Filant à l'anglaise comme dans un mauvais film d'espionnage, Emma s'enfuyait à toute vitesse de l'école avant de se faire remarquer. Sac à dos sur les épaules, debout sur les pédales de son vélo, elle allait aussi vite que possible pour ne pas se faire prendre la main dans le sac mais heureusement pour elle, l'heure du déjeuner était terminée ce qui voulait dire que tous les adultes avaient retrouvés leur travail pour l'après-midi, elle savait donc quelles rues emprunter pour ne pas attirer l'attention.
Comme prévu, elle n'eut aucun mal à traverser une partie de StoryBrooke sans croiser le moindre signe de vie, les rues étaient si désertes qu'on pourrait croire à une ville fantôme. Elle s'arrêta finalement dans la petite ruelle qui se trouvait à l'arrière de la boutique de fleur de monsieur French. Posant le pied à terre, le temps de reprendre son souffle, elle attrapa sa gourde que sa mère veillait à mettre dans son sac tous les matins. Tout en buvant plusieurs gorgées d'eau qui lui firent le plus grand bien, elle se demanda par où elle devait commencer.
D'accord, elle avait fait une promesse à Ava et Nicholas mais comment allait-elle faire pour la tenir ? Si sa mère n'avait pas été aussi têtue, elle aurait pu lui demander conseil malheureusement c'était impossible. Elle ne comprenait pas pourquoi la brune, après les avoir si gentiment accueillis à la maison, voulait à ce point voir les enfants disparaitre mais la fillette n'avait qu'une parole, elle avait bien l'intention de tout faire pour les aider même si, pour cela, elle allait devoir se débrouiller seule.
Elle remit la gourde dans le fond de son sac et attrapa la boussole, seul vestige que possédaient Ava et Nicholas de leurs parents. Elle manipula le petit boitier avec toute la minutie du monde à la recherche d'un détail, même minuscule, d'une inscription, d'une modification personnelle, d'une marque qui pourrait lui permettre de trouver le point de départ de son enquête mais elle n'y vit rien d'autres que des traces laissées par l'usure et le temps. Délicatement, elle l'ouvrit pour observer le cadran qui était recouvert d'une importante couche de poussière à travers laquelle elle parvint, tout de même, à distinguer deux aiguilles qui tournaient simultanément.
« C'est une antiquité. » Soupira-t-elle, défaitiste.
Soudainement, ses yeux s'écarquillèrent, une idée venait de germer dans son esprit. Elle se sentit un peu bête de ne pas y avoir songé avant... Pour retrouver le propriétaire d'un si vieil objet, il suffisait de se tourner vers une personne passionnée par les vieilleries et, heureusement, il y avait justement – en ville – quelqu'un de qualifié pour répondre à ses questions.
Ni une, ni deux, elle remit son cartable correctement sur ses épaules après y avoir rangé le bien de ses amis. Par chance, le magasin d'antiquité n'était pas bien loin de la boutique de fleur alors elle y arriva rapidement et sans mal. Elle laissa son vélo en appui contre la devanture tout en espérant que personne n'y prête attention puis elle entra chez le prêteur à gage.
« Oh, mademoiselle Mills, quel plaisir de te voir. Quel bon vent t'amène dans ma boutique alors que tu devrais être à l'école ? » Lança Monsieur gold qui dépoussiérait jusqu'alors une vieille lampe à huile.
« J'ai besoin d'information sur cette boussole, vous pourriez peut-être m'aider à trouver d'où elle vient. » Annonça la blonde en se hissant sur la pointe des pieds pour déposer l'objet sur le comptoir en verre.
« Voyons-voir. » Fit-il en délaissant sa canne pour se pencher sur le trésor.
L'homme n'eut pas besoin de plus d'un coup d'œil pour reconnaitre ladite boussole.
