Chapitre 8
L'ambiance dans le vestiaire des serdaigles était collante de stress. Les trois nouveaux membres de l'équipe se tenaient, face à Jessy Faucett, serrés sur leur banc comme trois oisillons terrorisés sur une branche. Il y avait d'abord Peter Londubat, un quatrième année qui s'était avéré plutôt doué au poste d'attrapeur. L'entraînement involontaire imposé par son frère aîné Neville pour intercepter en plein vol les bulbes sauteurs et autres fèves de Snargalouf récalcitrantes n'était sûrement pas pour rien dans ses réflexes plutôt rapides et son sens aiguisé du jeu. Ensuite, il y avait les jumelles Meredith et Callisto McKinnon. Elles avaient remplacé Terence Chambers et Roger Davies aux postes de poursuiveuses. Le reste de l'équipe paraissait un peu plus à l'aise. Janice Bradley complétait le duo McKinnon et était l'une des plus anciennes membres de l'équipe, à égalité avec Hermione à la batte et Grant Page aux buts. Néanmoins, tous respectaient le silence qui annonçait la prise de parole de la capitaine.
- Écoutez-moi tous ! lança Faucett, une mèche de ses cheveux sombres battant son visage. Il n'y a aucun enjeu aujourd'hui, à part celui de remporter la victoire sur Poufsouffle car cela fait… douze rencontres que nous gagnons face à eux.
Si Hermione avait été sereine jusqu'alors, un semblant de trac s'empara peu à peu de son estomac. Et si… elle était soudainement complètement nulle ? Si elle assommait l'un ou l'une de ses coéquipières ? Si elle avait le vertige et tombait de son balai ? Si elle… s'évanouissait ? Alors que l'équipe serpentait jusqu'au centre du terrain pour y rejoindre les joueurs adverses et Mme Bibine, Hermione ne trouva aucun outil pour contrer l'angoisse qui se saisit d'elle. Ses oreilles sifflaient. Ses yeux se laissèrent aveugler par la pâleur maladive du soleil de fin d'automne. Ses mains moites tremblaient en serrant si fort son balai que ses jointures pâlirent.
- Granger, ça va ?
C'était Meredith McKinnon. Hermione se raccrocha à ses yeux couleur mousse aux contours rieurs, même s'ils étaient alors plutôt inquiets.
- Ça va, répondit-elle fermement, avec une esquisse de sourire.
Et elle parvint presque à s'en convaincre. Quand l'arbitre siffla le début du match et que les balles furent libérées, ses talons claquèrent le sol. Alors, tout redevint limpide. Son cœur se gonfla sous le plaisir du vol et ses jambes cessèrent de flancher, fermement arrimées aux cale-pieds de son Comète.
- Le second match de la coupe des quatre maisons est lancé ! Jessy Faucett nous présente sa nouvelle équipe. Elle semble un peu bancale et perdra quatre joueurs l'an prochain dont sa capitaine. La pression est énorme sur les épaules des serdaigles…
Hermione tourna le visage vers la tribune du commentateur, sa batte levée par instinct. Elle avait reconnu cette voix. Potter se tenait entre Chourave et son père, son micro tenu devant lui comme s'il donnait un concert.
- Nous nous sommes demandés si le choix des sœurs McKinnon était le bon… la réponse viendra bien assez tôt. Bradley passe à Meredith McKinnon, ou bien est-ce Callisto ? Bref. Passe à Bradley, McKinnon attrape le souafle du bout des doigts et… oh, la, la, elle évite de justesse un cognard lancé par Zeller. Plutôt zélée cette Zeller… et le souafle tombe dans les mains de Smith qui fonce seul vers les buts de…
- Granger ! hurla une voix derrière Hermione, qui sursauta.
Faucett avait expédié derrière elle un cognard qui fonçait droit dans sa direction, vers Zacharias Smith. Son instinct la sauva. Elle se laissa tomber sur le côté et l'évita de justesse, le souffle court mais son attention enfin réveillée.
- Oh, la, la ! Granger se sauve de ce cognard d'une roulade du paresseux… Granger, tu dors ! Et Smith lâche le souafle ! C'est Bradley qui intercepte et la balle remonte vers les buts Poufsouffle. Il semblerait que Granger ne soit pas bien là aujourd'hui. Peut-être la faute à Blaise Zabini… désolé professeur.
