Chapitre 344 : Dance for me, eastern prince !

Je rejoins Jade qui dresse la table du petit-déjeuner.

"Dis, Jade..."

"Hmm ?"

"Tu connais un peu l'histoire de Jamil ?..." lui donnant un coup de main.

"Floyd ne t'as pas raconté ?"

"Il a piqué du nez hier soir lorsque je l'ai questionné à ce propos."

"L'histoire de Jamil, Octavinelle la connaît plutôt bien. Peu avant ta venue, nous nous trouvions sur le territoire des Sables Brûlants où logent Kalim et Jamil."

"Raconte !..." ravie.

Il s'installe en face de moi.

"Pourquoi cet intérêt soudain pour Jamil ?" regard plissé.

"J'ai eu l'occasion de discuter un peu avec lui hier soir. Et il semble porter un lourd secret."

"J'espère, Sugar Cake, que tu ne songes pas à te jeter dans ses bras."

Punaise ! Il est de plus en plus avisé !... Maudite anguille !...

"Dis tout de suite que dès que je m'intéresse à l'histoire de quelqu'un c'est parce que j'ai l'intention de le mettre dans mon pieu, Jade !..." outrée.

Il évince la question d'un mouvement de main. "Kalim et Jamil sont liés par... un lien de servitude du fait de leur position sociale. Le fait est que Jamil a toujours été bien meilleur en tout que Kalim. Cependant, les parents de Jamil ont fait pression sur leur fils pour qu'il fausse ses résultats pour ne jamais surpasser ceux de Kalim. Dans tous les domaines. Arriva un moment où... Jamil a véritablement pété les plombs."

"Ah ?..."

"C'était... assez impressionnant à voir... lorsque la magie est trop utilisée, on nomme cela l'overblot. Azul en a été victime également. Floyd était terrorisé. Floyd !..." n'en revenant toujours pas. "Fort heureusement, l'union de nos deux magies a été suffisamment puissante pour le faire revenir à la raison."

Floyd arrive, bâillant bruyamment, s'installant derrière moi sur la banquette, m'enserrant de ses bras, posant sa joue sur mon épaule.

Je ris. "Fonction oreiller activée."

Jade sourit.


"Tiens, salut." m'abordant à la sortie de l'entraînement de basket. "Floyd traîne un peu." sur un sourire. "Je lui ai rendu la vie dure sur le terrain. Grand et certes agile mais pas vraiment le roi de l'esquive."

Je secoue la tête. "Il va s'en remettre."

"On se fixe rendez-vous pour une descente chez Sam ?"

Wow. Il a toujours été fuyant mais là c'est du frontal.

Et quel effet ça fait d'être embrassée par cette langue à l'extrémité fourchue ?... je ne quitte pas le mouvement de la jolie responsable de mon trouble des yeux.

Avant-bras appuyé sur le montant du mur, son regard ne dévie pas.

"Mercredi après-midi ?"

"Pourquoi pas. Après la leçon que je donne à Kalim. Il pêche en magie, c'est assez lamentable."

OK. Le voilà enfin, ton véritable visage ?... Je dois dire que ce n'est pas décevant !...

"Hey, Jam' !... T'as filé comme une bombe !..." arrive Floyd.

Jamil abaisse son avant-bras.

"Hey, Shachi !... Sympa d'être venu m'attendre !..."

Regard entendu de Jamil, petit sourire explicite à l'appui. "Parfois tu me fais vraiment penser à Kalim, Floyd."

"Hein ?"

"A penser que tout tourne autour de ton seul monde."

Floyd fronce. "Dis donc... ça t'a pas suffi de m'avoir fait une vie sur le terrain ? Qu'est-ce qui t'arrive en ce moment, Umi hebi ? T'as un problème avec moi ou quoi ?"

"Ce que je disais : on en revient toujours à ta petite personne, Floyd."

Je me racle la gorge. "Bon. On y va ?"

"Attends, je crois que Jam' a un message à faire passer." lui faisant face de toute sa hauteur. "Allez, crache, Jam'." croisant les bras.

Jamil s'entendrait presque répondre : "Ta meuf me plaît, enfoiré."

Paroles ravalées de justesse !...

"Rien. J'ai eu une journée de merde. Déso."

"Ouais ben passe tes nerfs sur un autre que moi. Moi aussi parfois j'ai des services pas terribles au Lounge."

Jamil soupire.


"Jam' est bizarre en ce moment." déclare Floyd à Jade.

"Il s'émancipe, c'est un peu normal après toutes ces années de servitude."

