Disclaimer : L'univers de Kuroko no Basket que vous reconnaitrez aisément appartient à Fujimaki Tadatoshi. L'auteur me le prête très aimablement pour que je m'amuse avec et je ne retire aucun profit de quelque nature que ce soit de son utilisation si ce n'est le plaisir d'écrire et d'être lue.
Note de l'auteur : Je veux remercier du fond du cœur ma béta-lectrice, Futae qui s'est servie de son "Eagle Eye" (fallait que j'la case celle-là !) pour corriger cette histoire et me conseiller. C'est grâce à son enthousiasme, ses encouragements et son sens de l'analyse et de la critique sans détour, que cette histoire a pu voir le jour.
Note importante : j'avais décidé de retirer toutes mes histoires de ce site suite à ce que je pense être un piratage. Je me suis laissée convaincre de les remettre, mais malheureusement ce site fonctionne tellement mal que je n'ai pas pu toutes les récupérer. J'ai donc décidé de les reposter. Si vous les lisez et qu'elles vous plaisent, n'hésitez pas à le dire, ça me fera plaisir et ça me remontera le moral même si les commentaires ne seront pas les mêmes qu'à l'origine.
Bonne lecture.
Shadow : je ne doute absolument pas de la sincérité de tes propos, ça me fait très plaisir. C'est normal que tu ne commentes pas de la même façon puisque le contenu du chapitre te revient en mémoire dès les premières lignes. Mais que tu prennes le temps de remettre ton avis me touche beaucoup. Je fais au plus vite pour arriver au 14ème. La suite… Bonne lecture.
Le roman de notre histoire
Chapitre 05
Debout devant la baie vitrée de son bureau, Akashi tentait de maîtriser la colère qui bouillonnait en lui. Mibuchi, avachi dans l'un des canapés, attendait avec impatience que son patron déverse sa fureur sur le troisième homme présent. Mais les secondes s'égrainaient et rien ne se passait.
— Tu penses que c'est une intrusion malveillante ? finit-il par demander.
— Non… À mon avis, juste un curieux… Ça arrive tous les jours…
— Haisaki, j'te paye pour avoir une protection parfaite… Je constate que tu ne mérites pas ton salaire…
— Le risque zéro n'existe pas, j'te l'ai déjà dit… Tout c'que j'peux faire, c'est rendre le système aussi difficile que possible à pirater… Mais j'suis pas l'seul hacker au monde… Cette intrusion peut très bien venir du Mozambique comme de l'Australie ou de la Terre Adélie… Malheureusement il est pas resté assez longtemps pour que j'puisse le déterminer… De toute évidence, c'est pas un débutant…
— Y a des dégâts ? s'enquit encore le patron des éditions Rakuzan.
— Aucun à première vue…
— Tu peux t'en aller… Et tâche de mériter c'que j'te paye ! termina Akashi en haussant légèrement la voix.
Haisaki n'insista pas. Le ton plus agressif l'avait fait désagréablement frissonner. Il retourna dans le petit appartement qu'il louait et où avait installé tout son matériel informatique. Il contrôla à nouveau le système pour voir si rien ne lui avait échappé, mais ça ne semblait pas être le cas. Ce qui le conforta dans son idée d'une intrusion hasardeuse.
Mibuchi regardait son patron qui observait le panorama que lui offrait la baie de Tokyo. Il le sentait tendu, mais il en ignorait les causes. Akashi était peu expansif. Il ne se confiait pas ou alors il ne donnait que des informations partielles sur ses projets. Sauf que là, le stress qui l'habitait rayonnait dans toute la pièce tant il était intense. Le superviseur était inquiet. Quitte à se faire verbalement laminer, il prit le risque de demander les raisons de cette colère. Il contourna le siège du PDG et posa ses mains sur ses épaules.
— Bon sang ! Ce que tu es tendu ! fit-il en commençant à le masser. Tu veux en parler ?
— À quoi bon…, murmura Akashi en fermant les yeux.
— Je suis ton ami, tu l'sais… J'peux t'aider à porter des problèmes…
— Je suis seul responsable de c'qui arrive… Personne ne mérite d'être impliqué…
Mibuchi fit soudainement pivoter le fauteuil et agrippa les accoudoirs tout en plantant ses magnifiques prunelles vertes dans celles de son employeur.
— Et si moi j'veux être impliqué ? asséna-t-il avec un sérieux qui surprit l'éditeur.
— Et pourquoi donc ?
— Parce que j'te vois bien plus que comme mon patron, bien plus qu'un ami…
— Tu vas m'dire que je suis comme ton p'tit frère et que nous sommes une famille ?
