— C'est petit...
— C'est largement suffisant pour nous deux. Entre.
— Doucement... Pas besoin de me bousculer...

Elsa soupira et se plia en deux pour entrer dans la cabine du petit navire que Hans leur avait fait préparer.

— Nous aurions pu prendre le navire royal, quand même...
— Pour que tu aies une chambre tout confort ? Non. Tu ne le mérites pas.

Elsa fronça les sourcils. Elle releva ensuite le nez et disparut dans sa cabine, qui n'était en réalité qu'une couchette avec un rideau qu'on tirait devant. Sebastian déposa son paquetage sur la couchette d'en face et sortir ensuite sur le pont.

— Tu as fait exprès de prendre un truc aussi petit ?
— Non, c'est tout ce que la capitainerie m'a autorisé à prendre pour, je cite, être détruit.

Bash grimaça.

— Je vois. Il n'est pas troué au moins ?
— Non ! s'esclaffa Hans. J'ai tout vérifié, il est en parfait état. Il va vous conduire à bon port, où que ce soit.

Le magicien hocha la tête puis regarda autour de lui.

— Anna ne vient pas ?
— Elle voulait, nous étions prêts à partir, mais elle a été appelée au dernier moment pour un souci dans les cuisines...
— Et ça ne pouvait pas attendre ?
— Tu connais Anna...

Hans haussa les épaules ; Sebastian pinça la bouche puis observa le petit navire. D'environ dix mètres de long, avec une grande voile triangulaire sur un mat unique, c'était le minimum du confort possible. Un bateau de pêche solide, d'accord, mais quand même, il pourrait être détruit au premier grain avec un peu de houle...

— Si nous ne revenons pas... commença alors Bash.
— Il y a des protocoles pour ça, répondit Hans. Si vous ne revenez pas au bout d'un an, jour pour jour, Elsa sera considérée comme morte et Anna sera sacrée reine. Elle ne le veut pas, mais elle n'aura pas le choix jusqu'à que nous ayons un enfant pour prendre sa place.
— Tu seras roi ?

Hans secoua la tête, les mains sur les hanches.

— Mon père aurait sans doute préféré, mais je ne veux plus de tout ça. J'ai réussi à récupérer la femme que j'aime, elle m'a pardonné mes erreurs, je ne veux pas tenter à nouveau le diable et risquer se tout perdre encore une fois, sans doute définitivement...
— Je comprends. Prenez soin de vous deux.
— Prend soin d'elle... Elle n'est pas si méchante que ça, elle est surtout très seule et elle a une épaisse carapace...
— Je sais... Mais tu avoueras qu'elle n'est pas facile à vivre !
— Ça doit être de famille, alors !
— Et voilà, je les laisse cinq minutes tous seuls et ils disent déjà du mal de moi !

Les deux hommes pivotèrent et Anna sauta de cheval devant eux. Elle s'approcha de Sebastian et l'enlaca une longue seconde.

— Sois prudent, dit-elle. Peu importe ce que vous trouvez là-bas, je veux que vous reveniez, même si c'est pour dire que vous retournez vivre là-bas.

Sebastian rigola puis Anna prit ensuite pied sur le navire et rejoignit sa sœur sous le pont. Le magicien se tourna alors vers Hans.

— Épouse-la avant qu'on revienne, dit-il. Si vous avez un bébé d'ici là, ça l'empêchera de penser à sa sœur...
— Donc, tu prévois de partir pendant plus d'un an ?
— Je ne sais pas du tout, je n'ai aucune idée de ce qu'on va trouver derrière le brouillard et surtout s'il y a quelque chose ! Si ça se trouve, ce ne sont que les histoires pour endormir les enfanrs, puisque personne n'est jamais revenu de là-bas...

Hans serra les mâchoires. Les deux hommes se serrèrent ensuite le bras solidement avant de se donner une accolade, après quoi Sebastian monta sur le pont du petit bateau et entreprit de le préparer au départ. Anna reparut quelques secondes plus tard.

— Dès que vous trouvez une terre, envoyez un pigeon, dit-elle. Peu importe où c'est, dites-moi, on pourra vous suivre sur une carte du monde ainsi.
— On fera de notre mieux et si jamais, je peux toujours envoyez un messager magique.
— C'est vrai... sourit Anna.

Hans l'aida ensuite à reprendre pied sur le plancher des vaches puis un docker détacha l'amarre et poussa le navire loin du quai à l'aide d'une gaffe. Bash déploya ensuite la voile qui prit aussitôt le vent ; le bateau fit alors un bond en avant et Elsa poussa un cri de surprise alors qu'elle remontait sur le pont. Bash lui prit la main l'aider et la jeune femme observa ensuite sa sœur et Hans plantés sur le quai, leur faisant des signes du bras. Elle les imita un moment puis se détourna et s'assit sur le plancher de bois humide.

— Quand on sera au large, il faudra m'aider, dit alors Sebastian.
— A quoi faire ?
— Faire naviguer cette coquille de noix.
— Quoi ? Mais je ne sais pas faire ça ! C'est la première fois que je monte sur bateau !
— Tu apprendras. Il est hors de question que tu te la coule douce !
— Mais...?

