Élie Caldwell

One of us

Chapitre 3

— «McKay, ici Lorne, vous me recevez? annonça le major dans son talkie.

Affirmatif, Major, confirma l'astrophysicien.

— Qu'est-ce que c'était que ça? demanda le gradé. On aurait dit une explosion.

Je crois que c'en était une. La cité envoie des signaux d'alerte, mais tout n'est pas en fonction dans cette zone. Difficile d'évaluer les dégâts. Mais d'après les informations que nous recevons, les dégâts de structure ne sont pas critiques, l'informa McKay.

— Vous savez d'où ça venait?

Visiblement du secteur qu'explorait Caldwell

Le Major Lorne ne répondit pas immédiatement. Dans son esprit, il passait en revue les différents scénarios qui pouvaient expliquer l'origine d'une explosion.

— «Lorne pour Caldwell. Caldwell, répondez, intima Evan dans sa , ici Lorne, vous me recevez? A vous, insista-t-il alors que seuls des grésillements émanaient de l'appareil.»

Le major laissa s'écouler plusieurs secondes, puis réessaya, sans résultat.

— «McKay, est-ce que vous avez pu remettre en service les détecteurs de signes de vie dans cette zone?

Malheureusement toujours pas, Major, répondit Cadman. On dirait que quelqu'un nous en empêche.

— Quelqu'un? répéta Lorne, inquiet.

Juste avant l'explosion, on a repéré l'activation d'une console de commande auxiliaire au niveau -2, expliqua Rodney d'une voix rendue suraigüe par l'agacement. Seulement on n'arrive pas à savoir précisément de quelle pièce cela vient.

— Vous pouvez la désactiver à distance? l'interrogea le major.

Non, aucune chance, râla McKay. Mais on sait à peu près d'où ça vient. Du secteur de Caldwell.

— Est-ce qu'il y a une chance que l'explosion ait détruit la console? espéra Lorne.

Non, elle est toujours active. Et quelqu'un accède en ce moment même à certains systèmes depuis cette console.

— Quels systèmes? s'alarma le militaire.»

Seul le silence lui répondit. Et aussitôt, Evan Lorne comprit qu'ils étaient en train de perdre la bataille.

— «McKay, quels systèmes? insista-t-il.

Eh bien quelques-uns. Les téléporteurs, le système de verrouillage, commença à énumérer le scientifique d'une voix chevrotante.

Les communications, Monsieur, le coupa Cadman. On pense qu'ils essaient d'envoyer un message subspatial, Major.

— McKay, vous devez interrompre ça immédiatement!

Oh ben je n'y avais pas pensé tout seul, dis donc! ironisa le canadien. Nan mais qu'est-ce que vous croyez qu'on est en train de faire! Du macramé?

— Eh bien essayez plus fort, Rodney! Si une ruche se pointe, on est foutus! ajouta Lorne. Dans combien de temps, est-ce que le Dédale arrive?

Au mieux, quarante-cinq minutes, répondit Cadman. Mais ils n'ont toujours pas pris contact avec nous, Monsieur.

— Bien, on va essayer de rejoindre le capitaine Caldwell et reprendre le contrôle de la console, indiqua Lorne. Si le Dédale arrive, dites-lui de se mettre en position de combat. Docteur Beckett?

Je vous écoute, Major, répondit la voix anxieuse de Carson dans le talkie.

— Je vous suggère de prendre deux marines et de vous rendre au fauteuil des Anciens. Dans le cas où une ruche débarquerait, je veux que vous soyez prêt à riposter, expliqua Lorne.

Oui … Je … Oui, très bien, Major, bafouilla Beckett.

— Lorne, terminé, fit-il dans la radio. Greggson ? Regardez la carte et trouvez-nous un moyen de rejoindre le secteur de Caldwell, ordonna-t-il à l'un de ses hommes. Bon sang, Caldwell, qu'est-ce que vous fichez? marmonna-t-il pour lui-même.»

OoOoOoOoO

— «Caldwell. Caldwell! l'appelait une voix lointaine, comme un écho, lui parvenant difficilement au-dessus du sifflement stridant qui lui vrillait les oreilles. Allez Capitaine, réveillez-vous! ordonna la voix, plus proche cette fois.»

Elie grogna de douleur quand quelque chose fit pression sur son bras. Puis elle reprit sa respiration et suffoqua l'instant d'après. La goulée d'air qu'elle venait d'inspirer était chargée de poussière épaisse et grasse. Elie toussa à s'en arracher les poumons et réussi enfin à ouvrir les yeux. Cette simple action, conjuguée à l'impression d'étouffer, lui fit tourner la tête et elle crut s'évanouir à nouveau.

