Le diable possède un certain sens de l'esthétisme... que je vous laisse découvrir ici ^^
Chapitre 366 : The demon's aestheticism
Il pousse la porte de la spacieuse boutique, faisant tinter le carillon électronique, s'y comportant comme s'il se promenait en terrain conquis, orgueil boosté par une belle sur-assurance.
Petit sourire du propriétaire, clôturant ses comptes. "J'imagine que tu ne viens pas déclarer un décès."
"Plutôt une victoire. Écrasante." posant le coude sur le comptoir.
Petit rire d'Undertaker. "Penses-tu vraiment que ces quelques instants de plaisir que vous partagez puissent me faire la moindre ombre ?..."
Le sourire de Michaelis retombe soudain.
"Je vais fermer boutique. Veuille ne pas encombrer le plancher."
"Cela ne vous... fait rien ?..." complètement désarçonné.
"Que peux-tu y comprendre de l'amour véritable, démon ?..."
Le poing de Michaelis se serre. "Retour de question, Shinigami."
"Tu as beau être millénaire, certaines choses t'échappent totalement." ricané. "A présent, je te saurais gré de quitter mon humble boutique sans faire le moindre bruit." avisant la sotoba qui repose là - sa faux déguisée - en menace muette si le diable venait à faire du vacarme en partant.
"Bien. Je vais devoir trouver une autre stratégie, dans ce cas." Beaucoup plus dévastatrice, cela va sans dire !...
"Butler. Que je ferme les yeux sur ces instants que vous partagez ne t'autorise en aucun cas à penser que je te laisse libre de toute action. Si tu venais à la heurter, ce que je t'ai fait subir sur le Campania ne sera rien en comparaison de ce qui t'attendrait." évoquant ce moment où il a battu le démon à plates coutures.
"SHACHIIIIIIIIIIIIIIIIIII !..."
Je cligne devant ce qui le suit comme une ombre.
"Qu'est-ce que... c'est que ça, Floyd ?" désignant la créature qui flotte dans les airs.
"Ah, ça ? Ben c'est descendu du ciel, je l'ai chopé et depuis... ça ne me lâche plus." sur un petit rire.
Le petit être sursaute en émettant une note joyeuse.
"D'autres ont eu la même aventure comme Cater, Riddle, Jack, Sebek, Epel... même Leona, haha !" attrapant rapidement la créature dans ses bras, serrant fort.
"Euh..."
"Oui alors je dois le serrer très fort, le bougre... parce que si je le libère... il squeeze tout le monde ! Même le boss, haha !"
Je lève les sourcils. Eh bien... il s'en passe des choses étranges à Wonderland !...
"On les a appelé les Tsum. C'est fun !... Tu trouves pas qu'il est mignon et me ressemble un peu ?..."
Je ris. "C'est ton portrait, Floyd !..." m'approchant. "Bonjour, petit Tsum." caressant ses cheveux.
Il en bondit de joie sur un son enjoué.
"Il te kiffe. Comme moi, haha !"
"Oui alors, hem... nous allons avoir un gros problème d'intimité, si tu vois ce que je veux dire..."
"Ah, j'y avais même pas pensé !..." rit. "C'est vrai que bon, ça va me bloquer aussi de savoir qu'on sera trois dans le lit !..."
"Alors, petit Tsum, tu vas sagement rester dans une autre pièce pendant qu'on fera nos affaires."
Le son rendu marque l'incompréhension la plus totale et il cligne même des yeux. C'est innocent, ces bêtes-là !...
"Bonjour Sugar Cake. Tu fais connaissance avec notre Tsum ?"
"Bonjour Jade. Mais oui, il est adorable."
Petit rire de Jade. "Ufufufufu. Il a squeezé le boss qui n'a pas du tout apprécié. Libère-le, Floyd. Voyons ce qu'il fera avec Sugar Cake."
"Euh... sûr ?..."
"Je me charge de le rappeler à l'ordre s'il venait à le faire."
"OK." libérant le petit être qui s'approche de moi, curieux, finissant sur mon épaule, émettant une nouvelle note joyeuse en bondissant.
Jade abaisse les paupières. "J'en étais presque certain."
"C'est marrant !... Il ne squeeze aucun de vous deux."
Je fais regagner les écuries à Na'ir.
"Jolie prestation." me souffle une voix capable de velours, évoquant mon parcours d'obstacles.
J'attache Na'ir pour lui offrir une brève douche. "Démon Michaelis."
Il pose ses avant-bras repliés sur le dos de Na'ir, proche de la crinière. "Nous n'en avons pas terminé, tous les deux."
