RARs :
CyBer D'ArDant : Je n'ai rien à dire, vraiment rien… *pleure dans le noir* Trop de compliments, I can't ! C'est vraiment trop gentil, je ne suis pas faite pour pouvoir supporter ça bouya… Tu as éclairci ma journée, et maintenant je suis en boule dans un coin ! Que cette lecture te soit aussi bonne *frustrante* que possible ;) Toute ma gratitude et plein de bisous !
Karozthor the Necromagus : Ahaha *tousse* … *tousse* *sort ma tête du placard* Hello ! Je suis Madame-1-an-après de retour pour te jouer un mauvais tour ! Ou plutôt pour en jouer un à Sal ! Ce chapitre est un entre-deux qui n'est pas lié au précédent chapitre, je précise ! Prépare ta frustration, elle te sera utile pour cette lecture ! J'espère que ces 45 pages (c'est Google Docs qui dit, pas moi !) te plairont *hum* Et sur ces mots, je m'en vais tousser ailleurs ! XD Des bisous ;)
cutebody : *hug* Merci beaucoup pour tes compliments ! Ce chapitre marque la fin d'une ère, c'est un peu un entre-deux et le prochain chapitre dans le passé sera directement lié à celui-ci en termes de timeline et de conséquences… Notre pauvre Sal en bave encore et encore, malheureusement ! C'est rare que deux chapitres en relation soient coupés ainsi par le présent, donc j'essaierai de mettre un petit rappel au début ! Je t'embrasse fort et te souhaite une bonne lecture ! Bonne chance !
Elendil : Fawarx arrive toujours au meilleur moment ! Tu as bien raison ! Sal n'en a pas terminé de remettre à leur place des messieurs Je-Sais-Tout. Il ne cesse de jouer les inspecteurs des travaux finis et n'est jamais satisfait, le pauvre, quelle misère ! XD Il n'est pas DU TOUT épargné dans ce chapitre *cough* Je te souhaite une très bonne lecture. Des bisous !
Makiang4 : Toujours au rendez-vous, à ce que je vois ^^ On tombe vraiment sur une bande d'égoïstes et d'idiots de première classe dans ce chapitre ! Mais que dis-je ? Tous les chapitres avec un Conseil sont comme ça ! Hahahahaha !
Nuage25 : Merci encore pour cette appréciation, cela fait vraiment plaisir ^-^ J'espère que ce chapitre plaira également ! Une bonne lecture !
Legelia : Un grand merci pour ton soutien ! J'ai essayé de corriger mes premiers chapitres, mais c'est toujours une tâche en cours, j'ai l'impression que, tel un livre, il y aura toujours des corrections à effectuer et il faudra que j'apprenne à me dire « stop » à un moment ou un autre ^^' Quoi qu'il en soit, je te souhaite une agréable lecture et eum… bonne chance ! Des bisous !
Shiba0330 : Oui ! C'est ce qui me plaît le plus dans cette histoire : les éléments en suspens et leur connexion les uns avec les autres ! Je suis contente d'avoir pu causer tant d'émotions, c'était vraiment le but quand j'ai proposé de traduire la fic à l'auteure ; pouvoir faire partager ce que j'avais ressenti avec la communauté francophone ! Ce chapitre ne répond pas en soi à la moindre question, c'est plus la fin d'un arc, et un chapitre inévitable étant donné que l'auteure suit avec assiduité le monde de HP en essayant de tout replacer dans une timeline plus ou moins logique. Spoilers : le prochain sera dans le présent et va faire un gros BOUM hahahahaha ! Je te laisse au chapitre, une bonne lecture et des bisous !
Yami Shino : Ah, toi aussi tu as des problèmes avec ff ! Je l'ai en partie réglé en changeant mon adresse mail pour ma part ! J'espère que ce chapitre te plaira *cough* ^^''' Encore du drama et toujours plus de drama ! Des bisous et une bonne lecture !
Lilith Florent : *cry* Ça me fait vraiment plaisir d'entendre que tu relis cette histoire avec nostalgie ! Je comprends tout à fait le sentiment ! Je ne sais pas si tu liras ce message, mais je te remercie sincèrement pour cette petite lueur d'éclaircie dans ma journée ! Plein de bisous et d'arcs-en-ciel !
Jazzy02Girl : La suite voit le jour ! Ahah, des bisous et une bonne lecture :)
Marabeilla : Je suis contente que l'histoire te plaise ! Je ne compte pas mettre cette fic en hiatus pour le moment, même si le temps entre deux updates n'est plus ce qu'il était ! Je te souhaite une agréable lecture, j'espère que tu ne seras pas trop frustré.e par l'imbécillité commune des masses dans ce chapitre XD Des bisous !
1 : *cry* Oh, mais pas de problème, je suis contente que les mises à jour sur mon profil servent à quelqu'un d'autre qu'à moi ! C'est très satisfaisant de pouvoir faire défiler les chiffres ! Ahah je comprends le dilemme de la traduction Google ! C'est comme ça que j'ai commencé, dis-toi ! Je n'ai pas appris grand-chose en cours, ce sont les fanfictions qui m'ont appris l'anglais ^^ et Google m'a bien aidé au tout début (cela remonte tellement !) Je t'embrasse fort, en tout cas, et je te souhaite une très bonne lecture !
fanfics-yaoi62 : Tu es adorable ! Merci beaucoup pour ton soutien et ton appréciation ! J'espère continuer cette fiction pour le moment, pas de hiatus en vue ! J'ai eu un peu de mal avec ce chapitre, il est vrai, mais j'espère que le prochain vous parviendra plus rapidement ^^' Des bisous et une bonne lecture !
Un grand MERCI à Wrapochou et à ma nouvelle bêta Arya39, qui m'encourage à poursuivre cette aventure par sa rapidité et la pertinence de ses commentaires !
the tale of the three brothers
Avertissements : personnage en proie à la démence, personnage enterré « vivant », homicide volontaire
1260
sss
« Il était une fois trois frères qui voyageaient au crépuscule, le long d'une route tortueuse et solitaire. Après avoir longtemps cheminé, ils atteignirent une rivière trop profonde pour la traverser à gué et trop dangereuse pour la franchir à la nage. »
Cela faisait plusieurs siècles que Sal n'avait plus remis les pieds en Grande-Bretagne. Et peut-être n'y aurait-il plus jamais posé un orteil si la rumeur de la nouvelle menace qui planait sur la communauté sorcière locale n'avait pas atteint ses oreilles. Aujourd'hui encore, alors même que plus d'un millénaire s'était écoulé depuis qu'il avait porté son titre princier à Camelot, Sal se sentait toujours aussi responsable des sorciers et sorcières de Grande-Bretagne qui, par son droit de succession - un droit dont il avait été pourvu après son adoption -, étaient ses loyaux sujets.
Dès lors qu'il avait entendu parler des nombreux meurtres de sorciers dans son pays natal, Sal avait immédiatement réajusté son cap. Ce n'était guère la première fois que des meurtres survenaient sur le territoire, hélas. Rien qu'en 1066, William le Conquérant avait acquis une bonne partie des terres moldues de Grande-Bretagne et les changements qui s'étaient opérés avaient inévitablement eu un impact sur la communauté sorcière. Contrairement au monde moldu, néanmoins, le monde sorcier était resté en grande partie le même, car les serments royaux associés à la couronne d'Arthur Pendragon ne pouvaient être rompus. Aussi, pas un seul roi sorcier ne l'avait plus porté depuis lors.
Il était pratique commune dans le monde sorcier de prêter serment à un roi, non seulement à ce roi et à sa descendance, mais également à la fondation même du royaume - au château dans lequel les serments avaient été prêtés et aux territoires concernés par ceux-ci. Cette pratique rendait l'intérêt d'une conquête par un autre royaume complètement vaine. Voyez-vous, cela n'avait rien d'amusant si vos tous nouveaux sujets avaient, de par leur naissance, juré fidélité à une famille autre que la vôtre - chose que les Romains avaient apprise à leurs dépens lorsqu'ils avaient tenté de conquérir les terres sorcières en l'an 60. Il n'était pas aisé d'exercer son pouvoir sur des sujets qui ne pouvaient être tenus d'obéir aux lois et qui n'auraient aucun scrupule à vous trancher la gorge pendant votre sommeil. En fin de compte, les Romains s'étaient résolus à détruire la magie druidique naturelle que pratiquaient les druides britanniques. Cela avait fonctionné pendant un temps, jusqu'à ce que leurs premiers enfants naissent sur le territoire et qu'ils apprennent que les vœux royaux engageaient leurs plus jeunes, eux aussi. La manière de pratiquer la magie avait peu à peu changé grâce à eux, mais les serments restaient strictement les mêmes, et cela demeurerait ainsi jusqu'à ce que les fondations mêmes de Camelot soient détruites et que le dernier héritier du sang des Pendragon tire sa révérence.
Il y avait certes peu à parier que cela arriverait de sitôt.
Cependant, Sal ne serait pas revenu pour quelques meurtres ici et là. Ce qui se passait présentement sur le territoire n'était pas de ceux-ci. Quoi qu'il puisse bien s'y tramer, l'appel à l'aide qui résonnait en lui avait mené Sal à revenir pour prendre des nouvelles des familles sur lesquelles il aurait tout droit, vis-à-vis de son héritage et de sa magie, de régir.
La route du retour s'était faite longue et dangereuse, et lorsque Sal atteignit finalement le rivage des Îles, il était déjà complètement exténué. En dépit de cela, il poursuivit son chemin jusqu'à Londinium à longues enjambées.
Il était encore à quelques jours de marche de la cité quand, dans la pénombre, il aperçut trois personnes un peu plus loin sur le chemin. Elles avaient établi leur campement pour la nuit au lit de rivière de la Tamise. Un feu brûlait vivement en son centre et de là où il se trouvait, Sal pouvait déjà sentir l'odeur de la viande cuisant lentement dans leur marmite.
Sal n'était pas du genre à vouloir s'attarder en pleine nuit au milieu de nulle part. Et même lorsqu'il le faisait, il préférait quitter la route pour trouver un lieu plus sûr. Mais ces dernières semaines l'avaient épuisé jusqu'à l'os et le camp de ces étrangers paraissait un endroit tout aussi bien qu'un autre où demeurer pour la nuit.
Évidemment, partir à la rencontre d'inconnus était très dangereux. Mais Sal avait appris avec le temps que la plupart des gens étaient plus ou moins accueillants et que partager son campement pour la nuit était toujours mieux que de rester seul. Il y avait des choses pires que quelques étrangers en ce monde et les créatures sauvages, elles, hésiteraient davantage à s'en prendre à un groupe plutôt qu'à un individu solitaire.
Aussi marqua-t-il un arrêt en arrivant devant le groupe en question. Et cet arrêt lui permit de remarquer une chose qu'il n'avait pas sentie jusqu'alors : une barrière magique encerclait le camp.
Des sorciers.
C'était un campement de sorciers.
Voilà qui tombait à pic.
– Je vous salue, compagnons, les salua-t-il, les paumes bien visibles et une expression peu hostile au visage. Quelle belle nuit, ne trouvez-vous pas ?
Les trois hommes bondirent sur leurs pieds en un instant. Deux d'entre eux cherchèrent immédiatement à attraper les armes dissimulées sous leurs vêtements. Des armes ou bien même une baguette. Qui sait ? Sal ne pouvait que vaguement le deviner de là où il se trouvait. Ils s'immobilisèrent avant de pouvoir les dégainer.
Sal avança de quelques mètres dans leur direction.
– Pas un seul pas de plus, étranger ! cria l'un d'entre eux avant même que Sal ne puisse sortir de l'ombre.
Sal s'arrêta, paumes toujours tendues. S'ils avaient cessé leur mouvement, les deux autres étaient toujours sur le qui-vive, prêts à sortir leurs armes à tout instant.
– Qui es-tu et qu'est-ce qui t'amène ?
Sal scruta le sorcier qui lui avait adressé la parole et ceux qui le flanquaient. Ils avaient tous trois des cheveux noirs indisciplinés et de profonds yeux marrons. Il rappelait à Sal celui qu'il avait été avant de laisser ses cheveux pousser. Ils lui rappelaient Peverell, son vieil ami, l'époux de Helga Poufsouffle.
– Je ne suis qu'un simple voyageur cherchant un abri pour la nuit, répondit Sal. J'ai aperçu votre camp et il m'est apparu opportun de solliciter votre hospitalité.
Celui qui avait parlé afficha un air dubitatif et dévisagea Sal de haut en bas.
– Baisse ton capuchon, ordonna-t-il et Sal vint dévoiler son visage d'un mouvement lent.
Les orbes bruns et froids de l'homme glissèrent sur son visage. Il remarqua particulièrement sa tresse coiffée à l'ancienne et ses vieilles robes vert foncé quelque peu usées, mais rien ne montra qu'il eut reconnu ce que cela pouvait signifier, aussi Sal dut en déduire qu'il ne devait pas savoir ce que cette manière de se tresser les cheveux indiquait du statut de Sal dans le monde magique.
En fin de compte, l'étranger se décida à accomplir son devoir de politesse et reprit la parole :
– Je me nomme Antioche Peverell, seigneur de ma maison. Voici mes frères Cadmus et Ignotus. Dévoile ton nom, Sang-de-Bourbe.
Peverell ?