Entre deux stridulations qui écorchaient ses tympans, Elie perçut des sons rauques, comme des paroles échangées dans une langue inconnue. Une alarme retentit dans son esprit. Dans un moment de lucidité, elle tâtonna sa jambe à la recherche de son holster. Son bras gauche lui faisait affreusement mal, mais elle fit abstraction de la douleur et parvint à dégager son Beretta de l'étui.

— «Thornton, murmura-t-elle à bout de souffle en distinguant la silhouette du militaire à ses côtés. Wraiths! l'avertit-elle d'une voix étranglée.

— Merde, s'exclama Thornton en faisant volte-face.»

L'épaisse poussière qui avait envahi la pièce rendait la visibilité très difficile. Heureusement pour eux, car les grandes formes humanoïdes à quelques mètres d'eux ne semblaient pas les avoir repérés. Thornton aida Caldwell à se redresser et le bruit des gravas qui tombèrent alerta les deux Wraiths qui se dirigeaient vers eux. Sans attendre, Elie et Thornton firent feu. La rafale de P90 du Caporal fit s'effondrer l'un des deux assaillants, tandis que Caldwell finissait de vider son chargeur sur le second ennemi qui tressaillait à chaque tir. Thornton lui préta main forte, et enfin le dernier wraith tomba sur le sol, inerte.

— «Debout Capitaine, ordonna Thornton, en remettant Elie sur ses pieds.»

Cette dernière chancela et dû se rattraper au mur, le temps que sa tête cesse de tourner.

— «Sécurisez la zone, souffla-t-elle d'une voix faible, prise de vertiges.»

Thornton ne se fit pas prier et obtempéra, tandis qu'Elie reprenait ses esprits. Dès qu'elle fut assez assurée sur ses jambes, Elie se mit à la recherche de son fusil dans les décombres. Elle finit par mettre la main dessus, et d'un pas vacillant, elle rejoignit Thornton. L'endroit semblait désert.

— «Clair! annonça le Caporal.

— Il faut trouver les autres, annonça Elie.

— Par ici, cria Abbott, quelques mètres plus loin.»

Thornton et Caldwell les rejoignirent. Abbott était penché sur un Abrahams livide et grimaçant. Abbott leva les yeux vers eux, l'air désemparé. Le sergent Abrahams avait un long morceau de métal fiché dans l'abdomen. Du sang imbibait largement la veste du blessé mais le corps étranger semblait contenir l'hémorragie.

— «Il faut qu'on trouve Brenner, dit Elie, la gorge nouée. Abbott, gardez le éveillé.»

Thornton et Caldwell revinrent sur leur pas et s'engagèrent dans la pièce d'à côté où étaient restés les civils, Fuller, Powell et Nichols. Instinctivement, ils se séparèrent pour fouiller les décombres. A droite, une partie du plafond était prêt à s'effondrer et des gravas jonchaient le sol.

Sur sa droite, Caldwell entendit un gémissement. Elie s'approcha des deux formes indistinctes sur le sol.

— «Corrigan? demanda-t-elle en reconnaissant une forme féminine accroupie.

— Nichols, il est blessé, sanglota la jeune femme.»

En s'approchant, Elie pu voir que l'anthropologue elle-même était pas mal amochée, mais entière. Nichols au sol, semblait en piteux état. Du sang coulait sous lui. Beaucoup de sang, constata Elie avec effroi. En se mettant à hauteur du jeune marines, Elie sentit son cœur se serrait. Son pantalon était entaillé à la cuisse et du sang coulait abondamment. Elie se précipita pour faire pression sur la plaie. Sous ses doigts, elle sentait le sang pulser. L'artère fémorale, en déduisit Elie. Les pulsations s'espaçaient de plus en plus.

Nichols leva un regard vitreux vers la jeune femme.

— «Vous saignez, Capitaine, lui fit il remarquer d'une voix faible.

— C'est superficiel, le rassura Elie dans un sourire forcé, en sentant le sang couler sur son visage depuis la base du front. Allez, accrochez-vous Nichols, ça va aller, mentit-elle.»

Pourtant, elle savait que c'était faux. Pas besoin d'être médecin pour comprendre que le jeune homme avait perdu trop de sang. Les battements contre ses doigts indiquaient clairement que le cœur ralentissait et ne parvenait plus à pomper assez de sang pour maintenir le soldat en vie.

Elie sentit les larmes lui monter aux yeux, et elle se fit violence pour ravaler un sanglot.

— «Le docteur Brenner va arriver, Anthony, tenta de le tranquilliser Jenna. Il va te soigner.

— Je suis là! s'écria Simon en se précipitant au chevet du blessé. Il me faut des compresses et du sérum physio, ordonna-t-il à Crown qui le suivait de près. Elie, laisse-moi regarder, dit-il en voyant que la militaire maintenait son point de compression.