— C'est un bon début, mais t'es loin de la vérité… Si j'te considérais comme mon p'tit frère, je pourrais pas faire ça…
Il plaqua ses lèvres sur celles d'Akashi, conscient qu'il jouait sa place, peut-être même sa vie. Comment savoir avec cet homme… Mais tant pis ! Les sentiments qu'il avait développés avaient atteint une telle ampleur, une telle intensité, qu'il ne pouvait plus les garder pour lui. Il avait besoin de savoir quelles seraient les portes qui allaient s'ouvrir devant lui. Celles du paradis ou de l'enfer ? Peut-être celles du purgatoire…
Alanguis sur l'un des canapés, les deux hommes récupéraient de leur étreinte. Elle avait été brutale. Akashi avait dirigé leurs ébats, obligeant Mibuchi à combler ses envies. Il restait le patron en toutes circonstances. Et le superviseur s'était plié à ses désirs comme si c'était des ordres.
— J'savais que t'avais de l'affection pour moi, mais j'pensais pas qu'elle allait si loin, murmura le PDG en caressant le dos de son amant.
— Ça change quelque chose que tu l'saches ?
— Pas vraiment… Tu veux toujours savoir c'qui me met en colère ?
— Bien sûr… Laisse-moi t'aider…
— J'ai fait des placements dangereux et j'ai perdu énormément d'argent… J'essaie de récupérer tout ce que je peux en gardant une partie des droits d'auteurs de nos écrivains… La maison d'édition ne représente qu'une infime part du groupe… Si j'échoue, je la sacrifierai.
— Beaucoup d'entreprises dépendent des nous… Pour certaines nous sommes leur plus gros client...
— Je sais… Mais j'dois prendre des mesures drastiques... Si nous perdons certains de nos auteurs, il y en aura toujours d'autres…
— Il faudra peut-être revoir nos critères de sélection à la baisse…
— Pendant un temps, pour nous renflouer… Ensuite nous pourrons revenir à notre niveau actuel…
— Mais pourquoi t'as fait ça ? Tu manques pas d'argent pourtant…
— Par défi, probablement… J'réussis tout c'que j'entreprends… C'est lassant… J'ai juste voulu ressentir l'excitation du risque…
— Ta mégalomanie te perdra, murmura Mibuchi en embrassant le torse sur lequel il avait posé sa tête.
— Tu penses que je suis mégalomane ? demanda Akashi, surpris d'être ainsi qualifié.
— Complètement… T'es imbu de toi-même, orgueilleux et bien trop ambitieux… Ça t'mènera à ta perte si tu redescends pas sur terre…
— J'pourrais m'vexer de ta franchise… Tes propos font mal…
— Tu préférerais qu'je sois hypocrite ? Que j'dise rien ? J'éprouve des sentiments forts pour toi et ton attitude m'attriste… J'veux pas que tu t'effondres…
— Des sentiments forts ? sourit Akashi. Je risque de te détruire… Je sais pas encore ce que je ressens pour toi... Mais j'aime ta façon passionnée de faire l'amour…
— Tant que je fais ce que tu veux…
— Exactement, répondit le PDG sur les lèvres contre les siennes.
Pendant ce temps, Himuro, toujours chez Kagami où il avait dormi, continuait à explorer tranquillement les serveurs informatiques de Rakuzan.
— Tu es sûr qu'ils te détecteront pas ? s'inquiétait l'écrivain assis aux côtés de son ami.
— Certain… J'ai mis au point un programme qui me permet de m'faire passer pour une composante du système et j'en ai un autre qui change ton IP toutes les cinq secondes… Il faut être un monstre en informatique pour m'repérer. Mais c'est pas impossible, y a toujours un risque…
— Et tu vois des choses intéressantes ?
— Sans plus… Hormis cette histoire dont certains auteurs sont les victimes, il n'y a rien de suspect ou de frauduleux… J'envoie toutes les infos sur un serveur à l'étranger… J'ai pas encore attaqué la comptabilité… C'est bien souvent là qu'on découvre des perles…
— Très bien… J'te laisse travailler… Moi j'ai l'cerveau en ébullition, faut que j'écrive… Si t'as besoin de quelque chose, dis-le-moi.
Himuro ne répondit pas, complètement plongé dans ce qu'il faisait. Kagami s'assit devant son ordinateur et reprit la rédaction de son roman. Il songea que ce que son ami était en train de faire pourrait éventuellement lui servir dans l'intrigue de l'histoire. Le piratage informatique était un sujet qui apparaissait assez souvent en Science-Fiction.
En début d'après-midi, Tatsuya leva les bras et s'étira en poussant un long soupir. Il regarda sa montre et s'avachit dans le fauteuil.
— Je réchauffe ton plat ? T'y as pas touché, il doit être froid, fit Kagami en considérant l'air fatigué de son ami.
