O Restaurant de l'hôtel La beauté du Danube O

Le restaurant de l'hôtel était loin d'être désert malgré l'aube à peine naissante. Les Auros qui avaient chargé de surveiller l'événement, patrouillaient et filtraient chacune des allées et venues. Personne n'entrait ou ne sortait sans autorisation. Allénore avait été soulagée de voir Louis et Tommy partir sans difficulté, lorsque ce dernier avait présenté sa plaque d'Auror.

— Bon appétit !

Allénore sourit à James qui avait copieusement rempli son assiette de pancakes, d'œufs brouillés, de tartines qu'il avait bien l'intention de couvrir d'une épaisse couche de confiture de fraise et une immense tasse de chocolat chaud. Pour un estomac comme le sien, c'était bien le minimum !

— T'manches pas ? lui demanda-t-il la bouche pleine.

Elle jeta un œil à sa propre assiette, qui ne contenait qu'une banane qu'elle avait coupé en rondelles. Elle secoua la tête et transforma une serviette en feuille de papier, qu'elle commença à plier. James la regarda faire, fasciné. L'ours continuait de lui tourner autour, l'agaçant de temps en temps.

— Pourquoi il fait ça ? s'énerva James.

Allénore siffla et l'origami revint elle vers en boudant.

— Je n'en sais rien, avoua-t-elle. Ils sont parfois animés de leur propre volonté. Le colibri part souvent avec Louis lorsqu'il s'éloigne de moi.

— Mais le fennec te colle littéralement à la peau, sourit James en désignant l'animal lové dans le creux de son cou. Donc le fennec, c'est pour Louis. La chouette, c'est Scorpius. L'écureuil, c'est Rose. L'ours, c'est Albus… Le Saint-bernard, c'est Tommy. Le cygne, c'est pour tante Fleur. La belette, c'est oncle Bill. Le pivert et le chat, Victoire et Dominique. La loutre, pour tante Hermione, le russel terrier, pour oncle Ron… Mais les autres ?

Allénore haussa les épaules. James reconnu l'animal du patronus de son père et un serpent qu'il désigna :

— Lui, c'est pour qui ?

— Jia Li, répondit Allénore.

La jeune femme se rembrunit et se referma complètement. Ce qui désarçonna James. Il toussota, un peu gêné :

— Tous tes proches ont-ils droit à un origami ?

— Seulement ceux qui me manquent dès que je ne les vois pas. Parfois, ce sont juste des gens qui ont marqué ma vie, qui m'ont aidé, grâce auxquels je me sens plus forte. Ce sont des amis, des personnes que j'estime, ou sans lesquelles je ne serai pas là.

— La fleur ?

— C'est une glaïeul, précisa Allénore. Une demi-gobeline, qui m'a soignée lorsque j'étais… avec les Autres.

— Et le soleil ?

— Ma sœur. Aurore. Noorah et Christophe, ce sont les deux poissons qui restent toujours dans mes cheveux.

James hocha la tête et baissa les yeux jusqu'à la feuille de papier qui commençait à prendre forme.

— Et celui-ci ce sera quoi ?

— Une grue. Pour honorer Kyoko, fit Allénore.

— Comment sais-tu que c'est son patronus ?

— Je n'en sais rien, avoua Allénore. Mes sœurs et mon frère n'en ont pas. Je … Ce sont juste des animaux qui me font penser à eux. Et Kyoko portait un pendentif, avec une grue alors…

James commençait à être à court de sujet de conversation. Il tenait le silence en horreur et Allénore en était la reine. Il mangea l'intégralité de ses pancakes. Elle termina son origami et l'anima d'un coup de baguette. Il se mit à observer ses bracelets de justice, et le remarquant, elle cacha ses bras sous la table du restaurant, les joues rouges.

— Tu ne m'aimes pas beaucoup, marmonna enfin Allénore.

James aurait préféré qu'elle reste silencieuse finalement.

— Tu sais que pour cette mission diplomatique, les Aurors qui acceptaient le boulot avaient une prime seulement parce que c'était pour te protéger ? l'interrogea-t-elle. Tommy s'est tout de suite proposé, et on sait tous qu'il n'a aucun problème financier.

— J'imagine que personne d'autre ne s'est désigné.