— Va t'occuper d'Abrahams, répondit-elle en lui adressant un regard éloquent. Abbott est avec lui, juste à côté.

— Non, le plus urgent, c'est Nichols, je … rétorqua l'australien.

— Simon, Abrahams a besoin de toi, répondit-elle.

— C'est moi le médecin, c'est moi qui donne les priorités, s'emporta Simon.

— C'est un putain d'ordre, docteur Brenner! Abrahams peut encore être sauvé! l'invectiva Elie, avec fureur.»

Les deux atlantes s'affrontèrent du regard, et à cet instant, Elie sentit que leur lien se brisait. Mais elle faisait ce qui devait être fait: sauver qui pouvait l'être. Le docteur s'apprêtait à répondre quand Nichols le devança.

— «Je crois que le Capitaine a raison, docteur, murmura le marines. Je crois bien que je suis foutu, sanglota t'il.

— Non, non, non! se lamenta Jenna Corrigan en caressant les cheveux de Nichols avec douceur. Non, le docteur va te soigner. Tu vas t'en sortir. N'est-ce pas docteur? Vous allez le sauver? le supplia-t-elle.

— Va faire ton boulot et occupe-toi d'Abrahams, ordonna à nouveau Elie, d'un ton sans appel.

— Mon boulot c'est de sauver des vies! répliqua Simon, venimeux.

— Celles qui peuvent être sauvées! riposta Caldwell.

— Ce n'est pas à toi de décider qui doit vivre ou mourir! lui hurla Brenner, furieux.

— Anthony! s'exclama Jenna dans un cri déchirant. Anthony, réveille-toi!»

Le jeune homme avait les yeux fermés, le teint livide. Le médecin australien chercha son pouls, puis secoua la tête d'un air désolé. Il pressa doucement l'épaule de Corrigan, puis adressa un regard noir à Elie et s'éloigna d'un pas rageur.

Elie essuya une larme solitaire sur sa joue, puis arracha les écussons de l'épaule et la poitrine du jeune marines et récupéra ses plaques d'identification. Elle les glissa dans sa poche et se leva, laissant Jenna pleurer au-dessus du corps sans vie d'Anthony Nichols.

— «Vous avez fait ce qu'il fallait, Capitaine, lui dit Thornton en l'interceptant.

— Ce n'est pas pour autant que c'est juste, se désola la jeune femme. Mettez sa dépouille à l'abri et rassemblez-les autres. Le plafond à l'air instable. Je ne veux pas de nouveaux blessés. Les autres?

— Fuller est encore un peu sonné, mais ça va aller. Pour Powell et Kadiri, c'est superficiel. Votre bras?

— Rien d'insurmontable, répondit-elle. Il faut sécuriser la zone. Ramenez les autres avec Abrahams et rejoignez-moi à la porte avec Kadiri et Powell. Il faut qu'on contacte Lorne.

— Rien ne passe ici. Sans doute à cause de l'explosion.

— On essaiera un peu plus loin, conclut Elie.»

Tandis que Thornton et Powell ramenaient le corps de Nichols et le déposaient dans une caisse vide avec déférence, Kadiri aidait Corrigan à rejoindre les autres, la portant à moitié.

— «Abbott, Fuller, je veux que vous sécurisiez le périmètre, expliqua Elie quand tous furent rassemblés. Powell, Thornton, Kadiri avec moi, on va s'assurer qu'il n'y a pas de Wraiths qui trainent encore dans le coin et essayer de contacter Lorne et Beardless.

— Il n'y a pas eu assez de morts comme ça? s'exclama Brenner, rouge de colère en interrompant ses soins sur Abrahams. C'est stupide de se séparer!

— On ne va pas sagement attendre qu'une autre patrouille nous tombe dessus, s'agaça Elie. S'il y en a d'autres dans notre secteur, il faut les trouver avant qu'ils ne nous trouvent. On ne peut pas se replier, l'explosion a bloqué le passage, et on ne va pas attendre qu'ils nous tirent comme des lapins. On n'a pas d'autre choix que d'avancer et espérer pouvoir rejoindre une autre équipe! explosa-t-elle.»

Le silence qui suivit fut lourd de sens. Elie et Simon s'affrontèrent du regard, mais le médecin australien sembla céder et se remit au travail, cherchant une veine dans le bras d'Abrahams pour lui passer une perfusion de sang.

— «Capitaine, je ne peux pas courir un cent mètres, mais je peux quand même tenir mon arme, dit Abrahams, d'un air faible mais déterminé. Un P90 de plus, ça peut toujours servir, argua-t-il en désignant son fusil un peu plus loin.»

