions, puis un refuge pour la nuit à venir. Contente-toi de me suivre, je vais m'en occuper. Tiens, cela te permettra de te mouvoir par toi-même.

De quelques gestes brefs, il invoqua deux béquilles en bois pour Harry qui s'en saisit avec gratitude.

À présent qu'il avait retrouvé sa baguette, le mage noir avait aussi récupéré son arrogance, et le libraire ne put que remarquer son changement d'attitude. Il ne cherchait plus à être discret, mais se promenait au milieu de la rue en l'entraînant à sa suite. Ils eurent tôt fait d'acheter les ingrédients, un chaudron ainsi que quelques outils, mais à l'étonnement de Harry, ils quittèrent rapidement le bosquet enchanté pour rejoindre les rues moldues.

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Voldemort avait jeté un sortilège à leurs vêtements pour les rendre moins remarquables et il les avait entraînés jusqu'au cœur de Londres. Malgré son désir de contrôler la situation, il ignorait beaucoup de choses sur cette époque, et il n'avait pas la moindre idée sur comment se procurer une demeure. Utiliser l'Imperium pour déposséder n'importe quel moldu de sa maison était hasardeux, et il préférait éviter les démonstrations de force trop visibles tant qu'il ne savait pas quelles étaient les pouvoirs en présence.

Harry avait bien plus de connaissances que lui sur le XIVe siècle, mais même s'il tâchait de ne rien laisser paraître, le mage noir voyait bien combien sa souffrance l'empêchait de réfléchir. Son visage était fermé, tous ses muscles étaient tendus, et il peinait à répondre à ses questions de manière naturelle. Le simple fait qu'il se laisse entraîner sans rechigner malgré son caractère rebelle, montrait bien que l'état de son pied était au cœur de ses préoccupations. C'était pour cela que la potion de guérison était sa seconde priorité, mais encore une fois pour cela, il fallait un endroit pour la préparer à l'abri des regards indiscrets.

Il détestait admettre ses faiblesses, mais après une heure à tourner en rond, il décida de questionner directement le libraire.

- Harry, quel serait le moyen le plus simple pour trouver une maison disponible, d'après toi ?

Le Gryffondor s'appuya contre un mur pour prendre le temps de réfléchir.

- Et bien, je suppose qu'il faudrait s'adresser au bourgmestre. Le responsable de cette fonction est généralement choisi par le seigneur de la région pour s'occuper de la gestion administrative de la ville. Il faudrait trouver l'hôtel de la guilde. C'est là-bas que nous pourrons connaître les demeures à vendre et faire l'acquisition de l'une d'entre elles. Il suffit de trouver le bâtiment le plus ostentatoire de la cité après l'église.

Voldemort suivit les conseils de Harry et ils finirent par trouver le fameux "Hôtel de ville" de l'époque. Le bâtiment était de couleur claire et de forme elliptique. Il jouxtait une église qu'ils reconnurent bientôt comme celle de St Lawrence Jewry. À en juger par son architecture, il devait s'agir d'un ancien amphithéâtre romain, reconverti pour héberger "la guilde", autrement dit ce qui faisait office de conseil municipal.

Le Serpentard profita qu'ils étaient à l'abri des regards pour invoquer un petit miroir. Il dépoussiéra sa tenue et peigna ses cheveux avant de rajouter quelques accessoires bourgeois à son manteau : un col de fourrure, une ceinture en cuir, une escarcelle gravée d'entrelacs celtiques… Il voulait se donner une apparence de richesse pour impressionner ces moldus, et tous les artifices étaient bons.

Il avait besoin de se retrouver seul avec l'un de ces fonctionnaires pour pouvoir le plonger sous Imperium, mais avant cela, il était nécessaire qu'on le prenne suffisamment au sérieux.

À l'intérieur du bâtiment, toute sorte d'hommes s'affairaient. Il y avait des scribes, des gardes, des marchands, des bourgeois et des nobles. Certains étaient venus pour faire juger une affaire, d'autres pour faire signer un acte notarié.

Le mage noir s'approcha d'un garde.

- Bonjour. Je souhaiterai faire l'acquisition d'un bien immobilier. À qui dois-je m'adresser ?

Le moldu en armure s'inclina et lui indiqua un bureau vers lequel ils se dirigèrent. À l'intérieur, un homme était installé à un bureau, habillé d'un lourd caftan de laine rouge et d'un bonnet de fourrure. Il était accompagné d'un scribe et tous deux relevèrent la tête à leur arrivée, les dévisageant de haut en bas comme on juge un cheval.

