Le projet de Buck
Buck laça ses chaussures avec un soupir et releva la tête juste à temps pour voir Eddie arriver à la porte du vestiaire. Il lui fit un discret sourire rassurant, avant de froncer les sourcils.
Son meilleur ami avait une tête à faire peur.
Il était toujours très soigné mais là ses cheveux étaient en désordre comme s'il se les était tirés et ses yeux étaient cernés de noir. Buck s'en voulu immédiatement de l'avoir empêché de dormir pour s'épancher sur ses problèmes.
Eddie méritait mieux de sa part.
– Hey mec, souffla-t-il en se levant. Putain, je suis désolé.
– Désolé ? s'étonna-t-il.
– T'as vu ta tête ? T'as pas fermé l'œil de la nuit… Je n'aurais pas dû t'embêter avec mes histoires…
Il aurait dû garder ça pour lui, souffrir en silence et n'emmerder personne. Comment pouvait-il être aussi stupide ? N'apprendrait-il jamais à l'aspirer ?
Il était toujours aussi épuisant.
– Hey, non, Buck, le réprimanda Eddie. Sors de ta tête et regarde-moi.
Buck fut réticent mais céda finalement.
– Je serai toujours là pour toi. Tu es mon meilleur ami et je ferai tout ce que je peux pour t'aider à être heureux. Je suis content que tu n'aies pas été seul hier soir, lui sourit-il. Même si j'aurais préféré être avec toi, je suis content qu'on se soit parlé, que tu es eu quelqu'un avec qui partager ce que tu ressentais. Ce n'est jamais bon de tout garder à l'intérieur et j'en sais quelque chose.
Il posa une main sur son épaule traçant des cercles apaisant avec son pouce. Buck baissa les yeux en tentant de refreiner son rougissement.
– Je n'aurais pas aimé l'apprendre ce matin, insista-t-il. Je me serais sentit coupable d'avoir dormis paisiblement, alors que tu vivais un moment difficile et douloureux.
– Mais je t'ai empêcher de dormir.
– Je te promets que j'ai dormi, en tout cas j'étais assez reposé ce matin.
– Eddie…, le gronda-t-il.
Il savait qu'Eddie voulait le rassurer mais il n'aimait pas qu'il lui mente pour ça. Buck savait très bien que c'était de sa faute s'il avait cette tête là ce matin et ça le rendait malade d'en être responsable.
– Ok, je n'ai pas autant dormi que ça, rit-il. Mais certainement plus que toi.
Buck était loin d'en être convaincu quand il voyait la tête de son meilleur ami.
Il croisa son regard et Eddie le fixa dans les yeux avec un air bienveillant sur le visage. Il n'était pas en colère contre lui pour ne pas l'avoir laisser dormir. Pourtant, Eddie n'était pas du matin et pouvait être assez grognon, quand il n'avait pas son quota de sommeil.
On aurait pu croire que son passage dans l'armée l'avait conditionné mais il n'en était rien ou alors les mauvaises habitudes lui étaient vite revenus.
– Demain matin, tu rentres avec moi, poursuivit-il. Et ce n'est absolument pas négociable parce que demain soir toi et moi, on sort.
– Je n'ai pas envie de…
– Quelle partie de « ce n'est pas négociable » tu n'as pas compris ? le coupa-t-il.
Buck souffla par le nez mais il lui lança tout de même un sourire reconnaissant.
Il avait vraiment de la chance d'avoir un ami comme Eddie, aussi présent et compréhensif. Et surtout célibataire, parce qu'aucune femme ne pourrait supporter l'ami envahissant qu'il était.
Eddie reçu une notification l'informant de l'arrivée d'un message et il y jeta un œil en soupirant.
Son humeur changea et Buck s'inquiéta.
– Est-ce que tout va bien ? s'enquit-il.
– Je vais bien, confirma Eddie. C'est juste… ma mère.
– Oh !
Buck savait que la communication entre Eddie et ses parents était difficile mais ils s'entendaient bien maintenant que Christopher et lui vivaient à Los Angeles.
– Ouais, elle m'a appelé juste avant que j'arrive et… Disons que la conversation est toujours un peu compliquée quand elle veut à tout prix me caser.
– Oh, c'est…
– Chiant, termina Eddie. C'est comme si être célibataire était un fardeau. Je veux dire, je m'en sors bien non ?
– Oui, tu t'en sors super bien, confirma Buck.
– Alors, pourquoi je devrais me trouver quelqu'un ?
– Ne pas être seul, c'est bien aussi, tenta Buck.
– C'est exactement ce qu'elle a dit, grimaça-t-il. Mais je ne suis pas seul. Il y a Chris et toi et tout le monde au 118.