Hermione ne regarda cette fois pas vers Harry pour savoir qui l'avait interrompu, trop occupée à dégainer sa batte pour frapper de toutes ses forces dans un cognard qui frôla l'oreille de l'un des batteurs de l'équipe Poufsouffle. Elle jeta un œil dans les tribunes. Les gryffondors s'étaient parés de jaune et applaudissaient manifestement volontiers les blaireaux. Parmi les serdaigles, elle repéra furtivement Isobel, assise entre Padma Patil et Anthony Goldstein. Au-dessus, plusieurs enseignants dont elle ne discerna pas le visage assistaient au match et le professeur Rogue se trouvait en bout de ligne. Il semblait lever le visage vers elle. Elle n'eut pas le temps de s'attarder sur cette vision, ni sur les gradins suivants, car James Stebbins, attrapeur des Poufsouffle depuis l'année précédente, avait brutalement entamé une descente en piqué au droit des buts de son équipe. « Non, pas si tôt »… Tout à coup, elle sut qu'elle devait intervenir. Stebbins était de notoriété publique le petit ami de Jessy Faucett depuis plusieurs années. Elle avait toujours du mal à mettre de la force dans les cognards qu'elle dirigeait vers lui, même si elle s'en défendait vivement quand on lui en faisait le reproche. D'un coup de batte puissant, elle dirigea alors son cognard vers Stebbins, dont la queue du balai fut touchée de plein fouet. Il fut forcé de ralentir pour ne pas perdre le contrôle de sa monture. Dans le désordre, Londubat sembla lui aussi perdre la trace du Vif d'Or.
- Eh Granger !
C'était Faucett.
- Bien joué !
Hermione eut un sourire et se rapprocha d'elle. Voler en escadrille était toujours plus efficace au poste de batteur.
- Smith, Summers, Branstone, Summers à nouveau et voilà les trois poursuiveurs Poufsouffle qui filent sur les buts de Page... Smith ! Attention Smith, Granger vise les queues aujourd'hui, un peu comme toujours… de balai, de balai…
On rugit de rire chez les gryffondors. Hermione, insensible, lança une œillade vers la tribune d'honneur où elle vit le professeur Rogue se lever pour serpenter parmi les spectateurs. Derrière lui était assis Sirius Black, qui semblait pouffer d'appréciation, convaincu par la sale blague de son filleul. A ses côtés, le professeur Jedusor était vêtu d'une longue robe bleu marine. Il était demeuré austère et inexpressif. Près de lui était assise cette femme aux cheveux perle, qui était attendue au bureau du maître des potions, la veille.
- Granger, concentre-toi ! s'égosilla Faucett.
Et d'un coup de batte, elle expédia mollement un cognard vers Stebbins, qui avait soudain pris de la hauteur.
- Une frappe de Faucett qui rattrape l'inattention de Granger. C'est un peu trop faible pour être convainquant. On se demande même si Faucett n'hésite pas à attaquer son petit ami… Le souafle est aux serdaigles, pour l'instant.
Il y eut soudain un tumulte autour de Potter, auquel Hermione ne prêta pas attention puisqu'elle fut forcée de dévier la trajectoire d'un cognard qui fonçait droit sur Meredith McKinnon. Quand elle tourna de nouveau les yeux vers la tour du commentateur, rien ne semblait avoir bougé, hormis que Potter était assis, la mine un peu plus noire qu'à l'ordinaire.
Suite à cette série d'actions, le match resta plutôt classique et un poil ennuyeux. Après tout, c'était le premier de la saison pour chacune des équipes et les joueurs avaient besoin de retrouver leurs réflexes et leurs sensations. Smith trompa Page deux fois et offrit vingt points aux poufsouffles, mais les serdaigles remontèrent la pente grâce à Bradley et Callisto McKinnon qui marquèrent chacune un but. Soudain, Stebbins prit un virage si serré qu'Hermione sentit son estomac escalader dans sa gorge. Il lui fallait agir, vite, car Faucett était occupée à batter en direction de Smith. Elle grimpa de quelques mètres, le soleil dans les yeux, pour intercepter la trajectoire du second cognard. Après une hésitation, elle percuta que Londubat était en bien meilleure posture que l'attrapeur des poufsouffles. Son sang ne dit fit qu'un tour, et au lieu de frapper vers Stebbins, elle expédia sa balle droit devant elle. L'onde de choc se répercuta dans tout son bras, laissant son poignet fourbu et fourmillant. Le cognard alla alors se ficher directement dans l'occiput de Zeller, sur le point de batter en direction de l'attrapeur des serdaigles. La batteuse noire et jaune s'effondra de son balai, et Smith, Summers et Brandstone ne furent pas trop de trois pour la rattraper au vol. Peter Londubat leva le poing, son cri de victoire couvert par les clameurs des serpentards et serdaigles réunis. Étonnamment, Potter ne fit aucun commentaire.
