Ana était silencieuse, à la fois sidérée et furieuse.

— Pourquoi ? demanda-t-elle. Pourquoi ignorer la reine du Nord comme ça ?

Elle se tourna vers Hans, assis dans le canapé, une jambe passée sur l'autre. Il était silencieux, pensif. Soudain, il se redressa et posa ses coudes sur ses cuisses.

— Nous savons maintenant que ces gens ne sont pas ses parents, dit-il en se levant. Sa réaction ne m'étonne qu'à moitié.
— Tu crois qu'il y serait allé ?
— Je l'avais espéré, oui, mais apparement, je me suis trompé sur l'importance des liens qui pourraient encore unir Bash à sa mère.
— Mère qui ne l'est pas, rappela la jeune femme.

Hans grimaça. Il soupira ensuite et se tourna vers la femme silencieuse près de la fenêtre.

— Merci pour votre aide, Ada, dit-il. Vous pouvez rentrer chez vous.
— Tout le plaisir a été pour moi, Vos Altesses. On m'a privé de magie pendant toute ma vie, je suis heureuse d'avoir enfin pu servir à quelque chose.

Elle s'inclina ensuite puis quitta le palais, son bâton à la main. Quand elle franchit le portail de la cours, elle disparut dans une rafale de poussière et le silence revint.
Se détournant de la fenêtre après avoir suivi Ada des yeux, Ana soupira, les mains sur les hanches.

— Devrions-nous y aller nous-même ? demande-t-elle.
— Veiller un mourant ? Chérie...
— Je sais, Elsa et Bash peuvent arriver à tous moment, mais nous avons rencontré cet homme, tu as même été son beau-fils pendant quelques semaines... Ne serait-ce que pour Savinna, tu dois être présent.

Hans plissa le nez.

— Tu crois ?
— Ce serait la moindre des choses.

Hans fit la moue puis opina et se leva de sa chaise.

— Très bien, allons-y, mais laissons des instructions pour l'arrivée d'Elsa et Sebastian. Le Chambellan s'occupera des affaires du royaume en notre absence.

Ana hocha la tête puis chargea son compagnon de tout préparer pendant qu'elle se mettait à son bureau pour rédiger une lettre à sa sœur.

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En plein milieu de l'océan, se frayant un passage entre des blocs de glace gros comme le bateau, Elsa et Bash profitaient du voyage. L'un comme l'autre étaient plus sereins que jamais ; Elsa avait enfin fini de déposer ses pouvoirs dans son catalyseur et depuis, ses nuits étaient paradisiaques quand, avant, elle faisait des rêves bizarres et des cauchemars terrifiants.

Comme le soleil descendait sur l'horizon, Sebastian sortir de la cabine avec un châle dans les mains. Il le déposa sur les épaules de sa compagne qui lui sourit.

— Sais-tu quand nous allons arriver ?
— D'ici trois ou quatre jours, je pense. Je ne sais pas combien de temps nous avons mis pour venir puisque Mohekar nous a interceptés puis conduits à l'île...
— C'est vrai, j'avais oublié ça, répondit Elsa en haussant les sourcils. En tout cas, j'ai hâte d'être chez moi et de revoir Ana.
— Et pas Hans ?

Elsa plissa le nez.

— Je sais que ma sœur est folle de lui, qu'il est l'homme de sa vie, mais je ne sais pas si je pourrais un jour lui pardonner d'avoir voulu me tuer. Ce n'est pas rien.
— Non, c'est certain, et même s'il a payé pour cet affront, je pense qu'il en souffrira encore quelques années. Surtout si tu lui refuses ton pardon.

Elsa haussa les épaules.

— Je suis comme je suis, je ne supporte pas l'injustice, le mensonge et la trahison. Il a fait croire à ma sœur qu'il était prêt à l'épouser juste pour se rapprocher de moi...
— Ses sentiments se sont révélés être vrais...
— Oui. Malheureusement.
— Arrête... soupira le jeune homme. Tu crois que le bonheur de ta sœur vaut toute la rancœur que tu as contre Hans ?
— Je ne pense pas, mais c'est plus fort que moi. Avec les années, ça passera, surtout si nous ne vivons pas au palais, mais j'aurais toujours un petit ressentiment pour lui...

Bash hocha la tête et regarda alors au loin.

