Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 162e nuit du FoF sur le thème "chimère" A la base ça devait faire genre 200 mots puis... j'ai débordé x)

Le texte se déroule après la fin de la saison 6.


En faisait exploser le Septuaire, Cersei avait sourit.

Elle avait éliminé le Grand Moineau, s'était débarrassée de cette foule de crèves la faim de moineaux, avait détruit les Tyrell.

Elle était heureuse, libre, enfin.

Puis, le fantôme était venu, et elle avait cessé de sourire.

Au tout début, quand la forme translucide était apparue devant elle, elle avait cru qu'il s'agissait de Tommen. Elle s'était sentie alors prête à s'écrouler. Mon chaton, mon doux chaton, je suis désolée, aurait-elle dit – même si désolée, elle ne l'était pas le moins du monde. En vérité, elle était plutôt furieuse ; fallait-il être bien idiot pour se suicider ainsi ! Mais jamais ô grand jamais elle n'aurait crié sur son petit, tout comme jamais elle n'aurait dit quoi que ce soit pour le culpabiliser. Son amour pour lui était tel qu'elle avait été prête à ravaler sa colère pour implorer son pardon.

Mais la forme translucide s'était teintée de vert, un vert étrange, artificiel, chimique, un vert si peu naturel qu'elle n'avait pu que le reconnaître – c'était celui du feu grégeois. Elle s'était alors demandé pourquoi Tommen lui apparaissait ainsi.

Puis, elle avait compris.

Le fantôme n'était pas celui de Tommen.

C'était Margaery.

À cet instant là, elle avait été presque soulagée. Crier contre son fils, jamais ; en revanche, hurler sa haine à cette insolente rose, ça, c'était faisable. Souhaitable, même. Alors elle avait tempêté, provoqué, vomis sa colère comme jamais. Mais le fantôme était resté impassible. À la fin, quand Cersei s'était tu, sa voix éteinte d'avoir tant haï, Margaery avait sourit.

« Je ne partirais pas avant »

Même si il lui était resté un peu de voix, Cersei n'aurait rien pu réponde au fantôme vert. Celui-ci avait été tant assuré qu'elle en avait été médusée. Néanmoins, elle s'était reprise bien rapidement. Margaery Tyrell était morte.

Quoi que ce fantôme soit, il n'était qu'une idée chimérique né de son esprit fatigué. Une fois qu'elle se serait reposée, elle pourrait reprendre le contrôle d'elle-même et le fantôme serait à l'image de toute la raclure Tyrell : un mauvais souvenir.

Cersei avait dormit.

Beaucoup.

Presque bien, même.

Son esprit était clair, net, reposé.

Pourtant, le fantôme n'était pas parti.

Elle avait beau hurler, menacer, rien n'y faisait. Margaery Tyrell demeurait. Que Cersei insulte, qu'elle flatte, qu'elle supplie, sa réponse ne variait jamais.

« Je ne partirais pas avant »

La nuit, alors que Jaime était allongé à côté d'elle, elle voyait Margaery la regarder. Si elle n'avait pas déjà usé toutes ses larmes, Cersei aurait pu en pleurer ; après tant d'années à partager sa couche avec un ivrogne violent, elle espérait enfin avoir le droit de profiter de l'étreinte ensoleillée de son jumeau. Et voilà qu'un fantôme de feu s'inviter dans leur cocon.

En désespoir de cause, un jour, elle s'abaissa à faire ce qu'elle s'était juré de ne jamais faire.

Elle posa une question à Margaery.

« Tu ne partiras pas avant quoi ? »

Elle détesta entendre ces mots ; jamais elle n'avait voulu questionner la fille, l'interroger suggérait qu'elle réponde. C'était lui donner la chance d'avoir un rôle à jouer dans cet étrange drame qu'était devenu ses rêves. Comme si lui donner la parole montrait que le fantôme n'était peut-être pas qu'un fantôme, mais peut-être bien une partie pas assez morte de Margaery, qui avait le pouvoir d'agir au-delà de sa volonté.

Elle détesta encore plus voir le fantôme sourire, comme si Margaery avait toujours su que ce moment viendrait.

« Je ne partirais pas avant que tu te sois excusée »

La phrase eut le mérite de chasser toute colère en Cersei. Elle ne pouvait pas haïr quand son corps tout entier était occupé à rire.

« Désolée ? Pour toi ? »

Etre désolée.

Pour Margaery Tyrell.

Mais bien sûr.

« J'ai fait exprès de te tuer » rajouta-t-elle, comme si son hilarité n'était pas assez explicite.