– Sang-de-Bourbe ? répéta Sal.
Sal n'avait jamais entendu le mot « Sang-de-Bourbe » être prononcé par un sorcier ou une sorcière, en ce temps, mais cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus remis les pieds en Grande-Bretagne et il était possible que le terme ait émergé durant de son absence.
– C'est bien ce que tu es, pas vrai ? cracha Antioche. L'un de ces stupides chrétiens qui craignent la magie à cause de leur Dieu. Qui pensent que ce Dieu les a créés à partir de rien que de la boue.
Sal cligna des yeux. Voilà qui expliquait pourquoi on appelait les Sans-Magie des « Sang-de-Bourbe ».
– Vous faites erreur, finit-il par répliquer. Je ne suis rien de tel.
Un reniflement de mépris lui répondit.
– Mensonges ! Si tu n'en étais pas, tu ne nous aurais pas vus, nous ou notre camp. Nous avons levé un bouclier pour la nuit afin de ne pas nous faire déranger par des Sans-Magie qui vagabonderaient par là.
Sal haussa un sourcil.
Encore une nouvelle forme de magie qu'il n'avait jamais croisée jusqu'alors. Bien sûr, les boucliers ne lui étaient pas inconnus, mais ceux-là étaient toujours irréversibles une fois lancés. L'aspect éphémère de celui-ci était tout ce qu'il y avait de plus nouveau.
– Je ne suis ni chrétien, ni Sang-de-Bourbe, rétorqua-t-il. Je voyage pour aller m'entretenir avec le Haut Conseil des Lords.
On lui jeta un rictus.
– Quel Haut Conseil ? Ton conseil n'existe pas, ricana Lord Peverell. Il semble que tu sois bien un menteur né, en fin de compte.
Salvazsahar fronça les sourcils.
– Que voulez-vous dire ? demanda-t-il. Si ce n'est ce Conseil, qui dirige notre peuple ?
– Le Conseil des sorciers, bien sûr ! répondit l'un des frères d'Antioche, Ignotus s'il ne se trompait pas. Ils sont seuls détenteurs de notre volonté. Le nom a changé il y a cent cinquante longues années.
Sal poussa un soupir exaspéré en marmonnant :
– C'est qu'il n'est plus suffisant pour eux de changer leur langage, ils s'attaquent aux noms aussi, maintenant. Stupides humains et maudite soit leur courte existence !
Lorsqu'il releva les yeux, il vit Ignotus l'étudier avec un sourcil haussé. Il semblait que sa discrétion était sérieusement à revoir. Son visage s'empourpra sous l'embarras.
– Eh bien, s'il s'agit du même Conseil, alors c'est celui-là qui m'attend, déclara-t-il.
Antioche fit la grimace.
– Quelles affaires pourraient-elles t'y mener ? demanda-t-il avec dédain. Les Sang-de-Bourbes ne sont pas autorisés à assister au Conseil.
Sal fronça les sourcils.
– Je ne suis pas un Sang-de-Bourbe, répéta-t-il. Je faisais partie du Haut Conseil des sorciers et si les familles qui le présidaient président aujourd'hui encore, alors j'y ai de droit un siège.
Cette fois-ci, Antioche Peverell lui rit carrément en pleine figure.
– Un siège, dis-tu ? s'amusa-t-il. Il n'y a pas de siège vacant au Conseil. Dis-moi, Sang-de-Bourbe, où comptes-tu donc t'asseoir ? Crois-tu vraiment qu'ils vont te l'accorder si tu demandes gentiment ? Pour que tu puisses répandre ta foi chrétienne parmi les nôtres ?
Salvazsahar ne manqua pas le petit ricanement de Cadmus. Ignotus, lui, l'observait d'un air pensif. Sal haussa les sourcils.
– Aucun siège vacant ? fit-il, soudain intéressé. Mais dites-moi, je serai très curieux de savoir qui peut bien représenter les familles Emrys et Pendragon, si tel est le cas ?
– Emrys ? répéta, ahuri, l'un des frères, Ignotus, et Sal pouvait presque voir ses méninges travailler.
– Pendragon ? fit l'autre, Cadmus, mais contrairement à son frère, il paraissait plus amusé par la situation qu'autre chose.
– En quoi cela te concerne-t-il ? remarqua Antioche. Tout le monde sait que les lignées des Pendragon et des Emrys sont éteintes.
Sal plissa le nez.
– Vous n'avez pas de nouvelles pendant quelques années et voilà que ma lignée disparaît tout bonnement ? moqua-t-il en secouant la tête. J'étais à l'étranger et je suis bien vivant. Pourquoi me forcerais-je à demeurer en Grande-Bretagne pour participer à vos petites réunions… oh, mes excuses, ce Grand Conseil… qui avance à reculons.
– À l'étranger, tu dis ? nargua Antioche. Tu vas nous faire croire que tous les membres de ta maison ont quitté le territoire depuis… depuis combien d'années, au juste ?
Sal haussa les épaules.
– Cela remonte bien à deux siècles, répondit-il d'un ton las. Nous autres Emrys avions mieux à faire que de piétiner pour se rendre aux sessions du Conseil. Pour ma part, j'avais assurément mieux à faire.
– Emrys, répéta Antioche d'une voix murmurante et Sal inclina la tête.
– Emrys, confirma-t-il.
– Et ton nom, quel serait-il ? demanda Ignotus en voyant Antioche égaré dans son silence.
– Salvazsahar Emrys, répondit Sal. Lord Emrys.
Ignotus jeta sur lui un regard interdit. Il fit un geste en direction du campement.
– Si tel est ton nom, alors notre compagnie t'est acquise pour la nuit, Salvazsahar Emrys, dit-il. Assieds-toi donc et repais-toi à ta guise.
Antioche et Cadmus hochèrent simplement la tête lorsque leur frère les bouscula.
– Prends place, finit par dire Antioche.
Ses yeux s'assombrirent.
– Mais ne crois pas m'avoir convaincu. Ta revendication est toujours en doute !
Ignotus émit un son moqueur avant de reporter son attention sur la marmite. Il remua la mixture quelque temps avant de reprendre.
– Je suis curieux. Ton nom a-t-il un lien avec Salvazsahar Pendragon ?
Sal se figea.
– D'où te vient-il ? demanda-t-il au plus jeune frère.
Ignotus haussa les épaules.
– Lorsque j'étais apprenti, j'ai trouvé un témoignage de la Bataille du Grand Nord à la bibliothèque de Poudelard.
Sal arqua un sourcil en l'entendant.
Poudelard.
Il semblerait qu'on se rapproche de plus en plus de la prononciation qu'il connaissait à l'origine. Cette découverte lui donna le tournis. Elle ne faisait que mettre en exergue la durée de son absence… les siècles qu'il avait passé hors du temps dont il était originaire.
Et aujourd'hui encore, après un millénaire de recherches, je n'ai toujours pas trouvé de solutions à ma situation, songea-t-il.
Mais celle-ci avait changé et il n'était plus très sûr de vouloir retourner à son époque. Cela faisait un millier d'années qu'il n'avait plus joué à l'enfant. L'adulte l'avait remplacé depuis trop longtemps - si ce n'est physiquement, au moins mentalement.
– Ai-je tort ? s'exclama Ignotus et cela suffit à le tirer de sa rêverie. C'est du Prince Salvazsahar que tu tiens ton nom, n'est-ce pas ?
Sal plissa le nez.
– Quelque chose comme ça, finit-il par répondre en secouant la tête. Je ne savais pas que le récit se trouvait toujours entre les murs de Pou'd Lard.
– Son histoire ne t'est pas inconnue, alors ! s'intéressa Ignotus. C'est l'une de mes préférées. Plus jeune, je rêvais d'être aussi vaillant que Salvazsahar Pendragon ! J'avais même…
– Assez, Ignotus ! l'interrompit Antioche. Nous savons tous à quel point tu vénères le Prince, mais pourrais-tu t'abstenir au moins une journée ?
Sal se sentit étrangement reconnaissant envers Antioche. Il ne savait pas s'il aurait pu supporter d'entendre Ignotus lui vouer un culte plus longtemps. C'était déjà bien assez embarrassant de savoir que certaines personnes peuvent l'admirer de loin.
Ignotus fit la moue quelques secondes avant de se reprendre.
– Si tu comptes te rendre à Londinium pour assister au Conseil, alors tu es le bienvenu pour te joindre à nous.
Il s'empara de plusieurs bols pour ses frères et lui-même et servit le dîner.
– Une petite faim ?
Sal acquiesça et sortit sa propre écuelle de sa besace.
– Oui. Et comment.
Une fois son bol rempli, il reporta son attention sur la proposition d'Ignotus.
– Je me ferai une joie de voyager en votre compagnie. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas erré dans les parages et il me sera plus facile de reprendre connaissance avec mon environnement si j'ai des compagnons à mes côtés .
Ignotus hocha la tête.
– Nous traverserons la rivière au petit matin, intervint Antioche. Après, cela ne devrait plus nous prendre que trois ou quatre jours pour atteindre notre destination.
Ils passèrent le reste de la soirée à discuter des détails de leur voyage et d'autres sujets d'importances.
.
« Les trois frères, cependant, connaissaient bien l'art de la magie. Aussi, d'un simple mouvement de baguette, ils firent apparaître un pont qui enjambait les eaux redoutables de la rivière. Ils étaient arrivés au milieu du pont lorsqu'une silhouette encapuchonnée se dressa devant eux en leur interdisant le passage. »
Le lendemain, ils se levèrent à l'aube et Sal observa les trois frères transformer quelques brindilles en un pont étroit qui leur servirait à traverser le cours d'eau.
– Ce n'est pas permanent, mais ça devrait tenir le temps d'atteindre l'autre rive, informa Cadmus avant de s'engager sur le pont.
Sal fut le dernier à le traverser. Il était si concentré sur le pont en lui-même qu'il ne cacha pas sa surprise lorsqu'en relevant la tête, il découvrit une silhouette dressée devant les trois frères. Il s'arrêta net et dégaina sa baguette.
Il s'apprêta à intervenir, mais décida de s'abstenir au dernier moment afin de savoir de quoi cela retournait.
La personne se trouvant devant les trois frères était tout aussi encapuchonnée que pouvait l'être Salvazsahar, mais tandis que sa propre cape était d'un vert sombre, celle de l'inconnu était complètement noire.
Qui que ce soit, Cadmus Peverell sembla reconnaître cette personne et cela confirma Sal dans son choix de rester à l'écart du présent conflit.
Cadmus était sur ses gardes, le poing refermé sur sa baguette à en blanchir ses jointures. Son regard était vissé sur le visage dissimulé sous le capuchon, un visage que Sal et les trois frères ne pouvaient qu'entrevoir, au mieux. Cela ne sembla pas raviser Cadmus dans son idée.
– Tu oses te montrer ici ? demanda-t-il, la haine colorant sa voix.
– Es-tu mécontent de me revoir, l'ami ? s'esclaffa l'étranger. Et moi qui pensais que notre dernière rencontre s'était faite plaisante. Ne te souviens-tu donc pas de l'excitation de notre petite joute ?
Cadmus poussa un râle de colère et ne fut sauvé d'un face à face que par les réflexes acérés d'Ignotus.
– Monstre ! s'exclama-t-il. C'est lui qui a tué ma bien-aimée !
– Mais bien sûr, affirma l'étranger. Il fallait bien que j'attire ton attention. Et j'ai formidablement bien choisi mon adversaire. Tu es parvenu à me tuer, moi, après tout, et quel exploit !
– Et pourtant te voilà, devant moi, bien vivant ! tonna Cadmus.
Un terrible rire éclata de la gorge de l'inconnu et Sal sentit le malaise le prendre au ventre.
La magie qui émanait de sa personne lui donnait des frissons d'horreur. Elle paraissait contaminée, contre nature. Plus étrange encore, et il ne l'aurait peut-être pas remarqué autrement : cette magie lui semblait étonnamment familière.
– La mort n'a pas de prise sur moi, très cher Cadmus. Ma grandeur va bien au-delà de la mortalité typiquement humaine.
Il prononça ces derniers mots avec un venin particulier.
– Et toi, Cadmus, tu as beau être un simple humain, une chose précieuse se cache dans ton sang. Tout comme tes précieux frères : humains, et pourtant si singuliers !
Cette voix.
Un éclair remonta le long de sa colonne vertébrale.
Cette voix.
Étrangère et pourtant si familière.
Cadmus afficha une grimace.
– Tu crois tout savoir de nous, mais tu te trompes !
Le ricanement reprit de plus belle.
– Oh, j'en sais plus qu'il n'y paraît sur vos travaux. Vos recherches sur le voyage dans le temps sont bien en avance pour notre époque. Et que dire de vos expérimentations avec tous ces puissants artefacts et votre obsession pour l'immortalité, s'exclama l'étranger, un sourire dépassant du capuchon. Je me devais de vous rencontrer ! Les esprits les plus affûtés de cet âge, les plus puissants sorciers en vie à ce jour ! Je n'ai tout simplement pas pu m'en empêcher ! Il fallait que je sache qui de nous tous est le supérieur des autres.
Sal reconnaissait cette manière de parler, cette cadence, mais bien qu'il se remua les méninges, il ne parvint pas à l'associer à un quelconque nom.
Cadmus fit un geste menaçant dans sa direction.
