Bonjouuuur ! Ça fait un petit moment que j'avais pas posté, je me suis mise à écrire d'autres trucs mais j'ai aussi pas mal écrit sur cette fic, j'en suis à bientôt 50 000 mots !
Je me rends compte petit à petit de l'ampleur du projet, mais je suis grave motivée à le terminer. Je pense qu'il y aura la fin au bout de 100 000 mots peut-être ? Peut-être moins. En tout cas, ça avance hihi
Voilou le nouveau chapitre, j'espère que ça vous plaira !
En revenant au poste de contrôle, leur groupe fut accueilli par des applaudissements, comme cela avait été le cas pour Midoriya et Uaraka lors de leur passage. All Might les félicita pour leur analyse et leur ruse, arguant que tous les pouvoirs du monde n'étaient rien sans la cervelle qui allait avec.
L'épreuve continua, et Asuna se força à ne pas réfléchir à la pensée qui tournait en boucle dans son crâne, pour s'astreindre à observer les passages de ses camarades. Il était hors de question que la panique lui vole des informations dont elle pourrait avoir besoin plus tard.
C'était sans compter la silhouette décontractée qui s'avança vers elle vingt minutes plus tard.
« Yo, Konoe, je peux t'embêter deux secondes ? demanda Jiro en s'arrêtant près d'elle.
– Pas de souci, répondit Asuna en plaquant un sourire jovial qu'elle avait volé à Mina sur son visage.
– Tu voudrais bien me filer tes playlists ? Y'avait plein de sons sympa samedi, j'aimerais bien les réécouter.
– Bien sûr. Je te les envoie. »
Asuna s'exécuta et salua Jiro qui la remerciait en s'éloignant.
L'adolescente soupira et reporta son attention sur l'écran dans l'intention évidente de continuer à observer les moindres faits et gestes de ses camarades. Pourtant, comme si une interaction sociale supplémentaire avait eu raison de ses dernières barrières mentales, elle ne put retenir ses pensées plus longtemps, et la panique déferla en elle.
Est-ce qu'elle sait ?
Cette sensation ne lui était pas inconnue. Elle se focalisa sur sa respiration, gardant le plus possible un visage impassible pour que personne ne remarque rien. Au bout de quelques minutes, sa respiration s'apaisa. Elle leva une main discrète pour essuyer la sueur de son front et de son cou.
Est-ce qu'elle sait ?
Il ne pouvait pas y avoir une personne de plus. C'était impossible. À cette pensée, sa respiration s'accéléra à nouveau.
Non. Elle ne devait pas paniquer. Elle devait réfléchir. Comment Mina aurait-elle pu deviner, hein ? Aux dernières nouvelles, c'était elle qui avait évité habilement l'attaque de Todoroki, pas Asuna.
Une pointe de curiosité la piqua. Bien sûr, elle préférait que tout cela soit une simple coïncidence et que Mina ne sache rien, mais si effectivement elle avait deviné quelque chose concernant son Alter… Alors elle cachait forcément quelque chose concernant le sien. C'était impossible autrement, la seule autre piste qui aurait pu la mener à deviner son secret était Bakugo, et Mina n'était pas aussi stupide que Midoriya.
D'un coup, Asuna se sentit plus calme. Si elle parvenait à deviner de quoi il retournait avec l'Alter de Mina, le pire qui pouvait arriver était la même situation qu'avec Midoriya. Elle avait beau haïr l'idée de se retrouver encore une fois en position de vulnérabilité, ce ne serait pas la première fois qu'elle sous-estimait un de ses camarades. Elle y ferait face.
Elle se repassa alors la scène du combat, essayant de comprendre ce que lui cachait Mina. Cette dernière avait été impressionnante pendant le combat, et Asuna n'avait jamais vu son Alter aussi puissant que lorsqu'elle l'avait utilisé pour se projeter dans les airs. Pourtant, nota-t-elle, il n'y avait eu aucun prix à payer pour l'aide qu'elle lui avait apportée. Elle n'avait même ressenti aucune fatigue, aucun fourmillement, aucun symptôme lui indiquant que son Alter se consumait. C'était comme si Mina s'en était sortie seule, sans son aide.
À cette pensée, Asuna se détendit. Elle ne comprenait pas ce qu'il s'était passé, mais il était même possible que cela n'ait rien eu à voir avec son Alter. Elle décida qu'il n'y avait pas d'urgence pour l'instant. Elle travaillerait à résoudre cette question plus tard. La panique n'était pas bonne conseillère.