Elie jaugea la situation, incertaine. Dans son état, Abrahams n'aurait pas le bras très sûr, et elle ne tenait pas à ce qu'une de ses balles perdues blesse l'un des leurs. Faisant fi de sa rancœur, elle interrogea Simon d'un regard. Ce dernier soupira en acquiesçant.

— «Bien, fit Caldwell en tendant son arme à Abrahams. Mais vous suivez les ordres du docteur comme s'ils étaient les miens, Abrahams, lui ordonna-t-elle. Rien de déraisonnable ou stupide. Les autres, on y va.»

Ignorant les protestations de Thornton, Elie prit elle-même la tête de l'équipe et s'engouffra dans la première pièce. Avec prudence et en silence, les quatre atlantes cheminèrent une dizaine de minutes sans rencontrer âme qui vive, quand enfin, leurs talkies purent émettre à nouveau.

— «Caldwell pour le major Lorne. Major, vous me recevez? demanda-elle dans la radio.

Ici Lorne. Bon sang Caldwell, qu'est qu'il s'est passé? On a entendu une explosion, répondit Lorne, visiblement soulagé.

— On est tombé sur un petit groupe de Wraiths, Monsieur. Ils nous ont balancé une sorte de grenade, expliqua la jeune femme.

Des blessés?

— Abrahams est salement touché, Brenner s'occupe de lui, il devrait s'en sortir. Quelques blessés légers. Monsieur on a… hésita Elie, d'une voix étranglée. On a perdu le première classe Nichols, lâcha-t-elle enfin.

Reçu, dit simplement Lorne sans savoir quoi ajouter. Faites se replier les blessés et les civils. On tente de vous rejoindre par le secteur nord-ouest.

— Impossible, Monsieur, rétorqua Elie. L'explosion a bloqué le passage. On ne peut pas revenir sur nos pas, et vous ne pourrez pas parvenir jusqu'à nous. C'était le seul chemin d'accès d'après la carte.

Caldwell, vous êtes où?

— Secteur B13, Monsieur.

Alors il faut que vous continuiez à avancer, Caldwell, intervint McKay. Ah, euh, et content que vous soyez toujours vivante Caldwell, bafouilla-t-il maladroit. Bref, pas très loin devant vous, il doit y avoir une console de commande auxiliaire. Et apparemment, les Wraiths sont en train d'y tripatouiller avec leurs affreuses mains.

— Bien reçu, répondit Caldwell. Docteur McKay, une fois là-bas, que fait-on?»

Une fois que McKay eut donné ses instructions, les quatre atlantes se remirent en marche. Lorne décréta un silence radio pour éviter d'être repéré par les Wraiths, et seuls résonnaient les pas légers et rapides de l'équipe d'exploration.

Secrètement, Elie priait pour que Lorne parvienne tout de même à les rejoindre, avant qu'ils aient à affronter un nouveau groupe de Wraiths. Ils avaient déjà perdu Nichols, et même si Kadiri était courageux, elle craignait que le civil soit le premier pris pour cible en cas de combat. Elle laissa aussi son esprit errer vers ceux qui étaient restés derrière.

Ils ne craignaient rien, se rassura-t-elle. Néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer le pire. Elle pensa à Jenna, la jeune anthropologue irlandaise, si affectée par la mort du jeune Marines. Elle songea à Abrahams, trop gravement blessé pour pouvoir se défendre en cas d'attaque frontale. Et puis à Simon. Elle s'inquiétait pour lui. Mais elle était encore furieuse qu'il ait contesté ses ordres, devant ses hommes. Qu'avait-il cru? Qu'elle avait accordé moins d'importance à la vie de Nichols qu'à celle d'Abrahams? Qu'elle l'avait délibérément laissé mourir? Que cela ne l'avait pas affecté, elle aussi? Elle avait fait un choix. Un choix intelligent.

Elie sentait la colère l'envahir et tâcha de se concentrer à nouveau sur leur objectif. Ils avaient une mission et devaient la remplir sans faillir. Empêcher les Wraiths d'envoyer un message subspatial.

Un bruit devant eux la fit tressaillir. Sans mot dire, les quatre atlantes se figèrent en position de combat. Sans bruit, comme s'il glissait plus qu'il ne marchait, Thornton s'approcha de la porte sur le gauche. Elie se positionna en couverture, et le caporal jeta un œil par l'encadrement de la porte. A l'intérieur, deux Wraiths étaient affairés sur une caisse en bois plus petite que les autres. Thornton leva deux doigts, puis en posa un sur ses lèvres et dégaina son couteau.

Elie hocha la tête et fit signe à Powell de se mettre en couverture, le P90 prêt à l'action. S'ils parvenaient à éliminer les deux aliens sans bruit, ils pourraient compter sur l'effet de surprise pour attaquer ceux qui devaient se trouver près de la console. Ne sachant pas combien d'assaillants ils devraient affronter, c'était encore leur meilleure chance.

