Regina ouvrit la porte du manoir et regarda, en silence, sa petite fille courir jusqu'à l'étage pour s'enfermer dans sa chambre. Son comportement était décidemment bien étrange, elle en avait là une preuve en plus. Habituellement, celle-ci se serait précipitée vers la cuisine pour attraper un paquet de gâteau avant de s'installer autour de la table de la cuisine afin de lui raconter tout ce qu'elle avait fait durant sa journée.

La brune resta dans l'entrée quelques minutes et se mordilla nerveusement l'ongle en fixant le sac à dos de son enfant. Que s'était donc passé aujourd'hui ? Qu'avait-elle raté ? Qui était responsable de cet état ?

Comme à chaque fois qu'elle en avait l'occasion, la mairesse de StoryBrooke était allée chercher la blondinette à la fin de sa journée. Après plusieurs minutes à attendre bêtement devant le portail d'un vert décoloré, la cloche avait sonnée et les élèves avaient peu à peu commencés à sortir.

Sans aucun étonnement, Emma avait été l'une des dernières enfants à sortir du bâtiment mais, rien qu'en la voyant, même de loin, sa mère su tout de suite compris que quelque chose clochait. Les mains fermement accrochées sur les bretelles de son cartable, elle trainait des pieds et fixait ses chaussures. En tant normal, elle serait sortie en sifflotant, contente de pouvoir rentrer chez elle puis elle aurait explosé de joie en voyant l'adulte.

Elle avait lentement approché Regina et avait simplement attrapée sa main au lieu de lui enlacer les hanches. Répondant uniquement par des hochements de tête à ses questions, la brune s'était dit qu'elle devait être fatiguée alors elle n'avait pas cherché plus loin. Dans la voiture, elle lui avait proposée de passer au Granny's pour prendre de quoi faire le goûter mais la blonde avait refusée, prétextant ne pas avoir faim.

La petite fille ne pouvait pas ne pas avoir faim. Depuis qu'elle savait marcher, elle brûlait un nombre incroyable de calorie à force de courir dans tous les sens, elle était un véritable estomac sur patte. Elle ne disait jamais non lorsqu'il s'agissait de manger, encore moins quand elle avait la possibilité de boire le fameux chocolat chaud à la cannelle de Granny.

Tout ça était déjà bien étrange, sans oublier son profond silence alors qu'elle était habituellement si bavarde. Son comportement renfrogné mit, bien évidemment, la puce à l'oreille de Regina, elle savait que quelque chose n'allait pas mais elle était incapable de mettre le doigt dessus.

Soupirant, elle ferma la porte d'entrée, accrocha son manteau et abandonna ses talons dans le meuble à chaussure pour enfiler une paire de pantoufle bien plus confortable. Elle déposa ses clés de voiture dans le petit vide poche que lui avait confectionné Emma, avec de la pâte à sel, pour son anniversaire avant de se diriger vers la cuisine.

Elle jeta tout de même un coup d'œil à son téléphone dans l'espoir d'y voir un message de l'institutrice de sa fille, un message lui expliquant ce qui avait bien pu arriver mais elle n'eut rien, son écran d'accueil était toujours complètement vide de notification. Un doux sourire se dessina sur ses lèvres en regardant son fond d'écran, le visage souriant et rayonnant de son enfant à qui il manquait – au moment de la photo – une dent la faisait toujours autant sourire tant celle-ci était belle avec son petit air malicieux dans le regard.

Elle activa le son juste au cas où elle recevrait un message puis elle le posa dans un coin de son plan de travail, elle attacha un tablier blanc autour de ses hanches pour ne pas se salir et s'attela en cuisine. Sortant son livre de recette du meuble, elle jeta son dévolu sur les gâteaux que sa fille appréciait tout particulièrement mais qu'elle ne faisait que très rarement pour ne pas l'habituer à manger autant de sucre.