- Bien le bonjour, messire. Je ne crois point vous avoir jamais vu dans notre citée.

- Bien le bonjour. Moi et mon associé venons du Nord du pays. Nous avons l'intention de nous établir à Londres pour y ouvrir un commerce, mais nous avons besoin d'un local où nous installer. 60 yards² serait idéal mais nous nous accommoderons de plus petit s'il n'y a rien de mieux pour l'instant.

- Fort bien, nous avons besoin de nouveaux commerçants honnêtes. Quel type de bien vendez-vous ?

- Des fourrures et de la laine. Nous importons des tissus depuis les élevages écossais.

C'était Harry qui était intervenu sans même lui laisser le temps de répondre. Il s'était avancé pour se retrouver à sa hauteur et Voldemort hocha la tête. La présence de béquilles interpella cependant le noble qui fronça les sourcils.

- Que vous est-il arrivé ?

- Nous avons été attaqué par les bandits en chemin. Par chance, nos mercenaires sont parvenus à les mettre en fuite, mais mon cheval a pris peur et m'a désarçonné. Mon pied est resté coincé dans l'étrier, ce qui a provoqué cette douloureuse blessure.

La grimace des deux moldus montra qu'ils avaient parfaitement cru à son mensonge. Le scribe s'avança bientôt avec un épais codex qu'il déposa sur la table à l'intention du magistrat. Ce dernier le feuilleta avant de poser le doigt sur l'une des pages.

- Je pense avoir quelque chose pour vous. Une ancienne maison de tapissier. Elle est située à l'angle de Bridge Street et de Billingsgate, près du pont de Londres. La proximité avec la Tamise vous permettrait de faire acheminer vos marchandises plus facilement. Je pense que vous y serez très bien. En revanche, elle est un peu chère, mais je suis persuadé que vous êtes capable de payer comptant, n'est-ce pas ?

Le sourire du noble était carnassier, mais Voldemort le lui rendit. Il jeta un regard en direction du libraire et sortit discrètement sa baguette de sa manche.

- Impero.

Les deux sorciers avaient jeté leur sort de manière simultanée. Harry avait visé le scribe tandis que lui-même s'était chargé du magistrat, et les deux moldus avaient désormais le regard caractéristique des victimes d'Imperium.

Le Gryffondor soupira.

- C'est la première fois que je jette un impardonnable.

- Et je te félicite pour ta réussite. En plus tu peux te rassurer, à cette époque ils ne sont pas encore interdits, donc nous ne risquons rien.

Son compagnon leva les yeux au ciel tandis qu'il ricanait brièvement.

- Inutile de faire durer le plaisir. Faisons-leur croire que nous les avons payés et ordonnons-leur de nous remettre les clés.

Quelques minutes plus tard, ils étaient en possession d'une grosse clé de métal, ainsi que d'un parchemin de propriété au nom de William Peverell.

Ils n'eurent aucune difficulté à trouver leur nouvelle demeure. Il s'agissait d'une maison d'angle en encorbellement, avec un étage et des combles. Au rez-de-chaussée, les murs de pierre étaient pourvus d'une cheminée tandis qu'au premier étage, les parois étaient faites d'un mélange de bois et de torchis, percés d'une fenêtre de corne.

Voldemort était incapable de connaître la valeur d'un tel bâtiment, mais il était satisfait de son acquisition. Elle possédait le minimum de confort pour les sorciers qu'ils étaient, à savoir une cheminée et un étage. Sa proximité avec la Tamise était aussi un avantage, et il devait bien reconnaître qu'ils avaient eu de la chance.

À peine furent-ils rentrés à l'intérieur et la porte refermée derrière eux, qu'il lança toute une batterie de sortilèges de protection.

Dans le présent, il était parvenu à trouver quels enchantements permettaient de garder à distance les créatures du livre, et il ne comptait rien laisser au hasard.

De son côté, Harry avait commencé à invoquer quelques meubles, mais ses connaissances à ce sujet semblaient limitées, car il s'installa bientôt sur une chaise tandis qu'il terminait son rituel.

- Est-ce que tous ces sortilèges vont nous permettre de dormir tranquille ?

- Normalement ils le devraient. Tu te souviens, après la fois où l'une de ces créatures était apparue dans notre chambre, cela ne s'était plus jamais reproduit ? C'est bien parce que j'y suis parvenu. J'ai associé plusieurs formules et nous devrions être invisibles à leurs yeux.