– Et c'est pour cette raison que tu as tué ma bien-aimée ? siffla-t-il.
– C'est pour cette raison que j'ai tué ta bien-aimée, répondit l'étranger, le ton calme et dépourvu d'émotions.
La répétition apparut à Sal comme une constante, comme quelque chose qui se devait d'être, comme s'il savait, inconsciemment, que c'était propre à cet étranger de parler ainsi et qu'il l'acceptait amplement.
Cadmus poussa un rugissement de fureur. Ignotus tenta de le retenir, mais l'homme échappa aux prises de son frère et tira son épée pour la pointer vers la tête de l'inconnu.
– Cadmus ! tonna Antioche. Assez !
Son cadet refusa de l'entendre et l'étranger s'esclaffa en esquivant le coup.
– Oh, Cadmus, Cadmus, Cadmus, fit l'homme encapuchonné. Écoute ton frère, Cadmus ! Il sait tout, Cadmus ! Ton agonie lui est bien connue, Cadmus ! Il aimait ta dulcinée bien plus profondément que tu n'aurais jamais pu le faire, Cadmus !
L'étranger émit un rire frénétique.
– Fais donc ce qu'il te dit, Cadmus. Il est bien meilleur, Cadmus ! Plus intelligent, Cadmus ! Plus puissant, Cadmus !
« Tu n'as pas été très sage, dis, petit-grand-frère ? »
Cadmus continua à faire voler son glaive, mais l'étranger était rapide et l'esquiver semblait être un jeu d'enfant pour lui.
– Cadmus, arrête ça ! fit Antioche et son interjection parvint à surprendre Cadmus.
Ignotus prit avantage de son manque de concentration pour l'agripper.
– Ne l'arrête pas, Antioche ! Il n'a rien fait de mal, Antioche. Tu n'es qu'un mauvais frère, Antioche ! Son désir de vengeance t'est bien égal, Antioche.
« Mère t'a-t-elle encore punie, petit-grand-frère ? »
– Assez ! rugit Antioche en tirant sa baguette. Il suffit !
Un rire tonitruant retentit et les premiers jets de magie échappèrent de la baguette d'Antioche lorsque la colère prit le dessus.
– Antioche, ne l'écoute pas ! Il veut t'inciter à brandir l'épée, chuchota Ignotus sans lâcher Cadmus.
– Tu entends ça, Antioche ? Ton frère te donne un ordre, Antioche ! Il essaie de mater ton autorité, Antioche ! Tu devrais le remettre à sa place, Antioche ! déballa l'étranger d'une voix aiguë et enfantine.
« Est-ce qu'elle t'a mis au coin comme un vilain petit rebelle, petit-grand-frère ? »
– ASSEZ ! beugla Antioche. C'en est assez !
Des étincelles rouges et jaunes explosèrent depuis le bout de sa baguette pour venir roussir l'herbe à ses pieds. Il la leva vers l'inconnu, de toute évidence ayant perdu toute patience.
– Viens si tu l'oses, Antioche ! Peut-être que tu parviendras à me réduire au silence, Antioche. Peut-être même que tu me vaincras, Antioche ! Peut-être que tu obtiendras vengeance pour la bien-aimée de ton cher frère, Antioche ! Peut-être même qu'il te remerciera, Antioche ! Peut-être même qu'il t'achèvera, Antioche ! Tu lui auras volé sa chance, Antioche !
« Tu sais bien que Mère m'aime plus que toi, petit-grand-frère. Cela te rend-il triste, petit-grand-frère ? Est-ce que tu pleures la nuit, petit-grand-frère ? Tu seras toujours dernier dans son cœur, petit-grand-frère. »
Un petit garçon se trouvait devant lui, l'épée à la main, une expression narquoise au bout des lèvres.
Aussi narquoise qu'elle l'était à présent.
Une terrible réalisation s'imposa à lui.
Mais il ne pouvait pas y penser maintenant. Pas alors que le danger menaçait de s'abattre d'une seconde à l'autre sur les trois autres hommes. Pas alors qu'ils se laissaient manipuler ainsi. Leurs réactions étaient insensées. L'étranger ne débitait qu'un tas d'inepties sans nom. S'ils avaient une once de bon sens, ils ne se seraient pas laissés mener à la baguette de cette manière.
Mais ils étaient encore si jeunes et même si Sal n'avait jamais répondu à de telles provocations, ils ne semblaient voir que la violence comme issue.
L'étranger ricanait à chacune de ses moqueries et cela avait fini d'achever l'égo de deux des trois hommes.
Cadmus tenta à nouveau de se dégager de la prise d'Ignotus, mais pour Antioche, c'était la goutte d'eau. Il s'élança vers l'inconnu.
Sal se décida finalement à intervenir.
Sans un mot, il leva sa baguette et immobilisa Antioche avant qu'il puisse atteindre l'étranger. Ce dernier se tourna alors vers lui.
– Voilà qui est curieux, reprit-il. Je ne savais pas que nous aurions de la compagnie.
Il pencha la tête et dévisagea Salvazsahar des pieds à la tête.
– Qui es-tu ? demanda-t-il, l'hésitation émergeant dans sa voix. Dégage ton capuchon. Je veux voir ton visage, étranger.
Sal fit un sourire désabusé.
Les railleries avaient cessé, pourtant cette voix faisait toujours écho dans son esprit. Un écho qu'il chérissait autant qu'il le haïssait.
– Suis ton propre conseil, étranger, répondit-il froidement sans afficher le moindre sentiment.
Il ne pouvait pas y penser maintenant. Cela risquerait de le briser s'il s'avérait qu'il ait raison.
– Ton visage n'est pas moins masqué.
L'homme étira ses lèvres dans un sourire - et même avec le capuchon, Sal ne put s'empêcher de remarquer combien cette expression lui était familière.
– Pourquoi donc aurais-tu besoin de voir mon visage pour savoir qui je suis ? dit-il. Je suis la Mort, qui d'autre pourrais-je être ?
– La Mort ? répéta Sal, sceptique. La ressemblance m'échappe.
Un rire lui répondit.
– Hérétiques ! Je suis son seul maître, sachez-le ! Moi seul suis parvenu à prendre le dessus sur la Mort elle-même ! Il n'y a qu'à me voir pour le croire !
L'homme caressa sa cape du bout des doigts et sur une grimace de dédain, il disparut.
– Voyez ! clama-t-il. Je suis la Mort. L'Unique ! Voilà sa baguette ! Voilà sa cape ! Mon emprise sur les défunts est totale ! Sachez-le !
L'étranger réapparut et le cœur de Sal s'emballa.
La Mort ?
Ça ne se pouvait… et pourtant, la seule autre explication était plus douloureuse encore.
– Posséder un don d'invisibilité ne donne pas d'autorité sur la Mort, énonça-t-il et bien que son cœur batte la chamade, sa voix était toujours aussi calme et impersonnelle. Ce ne serait pas la première fois que j'observe un tel talent.
Dans le futur, du moins… à l'aide d'une cape d'invisibilité ou de sorts n'ayant pas encore été inventés.
– Tu manques de foi, répondit l'inconnu. Tu me croiras lorsque je t'aurai tué… et une fois que je me serai débarrassé de tes chers compagnons !
Il fit un grand geste de la main.
– L'homme a perdu l'esprit, entendit-il Ignotus murmurer.
Il ne pouvait pas vraiment lui reprocher la conclusion. L'homme paraissait complètement dément et pourtant s'il avait raison, comment Sal était censé l'accepter ? Et bien qu'il priait pour qu'Ignotus se trompe, un frisson d'horreur hérissait les poils sur sa nuque ; quelque chose lui disait que la folie n'était pas la seule force à l'œuvre dans l'histoire. Il y avait comme un phénomène de corruption en jeu qui ne lui disait rien qui vaille.
C'était dans la magie qui l'entourait. Elle avait un goût d'infection… d'impureté. Sal ne se rappelait pas avoir un jour touché à une magie aussi souillée.
C'était contre nature. Perverti au point d'en être méconnaissable.
Sal frissonna et l'homme s'esclaffa.
Par pitié, non ! Tout sauf ça !
– Effrayé ?
– Non, rétorqua Sal et d'un geste du poignet, il poussa Antioche loin de l'étranger.
Le jeune seigneur immobilisé atterrit sur le carré d'herbe au pied de Sal et à l'aide d'un autre sort, il lui fit reprendre connaissance sans relâcher son emprise.
Faites que je me trompe !
Par pitié ! Faites que je me trompe !
Antioche cligna doucement des yeux, puis leva un regard courroucé vers Sal.
– Qu'as-tu fait ? siffla-t-il.
– Je t'ai arrêté, répondit Sal, méfiant, sans détourner le regard de l'étranger. Tu n'aurais eu aucune chance contre lui.
Une veine pulsa sur le front d'Antioche.
– Je suis Lord Antioche Peverell et je n'ai que rarement perdu lors des duels que j'ai engagés ! Comment peut-on…
– Tu aurais perdu celui-ci, l'interrompit Sal.
Par pitié, je dois avoir tort ! Cela ne se peut !
Le rire d'un enfant se rappela à lui.
L'étranger ricana.
– Oh, c'est qu'il s'annonce perspicace ! s'exclama-t-il, un grand sourire aux lèvres.
À fendre son visage d'une oreille à l'autre sans jamais toucher ses yeux, ce sourire n'avait rien de naturel.
Je ne pourrais pas supporter d'avoir raison ! Je ne le pourrais pas !
L'innocence d'un enfant depuis longtemps envolée et n'ayant survécu qu'au travers de ses souvenirs.
Les yeux d'un enfant, brillant d'admiration, qui l'observait depuis une ère révolue.
– Tu feras un bel ajout à ma collection grandissante d'âmes en tous genres, continua l'étranger et l'espace d'un instant, il joua avec l'anneau à son doigt.
Celui-ci était en or et surmonté d'une pierre noire. Sur cette dernière, un étrange symbole était inscrit. Cela ressemblait à un œil doré stylisé avec une pupille fendue. Un cercle dans un triangle divisé d'un unique trait.
Crois-moi, petit-grand-frère ! Je vais te faire pleurer, petit-grand-frère ! Tu vas saigner, petit-grand-frère ! Il n'y a rien que tu puisses faire, petit-grand-frère ! Je serais toujours meilleur que toi, petit-grand-frère !
.
« C'était la Mort et elle leur parla. Elle était furieuse d'avoir été privée de trois victimes, car d'habitude, les voyageurs se noyaient dans la rivière. Mais elle était rusée. Elle fit semblant de féliciter les trois frères pour leurs talents de magiciens et leur annonça que chacun d'eux avait droit à une récompense pour s'être montré si habile à lui échapper. »
Et sur un dernier rictus, l'inconnu s'élança.
D'un mouvement de la main, Antioche fut libéré de son entrave et Sal esquiva tout juste la charge de l'étranger.
Antioche prit immédiatement sa suite, sorts après sorts. Pas un seul d'entre eux ne toucha leur cible. L'étranger était trop rapide, trop agile et trop rusé.
Il éclata d'un rire dément et chargea de nouveau Sal.
Sal l'évita et Cadmus profita de son évasion pour dégainer son épée, tandis qu'Ignotus, de son côté, débitait un sortilège.
Ils manquèrent chacun leur coup.
Tel un acrobate, l'inconnu fit voltige vers l'arrière, se rattrapa sur ses mains et fit une pirouette. Il atterrit derrière Antioche et de ses doigts - de ses griffes -, il fit un mouvement en travers pour le transpercer. Le sorcier esquiva son coup, mais les ongles étrangement longs et tranchants parvinrent tout de même à entailler ses robes et la chair de son épaule pour faire couler le sang.
L'inconnu lécha le liquide sanglant maculant sa main et ricana de nouveau.
– Quelle finesse ! Quelle puissance ! acclama-t-il avec jubilation. Je vais me faire un plaisir de te mettre en morceau avant de t'ôter la vie !
Il bondit sur Antioche, cette fois trop rapidement pour que l'homme puisse y faire quoi que ce soit.
Je t'aime, petit-grand-frère ! Je veux être comme toi plus tard, petit-grand-frère ! Tu es mon héros, petit-grand-frère !
Un enfant plein d'adoration apparut devant lui.
L'image se brisa et une larme roula sur sa joue.
L'air ambiant avait une odeur de mort et de traîtrise.
– Qu'as-tu fait ? murmura-t-il, déconfit et agonisant devant cette seule vérité. Que t'est-il arrivé ?
Une deuxième larme coula.
L'étranger leva la tête vers lui à ces mots. Antioche était à terre et il s'apprêtait tout juste à charger Cadmus, lorsque Salvazsahar reprit d'une voix brisée.
– Ce qu'il m'est arrivé ? répéta l'inconnu, un sourire fendant toujours son visage. Je n'ai rien fait.
Sal secoua la tête.
– Que t'est-il arrivé ? répéta-t-il, horrifié. Le rituel nous était interdit ! Comment as-tu pu, Medrawd ?
L'étranger ouvrit grand les yeux et pâlit.
– Petit-grand-frère ?
Et lorsque les larmes se mirent à couler à grands flots, l'étranger - Medrawd ! - décampa sur le champ. Et Sal tomba à genoux, le visage enfoui entre ses mains, et sanglota au souvenir de l'homme d'autrefois et du monstre qui avait pris sa place.
– Pourquoi avoir déchiré ton âme à ce point, Medrawd ? Explique-moi !