Elle commença alors par préchauffer le four puis elle fit bouillir un peu d'eau dans le fond d'une casserole afin de faire fondre un mélange de beurre et de chocolat au bain-marie. A côté, elle fouetta un œuf avec du sucre puis elle vint y incorporer dans le mélange tout juste homogène. Ajoutant petit à petit la farine, une pincée de sel, la poudre mais aussi la levure, elle ne cessa de remuer d'un geste parfaitement maitrisé.

Une fois que la préparation eut une texture satisfaisante, elle ouvrit en grand le placard à gâteau pour en sortir un petit sachet jaune de confiserie don't les dragées au chocolat avaient de diverses mais jolies teintes. A l'aide du rouleau à pâtisserie, elle écrasa autant que possible l'emballage pour en ajouter une partie dans son saladier.

Sur sa plaque de cuisson, elle y déposa en petit tas qu'elle aplatit au maximum avant parsemer le reste des pastilles par-dessus. Enfournant le tout, elle profita du temps de cuisson pour nettoyer les ustensiles qu'elle venait tout juste d'utiliser, elle avait une sainte horreur de la vaisselle sale s'empilant dans l'évier. Après une petite attente, elle déposa joliment les cookies chaud sur une assiette et les laissa refroidir le temps de préparer un bon chocolat chaud – dans lequel elle n'oublia pas la touche de cannelle.

« Parfait ! » Dit-elle en retirant son tablier.

Plateau en main, elle ne put s'empêcher de sourire en se disant que sa fille serait heureuse de sa surprise. Elle grimpa rapidement mais silencieusement les escaliers pour se diriger vers la porte où pendouillait des lettres en bois formant le prénom Emma. Elle n'eut pas le temps d'ouvrir celle-ci que le bruit de sanglot étouffé lui parvint aux oreilles, les yeux écarquillés, elle s'empressa d'entrer pour retrouver sa fille, allongée sur le ventre, la tête dans l'oreiller.

« Mon bébé... » Souffla-t-elle doucement.

Elle déposa le plateau sur le meuble et se précipita vers le lit où elle s'assit sur le bord du matelas. Délicatement, elle lui caressa le dos ce qui lui permit de sentir les tremblements qui secouaient tout son petit corps.

La blonde n'était pas le genre d'enfant à pleurer pour un rien, bien au contraire. Même lorsqu'elle venait à se blesser, elle affichait toujours un immense sourire sur le visage, même lorsqu'elle saignait ou qu'elle en avait les larmes aux yeux à cause de la douleur. Mine de rien, elle ne pleurait que très rarement alors, forcément, quelque chose de grave était arrivé durant la journée.

« Mon bébé... Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Rien. » Marmonna-t-elle, le visage toujours profondément enfoncé dans son coussin.

« Interdiction de me mentir. » Rappela Regina en glissant sa main dans les longues mèches claires.

La petite fille tourna sa tête vers l'adulte avant de se redresser avec une lenteur monstre. Elle plaqua son dos contre la tête de lit et, tout en gardant le coussin dans ses bras, elle rapprocha ses genoux de son torse.

La brune la regarda attentivement et sentit son cœur de mère s'emballer dans sa poitrine, il saignait abondamment en la voyant dans cet état. Les pulsations de celui-ci résonnèrent dans tout son corps, transportant ainsi sa colère jusqu'à chacune des cellules qui alimentaient ses membres.

« Aujourd'hui, pour nous féliciter de notre travaille, la maitresse nous a fait une surprise. » Annonce gravement la fillette.

« Tu aimes bien ses surprises d'habitude, ça s'est mal passé aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'elle vous avait préparé. »

« Il n'y a pas de cinéma à StoryBrooke alors elle a aménagé la salle des professeurs pour qu'on regarde un film. Il y avait ma classe, les CE2, et les CM2. Leur maitresse c'est Mademoiselle Blanchard, elle est toute petite et ses cheveux sont court. Elle sourit tout le temps et elle adore un peu trop les oiseaux, c'est bizarre... »

« Je vois très bien qui est Mademoiselle Blanchard. Raconte-moi plutôt ce qui s'est passé. »

« On a regardé un Disney : Blanche-Neige et les sept nains. »

« Et alors, tu n'as pas aimé ? » Questionna la mairesse qui glissa ses mains tremblantes derrière son dos.