Le libraire poussa un profond soupir de soulagement. Cette nuit, ils allaient tous deux pouvoir profiter d'un sommeil paisible.

Une fois la maison convenablement protégée, il sortit le matériel de brassage qu'ils avaient acheté un peu plus tôt et y invoqua de l'eau. Il aurait pu remplacer le pied de Harry par une prothèse, il l'avait déjà fait pour certains de ses hommes, cependant il tenait à ce que le libraire conserve son intégrité, et par chance il connaissait la recette par cœur.

La préparation lui prit une heure et demie, et ensuite il fallait que le mélange refroidisse. Pendant ce temps, le Gryffondor s'était assoupi sur la table, et il le réveilla avant de retirer doucement l'atèle qui protégeait la blessure, provoquant la crispation de son amant.

- Bon sang… Ça fait si mal !

Il était au bord des larmes, et Voldemort embrassa ses tempes avec une certaine tendresse.

- C'est bientôt terminé. Dès que la potion sera à température ambiante, nous plongerons ton pied dans le chaudron et il sera guéri.

Ils attendirent plusieurs minutes puis le mage noir sonda la température de sa mixture. La jugeant prête, il approcha le chaudron jusqu'aux pieds de la chaise, sous l'œil circonspect de Harry.

- Je ne risque pas de me brûler ? Ça ne fait pas très longtemps…

- J'ai vérifié. Vas-y, tu verras ça va te soulager.

Il s'exécuta et bientôt son visage l'informa mieux que des mots de l'efficacité de la potion. Il avait un peu haleté en plongeant son pied dans le liquide, cependant le soulagement avait rapidement remplacé son expression angoissée.

- Par Merlin ! C'est… extraordinaire ! Oh bon sang, merci les potions. J'aurais vraiment dû y prêter plus attention à Poudlard. Je ne ressens plus aucune douleur, plus rien ! Je peux le bouger ! Je ne pensais pas que ça ferait effet aussi vite ! Merci mille fois !

Tout en parlant, il avait retiré son pied du chaudron pour le poser par terre, et son sourire donna à Voldemort le désir irrépressible de l'embrasser.

D'un pas, il le rejoignit pour sceller leur bouche, se rendant soudain compte combien cela lui avait manqué. Depuis leur voyage dans le temps, depuis la traduction, même, ils ne s'étaient plus embrassés.

Il savoura la chaleur de ses lèvres, léchant la peau douce avant de s'engouffrer entre elles à la recherche de sa consœur. Avec avidité, il la soumit, l'incitant à suivre son rythme, sa danse… C'était si bon.

Il avait emprisonné la tête du Gryffondor entre ses bras, comme s'il voulait pouvoir sentir la chaleur de sa peau à travers ses vêtements. Bien évidemment, Harry ne fut pas en reste. Il avait passé les siens autour de sa taille et s'était même glissé sous sa cape pour se rapprocher de sa peau.

Lorsqu'il consentit enfin à s'éloigner, le libraire était essoufflé et son visage rougit par ses attentions. Il resta quelques secondes à l'admirer avant de retourner à l'assaut de sa bouche pour de brefs baisers.

- Ça faisait bien trop longtemps, mais je voulais m'assurer que la douleur ne viendrait jamais chasser le plaisir de ton esprit. Quand je t'embrasse, je veux que tu ne penses qu'à moi et à moi seul.

Il rit doucement.

- Tu es tellement égocentrique. Je te rassure, j'ai toujours pensé qu'à toi chaque fois que je me trouvais dans tes bras. Tu nous as procuré une maison, tu nous protèges des créatures, tu as soigné mon pied. Je vais avoir du mal à rivaliser…

- Je fais ça pour toi. L'idée que ta vie soit menacée m'est insupportable.

Toujours main dans la main, ils montèrent jusqu'au premier étage. Bien évidemment il n'était pas meublé, mais sous le regard émerveillé de Harry et de quelques coups de baguette, Voldemort fit apparaître un lit, deux tables de nuit, une baignoire en bois, une armoire et un coffre.

- Mais… Comment as-tu appris tous ces sortilèges ? L'invocation de meubles c'est tout de même très situationnel comme utilité.

- Une fois que tu as compris les principes fondamentaux de l'invocation, le reste n'est que visualisation. Quand j'ai quitté Poudlard, je suis parti de rien. Je n'avais ni nom, ni argent, ni famille. Il a bien fallu que je me débrouille.