— Teddy est en congé paternité, Isaak est encore en pleine lune de miel… C'est le perdant du tournoi de bavboules qui a été affecté à cette mission.

— Vous avez fait un tournoi de bavboules pour savoir qui aurait à se coltiner ma présence ? Et t'as perdu ?

— Citlali a triché ! s'emporta James. Je n'aurais pas dû…

Elle se mit à sourire, amusée et James s'esclaffa finalement.

— Nom de nom… Je ne te déteste pas, affirma-t-il enfin après avoir bu une gorgée de chocolat chaud.

— Tu ne m'apprécies pas beaucoup, rectifia-t-elle.

James détestait le mensonge.

— Lorsque tu es partie, que tu as abandonné tout le monde, j'ai dû prendre soin d'eux tous. De Rose, d'Albus, de Louis… Sais-tu combien de portées de niffleurs j'ai dû accueillir sous mon toit durant cette période ?

James avait détesté Allénore à cette époque. Alors qu'elle n'avait jamais été rien de plus pour lui que la meilleure-amie de son petit-frère et de sa cousine Rose. Elle ne faisait partie de sa vie que parce qu'elle faisait partie elle-même de la vie des gens que James aimait.

Il ne la comprenait pas.

— T'as déjà entendu parler du pacte des aînés ?

Allénore secoua la tête.

Elle avait toujours apprécié la sincérité de James. Il avait bon coeur, elle le savait. Durant leurs années à Poudlard, elle avait pu apprendre à le connaître à travers Albus, qui ne manquait jamais une occasion d'inventer des tours à jouer à son frère, en représailles de ceux dont il était victime.

— C'est un truc que Victoire m'a dit un jour lorsque j'étais enfant. Elle l'a répété à Molly, à Fred et à Rose. Le Pacte des aînés, ça veut dire que les plus vieux ont la responsabilité des plus jeunes, qu'on doit les protéger des adultes, qu'on doit parfois assumer leurs conneries pour qu'ils ne se fassent pas punir, qu'on peut les chamailler, mais que personne d'autres à part nous n'en a le droit. Ça veut dire qu'on les protège contre tout ce qui pourrait les blesser. Même de nous s'il le faut.

Allénore ne répéta pas qu'elle était désolée. Elle l'avait plusieurs dit à James. Cela ne servait à rien de lui montrer comme elle regrettait toute la peine qu'elle avait causé.

— Louis est heureux avec toi. Albus et Rose vont mieux depuis que tu es revenue. Mais c'est mon rôle, de veiller à ce qu'ils n'aient plus jamais à souffrir par ta faute.

— Je comprends.

James décida de terminer son assiette, dans un silence encore plus gênant. L'esprit d'Allénore tournait en boucle. Elle savait que si elle voulait améliorer ses relations avec les autres, il fallait qu'elle s'ouvre un peu :

— Je suis l'enfant du milieu. On ne m'a jamais protégée. J'ai dû le faire moi-même.

Elle songea à Christophe, qui était trop petit pour la défendre. À sa mère aussi, qui avait toujours eu bien trop peur elle-même pour se dresser contre les monstres de sa propre fille.

— Je pensais qu'en partant, je les protégerais tous. Je préférais qu'ils me haïssent plutôt qu'ils meurent. J'ai fait un choix à leur place, que je n'avais pas à prendre. Pour ça, je suis désolée.

James reposa sa tasse et la regarda droit dans les yeux :

— Tu ne m'as jamais dit ça.

— Je ne pensais pas que c'était important.

Au contraire ça l'était. Ça comptait pour James.

— T'as appliqué le pacte des ainés, marmonna-t-il. Pas à la perfection, j'en conviens. Mais …

Elle avait probablement fait ce que James aurait lui-même fait et en prendre conscience changeait complètement les sentiments que lui inspiraient Allénore.

— Tu devrais dire tout ça à Victoire. Et à Dominique.

— Elles ne m'aiment pas…

James secoua la tête.

— Tu te trompes, encore une fois. Personne ne te déteste. On ne te comprend pas, c'est différent. Tu es… si fermée et silencieuse. Chez les Weasley, on aime le bruit et bavarder. Tu ne souris ou ne parle qu'en présence de Rose et Albus. Ou de Louis. Tu étais timide avant… mais pas comme ça. Pas méfiante. On dirait que tu es constamment sur tes gardes.

