Les semaines passaient, mais pourtant, à Arendelle, tout se allait pour le mieux. Ana prenait son nouveau rôle de reine très à cœur et déléguait beaucoup de petites choses à Hans, comme la gestion des stocks de nourriture, l'entretien général du palais et de la ville, toutes ces choses insignifiantes pour elle, comparé aux traités de commerces et diplomatiques qui arrivaient chaque jour sur son bureau par dizaine...

— Courrier, Votre Altesse !

Ana tourna la tête et observa le jeune coursier déposer une liasse de parchemins sur le bureau.

— Et le journal du jour, votre ticket de tombola de la semaine et... Oh oui, j'allais oublier, une lettre de Monsieur Sebastian.
— Sebastian ? Et Elsa ?
— Non, Madame, je suis navré, juste lui.

Ana serra les lèvres. Le jeune homme s'inclina ensuite et quitta le bureau. Hans apparut une seconde plus tard par une autre porte. Il vola un baiser à sa compagne en passant près d'elle puis s'écroula dans un canapé.

— Il est neuf heures et je suis déjà sur les genoux ! gémit-il.

Le silence lui répondit et il releva la tête, surpris.

— Chérie ?

Ana sursauta.

— Mais tu es là depuis quand ? s'étonna-t-elle.
— Trois minutes ? Je t'ai même embrassée...
— Ah ? Je n'ai remarqué...
— Sympathique, se renfrogna le rouquin. Bon, à quoi tu penses, comme ça ?
— Le coursier du matin... Il a apporté une lettre de Sebastian...

Hans quitta son siège, un sourcil haussé, et s'approcha du bureau. Il repoussa le journal, les parchemins et le ticket de loterie pour trouver la petite enveloppe carré fermée par un sceau.

— Je peux ? demanda-t-il.

Ana opina en allant s'asseoir derrière son bureau ; Hans brisa alors le sceau, déplia le papier dur et commenca a le lire.

— Bon, ce sont des bonnes nouvelles. Ils ont trouvé une île après le brouillard, du moins un magicien est monté sur leur bateau en pleine nuit et les a conduits à son île, une semaine après leur départ d'ici. Les habitants sont des Magikers, et ils ont confirmé à Elsa et Bash qu'ils en étaient aussi, comme nous le pensions et, quelques jours après leur arrivée, Bash a retrouvé son père.
— C'est une bonne nouvelle. Et Elsa ?
— Hm... Selon Bash, Elsa ferait partie d'un autre clan de Magikers qui vivrait sur une montagne volcanique sans aucune verdure... Elles se font appeller les Éminences et elles sont apparement très puissantes... Et uniquement des femmes.
— Allons bon... Ma sœur a-t-elle recouvré des pouvoirs ?
— Apparement... Et elle serait redevenue aussi infecte qu'avant et Bash ne sait plus quoi faire.
— Nous allons lui dire de rentrer.
— Sans Elsa ?
— Sans ou avec, peu importe, elle n'est pas la reine d'Arendelle, elle fait désormais ce qu'elle veut de sa vie.

Hans serra les lèvres. Il reprit sa lecture et fronça les sourcils.

— Bash dit qu'ils ont découvert que tes parents n'étaient pas ceux d'Elsa. Apparement, elle serait née d'un humain et d'une Éminence mais ce ne sont que des hypothèses...
— Je suis donc la reine légitime d'Arendelle depuis toujours ?
— Apparement. Est-ce qu'il faut faire quelque chose pour le rendre officiel ?
— Un couronnement. Comme Elsa, je vais devoir me plier au rituel d'accession au trône.
— Tu n'es pas trop jeune ?
— Peu importe, chéri, je suis l'unique enfant de feu les souverains mes parents, Ils sont morts alors je dois prendre le trône après eux. Même si j'avais eu quatre ans, j'aurais été couronnée quand même, sous l'égide d'un Régent et je n'aurais pris mon trône qu'à mes vingt ans révolus.

Hans hocha la tête.

— Veux-tu lui répondre ?
— Fais-le en notre nom. J'attends une délégation du continent de l'est et je ne sais pas quand ils vont débarquer, ni même combien de temps ils vont rester.
— Le continent de l'est ? Quel royaume ?
— Sur le bureau.

Hans contourna le meuble et parcourut rapidement les papiers éparpillés avant de trouver celui qui l'intéressait. Il le lut et fronça les sourcils.

— Qu'y a-t-il ? demanda Ana.
— Le Royaume de Seizer... dit-il doucement. Ma chérie, tu va avoir l'insigne honneur de rencontrer mon frère aîné...

Ana pâlit.