Le libraire sautilla jusqu'au lit où il se laissa tomber avec un regard rêveur.

- Une couverture chaude, un matelas qui ne soit pas fait de paille, des draps… Tu exauces tous mes souhaits.

- Tous, vraiment ?

Il lui offrit un regard malicieux.

- Peut-être que j'aimerais un séduisant mage noir pour me tenir compagnie… Dénudé de préférence. Toute cette douleur et ce stress ont tendu mon corps. Tu penses que tu aurais un remède contre ça aussi ?

Il avait commencé à se déshabiller, permettant à Voldemort de l'admirer. Ce dernier n'attendit pas bien longtemps, le rejoignant bientôt. D'un claquement de doigt, sa cape se détacha de ses épaules pour s'accrocher à une patère, puis ce fut au tour de sa tunique, puis de ses bottes, chaussettes et pantalon... Lorsqu'il arriva finalement contre le matelas, il était aussi nu que son amant.

- Harry. Tu m'appartiens. Maintenant laisse-moi te le montrer.

Combien il le désirait, pour son corps svelte, ses hanches fermes, ses abdominaux finement sculptés. Combien il l'admirait aussi, pour ses savoirs si riches, ses connaissances variées, sa puissance. Et combien il tenait à lui. À sa compagnie comme nulle autre pareille.

Il déposa mille baisers sur ce corps offert, redécouvrit les courbes de son torse du bout des doigts, léchant, mordant la chair, marquant la peau pour y apposer le signe de sa possession. Car désormais, il était irrémédiablement et totalement sien. Il n'y avait plus personne, ni famille, ni amis pour l'éloigner de lui. En l'accompagnant dans le passé, il avait coupé tous ses liens et s'était isolé. Seul avec lui. Pour lui.

Avec ses doigts, avec sa langue, avec son sexe, il lui infligea mille et une sensations. Pressé entre ses doigts, il l'empêcha de jouir une première fois pour le mener au bord de la folie. Il le fit hurler, le fit trembler, le fit haleter et pleurer. Il martela son corps pour y imprimer son souvenir, plus fort, plus profondément, pour lui faire comprendre une bonne fois pour toutes qu'il était le seul à pouvoir lui offrir ce plaisir.

Chacun de ses coups de reins arrachait un gémissement au Gryffondor qui cambrait les hanches pour faciliter ses pénétrations. Et lorsque l'orgasme les dévastèrent tous deux presque simultanément, il cria à son tour son triomphe.

Harry Potter était à lui, maintenant et pour toujours.

***/+/***

Harry rouvrit les yeux sur leur chambre, illuminée par le soleil couchant. Voldemort l'avait baisé avec une certaine sauvagerie et il avait ressenti son besoin de possessivité dans sa manière de l'embrasser et le tenir contre lui. Pour autant, il s'en sentait stupidement heureux. Après l'avoir transporté dans le passé et brisé sa baguette, il avait craint qu'il ne lui en veuille et refuse de rester avec lui, pourtant il était venu le chercher, l'avait sauvé, protégé et soigné.

Il invoqua un miroir et observa avec amusement les quelques traces de doigts et suçons qui subsistaient sur son corps. Il n'y était pas allé de main morte…

Il sourit largement et rassembla ses vêtements éparpillés de part et d'autre du lit. Le mage noir était sans doute levé depuis longtemps, car il entendait quelques bruits filtrer depuis le rez-de-chaussée.

La maison qu'ils avaient trouvée n'était pas très grande mais puisqu'il était prévu qu'ils partent pour la France dans les jours à venir, elle était bien suffisante pour leur permettre de dormir en sécurité.

Même si Voldemort lui avait assuré qu'ils ne risquaient rien, il avait hâte de retrouver Paul de Tudèle pour pouvoir détruire son grimoire. Il espérait qu'ils arriveraient à temps pour empêcher l'alchimiste de se retrouver aspiré dans le livre, mais il supposait que la mort était toujours préférable à une éternité de terreur à revivre ces évènements.

Une fois habillé, il descendit les escaliers pour trouver son amant occupé à brasser une potion.

Il avait manifestement prévu quelques remèdes, car une demi-douzaine de fioles reposait déjà sur la table.

- Tu nous prépares quoi ?

- Des potions de soin. Wiggenweld, régénération sanguine, antidotes communs. Avec toi, je préfère parer à toutes les éventualités.

Harry secoua la tête.