— J'veux bien… J'avais même pas vu qu'tu l'avais posé là… Et toi ? Ça avance ?
— Doucement, oui. Aller… on va dans la cuisine, ça t'dégourdira les jambes.
Assis face à face sur les tabourets de l'îlot central, les deux hommes mangeaient en silence. Kagami voyait bien que Tatsuya était tendu par la concentration dont il devait faire preuve pendant son piratage. Lorsqu'il l'avait appelé, il était loin d'imaginer que cela pouvait être si éprouvant.
— Tu devrais arrêter pour aujourd'hui, lui suggéra-t-il.
— Pourquoi ? J'm'amuse comme un fou !
— T'es crevé et demain tu travailles, lui rappela l'écrivain.
— Mon boulot consiste à créer des applications pour les téléphones portables… J'fais ça les yeux fermés ! C'est d'la rigolade pour moi en comparaison de c'que j'suis capable de faire… Ça m'fatigue pas du tout…
— Eh ben ! C'est pas la modestie qui t'étouffe ! sourit Kagami.
— C'est la vérité ! rit à son tour Himuro. Maintenant que tu m'as vu faire, tu devrais savoir que j'me vante pas… Si j'fais ce boulot, c'est parce que c'est plutôt bien payé et que pour moi c'est de l'argent gagné facilement… J'suis pas du tout stressé comme mes collègues… J'ai toujours plusieurs longueurs d'avance les doigts dans l'nez !
— Ton patron pourrait t'offrir une promotion si tu travailles si bien, observa l'écrivain.
— Tu rigoles ? Pas question ! J'suis très bien comme ça… J'fais bien attention à rendre les projets pile à l'heure ou avec un jour ou deux de retard pour pas qu'il se doute de quoi que ce soit…
— C'qui veut dire qu'tu finis toujours en avance et qu'le reste du temps, tu t'la coules douce…
— Ah non ! Je bosse sur mes propres programmes, objecta l'informaticien.
— Ah ! Oh ! Excuse-moi ! le chambra Kagami avec un sourire espiègle.
— D'ailleurs, je continuerai à explorer Rakuzan du bureau…
— Non ! Non ! Non ! N'implique pas ta boîte dans cette histoire !
— Tu feras comment pour m'en empêcher ? le défia l'informaticien.
— Tatsuya ! C'est trop risqué !
— Pas plus que c'que je fais d'ici…
Kagami soupira. Il n'arrivera pas à convaincre son ami d'être plus prudent. Sans le savoir, il lui avait donné un os énorme à ronger et Himuro allait se délecter. En fin d'après-midi, Tatsuya arrêta son exploration. Il avait envoyé un nombre conséquent d'informations sur son serveur situé au Nicaragua et décida que pour l'instant c'était suffisant.
— C'que j'ai recueilli ne s'ra pas utilisable devant un tribunal, t'en es conscient ?
— Oui, je sais… De toute manière, pour qu'une enquête soit ordonnée, il faudra un dépôt de plainte…
— Tu vas le faire ? Y a pas mal d'auteurs qui sont concernés.
— J'vais d'abord contacter la brigade financière et voir avec les inspecteurs ce qui est le mieux… Une chose après l'autre… Ne brûlons pas les étapes…
— Un vice de forme dans la procédure et c'est mort !
— Exactement…
Devant le portail de la résidence, Himuro se retourna et embrassa tendrement son ami.
— Tu m'as même pas payé pour mes bons et loyaux services, murmura-t-il en déposant plusieurs baisers sur les lèvres de l'écrivain qui y répondit volontiers.
— Ce s'ra pour une autre fois, souffla celui-ci sur le même ton.
— Mais alors j'veux un bonus…
— Tu veux que j'te signe une reconnaissance de dette ? plaisanta Kagami dont les sens s'échauffaient.
— Pourquoi pas… et merde ! J'suis trop fatigué sinon je s'rais bien resté un peu plus longtemps…
— Viens le week-end prochain… J'te promets deux jours de folie…
— Hmm… Ça va me paraître interminable. Aller… J'y vais.
— Merci pour tout, Tatsuya…
— Ça sert à ça les amis…
Toute la semaine, les deux inspecteurs de la brigade financière avaient passé au crible les premières informations que leur avaient fournies Kagami et Furihata sur l'état de leurs ventes dans les librairies qui les distribuaient uniquement dans la région du Kanto. Et les faits parlaient d'eux-mêmes. Il y avait bien une différence entre les données des points de vente, les chiffres de Rakuzan et les droits d'auteurs versés, forcément. La malversation était irréfutable. Mais il fallait maintenant découvrir et prouver comment l'éditeur s'y était pris pour la falsification. Et là, il fallait faire appel au service de lutte contre le piratage informatique.