Tirant son couteau de son étui, Elie imita Thornton et tous deux se glissèrent dans la petite pièce. Quand ils furent suffisamment près des wraiths, ils se redressèrent et attaquèrent. Thornton était assez grand et vif pour parvenir du premier coup à trancher la gorge de l'un des ennemis. Mais Elie, moins élancée, planta son couteau dans la poitrine du second, espérant atteindre son cœur. Sans succès. Néanmoins, le coup porté fit chanceler l'alien qui tomba à genoux. Avec dextérité, la jeune femme profita de l'occasion et sectionna la carotide du wraith qui s'effondra dans un horrible gargouillis.

Puis Caldwell et Thornton se figèrent, guettant le moindre bruit annonçant qu'ils auraient été découverts. Mais tout était calme. Cependant, ils devaient se presser, profiter de l'effet de surprise. Sans perdre une seconde, ils se regroupèrent et continuèrent leur chemin pendant quelques minutes. Au bout du couloir, on entendait le bruit des conversations et des bips. Les Wraiths s'activaient autour de la console.

Un éclat de voix fit sursauter les atlantes. Visiblement, la reine se réjouissait. Et ça, c'était mauvais signe pour eux. Ils ne pouvaient plus attendre. Elie jeta un regard entendu à ses compagnons, prit une grande inspiration et s'élança en direction de l'ennemi. Quand ils arrivèrent dans la salle, elle put compter cinq wraiths en plus de Dubois, concentré sur la console de commande.

Quand celui-ci se retourna, son regard inhumain fit à nouveau frissonner Caldwell. Furieux, Dubois grogna et s'écria:

— «Tuez-les!»

Sans hésiter les quatre atlantes firent feu. Les wraiths répliquèrent de leurs tirs incapacitants. Elie roula sur le côté, évitant de justesse un rayon ennemi. Elle riposta presque à l'aveugle, sans mêmeprendre le temps de se redresser. Le wraith se dirigeait vers elle, l'air affamé. Elle lui envoya une nouvelle salve qui le ralentit à peine. Tandis qu'il se jetait sur elle, Caldwell le repoussa d'un coup pied. Elle engagea toute ses forces dans le combat. Elle ne voulait pas mourir. Elle ne voulait pas perdre. Elle voulait tous les sauver. Ici sur Atlantis, comme sur Terre. Le wraith revint à la charge, enragé par la douleur. De son torse s'échappaient des filets de sang à l'endroit où les balles de P90 s'étaient enfoncées profondément dans la chair.

Pourtant cela ne semblait pas l'arrêter. Son adversaire se rapprochait dangereusement, sa main nourricière tendue vers elle, déterminé à prendre sa vie. Elie le repoussa d'un coup de crosse dans la mâchoire. L'alien chancela à peine et revint à la charge. Dans une tentative désespérée, la jeune femme se jeta de tout son poids dans les jambes de son opposant qui enfin bascula en avant. Plus légère et rapide que le colosse extraterrestre, elle se releva et fit volte-face, et tandis qu'il était encore au sol, elle mitrailla. Quand elle cessa de tirer, elle retint son souffle. Mais le wraith ne bougeait plus.

Sans perdre une seconde, elle se retourna pour évaluer la situation. Un autre wraith était tombé, et Thornton était aux prises avec un troisième. Powell était à terre, inconscient et Kadiri s'était retranché derrière un appareil lantien hors d'usage. Le quatrième wraith semblait bien décidé à s'offrir un casse-croûte égyptien. Sans se préoccuper du dernier, ni même de Dubois, Caldwell s'élança au secours du technicien.

Personne d'autre ne mourra aujourd'hui, songea Elie avec férocité en vidant son chargeur dans le dos du wraith, jusqu'à ce que celui-ci s'effondre. Puis sans prendre le temps de s'assurer qu'il était bien mort, elle se précipita vers Dubois. Son garde du corps lui tira dessus, mais Elie l'esquiva sans trop de mal. Aussi, l'alien se précipita vers elle, bien décidé à se débarrasser de la gênante humaine qui menaçait sa reine. Thornton vint prêter main-forte à Elie et se jeta sur le wraith. Au corps à corps, les armes à feu ne leur étaient d'aucune utilité, alors Elie attrapa son couteau, et trancha autant qu'elle le pouvait dans les chairs, imitées par Thornton. A deux contre un, les militaires vinrent facilement à bout du dernier assaillant. Et tandis qu'ils se relevaient, Dubois appuya triomphant sur la console et exulta:

— «C'est trop tard, j'arrive avec mes guerriers, et nous allons festoyer de …»

Sa tirade fut interrompue par une détonation. Kadiri avait tiré sur le scientifique français et l'avait touché à l'épaule. Quand Dubois leva son regard vers eux, ils n'y virent que du désespoir. La douleur avait temporairement rompu la connexion entre la reine et l'atlante. Puis, sans qu'aucun d'eux ne l'ait vu venir, Dubois se précipita vers eux, et se jeta sur Elie.