Asuna passa le reste du cours à analyser attentivement les matchs de ses camarades, mémorisant tout ce qu'elle pouvait sur leurs capacités, et leurs styles de combat. Elle était si absorbée dans sa tâche qu'elle faillit manquer le regard de Bakugo, qui se détourna rapidement d'elle lorsque All Might annonça la fin du cours.
Elle alla se changer rapidement dans une cabine privée, puis le retrouva à la sortie et lui emboîta le pas, devinant qu'ils avaient la même destination. Aux dernières nouvelles, ils allaient devoir se côtoyer cette semaine pour faire leurs corvées, et ce soir, c'était les cuisines des secondes.
Asuna ne savait pas vraiment comment elle se sentait par rapport à Bakugo. Il l'avait insultée, elle l'avait provoqué, il l'avait défiée et ils s'étaient battus. Il la détestait de l'avoir battu au classement d'entrée à Yuei et probablement pour s'être foutue de sa gueule à plusieurs reprises. Elle le détestait d'être un grain de sable agaçant dans les rouages parfaitement huilés de ses machinations. Pourtant, elle devait bien avouer qu'elle s'était rarement autant amusée qu'au moment où elle lui avait enfoncé la gueule dans le béton du campus. Lorsqu'elle était en sa présence, Asuna ne pouvait pas se focaliser sur ses nombreux objectifs, et la façon optimale de les accomplir. Elle ne pensait pas à grand chose, à vrai dire, elle agissait simplement de façon irrationnelle. Il était une erreur, il foutait tout en l'air. Et paradoxalement cela la rendait irrémédiablement joyeuse.
C'était très bizarre.
Les deux élèves se dirigèrent vers les cuisines, Bakugo marchant quelques mètres devant Asuna. Ils débouchèrent dans la pièce commune, et sans un regard, s'attelèrent à leur tâche. Au bout d'un long moment, Asuna prit la parole :
« Alors, tu t'es remis de notre duel ? »
Bakugo continua de nettoyer l'évier, le visage vide de toute émotion, ce qui était une première. Il n'avait visiblement pas digéré son échec cuisant contre Midoriya.
« Il faudra plus que ça pour que je me remette pas, lâcha-t-il d'un ton neutre.
– Ah, parce que tu en veux plus ? »
Asuna ne savait pas vraiment où elle allait, avec cette discussion. Elle savait simplement qu'avec tous les problèmes qu'il lui avait apportés, il n'avait pas le droit de lui être indifférent. Le mal était fait, la peur n'était pas envisageable, il ne restait que cette flamme joyeuse qui brûlait lorsqu'elle le provoquait.
Bakugo se tourna vers elle, et Asuna se réjouit lorsqu'elle croisa un regard tout sauf indifférent : brûlant de colère.
« Fais pas trop la maligne, gronda-t-il. Je te reprends quand tu veux. T'as eu de la chance, c'est tout. »
Si cette dernière remarque était venue de n'importe qui d'autre, Asuna aurait retenu un sourire en se régalant de l'ironie de la situation. Mais Bakugo savait qu'elle avait un pouvoir. Et aux dernières nouvelles, il n'était pas censé en connaître la nature. L'avait-il devinée grâce à sa subtile allusion à la chance, au test d'aptitude ? À l'occasion de leur combat, pendant lequel il avait semblé comprendre ses ruses ? Ou à un autre moment ?
Contre toute attente, Asuna ne ressentit aucune vague d'angoisse. Au contraire, la chaleur sembla s'intensifier dans sa poitrine, teintée d'un sentiment qu'elle ne put nommer.
« C'est vrai », confirma-t-elle, le coeur battant.
L'expression de Bakugo ne changea pas. Il n'avait pas douté une seule seconde d'avoir raison, sa réponse ne changeait rien pour lui. Asuna fut submergée par une vague d'une émotion qu'elle reconnut sans comprendre.
Elle était soulagée.
Un sourire fleurit sur son visage sans qu'elle ne puisse l'empêcher.
« Je savais bien que t'étais tarée », grogna Bakugo en retournant à son nettoyage.
Cette fois, Asuna ne pouvait pas se sentir insultée, elle-même avait l'impression de devenir folle. Elle murmura un vague ta gueule pour la forme et s'attela aussi sérieusement qu'elle le pouvait à sa tâche, pour s'occuper les mains. Un tumulte d'émotions bouillonnait en elle, et elle n'en comprenait pas la moitié.