C'était parce qu'elle l'était. Elle reposa ses mains sur la table et lui désigna ses bracelets.

— Les Autres n'en auront peut-être jamais terminé tant que je serais en vie. Pourtant, je suis une criminelle, tout comme eux. Ce n'est pas parce que le Magenmagot m'a blanchie que je l'oublie. On m'a enfilé ces bracelets magiques pour une bonne raison. Tu n'es pas le seul à être mal à l'aise en les voyant.

— Tu sais pourquoi je n'aime pas tes bracelets ? Pourquoi je ne veux pas les regarder ?

Allénore ne répondit pas et piqua sa fourchette dans une rondelle de banane pour la manger.

— Parce que cette mesure est injuste et que le Ministère n'a pas à avoir peur de toi ou à savoir quel sort tu lances à telle heure. Que c'est en ne faisant jamais confiance aux gens, en les traitant comme ça, qu'on en vient à créer des monstres comme Ed Richards et Henry Ombrage. Ou Han Derrick. Quand est-ce qu'on te les retirera ?

Allénore écarquilla les yeux et releva la tête de son assiette :

— Le 18 septembre.

— C'est une bonne chose.

— J'ai peur.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne pourrais plus compter sur eux pour prouver que je ne suis pas quelqu'un de mauvais et que tous mes sorts sont inoffensifs. Louis sera en Roumanie pour un stage important. Rose et Scorpius ne seront pas rentrés de leurs explorations en Egypte et Albus et Nilam seront en vacances en Colombie : ils ont réservé depuis des mois. Je serai seule.

James soupira et posa une main sur la sienne. Il s'apprêtait à répondre lorsqu'une personne se mit à hurler dans la salle et qu'un rugissement fit trembler les tables et les belles porcelaines accrochées au mur.

Dressé sur le buffet, un dragon foudre venait de déchiqueter un vampire dont la gorge tranchée faisait s'écouler un flot de sang continu.

— On n'a même pas besoin d'enquêter, c'est génial ! se réjouit James.

Baguettes pointées sur le dragon foudre, Allénore et l'Auror se mirent en position de combat alors que la plupart des clients de l'hôtel fuyait à toutes jambes et devant eux, il y a vait un dragon foudre passablement en colère dont le bleu des écailles virait au violet, taché des restes de ses victimes.

— On va vraiment se battre contre ça ? s'écria Allénore.

— Oh, il est petit…, observa James en déglutissant.

— Tu te fous de moi ?

— On dirait… un énorme, très énorme poulet. J'ai déjà vu plus gros !

— Non mais tu déconnes ? Ton poulet il est carrément immense là, couina la polyglomage.

— C'était du second degré, Allénore ! Cette chose est monstrueuse tu le vois bien ! hurla James en pointant sa baguette sur le dragon.

Le bain de sang allait bientôt commencer.

O Bar Le Marché, Budapest O

Cette fois-ci, Louis avait pris soin de ranger dans sa poche le colibri d'Allénore. Chance ne le quittait pas et slalomait entre ses jambes. Tommy était concentré, et cherchait des yeux l'adolescente que lui avait décrit Louis.

— Elle était près de l'arène, indiqua la magizoologiste.

Tommy opina et joua des coudes pour se frayer un chemin jusqu'à la clôture de l'arène. Il sursauta, lorsqu'un dragon foudre se jeta sur celle-ci, rugissant et grognant, crachotant des éclairs en direction de la foule qui applaudissait et riait.

Les yeux du dragon étaient fou furieux et empli d'une rage aussi puissante que ses éclairs.

— Il est en train de s'épuiser, il va mourir s'il continue à décharger autant d'énergie, observa Louis.

Tommy posa une main sur l'épaule de son meilleur-ami et l'invita à poursuivre sa route.

— C'est elle, fit Louis en désignant une petite blonde qui sautillait avec joie.

Tommy hocha la tête et lança à l'adolescente un sort de mutisme avant de se planter derrière elle et de sceller ses deux mains dans des chaînes qu'il fit apparaître à l'aide de sa baguette. Elle se débattit , mais personne ne lui prêta la moindre attention. Le public était bien trop fasciné par les dragons foudre dans l'arène pour se rendre compte qu'une adolescente était victime d'un enlèvement.