La jeune femme sentit très nettement son couteau s'enfoncer dans les chairs tendres du terrien.

— «Non! s'écria-t-elle. Non, non!

— C'était la seule solution, souffla Dubois en glissant sur le sol. Je suis trop faible. Elle est dans ma tête depuis si longtemps. Je ne veux plus la sentir dans ma tête, murmura-t-il, la respiration haletante. Il faut … me … pardonner, supplia-t-il. J'ai lutté, mais elle était si forte… Vous devez … Ils arrivent, acheva t'il en rendant son dernier soupir.»

En entendant ces mots, Kadiri se rua sur la console de commande, tandis que Caldwell allumait sa radio. Le technicien pianota fébrilement sur la console et annonça d'une voix tremblante:

— «Ils ont envoyé une communication subspatiale. C'est du wraith.»

Elie le rejoignit tâchant de déchiffrer les caractères aliens qui défilaient sur la console. Même si sa maitrise de cette langue était encore rudimentaire, il n'était pas nécessaire d'être un expert pour comprendre de quoi parlait cette transmission.

— «Caldwell pour Lorne. Lorne, vous me recevez, demanda Elie dans le talkie, d'une voix blanche.

Caldwell, ici Lorne. A vous.

— Major, nous … on est arrivés trop tard, annonça-t-elle avec fatalité. Ils ont transmis les coordonnées d'Atlantis.»

A cette déclaration, seuls répondirent d'abord des grésillements, puis la voix hystérique de McKay grinça dans la radio.

— « Kadiri, tracez le signal! ordonna-t-il. On doit savoir à qui il a envoyé ça.»

Suivant les instructions du canadien, Kadiri explora des lignes de codes qui ne voulaient rien dire pour Elie, tandis que Thornton tentait de ranimer Powell.

— «Une seule! s'écria Nassor Kadiri avec un soulagement non dissimulé. Ils n'ont transmis notre position qu'à un seul vaisseau. Visiblement à leur ruche!

— Docteur McKay, vous avez entendu? demanda Elie d'une voix d'outre-tombe.

Oui, oui, j'ai entendu. Je rebranche les intercoms. Voilà, vous m'entendez, maintenant? demanda McKay dans les oreillettes.

Affirmatif, docteur, répondit Lorne. Les capteurs longues portées ont-ils détecté quelque chose?

Rien pour le moment, déclara Rodney. Attendez … Deux fenêtres hyper-spatiales viennent de s'ouvrir.

— Le Dédale? supposa Elie avec espoir.

Le Dédale n'aurait eu besoin que d'une fenêtre, la contredit Lorne avec pragmatisme.

Ce sont les wraiths, corrigea McKay.»

Et le silence qui s'en suivit sembla aspirer l'oxygène de toute la cité, coupant le souffle de tous les atlantes encore présents entre ses murs.

McKay estima que la ruche et le croiseur qui l'accompagnait seraient à portée de tir du fauteuil des Anciens d'ici environ quinze minutes. Beckett fit remarquer à juste titre qu'il faudrait abattre les deux vaisseaux presque simultanément pour les empêcher de s'enfuir ou de communiquer la position d'Atlantis à d'autre ruches. Et le médecin écossais leur rappela qu'il n'était pas aussi habile que Sheppard dans le pilotage de drones et ne pouvait seul garantir le succès de l'opération.

Beardless suggéra alors d'envoyer des jumpers pour abattre le croiseur, tandis que Beckett pourrait concentrer ses tirs sur le vaisseau ruche. L'équipe de Lorne était la plus proche du téléporteur et comprenait le plus grand nombre de pilotes de jumpers aguerris. Aussi, ils rejoignirent le hangar à jumpers au pas de course.

Elie s'inquiéta de savoir s'il on avait eu des nouvelles du Dédale et espérait que son père et son équipage pourraient se porter au secours de la cité avant qu'ils ne soient détruits ou envahis. Mais le vaisseau terrien n'avait pas donné signe de vie.

— «Il est probable qu'ils envoient des darts, l'objectif étant d'envahir la cité, fit remarquer Lorne, une fois parvenu dans la salle de contrôle. Rodney, est-ce qu'on peut lever le bouclier?

— En théorie oui, répondit McKay grimaçant.

— Comment ça en théorie? s'inquiéta le major.

— Eh bien, on peut lever le bouclier, ça j'en suis sûr, reformula McKay.

— Alors quel est le problème? s'inquiéta Beardless.