Au sol, l'équipe des ciel et argent fit une ovation à Peter Londubat, pour ce premier Vif d'Or capturé. Les connaisseurs félicitèrent Hermione par de grandes accolades. Ce fut le cas de Faucett, bien évidemment, mais aussi des membres les plus anciens de l'équipe. Les batteuses et batteuses récoltaient rarement les lauriers, mais ils restaient là, toujours présents et fiables, pour sortir leurs coéquipiers des ronces. Hermione le savait, et cela lui allait très bien.
- Bien joué, mes petits oiseaux ! rugit Faucett en pénétrant dans le vestiaire.
Les jumelles pouffèrent et Hermione eut un sourire soulagé. Enfin, ce match était derrière elle, et elle n'avait pas été complètement ridicule. Mieux, son jeu avait été plutôt bon. Elle s'assit sur l'un des longs bancs de bois et se pencha pour délasser ses bottes de cuir.
- Quel insupportable, ce Potter, pesta Londubat qui ne jurait jamais.
- Il n'a plus rien dit, sur la fin ! s'exclama Hermione, sa voix trahissant son étonnement.
Elle passa son pull par-dessus ses épaules et le suspendit au-dessus du banc, sur sa robe bleu vif. Ses cheveux embrumèrent sa vision, un instant.
- Normal ! répondit Page en suspendant son balai. C'est Rogue qui est allé le voir. Il avait l'air furax.
Le professeur Rogue donc, avait délogé Potter de son perchoir, tant mieux. Il était si rare qu'un commentateur soit censuré… Hermione regarda distraitement, par la porte du vestiaire, les spectateurs quitter le terrain. Le professeur Jedusor passa, précédant la grande femme qu'Hermione n'avait jamais qu'aperçue. Ginny aussi s'en alla, aux côtés de Colin Crivey et Parvati Patil.
- Et qu'est-ce qu'il a fait ?
- Oh, je crois qu'il a pris Potter par le col et qui l'a envoyé loin du micro.
- Et son père ?
- Qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ? Tu défendrais ton fils, toi, s'il dépassait ouvertement les bornes en public ?
- Moi non, mais je pensais que le professeur Potter le ferait.
- Potter est un personnage très grossier.
Luna était apparue dans l'encadrement de la porte, vêtue de sa robe habituelle et coiffée d'un impressionnant couvre-chef en forme d'énorme blaireau, qui flairait à droite, à gauche, l'air morose.
- Bien joué, les serdaigles.
Elle affichait un sourire enjoué.
- Il faut savoir accepter de perdre et reconnaître les qualités de ses adversaires. Hermione, tu as fait un très beau match, et toi aussi, Peter. Jessy, il faudrait que tu arrives à attaquer James, ce n'est qu'un jeu ! Allez. A bientôt les serdaigles.
- Complètement fondue, cette fille, murmura Faucett en suivant Luna des yeux.
- En attendant, elle a raison, tu n'oses pas vraiment batter vers Stebbins, renchérit Hermione avec un haussement d'épaules.
Janice Bradley jeta vers ses camarades un regard plein d'appréhension, anticipant une réaction un peu trop forte de la capitaine.
- Puisque l'heure est aux reproches, je ne sais pas qui tu cherchais dans les tribunes…
Elle pointa Hermione du doigt.
- …mais ça t'a fait rater plus d'une manœuvre.