— Ça risque d'être énorme cette affaire, déclara Kasamatsu en terminant son café presque froid.
— Et on a d'la chance que le siège de Rakuzan soit au Japon, répondit son supérieur en rassemblant les feuilles qu'il avait devant lui. S'il avait été à l'étranger, il aurait fallu travailler avec les autorités locales…
— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
— On va voir Mabo… Je pense qu'il va nous dire de foncer…
— On devrait pas contacter les quatre autres écrivains ?
— Un, on sait pas qui ils sont… Deux, attendons qu'le commissaire nous donne son accord… Et trois, j'suis certain que Furihata et Kagami ont encore des documents à nous montrer... De plus Rakuzan ignore qu'ils sont dans notre ligne de mire… L'effet de surprise est notre meilleure arme pour l'instant… Tant qu'ils ne sauront rien, ils ne camoufleront rien… Mais d'abord, le chef !
Otsubo ne s'était pas trompé. En examinant les pièces à conviction qu'il avait dans les mains, les yeux de Nakatani s'étaient durcis. Il regarda ses deux enquêteurs et les autorisa à démarrer leurs investigations. Il leur précisa bien qu'il voulait autant de preuves irréfutables que possible. Et qu'ensuite, il leur faudra amener les écrivains à déposer une plainte pour escroquerie aux droits d'auteur. Pour la falsification de données informatiques, ce sera au procureur de décider. Sitôt de retour dans leur bureau, Otsubo appela Kagami.
— Bonjour, inspecteur… J'allais vous contacter... J'ai encore des documents pour vous...
— Parfait… Nous avons l'autorisation de commencer nos investigations… Connaissez-vous les quatre autres auteurs du top cinq ?
— Leurs noms, oui, mais je n'ai pas leurs coordonnées…
— C'est pas un problème… Nous les retrouverons même si vous n'avez qu'leur nom d'emprunt…
— Dans notre jargon, on appelle ça un nom de plume, cher inspecteur, plaisanta Kagami. Je vous les envoie de suite par SMS…
— Très bien… Nous passerons chez vous en fin d'journée pour récupérer vos informations… Par contre, inutile de vous dire qu'il vous faudra porter plainte et vous assurer les services d'un avocat…
— Oui, j'm'en doute. Je vais contacter Furihata pour le préparer à cette idée… Le convaincre de déposer une plainte pourrait s'avérer difficile... Il est terrifié même s'il fait tout pour le cacher...
— S'il sait qu'il n'est pas seul, ça l'aidera peut-être à s'décider…
— Je l'espère... J'vous envoie les noms et j'attends votre visite…
— Merci, monsieur Kagami... À plus tard…
Quelques minutes après, l'inspecteur recevait le SMS de l'écrivain.
Kagami avait téléphoné à son ami qui accepta de se rendre chez lui. Tout comme les personnes qui entraient pour la première fois dans sa demeure, Furihata était admiratif devant la maison et sa décoration et ne tarissait pas d'éloges. Assis sur l'engawa, les deux hommes sirotaient une bière. Jade s'était installée sur l'épaule de son humain et les observait comme si elle comprenait ce qu'ils disaient.
— C'est quand même incroyable, gronda Furihata. On peut vraiment s'fier à personne !
— Calme-toi, on va les faire tomber ces fumiers ! Fais-moi confiance… T'as calculé ton manque à gagner ?
— Non… J'laisserai les flics s'en charger… Et toi ?
— Un peu plus de sept millions trois cent mille yens (1) sur la totalité de mes livres en presque sept mois…
— Ah ouais ! Quand même… Pour moi ça ne doit pas faire autant…
— Quand bien même il s'agirait que d'un yen, Rakuzan te l'doit… C'est tout…
— Dis-moi… T'es bien certain qu'ils ne verront pas qu'ils m'ont envoyé ces mails ?
— Sûr et certain… Rassure-toi, Koki, ton nom n'apparaît plus dans les destinataires…
— Comment c'est possible ?
— Si tu l'sais pas, tu mentiras pas si on t'pose la question, rétorqua Kagami avec un sourire en coin. Ah, ce doit être les flics, fit-il en entendant le carillon de l'entrée.
Quelques instants plus tard, les deux policiers et le maître des lieux s'installaient aux côtés de Furihata.
— Bon, parlons peu, parlons bien, commença Otsubo. Après avoir examiné les documents que vous nous avez fournis tous les deux, notre chef nous a donné le feu vert pour enquêter…
— Voilà une excellente nouvelle ! s'exclama Kagami en faisant sursauter son chat qui était remonté sur ses genoux.
— Oui, c'est une bonne nouvelle, renchérit son ami.