StoryBrooke étant une petite ville – pour ne pas dire minuscule – il était incroyablement facile de se tenir informé des dernières nouveautés sans même le vouloir. Comme tous les habitants, il avait ouïe dire que la petite Emma s'était retrouvée accusée d'un vol à cause de deux orphelins qui n'étaient autres qu'Hansel et Gretel.
Sa curiosité piquée à vif, il avait alors volontairement laissé ses oreilles trainer lors de ses passages aux Granny's. La langue bien pendue de Ruby avait pour habitude de l'agacer mais il fallait tout de même avouer que la louve était un puit d'information sans fin. Quel ne fut pas sa surprise lorsqu'il découvrit que madame le maire avait recueilli les deux voleurs de chocolat pour la nuit !
Amusé par la tournure que prenait la situation, il avait l'intention de suivre de près la suite de cette affaire. Qu'avait donc en tête son élève ? Qu'allait-elle faire de ces deux enfants qu'elle avait séparé de leur père durant son règne ? Tant de scénario, tant de possibilité, mais en aucun cas il n'avait imaginé qu'Emma prendrait les choses en main.
La sauveuse était certes très jeune mais elle était déjà pleine de surprise et il avait follement envie de savoir si, grâce à son intervention, cette famille connaitrait une fin heureuse malgré la malédiction.
« Elle est très travaillée. Ici, tu vois, le verre qui la protège, c'est du cristal. En dépit du mauvais état dans lequel elle se trouve, c'est une pièce très particulière. » Dit-il avec sérieux.
« C'est vrai ? » S'exclama la fillette, les yeux pétillants d'espoir.
« Oui, en temps normal, les boussoles n'ont qu'une seule aiguille qui indique le nord magnétique, pourtant, celle-ci, comme tu peux le voir, elle possède deux aiguilles – on peut à la fois y lire le nord magnétique et le nord géographique. Ce genre d'objet est vraiment rare car il faut constamment vérifier que la position du nord géographique est bien placée puisque le nord magnétique ne cesse de bouger, ce qui modifie continuellement leur déclinaison. » Déclara Rumple.
« Je n'ai rien compris. » Avoua la blonde qui semblait complètement perdue.
« Est-ce que tu sais ce qu'est le pôle-nord ? » Demanda l'homme.
« C'est là où habite le Père-Noël ! » Affirma-t-elle avec conviction.
Le ténébreux ravala difficilement un ricanement tout en clignant des yeux, stupéfait. Loin de lui l'envie de se moquer de sa naïveté mais le Père-Noël ? Il surestimait sans doute la sauveuse qui restait avant tout une enfant de 9 ans.
« Avant d'être la maison de cet homme moustachu, le pôle-nord et surtout le point géographique le plus au nord. »
« Il n'y a rien au-dessus ? » Questionna la petite fille.
« Non, rien. Une fois le pôle-nord atteint, la Terre reprend sa route vers le sud pour être parfaitement ronde. Le pôle-nord, c'est le nord géographique, celui indiqué sur les globes et les cartes. » Informa l'antiquaire avant de reprendre : « A l'inverse, le nord magnétique n'est indiqué que sur les boussoles, tu veux savoir pourquoi ? »
« Oui ! » S'empressa-t-elle de répondre.
« A l'époque, les navigateurs devaient observer le soleil pour s'orienter durant la journée et les étoiles pour trouver leur chemin la nuit mais, lorsque les nuages cachaient le ciel, ils étaient destinés à se perdre en mer. C'est en Chine qu'a été inventée la toute première boussole. Juste en dessous du cadran, il y a tout un mécanisme compliqué qui entre en résonnance avec le champ magnétique de la Terre. De cette manière, le nord magnétique attire la partie sud de l'aiguille vers le bas ce qui va orienter l'autre côté dans la bonne direction. La différence entre la flèche du nord magnétique et celle du nord géographique s'appelle la variation, elle se modifie tous les ans d'une soixantaine de kilomètre en fonction de l'endroit où on se trouve, alors pour afficher un résultat clair dès la première lecture, il n'y a que la flèche qui marque le nord magnétique sur les boussoles. » Expliqua le propriétaire de la boutique.