"Ouais mais il devient franchement désagréable par moment."

"Ça va lui passer."

"Dire que le boss voulait le faire changer de clan et lui a proposé d'intégrer Octavinelle."

"Ça c'est parce qu'il a du potentiel, Floyd."

"Si tu le dis. Je sens qu'il y a autre chose..."

Jade établit une note mentale : suivre Jamil pour infirmer ou réfuter les doutes de Floyd.


"Je ne rentre pas tout de suite : Jamil et Najma m'ont proposé d'aller faire un tour du côté de la boutique de Sam." par SMS à Floyd.

"Ce bric-à-brac n'a aucun intérêt." en réponse. "Mais ses bonbons à la menthe sont terribles, si tu veux bien m'en ramener un sac plein ? ; ))"

Je rejoins Jamil et nous nous rendons à pieds jusqu'à la boutique.

Nos mains se frôlent un instant sur le chemin et il attrape mon petit doigt du sien, m'adressant un sourire doux.

Attirés l'un par l'autre ?... oui. Des aimants en mode pôles opposés.

Nous arrivons. L'accueil de Sam est pour le moins original, tout comme l'est le personnage !... Il vous vendrait n'importe quoi en prétendant que l'objet possède des vertus magiques !... Voilà qui ferait bondir notre bon vieux Snape ! XD

Je déniche le paquet de bonbons réclamé par Floyd.

"Tu as vu ces pierres ? Elles viennent de chez nous. La collection n'est pas à vendre, malheureusement. Même l'offre de Kalim a été refusée par Sam."

"Elles ont des vertus ?"

"Magiques, oui. C'est d'ailleurs bien les seules à en posséder dans tout ce bazar."

A notre sortie de la boutique, une averse nous surprend et nous nous réfugions sous un porche, protégés par nos capuches qui quittent nos têtes une fois à l'abri.

C'est son bras qui vient me chercher pour me coller à lui, plaçant son nez au-dessus de ma tête, attendant que l'averse passe, comme deux statues immobiles. Mes mains sont accrochées à son t-shirt ample.

Je hume le creux de son cou, sous la pomme en relief.

Je sais que si je relève la tête, nous ne résisterons pas à l'envie de nous embrasser...

"Jade a... des soupçons."

"Alors que rien n'a commencé ?..." avec un certain amusement dans la voix.

"Tu penses gérer de quelle façon ?..."

Il hausse les épaules. "Je dirai bien n'en avoir rien à faire du monde que ça pourrait secouer mais... Floyd est un pote et un coéquipier. Dans ce cas, je prônerai la discrétion la plus absolue."

"Jade est redoutable." n'y allant pas par quatre chemins. "Jamil... si ça venait à se savoir..."

"J'ai été rompu à l'exercice dès l'enfance. Je m'engage à disposer d'un coup d'avance systématique sur Jade." attrapant délicatement ma main pour en embrasser le dos. "Fais-moi confiance."

Il relève ma capuche et la sienne, se penchant pour m'embrasser, me faisant goûter aux merveilles de cette langue fendue dont les extrémités sont capables d'agir indépendamment l'une de l'autre.

Le goût est épicé. Nous en geignons rapidement, corps en feu. Nous sommes incapables de stopper ce baiser qui nous lie pour la toute première fois. Il vient d'attraper mes épaules, y crispant les doigts, sensations montant en flèche, me pressant contre son corps. Mon dieu !... Nous pourrions le faire habillés... du dry humping, tant ça urge !...

Nous nous séparons, haletants et frustrés. Il expire dans mon cou, sourire audible.

"Meilleur que tout ce que je m'étais imaginé..."


"JAMIL !" ouvrant la porte à la volée.

Jamil planque les notes enflammées qu'il m'adresse. "Kalim... on ne t'a jamais appris à frapper ?!"

"Jamil, allons jouer dehors !..."

Jamil lève son sourcil fin. "Encore à faire passer tes désirs avant les miens ?"

Le fils aisé cligne, peu habitué à voir son "ami" rétorquer aussi brusquement.

Il finit par baisser la tête, penaud. "Pardon, Jamil."

"J'ai à faire." d'un ton sec.

"Très... très bien..." refermant la porte derrière lui, camouflant mal sa frustration.


"Jamil ne s'amuse plus avec moi. Il demeure enfermé dans sa chambre." se plaint Kalim.

Azul pose sa main sur l'épaule du prince. "Essaie de le comprendre. Il a tant été à ton service depuis sa jeunesse qu'il cherche à présent à s'affirmer."