— Que fait-on alors ? On rentre ou on va voir la reine du Nord ?

Elsa lui jeta un coup d'œil et souffla par le nez.

— On rentre, décida-t-elle. Ana et Hans iront sûrement la voir, après tout, elle a été sa belle-mère pendant plusieurs semaines... À défaut d'être ta mère.
— C'est vrai ça... J'avais oublié. S'ils s'absentent tous les deux, qui va diriger le royaume ?
— Le Chambellan. Et je prendrais les grosses décisions s'il y a besoin.

Le jeune homme opina puis proposa qu'ils redescendent dans le bateau se partager un peu de thé bien chaud, mais Elsa refusa. Il la laissa donc tranquille avec ses pensées et redescendit en sifflotant.

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La côte d'Arendelle fut en vue trois semaines après avoir quitté l'île des Magiker, mais il restait encore plusieurs jours de voyage au jeune couple, notamment à travers l'épaisse banquise qui s'était formée dans le fjord et avait condamné à l'immobilisme une dizaines de bateaux de pêche.

L'arrivée d'Elsa et Bash provoqua cependant un émoi non attendu et quand ils débarquèrent, tous les pêcheurs se jetèrent sur eux pour leur demander de sortir leurs bateaux de la glace.

— Laissez-nous arriver, proposa Elsa quand elle eut réussi à faire taire la foule. Vous n'êtes pas à trois heures près, si ?
— Non, mais... Majesté, nous sommes coincés depuis deux semaines et la ville commence à manquer de nourriture...
— Rabattez-vous sur la viande, proposa Bash.
— Les petits animaux hivernent et les gros sont partis...

Le jeune homme pinça les lèvres.

— Bien, laissez-nous rentrer et déposer nos affaires, nous nous retrouverons dans trois heures ici-même et je libérerai vos navires de la glace.
— Merci ! Qui que tu sois, Magicien, merci !

Elsa esquissa un sourire.

— Il s'appelle Sebastian, et c'est mon magicien...

Aussitôt, il y eut des murmures dans la foule, puis des applaudissements et Elsa rougit comme Bash la prenait dans ses bras. Ils l'entraina ensuite à travers les quais et les pêcheurs les laissèrent partir.

— Tu aurais pu m'en parler... dit-il alors.
— Je n'avais pas du tout prévu...
— Vraiment ?
— C'était totalement spontané...

Bash haussa un sourcil et secoua la tête. Chacun chargés d'un sac, ils remontèrent ensuite la rue principale de la ville et quand ils furent en vue du manoir, tous les domestiques vinrent les accueillir avec chaleur.

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— Nous arrivons dans environ seize heures.

Hans déposa son manteau sur une chaise et Anna leva la tête de son livre et lui sourit.

— Tu crois que Sebastian et Elsa sont rentrés ? demanda-t-elle.
— Sans doute. Nous leur avons bien dit de prendre leur temps, mais on ne peut pas contrôler les décisions d'un magicien, alors de deux...

Anna rigola.

— Tu sais, je suis contente pour ma sœur. Elle m'a tellement dit et répété qu'elle ne se marierait jamais et n'aurait jamais d'enfant que j'avais fini par renoncer... Je n'avais pas ramené Bash pour qu'il lui dégèle le cœur, tu sais ?
— Oui, juste pour qu'il lui apprenne à contrôler ses pouvoirs, mais tu avoueras que leur relation nous arrange.
— De quelle manière ?
— Eh bien, d'une, Elsa ayant trouvé le bonheur, toi ma femme et accessoirement la reine, tu n'a plus à t'en faire pour elle. Ensuite, étant donné que tu es l'unique reine d'Arendelle puisque ta sœur a, enfin de compte, été adoptée, les enfants que tu me donneras n'auront pas à craindre pour leur avenir.
— Hem, oui, je n'avais pas vu les choses ainsi, mais je ne suis tout de même pas complètement sereine.
— Allons bon... Elsa ?
— Oui, toujours. Mais j'imagine que je serais tranquillisée une fois que je l'aurais retrouvée et qu'ils nous auront raconté leur histoire. Je déplore d'avoir dû partir avant leur arrivée...

Hans grimaça.