— Quoi ?! Ton... Le roi Berliner est ton frère ?! Lequel ?
— Celui qui est juste avant moi. Il est parti des îles du Sud quand j'avais six ans, je ne me souviens pas bien de lui, mais je sais qu'il est parti pour épouser une femme, la fille de la reine de Seizer, alors récemment rendue veuve. Mon père m'a raconté que Berliner a été très surpris quand il a vu sa promise...
— À ce point ? Était-elle aussi laide ?
— Laide, non, vieille, oui.

Ana ouvrit de grands yeux et Hans lui expliqua que, à la mort de son mari, le roi héritier du royaume de Seizer, la reine avait pris la tête du royaume, mais refusant de se remarier, elle avait entrepris de chercher un époux pour sa fille aînée. Le seul "oubli" de la reine dans les lettres qu'elle envoyait aux royaumes alentours, était qu'elle ne disait pas que sa fille avait déjà vingt-sept ans...

— Quand mon frère est arrivé là-bas, et que la reine lui a présenté une femme de quasiment deux fois son âge, mon frère a pensé à une mauvaise blague et s'est gaussé grassement. La princesse l'a très mal pris et la giflé devant tout le monde... Avant de lui passer une avoinée comme jamais il n'en avait reçue, pas même de notre père...

Ana serra les lèvres et soudain, éclata de rire. Elle plaqua une main sur sa bouche, pouffa, et se remit à rire.

— Oh non ! Oh non, la honte ultime ! s'exclama-t-elle, hilare. Que s'est-il passé, ensuite ?
— Ils se sont mariés deux semaines plus tard et ils ont quatre enfants...

Ana rigola de plus belle et s'assit sur l'accoudoir d'un canapé proche.

— J'ai l'impression que tous les fils du roi du Sud ont besoin d'une femme plus forte qu'eux !
— Hé, la pomme ne tombe jamais bien loin de l'arbre, tu sais ? Ma mère était une reine très autoritaire, énergique, elle menait mon père à la baguette ! Quand elle est morte, il a repris le dessus et est devenu le méchant roi que tu as remis à sa place lors de sa dernière visite...

Ana plissa le nez.

— J'espère qu'il n'est pas comme ton père, ce frère-là, dit-elle en se redressant. Bien, d'ici là, va répondre à Sebastian et demande lui des nouvelles d'Elsa et surtout, à quel date ils pensent rentrer.
— Dois-je lui dire de rentrer sans elle, le cas échéant ?

Ana fit la moue puis opina ; Hans l'imita avant de regagner son propre bureau, adjacent à celui de la reine, pour répondre à leur ami.

.

Sur l'île des Magikers pendant ce temps, Sebastian était cloîtré chez son père. Sa relation avec Elsa avait pris du plomb dans l'aile et ils se tenaient chacun à une telle distance qu'on pourrait les croire ennemis.

— Fiston ?

Sebastian leva les yeux du parquet et Galon entra dans la chambre.

— Cela me fait de la peine de te voir ainsi... Es-tu tombé amoureux d'elle ?
— Je l'ignore, répondit le jeune homme. Ce que je sais, en revanche, c'est que je n'avais aucune envie qu'elle redevienne comme avant... Je pensais que d'avoir perdu ses pouvoirs lui aurait servi de leçon, mais non, c'est même encore pire qu'avant !

Galon serra les mâchoires.

— Elle te manque, je le vois bien...
— Ouais, mais si je l'approche, elle va m'attaquer. Oh, je peux la contenir sans aucun problème, je contrôle bien mieux mes pouvoirs qu'elle, mais je ne veux ni la blesser ni me la mettre à dos et encore moins la contraindre. Je dois la ramener chez elle, même si, techniquement, ce serait ce rocher aride, sa maison. Aride comme son cœur, d'ailleurs...

Galon souffla par le nez puis quitta la chambre de son fils et se rendit dans la pièce à vivre. Son regard tomba sur Elsa à travers la fenêtre de la cuisine ; la jeune femme faisait tourbillonner de la neige autour d'elle, comme une enfant qui s'amuse de rien. Elle n'avait vraiment pas l'air aussi infect, vu comme ça, mais dès qu'elle ouvrait la bouche, surtout pour répondre à Sebastian, la magie disparaissait...
Soudain, on toqua contre la porte et il alla ouvrir. Un coursier le remis une lettre et il le remercia d'une pièce trouvée dans sa poche de veston avant de retourner au salon pour lire la lettre.

— Arendelle, tiens donc... Serait-ce sa sœur qui s'inquiète ?

Ne voulant pas déranger son fils ou la jeune femme pour si peu, il se permit d'ouvrir la lettre et il parcourut le document rapidement avant de soupirer. Il décida de le montrer à Sebastian et remonta à l'étage.

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Elsa passait beaucoup de temps seule depuis qu'elle avait retrouvé les pleines capacités de ses pouvoirs. Le dragon d'eau lui avait permis de recharger ses batteries sans le savoir, et sans le faire exprès, sans doute, mais toujours était-il qu'elle pouvait à nouveau faire de la magie, contrôler la neige, le froid et la glace, et que cela lui avait manqué. Disparue la jeune femme apeurée et timide, bonjour la Magiker la plus puissante depuis bien des années...