Elle aurait voulu que le fantôme disparaisse. Que son dédain l'écrase, l'intimide. Ou au moins qu'il se fasse triste, ne serait-ce qu'un peu. Mais Margaery demeura tout aussi impassible qu'avant.

« Tu te détestes donc autant, pour te tuer sans remords ? »

Cersei fronça les sourcils.

« Je suis vivante »

Mais il n'y eut personne pour entendre sa protestation.

Margaery s'était enfuie.

Des jours entiers, la phrase du fantôme couru dans son esprit.

« Tu te détestes donc autant, pour te tuer sans remords ? »

Rien n'allait dans cette phrase.

Elle ne se détestait pas.

Elle ne s'était pas tuée.

Elle... elle n'avait pas de remords.

Peut-être que quelque chose était vrai, après tout.

Deux mensonges, une vérité.

Elle ne se détestait pas. Elle ne s'était pas tuée. Elle n'avait pas de remords.

À moins qu'elle n'ait des remords. Tommen était mort, après tout. Mais elle ne s'était pas tuée. Et elle ne se détestait pas.

Ou peut-être que si.

Peut-être qu'elle n'arrivait plus à se regarder dans la glace, depuis que son corps lui rappelait ses échecs. Ce ventre vide ? Ses enfants nés et envolés. Ces seins pendants ? Des outres percées auxquelles plus personne ne viendrait s'abreuver. Et ces bras, ces bras, qu'aucun enfant ne viendrait combler... Et ces jambes, ces épaules, cette tête, ces cheveux, même ce plus petit orteil, tout ce fracas qui avait été assemblé pour donner vie à des enfants qu'elle avait tué.

Peut-être que Margaery avait eu raison.

Elle se détestait. Ne serait-ce qu'un peu.

Mais Margaery avait eu tord.

Au moins sur un point.

« Je ne me suis pas tuée » dit-elle au fantôme un jour.

« Vraiment ? » répondit-il sans émotion. « Pourtant, tu m'as tuée. Et toi et moi, ça revient au même »

« Je ne suis pas du tout comme toi » rugit Cersei.

C'était vrai, ça, Margaery était une enfant, une gamine projetée dans un jeu trop grand pour elle, un jeu dont elle avait eu l'audace de croire qu'elle comprenait mais qui, en réalité, l'avait broyé. À quinze ans, elle avait cru séduire un roi et à dix-sept, elle avait été réduite en morceau, muselée, réduite en cendres là où était sa place.

« Parce que toi, tu n'as pas séduit un roi ? » demanda le fantôme.

« Cela n'a aucun rapport. J'ai survécu à mon roi »

« Une partie de toi, oui. Mais la majorité est morte à dix-sept ans, réduite en morceau, muselée, réduite en cendres là où était sa place »

Cersei sentit un frisson naître un elle ; Margaery n'était pas sensée reprendre ses mots, pas pour les utiliser contre elle. Mais le fantôme incandescent ne sourit même pas devant la victoire de l'avoir manifestement ébranlé. Il se contenta de dire :

« Je ne reprends pas tes mots, je reprends ceux de Robert. Ce n'est pas ce qu'il t'as dit, le jour où il t'as violé ? Que tu redescendais à ta place ? »

A cet instant, Cersei ne s'inquiéta pas du fait que le fantôme connaisse ce moment. Son esprit était focalisé vers une seule et même chose : nier. Certes, Cersei s'était retrouvée projetée dans un monde trop cruel pour elle – comme Margaery. Certes, elle avait eu l'impertinence de se croire plus adroite qu'elle ne l'était réellement – comme Margaery. Certes, elle était morte de la plus atroce des manières, mais ce n'était qu'une partie d'elle-même qui avait péri. Son innocence, sa douceur, sa volonté de vivre. Mais ce n'était qu'un détail. Elle avait survécu.

Pas comme Margaery.

« Toi et moi, on a rien en commun »

Rien.

Si ce n'était une paire d'ailes qu'elles n'avaient jamais vraiment pu utiliser.

« Toi et moi, on a rien en commun »

Rien.

Rien de rien.

Si ce n'était le fait d'avoir croisé un monstre dans leur vie.

Pour Cersei, le monstre se prénommait Robert.

Pour Margaery, le monstre se prénommait Cersei.

Quand elle le comprit enfin, Margaery sourit. Le fantôme incandescent disparut alors. Pourtant, Cersei n'en tira aucun soulagement.

Elle savait en effet que le vert incandescent qui enveloppait le fantôme ne la quitterait jamais. Elle le verrait tous les jours, à chaque fois qu'elle croiserait un miroir. Car ce vert là, ce n'était pas celui du feu grégeois comme elle l'avait d'abord cru.

C'était le vert de ses yeux, un vert qui irradiait de culpabilité.