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Le samedi fut festif, côté Serdaigle, et on salua la performance de l'équipe par de nombreuses félicitations et accolades. Néanmoins, cela n'avait rien à voir avec les après-matches organisés par Fred et Georges qu'avait connus Hermione avec les gryffondors. Mais finalement, elle gagnait plutôt au change, puisque l'ambiance était rapidement redevenue studieuse et qu'elle avait pu terminer à la fois ses transcriptions d'antidotes pour le cour de potion et son historique du sortilège d'amnésie demandé par le professeur Flitwick. Malgré cela, ses recherches concernant la potion qu'elle avait ingérée étaient au point mort.
Le dimanche, elle se dirigea vers le bureau du professeur Rogue à l'heure prévue, à la fois intriguée et pleine d'appréhension. Les couloirs étaient déjà sombres, la nuit presque totale. La pluie faisait rage contre les maigres carreaux des fenêtres géminées de la coursive du cinquième étage qui tremblaient sous ses assauts. Hermione eut un frisson en parvenant devant la grande porte noire, sans savoir s'il était dû aux courants d'air glacés ou à l'appréhension. Lorsqu'elle toqua, le panneau pivota légèrement sur ses gonds. Elle hésita un moment.
- Entrez, Granger.
Elle découvrit pour la première fois la vaste pièce de nuit, éclairée indirectement par des torches postées dans de minuscules niches. Le professeur Rogue était à son bureau, attelé à la correction d'un honorable paquet de copies. Sa cape était posée sur un valet de chambre sombre. L'atmosphère était plutôt chaleureuse et Hermione en fut étonnée. Elle s'avança. Ses mains étaient humides et son cœur battait beaucoup trop frénétiquement.
- Asseyez-vous, indiqua le maître des potions, sans la regarder.
Sa plume distillait une encre vert-sapin à la surface d'un parchemin noirci d'une écriture serrée. Les flammes dansantes d'un feu fraîchement renouvelé brossaient son visage de lueurs rougeâtres et ses lèvres murmuraient des remarques, juste pour lui-même. Hermione se surprit à observer sa bouche et au même moment, son parfum l'assaillit. Soudain, elle paniqua. N'était-elle pas en train de… Son rythme cardiaque redoubla et elle gesticula discrètement sur sa chaise. « Sa bouche, son parfum, bon sang, Merlin. Hermione. Tu es… enfin... c'est Rogue. C'est... le professeur Rogue ». Elle pria pour qu'il ne croise pas son regard tout de suite et lui laisse un peu de temps pour se donner une contenance. Mais Rogue était Rogue et, sans prévenir, il suspendit sa correction et leva les yeux vers elle.
- Je suis à vous, lança-t-il sans prendre garde à ses mots.
Hermione, elle, y prêta une attention particulière et, à la lumière de sa prise de conscience toute récente, elle paniqua encore davantage. Le maître des potions roula le dernier parchemin sur lui-même et l'écarta de son avant-bras puis, d'un mouvement fluide de sa baguette, il fit léviter les devoirs corrigés vers une petite table non loin de là. Enfin, il croisa ses mains sous son menton, et attendit, sans lâcher son regard. Le feu crépita, lançant une escarbille au loin.
- Je connais votre potion, Granger, commença-t-il en baissant les yeux vers sa plume sombre qui replaça dans son encrier.
Le cœur d'Hermione manqua un battement. Ainsi, c'était pour cette raison qu'il l'avait convoquée, ici. Elle retint sa respiration un instant.
- C'est une préparation relativement ancienne, que je n'ai jamais vraiment étudiée et qui n'a été théorisée qu'une seule fois par le passé, dans un essai qui relève plutôt de l'ethnomagicologie.
- Et vous savez où je peux me procurer cet essai ? bondit-elle.
Le professeur Rogue eut un sourire contenu et s'appuya contre le dossier de sa chaise, croisant les bras. Il la trouvait sans doute d'une impatience folle, mais il ne connaissait pas sa situation, il ne pouvait pas mesurer à quel point elle avait besoin des informations qu'il lui distillait, presque nonchalamment. C'était une question de vie ou de mort !
- Si je me souviens bien, il doit se trouver dans le troisième rayonnage, autour de la vingt-cinquième étagère. Catégorie… « inclassable ». Servez-vous donc de l'échelle.
Elle ne se fit pas prier et se dirigea vers la bibliothèque en faisant tout son possible pour museler son empressement. Elle plaça l'échelle au droit du troisième rayonnage et grimpa. Par précaution ou curiosité, le maître des potions vint s'appuyer contre l'un de ses montants, stabilisant le tout.