Ils sortirent du bar et transplanèrent quelques ruelles plus loin, derrière des boutiques touristiques moldues. Tommy fit s'assoir la gamine sur des caisses en bois et insonorisa la zone. Il leva le sortilège de mutisme et aussitôt, la blonde se mit à crier à l'aide. Louis se planta devant elle, pour la rassurer et la calmer.

— Eh ! Tu te souviens de moi ?

Elle fronça les sourcils et plissa les yeux, examina un temps.

— Vous étiez au Marché hier soir ! s'exclama-t-elle enfin. Vous êtes un Auror ?

Elle cracha à ses pieds avant même d'avoir entendu sa réponse.

— Merlin, non !

Tommy se garda bien de lui dire que lui, en revanche en était bien un.

— Sais-tu comment le Marché s'est procuré des dragons foudre ? lui demanda Louis. Où ton père se fournit-il ?

— Vous faîtes parties d'un bar clandestin nouveau ? Vous voulez des contacts ? Mon père ne paiera jamais une rançon pour moi, vous perdez votre temps, ça je peux vous le garantir.

— On cherche juste à savoir qui fournit la ville en dragons foudre, précisa Tommy.

L'adolescente ferma les yeux et tourna la tête, l'air dédaigneux.

— T'as quel âge ?

Elle ouvrit les yeux, et haussa les sourcils avec mépris. Louis ne se démonta pas et soutint son regard brûlant et haineux :

— En quoi mon âge t'intéresse-t-il ?

— J'essaie de déterminer si c'est une bonne idée de te décrire le corps de la personne qui a été tuée cette nuit par un dragon foudre.

— Les participants savent pour quoi ils signent, haussa-t-elle les épaules complètement indifférente.

Elle semblait réciter un texte appris par coeur et récité à la perfection.

Comme si tout allait bien.

Comme si on ne parlait pas de vie humaine. Des vies qu'on avait arraché et tué.

— Cette femme était une ambassadrice. Elle logeait dans un hôtel. Elle n'avait rien à voir avec les boucheries des arènes…

L'adolescente se renfrogna.

— Ça c'est impossible. Les dragons foudre sont surveillés à chaque seconde. Lorsqu'ils ne sont pas dans des arènes, ils sont à la centrale des créatures de braconnage.

— Et il est où ce centre ?

— T'es bien crétin, si tu penses que je vais te le dire.

Dans la rue d'à côté, des personnes chantaient en choeur avec des voix alcoolisés. Ils riaient grassement. Mais Louis avait froid. La brume se levait à peine sur la ville. Les bars se vidaient. La clandestinité de la nuit prendrait bientôt fin lorsque le jour serait enfin levé. Ils n'avaient plus beaucoup de temps…

— Elle baignait dans une marre de son propre sang. Ses amies ont hurlé tellement fort en découvrant son corps que j'ai cru que mon crâne allait se fendre en deux, insista Louis. Que des abrutis décident de mettre leurs vies en jeu pour des paris et quelques gallions, je m'en tape royalement. En revanche, tu sais ce qui me dégoûte ? C'est qu'on en vienne à pervertir, à changer toute une race de dragons parfaitement inoffensifs en des tueurs sanguinaires pour le bon divertissement de quelques personnes pathétiques et malveillantes. Ça, et que des innocents qui n'ont rien demandé en paient le prix fort. Maintenant qu'un dragon foudre a fait une nouvelle victime hors d'une arène, que crois-tu qu'il va se passer ?

La blonde blêmit très légèrement, mais loin de se démonter, elle se redressa, fière et imperturbable :

— Ce n'est pas comme si cette victime était… quoi ? La treizième ? Quatorzième ?

Il se prit ces questions, son sarcasme, comme des claques assénées avec une violence inouïe et cruelle.

Louis recula pour s'adresser à Tommy :

— Ces victimes, celles que mentionnent l'article que j'ai lu et dont je t'ai parlé… C'était peut-être toutes des participants des arènes dont les bars clandestins cherchaient à se débarrasser. Pour ne pas avoir de preuves. Todd était persuadé que les gouvernants hongrois savaient mais qu'ils préféraient accuser les vampires…

— Pourquoi voudraient-ils protéger les bars clandestins ?