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« Le plus âgé des frères, qui aimait les combats, lui demanda une baguette magique plus puissante que toutes les autres, une baguette qui garantirait toujours la victoire à son propriétaire, dans tous les duels qu'il livrerait, une baguette digne d'un sorcier qui avait vaincu la Mort ! La Mort traversa alors le pont et s'approcha d'un sureau, sur la berge de la rivière. Elle fabriqua une baguette avec l'une des branches et en fit don à l'aîné. »
Sal pénétra finalement dans la chambre principale du Haut Conseil des Lords qui servait à présent à l'assemblée du Conseil des sorciers. L'endroit avait bien changé depuis sa dernière visite. Les chaises dures en bois avaient été remplacées par des sièges plus confortables et la chambre en elle-même avait été agrandie pour ressembler davantage à une grande salle de sessions.
Sal contempla les alentours avec intérêt. Le trône demeurait à l'opposé de la pièce. Cela faisait plusieurs siècles qu'il n'avait plus remis les pieds en ces lieux. Et à vrai dire, la dernière fois qu'il s'y était rendu, Godric et Peverell l'accompagnaient encore.
Plusieurs Lords manquaient encore à l'appel. La session démarrerait à la mi-journée. Le temps était en leur faveur, mais Sal avait insisté pour apparaître tôt dans la matinée étant donné le nouveau visage qu'il représentait.
Il entra donc dans la chambre et se dirigea vers la chaise qu'il avait toujours occupée lors des conseils.
– Il nous faut encore nous assurer que tu as ta place entre ces murs, fit remarquer Antioche en l'arrêtant avant qu'il ne puisse atteindre sa destination.
Sal exhala.
– Il m'apparaît que tu doutes encore de ma parole.
– J'en doute, assurément ! s'exclama Antioche. Et je ne te fais pas plus confiance, surtout en sachant que cette créature te connaît !
Sal se pinça les lèvres.
Depuis que Medrawd avait fui le combat après avoir reconnu Sal, ses compagnons avaient été fort méfiants à son égard.
– Je ne suis pas comme lui, répéta Sal pour la millième fois. Je n'ai rien à voir avec lui.
– Il n'empêche ! pesta Cadmus. Cela me suffit amplement pour savoir que je dois garder un œil sur toi !
Sal haussa un sourcil.
– De toute évidence, répondit-il.
Jusque-là, il s'était gardé d'admettre la vérité à voix haute, mais peut-être servirait-elle à présent à dissiper les malentendus entre eux tous.
– Je le connaissais, du moins, lorsqu'il était encore humain.
Antioche fit une grimace de dégoût.
– Comment croire que cette créature puisse un jour avoir été humaine ? jugea-t-il. Elle mutile, torture et tue au gré de ses caprices. Ça n'a rien d'humain ! C'est l'évidence d'une entité monstrueuse !
Et Sal ne pouvait le contredire.
Il tourna les talons pour reprendre son observation.
– J'ai bien conscience qu'il n'en a pas l'air, dit-il aux trois frères. Mais, jadis, ce n'était rien qu'un garçon parmi tant d'autres.
Un hoquet.
– Cette… créature… accable le monde de sa présence depuis une bonne centaine d'années ! Comment peux-tu l'avoir connu durant son enfance ? l'interrogea Antioche sur un ton de dureté.
– Antioche, l'avertit Ignotus en voyant Sal se tendre. Tu es blessant.
Sal sourit légèrement.
– C'est inutile, dit-il à voix basse. Je vais bien devoir me faire une raison.
– Te faire une raison de quoi, exactement, demanda Cadmus froidement et Sal haussa les épaules.
– Que Medrawd… mon… mon petit frère soit devenu un monstre, répondit-il avec amertume.
Cela fit enfin taire les deux aînés. Ignotus inspira bruyamment.
– Ton petit frère ? répéta Antioche. Comment cela se peut-il ? Tu ne parais pas plus âgé que la vingtaine !
– Je suis bien plus vieux que ça, pourtant.
– Tu mens ! tonna Antioche. Ça ne se peut pas ! Les sorciers ont beau vivre longtemps, il n'y a que quelques exceptions qui pourraient…
– Que vous ai-je dit ? Je suis Salvazsahar Emrys, rétorqua Sal, la patience commençant à lui manquer. Mon nom de famille, seul, devrait vous prouver que je puisse faire partie de cette minorité.
– S'il est vrai que tu es un Emrys, il te faut le faire attester.
Sal exhala longuement et prit la direction de la pierre centrale invitant les Lords à siéger. Il se prosterna et posa une main à sa surface.
– Je me nomme Salvazsahar Emrys, Lord de ma lignée. Je demande autorité sur mon héritage. Je suis Lord Emrys, du père qui m'a précédé par ce titre. Ainsi est-ce et ainsi cela perdurera-t-il.
Une lueur dorée l'encercla, lui accordant de droit de siéger au Conseil des Lords.
– Par Merlin… Comment cela se peut… ?
– Je ne vous ai pas menti. Je suis bien Salvazsahar Emrys et je suis seigneur de ma maison, répéta Sal d'un air désinvolte.
– Mais comment… ? Si c'est bien vrai… comment se fait-il que personne ne sache que les Emrys ne se sont pas éteints ? Pourquoi ton père ne s'est-il pas présenté pour faire appliquer son autorité ? Et ton grand-père ? Et…
Camdus se mit à balbutier.
Sal poussa un soupir.
– Ainsi que je vous l'ai déjà affirmé, je suis plus âgé que je n'y parais, insista-t-il. Cette… créature… que nous avons rencontrée était autrefois mon petit frère. J'ai aidé à l'élever, je l'ai entraînée moi-même ! Mais j'ignorais qu'il terrorisait nos terres depuis plus d'un siècle.
Il devinait que cela devait avoir commencé bien avant cette génération. Après tout, lorsqu'il enseignait encore à Pou'd Lard, des rumeurs s'étaient déjà mises à circuler à propos d'un Fir Bolg immortel. Et si Medrawd avait bien commis l'acte que soupçonnait Sal - et il n'y avait pas de doute là-dessus, bien qu'il aimerait pouvoir le nier - alors il y avait de fortes chances pour que les deux affaires soient liées.
– Si tu es aussi âgé que tu le prétends, tu devrais déjà être mort et enterré ! Ou au moins porter le cheveu gris ! s'exclama Antioche et Sal inclina la tête.
– Ce serait le cas, si j'étais humain, répondit-il. Mais je ne le suis pas. Mon père était un né Fir Bolg, un Sang Pur, né avec l'héritage d'une créature magique… quel que soit le terme dont vous usez aujourd'hui. Il a été tué durant la sept cent soixantième année de sa longue vie. S'il avait survécu, il y a de bonnes chances pour qu'il ait pu rencontrer les fondateurs de Pou'd Lard et c'est en sachant qu'il est mort bien sept cents ans avant leur époque. J'ai moi-même encore quelques années devant moi.
Un mensonge à demi, mais Sal n'avait aucune intention d'en révéler plus qu'il ne le devrait pour les convaincre de son histoire.
– Soyons un peu sérieux ! observa Ignotus, dubitatif et Sal sourit devant son incompréhension.
– Je le suis.
– Mais enfin… si tu es bien un Emrys, ton père ne peut pas être un Sang-Pur. Tu dis être un descendant de Myrddin Emrys, mais si c'est le cas, alors…
– Je n'ai jamais dit être l'un de ses descendants, sourit-il.
– Je ne comprends pas.
Sal s'esclaffa doucement, puis se décida enfin à leur donner l'information dont ils avaient besoin pour comprendre.
– Je suis le fils d'un né Fir Bolg et j'appartiens à la famille Emrys. Mais je ne suis pas l'un de ses descendants.
– C'est insensé.
– Ça ne l'est pas, rétorqua-t-il d'un air indifférent. Pas si je suis son fils.
Un silence tomba dans la chambre de session.
– Myrddin Emrys aurait vécu bien avant le temps des fondateurs !
Sal ferma les yeux.
– Effectivement. Il est mort en l'an 60, finit-il par ajouter devant l'air ébahi des trois frères. Et j'ai grandi à la cour d'Arthur à Camelot.
La deuxième fois, du moins. Mais il y avait parfois certaines choses à préserver du savoir commun si l'on voulait garder autrui de leur propre folie.
.
« Le deuxième frère, qui était un homme arrogant, décida d'humilier la Mort un peu plus et demanda qu'elle lui donne le pouvoir de rappeler les morts à la vie. La Mort ramassa alors une pierre sur la rive et la donna au deuxième frère en lui disant que cette pierre aurait le pouvoir de ressusciter les morts. »
– Lord Peverell, daigneriez-vous nous expliquer la présence de vos deux frères à cette session ? demanda une voix froide.
Sal s'assit en même temps qu'Antioche à leurs sièges respectifs. Les deux autres restèrent debout, en l'attente du début de la réunion du Conseil. Les Lords étaient arrivés au compte-gouttes, mais c'était la première fois que l'un d'entre eux s'adressait directement aux quatre compagnons de route.
Antioche exhala longuement.
– Leur présence est nécessaire, répondit-il. Ils détiennent des informations capitales pour ce Conseil.
– Quelles sortes d'informations ?
– Laissons-les parler par eux-mêmes, interrompit un seigneur ayant pris place bien avant celui qui venait de leur adresser la parole. Les nouvelles qu'ils apportent leurs appartiennent. Et il doit y avoir une bonne raison pour qu'ils viennent en personne au lieu de les confier à leur frère comme de coutume.
Certains hochèrent la tête et l'homme désagréable reprit, acerbe :
– Procédez.
Un long silence suivit sa déclaration, puis, après avoir échangé un regard avec son cadet, Cadmus prit la parole.
– Vous devez tous avoir entendu la rumeur de l'immortel mage noir qui tente de gagner en influence aux quatre coins de l'Europe. Il vient sans prévenir, arrache des vies et torture autrui et lorsque qu'on parvient finalement à le tuer, il revient parmi les vivants au bout de quelques jours pour chasser son attaquant avant de disparaître soudainement et récidiver ailleurs plusieurs mois après.
La curiosité de Sal en fut piquée à présent qu'il comprenait que Medrawd avait toujours été le sujet d'intérêt qui avait poussé les trois frères à se présenter devant ce Conseil, même avant leur rencontre sur le chemin de Londinium.
– N'était-ce donc pas qu'une légende ? rétorqua l'homme aux manières désobligeantes. Aucune preuve n'a été…
– De toute évidence, l'interrompit Ignotus. Et c'est aussi ce que nous pensions il n'y a pas plus tard qu'un mois.
– Plait-il ?
Ignotus massa ses tempes.
– Ainsi que l'a voulu la communauté, notre frère nous a envoyés sur la piste du mage noir en question, expliqua-t-il. Une fois parvenus à le supprimer, nous pensions que cela en resterait là. Puis, il y a deux semaines de cela, la fiancée de mon frère, Cadmus, a été assassinée…
– Quel lien cela a-t-il avec…
– Elle a été assassinée par un homme que nous pensions mort. Ce même mage noir dont nous croyions nous être débarrassés quatre semaines plus tôt ! Cadmus lui a de nouveau porté un coup fatal, mais alors que nous prenions la route de Londinium, voilà qu'il réapparaît devant nous ! Cette fois-ci, le combat s'est achevé sur sa fuite, mais cela ne change rien au problème qu'il pose. À trois reprises l'avons-nous affronté ! Nous avons de toute évidence affaire à un ennemi particulièrement tenace. Et c'est sans même parler du fait qu'il se joue des lois de la nature. S'il est véritablement immortel, alors rien ne l'arrêtera. Nous devons trouver un moyen de le tuer, une bonne fois pour toutes. Voilà pourquoi nous nous trouvons devant vous aujourd'hui.
– Tout être est capable de mourir. La rumeur existe bel et bien, mais ce n'est toujours que cela : une rumeur, répliqua le premier Lord qui s'était adressé à eux.
– Voyez par vous-même comment…
– Assez ! Si vous pouvez débusquer une preuve des propos que vous avancez, alors nous en reparlerons, mais je ne perdrai pas plus de temps en ouï-dire !
D'autres montrèrent leur appréciation.
– Mais nous avons…
– Votre parole seule, pour sûr ! Je le regrette, mais cela ne peut suffire.
– Vous ne nous croyez pas, réalisa Ignotus, défait.
– Comment le pourrais-je ? Votre parole pourrait tout aussi bien être aliénée par une potion, que dis-je… Il nous faudrait une preuve formelle pour vous croire. Et dois-je répéter que l'immortalité est impossible à atteindre ?
Une bonne partie des membres de session hochèrent la tête.
Sal porta un regard incrédule sur les personnes présentes. Ces sorciers, habitués à l'inhabituel, se permettaient de rejeter si effrontément l'idée de l'acquisition de la vie éternelle par l'un des leurs ?
– Ce qu'ils disent n'a rien d'inconcevable, tonna Sal et tous se tournèrent vers lui pour le dévisager.
Sal doutait qu'ils l'aient même remarqué avant ça.
– Et qui es-tu ? reprit le principal orateur.
Sal ravala un rictus en se décidant à nourrir l'agacement de l'homme en question - avec la vérité, quoi de mieux ? - afin de lui faire regretter son léger affront à l'égard d'Ignotus.