En relevant le visage, il tomba nez à nez avec une Emma qui le fixait intensément. Les sourcils froncés, il soupira à l'idée d'être allé trop loin dans ses précisions et de l'avoir perdu avec des termes un peu trop compliqués pour son jeune âge, il allait sans doute devoir se répéter et il avait horreur de ça.
« Vous êtes super intelligent Monsieur Gold ! J'aimerais bien savoir autant de chose que vous ! » Lâcha la petite fille, impressionnée par sa quantité de savoir.
« Oh, eh bien, je te remercie. Toi aussi, en grandissant, tu accumuleras les connaissances, quoi qu'il en soit, son propriétaire avait apparemment très bon goût. » Répondit-il, étrangement mal à l'aise, en lui rendant l'objet.
« Vous avez une idée d'où est-ce qu'on peut acheter une boussole aussi compliquée ? » Questionna-t-elle.
« Ici, évidemment. » Annonça le ténébreux avec un léger sourire en coin.
« Vous l'aviez déjà vu ? »
« Oui, elle est vraiment unique, on ne peut pas l'oublier. »
« Est-ce que vous vous souvenez de qui est venu l'acheter ? » S'exclama la blonde, les yeux brillants d'espoir.
« Je retiens facilement les noms Mademoiselle Mills mais malheureusement, pas à ce point-là. Toutefois, et là, tu as de la chance, j'ai pris l'habitude de garder tous mes registres. » Expliqua-t-il.
Récupérant sa canne qu'il avait posé juste à côté de lui, il longea le comptoir pour atteindre une grosse boite en bois dans laquelle se trouvait tout un tas de petite carte blanche. Il en attrapa une, vierge de tout nom, et jeta un coup d'œil à la fillette qui trépignait d'impatience.
Lui dire, ou ne pas lui dire ? Il était face à un choix cornélien. Lui dire et la laisser partir à l'aventure, l'envie de la voir réunir cette famille ferait naitre en lui l'espoir de la voir, un jour, briser la malédiction qu'il avait lui-même créé. Ne pas lui dire et mettre un terme à sa petite enquête. Serait-ce seulement suffisant pour l'empêcher de continuer à chercher ? Au vu de la lueur qui brillait dans ses yeux, rien, ni personne, ne pourrait l'arrêter – elle semblait prête à faire ses preuves.
« Voilà, j'ai trouvé. Seulement, vois-tu, je n'ai pas pour habitude de rendre des services sans ne rien obtenir en retour, tout à un prix dans la vie. Qu'est-ce que tu pourrais bien me proposer en échange de cette information capitale ? »
« Hm, je viendrais tous les jours, après l'école, nettoyer votre boutique qui est beaucoup trop poussiéreuse ! Je double même mon offre si jamais vous promettez de ne pas dire à ma mère que vous m'avez vue aujourd'hui. » Lança-t-elle, une lueur de défi dans le regard.
« Tu souhaites acheter mon silence ? » Fit-il, feintant la surprise.
« 3 semaines, et avant de venir, j'irais même vous acheter un goûter au Granny's – tout le monde sait que vous adorez son brownie au beurre de cacahuètes. »
« Qu'est-ce que tu es dure en affaire ! » Marmonna l'antiquaire avec amusement. « Très bien, tu as gagné ! J'ai vendu cette boussole à un certains Monsieur Tillman, je n'ai malheureusement pas plus d'information à te donner, tu vas devoir le trouver par toi-même. »
« Merci beaucoup Monsieur Gold, vous êtes génial ! » S'exclama Emma en se précipitant vers la sortie.
« Bonne chance pour ton enquête, sois prudente. » Dit-il tout bas.
« Promis ! On se voit demain pour le ménage, avec une part de brownie ! »
La porte claqua dans son dos et elle grimpa sur son vélo pour repartir sans attendre.