« Pas tellement non... A la fin, Mademoiselle Blanchard nous a demandé de dire à tout le monde qui était le personnage qu'on avait le plus aimé. Lola a dit que c'était Blanche-Neige, Sam a préféré le prince charmant, Amélia a beaucoup aimé le chasseur parce qu'il fait le bon choix en ne tuant pas Blanche-Neige. Theon a comparé grincheux à son père, d'après-lui, son papa est tout petit et passe son temps à râler, on a beaucoup rigolé. »

« Je vois, même si le film ne t'a pas plu, tu t'es quand même bien amusée. »

« Oui ! »

« Alors pourquoi est-ce que tu pleures mon bébé ? »

« C'est que... moi aussi, Mademoiselle Blanchard m'a demandé de dire à tout le monde qui était le personnage que j'ai le plus aimé. »

« Et donc ? Qu'as-tu répondu ? »

Inconsciemment, Regina serra la mâchoire pour encaisser la réponse. Comme toute petite fille de huit ans, Emma avait sans doute répondu Blanche-Neige, après tout, cette pimbêche était l'héroïne de cette histoire vraiment mal racontée. Elle s'attendait à cette réponse mais, malgré tout, elle savait très bien qu'entendre ces mots de la bouche de sa fille allait lui faire mal, très mal.

« La sorcière. » Annonça la blonde en enfouissant, honteusement, son visage dans son oreiller.

« Pardon ? »

« Le personnage que j'ai le plus aimé c'est la reine Grimhilde, la belle-mère de Blanche-Neige, la sorcière, celle qui parle avec le miroir magique au mur. »

« Mais... C'est la méchante. » Souffla la brune, étonnée.

« C'est exactement ce qu'a répondu Mademoiselle Blanchard ! Contrairement aux autres, elle ne m'a même pas laissé le temps d'expliquer ma réponse. Elle s'est énervée, elle a même laissé sous entendre que j'étais un peu trop bête pour différencier les gentils des méchants. Je ne suis pas bête ! » S'emporta la fillette qui se remit à pleurer.

« Elle a osé dire ça ? » Marmonna sa mère, les dents serrés.

« Hum... Jodie s'est levée et lui a dit que ce n'était pas gentil, que j'étais même la plus intelligente de la classe. Julie a dit que j'avais le droit d'aimer le personnage que je voulais mais elle s'est aussi énervée contre eux aussi. »

« Tout ça pour si peu ? »

Mary-Margaret n'avait plus rien à voir avec cette satanée princesse pourrie gâtée qu'elle avait été dans la forêt enchantée mais, en fin de compte, certains mécanismes étaient similaires chez les alter ego. Détestait-elle la Méchante Reine comme Blanche l'avait méprisée dans le temps ? Était-ce une simple coïncidence ou une faille du sort noir ?

Que ce soit l'un ou l'autre, s'emporter sur des enfants pour si peu était inconcevable. En tant qu'institutrice, elle devait pourtant savoir faire la différence entre ses idées et le comportement qu'elle devait adopter à l'école. Depuis le début de la malédiction, elle n'avait pourtant jamais été au cœur des problèmes, bien au contraire, elle était considérée par tous comme un exemple de bonté et de bienveillance.

« Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? » Questionna-t-elle doucement en venant chasser une larme de la joue arrondie de sa fille.

« Je me suis peut-être un peu énervée... » Murmura la blonde en devenant rouge.