– Je suis un membre de ce Conseil, répondit Sal, impassible. Et je ne soumettrai pas mon nom à celui qui me fait le déshonneur de ne pas m'adresser le sien le premier.
Sal connaissait les règles de ce Conseil sur le bout des doigts et il doutait fortement qu'elles aient tant changé durant son absence. Il n'était pas près de passer outre la convenance devant un homme qui agissait comme s'il était l'intrus de ce petit rassemblement.
L'homme en question fit une grimace moqueuse.
– Qu'il en soit ainsi ! Lord Severus Serpentard, seigneur de la maison Serpentard, se présenta-t-il avec arrogance et Sal pensa avec amusement qu'il était heureux pour ce charlatan qu'il ait autant aimé son fils, car si ça n'avait pas été le cas, Myrddin n'aurait jamais été nommé Serpentard et l'autorité qui l'accompagnait n'auraient jamais été passé à ses descendants.
Mais à y repenser, ce Lord avait-il réellement autorité de présider pour sa maison à présent que lui-même, Sal, se trouvait en ces lieux ? Il était, après tout, premier de cette lignée et il n'avait jamais officiellement cédé ce titre à son fils…
– À ton tour de révéler qui tu es, fit le Lord d'un air mauvais, ce qui suffit à l'interrompre dans sa rêverie.
– Ton ancêtre, répondit Sal, ses pensées toujours mêlées au souvenir de Myrddin.
Ses propres mots le sortirent du brouillard devant l'erreur qu'il venait de commettre.
Lord Serpentard resta hébété l'espace d'un instant, puis la courbure de sa bouche reprit une allure détestable.
– Je suis presque certain que mon Grand Ancêtre est décédé à ce jour, répondit-il froidement.
Sal sourit, manquant à le corriger. Il en avait déjà dit plus qu'assez. Trop, même, selon lui.
– Je me nomme Salvazsahar Emrys, dit-il à la place. Je suis chef de la maison Emrys.
Des chuchotements s'élevèrent dans la salle et plus d'un regard méfiant se tournèrent dans sa direction.
– Toi… Comment oses-tu !
Lord Serpentard s'empourpra de colère.
– Les paroles rituelles ont été prononcées et acceptées, les interrompit Antioche d'une voix calme. Voyez par vous-même. Il n'y a qu'à demander à l'obélisque quels sont les membres présents pour la session d'aujourd'hui.
Serpentard, qui avait tourné au violet, s'avança d'un pas enragé vers l'obélisque en question et porta la main à sa surface pour faire exactement cela.
L'un après l'autre, les noms des Lords se présentèrent sous la forme de flammes au-dessus de la pierre. Sal resta attentif à chacun d'entre eux.
McGonagall - Sans surprise, cette famille était présente depuis le dernier Conseil en place.
Bones - Celui-là était nouveau. Un énième nom de son propre temps qui le rattrapait.
Ollivander - Encore sans grande surprise. Ce nom avait autant d'ancienneté que celui des Emrys, après tout.
Serpentard - Celui-ci était écrit en bleu pour indiquer la procuration.
Il était donc bien toujours Lord de sa maison, même alors que sa direction était aux mains d'un autre…
Il en reconnut plusieurs autres et en découvrit une poignée. Certains lui rappelaient une autre époque, d'autres lui étaient tout bonnement inconnus.
Puis, soudain, un nom qui lui était que trop familier émergea de l'obélisque en lettres brillantes et dorées.
Grim. Le nom de famille de Peverell.
– Grim ? fit Sal, confus.
À son grand amusement, les joues d'Antioche s'enflammèrent sous l'embarras.
– Hm… Il s'agit de moi, éclaira-t-il, rouge pivoine. Nous avons abandonné ce nom. Pendant longtemps, nous avons été connus comme les « fils de Peverell » et au bout d'un certain temps, le nom « Grim » s'est fait oublier par tous si ce n'est pour un cercle fermé. Nous avions, à l'époque, déjà commencé à répondre à « Peverell ». Tout ça a quelque peu échappé à notre contrôle…
– Donc, vous êtes bien les descendants de Peverell Grim, conclut Sal en souriant.
Pas étonnant qu'ils le lui rappellent tant.
– Eh oui, confirma Antioche. Mais bien que ce soit le cas, nous ne connaissons que peu de choses sur l'homme en question.
Avant que Sal ne puisse lui répondre, un nouveau nom fit son apparition.
Emrys.
Serpentard poussa un hoquet outragé et tourna des yeux ronds vers Sal. Il n'était pas seul dans sa stupeur.
– Ne vous l'avais-je pas affirmé ? Je suis Salvazsahar Emrys, dit-il, détournant son attention des noms qui s'enflammèrent après le sien. À présent, revenons-en à ce dont nous discutions avant que vous ne questionniez ma parenté. Je comprends que vous doutiez de l'existence de l'immortalité chez les vôtres, mais vous faites erreur. Il existe bel et bien plusieurs manières d'atteindre un tel état et aucune d'entre elles n'est plaisante.
– Une petite minute !
Lord Serpentard leva une main.
– Tu débarques en ces lieux, avance être l'héritier véritable des Emrys et une fois cela vérifié, tu comptes sur nous pour reprendre notre précédente conversation sans faire de vague ?
Sal arqua un sourcil.
– Que voulez-vous m'entendre dire ? demanda-t-il. Ce n'est pas comme si c'était une découverte pour moi.
– Mais rends-t'en bien compte, personne n'a été en mesure de revendiquer cette lignée depuis les temps de Camelot ! reprit Serpentard avec vigueur. J'aimerais, pour ma part, beaucoup savoir comment ton autorité sur cette maison peut être authentique !
– Ce n'est pas parce que les Emrys n'étaient pas intéressés par vos insignifiants petits bavardages mensuels qu'un seigneur ne délivrait pas son autorité, dit-il au Lord, perplexe. Mais qu'importe. Je puis vous l'affirmer, l'immortalité est plausible, tout obscure qu'elle soit…
– Allons, reprit Lord Serpentard, mais cette fois, ce fut un autre Lord qui en avait plus qu'assez qu'on se détourne du sujet qui importait vraiment, qui l'interrompit.
– Vivre éternellement, cela paraît plutôt abstrait, fiston, dit Lord McGonagall - qu'il reconnut grâce au blason cousu sur son torse. Ta jeunesse te porte certainement préjudice, mais j'ose espérer que Poudelard t'a au moins enseigné cela.
Sal haussa un sourcil.
– La dernière fois que je me suis trouvé sur le domaine de Pou'd Lard, c'est moi qui y enseignais, répliqua-t-il. Et je ne me rappelle pas avoir jamais été apprenti à l'Académie.
Lord Serpentard renifla, moqueur. Il avait de toute évidence retrouvé ses moyens.
– Eh bien, voilà une histoire, où aurais-tu donc effectué ton apprentissage, dans ce cas ? Je peine à imaginer ton père, seigneur d'une telle lignée, refuser que tu sois entraîné auprès des meilleurs à Poudelard.
Sal étira ses lèvres dans un sourire et décida de rediriger la conversation vers son sujet d'origine.
– À ma connaissance, il existe au moins une manière de devenir immortel. Peut-être deux voire trois et encore, rien n'est moins certain quant à la possibilité de recréer les bonnes circonstances de ces dernières. En tous les cas, ce ne serait pas une véritable immortalité, simplement un écho sur une période finie…
Lord McGonagall exhala, dédaigneux.
– Lord Emrys, vous paraissez bien sûr de vous, fit-il remarquer. Avez-vous déjà croisé la route de l'un de ces immortels ?
Sal hésita.
Medrawd avait débarqué de nulle part quelques jours auparavant, et pourtant, rien ne prouvait qu'il avait déniché une technique lui permettant d'obtenir la vie éternelle. Et c'était sans compter sur le souvenir clair qu'il avait d'une épée gobeline lui ayant arraché la vie - la même épée qui avait été façonnée pour Salvazsahar lui-même.
Pourtant, celui de Medrawd ne fut pas le premier visage qui lui apparut lorsqu'on lui posa la question. Celui d'un certain vil seigneur lui avait fait forte impression en raison de son abus de magie noire, qu'aujourd'hui Sal préférait nommer « Arcanes Interdits ». Même après un millier d'années, le souvenir de la nuit durant laquelle Voldemort avait repris forme humaine lui donnait encore des sueurs froides. Non pas parce qu'il en était effrayé, mais parce qu'il ne pouvait empêcher la bile de lui monter aux lèvres à présent qu'il comprenait, grâce à la tutelle de son père et de son oncle, quelle sorte de mal Voldemort avait invoqué cette nuit-là. Et il ne s'agissait pas seulement du rituel. Ce mal avait commencé à ronger son territoire bien avant que Sal n'ait été nommé comme champion du Tournoi et avait atteint son pic lorsque Cedric avait été tué pour que Sal puisse subir la cérémonie.
Un jour ou l'autre, Sal détruirait cet homme pour tout le malheur qu'il avait engendré. Certains maux ne méritaient pas son pardon. Et le vol de l'héritage d'autrui était l'une des pratiques les plus déplorables qui soient.
– Cela m'est arrivé, en effet. Une sorte d'éternité déformée, certes, mais l'immortalité, d'une certaine façon.
Lord McGonnagall émit une grimace de dégoût, non pas dirigé vers Sal, mais vers cette seule possibilité.
– Et comment cela s'est-il réalisé ?
Sal fut secoué d'un frisson.
– Par la division de l'âme, répondit-il aussitôt. Une part de soi disparaît après exécution et l'esprit perd la raison au fil des jours, par la suite. La voilà, votre l'immortalité. Incapable de mourir jusqu'à ce qui a été fait soit défait. Rien de très enviable, je puis vous l'assurer.
Un sourire difforme prenait le pas sur la torsion tendre qui avait pour habitude de fendre le visage de Medrawd.
Le sourire d'un enfant, arraché par la magie perverse qui avait autorisé Medrawd à ressusciter.
– Qu'on divise une âme ?
Plus d'un seigneur eut le teint cireux à cette idée.
– C'est cela, confirma Salvazsahar. Je n'ai pas connaissance de la naissance de cette voie, mais quiconque utilise cet art doit être tué. Ce serait un acte de miséricorde, par-dessus tout.
– Tu sembles oublier que tuer l'homme en question, c'est revenir à notre problème premier, moqua Serpentard et Sal secoua la tête.
– Je m'en souviens parfaitement, répondit-il calmement. Je viens de vous dire (ou synonyme) ce que vous aviez à faire, si ce sorcier a effectivement mis en pratique les actes que je redoute.
Pour ce qui était de Medrawd, Sal n'avait aucun doute sur ces actes passés. Rien n'expliquait mieux l'altération de sa magie. Plus encore, rien n'expliquait mieux l'appel à l'aide qu'il avait ressenti de par son titre princier. Seul un mal particulièrement malfaisant pouvait le rappeler à sa terre d'origine avec tant d'insistance qu'il en avait abandonné tous ses projets pour se ruer vers la Grande-Bretagne.
Mais là n'est pas le seul crime que Medrawd a commis.
Il y avait quelque chose d'autre, d'étranger, dans l'essence de sa magie, qui n'appartenait pas à la souillure de son âme.
– Il nous faut d'abord trouver l'artefact protégeant l'autre morceau de son âme et le détruire. Une fois cela fait, vous serez apte à mettre fin à ses jours, expliqua Sal.
On ricana dans l'audience.
– Ce n'est pas tâche si aisée, petit. Jusqu'à aujourd'hui, je ne connaissais aucun moyen de diviser sa propre âme, mais j'imagine que si une créature de son engeance en a découvert un, il ne sera pas facile de lever le sort.
Et il avait raison.
Sal se souvenait avec acuité des leçons de sa mère à propos des Arcanes Interdits. Il en avait haï chaque minute, mais cela faisait partie de l'héritage des LeFay. Sa famille avait toujours eu une connaissance profonde de la plus vicieuse des magies. Même Godric, qui ne jurait que par les sorts de magie blanche, en connaissait un rayon sur le sujet. Sal et lui n'en avaient jamais vraiment discuté, mais il l'avait aperçu à plus d'une reprise plongée dans les grimoires familiaux. Il avait toujours eu un intérêt particulier pour la part sombre de la magie du sang - celle qui était utilisée à des fins de destruction et de meurtre.
Medrawd, comme lui, avait tout appris de Morgana. Autant Sal l'avait aimé, elle et son habilité à guérir, il ne s'était jamais fourvoyé sur les connaissances qu'elle possédait des arts les plus sinistres, ceux-là mêmes qu'elle leur avait enseignés.
Et pourtant, la différence entre Morgana et Medrawd ne pouvait être plus évidente. Morgana avait passé sa vie à tenter de mieux comprendre la nature de la Magie et à développer ce qui pourrait contrecarrer les sorts interdits. Medrawd, quant à lui, s'était passé de la prudence de sa mère et avait de toute évidence commencé à se servir de ces maléfices au lieu de chercher à les contrer.
Sal, qui avait suivi les pas de sa mère, avait encore du mal, même des jours après l'affaire, à accepter que Medrawd puisse s'être acoquiné des pires exemples de magie existants. Il peinait à comprendre qu'il avait perdu son frère au rituel que leur mère leur avait strictement interdit de pratiquer.
Sal aurait bien aimé pouvoir éclater en sanglots à ce seul rappel.