Je me hisse à sa hauteur, séparés par ma monture. "Loin de là." adoptant la même posture, avisant son visage qu'il a fort beau.
"Je ferai en sorte que vous ne vous sauviez point."
"Tu veux... contrôler mes mouvements ?" surprise, petit rire. "Voilà qui est très ambitieux, butler."
"Entendez par là que je vous empêcherai par tous les moyens de quitter mes griffes."
"C'est exactement avec cette philosophie, à la fois terriblement machiste et paternaliste, que beaucoup d'hommes m'ont perdue."
"Je ne suis pas un homme au sens le plus strict du terme, rappelez-vous." index levé.
"Sebastian, Sebastian... à qui penses-tu avoir affaire ?..." le fixant droit dans les yeux.
"A quelqu'un qui me semble bien trop attachée à mon ennemi héréditaire." sans nommer Undertaker.
"Tu es donc allé le voir ?..." tirant sur le tuyau d'arrosage, actionnant le robinet.
Sebastian recule d'un pas, conservant le silence.
"Ce n'était pas très avisé, si tu veux mon avis. Surtout pas pour y fanfaronner ton hypothétique victoire."
Il grimace.
"Il va falloir que tu hisses le niveau du jeu d'un net cran, démon Michaelis."
"Fort bien. Je vais m'y employer."
Na'ir gratte un moment le sol du sabot puis se détend sous l'eau tiède.
"Mon maître et moi allons enquêter sur la disparition suspecte d'enfants. Cette activité serait liée à celle d'un cirque itinérant. Nous nous y ferons recruter. Ce qui va m'occuper à plein temps."
"Je vois où tu veux en venir." sur un petit sourire.
Je connais l'histoire. Je l'ai déjà vécue. A l'époque j'étais raide dingue de Joker, le manager du cirque.
"Entendu, je vous y accompagne."
Sebastian pose la main sur sa poitrine, esquissant un sourire qui transpire tout sauf la franchise. "Quelle radieuse journée."
"Eh bien, eh bien. C'est la journée des recrutements !..." s'amuse Joker.
Ah, Joker. Mon beau rouquin... que reste-t-il de nous aujourd'hui, dis-moi ?... Rien. Pas l'ombre. Aujourd'hui je n'en vois qu'un et c'est cette créature vile et sournoise qui se tient à côté de l'enfant qui a grandi trop rapidement.
Malgré ton côté enjoué, je distingue la douleur lancinante que tu camoufles derrière ce masque. Tu n'as jamais été heureux, Joker. Et tu ne le seras jamais. Et cette créature qui se tient là t'achèvera dans une humiliation douloureuse sans précédent !...
"Quel magnifique animal." caressant le haut des naseaux de Na'ir. "Il vaut nos sangs espagnols."
Je note que Sebastian est assailli par les femmes du cirque. Il leur demande de le considérer avec bienveillance. Un démon qui réclame bienveillance... vous y croyez, vous ?
C'est Joker qui attribue les noms de scène. Nous sommes ainsi rebaptisés Smile pour l'enfant Phantomhive, Black pour Sebastian et Dance pour moi.
Les journées sont rythmées par les répétitions, les repas pris en commun, le spectacle le soir. Elles sont donc fort bien remplies !...
Sebastian et moi évitons tout contact autre que professionnel en cours de journée.
Pourtant je sens que ses doigts de démon tremblent d'envie de me toucher !...
Le charme de Michaelis semble envoûter la gente féminine, exceptée la dompteuse de tigres nommée Beast - qui n'a d'yeux que pour Joker, son amour impossible.
Joker ne peut aimer car Joker est un être brisé.
Je les observe. Je note son envie de lui et sa façon à lui de se défiler tout en demeurant prévenant.
"Troublant, n'est-ce pas ?" admet Michaelis, observant les faits, en retrait de l'histoire.
"Hmm mmm. Elle en viendrait presque à me faire de la peine."
Michaelis rit derrière son gant. "J'ignore sur quel compte placer votre compassion."
"Ce n'est pas comme un certain démon qui se ronge les doigts de ne pouvoir me toucher." tournant la tête dans sa direction, joue contre mes genoux repliés. "Dis que tu en crèves, Black."
Il agrandit les yeux, touché en plein.
"Dis que tu as très envie que nous nous mélangions."
Il renifle. "Je suis parvenu à dompter mon appétit pour les âmes de pacotille. Je ferai de même pour le désir charnel que vous m'inspirez."