« Toi ? Tu t'es énervé ? »

« Je l'ai pointé du doigt et je lui ai dis qu'elle n'avait pas le droit de me parler de cette manière, qu'elle pouvait très bien t'appeler si elle avait un problème avec moi. J'ai ajouté que la reine était un bien meilleur personnage que Blanche-Neige parce qu'elle, au moins, elle n'était pas là dans le seul but d'être sauvée par un homme qu'elle avait vu une seule fois. »

« Et qu'à répondu Mademoiselle Blanchard ? »

« Elle a dit que je lui manquais de respect et que la méchante reine était seulement là pour être méchante. Du coup j'ai crié : Est-ce que vous avez au moins réfléchi aux raisons qui la poussent à être méchante ? Elle s'est moquée de moi. »

« Comment ça ? Qu'est-ce qu'elle a fait précisément ? » Fit la brune, les sourcils froncés.

« Elle a ri, devant tout le monde puis elle m'a demandé si je préférais aussi Maléfique à Aurore, Madame de Tremaine à Cendrillon ou encore le Grand méchant loup aux trois petits cochons. »

« Tu plaisantes j'espère ? »

Regina passa sa main dans ses cheveux de jais et soupira doucement. Elle était actuellement en proie à plusieurs sentiments bien différents et contradictoires. D'un côté, il y avait la joie. Le bonheur, intense, de voir que sa petite fille était très mature malgré son jeune âge. La fierté de constater qu'elle était suffisamment réfléchie pour ne pas abandonner son point de vue pour l'avis général. Mais aussi le plaisir, honteux, de savoir que celle-ci l'avait défendue – sans même en avoir conscience – face à sa pire ennemie.

A ça se mêlait l'agacement mais surtout la colère. Mary-Margaret possédait son diplôme de professeure uniquement parce qu'elle avait eu la gentillesse de lui donner ce statut clairement privilégié en ville, elle aurait très bien pu faire d'elle une simple bonne sœur. La petite brune s'en était prise à son bébé pour une raison qui n'en était pas une, ce n'était ni acceptable pour la mère et encore moins par la mairesse. Elle allait devoir rendre visite à cette princesse capricieuse pour lui rappeler où se trouvait sa place, elle ne pouvait pas impunément humilier la blonde devant tout le monde. Elle ne pouvait pas avoir ce genre de comportement avec aucun des enfants fréquentant l'école.

« C'est pour ça que tu pleurais mon bébé ? » Souffla-t-elle doucement en lui caressant la tête.

« Elle a vraiment été méchante avec moi... Puis, j'ai deux punitions à faire pour demain. » Marmonna Emma en gonflant ses joues pour montrer son mécontentement.

« Des punitions ? Par rapport à quoi ? »

« Je dois faire une lettre d'excuse à Mademoiselle Blanchard parce que je lui ai manqué de respect en lui criant dessus. Il faut aussi que je fasse un petit exposé sur le film pour expliquer à tout le monde, demain matin, qui sont les gentils et les vrais vilains dans Blanche-Neige. »

« Hors de question. Tu ne feras ni l'une, ni l'autre. D'ailleurs, demain je te déposerais à l'école, tu ne prendras pas le bus. »

Elle comptait bien toucher deux mots à cette stupide institutrice qui dépassait, de loin, les limites de l'acceptable. Punir une enfant sous prétexte que son avis était différent ? Même dans la forêt enchantée, quelque chose comme ça n'était pas toléré. Elle avait sans doute été un peu trop leste avec la jeune femme don't il était question. En tant que mairesse, elle ne voulait surtout pas que les autres habitants aient l'impression qu'elle avait une dent contre la brune mais aujourd'hui, elle ne pouvait décemment pas rester les bras croisés sans réagir.

Au diable l'opinion publique. Rien ne lui importait plus que les larmes qui avaient coulés sur le si beau visage de sa petite fille.

D'ailleurs, pour justement lui changer les idées, elle attrapa le plateau du goûter qu'elle avait préparé exceptionnellement pour aujourd'hui. Le visage de la petite blonde s'illumina d'un radieux sourire et, bien que le chocolat chaud ait refroidi le temps de leur discussion, elles entrechoquèrent leur tasse avant de se jeter sur la petite pile de cookie.