— La lettre de la reine était urgente, répondit-il. J'ai déjà peur que nous arrivions après la mort du roi alors si nous avions dû attendre ta sœur... Si la reine n'a pas réussi à remarier sa fille, alors elle devra prendre la couronne et je ne sais pas si elle en sera capable...
— Tu la connais bien mieux que moi et... Oh.
— Quoi ?
— Hans, tu as dissous ton mariage avec Savinna pour être avec moi et nous ne sommes même pas fiancés...!

Le rouquin haussa les sourcils puis leva l'index et disparut dans le ventre du vaisseau en direction de sa chambre. Quand il revint, un bras derrière le dos, la jeune femme grimaça.

— Ne me dis pas que... ?
— Je l'ai toujours avec moi, juste au cas où.

Le jeune homme brandit alors une boîte en velours rouge et Anna se mordit la lèvre. Quand son compagnon posa un genou sur le plancher, cependant, elle déglutit, soudain prise d'un sentiment étrange qu'elle ne pensait jamais avoir à éprouver un jour, même si elle avait déjà été mariée une fois.

— Princesse Anna d'Arendelle, voudrais-tu m'épouser ? demanda alors Hans.
— Je...
— Je sais, répondit l'autre. Ce n'est pas du tout adapté comme contexte, mais tu as raison sur le fait que nous allons voir une jeune femme que j'ai abandonnée pour toi et...
— Oui, le coupa Anna. Oui, je veux t'épouser Hans, depuis bien longtemps !

Le jeune homme, d'abord surpris, sourit puis se releva en même temps qu'Ana qui jeta ses bras autour de son cou avant qu'il ne l'enlace solidement. Quand il la reposa au sol, elle recula et tendit la main droite pour qu'il y glisse un anneau d'argent surmonté d'un diamant.

— Il y a bien longtemps que j'aurais dû le faire, dit-il alors. Mais tellement de choses te sont arrivées entre-temps que je n'ai pas pu trouver un moment idéal. Aujourd'hui ne l'est pas non plus, c'est un peu dans l'urgence, mais tu as raison, j'ai abandonné Savinna pour toi, même si elle n'était sans doute pas la pire des épouses du monde et qu'elle ne méritait peut-être pas que je la rende à ses parents...

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La joie des fiançailles fut soufflée quand le bateau royal accosta contre l'un des quais de l'île principale du royaume du Nord. Le port était silencieux, les drapeaux étaient en berne et les dockers portaient un ruban noir au poignet.

— On arrive trop tard... souffla Hans. Allons nous changer.

Anna hocha la tête et ils retournèrent dans leur cabine pour passer des habits noirs. En tant que royaux, ils devaient toujours avoir une tenue de deuil dans leur valise, même si rien ne prédisait un drame pendant leur voyage, juste au cas où.

Après s'être changé, le couple fut escorté jusqu'au palais par une voiture royale et lorsqu'elle s'arrêta devant le perron du palais, Hans reconnut aussitôt celle qui avait été sa belle-mère pendant quelques mois seulement.

— Mère...

La mine grise, la femme se laissa enlacer par son ex-gendre puis elle recula et Anna lui fit subir le même traitement, plus délicat et chaleureux cependant. La reine les conduisit ensuite dans un petit salon et le couple s'excusa de ne pas être arrivé plus tôt.

— Vous ne pouviez pas savoir... Moi-même je n'aurais pas imaginé que...

Elle soupira et tamponna ses yeux avec un coin de mouchoir en dentelle noire.

— Savinna est là ? demanda Hans.
— Elle ne quitte plus sa chambre depuis la mort de son père... Elle pleure du matin au soir et refuse de manger.
— Puis-je ?
— Seulement si votre femme est d'accord.

Anna hocha la tête ; Hans quitta le salon puis la jeune reine se tourna vers son aînée.

— Que puis-je faire pour vous aider ?
— Rien, tout a été minutieusement organisé par le roi en personne peu après son accession au trône. Je vous remercie d'être venus, cela me touche d'autant plus que Hans...
— C'est lui qui a insisté. Je ne voulais pas partir, j'attendais le retour de ma sœur, il a su me convaincre.

La reine du Nord haussa les sourcils.

— Votre sœur ?
— Oui, Elsa ?
— Oh, oui la reine d'Arendelle.
— Ex, répondit Anna. Nous avons pu déterminer qu'elle avait été adoptée par mes parents, tout comme vous avez adopté Sebastian quand il était encore bébé.
— Comment savez-vous...?