Les deux élèves terminèrent le ménage de la cuisine dans le silence, et Bakugo prit le chemin de dortoirs tandis qu'elle-même chaussait ses lunettes pour sortir prendre l'air.
Asuna se dirigea vers le banc qu'elle avait partagé avec Midoriya il y a deux jours de cela. Elle considérait désormais cet endroit comme l'autel des conséquences de ses erreurs, le premier où elle avait perdu une bataille depuis de longues années. Naturellement, c'était un très bon endroit pour réfléchir à comment ne jamais les reproduire.
Ou pour admirer le coucher de soleil quand elle était complètement paumée.
Les feuilles des arbres étaient jeunes mais verdissaient presque à vue d'oeil, les fleurs des cerisiers commençaient à faner. Le printemps était déjà bien avancé, mais les températures restaient fraîches pour la saison. Les rayons orangés du soleil caressaient sa peau. Bizarrement, Asuna se sentait calme. Elle décida de faire le point rapidement.
De toute évidence, Bakugo avait deviné la nature de son Alter, et ce constat lui procurait un soulagement qu'elle n'expliquait pas, et qui était à l'opposé de la peur qu'elle ressentait décidément beaucoup trop ces derniers temps lorsque d'autres personnes se rapprochaient de son secret. Midoriya notamment, savait tout, et elle réalisa que cette pensée n'avait plus le goût de l'échec. Même l'idée que Mina soit peut-être au courant, maintenant qu'elle y repensait, semblait plus supportable, et pas seulement parce qu'elle comptait trouver un moyen de pression en découvrant ce qu'elle cachait.
L'anxiété constante qui pesait sur Asuna semblait s'être comme allégée, et elle ne parvenait pas à se l'expliquer. Pourtant, sans elle, l'adolescente pouvait aisément voir que la situation ne lui était effectivement pas si défavorable. Bakugo ne semblait pas vouloir la trahir. La seule chose qui changeait vraiment, était qu'elle n'était plus seule. Elle n'était pas sûre de savoir ce qu'elle en pensait, mais cette idée semblait alimenter une flamme désormais familière dans sa poitrine.
Il y avait aussi eu ce sentiment inconnu au moment de confirmer les dires de Bakugo. D'ordinaire, Asuna n'avait pas affaire à une aussi grande palette de ressentis, il lui faudrait sans doute du temps pour les classifier.
Au loin, elle aperçut Midoriya qui arpentait les chemins du campus d'un pas rapide et semblait chercher quelque chose. Lorsqu'il l'aperçut, il lui adressa un signe de la main auquel elle lui répondit d'un geste, l'invitant à le rejoindre. Elle patienta le temps qu'il arrive à sa hauteur, un sourire aux lèvres. Asuna se sentait d'humeur particulièrement joviale, aussi l'accueillit-elle avec chaleur.
« Midoriya ! Comment ça va, avec tes blessures ? »
Son bras cassé par le pouvoir du One for All était maintenu par une attelle, son autre bras brûlé par Bakugo était enveloppé dans des bandages, et il avait l'air fatigué.
« Tout va bien, j'ai dû me reposer à l'infirmerie et je devrai faire attention dans les prochains jours, mais ça ira, assura-t-il. D'ailleurs, avant d'y aller, j'ai vu que vous aviez battu Todoroki et Mezo, avec Ashido ! C'était impressionnant. Tu as utilisé ton Alter ?
– Je n'en ai pas eu besoin. Notre travail d'équipe a payé, sourit Asuna. Tu n'étais pas mal non plus, bravo pour la raclée à Bakugo, ça m'a fait du bien !
– Merci, répondit Midoriya en rosissant. Il faut vraiment que j'apprenne à contrôler mon Alter, par contre. »
Midoriya avait mené son combat contre Bakugo avec brio durant l'épreuve de l'après-midi : il l'avait leurré pour lui voler la victoire, en encaissant une explosion et le prix de l'utilisation de son Alter.
En cela, ils n'étaient pas si différents, elle et lui.
« Ton pouvoir ressemble au mien, à ce niveau », partagea-t-elle à voix haute.
Midoriya, qui s'était installé à ses côtés, se tourna vers elle.
« Comment-ça ? demanda-t-il.
– Tu dois payer pour l'utiliser. Moi aussi, lorsque ma quantité de pouvoir est épuisée. »
Les yeux verts de Midoriya semblèrent se perdre dans le vide un instant, puis s'illuminer.