"Tu es remarquable lorsque tu luttes ainsi contre ta véritable nature, Sebastian." souriante.
Beast nous observe, finissant par tourner le visage, méprisante.
666 réalise qu'il a intérêt à très vite inverser la tendance s'il ne souhaite pas se retrouver pris entre les dents de son propre piège. Et 666 possède une volonté à briser le fer.
"Well. Good luck, mister Devil."
"Sebastian. Tu ne dois pas agir comme si nous étions maître et majordome." le reprend son jeune maître.
"Fort bien." le rabrouant sans ménagement du fait de ses manquements, en public.
Il erre à l'extérieur. Car oui, les diables ne sont guère soumis à la loi du repos et du sommeil.
Je glisse les doigts entre les mèches sombres qui encadrent son visage, placée derrière lui, sur des bottes de paille.
"Tu ne trouves pas le repos, mon tout beau ?..."
La façon dont je souffle à son oreille est une torture sensuelle.
"Maintenant que nous sommes hors contexte, tu peux bien me parler de ton passé."
"Plusieurs millénaires dont le temps était à tuer ?... Le récit n'est pas très ragoûtant, croyez-moi."
"Et les humains t'y ont aidé ?..."
"Les fois où ils m'ont permis de passer la barrière qui sépare nos deux mondes, oui."
J'avance une jambe, jupe remontant jusqu'au genou, joli salomé chaussé.
"Il te faut un sacrifice pour permettre cela, n'est-ce pas ?..."
"Une âme pure souillée. D'enfant. Et une fois que j'apparais, on souhaite que je retourne d'où je viens. Cette fois a été... très différente des autres. L'âme que je convoite me semble de qualité supérieure." comme s'il évoquait les qualités d'un vulgaire jambon à l'os.
"Tu travailles férocement pour l'assaisonner à ton goût, démon Michaelis."
"Je suis passé de morfale à gourmet." admet-il.
"En va-t-il de même avec les femmes ?..."
"Tout dépend du contexte."
Je passe une main devant, paume ouverte sur son torse, l'invitant à appuyer la tête contre moi, ce qu'il accepte.
"La faim ne justifierait-elle plus les moyens ?"
"Je deviens adepte d'un certain esthétisme avec l'âge." main ne résistant guère à remonter le long de mon mollet, appréciant le toucher malgré son gant et mon bas.
"L'esthétisme témoigne d'une certaine maturité."
"Après plusieurs millénaires, il serait temps !..." rit.
"Hmm... l'adolescence de mon démon préféré a certes un peu traîné... mais le résultat adulte en est stupéfiant." caressant sa chevelure d'un ébène profond. "Que t'a dit Undertaker ?..."
"Que je devais revoir ma stratégie à votre propos."
"Est-ce que j'entre dans ton cadre esthétique, butler ?..."
"Je n'avais encore jamais rencontré quelqu'un comme vous. Vous me ravissez et me désarçonnez à la fois, ce qui demeure extrêmement troublant."
J'avance la jambe, plaçant le pied chaussé entre ses jambes légèrement ouvertes, échappant à sa paume caressante, apportant un surplus de tension.
"Vous n'avez définitivement froid ni aux yeux, ni au corps. J'apprécie grandement la tension que vous initiez."
"Mon sens de l'esthétisme."
"Nous nous accordons donc sur ce point." glissant la paume le long de ma cheville pour s'en emparer et avancer mon talon contre son entrejambe qui commence à renfler.
"Où avais-je les yeux lors de ma première venue ici, dis-moi, démon Michaelis ?..."
Il ricane. "Votre humanité manifeste à l'égard des âmes perdues n'a guère fait long feu. Moi qui viens des ténèbres et qui n'ai jamais connu la moindre lumière, je demeure fasciné par la chute de celles et ceux qui ont pourtant connu la grâce de la lumière."
"Black, tu as d'excellents réflexes. Je te laisse t'essayer à la discipline que tu voud..."
"Parfait !..." commençant par le trapèze, virevoltant mieux qu'aucun artiste humain n' en est capable, puis la jonglerie, le mât chinois, les anneaux de feu pour terminer en avaleur de sabre !...
Dagger, le bras droit de Joker, n'en revient pas !... Ciel le reprend sévèrement et discrètement, lui interdisant d'utiliser ses pleines capacités.
Pendant ce temps, j'habitue Na'ir au cercle dans lequel il devra évoluer, riant discrètement des prouesses de Sebastian.
Nous avons nos rendez-vous nocturnes durant lesquels nous aimons faire grimper la pression déjà phénoménale entre nous.