— Il se pourrait que l'émetteur de bouclier qui a été endommagé lors du dernier orage … euh, peut-être bien qu'il n'est pas encore réparé … bredouilla Rodney, le regard fuyant.

— McKay! tempêta Lorne

— Oui, je sais, je sais! J'avais dit à Zelenka de … se justifia l'astrophysicien, penaud.

— Le Colonel Sheppard vous l'avait demandé à vous, Rodney … lui reprocha Lorne. Bon, qu'est-ce qu'il va se passer s'ils nous tirent dessus? demanda-t-il, tenant de contenir sa colère.

— Il pourrait céder, répondit Cadman, d'un air fataliste.

— Combien de temps est-ce qu'il va tenir?

— On n'en sait rien, avoua McKay, l'air coupable.

— Génial… grommela le Major. Bon, on n'a plus le choix, il faut les détruire avant d'être détruit. Caldwell? appela-t-il dans son intercom. Vous allez devoir rester en bas encore un moment. On ne peut pas venir vous chercher maintenant, avoua-t-il désolé. Comment va Abrahams?

On ne les a pas encore rejoints, on est en train de réveiller Powell, répondit la jeune femme. Les radios ne passent pas là-bas. Maintenant que la zone est sécurisée, on va les ramener ici, ce sera plus sûr.

— Très bien, tenez-nous au courant. Fin de communication.»

OoOoOoOoO

— «Comment vous vous sentez, Sergent? demanda Brenner en soulevant les compresses qui cachaient la blessure du militaire.

— Je crois que la morphine fait son petit effet, répondit Abrahams. Je suis complètement stone.

— En tout cas, vous êtes bon pour un tour au bloc, dès qu'on nous aura sortis de là! La bonne nouvelle c'est que les saignements semblent s'être arrêtés. Et visiblement, aucun organe vital n'a été touché, le rassura le médecin. Vous êtes chanceux!

— Ils sont partis depuis longtemps, marmonna Fuller en jetant des coups d'œil frénétiques vers la porte. Ce n'est pas normal.

— T'inquiète pas, Fuller! fanfaronna Abrahams. Je suis sûr qu'ils vont bien. Ils ont dû coller une sacrée raclée aux wraiths et sont en train de fêter leur victoire.

— Ou les wraiths les ont eus, et ce sont eux qui viennent nous chercher, histoire de finir leur repas!

— T'es un optimiste toi! lui reprocha Abrahams. Moi, je dis que …»

Le Sergent ne put terminer sa tirade, interrompu par le bruit lointain d'une déflagration lointaine. Le sol trembla légèrement sous eux.

— «Qu'est-ce que c'était que ça? paniqua Jenna Corrigan.

— On nous attaque, lâcha Fuller d'un ton morne. Les wraiths sont là. Caldwell et les autres ont échoué, en conclut-il, défaitiste.

— Ne soyez pas alarmiste, tempéra Brenner. Cela pourrait être n'importe quoi. Je suis sûr qu'Elie a réussi, continua-t-il avec espoir.»

C'était lui-même que l'australien essayait de convaincre. Fuller avait raison, Elie et les autres étaient partis depuis trop longtemps et les détonations qu'ils entendaient ne pouvait venir que de l'espace. Qui d'autre que les wraiths auraient bien pu les attaquer?

Tandis qu'il songeait à cela, une autre explosion se fit entendre, plus forte celle-là, et la secousse qui agita le sol fut plus intense cette fois. Simon Brenner leva les yeux vers le plafond qui semblait bien trop instable.

— «Il faut qu'on avance, on n'est pas en sécurité ici, décréta le médecin en voyant de la poussière tomber des fissures de la voute au-dessus de leur tête. On déplace Abrahams. Tout en douceur, précisa-t-il.»

Abrahams avait été placé sur un brancard de fortune que Fuller et Abbott avaient bricolé avec le couvercle de l'une des caisses et de la corde. Précautionneusement, les deux militaires soulevèrent le brancard, mais le blessé ne put contenir une grimace de douleur.

— «Reposez le, ordonna le praticien. Je dois stabiliser le morceau de métal pour l'empêcher de bouger. Jenna, venez m'aidez. Tenez fermement l'éclat et ne bougez pas.

— Va falloir bouger, doc! l'avertit Abbott, alors qu'une troisième déflagration endommageait encore la structure fragile autour d'eux.

— Encore une minute, quémanda Brenner.

— On n'a pas une minute, s'affola Fuller en entendant le bruit caractéristique des drones filant sous l'eau. Ils ont activé le fauteuil des Anciens. La bataille est engagée! On sort de là!»