Agacée, Elsa serra les poings et quitta soudain le pont, disparaissant dans la cabine. Bash entendit son rideau coulisser furieusement sur la barre de bois qui le soutenait et il soupira. Malgré les mois écoulés depuis qu'il avait accepté de venir a Arendelle pour l'aider à gérer ses pouvoirs, il n'arrivait pas à la cerner et cela commencait serieusement à le gonfler.

— J'espère vraiment qu'on trouvera quelque chose derrière ce brouillard qui terrifie tant les habitants des environs...

Il récupéra son bâton et s'approcha du toit de la cabine. Un table de navigation avait été installée dessus, gravée dans le bois afin de résister aux éléments. Juste à côté un sextan et une boussole etaient rangés dans une boite.
Tendant la main au-dessus de la carte, le jeune homme libéra un peu de brume qui partit d'Arendelle et se dirigea, comme un serpent de fumée, à travers les multiples îles qui parsemaient les fjords autour d'Arendelle.

— Allons-y...

Retournant vers le gouvernail, Sebastian, se pencha par-dessus le gardefou et effleura les eaux sombres de son cristal qui s'illumina. Le petit bateau se mit aussitot à avancer, le vent gonfla sa large voile triangulaire et Arendelle s'éloigna. Elsa apparut alors et observa son pays devenir de plus en plus petit. Elle croisa le regard de Bash quand elle se redressa sur le pont et il tourna la tête de l'autre côté. Se mordant la lèvre, la jeune femme comprit qu'il lui en voulait d'avoir été infecte avec lui ces derniers jours. Il avait raison, mais elle n'avait aucune idée de comment remédier à cela et se faire pardonner.

— Bash...? demanda-t-elle.
— Quoi ?
— J'espère que tout se passera bien pour nous...
— Moi aussi.

La discussion s'arrêta là et Elsa décida de retourner sur sa couchette. Elle n'avait rien de mieux à faire pendant les deux prochaines semaines, même si elle avait emmené du travail manuel, plusieurs tricots et de la couture, une chose qu'elle n'aurait jamais envisagée avant de perdre ses pouvoirs...

.

Assis sur le banc près de la barre, Sebastian observait le brouillard qui bouchait l'horizon. De tous temps, les habitants de ce monde avaient toujours vu cette énorme masse de nuages qui passaient du blanc au bleu foncé en passant par le rose, le jaune, le noir au gré de la météo...

— Franchement, je donnerai cher pour savoir ce que ça cache...
— Et moi donc, et on est en route pour le savoir. Tiens.

Le jeune homme prit l'assiette que lui tendait Elsa. Cela faisait quatre jours qu'ils naviguaient et ils étaient désormais en pleine mer. Il n'y avait pas une île à l'horizon derrière eux et, devant, ce brouillard.
S'asseyant derrière son compagnon, Elsa s'appuya contre son dos et Bash tourna la tête pour l'observer un moment. Elle était consciente qu'elle avait été infecte avec lui, qu'elle allait devoir se faire pardonner, mais elle ne savait pas comment s'y prendre alors elle faisait de son mieux et redoublait de petites attentions.
Posant son assiette, le jeune homme pivota soudain et Elsa sursauta. Quand il lui prit son assiette pour la poser plus loin avant de tendre les mains, elle rentra le menton.

— Donne-moi tes mains, je vais te transférer un peu de mes pouvoirs, tu me fais pitié à être triste comme ça depuis qu'on est partis.

Elsa se mordit la lèvre.

— Non, dit-elle. Tu as eu raison de les reprendre, j'ai fait des conneries avec, je t'ai même attaqué, je ne les méritais pas. Je vais prendre mon mal en patience et me faire pardonner en m'occupant de ce navire autant que possible.
— Tu n'es pas une femme de ménage, Elsa...
— Mais je ne suis pas une reine non plus, pas ici, et je ne suis plus une magicienne, donc il faut bien que je m'occupe...
— Elsa...
— Non, ne discute pas. Je n'ai jamais rien fait de ma vie, j'ai appris à cuisiner pour faire joli, je savais pertinemment que je n'aurais jamais à le faire... Avec mes pouvoirs, il le suffisait de le penser pour l'avoir, aujourd'hui, je dois faire comme tout le monde et le fabriquer de mes mains...

Elle baissa alors le nez.

— Et puis, je te dois bien ça, toi qui a tout abandonné pour rejoindre Anna en pensant que tu serais capable de faire quelque chose de sa terrifiante sœur...

Elle se détourna ensuite, récupéra son assiette puis rentra dans la cabine. Bash entendit son rideau s'ouvrir et il soupira. Il détestait ce qu'était devenu leur relation. Alors certes, ils n'avaient jamais été grands amis, mais jusqu'a ce qu'Elsa ne détruise son château de glace, il y avait toujours eu une forme de respect entre eux, même tacite ; aujourd'hui, il n'y avait même plus ça, ils étaient fâchés l'un contre l'autre et tous deux aussi manches l'un que l'autre pour savoir comment y remédier...