— Nous allons accumuler autant de preuves à charge que possible, poursuivit Kasamatsu. Avec l'aide de vos confrères, le dossier devrait être conséquent…
— Vous les avez contactés ? demanda Kagami. Ils vont collaborer ?
— L'un d'eux est actuellement à l'étranger, mais les trois autres paraissent bien disposés, reprit Otsubo. Ils ont été assez surpris par ce que nous leur avons révélé et lorsque j'ai prononcé votre nom, ils ont accepté de vérifier leurs chiffres…
— Vous semblez avoir de l'influence sur eux, observa le lieutenant.
— J'en suis le premier étonné… J'crois pas les avoir croisés plus de deux ou trois fois et nous n'avons pas vraiment eu l'temps de discuter…
— Êtes-vous bien conscient qu'il faudra que vous déposiez une plainte pour que nous puissions mettre toute la machine en branle ? Cette enquête ne pourra pas aboutir si personne ne se plaint, assena l'inspecteur.
Kagami se tourna vers Furihata et le vit blêmir. Ça allait être difficile de le convaincre.
— C'est vraiment indispensable ? demanda-t-il d'une petite voix.
— Koki, plus on sera nombreux, plus nous serons crédibles, lui expliqua l'écrivain.
— J'm'en doute… mais… Taiga, tu sais à quel point Akashi m'impressionne…
— Tu s'ras pas tout seul, je s'rai là et les autres aussi…
— Vous n'avez rien à craindre et vous ne devriez pas être appelé à témoigner…
— Mais si leur avocat demande comment nous avons découvert tout ça ? Ils sauront que j'ai reçu les mails…
— Et alors ? Il sera trop tard… Cette erreur causera leur perte ! De quoi as-tu peur, Koki ?
— J'sais pas… Tout ça m'dépasse…
— Tu n'as absolument rien à redouter, je t'assure…
— Votre ami a raison, intervint Kasamatsu. S'ils vous menacent d'une quelconque manière, vous porterez plainte encore une fois pour… je ne sais pas… tentative d'intimidation, chantage, agression… Quoiqu'ils fassent, il ne faudra pas les laisser s'en tirer… Nous vous protégerons…
— Et j'pense pas qu'ils en arrivent là. Ça ne ferait que les discréditer davantage, compléta Otsubo.
— Je t'accompagnerai quand nous déposerons notre plainte… Et si tu veux, tu pourras rester ici le temps du procès, lui dit Kagami pour le rassurer.
— J'vais te déranger…
— Tu crois que j'te le proposerais si c'était l'cas ? Y a trois chambres à l'étage…
— J'sais pas… Faut que j'y réfléchisse…
— Inspecteur, vous pouvez donner mon numéro de téléphone aux autres auteurs concernés ? S'ils veulent me contacter, j'en serais ravi…
— Ce sera fait… Merci pour toute l'aide que vous nous apportez…
— Voilà d'autres documents, les miens et ceux de Furihata, fit Kagami en leur tendant une liasse de feuilles. Et il ne s'agit que des librairies du Kanto… Nous sommes distribués dans tout le pays…
— Nous nous chargerons du reste avec notre équipe…
Tout en parlant, Kagami avait raccompagné les deux policiers à l'entrée.
— Votre ami semble vraiment terrifié, murmura Kasamatsu. Vous pensez pouvoir le convaincre ?
— Je ferai tout pour… J'inviterai les autres auteurs à venir chez moi pour discuter de tout ceci s'ils me contactent, comme ça Furihata verra bien qu'il n'est pas seul… Et il faut aussi savoir s'il y en a davantage qui sont touchés… Il n'y a pas que le top cinq qui soit concerné…
— Ne vous inquiétez pas, nous nous occupons de tout, fit à son tour Otsubo à mi-voix. Mais tout ne s'emballera vraiment qu'avec le dépôt de plainte…
— Il faut vraiment que je contacte un avocat ? demanda encore Kagami, pragmatique.
— Ce serait mieux… Vous en connaissez un ? s'enquit le lieutenant.
— C'est possible… Merci d'être passés... Si vous avez besoin d'aide, ce sera avec plaisir…
— Nous vous tiendrons au courant... Bonne soirée…
— Merci. Au revoir.
Les Éditions Touou existaient depuis un peu plus de quarante ans. Au début, la maison publiait de tout pour se centrer, petit à petit au fil des années, sur le Fantastique, la Fantasy, la Science-Fiction et l'Heroic Fantasy. Aujourd'hui, elle était une référence pour un auteur de ces genres. Et son PDG, Harasawa Katsunori (2), ne pouvait que se féliciter de l'orientation de l'édition. Encore plus depuis qu'il avait posé les yeux sur les quelques chapitres que Mori Tora lui avait envoyés. Et depuis la tournée de dédicaces, tout le monde savait maintenant que c'était un homme. Ce qui avait surpris beaucoup de lecteurs.