- Je ne suis pas si fragile ! Je te rappelle que j'ai déjà parcouru le monde avant de faire ta connaissance, et je m'en suis toujours bien sorti.

Le mage noir se retourna pour l'observer, et son sourire l'électrisa. Même en sachant que l'homme était capable du pire, il ne pouvait s'empêcher de le trouver magnifique.

- Maintenant que tu es sous ma protection, il est hors de question que ton corps soit de nouveau abîmé.

Du bout du doigt, Voldemort suivit la cicatrice qui longeait sa mâchoire, faisant frissonner le libraire.

- Mais ça ne te dérange pas de me laisser des marques de suçons sur la gorge et le torse. Tu sais que l'homosexualité est totalement interdite au XIVe siècle ?

- Ce n'est pas pareil. Il suffit de le cacher. Que dirais-tu de sortir un peu, maintenant que tu as tes deux pieds pour marcher ?

- Bonne idée, je meurs de faim. Tu veux qu'on retourne à l'auberge sorcière d'hier ?

- Cela pourrait nous permettre d'obtenir des informations, et je ne fais définitivement pas confiance aux règles d'hygiène de l'époque pour ce qui est des moldus.

D'un geste de la main, la cape accrochée à la patère s'envola pour venir se poser sur son dos, et Voldemort fit de même pour lui.

Dehors, la nuit était tombée, et ils se rendirent à pied jusqu'à la taverne de l'Hippogriffe fringuant qui était aussi animée que la veille.

Ils prirent tous deux un plat du jour arrosé de Bièraubeurre et Harry dévora son repas avec appétit. Son esprit désormais libéré de la douleur obnubilante liée à son pied, il regardait autour de lui, observant les différents clients du pub.

Contrairement au Chaudron Baveur, la clientèle semblait être exclusivement composée de sorciers, car tous arboraient un visage humain. Des hommes et des femmes de tout âge y conversaient autour d'un verre ou d'une assiette et l'ambiance était plutôt animée.

Voldemort jeta un sortilège de confidentialité autour de leur table et se pencha vers lui tandis qu'il mangeait.

- Il ne me faudra que quelques jours pour terminer les préparatifs, et ensuite nous pourrons partir en France. Par où veux-tu commencer ?

Harry fut étonné qu'il lui demande son avis cependant il ne le montra pas, préférant répondre par un sourire radieux.

- La Normandie. À la fin du grimoire, j'ai reconnu la côte et j'ai encore certains de ses souvenirs. Paul de Tudèle habitait là-bas avant de se rendre à Paris. Même s'il n'y est plus, nous pourrions demander à sa famille où il réside. Sans les tuer, évidemment.

Il avait rajouté cela en voyant le sourire sardonique du mage noir.

- Bien, je suppose qu'on pourrait rejoindre la France en volant. Je ne sais pas ce que valent les balais de l'époque mais nous pourrions t'en procurer un. Ce sera toujours plus rapide que les transports moldus…

- Nous pourrions aussi trouver un bateau sorcier. Au XIVe siècle, j'imagine que de nombreux marchands devaient utiliser la navigation magique pour éviter les conflits entre les moldus. Il faudrait demander à la serveuse si elle sait quelque chose à ce sujet, ou sinon chercher sur les quais.

Effectivement, la sorcière leur indiqua un quai caché aux moldus, situé juste sous le pont de Londres, et leur indiqua même le prix moyen d'une traversée de la Manche, pour éviter qu'ils ne se fassent arnaquer. Voldemort la remercia d'une Mornille et ils quittèrent la taverne une fois l'estomac plein.

Harry se sentait bien, mieux que ces deux derniers soirs, et son humeur joyeuse le rendait moins attentif à son environnement. Heureusement ce n'était pas le cas de Voldemort qui l'arrêta tout d'un coup.

- Ils arrivent.

Un brouillard épais était tombé sur la ville, et les alentours étaient étrangement silencieux, comme s'ils avaient pénétré dans une dimension parallèle.

- Il nous suffirait de transplaner. Tu n'as pas dit que la maison était protégée ?

- Si, mais il est hors de question de fuir alors que nous pouvons les combattre. Je ne veux pas prendre le risque qu'ils nous suivent. Et puis, il est temps de vérifier ce que valent nos nouvelles baguettes magiques !

Suivant son exemple, le Gryffondor sortit sa nouvelle baguette de sa manche et se plaça dos à dos avec le Serpentard.