- Que dois-je chercher exactement ? s'agaça-t-elle.
- Potion de seconde chance… Mutatis Mutandis.
Hermione leva les sourcils en entendant, pour la première fois, ce nom qui ne lui disait rien du tout. Elle pointa légèrement la langue en passant son index sur les tranches des volumes. Enfin, elle le vit : « MUTATIS MUTANDIS ». C'était un livre d'une épaisseur ridicule, et elle en fut un peu déçue. Elle l'extirpa d'entre deux volumes bien plus épais et commença sa redescente, sans quitter le livre des yeux. Sa jupe épaisse se posa mollement sur l'épaule du professeur Rogue, se releva légèrement, et retomba finalement sur son collant de laine. Elle n'y prêta pas attention. Parcourant la couverture du livre, elle lut, au centre : « Mutatis Mutandis : la potion de seconde chance » puis, en partie inférieure « Une étude par A. Dumbledore ». A la lecture de « A. Dumbledore », son cœur s'emballa et son esprit sembla vouloir la quitter. Elle lâcha sa prise sur l'échelle et se sentit basculer en arrière.
- Granger ! s'écria aussitôt Rogue, l'empêchant pour la seconde fois de repartir dans les limbes. Arresto momentum !
La chute d'Hermione fut suffisamment ralentie pour lui permettre de se raccrocher in extremis au barreau le plus proche. Le souffle court, les jambes tremblantes, elle marqua une pause, s'agrippant à l'échelle bien plus que nécessaire. Elle serra les paupières. Dumbledore. Décidément, il était partout. Présent dans toutes les dimensions, aux postes les plus décisifs, comme si son destin était de détenir la clef de tout. A quelques marches du sol, elle attrapa, sans réfléchir, la main que lui tendait le professeur Rogue, sans réfléchir. Sa paume était tiède, à peine moite. La sienne était secouée de tremblements impressionnants. Quelque chose dans le bas-ventre d'Hermione palpita, et elle fut tentée de prendre ses jambes à son cou. Le maître des potions ne remarqua rien et l'attira jusqu'à un sofa plutôt bas recouvert de chintz sapin, tout près de la cheminée, et ce, sans lâcher ses doigts.
- Merci, lança-t-elle sans risquer un regard vers lui.
Elle tenait, serré contre ses côtes : « Mutatis Mutandis : la potion de seconde chance ». Le maître des potions prit alors place tout contre sa cuisse, au bord du canapé et saisit entre ses doigts le poignet d'Hermione, comme il l'avait fait dans les cachots quelques semaines auparavant. Elle ne se dégagea pas, et sa poitrine sembla un instant littéralement prendre feu. Ses joues aussi, s'échauffèrent.
- Votre rythme cardiaque s'emballe, Miss Granger…
Elle croisa son regard, indéchiffrable, et pria pour que ses yeux ne lui en révèlent pas trop sur ce qu'elle ressentait à cet instant-même. Soudain, il disparut et Hermione sentit à nouveau sur sa jambe le froid de la pièce. A l'extérieur, un éclair déchira la toile tendue du ciel. Le professeur Rogue revint quelques dizaines de secondes plus tard avec une petite bouteille poussiéreuse et un verre ciselé à fond plat. Il dégagea alors le livre de ses doigts crispés pour le poser sur la table basse et le remplaça par le verre, dans lequel il versa un liquide rouge ambré.
- C'est un antidote ? demanda Hermione, la voix sourde.
La commissure des lèvres du maître des potions tressauta, et il croisa son regard.
- Whisky Pur-Feu. Dans un sens… c'est un antidote.
Elle leva les sourcils sous l'étonnement et sentit la batteuse pleine de confiance prendre possession d'elle.
- Et ça vous arrive souvent, de faire boire vos élèves ?
Le sourire de Rogue s'affirma. La vision était étonnante, presque bouleversante, et provoqua quelques remous sous les côtes de la jeune femme, qui filèrent en vagues amples jusqu'à son bas-ventre.
- C'est un privilège que je vous réserve.
Il tourna le visage vers « Mutatis Mutandis », puis revint à elle, croisant les mains.
- Miss Granger, il va falloir tout me dire.