– Ce n'est pas pareil, Eddie.
– Je sais et oui ça serait bien d'avoir quelqu'un mais je ne peux pas forcer le destin et me mettre avec quelqu'un juste pour faire plaisir à ma mère.
– Non, bien sûr que non, mais ce n'est pas en restant chez toi que tu vas rencontrer une fille.
– Toi non plus, lui rappela-t-il. Et c'est pour ça qu'on sort demain soir.
– Je ne crois pas être prêt à rencontrer une fille. C'est trop tôt et ça ne se finirait pas bien.
– Tu as eu une mauvaise expérience et ça arrive à tout le monde mais, il est possible que la personne parfaite pour toi soit là, à attendre que vous vous rencontriez. Ça serait dommage de passer à côté.
– Ok, lâcha Buck en fronçant les sourcils. Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de mon meilleur ami ?
– Pourquoi tu dis ça ?
– Parce que ça ne te ressemble pas de parler de destin. Tu es le gars qui ne croit pas aux malédictions, lui rappela-t-il.
– Et je n'y crois toujours pas, confirma-t-il. Mais je crois au destin, au fait que tout arrive pour une raison précise.
– Et qu'est-il arrivé au fait que l'univers ne hurle pas ? se moqua-t-il.
– Il ne hurle toujours pas, répondit Eddie, sans se démonter.
– Alors l'univers ne hurle pas mais il a un plan pour chacun d'entre nous ? reprit-il. Tu es complètement incohérent, tu le sais ?
– Ça ne veut pas dire que j'ai tort.
– Ouais, lâcha-t-il avec une moue qui fit rire Eddie. Mais sérieusement Eddie, on pourrait peut-être se contenter de s'écraser sur ton canapé pour cette fois.
– Ouais, on pourrait mais on ne le fera pas. Ecoute Buck, tu as besoin de te changer les idées et moi aussi. Et… C'est mieux si on sort.
Eddie avait mordillé sa lèvre et détourné le regard et c'était les signes imparables qu'il lui cachait quelque chose.
Quelque chose d'important.
– Qu'est-ce qui se passe en vrai ? s'enquit-il.
– Rien.
– Tu mens, lâcha-t-il. Tu fais ton truc là, quand tu caches un truc. Alors, c'est quoi ? Tu m'as préparé un traquenard ?
– Je ne te ferais jamais ça.
– Alors quoi ?
– Ok, soupira-t-il. Je te le dis mais ça reste mon problème, je vais me débrouiller.
– Je t'écoute, lâcha-t-il en croisant les bras sur sa poitrine pour lui faire comprendre que ça serait sa décision.
– Ma mère voulait me présenter une fille et, disons que le ton est monté et que j'ai fini par lui dire que j'avais quelqu'un.
– Ok, lâcha Buck perturbé. Et tu n'as personne ?
– Personne depuis Shannon, confirma-t-il.
– Ok tu lui as servi un petit mensonge, et oui ce n'est pas bien mais bon, elle ne le saura jamais. J'ai fait bien pire avec mes parents, tu sais.
– Ce n'est qu'une partie du problème. Cette année ce sont mes parents qui viennent pour noël.
– Mais c'est le mois prochain, sursauta Buck.
– Tu comprends mieux le problème, confirma Eddie.
– Ok, mais je ne sais pas… Tu peux lui dire que finalement ça n'a pas fonctionné ? Ce sont des choses qui arrivent.
– Tu ne connais pas ma mère. Elle va mettre son nez dans mes affaires. Si elle ne croit pas à mon mensonge, elle sera affreusement déçue mais si elle y croit, elle va recommencer à me harceler et ça n'aura servi à rien. Je n'aurais pas dû lui mentir.
– Pourquoi tu l'as fait ?
– C'est parti d'un quiproquo et je n'ai pas démenti. Je sais, c'est lâche mais maintenant je suis coincé.
– Tu n'as que deux solutions. Ou tu lui dis la vérité ou tu te trouves une fille pour noël.
– Et comment veux-tu que je me trouve une petite amie en si peu de temps ?
– Speed dating !
– T'es sérieux ?
– C'est le plus rapide, confirma Buck.
– Mais ça marche ce genre de truc ? Je veux dire ce n'est pas pour les personnes désespérées ?
– Je n'en sais rien mais il n'y a qu'une seule façon de le savoir. Et puis, c'est un peu un cas désespéré.
– Merci de me le rappeler, grommela-t-il alors que la sirène retentissait et que Buck bondissait hors du vestiaire.
Buck savait maintenant comment faire pour oublier Taylor.
Il lui suffisait de se plonger dans un nouveau projet et trouver la petite amie parfaite pour Eddie était le projet parfait pour se remettre de sa rupture.