— Votre Éminence, voulez-vous déjeuner dehors ou avec le maître et Monsieur Sebastian ?

Elsa pivota et avisa la femme qui se tenait sur le seuil de la terrasse.

— Je vais manger dans ma chambre, répondit-elle.

La servante opina et retourna dans la maison ; Elsa soupira. Soudain, elle fronça les sourcils et se retourna vivement. Le bâton de Bash s'illumina pour absorber le sort que la jeune femme avait inconsciemment invoqué.

— Bien, voilà que tu attaques sans même identifier le visiteur, de mieux en mieux.

Le ton était amer. Il serra ses doigts sur le bâton et Elsa montra le dents avant de lui tourner le dos. Ce garçon lui rappelait une période de sa vie qu'elle voulait oublier. Elle était presque tombée amoureuse de lui, et avait même envisagé son avenir à ses côtés en tant que personne normale, mais dès l'instant où elle avait senti la brûlure de la magie dans ses veines, tout s'était envolé.

— J'ai reçu une lettre de ta sœur, reprit alors le jeune homme. Elle me demande de rentrer.

Elsa serra les lèvres.

— Sans toi, acheva Bash.

Le teint de porcelaine de la jeune femme devint crayeux et elle fit un en arrière.

— Pour quelle raison...?
— Elle estime sans doute que nous avons trouvé une réponse à nos questions et que, si c'est le cas, nous n'allons pas rentrer à Arendelle...
— Je te demande pourquoi elle ne veut pas que je rentre, répondit Elsa.

Bash serra les mâchoires.

— Parce que je lui ai demandé.

La réaction d'Elsa fut immédiate, elle se crispa, serra les poings, et soudain, lança ses mains en avant en poussant un cri, mais le jeune homme ne bougea pas. Son cristal s'illumina et il leva les yeux vers lui un instant.

— Dois-je te rappeler que nous sommes issus de la même engeance ? demanda-t-il. Ne t'en déplaise, je suis moi aussi une Éminence, même si seules les femmes sont reconnues comme telles.

Elsa grimaça.

— Tu n'es en rien comme moi, répondit-elle en se détournant.
— Oh non, c'est certain. Je ne savais même pas qu'on pouvait mettre autant de haine et d'amertume dans un si petit corps.

Elsa pivota aussitôt et le cristal de Bash s'éclaira de nouveau.

— Dois-je te rappeler que tu ne peux rien contre moi ?
— Pourquoi ? s'exclama la jeune femme. Pourquoi ton foutu cristal absorbe mes pouvoirs, hein ?
— Il ne les absorbe pas, il les neutralise. Pour la simple et bonne raison que malgré ton retour à ton ancienne toi, Elsa d'Arendelle, la jeune femme douce et gentille que j'ai connue est toujours là, quelque part sous cette croûte de glace qui lui emprisonne le cœur !

Elsa rentra le menton. Son visage se tordit alors et deux larmes glissèrent sur ses joues claires.

— Tu n'as pas le droit... chevrota-t-elle. Je ne suis plus la faible humaine que tu as connue, tu n'as pas le droit de faire ça !
— Ah non ? Parce que moi, de la reine des neiges pétrie de haine et de colère, je n'en veux pas et je n'en voudrais jamais.
— Je suis la même personne !
— Tu viens pourtant de dire le contraire.

Elsa serra les mâchoires.

— Nous sommes revenus à notre point de départ, tu es incapable de gérer tes pouvoirs, ils sont régis par la colère que tu as en toi, plus celle que la mort de tes parents gênerait, mais celle que tu as développée en apprenant qui tu étais, en apprenant que ta sœur n'était pas ta sœur et qu'elle était la reine légitime d'Arendelle... Et de cette femme, je n'en veux pas. C'est la raison pour laquelle j'ai dit à ta sœur que tu avais retrouvé ta véritable famille. Je ne veux pas rentrer avec toi et sentir que tu me hais, c'est au-dessus de mes forces, Elsa. Je suis désolé.

Sans mot, Bash tourna les talons et s'éloigna. Elsa le regarda un moment.

— Sebastian ! appela-t-elle. Sebastian ! Bash !

Sa voix se cassa alors, prise par les sanglots, et elle tomba sur les genoux. Elle se courba, les bras autour du torse, et haleta, incapable de se contrôler. Soudain, elle sentit deux mains sur ses épaules et elle se figea. Elle releva la tête et la servante qui lui avait parlé un peu plus tôt l'aida à se relever. Elle la conduisit dans sa chambre, lui apporta un plateau, puis la laissa tranquille après avoir tiré les rideaux.