Cela faisait longtemps, bien trop longtemps qu'il n'avait pas combattu, et l'adrénaline le fit frissonner. Lorsque les premiers chiens de Tindalos apparurent, ils étaient prêts. D'un Glacius, il immobilisa le premier assaillant en plein vol, permettant à Voldemort de le foudroyer d'un sort. Presque simultanément, un autre monstre tenta de bondir sur eux, mais il fut repoussé d'un Flipendo qui le projeta dans un mur.

La brume opaque les empêchait de voir venir leurs attaquants, mais les deux sorciers n'avaient aucun mal à fonctionner en synergie, l'un repoussant ou immobilisant les monstres tandis que l'autre les détruisait.

Soudain, un long tentacule fendit le brouillard au rez du sol, s'emparant de la jambe de Voldemort qui poussa une exclamation surprise, et Harry n'hésita pas. Il trancha le tentacule d'un Diffindo avant de jeter un Repulso à l'endroit où devrait se trouver son propriétaire. Un choc sourd l'informa qu'il avait touché sa cible, et il l'attira d'un Accio pour l'entraîner hors de sa cachette. Il s'agissait d'une de ces mystérieuses silhouettes encapuchonnées de jaune, mais le sortilège avait découvert sa tête, permettant de voir une horrible créature semblable à une momie. Ses traits étaient émaciés et desséchés tandis que ses orbites étaient vides et noires.

Ces quelques secondes avaient permis au mage noir de se rétablir, et il enflamma la silhouette en jaune qui poussa des cris absolument inhumains.

Ces hurlements sépulcraux donnèrent à Harry la chair de poule, cependant il ne baissa pas sa garde pour autant. Imitant son condisciple, il projeta une boule de feu en direction d'une autre silhouette avant de jeter un Arresto Momentum droit devant lui, permettant à Voldemort de faire exploser pas moins de 3 créatures à la suite.

Ils combattirent ainsi pendant encore de longues minutes avant que la brume ne se dissipe aussi brusquement qu'elle n'était apparue, les laissant essoufflés mais victorieux.

- Et bien… Elle me plait cette nouvelle baguette… je la trouve très réactive.

Le Serpentard observait la baguette entre ses doigts avec un air songeur, cependant il consentit à lui répondre.

- Pareil. Je suppose que le talent des Ollivander est fidèle à leur réputation. J'ai l'impression… que plus on est en danger et plus elle est puissante. C'est étrange, je le sens dans ma magie… J'imagine que c'est à cause des crins de Sombrals.

- Pour ceux qui n'ont pas peur d'affronter la mort en face. On forme une bonne équipe, tu ne trouves pas ? Et si la puissance augmente en fonction du danger, ça pourrait être bien utile si nous sommes confrontés à un adversaire particulièrement redoutable.

Le mage noir sourit, mais d'un sourire cruel, comme s'il imaginait déjà les cadavres de ses adversaires à ses pieds.

- Je suppose. Nous pouvons rentrer à présent. Ces créatures devraient y réfléchir à deux fois avant de nous attaquer.

***/+/***

Voldemort exigea qu'ils patientent plusieurs jours avant de se rendre sur les quais. Il avait confié la préparation de quelques potions à Harry tandis que lui-même fréquentait le Bosquet enchanté pour voler de l'argent à tous les sorciers qu'il croisait.

Au bout d'une semaine, ils avaient pu se procurer des sacs qu'il avait enchantés, de nouveaux vêtements, suffisamment d'argent pour payer la traversée et même du parchemin, des plumes et de l'encre pour Harry.

Le libraire avait décidé de se remettre au dessin et avait déjà réalisé quelques estampes du paysage visible depuis la fenêtre de leur demeure.

Ils avaient réservé un départ le lundi matin à l'aube, et ils s'étaient rendus sur les quais pour trouver l'embarcadère sorcier, dissimulé sous un sortilège Repousse-moldu. Le navire en question était un caraque à trois mâts, à la coque et aux voiles noires. Malgré sa couleur, il luisait presque dans la pénombre du petit matin, comme si des lucioles avaient été attachées au bastingage.

Le capitaine ressemblait à un pirate. Son visage était traversé par une cicatrice droite et profonde, sans doute provoquée par un sortilège de découpe, et sa tunique de sorcier était sale et élimée. Il l'avait complétée par un tricorne sur lequel il avait piqué la plume verte d'un Augurey.

- Nous arriverons d'ici quelques heures, ainsi nous aurons le temps de trouver un refuge une fois en France pour éviter les attaques de créatures.