« C'est vrai, on pourrait probablement s'entraider dans la maîtrise de nos Alters dans ce cas. »
Cette idée n'aurait sans doute pas plu à Asuna le matin même, mais libérée de son anxiété, elle n'y voyait désormais que des côtés positifs. Après tout, son objectif principal restait le même : contrôler entièrement son Alter, et donc tout contrôler. En plus, Midoriya était le successeur d'All Might lui-même, elle n'aurait probablement pas pu choisir meilleure personne avec laquelle travailler son Alter, même si elle l'avait voulu. Et puis, elle avait envie d'en apprendre plus sur le One for All, même si elle devait se dévoiler un peu pour cela.
« On peut essayer, acquiesça-t-elle.
– Super ! s'enthousiasma-t-il. On pourrait commencer par se décrire plus précisément nos Alters ? Tu m'as parlé du principe global de ton Alter, mais j'ai des questions, il y a des choses que j'ai du mal à comprendre.
– Il y a beaucoup à expliquer, mais je t'en prie, vas-y.
– Comment fais-tu pour déterminer la quantité de pouvoir que va te demander une action ? Ton Alter est-il actif en permanence ou peux-tu l'activer à des moments précis ? Y'a-t-il une limite à ce que tu peux lui demander de faire, si tu en payes le prix ? Est-ce la quantité d'Alter mis en jeu qui détermine le succès d'une action, ou la quantité d'Alter s'adapte-t-elle à ce que tu demandes ? Mais dans ce cas, si tu calcules mal la quantité de pouvoir que va te demander une action, que se passe-t-il ? Et si tu dois payer le prix, quel est ce prix ? Et…
– Ok, ok Midoriya, je vais tout t'expliquer du mieux que je peux. »
Ce dernier se tut, suspendu à ses lèvres. Asuna prit une grande inspiration.
« Déjà, tu ne pouvais pas le deviner, mais mon Alter répond à toutes mes aspirations. Sans exception, tout ce que je désire, ajouta-t-elle en le voyant ouvrir la bouche. Il n'y a pas de limite, du moins à ma connaissance, et je n'ai pas encore payé le prix fort pour le découvrir. Mais je peux quand même utiliser mon Alter sans autre conséquence que des symptômes physiques sans importance dans une certaine mesure. »
Midoriya semblait avoir abandonné l'idée de l'interrompre pour l'instant, et l'écoutait attentivement. Sa main tressautait sur sa jambe, comme s'il brûlait de se saisir d'un stylo et de son carnet pour prendre des notes.
« La quantité de pouvoir s'adapte à mon souhait. Je dois donc connaître à l'avance cette quantité de pouvoir, sinon je risque de payer. Pour ça, je me suis beaucoup entraînée. J'ai fait des tests, et j'ai rassemblé énormément de connaissances pour être capable de déterminer à l'avance le coût d'une action, c'est-à-dire la probabilité de la situation que je souhaite créer.
– Quelles connaissances ?
– Tout. La physique des solides et des fluides, les règles sociales et la personnalité des gens, leurs Alters, tout ce que j'ai pu essayer de comprendre sur les règles du monde qui m'entoure. Toutes les disciplines sont importantes pour moi : les sciences, les langues, la littérature, le sport, même l'art. Et comme c'est un travail qui n'a pas de fin, et que même si j'avais assimilé toutes les connaissances que les humains ont rassemblées depuis toujours je ne comprendrais encore pas tout, j'ai aussi développé un instinct basé sur l'habitude de l'utilisation de mon Alter : j'observe en permanence une grande quantité de paramètres autour de moi, et je reconnais des situations que j'avais déjà rencontrées et où j'avais dépensé une quantité d'Alter raisonnable. »
Midoriya semblait peiner à prendre la mesure de ce qu'elle expliquait. Il finit par souffler :
« C'est un travail de titan. »
Asuna pouvait lui accorder ce point.
« Mais du coup, reprit-il, les sourcils froncés, si tous tes désirs sont exaucés, comment fais-tu pour doser ton Alter ?
– Je travaille sur mes désirs.
– Comment ça ?
– Je me conditionne de façon à ce que je sois incapable de désirer quelque chose que je ne peux pas me permettre de désirer. »
Midoriya affichait un air interloqué.
« Quoi ? demanda-t-elle.
– Comment ça, tu te conditionnes ? »
Asuna sentit qu'elle ne pouvait pas se permettre d'être totalement honnête à ce sujet. Ce n'était pas véritablement important de partager cela avec Midoriya, ce n'était même pas intéressant pour lui puisqu'il pouvait toujours décider d'utiliser son Alter ou non.