Il connaissait les livres de l'écrivain et jamais il n'aurait cru que celui-ci se détournerait du roman historique pour plonger tête la première dans la SF. Dans la SF érotique, qui plus est. Cet homme avait un don pour faire d'une simple scène de sexe dans l'espace quelque chose de magnifique et d'une sensualité époustouflante, baignée par la douce lueur des étoiles et le silence du cosmos. L'histoire était simple, mais recherchée et une fois qu'elle était passée à travers le cerveau de l'auteur, elle devenait une œuvre d'art. Mori aurait-il raté sa vocation ? Se serait-il fourvoyé dans le roman historique ? Non, ses livres étaient des merveilles. Et le dernier, un best-seller.
Son poing se referma puis il frappa son bureau du plat de la main. Il voulait Mori Tora. Il fallait qu'il édite son manuscrit. Coûte que coûte. Mais il devait, avant tout, avoir l'avis du directeur du département SF. Celui-ci était encore plus pointilleux et critique que lui. S'il était d'accord, alors nul doute que l'œuvre sera un succès. Un énorme succès. Et puis récupérer un auteur de Rakuzan n'était pas non plus pour lui déplaire. Il envoya le fichier à son collaborateur par mail et poursuivit son travail. Mois d'une heure plus tard, Aomine Daiki entrait comme un ouragan dans son bureau. Pas étonné le moins du monde, Harasawa se laissa aller dans son fauteuil et regarda son directeur avec un sourire en coin.
— T'as été plus rapide que c'que j'avais pensé, lui dit-il en l'invitant à s'asseoir d'un geste de la main.
— J'ai lu que trois chapitres ! Depuis quand t'as reçu ça ? gronda son collaborateur.
— Quelques jours…
— Et tu m'l'envoies que maintenant ?
Harasawa observait, amusé, l'un de ses meilleurs éléments chez qui il devinait l'excitation et la contrariété. Excité par ce qu'il venait de lire, contrarié de ne pas l'avoir lu plus tôt.
— Qu'est-ce que t'en penses ?
— C'est… juste génial… J'ai pas les mots…, souffla Aomine, assez déstabilisé, ce qui était surprenant chez lui.
— Un éditeur qui ne trouve pas ses mots ? Le comble, sourit Harasawa. Il t'a réduit au silence. Preuve que c'est un magicien…
— C'est complètement à l'opposé de son registre habituel, poursuivit-il en desserrant sa cravate.
— Il fait appel à toute son imagination pour créer son propre univers…
— … alors qu'avant, cet univers existait déjà et il ne faisait que s'en servir…
— Exactement… J'suis pas certain qu'il soit conscient de c'qu'il est en train d'écrire…
— On doit le rencontrer…
— Je pense qu'il faut pas trop l'presser pour l'instant… S'il arrive à convaincre Rakuzan de l'éditer, on le perdra.
— S'il nous a soumis ces quelques chapitres, c'est qu'Akashi a dû refuser…
— Dans le doute, soyons prudents… J'te charge de c'dossier... Mais attention, Aomine, je veux Mori…
— Je te l'apporterai sur un plateau…
— Fais preuve de diplomatie pour une fois… Ne le démolis pas avec tes critiques impitoyables…
— Pour rendre crédible un contexte qui n'existe pas, il faut du réalisme dans l'écriture… S'il y croit pas, ça marchera pas… Et je ferai en sorte qu'il y croit dur comme fer…
— Tu veux être son correcteur ? demanda le PDG qui voyait bien qu'Aomine était plus qu'emballé par ce projet.
— Tu connais mes méthodes…
— Elles sont pas orthodoxes, mais elles ont l'mérite d'être particulièrement efficaces... Il est à toi…
— À nous !
De retour dans son bureau, Aomine ne perdit pas une seconde et envoya un mail. Il fallait y mettre les formes et caresser le tigre de la forêt (3) dans le sens du poil.
Bonjour, Monsieur Mori.
Je suis Aomine Daiki, directeur du département Science-Fiction des Éditions Touou. M. Harasawa m'a transmis les quelques chapitres de votre nouveau roman que vous lui avez adressés. Après les avoir lus, je dois dire que je serais très heureux de travailler avec vous. Je connais vos œuvres et votre talent n'est plus à démontrer.
Si vous le souhaitez, nous pourrions nous rencontrer pour parler de votre manuscrit. Vos disponibilités seront les miennes.
Dans cette attente, veuillez croire, Monsieur, en l'expression de mes sentiments les meilleurs.
AD.