Précipitamment, les deux militaires soulevèrent à nouveau le brancard, et Abrahams laissa échapper un cri de souffrance. Abbott et Fuller se précipitèrent vers la sortie, Brenner et Corrigan à leur suite. Mais une quatrième explosion les prit de court. Celle-ci était proche et bien plus forte que les autres et la zone toute entière trembla violemment, les jetant tous au sol. Quand le brancard s'écroula, Abrahams hurla de détresse.

OoOoOoOoO

— «Ils commencent à tirer! avertit McKay. Que tout le monde se prépare à l'impact.»

Le premier choc fut moins dur que ce qu'ils avaient anticipé. Par chance, les wraiths ne souhaitaient pas détruire la cité, mais s'en emparer. Le but de ces tirs était de faire tomber les défenses d'Atlantis et de l'envahir. Sans cela, ils se seraient retrouvés sous un feu nourri, sans aucune chance de survie.

— «Boucliers à 90%, annonça Cadman. On ne pourra pas en encaisser beaucoup comme ça. Et ils viennent d'envoyer les darts.

— Jumpers, parés au décollage? demanda Lorne dans l'intercom.

Affirmatif, Major! confirma Greggson.

— Docteur Beckett?

Je suis aussi prêt que je peux l'être, Major, répondit l'écossais d'une voix qui trahissait son anxiété.

— A mon commandement, les Jumpers débarrassez-vous du croiseur et des darts. Carson vous attendrez que les Jumpers soient à portée de tir du croiseur pour envoyer les drones. Concentrez-vous sur la ruche. On doit détruire les deux vaisseaux en même temps. On ne leur laisse pas le temps ni de fuir, ni de communiquer.

— Attention, impact! prévint non non non! Bouclier à 68%!

— En deux tirs seulement? Comment c'est possible? s'affola Lorne.

— Ils visent les extrémités du bouclier. C'est là qu'il est le plus fragile. Ce maudit français a dû leur donner tous nos points faibles. Ils cherchent à faire tomber le bouclier.

— Où en sont les jumpers?

— Cinq minutes avant d'être à portée de tir, annonça Cadman.

— A tous les jumper, n'attendez pas mon ordre: dès que vous serez à portée, tirez. Visez leurs canons de la ruche. Docteur Beckett?

Les canons, oui, d'accord … Heu, mais … ils sont où les canons? bredouilla l'écossais, pris de panique.

— Pensez-y et manipulez l'interface sur le bras du fauteuil et il vous montrera la position des canons, il vous suffira de les guider, expliqua Rodney. Attention, nouvel impact!»

Cette fois, toute la cité trembla sous leurs pieds.

— «Les Jumpers sont à portée de tir, les informa Cadman.

— Docteur Beckett, à vous.»

Les drones jaillirent de l'eau et s'envolèrent en direction des deux vaisseaux ennemis. Un quatrième tir frappa la cité de plein fouet, endommageant encore le bouclier.

— «Défense à 37%, lança Rodney. Oh mon Dieu … Major, ils ont touché l'aile sud. Le niveau -2, expliqua Rodney, les yeux exorbités.

— Caldwell, murmura Lorne.»

OoOoOoOoO

— «Qu'est-ce que c'était? s'inquiéta Kadiri en entendant un grondement lointain.

— Encore une grenade? supposa Powell.

— On dirait plutôt que ça vient de dehors, supposa Thornton.

— Ils sont là, devina Caldwell, l'air abattu.

— On devrait contacter Lorne, suggéra Powell.

— Non inutile. On ne peut rien faire pour eux, refusa Elie. Ne monopolisons pas la fréquence radio pour rien. Powell, est-ce que vous pouvez accélérer le rythme?

— Je ne pense pas, Capitaine.

— Bien, Kadiri et vous, attendez-nous ici. Thornton, on va chercher les autres.»

Thornton et Caldwell, reprirent leur chemin, au pas de course. Une seconde déflagration les fit encore augmenter leur rythme, inquiet pour le reste du groupe. Au milieu du couloir, prise de nausées, Elie dut s'arrêter.

— «Merde, Capitaine, ça va? s'inquiéta le caporal. Ça doit être le coup à la tête après l'explosion.

— C'est bon, ça ira, Thornton. On continue, il faut qu'on aille chercher les autres avant que le plafond ne leur tombe sur la tête, fit-elle, alors qu'une troisième secousse agitait la cité.»

Ils étaient tout proches de leurs amis quand la quatrième détonation fit trembler le sol et les déséquilibra. Elie entendit très nettement le hurlement de douleur d'Abrahams. Les deux militaires se précipitèrent vers leurs amis. Abrahams était par terre. Brenner penché sur lui, l'air affolé.

— «Abrahams, répondez. Sergent!»

Le morceau de métal qui s'était fiché dans l'abdomen du sergent était sur le sol, au milieu d'une mare de sang, et Daniel Abrahams était inconscient.