« J'ai de la discipline, c'est tout.
– Mais c'est impossible. Se couper de ses désirs, c'est se couper d'une partie de soi. Je n'imagine même pas comment c'est possible. »
Pour une raison qui lui échappait, Midoriya semblait sincèrement inquiet, à présent. Une pointe d'agacement s'insinua en elle. Non seulement c'était possible, mais rien ne serait possible autrement. Elle serait déjà probablement morte.
« Imagine mieux, alors, rétorqua-t-elle. Si je ne le fais pas, je paye le prix. Et ça, c'est impossible. »
Midoriya n'avait pas l'air convaincu, mais n'insista pas.
« Et ce prix, qu'est-ce que c'est ?
– Le prix, c'est l'opposé de ce que je souhaite. »
Le successeur d'All Might afficha une expression pensive en détournant le regard. Puis, il se tourna à nouveau vers elle, une lueur de défi dans le regard :
« Donc pour toi, il vaut mieux ne pas désirer, plutôt qu'il t'arrive ce que tu ne désires pas ? »
Asuna leva les yeux au ciel, franchement énervée à présent. Elle n'aimait pas le tour que prenait cette discussion. Comme si elle avait le choix ! Elle n'avait pas décidé de naître avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. Midoriya continua sans lui laisser le temps de répondre :
« Tu m'as dit que tu avais une quantité d'Alter que tu pouvais utiliser sans conséquences. Du coup tu t'autorises à désirer dans cette mesure, c'est ça ?
– Ça dépend, répondit-elle en soupirant. J'élève ou j'abaisse le niveau d'Alter que je m'autorise à utiliser en fonction de la situation, je ne le mets que très rarement au maximum, et je ne le dépasse jamais.
– Et donc, tes désirs s'alignent sur cette limite ?
– Mes désirs et mon Alter sont liés, c'est la même chose.
– Je ne comprends toujours pas. »
Asuna n'avait plus la force d'être en colère. Elle avait accepté de se livrer à la curiosité de son interlocuteur, et quelque part, elle appréciait cela. Ses intentions étaient sincères, elle le sentait. Elle se disait que peut-être, il pourrait la comprendre. Elle avait juste peur que ça ne fonctionne pas.
« Je veux dire, continua-t-il, prenons un exemple. Que se passe-t-il si tu as envie d'aller aux toilettes ? Pourquoi tu ne te téléportes pas directement dans une cabine à chaque fois que ça t'arrive, même s'il y a un prix à payer, juste parce que l'envie est humaine ? »
Asuna prit le temps de réfléchir sérieusement à la question. De son point de vue à elle, c'était logique. Les questions de Midoriya lui paraissaient étranges, comme s'il était à côté de la plaque depuis le début, ou qu'il tournait autour du pot. Elle se résolut à verbaliser ce qui lui paraissait évident.
« J'ai très peu d'envies ou de désirs, même si ça m'arrive, elles correspondent au niveau minimal permanent que je maintiens avec mon Alter. Les envies que j'ai sont soit autorisées, parce que j'ai décidé que je voulais ces envies, soit tronquées et je ne les ressens pas vraiment jusqu'au bout quand elles me passent par la tête. La grande majorité du temps, je relève les paramètres de la situation, je les prends en compte, et je décide de la marche à suivre en fonction d'eux, à chaque instant. Il n'y a pas de désir, ça ne vient pas du coeur, c'est simplement automatique. J'ai des projets et des objectifs, mais je ne fais que les observer pour décider du meilleur chemin à emprunter pour leur accomplissement. Si j'ai besoin d'aller aux toilettes, j'y vais, mais ce n'est pas parce que je le désire, simplement parce qu'il le faut. »
Le visage de Midoriya se ferma. L'instinct incroyable d'Asuna en matière de relations sociales lui indiqua que l'ambiance était devenue pesante pour une raison qu'elle ignorait, et qu'il aurait été de bon ton de changer de sujet. Elle craignait qu'il ne comprenne pas, et ne tenait pas à faire face à son rejet.
« Par rapport à ton Alter, Midoriya, que penses-tu de cette comparaison du prix de nos pouvoirs dont on parlait tout à l'heure ? »
Midoriya se redressa sur le banc, l'air ailleurs. Puis il se reprit et se tourna vers elle, grattant sa nuque d'un air gêné.