Voilà. Ça n'était pas pressant ni agressif. Juste ce qu'il fallait pour encourager l'écrivain. Il se souvint d'avoir été surpris lorsqu'il avait su que derrière ce nom de plume se cachait un homme alors que tout le monde était persuadé qu'il s'agissait d'une femme. Le prénom féminin les avait tous bernés. Mais après la tournée de dédicaces en librairies à travers le Japon, le pot aux roses avait été découvert.
— Si j'arrive à te guider correctement, tu s'ras traduit dans des dizaines de pays, murmura-t-il pour lui-même, songeur.
Harasawa avait raison. Il avait eu du flair et sur ce coup, il ne s'était pas trompé. À lui maintenant de faire son boulot. Et jamais il n'avait été aussi impatient de commencer. Un tintement le sortit de ses pensées. Un mail de Mori Tora !
Bonjour, Monsieur Aomine.
L'enthousiasme que je perçois dans vos mots me fait très plaisir et je serais ravi de travailler avec vous. Malheureusement, une affaire très déplaisante occupe actuellement mon esprit et ne me permet pas, pour l'instant, de poursuivre la rédaction de cette histoire comme je le souhaiterais. J'ai bien peur que la qualité de mes écrits ne s'en ressente. Il faudra que je reprenne tout cela lorsque les choses se seront calmées. Pour cette raison, je préfère ne pas vous envoyer de nouveaux chapitres afin de ne pas vous décevoir. Je continue à suivre le fil de mon inspiration malgré tout.
Croyez bien que je reprendrai contact avec vous lorsque je pourrai de nouveau me consacrer uniquement à mon roman. C'est un projet qui me tient à cœur et j'ai bien l'intention de le mener à son terme. Je ne l'abandonnerai pas.
Cordialement.
Et merde !
Ce fut la première chose qui vint à l'esprit d'Aomine. Une affaire particulièrement déplaisante ? Il fallait espérer que ça ne perdure pas trop. La contrariété de Mori perçait dans le message et Aomine la ressentit. Le mécontentement l'envahit, mais il était bien placé pour savoir que l'inspiration était une femme capricieuse et indomptable. La moindre perturbation dans la tête de l'écrivain la faisait fuir plus ou moins loin, plus ou moins longtemps. Il prit son téléphone et informa Harasawa de ce contretemps. Celui-ci tempéra la chose. Il ne voulait pas voir Aomine harceler Mori de mails. Un frisson désagréable lui parcourut l'échine. Il entrevoyait que l'édition de ce roman allait mettre du temps à venir et vu ce qu'il en avait lu, il était fort probable que l'histoire ne tienne pas en un seul volume. Non, Mori n'avait pas la moindre idée de ce qu'il était en train d'écrire…
Kagami sourit en lisant le mail qu'il venait de recevoir. Touou ne perdait pas de temps. S'il avait bien lu entre les lignes, cet Aomine Daiki serait son interlocuteur direct vu le poste qu'il occupait. Il rédigea une réponse polie qui ne l'engageait à rien bien qu'il lui faille donner quelques explications, sans en dire trop non plus, pour ne pas effrayer l'éditeur. Un auteur avec des problèmes peut refroidir l'intérêt qu'il a suscité au départ. Mais il avait voulu être honnête. Il ne concevait pas les rapports entre un auteur et son éditeur basés sur des mensonges, des cachotteries ou des escroqueries. Rien de tel pour tout foutre en l'air ! Rakuzan en était la preuve flagrante. Et si ça ne fonctionnait pas, eh bien il existait d'autres maisons d'édition. Sa renommée désormais bien établie était encore son meilleur atout. La sonnerie de son téléphone le fit sursauter.
— Tatsuya ? Ça va ?
— Je peux passer chez toi ce soir?
— Euh… oui. Qu'est-ce qu'y a ? T'as l'air inquiet…
— Atterré serait plus juste… À tout à l'heure…
Kagami n'eut pas le temps de répliquer que son ami avait déjà raccroché. Et le ton de sa voix ne le rassurait pas. Himuro lui avait paru agité, un peu comme s'il craignait de parler au téléphone. Il était presque dix-sept heures et Tatsuya ne tarderait plus. Le connaissant, il était capable de quitter son boulot plus tôt. Et il ne s'était pas trompé. Il se concentra à nouveau sur son roman quand le carillon retentit quelque trente minutes plus tard.
— T'as fait vite dis donc… C'est si urgent que ça ?
— De l'eau s'te plaît et je te raconte tout ce que j'ai découvert, répondit l'informaticien en se laissant tomber sur le canapé.
— Je t'écoute, fit Kagami en lui tendant le verre et en s'installant à ses côtés.