– Ce ne sera pas aisé, j'en conviens, répondit-il d'un ton amer. Mais il s'agit du seul moyen de l'arrêter. Et nous devons l'arrêter, il ne peut continuer ainsi ! Il ne s'arrêtera jamais. Au moment présent, rien ne sert d'essayer de le raisonner. Qui qu'il eût été, cette personne n'est plus aujourd'hui.
– Nous devrions favoriser le meurtre à la mise aux arrêts, selon toi ? s'enquit l'un des seigneurs d'une voix glacée.
– Nous n'avons guère le choix, répondit Sal, qui refusait encore de penser aux conséquences de cette déclaration.
Son frère allait mourir et Sal n'essayait pas même de s'y opposer. Voilà qui suffirait à alimenter ses cauchemars pour le millénaire à venir.
Il aimait tant son frère, mais le rituel dont il avait usé l'avait détruit depuis bien longtemps. Ce qu'il restait de sa personne n'était que la moquerie d'un être aimé - une coquille vide, un pantin pour ce qu'il y a de plus sinistre en ce bas monde.
– Nous n'avons guère le choix, réitéra Sal. Même s'il était des nôtres, même s'il s'agissait de mon propre enfant, mes paroles seraient identiques.
– Et pourtant, nous en sommes toujours à douter de votre examen de sa prétendue immortalité, déclara quelqu'un parmi les membres du Conseil.
– Certes, nous pouvons douter de la méthode de son obtention, mais il n'y a pas à débattre de la longévité dont il dispose, l'interrompit Antioche. Pour ma part, je me fiche bien de comprendre comment il y est parvenu, que ce soit en divisant son âme, en unissant les reliques de la Mort, ou que sais-je encore. Tant que nous nous entendons sur la manière de l'arrêter, le reste m'importe peu !
Sal pinça ses lèvres tandis qu'Antioche et Lord Serpentard entamaient un débat sur la possibilité d'une vie éternelle. Il en profita pour s'attarder sur les mots du premier.
– Les reliques de la Mort ? répéta-t-il.
La dernière fois qu'il en avait entendu parler, il se préparait à revenir au pays, juste un peu avant sa rencontre avec Lancelot et son arrivée à la cour d'Arthur. Cela ne l'avait pas marqué, néanmoins. Les superstitions n'étaient pas son fort.
– Un conte de fées, dit McGonagall, en interrompant ses pensées. Rien que des rumeurs sur l'existence d'une baguette, d'une cape et d'une pierre qui aurait prétendument appartenu à la Mort autrefois. Celui qui les rassemblerait pourrait, paraît-il, devenir le maître de la Mort pour une petite éternité. Comme je vous l'ai dit, rien que des fadaises.
Je suis la Mort. L'Unique ! Voilà sa baguette ! Voilà sa cape ! Mon emprise sur les défunts est totale ! se rappela-t-il les paroles de Medrawd.
Un conte de fées ? Ou y avait-il un soupçon de vérité, là-dessous ?
Et s'il était en possession de ces artefacts, cela leur rendrait-il la tâche plus aisée, ou plus difficile ?
– Rien ne sert de s'attarder sur un tel mythe, ajouta Lord McGonagall. Son histoire est bien moins ancrée dans la réalité que ne l'est votre affaire de division de l'âme, me semble-t-il.
Les aberrations démentes de son frère signifiaient-elles qu'il était devenu le maître de la Mort ?
– Et si elles existaient bien, comment détruirions-nous un tel individu ? murmura Sal.
Lord Mcgonagall leva les yeux au ciel.
– Je présume qu'il nous faudrait trouver le moyen de lui arracher les reliques pour le détrôner. Mais n'allez pas croire à de telles sottises, ce n'est rien qu'une histoire importée par les romains.
Sal lissa son expression.
– Bien évidemment.
L'argumentation entre Antioche et Lord Serpentard atteignit son paroxysme. L'un comme l'autre suintait la colère, mais en tant que régent du Conseil des sorciers Lord Serpentard était seul administrateur du verdict final.
– Si vous pensez savoir comment vous débarrasser de cet « immortel », alors faites-le. Le Conseil a bien trop à faire pour s'occuper de vos contes de fées !
Il l'ignorait encore, mais la décision qu'il allait prendre ce jour-là allait mettre fin à une ère dans l'an qui suivrait. À sa place, Barberus Bragge, qui serait plus tard connue pour l'introduction du vivet doré lors des matches de Cuaditch - que Harry connaissait sous le nom de Quidditch en son temps -, serait intronisé chef du Conseil des sorciers.
– Je ne cesse de vous répéter que nous l'avons croisé sur le chemin pour nous rendre à ce Conseil ! s'exclama furieusement Cadmus. Il existe ! Et nous devons l'arrêter ! Nous avons besoin du Conseil, l'idée ne disparaîtra même si vous doutez de sa véracité, entendez-vous ?
Mais la plupart des seigneurs n'avaient pas l'air convaincus et la diatribe des frères Peverell tomba dans l'oreille d'un sourd.
Cela ne le surprit pas vraiment. Les politiciens avaient pour habitude d'ignorer tout ce qui pouvait faire éclater leur petite bulle parfaite. Ç'avait déjà été le cas dans la cour d'Arthur et cela s'était réitéré avec le Haut Conseil des Lords. Pourquoi cela serait-il différent aujourd'hui ?
De ceux qu'il reconnaissait, seul Lord McGonagall semblait prêt à leur laisser le bénéfice du doute. Celui-ci fronça les sourcils et lorsqu'il s'apprêta à répliquer en leur défense, Sal secoua la tête dans sa direction.
– Ils n'écouteront pas, dit-il. Ils ne veulent pas avoir à nous croire.
Un autre seigneur à côté de McGonagall parut acquiescer.
– Lord Emrys a raison, McGonagall. Ils ne veulent rien entendre. Lord Peverell et ses frères devront trouver une preuve de ce qu'ils avancent s'ils veulent faire pencher la balance en leur faveur, et ça ne sera pas aisé.
– Et pourtant, vous qui n'appréciez guère les Peverell, vous les croyez, fit remarquer Lord McGonagall et le seigneur eut un rictus.
– Nous ne sommes pas en très bons termes, mais je sais que Lord Peverell ne proférerait pas de mensonges dans une telle situation. C'est un homme particulièrement égoïste, mais il ne se laisserait pas ridiculiser de la sorte si les siens ne risquaient pas leur vie. Cela me pousse à croire en ses affirmations, conclut-il gravement. Si j'avais le moindre doute, ne croyez-vous pas que j'aurais déjà réduit son argumentation à néant ?
Lord McGonagall émit un soupir.
– Vous venez d'anéantir tout espoir auxquels je pouvais encore me rattacher qu'il y ait plus d'hommes doués de leur raison que dépourvus de celle-ci dans cette chambre. Si même vous pouvez comprendre cela, ils doivent être fous ou aveugles pour ne pas le voir à leur tour. Il semble que cela nous laisse en compagnie des imbéciles. Charmant.
Sal ricana.
– Et ils se demandent pourquoi les Emrys se tiennent à l'écart du Conseil.
Deux éclats de rire étouffés firent réponse à sa tirade.
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« Elle demanda ensuite au plus jeune des trois frères ce qu'il désirait. C'était le plus jeune, mais aussi le plus humble et le plus sage des trois, et la Mort ne lui inspirait pas confiance. Aussi demanda-t-il quelque chose qui lui permettrait de quitter cet endroit sans qu'elle puisse le suivre. À contrecœur, la Mort lui tendit alors sa propre Cape d'Invisibilité. »
Au soir, Sal fut invité dans les appartements qui avaient été préparés pour les trois frères.
– Au gouffre de ce Conseil ! Nous ne pouvons pas laisser les choses en l'état ! s'exclama Cadmus.
Il faisait les cent pas dans la chambre tandis que ses frères bien installés dans leur fauteuil l'observaient, démunis. Sal, quant à lui, avait préféré s'appuyer contre le mur près de la porte et passait d'un frère à l'autre dans une boucle infernale.
– Quelle sera notre stratégie, selon vous ? demanda-t-il finalement.
– Nous le trouvons et nous mettons fin à sa misérable existence ! tonna Cadmus. Il doit bien y avoir un moyen d'y parvenir !
– Faudrait-il encore trouver les bons artefacts pour les détruire, maugréa Sal, la boule lui montant à la gorge rien qu'à l'idée d'aider à assassiner l'enfant qu'il avait en partie élevé.
– Comment les dénicherons-nous ? s'enquit Ignotus.
– Nous sommes presque à l'aveugle, confessa-t-il. Mais si on connaît suffisamment bien la personne qui pratique le rituel, on peut tenter d'imaginer ce dont elle se serait servie.
Il contempla intérieurement son frère dans toute sa grandeur, ses désirs, ses espoirs et ses obsessions.
– Lorsqu'on ne la connaît pas, toutefois, il faut trouver une ruse plus habile pour déterrer la vérité, ajouta-t-il. Être à l'aveugle n'est pas une fin en soi.
– Mais nous ne le sommes pas, grâce à toi, fit remarquer Ignotus. Cela devrait nous faciliter la tâche.
Sal se pinça les lèvres. Bien sûr, il connaissait son frère et il pouvait penser à deux ou trois objets qui auraient pu faire l'affaire, mais rien n'était moins sûr.
– J'ai quelques idées qui me semblent plausibles, avoua-t-il aux frères. Mais je ne peux assurer de rien.
– Nous avons un point de départ, c'est déjà d'une grande aide, exhala Ignotus. Comment allons-nous procéder ?
Sal baissa la tête.
– Je présume que nous pourrons le sentir une fois à proximité, répondit-il. L'objet suintera l'interdit. Un mage qui ne s'adonne pas à cet art pourrait ressentir un fort désir de s'en éloigner, ou au contraire, vouloir le toucher s'il y a des protections qui dissimulent sa véritable nature. S'il tente de nous influencer, nous saurons que nous avons trouvé le bon artefact… du moins, c'est ce que mère disait.
Sal creusa sa réflexion.
Il ne pensait pas avoir jamais croisé la route d'une chose telle que l'horcruxe. Et pourtant…
Un souvenir remonta à la surface pour le replonger dans sa deuxième année à l'Académie.
Le journal.
Ginny.
Un horcruxe ?
La question ne mit pas longtemps à trouver une réponse à ses yeux.
Un horcruxe.
– Dans ce second cas, il tentera de vous attirer, de vous pousser à vous en servir pour qu'il puisse prendre le contrôle de votre corps. Si vous cédez à sa demande, vous perdrez tout souvenir de son utilisation. Ce sont les seuls facteurs à ma connaissance qui permettent d'en repérer un. Je n'étais qu'un enfant la fois où l'un d'entre eux a croisé mon chemin et je n'ai jamais cherché à en creuser la formule.
Ayant révélé tout ce qu'il avait en sa possession, ils entreprirent de débattre de la teneur de leurs rencontres avec des objets du même acabit. Sal doutait fortement qu'un seul d'entre eux ait approché un horcruxe de leur courte vie.
Medrawd, quant à lui, n'était pas un idiot. Il n'aurait pas dissimulé l'horcruxe là où quiconque aurait pensé à le chercher. Mais il n'avait pas non plus appréhendé, à l'époque, qu'une personne qui pourrait le connaître si bien soit toujours de ce monde à cette heure. Et c'était sur cet unique défaut qu'il comptait pour leur permettre de retrouver où il avait enterré le fragment de son âme.
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« Puis elle s'écarta et autorisa les trois frères à poursuivre leur chemin, ce qu'ils firent, s'émerveillant de l'aventure qu'ils venaient de vivre et admirant les présents que la Mort leur avait offerts.
Au bout d'un certain temps, les trois frères se séparèrent, chacun se dirigeant vers sa propre destination. »
Ils furent pétris de malchance.
À chaque piste qu'ils poursuivaient, pas un Horcruxe à l'horizon.
Pas dans la maison dans laquelle Medrawd avait grandi, pas non plus à Pou'd Lard, ou où que ce soit sur les Îles. Bientôt, Sal commença à suspecter qu'il les avait dissimulés quelque part à l'étranger, là où Sal n'avait aucun pouvoir de mémoire.
– Avons-nous raté quelque chose ? demanda finalement Antioche.
Ils n'étaient pas très loin de Pou'd Lard, car ils venaient d'en ratisser le domaine de fond en comble. Sal eut l'air exaspéré.
– Il peut l'avoir enterré quelque part au pays, je suppose, mais je ne saurais par où commencer. Je n'ai pas suivi le sillon de ses déplacements.
– En résumé, tu ne nous es plus d'aucune utilité, moqua Cadmus et Sal lui jeta un regard foudroyant.
– J'avais d'autres responsabilités que de suivre les aléas de sa vie, et ne parlons même pas de ce qu'il a bien pu faire en plusieurs siècles après sa mort !
Cadmus retroussa les lèvres.
– Pour ma part, je trouve que c'est un franc manque d'attention envers ton frère, déclara Antioche après un moment de silence. Je n'aurais jamais laissé ça passer.
– Je l'ai enterré ! Qu'aurais-je pu faire de plus ? Tempête et brasier, il était mort ! s'exclama Sal. Je ne fais pas une habitude de faire surveiller une tombe au cas où l'enterré en question reviendrait à la vie. Et je vous rappelle que je suis guérisseur ! Je suis parfaitement en mesure de faire la différence ! Ce n'était pas une exception, ne comprenez-vous pas ? Il n'est plus censé être de ce monde ! Il ne le devrait pas !