— Parce qu'ils rapportent gros, expliqua Louis. La Hongrie magique est endettée jusqu'au cou depuis des années, ce n'est un secret pour personne. Et à ton avis, à qui appartient la dette ?

— Des réseaux de braconniers ?

Bingo, renchérit Louis avec ironie. Et probablement à des Autres avec.

— Kyoko serait vraiment la première victime en-dehors des arènes ? fit Tommy avec inquiétude.

— Si tu veux te débarrasser de quelqu'un, c'est un mode opératoire absolument parfait. Tu n'as pas à te salir les mains. Tu utilises un dragon foudre, tu le coinces dans une pièce avec ta victime et… et c'est fait, termina Louis.

— Vous ne pourrez pas me retenir éternellement. Des gens sont sûrement déjà en train de me chercher, les prévint l'adolescente.

— Donne nous seulement le nom de celui qui vous fournit en dragon foudre. Ça, ou la localisation de la centrale des créatures de braconnage.

— Et que pensez-vous qu'il m'arrivera si je viens à trahir les miens ?

— Et que penses-tu qu'il arrivera, si des dragons foudre se promènent en liberté dans Budapest ?

L'adolescente blêmit davantage.

Elle savait à quel point les dragons foudre étaient dangereux et impitoyables.

— Non, c'est impossible…, bégaya-t-elle.

— La victime qui dormait dans sa chambre d'hôtel… Elle s'appelait Kyoko.

Pour la première fois depuis qu'ils discutaient avec elle, l'ombre d'un sentiment traversa le visage de la jeune fille :

—Kyoko ?

— Tu la connaissais ?

Elle hocha péniblement la tête, comme abattue par la nouvelle.

— Elle est morte ?

Louis s'en voulu immédiatement d'avoir été si dur avec elle.

— Je suis désolé.

— Elle venait, avant… Quand j'étais petite. Elle était si belle… Je croyais même rêver lorsqu'elle était là. Elle… Elle aimait discuter avec ma mère, mais un jour, elles se sont disputées… Kyoko n'est plus jamais revenue.

— Dis nous où se trouve la centrale des créatures de braconnages.

— Je ne peux pas vous le dire, lança-t-elle d'une voix déterminée. Même si je le voulais, marmonna-t-elle. Nous autres, on a besoin de ces combats pour survivre. Vous ne pouvez pas comprendre… Ce ne sont que des créatures magiques !

Louis serra les poings et capitula, tournant le dos à l'adolescente pour rejoindre le mur d'en face. Il sortit de sa poche le colibri d'Allénore et le regarda voler au-dessus de lui. Il battit des ailes près de sa joue et l'effleura tout doucement.

— Alors arrêtez-moi, je m'en fiche.

En tant qu'auror britannique, Tommy n'avait aucune autorité sur une sorcière hongroise. Il se détourna à son tour de l'adolescente pour parler à son ami :

— On trouvera sans elle, admit-il enfin à Louis. On en sait assez pour retourner au Marché et …

— Je sais très bien comment on va faire pour accéder à la centrale, sourit Louis en regardant Chance qui s'était pelotonnée à ses pieds.

La cathisth miaula, approuvant le plan encore secret de son humain.

— Et elle ? fit-il en désignant la blonde.

— On lèvera le sortilège d'entrave une fois qu'on sera de retour au Marché.

Louis releva la tête pour imprimer les traits de son visage. Il voulait se souvenir de cette fille, si violente dans chacun de ses mots, dans chacune de ses paroles, animée par une rancoeur et une loyauté sans faille pour les siens.

— Comment est-ce que tu t'appelles ?

Elle ne répondit pas.

Elle souhaitait demeurer une inconnue. Une anonyme.

— Tu n'es pas obligée de faire ça. Ces combats, le braconnage…

Elle le toisa avec arrogance.

— Je le sais. Je le fais seulement parce que… j'adore ça.

Une lueur de plaisir brilla dans ses yeux et Louis se demanda quelle était son histoire. Comment avait-elle pu devenir ainsi ? Une personne si peu soucieuse du sort des autres, sans compassion pour les créatures magiques…

Cette conversation n'avait servi à rien.

En quittant la ruelle, il se sentit noir et dégoûtant.