— J'ai fouillé pendant la semaine…
— Je t'avais dit de pas le faire…
— J'ai épluché une partie de la comptabilité de Rakuzan et c'est pas joli joli… Et encore ça peut passer, aucune compta n'est clean, poursuivit Himuro, ignorant le reproche. Mais le plus inquiétant c'est Akashi lui-même…
— Ce type est déconcertant, ça ne m'étonne pas, sourit l'écrivain.
— Non, tu comprends pas… Il est dans une merde noire, Taiga ! Je suis remonté jusqu'à son compte bancaire, ou plutôt, ses comptes bancaires, ils sont vides ! Il est ruiné !
— Quoi ? Comment ça, ruiné ?
— Pas le groupe Rakuzan… Akashi lui-même !
— Attends… je suis un peu perdu, là…
— Je fais simple… Le groupe Rakuzan est une holding, une entité commerciale aux multiples activités et ramifications… Akashi est un citoyen lambda avec un emploi de PDG, certes, et avec un salaire… Avec son propre argent qu'il a gagné en tant que PDG, il a fait des investissements dans divers secteurs en bourse et il a presque tout perdu…
— C'est pas possible ! Ça doit représenter des millions de yens !
— Des milliards, Taiga… Je sais pas pourquoi il a fait ça, mais il s'est vautré lamentablement… Il a un prêt qui arrive à échéance dans moins d'un an… Il s'est servi d'une partie de l'argent du groupe pour se renflouer… Et les droits d'auteurs non versés en font partie puisque la maison d'édition appartient au groupe... S'il ne rembourse pas son crédit, il sera mis en faillite personnelle… Ces biens seront saisis pour indemniser les créanciers…
— Les éditions pourraient être vendues ?
— Le groupe lui appartient à soixante-cinq pour cent… Quand l'affaire éclatera, les actionnaires vont se débarrasser de leurs parts avant que leur valeur ne s'effondre… Soit Akashi les rachète au prix fort, soit une tierce personne qui les négociera au plus bas… Et il risque d'être obligé de vendre ses propres parts et ne plus être l'actionnaire majoritaire… C'est un foutu merdier !
— J'arrive pas à y croire…
— Et j't'ai fait la version allégée… Le montage financier est beaucoup plus complexe… Les flics vont s'arracher les cheveux…
— Il faut les informer...
— Oh ! Tu plaisantes là, ou quoi ? C'est du piratage ce que j'ai fait ! Je risque la prison ! Taiga, on peut pas leur dire ! s'écria l'informaticien.
— C'est juste… C'est juste, t'as raison. Mais on peut les aiguiller…, sourit Kagami.
— Comment ça ? demanda Himuro qui ne comprenait pas où son ami voulait en venir.
— Je suis un auteur de fiction... J'ai une imagination débordante alimentée par des films et des livres que j'ai vus et lus, non ? Tu as ces infos sur ton serveur ?
— Oui, pourquoi ?
— Garde-les bien au chaud… En attendant, je vais te faire oublier tout ça, fit Taiga en s'approchant malicieusement de l'informaticien, bien décidé à lui changer les idées.
— Comment ça ?
— Je t'avais promis un week-end de folie, il me semble… Et le week-end commence maintenant…, murmura-t-il en allongeant Tatsuya sur le canapé.
— Et après tu dis que c'est moi qui te saute toujours dessus, souffla Himuro entre deux plaintes lascives que lui arrachèrent des baisers dans le cou.
— J'te saute pas d'ssus, j'tiens juste ma promesse… Tu veux peut-être te plaindre ?
— Nnh… Non… pas du tout…
Intérieurement, Kagami jubilait. Jamais il n'aurait osé espérer se détacher de Rakuzan de cette manière. C'était couru d'avance. Akashi ne lui poserait plus aucun problème. Sa vigueur en fut décuplée et Tatsuya allait se souvenir longtemps de ces deux jours…
Assise aux premières loges sur la table basse, Jade regardait les deux créatures qui semblaient avoir commencé une sorte de combat. Bien qu'ils gémissent et crient, ils ne paraissaient pas avoir mal. Sinon, ils se seraient sûrement arrêtés. Elle avait déjà vu ce genre de comportement chez d'autres animaux et ne comprenait pas à quoi rimait ce rituel. Les humains avaient des mœurs bien étranges aux yeux d'un chat…
À suivre…
(1) Environ quarante-neuf mille euros. Ce qui ferait une moyenne de sept mille euros par mois environ. Pure spéculation de ma part, car j'ignore quel le montant du revenu mensuel moyen d'un auteur, tous livres confondus. J'ai fait quelques recherches, mais la fourchette de chiffres est très (trop ?) large. Ça va de cinq cents euros à treize ou quatorze mille euros par mois. J'ai coupé la poire en deux.
(2) Harasawa Katsunori est l'entraîneur de Touou.
(3) En japonais Mori signifie forêt et Tora signifie tigre.