Mais il l'était, et là était le cœur du problème.
– Il a raison, vous savez, je ne devrais plus être parmi vous, fit soudain une voix et ils firent volte-face de concert.
Derrière eux se tenait Medrawd.
– Je suis surpris que tu ais pris le temps d'assurer le bon déroulement de la cérémonie funéraire, petit-grand-frère. Je ne savais pas que je comptais tant pour toi.
Son sourire s'agrandissait à chacune de ses paroles.
– Tu étais mon frère, Medrawd. Bien sûr que tu étais important, fulmina Sal. J'ai aidé à ton éducation. Quoi que tu puisses dire de notre relation, je t'interdis d'affirmer que je ne t'ai jamais aimé !
Un son moqueur éructa de la bouche de Medrawd.
– Et pourtant, te voilà. Prêt à mettre fin à ma vie.
Salvazsahar émit un sourire fin et amer.
– J'ai beau te porter dans mon cœur, Medrawd, mon serment de gardien me force à aller à ton encontre. Je ne peux pas te permettre de répandre la misère plus longtemps. J'en suis désolé.
– Tu es comme père, moqua Medrawd. Toujours à en choisir un autre !
– Tu penses peut-être que c'est facile pour moi ? éclata Sal. J'ai autrefois promis d'aider les innocents ! Je n'aurais jamais cru que cela me forcerait un jour à me mettre en travers de ton chemin ! Je t'aime toujours, Medrawd ! Si seulement les circonstances avaient été différentes, si tu n'allais pas contre tout ce pour quoi je me bats, je ne t'aurais jamais renié ! En l'état, quel choix ai-je ? Après tout ce que tu as fait ?
– Qu'ai-je donc fait ? s'emporta Medrawd. Je n'ai rien fait ! Tout ça, c'est la faute de père ! Il…
– Tu as pris des vies, Medrawd ! Tu t'es servi d'un rituel qui aliène la magie de la manière la plus perverse qui soit ! Ce n'était pas du fait d'Arthur ! C'est ta responsabilité, la tienne !
Medrawd émit un grondement.
– Tu ne me comprendras donc jamais, petit-grand-frère, dit-il en souriant d'un air mauvais. Mais au moins, cette fois, je pourrais te tuer. Et crois-moi, je ne m'en priverai pas. Pas question qu'un fils modèle comme toi reste en vie, je connais bien ta façon de sacrifier des vies pour le « plus grand bien », moi aussi ! Voyons qui est le meilleur d'entre nous ! Voyons combien de temps vous parviendrez à me résister !
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« L'aîné continua de voyager pendant plus d'une semaine et arriva dans un lointain village. Il venait y chercher un sorcier avec lequel il avait eu une querelle. À présent, bien sûr, grâce à la Baguette de Sureau, il ne pouvait manquer de remporter le duel qui s'ensuivit. Laissant son ennemi mort sur le sol, l'aîné se rendit dans une auberge où il se vanta haut et fort de posséder la puissante baguette qu'il avait arrachée à la Mort en personne, une baguette qui le rendait invincible, affirmait-il. »
Sal jeta sur son frère un regard impénétrable. Celui-ci allait et venait tel un prédateur en cage, mais sa fureur ne s'était pas encore abattue sur eux, pour le moment.
– Ne menez pas d'assaut par vous-même, murmura Sal aux trois autres. N'entrez pas dans son jeu !
Ils lui lancèrent des regards mécontents.
– Nous savons quoi faire, le reprit Cadmus. Nous ne sommes pas stupides.
Sal se pinça les lèvres, décidant que répondre à cette affirmation ne pouvait se terminer que dans le conflit, et c'était bien la dernière chose dont il avait besoin présentement.
– Nous ne sommes pas des enfants, ajouta Antioche.
Mais c'était exactement ce qu'ils étaient à ses yeux.
Rien que des enfants, ces trois-là.
Il n'en dit rien.
Medrawd eut un rictus, une étincelle triomphante brillant dans ses yeux.
Il semblait qu'il attendait qu'une opportunité pareille se présente et il n'hésita pas une seconde.
– Mais vous l'êtes, rétorqua-t-il. Des enfants que vous quatre ! De petits morveux sans cervelle !
Antioche serra audiblement la mâchoire.
– Nous ne sommes pas des enfants, espèce de monstre ! tonna-t-il. Je me fiche bien de ce que tu penses de nous, mais ne nous insulte pas de la sorte ! Nous sommes trois sorciers d'âges moyens issus de bonne famille !
– Antioche ! s'exclama Sal pour tenter de capter son attention.
Le rictus de Medrawd fleurit un peu plus.
– Regardez-vous ! À peine sorti du ventre ! Et vous avez besoin que Salvazsahar vous dise quoi faire, comme une mère qui montre à son morveux ce qu'il a le droit de faire et ce pour quoi il sera puni ! Des marmots que vous tous ! Allez, allez donc pleurer dans les jupes de votre mère !
Le visage d'Antioche vira au cramoisi.
– Toi ! Ne nous traite pas comme des nourrissons !
– Je n'y peux rien si c'est ce que vous êtes : de stupides mouflets qui écoutent avec attention chaque mot qui sort de la bouche de leur mère ! répliqua Medrawd. Il n'y a qu'à voir comment vous vous accrochez à Sally !
– Ne l'écoutez pas ! siffla Sal.
La réponse provint de Cadmus.
– Il a raison. Tu n'es pas notre mère, Salvazar. Nous n'avons que faire de tes conseils !
– Et je le répète, nous savons quoi faire, ajouta Antioche qui fronçait les sourcils en direction de Sal.
Ignotus secoua la tête.
– Ne voyez-vous pas que vous jouez exactement le jeu de ce monstre en vous en prenant à Salvazsahar ? fit-il remarquer à ses frères.
– Tais-toi, Ignotus, s'énerva Antioche. Je sais ce que je fais.
– Le sais-tu ? s'enquit Medrawd d'un air mauvais. On ne va pas vérifier sa stratégie avec maman Sally, d'abord ? Vous ne m'avez pas battu sans lui la dernière fois non plus, il faut dire !
– Antioche, non ! s'écria Ignotus, mais il était déjà trop tard.
Son frère s'était déjà élancé vers le monstre qu'on nommait Medrawd.
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« Cette même nuit, un autre sorcier s'approcha silencieusement du frère aîné qui dormait dans son lit, abruti par le vin. Le voleur s'empara de la baguette et, pour faire bonne mesure, trancha la gorge du frère aîné. »
Medrawd ne laissa pas Antioche le temps de placer son premier sort. Il se contenta d'un geste de la main de l'envoyer valdinguer dans les airs et celui-ci atterrit sur le sol un peu plus loin dans un craquement dérangeant. Puis, pour faire bonne mesure, il lui adressa une malédiction qui le fit hurler d'agonie.
Cadmus se précipita à son secours, lançant sort après sort, Ignotus à sa suite, et seuls la connaissance et les bons réflexes de Sal en termes de protection runique les sauva des enchantements mortels que leur jeta Medrawd.
– Tu n'aimes pas rester en bon spectateur, petit-grand-frère ? sourit Medrawd. Mais tu es encore si loin ! Viens donc te joindre au vrai combat !
Et sur ces mots, il dégaina son épée et changea de main dominante pour sa baguette.
– Voyons voir ce que tu vaux contre moi !
Les minutes qui suivirent furent un vrai massacre.
Sal ne tenta même pas de rester à l'écart du conflit. Il connaissait bien l'aptitude de son frère à l'épée et il savait aussi que ni Cadmus ni Ignotus ne serait capable de lui faire face - Sal lui-même n'était pas sûr d'être sur un pied d'égalité. Aussi bon qu'il soit, Medrawd lui avait toujours semblé meilleur à ce jeu-là.
En fin de compte, Ignotus perdit un doigt et se retrouva sans connaissance à côté de Cadmus qui était tout aussi éveillé. Sal aurait certainement pris leur suite s'il n'avait pas eu des heures d'entraînement à combattre Medrawd sous la ceinture. Même avec des siècles les séparant de leur dernier affrontement, il parvenait toujours à anticiper ses coups.
Ça ne le sauva pas des blessures qu'il essuya. Il était à court de dagues et saignait de plusieurs plaies, mais il était encore debout.
Ça ne durerait pas.
Sal avait toujours été bon au couteau, mais son frère était un prodige et l'avait toujours surpassé depuis qu'il avait atteint ses onze hivers. Aussi ne fut-il pas surpris d'apercevoir le bout de sa lame à quelques centimètres de son torse.
– Un seul mouvement, Salvazsahar, et c'en est fini de toi, ricana Medrawd. Crois-moi, je ne flancherai pas. Ta mort m'importe peu.
« Ainsi la Mort prit-elle le premier des trois frères. »
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« Pendant ce temps, le deuxième frère rentra chez lui où il vivait seul. Là, il sortit la pierre qui avait le pouvoir de ramener les morts et la tourna trois fois dans sa main. À son grand étonnement et pour sa plus grande joie, la silhouette de la jeune fille qu'il avait un jour espéré épouser, avant qu'elle ne meure prématurément, apparut aussitôt devant ses yeux. »
Sal ne réagit pas à la menace de son frère. Depuis qu'il l'avait revu, il avait bien pris conscience que le garçon qu'il connaissait jadis n'était plus et que le monstre qui avait pris sa place n'aurait aucune hésitation à assassiner un membre de sa propre famille.
Il ne lui restait qu'une chose à faire : poser la question qui le tourmentait depuis qu'il avait eu vent des horreurs qu'avait commises son frère. Il y répondrait sûrement. Il aimait à se vanter.
– Pourquoi ? s'enquit Sal d'une voix amère. Pourquoi avoir fait tout ça ? Tu détiens tout pouvoir sur la Mort, pourquoi avoir pratiqué le rituel ?
– Je n'étais pas certain qu'être son maître suffise, répondit simplement Medrawd. Et il fallait bien que je survive ! Je suis Roi, après tout. Il ne me reste plus qu'à conquérir Camelot et les terres qui auraient dû m'appartenir à la naissance !
– T'appartenir ? répéta Sal, stupéfait. C'est ce que tu penses ? Qu'elles t'appartiendront si tu foules le domaine de Camelot à nouveau ?
– Bien évi…
– Non, Medrawd ! Bien sûr que non ! l'interrompit Sal, faisant peu cas de la lame qui déchira sa tunique sous son agitation. Camelot ne t'a jamais appartenu, car tu n'as jamais été l'héritier d'Arthur ! Cette terre s'est attachée à lui et au reste de sa lignée, oui, mais il te faut posséder son don de magie pour pouvoir la réclamer. Et bien que tu aies eu la chance d'être né sorcier, tu n'es pas né son héritier ! Tu es de son sang, mais le sang seul n'est pas suffisant pour prétendre à Camelot !
– Je suis son seul descendant, j'ai tout droit de…
– Tu te trompes, Medrawd ! Tu te trompes. Ne vois-tu pas ? Tu as toujours été son second né !
– C'est ce que tu dis, petit-grand-frère, mais je connais mieux les faits que tu ne le pourras jamais ! moqua-t-il froidement. Tu n'as aucune idée de ce par quoi je suis passé ces derniers siècles !
– C'est là où tu te trompes, encore une fois, riposta Sal en posant un regard bref sur les frères inconscients. Si je peux te l'affirmer, c'est parce que je l'ai vécu. Je ne te mentirais pas. Et même si je n'ai pas surmonté tous les obstacles qui se sont présentés à toi ces quelques derniers siècles, je peux tout de même très bien imaginer ce que tu as pu endurer.
Medrawd poussa un râle de rage.
– Tu ne sais pas ! cria-t-il, furieux. Tu ne peux pas, Salvazsahar ! Se réveiller dans un monde étranger opprimé par des règles que tu n'arrives même pas à imaginer pouvoir suivre ! Te réveiller dans un monde qui a continué à tourner sans faire cas de ta mort ! Comme si tu n'étais rien, comme si…
– Je reconnais ce sentiment, je te comprends, crois-moi ! Mais cela ne justifie pas tes actes, petit frère ! s'exclama Sal, le ton dur. Tu n'es pas le premier à faire l'expérience d'un monde inconnu dont tu ne reconnais plus les limites ! Je me suis, moi aussi, autrefois retrouvé piégé dans un endroit qui n'avait plus rien à voir avec ce que j'avais connu jusqu'alors !
– C'est différent ! Tu avais prévu de croiser la route de mère pour recevoir son apprentissage ! Tu avais prévu ton voyage ! Ça n'a rien à…
– À aucun moment ne l'avais-je planifié, Medrawd ! Ne te méprends pas ! La vérité, c'est qu'on m'a arraché à mon temps sans qu'on me laisse le choix ! Je n'étais pas plus préparé que toi !
– Je me suis réveillé dans un monde dans lequel le grand château de mon père n'était plus rien qu'une académie pour recevoir des apprentis ! Dans un monde de coutumes qui m'étaient inconnues, de langues qui ne me parlaient plus !