"Je n'aime pas le Jamil qu'il est en train de devenir. Avant Jamil riait, dansait, chantait. Je n'ai pas l'impression qu'il ait été malheureux à ce point."

"Cette situation est nouvelle pour lui aussi. Il faut lui laisser le temps de s'y accoutumer."

"Tu crois ?..."

"J'en demeure persuadé." lui sourit le boss.


"Quelle mine triste, Kalim." constate Najma.

"Najma, ton frère... m'ignore."

"C'est vrai qu'il est peu disponible ces derniers temps. Même avec moi. Je crois qu'il a des choses en tête."

"Quelles choses ?"

"Je n'en ai aucune idée. Tu sais comment il est : secret."


Il a plu cette nuit et la cour baigne dans une flaque géante.

Jamil sourit et n'y résiste pas. Quittant ses baskets hautes et soquettes, il commence à danser la flaque, pieds nus.

L'effet de l'eau sous ses voûtes plantaires, les éclaboussures maîtrisées que cela génère. Le garçon gagne en sourire.

Il n'est que grâce, soulevant très peu d'eau, effectuant des sauts tout en souplesse, tordant son corps de façon rythmée.

On pourrait croire qu'il est capable de marcher sur l'élément liquide.

Lorsque Jamil a terminé, des applaudissements.

Il s'agit de Kalim.

"Ah, c'est toi ?..."

"Jamil, j'ai bien cru ne plus jamais te voir danser !..." ravi.

"Le spectacle est terminé." récupérant ses baskets.

"Jamil, je me sens si seul..."

"Que puis-je y faire, Kalim ?"

"Je ne suis certes plus ton maître mais nous pourrions rester amis..."

"Qui voudrait d'un ami comme toi, Kalim ?"

"Ja... mil..." regard noyé de larmes.


"Viens au palais. Passe par la porte sud. Je t'ouvrirai." en prenant le soin de m'envoyer un plan du palais.

"Tu es sûr que ça ne risque rien ?"

"Veille simplement à ce que Jade ne te suive pas."

Je frappe trois coups à la porte comme convenu.

Il m'ouvre, m'invitant à entrer avant de refermer la porte à clé.

Il m'offre de passer par un escalier dérobé, me tenant fermement par la main.

J'observe le mouvement hypnotique de ses cheveux noués dans la nuque et tressés pour certains.

Nous passons plusieurs portes qu'il referme soigneusement derrière nous, s'appropriant la clé.

"Je m'enfermais souvent ici lorsque je voulais échapper à Kalim." m'invitant à m'installer sur le canapé orné d'une foule de coussins chatoyants, tentures de part et d'autre, petite table garnie de poufs.

Il s'installe à mes côtés, attrapant mes jambes pour les faire passer sur les siennes.

Sur la petite table basse, le thé à la menthe patiente, agrémenté de quelques gâteaux orientaux.

Je glisse une mèche échappée derrière son oreille vierge de toute boucle.

"Tu es une splendeur, Jamil. Tu portes bien ton prénom..."(*)

Je note que pour l'occasion, il a changé de coiffure ; les tresses qu'il porte sont ordinairement portées près du crâne. Là, elle sont plus lâches, ornées de passants dorés à l'or fin.

Ce garçon est tout simplement magnifique.

"Je crois que c'est lorsque je t'ai vu danser que tout s'est emballé."

Il me sourit. "Tu veux que je danse ?..."

"Pourquoi pas..."

"OK." dégainant son portable pour choisir le son. Oriental. Festif.

Il pousse la table basse et les poufs sur le côtés, s'offrant de l'espace.

Le morceau est rythmé par la percussion du taârija(**).

Jamil quitte son t-shirt et libère ses cheveux du lien les maintenant dans sa nuque.

Je me cale un peu mieux sur le canapé.

Tout bouge !... Des épaules aux chevilles !...

C'est... érotique au possible !...

Lorsqu'il bascule la tête en avant, les cheveux défaits suivent, offrant une sauvagerie au premier homme qui choisit de danser pour me plaire.

Sa silhouette est longiligne, sinueuse, reptilienne à souhait.

Le parfum épicé dont il s'est paré envahit la pièce à mesure.

Son jeu de regard est hypnotique.

Un instant, il bascule, dos sur mes cuisses, s'y laissant glisser par un mouvement rythmé des épaules. Puis il se jette à mes pieds, s'en écartant soudain d'un mouvement de corps sans cesser de capter mon regard.

C'est véritablement une arme de séduction !...