Les sens avertis de Sebastian trébuchent soudain sur plusieurs craquements dans les bois ainsi qu'une envolée suspecte d'oiseaux nichant là.
Une bande de dix brigands a décidé de mettre à sac le campement.
Sebastian souffle. "Ah, les braves imbéciles... tomber sur le seul campement de tout le royaume gardé par un diable... voilà qui est très peu avisé."
Il se relève, s'ajuste.
"Je ne te propose pas de te prêter main forte."
"Ce serait effectivement fort insultant. Ils sont une dizaine, si mon ouïe ne me fait pas défaut. L'affaire sera pliée en quelques secondes. Je pourrai m'employer à les cramer tous en même temps... malheureusement la saison s'avère sèche et mes flammes auraient tôt fait de déclencher un incendie de forêt qui menacerait le campement. Je dois donc me résigner d'agir... au cas par cas." soupirant.
Faire tomber des humains est chose aisée pour un démon de cette classe.
Il apparaît généralement là où on l'attend le moins, armé de couverts qui, lancé à pleine vitesse, deviennent létaux - Michaelis vise ordinairement le front, ce qui entraîne une mort immédiate.
Il lui faut récupérer une pelle pour creuser une fausse profonde et faire disparaître les corps.
Fort heureusement tout ce qui prendrait des heures avec la force humaine se révèle extraordinairement raccourci pour un pouvoir tel que le sien.
Il revient au campement, pelle portée sur l'épaule.
"J'aurai presque envie de les plaindre."
Il dépose la pelle. "J'ai frappé vite." pragmatique.
"Quelle bonté d'âme." ironique.
Je note avec amusement le mouvement des pieds des membres de la troupe depuis l'emplacement où je me trouve, une fois mon numéro terminé, de l'autre côté du pan de bois qui camoufle les coulisses, laissant simplement entrevoir les jambes jusqu'aux genoux.
L'agitation bat son plein avant et durant le spectacle puis tout se calme, le stress retombe.
Au moment où je lève le camp, une paire de bottes montées sur des talons ouvragés, pour le moins vertigineux, passe derrière le pan de bois, dans une démarche aérienne.
A part Beast, personne de la troupe ne porte de telles bottes !... Et à vue d'oeil, la pointure n'appartient pas... à une femme !...
Je me précipite derrière le panneau de bois. Personne !...
Plus loin, il ricane ; très fier de son petit effet !...
L'enquête est terminée et s'est soldée par un incendie ravageur qui a dévasté la totalité de la demeure de celui qui tirait les ficelles dans l'ombre.
Ceci nous ramène enfin à Londres.
Sebastian s'affaire devant les fourneaux. J'observe sa silhouette élancée manier les ustensiles de cuisine et maîtriser les cuissons.
Il étale élégamment la nappe immaculée et dresse la table.
Nous prenons place.
J'essuie ma bouche à la serviette. "Cela me gêne que tu me regardes manger."
"Pourquoi ? Vos manières sont irréprochables, je puis vous l'assurer. Autrement... je vous aurai déjà sévèrement réprimandée !..." penché du haut du corps sur la table, canines se découpant en pointes.
"Mmm... je devrai peut-être m'autoriser un certain relâchement..."
"Je vous le déconseille fortement, Mademoiselle. Je demeure intraitable à l'égard des bonnes manières."
"Qu'as-tu prévu au dessert ?..."
"Surprise." index barrant ses lèvres, sur un clin d'oeil malicieux.
Je ne suis pas déçue, quel cordon bleu !...
Alors que je me prépare à déguster une crème glacée au coulis de fruits des bois, je sens quelque chose grimper le long de ma jambe.
Bref échange de regards avec mon amant.
"Sont-ce là des manières à table ?..."
"Non. Mais des manières sous la table, oui." doigts joints sous son menton.
La sensation demeure pour le moins troublante ; je ne reconnais guère le toucher pouvant provenir de la pointe des vernies qu'il porte habituellement.
Il monte jusqu'au genou, donnant diablement le change en surface.
Je porte la main sur le pan de la nappe, l'avisant avant de relever le pan.
"Vous jouez avec le diable, Mademoiselle."
La tentation demeure trop fort et je lève le pan pour entrevoir des bottes au bout pointu et recourbé caresser ma jambe.
"C'était... toi ?..." gloussé, faisant référence à ce que j'avais surpris au campement voilà quelques jours.
"Qui d'autre aurait-ce pu être, dites-moi ?..." amusé.