Le Gryffondor hocha la tête et alla discuter avec le capitaine tandis que lui-même s'installait sur une caisse sur le pont pour contempler l'horizon.

Le temps où tout le monde le respectait et redoutait ses réactions lui semblait bien lointain. Harry ne l'avait jamais craint au final, et à ses côtés, il avait perdu ce statut de dieu intouchable qu'était "Lord Voldemort". Ces derniers jours, il avait été contraint de se mêler à des moldus, de voler de l'argent, de fréquenter une taverne…

Pourtant, il devait bien reconnaître que le libraire avait chassé l'ennui de son quotidien. Avant de faire sa rencontre, il était plongé dans une existence monotone, partagée entre la lecture et les réunions avec ses Mangemorts. C'était d'ailleurs bien pour cela qu'il avait décidé d'approcher le Gryffondor lui-même. Désormais, il était incapable de prédire ce qui allait se passer le lendemain, mais il se sentait… vivant.

Plus vivant que depuis bien longtemps.

Il repensa à ses Horcruxes, dissimulées dans le présent. Nagini était-elle parvenue à s'enfuir ? Elle s'était toujours montrée d'une extrême fidélité à son égard, et c'était pour cela qu'il lui avait octroyé ce statut privilégié et confié un fragment de son âme. Cependant, il y avait de fortes chances pour que Dumbledore ait cherché à la détruire. Elle résistait naturellement aux sortilèges, mais ce traître de vampire n'aurait eu aucune difficulté à la tuer s'il en avait eu l'envie.

Voldemort reporta son regard sur son amant. Il semblait bavarder avec animation, et le mage noir sentit la jalousie le traverser. Il n'aimait pas qu'il puisse discuter avec quiconque d'autre que lui.

Il se leva et rejoignit le pont supérieur.

- Harry. Je ne pensais pas que tu aurais autant de choses à dire au capitaine.

- Nous discutions de nos voyages respectifs. Avant de se ranger dans le commerce, le capitaine naviguait sur les hautes mers. Il est allé jusqu'en Asie. Mais c'est devenu dangereux depuis la fin des croisades moldues, il y a beaucoup plus de pirates. Ses récits sont vraiment passionnants !

Le Serpentard passa un bras possessif autour de la taille du Gryffondor, ce qui attira immanquablement l'attention du capitaine. Ce dernier grimaça et son visage se ferma instantanément.

- Veuillez me laisser à présent. Je dois contrôler le navire.

Il s'était détourné sans leur laisser le temps de répondre, et Voldemort sourit. Il avait obtenu exactement ce qu'il désirait.

- Viens Harry, laissons le capitaine faire son travail.

Il entraîna le libraire avec lui et ce dernier le suivit sans résister, secouant néanmoins la tête une fois suffisamment éloignés.

- Tu en as fait exprès, pas vrai ?

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler.

- Ben voyons ! Prends-moi pour un idiot. Tu mériterais que je boude tout le reste du trajet.

Joignant le geste à la parole, il se détourna en direction de la mer et croisa les bras, provoquant l'amusement du mage noir.

- Tu ne tiendras jamais, tu aimes trop parler et tu n'as pas de livre pour t'occuper.

- Je peux dessiner. D'ailleurs, c'est exactement ce que je veux faire.

Il alla chercher son support et y apposa une nouvelle feuille de parchemin, puis il sortit une plume et de l'encre qu'il cala en équilibre entre ses cuisses. Profitant qu'il était immobile, le Serpentard se pencha pour lui voler un baiser avant de s'installer à ses côtés. L'horizon était encore sombre, mais le soleil levant n'allait pas tarder à être suffisamment haut pour éclairer leur environnement.

Il suffisait de 3 heures pour parcourir les 170 km entre Londres et Calais, ce qui était bien plus rapide que n'importe quel moyen de transport moldu de l'époque. La France et le Royaume-Uni étaient presque perpétuellement en guerre en ces temps-là, et le navire sorcier était capable de se rendre invisible, permettant de passer la frontière maritime sans s'en préoccuper. Ce n'était heureusement pas le cas pour les nations sorcières qui avaient abandonné ces querelles nationalistes bien des siècles auparavant.

La traversée se déroula paisiblement et ils arrivèrent en France peu avant midi. Le bateau avait accosté dans un port sorcier qui fourmillait d'activités, mais le mage noir se rendit rapidement compte qu'il ne comprenait pas un traitre mot de la langue parlée.