Je note à présent ce qui a lacéré son dos ; les marques qu'il a évoquées au Lounge. Indélébiles, traçant des sillons en croix.

Il me saisit par la main, m'offrant le rythme.

Nos corps se frôlent, s'épousent. Il chante en arabe, tapant dans ses mains passées au-dessus de la tête.

Pour moi qui ai déjà sillonné le désert, les paroles sont lourdes de sens.

Je quitte ma veste. Nous saisissons tour à tour nos bras d'une main, la faisant glisser le long des muscles, corps se rapprochant pour mieux se quitter, toujours en rythme, dansant comme deux S mobiles et insoumis.

Il est surpris de me voir bouger avec autant d'aisance.

Là-bas, dans le désert, mon père était l'ami des cheikh. Et l'un d'eux m'a offert un étalon comme présent de mariage, à défaut d'obtenir ma main pour son fils.

Nous finissons par tomber sur le canapé, allongés sur le flanc, en appui sur un coude, nous regardant, récupérant du souffle.

Sa jambe monte, pied nu, caressant la mienne.

Jeu de sourires.

"Je ne fais pas exprès, tu sais..."

"De quoi ?"

"De tomber amoureuse."

Il rit de bon cœur. "Moi non plus, je n'ai rien calculé."

Il m'invite à venir sur lui.

Contact on ne peut plus rapproché.

J'observe les traits fins de son visage.

Les sourcils sont épilés au fil, selon la tradition.

"Ta sœur m'avait questionné sur tes conquêtes..."

"Quelle curieuse, celle-là !..." tendre.

Je glisse les pouces le long de ce cou gracile, savourant la pomme en relief.

Il caresse mon visage, mes cheveux.

Il écarte légèrement les jambes, levant les pieds pour en passer la voûte sur l'arrière de mes jambes, souple.

"Je me disais... que Floyd avait de la chance."

"Tu cachais bien ton jeu, dans ce cas."

"Toujours." m'invitant à l'embrasser, langues tournoyant jusqu'à l'étourdissement de sens, extrémité fourchue mêlée à la danse.

"Il n'y a pas... que ta sœur qui soit curieuse... au sujet de tes... conquêtes amoureuses..." furetant dans son cou, lèvres happant cette jugulaire palpitante.

"Je sais... ce qu'il est utile de savoir." faisant passer mon haut par-dessus ma tête, descendant d'un cran, langue glissant le long de mon ventre, pointes venant saluer mon nombril, maintenue par les hanches.

Il descend ce que je porte, habile.

Cette même langue vient saluer mon pubis, s'y égarant sur des appréciations exaltées.

Retournement. Échange de regards. Mordillements des hanches.

Je suis nue.

Il m'admire un long moment avant de se relever pour quitter ce qu'il porte.

Selon la tradition orientale, il est totalement imberbe.

Son sexe est dressé mais n'encombre par les échanges. Il est tout à mon plaisir.

Face à face, pieds de part et d'autre, nous nous regardons et nous embrassons. Il est vibrant dans chaque baiser, y plaçant une chaude ferveur.

Lui assis, moi basculée en arrière, il s'invite, étouffant un geignement plein.

Il attrape mes poignets, me maintenant dos relevé à la perpendiculaire à l'assise, me proposant de placer mes jambes repliées, pieds sur ses hanches pour nous offrir l'impulsion.

La position est acrobatique et exige de la souplesse des deux partenaires ainsi qu'une force dans les bras de celui qui soutient l'autre.

Les sensations montent. Le plaisir s'engouffre dans chaque allée et venue.

Pour en savoir suffisamment... Sir Viper en sait bien plus long qu'imaginé !...

Après l'amour, nous dégustons quelques bouchées arrosées de thé.

Il me regarde et caresse ma joue d'un revers doux.

"C'est confirmé : Floyd a de la chance."


En repartant, il place trois livres choisis dans mes mains ainsi qu'une carte d'abonnement à la bibliothèque.

"Si Jade venait à questionner ton absence."

Il a décidément tout prévu !...

Jade ne manquera pas d'effectuer une descente auprès du bureau de gestion des abonnements pour vérifier mes dires.


"Shachiiiii !... Dimanche, on sort !..."

Je cligne.

"Jade a insisté pour qu'on parte en balade en montagne. Alors ouais, il va nous faire marcher des heures mais Rakko-chan et Umi Hebi se joigneront à nous."

Je frémis. Il va falloir donner le change et ne rien lâcher !...


(*) Jamil signifie "beaux" en langue arabe, Jamal évoquant "la beauté"

(**) Tambour oriental (marocain)