« Désolé, je me sens un peu fatigué. Est-ce que ça te dérangerait qu'on en discute une autre fois ? J'ai beaucoup de choses à penser, et je devais aussi retrouver Katchan. »
Ignorant le froid soudain qui s'était insinué en elle à ces mots, Asuna préféra céder à la curiosité :
« Bakugo ? Pourquoi ?
– Je pense que je lui dois des explications, concernant mon Alter. Il me connaissait enfant, il savait que je n'avais pas d'Alter, et il ne comprend pas. Je ne veux pas lui mentir. »
Asuna laissa échapper un rire jaune. Pourquoi fallait-il absolument que Bakugo soit au courant de tous les Alters secrets les plus puissants de leur promo ?
« Tu ne lui dois rien. Mais comme tu veux, c'est ton secret après tout, se contenta-t-elle de répondre. J'ai nettoyé les cuisines avec lui tout à l'heure, et il est remonté dans son dortoir après. Tu le trouveras sûrement là-bas.
– Vous avez nettoyé les cuisines ensemble ? demanda Midoriya d'un ton perplexe.
– C'est la punition qu'on a récolté pour s'être battus samedi dernier. »
Le détenteur du One for All eut l'air stupéfait. Mais rapidement, la surprise céda la place à la curiosité sur son visage.
« Tu t'es battue avec Katchan ? Qui a gagné ? demanda-t-il à brûle-pourpoint.
– Le professeur Aizawa », grimaça Asuna.
Midoriya éclata de rire.
« Il faudra que tu me racontes.
– Ce n'était pas si intéressant que ça », balaya Asuna. Elle conclut avant qu'il ne puisse protester : « On discute plus tard alors ?
– Oui ! approuva Midoriya. À plus tard, Konoe ! »
Elle hocha vaguement la tête en réponse, et resta sur le banc tandis que Midoriya s'éloignait en direction du bâtiment des secondes. Elle n'avait pas le courage de rentrer, comme si la discussion l'avait épuisée. Elle n'était même pas déçue de ne pas avoir obtenu d'informations supplémentaires sur l'Alter de Midoriya. Comme si la journée l'avait vidée de son énergie.
En une journée, la peur de partager son secret avait été remplacée par la peur de ne pas être comprise. C'était un bond énorme, et Asuna ne parvenait pas à comprendre comment elle en était arrivée là. Cette idée aussi lui faisait peur, parce que comme elle avait tenté de l'expliquer à Midoriya, elle ne pouvait se fier qu'à sa maîtrise d'elle-même pour ne pas mourir. Elle devait comprendre.
Sauf qu'elle n'avait jamais connu ça. Pas de référence, pas d'entraînement. Elle ne s'était jamais appuyée sur qui que ce soit. Pourtant, aujourd'hui, il lui semblait qu'elle l'avait fait, à plusieurs reprises, avec trois personnes différentes. Car c'était de cela dont il s'agissait, n'est-ce pas ? Elle s'était appuyée sur Mina pendant leur combat, puis sur Bakugo en lui confiant son secret de son plein gré – le fait qu'il l'eût déjà deviné ne comptait pas, ou peu, puis sur Midoriya pour qu'il comprenne son Alter. Cela n'avait rien à voir avec le fait de manipuler son entourage, comme elle le faisait toujours. C'était autre chose. C'était nouveau. Terrifiant.
C'était une sorte de… partage ? C'était comme confier quelque chose à quelqu'un, tout en pensant qu'il n'allait rien en faire de mal. Et ensuite, la personne pouvait faire ce qu'elle voulait avec. Théoriquement, c'était une très mauvaise idée. Asuna voyait mal quel avantage elle pourrait tirer de cette situation.
Et puis, cela faisait naître des sentiments chez elle. Ce sentiment indéfinissable qu'elle avait ressenti avec Bakugo, notamment. Et en y réfléchissant, c'était aussi le sentiment qui l'avait poussée à sauver Mina, pendant le cours.
Il y avait aussi la chaleur, familière. Et le froid, nouveau. Désagréable.
Il y avait trop de choses. Elle avait besoin de repos.
Asuna enleva ses lunettes de soleil, et rassembla ses affaires. Elle rejoignit sa chambre d'un pas rapide, ne souhaitant pas s'attarder à la case cuisine au risque de croiser ceux qui se rassemblaient souvent le soir après le repas. Elle prit une douche, se brossa les dents, enfila son pyjama et s'écroula, sombrant immédiatement dans un profond sommeil.