Devinant son problème, Harry lui tapota l'épaule avec un large sourire.

- Ne t'inquiètes pas. Maintenant, je me charge de la traduction. Les français n'utilisent pas la même monnaie gobeline que nous. Ils ont des Bezants d'or ou d'argent, mais Gringotts est implanté ici et ils pourront nous faire la conversion. Tout à l'heure j'ai demandé quelques informations au capitaine, et il m'a indiqué l'adresse d'un bureau gobelin ici-même. Il y a beaucoup de commerce entre les sorciers français et britanniques et les gobelins ont accepté de construire une antenne dans le port pour faciliter les échanges.

Le Gryffondor semblait parfaitement à l'aise, et il le guida jusqu'à une minuscule bicoque coincée entre deux bâtiments. Le gobelin avait un bonnet de fourrure sur la tête et une cape sur les épaules. Il les salua en anglais et changea immédiatement toute leur fortune en pièces françaises.

Harry bénéficiait pleinement des souvenirs de Paul de Tudèle acquis au cours de la traduction, et il les mena ensuite sans hésiter jusqu'à une place d'où partaient des attelages magiques tirés par des chevaux ailés. Plusieurs destinations étaient proposées.

- J'aurais aimé pouvoir nous déplacer en balai mais je me souviens que tu m'as dit détester cela, donc je nous ai trouvé ces calèches. Celle-ci va à Rouen. Ensuite nous pourrons toujours voler un cheval moldu ou trouver un autre moyen de transport pour rejoindre la ville où réside la famille de Paul de Tudèle. Par contre, nous allons devoir partager la voiture avec d'autres sorciers.

Voldemort maugréa, provoquant le rire du libraire.

- Je ne suis pas stupide, je sais me tenir tout de même.

- Ça fait quelques jours que tu n'as tué ou torturé personne, ça va ? Tes pulsions psychotiques ne vont pas t'inciter à massacrer tous les gens avec qui nous allons devoir voyager ?

Le Gryffondor se moquait clairement de lui, et il leva les yeux au ciel.

- Si tant est qu'ils me respectent, je devrais pouvoir résister à la tentation. Et s'ils se montrent trop curieux, je pourrais toujours t'embrasser. Je t'assure qu'après cela, ils n'oseront même plus nous regarder.

Il secoua la tête, mais le mage noir voyait bien qu'il devait s'empêcher de sourire. Il déposa un bref baiser sur sa nuque et l'entraîna en direction de la calèche.

Comme il s'y était attendu, Harry discuta avec tout le monde. Il aimait communiquer et son côté commerçant ressortait dans son aisance. Voldemort ne pouvait rien comprendre ou presque, mais il consentit à lui traduire la majorité de ses échanges, comme s'il voulait s'efforcer de l'inclure dans la discussion.

Ils ne mirent pas plus d'une heure pour atteindre Rouen où ils s'arrêtèrent dans une auberge pour déjeuner avant de repartir. Le Gryffondor profitait de contrôler leur trajet pour se garantir un minimum de confort auquel lui-même n'aurait certainement pas songé, cependant Voldemort restait inquiet pour la nuit à venir.

Ils devaient se trouver un refuge à l'abri des regards, pour qu'il puisse y lancer ses sortilèges de protection et ainsi assurer leur sécurité. Il n'oubliait pas que les créatures du grimoire apparaissaient chaque nuit dès lors qu'ils se trouvaient dans un endroit non protégé par des sortilèges. Même s'ils les avaient toujours défaits sans trop de difficulté, il n'avait guère envie de passer une nuit blanche après une journée entière à voyager…


Fin du chapitre 16

Je pense qu'il reste encore environ 3 chapitres max d'ici la fin de l'histoire. Il va se passer pas mal de choses dans les chapitres suivants... 😏

J'ai trouvé une idée de crackfic pour Noël ! À la demande d'EpsilonSnape, ça sera une [Lurry] XD. Par la suite, je vais peut-être aussi commencer le tome 2 d'Éternelle Enfant… Ou écrire l'une de ces nombreuses [Drarry] donc j'ai ébauché le scénario… Ça sera la surprise ! N'hésitez pas à vous abonner pour ne rien rater de mes prochaines publications ! 😘😁 Ffnet est en train de mourir à petit feu mais je continuerai à publier dessus tant que cela marchera. Cependant je suis aussi inscrite sur Wattpad et j'envisage AO3... N'hésitez pas à me dire si vous connaissez quelque chose de mieux.