Anna hésita une seconde puis décida de raconter toute l'histoire à la reine du Nord.

Pendant ce temps, dans les étages du palais, Hans était face à une porte fermée. Il avait toi toqué, mais Savinna avait refusé de lui ouvrir.

— Vous ne pouvez pas rester seule ainsi, pour l'amour du ciel... dit-il. Savinna, ouvrez-moi...
— Partez ! Par pitié, retournez chez votre... rouquine !

Hans serra les mâchoires. Posant une main sur la poignée de la porte, il la tourna et le panneau pivota. Un sanglot résonna et le jeune homme avisa son ex épouse roulée en boule sur son lit. La chambre étouffait dans la chaleur du feu dans la cheminée et la pénombre accentuait encore plus le sentiment de tristesse qui régnait dans la pièce.

— Savinna...

Hans traversa la chambre, s'assit au bord du lit et la jeune femme cessa de pleurer. Elle redressa sa tête quand la main de Hans se posa sur son bras ; soudain elle se redressa et se jeta dans ses bras en fondant en larmes. Elle se mit à braire comme un animal blessé et Hans la serra dans ses bras en posant son menton sur sa tête. Il ignorait ce que cela faisait de perdre un parent, il avait encore les siens, mais il imaginait bien que c'était un déchirement total...

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Elsa et Sebastian se retrouvèrent seuls à Arendelle, arrivés quelques jours seulement après le départ d'Anna et Hans. Ils furent cependant aussitôt mis à contribution, comme une lettre d'Anna le demandait, mais uniquement en cas de force majeure. Ce que Elsa estima être quant à l'absence de la reine et du roi consort...

— Savez-vous quand la reine rentrera ?
— Non, je l'ignore... Est-il possible d'envoyer un message aux Îles du Nord ?
— Un oiseau ne pourra pas voler jusque là-bas et un messager mettra huit jours à s'y rendre et huit à revenir...

Elsa plissa le nez.

— Bash, envoie un porteur de message magique, tu veux ?

Sebastian apparut dans l'ouverture entre la salle à manger et le salon d'hiver du manoir.

— À qui ?
— Anna. Je voudrais avoir des nouvelles et savoir quand ils pensent rentrer.
— Un messager magique ? s'étonna le Chambellan. Qu'est-ce donc ?

Sebastian esquissa un sourire puis fit tourner sa main gauche dans les airs devant lui. Une brume apparut et se transforma en un grand oiseau de type phénix.

— Kawh ? demanda-t-il en regardant les trois humains.
— Oh, très joli...
— Je vais te dicter un message à porter à la reine Anna d'Arendelle, dit alors Elsa. Dans les Îles du Nord, palais de la reine du Nord.
— Kwak.

Le chambellan esquissa un sourire. Bien que fait entièrement de brume, l'oiseau semblait relativement intelligent et cela l'impressionna encore plus que le fait qu'il soit magique...
L'animal s'envola quelques minutes plus tard en se faufilant par la fenêtre, et Elsa se tourna ensuite vers le Chambellan.

— Je vous ferais porter la réponse dès qu'il reviendra, dit-elle. Puis-je vous être utile à autre chose ?
— Non, Madame. Je pense que ce sera tout pour le moment. Je saurais gérer les petites affaires courantes du royaume ; je reviendrai vers vous si j'ai besoin d'une signature. Merci d'être là.
— C'est normal.

Le Chambellan s'inclina ensuite et quitta le manoir. Quand Bash revint de l'avoir raccompagné, il observa la jeune femme.

— Tu crois que je devrais envoyer un message à la reine ? demanda-t-il.
— Seulement si tu t'en sens l'obligeance. Je sais que tu as longtemps été en colère contre elle pour t'avoir chassé du palais comme un malpropre, mais désormais que tu sais qui tu es, tu peux peut-être passer l'éponge ?

Sebastian haussa les épaules.

— Honnêtement, je ne sais pas si je suis déjà prêt à lui pardonner. Je pensais qu'elle était ma mère, et qu'elle avait obéit au roi son mari qui n'aimait pas les magiciens... Je vais attendre la fin de son deuil, voir comment évoluent les choses avec ma sœur et ensuite, je verrais si je peux leur pardonner.

Elsa hocha la tête. Une servante s'approcha alors avec une collation bien chaude et le couple accepta avec plaisir.