– Je te l'ai déjà dit, Medrawd, cela ne justifie rien des crimes que tu as commis ! tempêta Sal dont la voix commençait à prendre des accents de la langue des serpents. Comment oses-tu essayer de les excuser ! Ce sont tes choix qui t'ont mené à les commettre !
Medrawd afficha un air dédaigneux.
– Tu as peut-être raison, petit-grand-frère. Mais tout de même. Je suis resté sous terre durant un millier d'années, le temps que mon immortalité guérisse mes blessures. Si père n'avait pas frappé avec une arme gobeline, ç'aurait été différent, mais il était vicieux. Qui peut se targuer de rester complètement sain d'esprit dans ma situation !
Sal fut pris d'un frisson. Il n'avait pas tort. Il aurait perdu la tête, lui aussi. Mais il savait aussi quelque chose que son frère ignorait ; ça n'avait pas été la seule magie des gobelins qui l'avait handicapé pareillement.
– Cela m'aurait égaré, pour sûr. Mais j'aurais retenu les avertissements de mère. Et tu ne peux me contredire, Medrawd. Je ne sais pas exactement ce à quoi tu t'es adonné avant ton combat contre Arthur, et pour être franc, je veux ne rien en savoir. Mais si tu as pris tant d'années à revenir, c'est en partie de ton fait. Que dis-je ? Tu n'aurais même pas dû revenir d'entre les morts après avoir souffert de telles blessures !
Medrawd parut se désintéresser de son agitation.
– Il fallait bien que je trouve un moyen de ne pas mourir au combat. J'ai mené ma propre enquête. Cela m'a conduit à déterminer deux chemins que j'ai empruntés respectivement, par souci d'exhaustivité, vois-tu ?
Sal déglutit.
– Tu as divisé ton âme en plusieurs fragments.
Ce n'était pas une question. Rien n'expliquait mieux sa folie - l'incapacité à mourir comme celle de se mouvoir sur une période de mille ans aurait certainement aidé à l'accentuer, mais Sal suspectait qu'il aurait bien du mal à se rappeler de chaque seconde. Selon son expérience, il serait d'ailleurs plus logique que Medrawd ait repris conscience peu avant qu'il quitte son tombeau. Il avait toujours aimé exagérer ses griefs pour gagner la sympathie d'autrui.
– Eh bien ? Que comptes-tu y faire ? lança Medrawd, l'air désintéressé.
– J'ai encore du mal à croire que tu aies pu ignorer les mises en garde de notre mère !
Il ne comptait plus le nombre de fois où il lui avait répété son incompréhension, car encore maintenant, il ne comprenait pas ce qu'il avait eu en tête.
– Mère était trop tendre. Elle n'a jamais accepté pas que certaines actions étaient inévitables pour accentuer l'affinité que nous procure notre héritage Fir Bolg. Ce rituel en fait partie, ne vois-tu pas ? Tous nos ancêtres étaient immortels, c'est notre destin.
Sal dévisagea son frère, puis fronça le nez.
– Inutile de vouloir m'en convaincre. Je suis un guérisseur, souviens-toi. Ta logique n'est pas prête d'ébranler la mienne.
– Tu as toujours trop ressemblé à notre mère, dit-il. Que dis-je ! Tu es comme notre père, aussi ! Trop aveuglé par ton altruisme pour reconnaître une opportunité quand tu en vois une !
– Cette fois, je ne peux te contredire et j'en suis même flatté, lança Sal, moqueur. Qui voudrait te ressembler ?
– Et c'est pour cette raison que je suis éternel et que tu n'es toujours que le petit morveux égaré que tu as toujours été !
Sal fit la grimace.
– Ne me parle pas d'éternité, siffla-t-il. J'arpentais ce monde bien avant ta naissance et je continuerai de le parcourir longtemps après ta mort !
Medrawd éclata d'un rire tonitruant.
– Des fadaises ! Ne cesses-tu donc jamais ? Comment pourrais-tu me survivre ? Tu n'en as pas les moyens ! Vois donc !
Il leva à sa hauteur une baguette et Sal l'examina. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait l'objet en question, mais dans d'autres mains que celles de son frère, peut-être. Où avait-il pu voir telle baguette auparavant ?
La légende était claire en ce qui la concernait et il n'était pas dépourvu d'oreilles, mais cette familiarité lui était dérangeante.
D'où lui venait ce sentiment ?
– Le bâton de la Mort, s'exclama-t-il, triomphant. Je suis parvenu à les dénicher, lui et les deux autres artefacts lui étant liés. La pierre (Il leva une pierre marquée d'une gravure.) et la cape (Il pointa le pardessus dont il était vêtu.) J'ai surpassé ma mortalité avec leur aide. Ils m'empêchent de vieillir et guérissent mes blessures. Ce sont les outils ultimes pour atteindre l'éternité !
Sal toisa les trois reliques.
– Que sont-ils vraiment ? questionna-t-il, tous ses sens en ébullition à leur simple présence.
Quoi qu'ils soient, la magie qui les avait façonnés était étrangère et puissante.
De la légende, il avait entendu parler, mais en être à proximité, en entendre le chant, c'était tout autre chose.
Quoi qu'ils soient, ils n'avaient pas été forgés par la main d'un sorcier. Et s'il se trompait et qu'ils l'avaient été, alors il ne reconnaissait pas cette magie-là.
– Les Reliques de la Mort, bien sûr. Je les ai trouvés au fin fond de l'Égypte ! Une légende les accompagne même : avec elles, leur véritable maître serait incapable de trouver la mort ! Je suis leur maître. Tant qu'elles m'appartiennent, la vie est mienne.
Sal leva le menton.
– Ta vie a pris fin sur ce champ de bataille lors de ton affrontement avec Arthur. La résurrection qui a suivi n'efface pas cette mort.
Medrawd se permit de hocher les épaules.
– Un léger contretemps, voilà tout. Tant qu'ils sont en ma possession lors de ma mort, je peux reprendre conscience dans cet espace. Quoi qu'il en soit, cher frère, il est temps pour toi de nous fausser compagnie. Nous ne voudrions pas que tu révèles tous mes petits secrets, si ?
Suite à ces mots, le métal glacé d'une courte lame remonta sous ses côtes pour venir s'enfoncer dans un poumon. Sal hoqueta et sa vision se troubla, mais il savait qu'il ne pouvait pas laisser Medrawd s'en sortir aussi facilement. Il fallait qu'il l'arrête, une fois pour toutes.
Aussi fit-il la seule chose qui avait du sens, à ce moment-là.
Il ouvrit les yeux.
Le cri d'agonie de Medrawd résonna tout autour de lui et peu à peu, il se changea en pierre.
« Mais elle restait triste et froide, séparée de lui comme par un voile. Bien qu'elle fût revenue parmi les vivants, elle n'appartenait pas à leur monde et souffrait de ce retour. Alors, le deuxième frère, rendu fou par un désir sans espoir, finit par se tuer pour pouvoir enfin la rejoindre véritablement. »
Au même moment, un Expelliarmus fit écho derrière Medrawd et la baguette - le bâton de la Mort - qu'il tenait en main s'envola et disparut hors de son champ de vision.
Une seconde plus tard, la peau de Medrawd avait tourné au grisâtre.
Sal oscilla et fit un pas vers l'arrière, la lame quittant son corps dans le même mouvement. Il trébucha et tomba à la renverse - la dague, aussi douloureuse pût-elle être, avait été sa seule et unique béquille.
Des points noirs envahirent sa vision et Sal sut immédiatement que son frère n'avait pas manqué son coup. La lame avait définitivement percé un poumon.
Sal était en train de mourir. De nouveau.
Quelle misère.
Puis, Antioche se retrouva accroupi à son côté.
– Salvazar ! s'exclama-t-il et Sal n'eut pas le courage de le corriger.
Sa vision sombrait au fil des secondes.
Des mains douces et couvertes de sang l'aidèrent à se redresser et une autre paire de mains ensanglantées - celle d'Ignotus, étant donné le petit doigt manquant - le découvrirent lentement en relevant sa tunique pour évaluer les dégâts.
– Il n'y survivra pas, soupira Ignotus. Le poumon est touché. Il n'y a rien à faire.
Cela servit à faire remonter un ricanement chez Sal, qui ne pouvait pas vraiment se le permettre, au moment présent. Un sifflement douloureux lui échappa, à la place.
– Ne… vous en faites pas, haleta-t-il. Je survivrai.
Antioche fronça les sourcils.
– Salvazar. Il a percé un de tes poumons, comprends-tu ?
– Je sais, dit-il, la respiration bruyante. Peux pas mourir. Impossible.
Les yeux de l'aîné des frères s'écarquillèrent.
– Tu es immortel ? s'étonna-t-il, abasourdi, une once d'épouvante marquant sa voix, et Sal parvint à secouer légèrement la tête.
– Non. J'en suis juste… incapable.
Ignotus intervint avant qu'Antioche ne puisse poser davantage de questions.
– D'accord, Salvazahar. Tu nous expliqueras si… lorsque tu seras en meilleure forme. Plus tard, c'est entendu ?
Sal tenta de hocher la tête, cette fois-ci, mais tout contrôle sur son corps sembla lui glisser entre les mains. Puis, une autre pensée lui revint en tête.
– Antioche, reprit-il dans un hoquet. Cape. Pierre. 'rendre à Med… Lui prendre. Seulement Ignotus, pas toi.
Ledit Antioche fronça les sourcils.
– Tu voudrais qu'on récupère la cape et la pierre, mais je ne devrais pas les toucher ? clarifia-t-il.
– Dois pas, insista Sal.
– D'accord, je ne les toucherai pas, alors. Tu nous expliqueras tout ça plus tard, pas vrai ?
Sal entendait par son ton qu'il doutait de sa précédente déclaration. Sal ne pouvait lui en vouloir. À sa place, il en aurait fait tout autant.
Aussi termina-t-il sur un simple mot :
– Bien.
Et il perdit connaissance.
« Ainsi la Mort prit-elle le deuxième des trois frères. »
.
« Pendant de nombreuses années, elle chercha le troisième frère et ne put jamais le retrouver. Ce fut seulement lorsqu'il eut atteint un grand âge que le plus jeune des trois frères enleva sa Cape d'Invisibilité et la donna à son fils. »
Lorsqu'il sortit de sa torpeur, il était allongé dans un lit, couvert d'un drap.
Il poussa un soupir.
Au moins, ils ne l'avaient pas encore enterré.
Il leva prudemment les bras pour se débarrasser du linge et ses yeux tombèrent immédiatement sur un plafond. Le plafond d'une tente. Au même moment, les pans de l'entrée s'écartèrent et Ignotus pénétra à l'intérieur. Ses yeux s'arrondirent dangereusement lorsqu'il croisa les yeux de Sal.
– Tu es donc bien immortel, s'étonna-t-il.
Sal se redressa.
– Quelque chose comme ça, répondit-il avec amertume. Où sont les autres ?
Les yeux d'Ignotus s'assombrirent.
– Ils ne sont plus là, dit-il. Ils n'avaient pas suffisamment foi en ta parole. Si le choix leur avait appartenu, ils t'auraient mis en terre il y a plusieurs jours, déjà.
Sal fronça les sourcils.
– Sont-ils partis à la recherche de l'horcruxe ?
Ignotus secoua la tête.
– Ils étudient les reliques qu'ils ont prises à ton frère, clarifia-t-il. Cela fait déjà cinq jours et ils n'ont rien fait d'autre.
– Et l'horcruxe ?
Ignotus haussa les épaules, mais l'expression sur son visage lui en disait déjà bien assez.
– Je doute que cela les intéresse, devina-t-il. Je suis désolé, Salvazsahar.
Sal secoua simplement la tête.
– J'aurais dû m'en douter, finit-il par avouer. Où en sont leurs recherches ?
– Leur mise en pratique, tu veux dire, précisa Ignotus. Antioche prévoit de régler un différend d'ici peu et Cadmus voudrait pouvoir s'excuser d'avoir eu un enfant avec une autre femme… non pas qu'il ait jamais reconnu l'enfant.
– Et qu'advient-il de Medrawd ?
– Ton frère ? Il est toujours de pierre et nous pensions plus sage de l'enfermer dans une pièce protégée de Poudelard. Ne te fais pas de bile, seuls nous quatre serons en mesure d'y pénétrer. Je m'en suis assuré.
– Je t'en remercie.
Ignotus sourit un moment avant qu'un voile ne le couvre peu à peu.
– Mes frères n'y poseront pas un orteil, tu peux y compter. Ils sont bien trop absorbés par les reliques pour considérer t'aider de nouveau.
– Et qu'en est-il de toi ?
– J'attendais ton réveil, Prince Salvazsahar, répondit Ignotus dans un sourire. Il me faudra retourner voir ma femme et mon fils quand l'occasion s'y prête, mais j'ai bien toute intention de t'accompagner pour dénicher le fragment dont tu nous as parlé.
Ignotus mourra bien avant que Sal ne découvre enfin l'endroit où Medrawd avait dissimulé son horcruxe. Il le trouva en France, et y être confronté fut le coup de grâce. Après tout ce temps, la solitude et l'incertitude le brisèrent finalement.
Comment pouvait-il continuer de tracer sa route alors que la culpabilité quant à la mort de son frère pesait si lourdement sur ses épaules ?
« Puis il accueillit la Mort comme une vieille amie qu'il suivit avec joie et, tels des égaux, ils quittèrent ensemble cette vie. »
